BATAILLE DE PATAY
Grâce aux bons soins de notre Perceval [de Bou- Jainvilliers]|, il nous a été apporté sûres nouvelles tant par écrit que verbalement et aussi par certaines lettres
à se mis
. que nous avons reçues de La Hire. Ledit Perceval
a même été le témoin oculaire de quelques-uns des faits qu'il nous a racontés.
Et d'abord on a pris d'assaut Jargeau, où cinq cents combattants du côté des Anglais ont été occis. Le comte de Suffolk et La Poule son frère ont été faits prisonniers par le bâtard d'Orléans: un autre frère dudit comte a été occis.
La Pucelle s'est éloignée d'Orléans le mercredi quatorzième jour de juin pour mettre le siège devant
(1) Ce document est tiré de la Revue Bleue, t. XLIX, 4er semestre, P- 203, où se trouve exposée par M. Siméon Luce l’origine de cette pièce.
DL LH-LIY
Je château de Meung, où étaient le seigneur de Scales et autres jusqu'au nombre de six cents combattants, en sa compagnie notre cousin d'Alençon el notre. frère de Vendôme, tous deux capitaines de l'ost, le inaréchal de Sainte-Sévère, l'amiral de France, les seigneurs de Laval et de Rais, le bâtard d'Orléans, La Hire et autres seigneurs et capitaines en grand
:--nombre, lesquels avisèrent que mieux serait de
“marcher sur Baugency ct d'assiéger ladite forteresse ; et ainsi firent-ils et au lendemain y mirent le siège. Talbot avait évacué ladite forteresse la nuit précédente pour réunir ses gens el livrer bataille aux nôtres, et = elle élait l'ardeur des siens ct la confiance qu'ils. . avaient en leurs forces que, les nôtres cussent-ils été: en triple nombre, ils en voulaient venir aux mains. - avec eux. Et lesdits Anglais, ayant ainsi réuni leurs. forces, arrivèrent à former un corps d'armée de trois | mille cinq cents combattants. A l'arrivée de nos gens, "7 . les Anglais, qui occupaient la forteresse de Bau- - wency, se rendirent le samedi au lever du jour et
:-promirent sous serment de ne se point armer pendant :
: deux mois contre le roi. Richard Guéthin et Mathays,
. capitaines de la garnison, furent gardés comme otages:
: et leurs soudoyers ayant vidé la place, se retirèrent -. dans la direction du Mans avec leurs chevaux et leurs harnois. | | : A Jeur départ de Baugency, les nôtres, apprenant. que les Anglais, après avoir évacué le château de Meung, s'avançaient en bonne ordonnance et se prépa- raient au combat, en éprouvèrent une grande joie, car | cils ne désiraient autre chose. Ils les poursuivirent dans |
. la direction de Janville, jusqu'à un lieu nommé Saint- : Sigismond et situé à deux lieues de Paiay. C’est là :. que les ennemis, ayant choisi, pour livrer bataille, une position à leur convenance, descendirent de leurs - chevaux et attendirent de pied ferme l'attaque de . Nos gens. | .. … À l'avant-garde, de notre côté, se trouvaient le. ‘- “bâtard d'Orléans et le maréchal de Sainte-Sévère, Poton et Arnault Guilhem étaient les gardiens de ladite . avant-garde. Après venaient les archers et les arbalé- = triers formant le principal corps d'armée, qui comp- : tait, parmi ses chefs, monseigneur d'Alençon, mon- . seigneur de Vendôme et le connétable de France, arrivé de la veille. La Hire était chargé particulièrement de . ‘ la direction de ce corps d'armée dans les rangs . duquel combattaient la plupart des capilaines merce- - . -naires et des seigneurs. * LE L'arrière-garde marchait sous “les ordres de à Pucelle, de Graville, grand maitre des arbalétriers, ‘des seineurs de Laval, de Raïis et de Saint-Gilles, . accompagnés d'autres chefs de guerre en fort grand nombre. Toute cette masse d'hommes, fantessins et cavaliers, s’écoulait précipitamment et un peu pêleméle, tant on craignait de ne point arriver à temps pour joindre l'ennemi.
Notre avant-garde vint donner contre les archers anglais, qui ne tardèrent pas à fuir en désordre, lorsqu'ils curent vu tomber, à la suite de ce premier choc, quatorze cents combattants; puis, ces fuyards s'étant ralliés revinrent pour rétablir le combat au nombre de huit cents fantassins; mais ils furent
mis en déroute et taillés en pièces par notre principal corps d'armée. Il s’ensuivit un sauve-qui-peut général de la part des Anglais, auxquels nos gens se mirent alors à donner la chasse. Lorsque Talbot, fait prisonnier par La Hire et Poton de Xaintrailles, fut pris, il était à cheval, mais il ne portait point. - d'éperons, vu que lui et les autres chefs anglais. . s'étaient remis promptement en selle pour prendre la fuite. ee
Le seigneur de Scales est prisonnier de Girault de la Pallière, messire Jean Falstoff d'Arnault Guilhem, frère de La Hire, le seigneur de Hungerford du duc d'Alençon, Falconbridge d'Amadoc, autre frère de La Hire, messire Thomas Guevard de messire Theaude de Valpergue, Richard Spencer et Fitz-Walter dudit duc d'Alençon. Bref, les spams sont au nombre de quinze cents. | =. En résumé, sur trois mille cinq cents Anglais, deux
cents hommes d'armes à cheval, tout au plus, ont
réussi à s'échapper, entre autres le traître Tassin Gaudin. On leur a sonné la chasse jusqu'à Janville. Les habitants ont fermé leurs portes aux fuyards et en ont occis un grand nombre; puis ils se sont. rendus au roi et ont apporté les clefs de la place à la Pucelle.
| Donné le vingt-quatrième jour de juillet, l'an du | Seigneur mil quatre cent vingt et neuf.
one