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On voit que ces expressions concordent avec le titre donné par tous les manuscrits.
Mais cette seconde partie, qui intéresse notre. ville moins directement, appartient-elle encore à ‘un Orléanais contemporain des événements qui y
ee ..sont racontés, ou bien a-t-elle été inspirée par |
d’autres récits ; autrement dit, l’auteur du Journal
ne mérite-t-il que le titre de compilateur ? Avouons,
sans hésiter, que la question devient fort embar-
rassante, car nous avons à lutter contre des historiens d’un grand mérite, dont l'opinion n’est point à | © dédaigner ; d’un autre côté, on nous reprochera
‘peut-être de plaider pro aris et focis. Quoi qu'ilen
| soit, nous ne craignons pas d'avancer que le
rédacteur de la première partie du Journal a composé aussi la seconde, sans avoir besoin du
. secours d’autres chroniqueurs.
Nous remarquerons d’abord que l'ouvrage offre une véritable unité de conception ; tout se suit et s’enchaîne et rien ne prouve une solution de continuité. C’est la même manière de raconter, la même forme de journal ; les événements se suivent saps interruption, avec plus ou moins de détails ; le rôle de Jeanne domine toujours et on sent que
c’est elle qui agit et qui dirige tout. Le style seul |
varie et diffère de celui que l’on trouve dans la
__ première partie ; beaucoup de répétitions de mots,
= d'expressions, qui, revenant sans cesse, fatiguent Je lecteur. On voit que l’auteur se borne à raconter :
: vite et brièvement, sans se préoccuper de La
forme, et cependant on le suit avec un vrai plaisir,
Li parce que les péripéties diverses de ce drame se .
déroulent au milieu d’une activité incroyable. Les assauts se multiplient, les villes se soumettent,
L | l'ennemi fuit épouvanté, Jeanne triomphe malgré
le roi dont le rôle est absolument nul. C’est donc le
même écrivain qui a raconté le siège et qui nous
| ” : énumère avec une joie véritable toutes les victoires : - de la Pucelle. Il semble que notre ville délivrée se
__ réjouisse des actions éclatantes et des hauts faits : ‘que célèbre la plume du rédacteur. de | Il y a donc.unité de récit, par conséquent unité de conception, et si, comme nous l'avons montré, la première partie du Journal a été écrite par un | | contemporain, par un témoin oculaire, par un Orléanais, nous devons reconnaître qu’il en est de. même pour la seconde. | Est-ce à dire que le récit soit entièrement de la
main d’un contemporain et que le Journal, tel qu'il nous a été conservé, ait été rédigé dans sa
forme actuelle ? Hâtons-nous de reconnaître que
. certaines expressions donnent lieu de supposer une
na retouche postérieure aux événements. ; | : En effet, dans douze endroits de l’ouvrage, on . . | :. trouve la préposition depuis suivie d’un ou plusieurs
mots et même de quelques phrases, qui, de toute | évidence, ont été ajoutés après coup. On nous
pardonnera de signaler ces additions :
Le 24 octobre, le comte de Salisbury est blessé,
.« pourquoy fut dict des lors et depuis aussi pee | …. plusieurs que c’estoit euvre divine. » e | :7 Le mercredi 27 du même mois : « Plusieurs dirent LE
depuis que le comte de Salebris print telle fin par
| divin jugement de Dieu et le croient. » :
Le jeudi 17 février. «. desconfiture emprez ,
Rouvraye Saint Denis que plusieurs ont depuis
nommée la bataille des Harangs. »
| Le 3 avril : « Et pour icelle escarmouche et . autres que depuis firent devant Orléans les paiges
françois estoit leur capitaine... Aymart de Puiseux. … Lequel fut depuis nommé Capdorat par la Hire.….,
et bien le monstra depuis en plusieurs faicts d’armes
ce
tant en ce royaulme, comme en Allemaigne et ailleurs. »
.. Au siège de Reins : « Et depuis de leur consente- : ment même s’en départirent. »
. Ambroise de Loré « depuis prévost de Paris. » Au siège de Paris : « Aucuns dirent depuis qu'il
|. y avoit grant apparence qu’elle en fust venue à son ;
vouloir. Plusieurs notables personnes se feusseni " mis, comme depuis feirent six ans après. »
« Le comte de Clermont, depuis duc de Bourbon (cette expression se rencontre trois fois ), et plusieurs autres seigneurs vaillans et de grant cou-
raige, comme par avant, et lors et aussi depuis
‘-monstrèrent en leurs faicts. »
‘ Or, il suffit de retrancher ces incises et l'on.
‘aura un réüit contemporain. Trois d’entre elles
indiquent une date postérieure aux événements 4 Je comte de Clermont ne fut duc de Bourbon .. qu’en 1434 ; Ambroise de Loré devint prévôt de | Paris après 1437 ; enfin, cet Aymart de Poisieu, gentilhomme dauphinois, sous la date du 3 avril 4429, « ne commença à faire figure que sous le règne de Louis XI ; on sait même, ajoute Quicherat, que, par la faveur de ce roi, il fut appelé, en
1466. au commandement général des francs archers d’une division comprenant l’Orléanais, n’est-ce pas | | à cette dignité qu’il doit les louanges qui lui sont données dans un livre écrit pour la ville d'Orléans? : Ainsi, d’après toutes les apparences, la rédaction . | du Journal du siège a devancé de très peu le travail de copie exécuté par le clerc Soudan. » .
Cette conclusion du savant historien serait légi. time, s’il s’était borné à dire que ces additions. ont pu avoir été faites par Soudan ; mais, ainsi que nous l’avons montré, ces incises retranchées, reste
:.: le témoin oculaire.
. On ajoute que plusieurs circonstances ont été - empruntées au procès de réhabilitation el, par |
conséquent, que le récit où on les trouve, ne doit avoir été fait qu'après 1456. Maïs ces détails, qui
ne furent connus, dit-on, que par la déposition du n
Bâtard d'Orléans, ne pouvaient-ils pas l'avoir été
E longtemps auparavant ? Peut-on croire qu’il ne les
ait point fait connaitre à l’auteur de notre Journal,
: surtout sachant qu’on devait raconter les exploits de
la Pucelle? Et qui était plus aple à recevoir ces confidences qu’un habitant de cette ville, dont il portait le nom, ce nom qu’il conserva jus-
| XXXVI qu’en 1439 ? D'ailleurs, nous sommes portés à croire que l’épisode, où Jeanne eut un entretien
. secret avec le Bâtard, a été ajouté postérieure- :
. ment. C’est la seule circonstance en laquelle notre
auteur le nomme Conte de Dunois, c’est-à-dire , | | + «aux El assez pres de Dampmartin en
Gouelle >» ; partout, avant comme après cette .
ns le Journal ne parle que du « Bastard L
d'Orléans ». Cette unique désignation ne doit pas ..
tirer à conséquence.