‹ Journal du siège d'Orléans, 1428-1429, augmenté de plusieurs documents notament des Comptes de Ville 1429-1431, publiéChapitre 9 sur 125 · CARRE EN UE LE · texte numérisé non relu

CARRE EN UE LE

leur grant dommaige et desplaisir. 25 décembre. »

Est-il besoin de parler de l’énumération des

=: ‘troupes qui arrivaient chaque jour pour aug-. . : -menter la résistance, des généraux accourus à la

= défense de la ville, des armes et des provisions de . ; : toutes sortes envoyées par les cités de France dans le “but d'encourager ces nobles défenseurs ? Ces détails

| accusent une plume orléanaise, au service d'un - ‘homme intelligent, instruit, voulant consigner par

-écrit le souvenir des faits accomplis sous ses yeux.

Et quel est cet homme? Nous avouons que son | |

nom demeurera à jamais dans l’oubli; aucune allu- ‘sion, aucun indice, rien qui puisse préter à une supposition. Tout ce qu’on est en droit de conclure .

avec quelque vraisemblance, c’est que l'ouvrage a | été rédigé par un prêtre. Voici ce qu’on lit après la

:..-prise des Tourelles : « Louèrent Nostre Seigneur on

L de cette belle victoire qu’il leur avoit donnée... Et ‘. aussi fut miracle de Nostre Seigneur faict à la

L requeste de sainct Aignan et sainct Evurtre, jadis » évesques et patrons d'Orléans, comme assez en fut

l : apparence, selon la commune opinion, et mesme par | les personnes qui celuy jour furent amenez dedans __. Ja ville; l’un desquelz certiffia qu’à luy et à tous les

"autres Anglois des Tournelles et boulevarts sem-

: bloit, quand on les assailoit, qu ’ilz véoient tant de

. peuples que mas que tout le monde estoit : là assemblé. | ni Il serait facile de relever un grand nombre

| d'expressions du même genre, telles que « le j jour de .

‘ sainctes Pasques » », « pasques clouses », « veille de

| : pasques fleuries » ; après le combat meurtrier du

18 avril, « furent renduz les corps de chacun costé,

si furent enterrez en terre sainte. »

Enfin, un témoin oculaire seul peut avoir saisi

‘ pour ainsi dire sur le vif les sentiments intimes de - la population. Lorsque, le 18 février, le comte de Clermont, à la tête de deux mille combattants, Le quitta la ville, sous prétexte d’aller trouver le roi, ... « ceulz d'Orléans les voyans partir, ne furent pas 2 bien contens.» Au grand combat du 18 avril, ie € ceux de la ville ne furent pas sans grant dome : : -maige, et bien y parut au retour, par le deuil . |

firent les femmes d'Orléans, plourans et lamentans Ë

2 murs pères, maris, frères et parens, tuez et bleciez ‘en icelle escarmouche. » | |

Le caractère des Orléanais est |admirablement

ent dans les lignes suivantes : € Combien que

es 1 Sn

“les bourgeois: ne voulsissent au ‘commencement

de et devant que le siège fust assiz souffrir entrer .

: nulles gens ‘de guerre dedens. la cité, ‘doubtant qu'ilz ne les voulsissent piller ou maistriser | trop fort, toutes fois en laissèrent ilz aprez entrer

tant qu il y. en vouloit venir, deppuis qu’ *ilz conneu-

rent qu'ilz n ‘entendoient qu’à leur deffence et se. : ‘maintenoient tant vaillanment contre leurs enne- | mis, et si estoient très uniz pour deffendre la cité,

et pour ce les départoient entre eux, en .

. hostelz et les nourrissoient de telz biens que Dieu

leur donnoit, aussi familièrement comme se ilz eussent esté leurs propres enfans. » | Il fallait avoir vu l’enthousiasme des Orléanais à

Fentrée de ‘a Pucelle pour assurer qu’« ilz la regar- L ……. doient moult affectueusement, tant hommes, femmes "que petiz enfans. Et y avoit moult merveilleuse nn

-:. presse à toucher icelle ou au chevai sur quoy elle estoit, tellement que ung de ceulz qui portoient les. de torches s’approcha tant de son estandart que le feu se.

… print au panon. Pour quoy elle frappa son cheval |

© des esperons et le tourna autant gentement jus-

___. ques au panon, dont elle en esteignit le feu comme n

. se elle eust longuement suivy. les guerres ; ; Ce que.

. “les genz d'armes tindrent à grandes merveilles et.

les bourgevis d'Orléans aussi. »

Il est donc de toute certitude que le Journal fat

Dis rédigé par un Orléanais témoin des événements, cé

- qui constitue un vrai mémorial. Toutefois une lecture attentive de cet ouvrage

fait découvrir dans cette première partie, relative

oi au sièce proprement dit, certains détails qui doivent

avoir été ajoutés après coup; ce sont ceux qui , concernent la Pucelle avant son arrivée à Orléans. Ils peuvent être retranchés sans nuire au récit, et leur

-XXVIII | .. rédaction même laisse soupconner l’interpolation. Après le 8 février, se trouve la première mention He de Jeanne : « Environ ces jours avoit une pucelle, | | : nommée Jehanne.. » Sa connaissance de la défaite . des Harengs, le dimanche 13 février, son arrivée . :. à Chinon, le 17 du même mois, commençant, ainsi x

que nous l'avons vu plus haut, par ces mots:

“« Environ ces jours arriva dedens Chinon... », ne

| font pas partie du mémorial. L'auteur lui-même en | | . prévient. « Combien, dit-il, que toutes les choses : | déclarées en iceluy chapitre se feirent à plusieurs 4

“fois et par divers jours, mais je les ai cy ainsi

couchées Pour cause de briefveté. » Ces paragraphes, ainsi que plusieurs autres que nous avons … +

nn it

: “indiqués par des crochets, n’existaient œrbite. .

ment pas dans le Journal : mais leur. addition 4. , semble presque s'imposer pour la clarté des événe- | “ . ments, et on ne concevrait pas Ce Journal autrement. Est-ce à dire que, dans la rédaction primi- . tive, il ne fut pas question des bruits qui couraient | | ‘relativement à l’arrivée d’une jeune fille se disant appelée de Dieu pour délivrer Orléans ? Personne ne pourrait affirmer le contraire, et la mention de Jeanne s'impose d’elle-même dans le cours du récit ;

elle forme une sorte de répit, de même qu’elle devint pour les assiécés un encouragement à la résistance -et une douce consolation au milieu de leurs ennuis.

Il y aurait encore d’autres observations à faire |

oi es sujet de quelques expressions sas œ' :

” mémorial : nous les examinerons bientôt.

Telle est cette première partie du Journal rela tant | | à

à le siège proprement dit, et tout esprit non prévenu | reconnaîtra sans peine qu’elle fut rédigée au jour | le jour par un témoin oculaire, par un Orléanais, qui

a vu se dérouler sous ses yeux les diverses péri

| péties de ce grand drame appelé le siège d'Orléans. - Jeanne avait rempli le premier point de sa mission,

ui n-sess. te.

et la ville délivrée conservera toujours le souvenir ne

de son nom que l’histoire reconnaissante associera sans cesse à celui de la cité, devenue le seul boule- | | :vard de la patrie. |

S 2. — Mais la reconnaissance imposait un autre devoir aux Orléanais ; 1l fallait suivre. la

Pucelle jusqu’à Reims et montrer que les Anglais L

pu abandonné toutes les villes de notre province. C’est le but que se propose l’auteur du Journal dans la seconde partie de son récit.

Désormais le lecteur ne doit plus s’attendre à trouver un récit des événements avec tous ces | détails qui font l’attrait de la première partie .

l'action de Jeanne d’Arc se précipite avec une. | - . rapidité merveilleuse, et, à la suivre dans la. . variété de ses opérations militaires, on dirait véri- . tablement qu’elle a hâte de terminer sa mission, + pour rejoindre la maison paternelle et reprendre ses occupations de jeune fille. Aussi l'auteur, pénétré de cette pensée, raconte brièvement les faits accomplis, sans cependant négliger certaines circonstances propres à intéresser. On lit avec plaisir les prises de Jargeau et de Baugency, . | ” la bataille de Patay, le sacre du roi, l'assaut : inutile de Paris; Courtenay, Château-Renard, É L Montargis et Gien, sont au pouvoir royal. Le : Journal se termine par ces mots : € .… Fais. | fin par son octroy divin à celluy présent et très compendieux traitié, préintitulé du siége d’Or- Jléans, mis par les Anglois et de la venue et vaillans faictz de Jehanne la Pucelle, et comment elle les en feist partir et feist sacrer à Reins le roy Charles septiesme, par grâce divine et force d'armes. >

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