‹ Journal du siège d'Orléans, 1428-1429, augmenté de plusieurs documents notament des Comptes de Ville 1429-1431, publiéChapitre 40 sur 125 · DU S MAI · texte numérisé non relu

DU S MAI

= En l'an mil quatre cens et vingt et huit, les Anglois tindrent leur conseil ou païs d'Angleterre et là fut | ordonné que le conte de Salebery descendroit ou païs

“de Frañcé pour conquerre tes païs de monseigneur d'Orléans, lequel ilz tenoient prisonnier dès l'an quatre

cens et quinze, et avoit esté pris par eulx et fait prisonnier à une journée qui fut Agincourt, en laquel journée il fut pris et plusieurs autres seigneurs de France. Audit conte de Sallebery fut baillé de six à sept mille Anglois combaters. Et lors mondit seigneur d'Orléans averti de ces choses, considérant le dommage et destruction qu'il doubtoit advenir en ses terres el seigneuries au moyen de la dicte entreprise et mission = dudit conte de Salebery, voulant obvier ad ce de son pouvoir, se adressa audit conte de Salebery et lui recommanda sa terre : lequel Salebery luy promist que illa supporteroit, et moyennant ce, lui crus mondit

scigneur d'Orléans six mille escuz d'or, c'est assavoir de luy raïmbre (1) ung joyau qu'il avoit en France. Et de tout ce, ledit conte de Salebery n'en tint riens ; aussi il luy en prist mal, comme vous en orrez (2), car Dieu l'en punit. |

Ledit conte de Salebery, pour accomplir sa mauvaise .

- voulunté, non obstant la promesse par luy faicte à mon dit seigneur d'Orléans, descendit ou païs de Normen-

- die, int sa rotte (3) droit à Chartres, ct prist Nogent de Roy et se retira jusques à Yenville en Beausse, et Jà mist le siège, et de fait prist iceluy lieu d'Yenville d'assault. Et ce voyans, ceux de Meung sur Loire

trouvérent moyen et se rendirent sans coup férir.

EU puis alla mettre le siège devant Boisgency et devant Jargueau et là se rendirent. Et cependant vint iceluy conte de Salebery piller le lieu et esglise de Nostre Dame de Cléry, dont il fist très mal, car pour iceluy

.: temps, il n'y avoit homme d'armes qui y osast riens …

prendre qu'il n'en fust incontinant puny, comme

chachun scet. | . L'an dessusdit, le treiziesme jour d'ocidiée (4), arriva ‘ledit conte de Salebery ou Portereau d'Orléans et fut posé le siége ; et la nuyt fut brûlé et abatu le moutier des Augustins, ad ce que iceulx Anglois ne se logeassent léans (5). Et ne demoura guères que il Salebery donna assault au dit Portereau, c'est assavoir

(1) Rendre.

(2) Entendres.

(3) Route.

(4) Le mardi 12 octobre, Dh ligt le Journal du Siège. 6) En cet endroit.

au boloart du bout du pont, lequel n'estoit fait que de fagos; et dura de quatre à cinq heures, et là fut blecié

monseigneur de Saintrailles et Guillaume de la Cha-

pelle, qui estoient capitaines ; el y eut telle deffence qu'ilz ne peurent riens faire ce dit jour. Et puis après __.copèrent (1) ledit boloart par dessoulz et ainsi fut.

advisé qu'il estoit expédiant de l'abendonner.

Et le dimanche en après fut donné l'assault aux Torelles devers le matin, et à icelle heure ne firent riens. | El en iceluy jour, environ deux heures après midi, Sallebery donna l'assault et de fait prist les dictes

Torelles, car il n'y avoit homme d'armes qui se osast lenir pour la force des bombardes et canons que iceulx

Anglois gettoient. Et quant ilz les eurent prises, ledit

conte de Sallebery monta au plus hault et se mist à

une fenestre qui estoit devers la ville, pour veoir le ‘pont qui estoit très bien armé, et, à ceste heure,

vint ung canon de la ville, lequel frappa par la teste

ledit conte de Sallebery, qui fut l'avancement de sa mort. Et aucuns dient que ledit canon partit de Sair:i Anthoine, les autres dient qu'il partit de la tour Nostre Dame, et qu'il y eut un jeune paige qui jecta . ledit canon; et, qu'il soit ainsi, le canonnier, qui avoit la charge de ladicte tour, trouva ledict paige qui s'en-

__fuyoit. Et aussi estoit ce assez raisonnable, veu et

considéré que iceluy conte de Sallebery avoit, comme dit est devant, pillée ladicte esglise et Nostre Dame de Cléry, que par elle il en fust puny. Ledit conte de Sallebery ainsi heurté et frappé dudit canon, fut porté .

(1} Coupérent,

à Meung sur Loire par aucun desdits Anglois et là morutl. | Et voyant ce, les capitaines dudit siège levèrent une partie de leur siège, el laissèrent de cinq à six mille combatens ausdictes Torelles et se retreyrent (1) à

Paris, qui pour lors estoit Anglois et ordonnèrent ung - | nommé Tallebot à estre leur chef. Et, les féries de | = Noël, vindrent devers Saint Loup pour mettre le siège. : Et ce pendant, ceulx de la ville abbatirent toutes les esglises et maisons des forsbourgs, qui fut une grande ..

‘consolacion (2) pour ladicte ville d'Orléans à l'encontre desdiz Anglois. , Environ quaresme prenant, nouvelles vindrent que

. monseigneur de Bourbon venoit pour secourir ladicte ville d'Orléans ; et arriva iceluy monseigneur de Bourbon, avec luy monseigneur de Toars et plusieurs autres

seigneurs ; et tindrent conseil entre eulx, et fut advisé

que l'on iroit au devant de leurs vivres, c'est assavoir : desdits Anglois qui estoient partis de Paris. Et ainsi se partirent nos gens dudit Orléans. et trouvèrent les Anglois environ Rouvray Saint Denis, qui est en Beausse, et estoient noz gens contre iceulx Anglis six . contre ung ; mais la fortune fut telle, et en demoura

environ trois cens de noz gens; et là fut blecié mon- |

seigneur de Dunois et fut tué le connestable d'Escosse. Et ce partit monseigneur de Bourbon et plusieurs . autres seigneurs et chefs de guerre de la journée, et L arrivèrent à Orléans environ mynuit et entrèrent à icelle heure, et là furent neuf jours estans tous effraiés

(1) Se retirèrent. (@) Le ms. de S. Pétersbourg dit conservation.

— 145 — de la journée qu'ilz avoient perdue, tellement que quant ilz veirent les Anglois venir au siège, homme ne les povoit faire issir hors de la ville. Et Ce, VOyans les bourgeois de la ville que leurs vivres diminuoient fort, vindrent devers monseigneur de Bourbon et

- devers monseigneur de Touars leur faire requerir

qu'ilz les envoyassent hors ; et ainsi s'en partirent. En iceluy temps, Dieu, de sa gaincte grace et misé- . ricorde, envoya une voix à une fille pucelle, normmée

Jchanne, laquelle gardoit les bestes aulx champs ès

Païs de environ Vaulcoulour, qui est près de Laur- raine, disant que Dieu lui commandoit qu'elle se préparast pour aller lever le siège de devant Orléans, et qu'elle menast le roy Charles coronner. Ainsi Ja.

:. dicte Jehanne se adressa au seigneur dudit Vau-

Goulour, et luy nota ces choses, qui luy fut une grant

merveille ; et se prépara pour admener ladicte Pucelle

devers le roy, qui pour lors estoit à Chinon. Et elle. | venue devers le roy, fut examinée de plusieurs évesques | et seigneurs en plain conseil; et en tout son fait ne fut trouvé que tout bien. Lors on luy fist faire ung harnois complect et aussi une estandart, et eut licence È d'estre habillée comme ung homme. |

Cependant vindrent nouvelles à Orléans de la dicte Jehanne, [laquelle lors vulgairement on appelait Jehanne] (1) la Pucelle, de quoy furent bien esmerveillés ceulx de ladicte ville d'Orléans ; et de prime face Cuidoient que ce ne fust que une desrision, non obstant

. (4) Ce qui ici et ailleurs est entre crochets ne se trouve pas dans le ms. de S.-Pétersbourg. |

: — 146 — “qu il: avoient grande confiance en Dieu ct au bon 2 droit du Roy et de leur seigneur, lequel estoit pris «sonnicr, comme avez ouy cy devant; el leur corage sen escrul de la moitié. a Etenviron la fin d'avril, fut baillé à la dicte Jehanne, :

“ monseigneur ‘de Rais, mareschal de France, et a. . £ - . autres capitaines, et aussi des communes des pois d'à :

: “bas, et luy fut ordonné d'amener vivres ct artillerie, et‘ :vindrent par lu Sauloyne, et passèrent par Olivet ou . “E “prés, et arrivèrent jusques à l'isle aux Bourdons qui est . ci , ‘devant Chéci. Et saichans ceulx d'Orléans que elle ve-

noit furent très joyeulx et firent habiller challans 1

À mie ct estoit lors la rivière à à plain chantier, eL.

aussi le vent, qui cstoit contraire, #e tourna d'aval, .

et. tellement bu un . menoit deux. ou rois re

CE

LE Oise que. ce fust. miracle de Dieu. Et passèrent par ;:

bee OR ni ami = use

[e es-

Coran les bastilles des Anglois et arrivèrent à re un à port, et là chargèrent leurs vivres, el puis passa la as sis à ‘rivière la dicte Pucelle. Et là estoient présens monsci- se . : gneur de Dunois, La Hire et plusieurs aultres re ::neurs, et vindrent par devant la bustille de Saint ;. :

Loup, où: estoient les Anglois. a Arriva à Orléans ladicte Pucelle el fut logée près ie :

‘de la Porte Reynart, el de son logis povoit veoir tout. à pe . le siège. Et est assavoir que eculx de la ville d' Orléans 1 uioient bien joyeulx. Et cependant monseigneur dé #4 Rais et les autres capitaines qui la dicte Pucelle.… *:: avoient amenée, retournèrent à Blois quérir des autres : > bague Et elle estant audit Orléans, elle alla par deux: 42 ou trois fois sommer les Anglois qu'ils s'en allssent.

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en Îcur païs et quo le roy du ciel le leur mandoit ; à

:: laquelle ilz dirent plusieurs injures ct entre lex autres: :

/ | Gleidus auquel la dicte Pucolle respondit qu'il men- .

‘ * toit de ce qu'il luy disoit, et qu'il en mourroit “ns.

Fe : signer. Alnsi fust il, comme seru déclairé cy uprès. : : Et prenoit icelle Jehanne la Pucelle en bonne pacience: à lou injures que luy cuidoient dire et faire lesdis..…. “sd Et uprès s'en alla à l'église Saincte Croix, et là parla à messire Jehan de Mascon, docteur, ; - qui estoit ung très suge homme, lequel luy dist : Ma . fille, esles vous venuc pour lever le siège? À quoy. :’ {elle respondit: En nom Dé, dist elle, ouy. — Ma fille, . dist le sage hornme, ilz sont fors et bien fortiffiés et. : sera une grant chose à les mectre hors. — Rospondit…

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