LE GOL'VERNRME.NT DE LA DÉFENSE NATIONALE AU PEUPLE FRANÇAIS
Français,
En proclamant il y a quatre jours le Gouvernement de la défense nationale, nous avons nous-même défini notre mission.
Le pouvoir gisait à terre ; ce qui avait commencé par un attentat finissait par une désertion. Nous n'avons fait que ressaisir le gouvernail échappé à des mains impuissantes.
Mais rEurope;;a,besoin qu'on l'éclairé. Il faut qu'elle connaisse par d'irrécusables témoignages que le pa;ys tout entier est avec nous. 11 faut que l'envahisseur rencontre sur sa route non-seulement l'obstacle d'une ville immense résolue à périr plutôt que de se rendre, mais un peuple entier, debout, organisé, représenté, une assemblée enfin qui puisse porter en tous lieux, et en dépit de tous les désastres, l'âme vivante de la Patrie. En conséquence,
Le Gouvernement de la défense nationale décrète :
Art. 1®^ Les collèges électoraux sont convoqués pour le dimanche 16 octobre, à l'effet d'élire une Assemblée nationale constituante.
Art. 2. Les élections auront lieu au scrutin de liste, conformément à la loi du lo mars 1849.
Art. 3. Le nombre des membres de l'assemblée constituante sera de sept cent cinquante.
Art. 4. Le ministre de l'intérieur est chargé de l'exécution du présent décret.
Fait à l'Hôtel-de-Ville de Paris, le 8 septembre 4870.
Ont été nommés :
Préfet du DoubS; M. Ordinaire (1), en remplacement de M. le baron de Farincourt.
Préfet de Loir-et-Cher, M. Lecanu, en remplacement de M. le vicomte de Gran ville.
(1) Médecin, ancien député au Corps législa'.if.
Préfet de la Mayenne, M. Eu^^ Delattrc, i-n reniplacenieuL de M. Joret Desclozières.
Le ministre des affaires étrangères vient d'adresser au ministre des États-Unis d'Aniéri([ue la lettre suivante (1).
Monsieur,
Je considère comme un heureux augure pour la République française, d'obtenir comme premier appui diplomatique la reconnaissance du gouvernement des États-Unis.
Nul mieux que le représentant d'un peuple qui donne au monde le salutaire exemple d'une liberté absolue ne pouvait rappeler, dans des termes à la fois plus justes et plus élevés, les inappréciables bienfaits d'un gouvernement républicain.
Vous avez fondé vos sages et puissantes institutions sur l'indépendance et la vertu civique, et malgré les épreuves terribles traversées par vous, vous avez conservé avec une inébranlable fermeté votre foi dans ce grand principe de la liberté d'où découlent naturellement la dignité, les mœurs, la prospérité.
C'est à marcher sur vos traces que doivent aspirer les nations maîtresses de leurs destinées ; elles ne peuvent être vraiment libres qu'à la condition d'être dévouées, courageuses, modérées, et de prendre pour symbole l'amour du travail et le respect du droit de tous. Ce programme est celui du Gouvernement qui vient de naître en France de la crise douloureuse provoquée par les folies du despotisme ; mais à l'heure où il se fonde, il ne peut avoir d'autre pensée que d'arracher la patrie à l'ennemi. Ici encore, il rencontre l'exemple de votre courage et de votre persévérance.
Vous avez soutenu une lutte gigantesque et vous avez vaincu. Forts de la justice de notre cause, repoussant tout esprit de conquête, ne voulant que notre indépendance et notre libei'té, nous avons le ferme espoir de réussir.
Dans l'accomplissement de cette tâche, nous comptons sur l'appui de tous les hommes de cœur et de tous les gouvernements intéressés au triomphe de la paix. L'adhésion du cabinet
(1) En réponse à la lettre de M. Wasliburn publiée hier
de Wasl/ingtoii nous donnerait à elle seule cette confiance. Les nienibres du Gouvernenieiit me prient de vous en témoigner loute leur reconnaissance el d'en transmettre l'expression à votre Gouvernement.
Pour ma part, je suis heureux et fier du hasard qui me permet d'être le trait d'union entre deux peuples liés par tant de glorieux souvenirs et maintenant par tant de nobles espérances, et je vous remercie d'avoir, avec une si grande bienveillance pour ma personne, exprimé tout ce que je ressens pour la vôtre, ainsi que mon désir de consolider de plus en plus les relations d'estime affectueuse qui doivent nous unir pour toujours.
Agréez les assurance» de la haute considération avec laquelle j'ai l'honneur d'être,
Monsieur, Votre très-humble et très-obéissant serviteur.
Jules Fa vue.
NOUVELLES DE LA GUERRE
Le Gouvernement de la défense nationale arrête : M. Tamisier, ancien représentant du peuple, ancien officier d'artillerie, est nommé commandant en chef des gardes nationales de la Seine, en remplacement de M. le général de La Motterouge, dont la démission est acceptée.
Paris, le 8 septembre 1870.
Le président du Gouvernement de la défense nationale. Gouverneur de Paris,
En vertu des pouvoirs qui lui sont conférés par les lois sur l'état de siège, Arrête :
Ordre est donné aux habitants de la zone militaire de vider les locaux qu'ils occupent.
Le Préfet de l'Aisne au Minisire de l'intérieur.
Laoïi, le 8 septembre 1870, 10 heures du matin. Un parlementaire précédant trois corps d'armée partis de
Kethel, de Châleau-Poicien et de Ueiiiis, vient de demander à êti'e coiidiiil à la eitadelle, et s'est adressé au général, au nom du roi de l*russe, qui aurait quitté Uelliel de sa personne ee uiutiu.
L'avant-garde d'un corps d'armée serait aux environs de Sisson ne.
La reconnaissance repoussée hier apparlenail ii celle avantgarde .
Le générai vient de rendre compte au ministre de la guerre.
8 septembre, deux heures.
L'eimemi s'avance sur Paris en trois corps d'arin(''i'. L'un est arrivé à Sissonne, dans le département de l'Aisne. L'avanlgarde de ce corps a sommé Laon, qui a fermé ses portes et résiste.
L'interruption des communications télégraphie] ues avec Epernay et Château-Thierry fait croire que l'eimemi est sur ces deux points.
Les communications subsistent avec Mézières. Épinal et Mulhouse.
On n'a aucune nouvelle du maréchal Bazaine.
Le bruit de la mort du maréchal Mac-Mahon n'est pas otliciellement confirmé.
Les opérations de révision se poursuivent dans tous les départements activement et avec ordre. La garde mobile demande cl marcher. Plusieurs bataillons sont i\ Paris ou en marche.
Le Gouverneur de Paris à la garde mobile parisienne .
Les gardes mobiles de la Seine ont été appelés à un poste d'honneur : celui de la défense des forts de Paris.
Un certain nombre d'entre eux n'ont point rejoint leurs détachements.
Le Gouverneur de Paris leur domie l'ordre de se rendre à ces postes avancés.
Ceux qui n'auraient pas déféré à cet ordre dans le délai de quarante-huit heures seraient poursuivis, conformément à la
loi militaire, pour abandon de leur poste devant l'ennemi, et leurs noms seraient livrés à la publicité. Paris, le 8 septembre 1870.
Le syndicat des constructeurs mécaniciens de Paris et la société des ingénieurs civils ont offert au Gouvernement de fabriquer des mitrailleuses.
Ces terribles engins de guerre pourraient être, à ce qu'il paraît, fabriqués par l'industrie privée avec une grande rapidité.
Le Gouvernement a donné aux constructeurs et mécaniciens toutes les autorisations nécessaires. Les modèles et les pièces elles-mêmes leur seront immédiatement communiqués.
Plusieurs réunions publiques ont eu lieu ce soir. Le calme le plus complet n'a pas cessé de régner dans Paris .
L'espoir d'une défense lieureuse domine tous les esprits.
Hier soir, mercredi, a eu lieu à l'Hôtel-de-Ville, sous la présidence de M. Etienne Arago, maire de Paris, assisté de ses adjoints, une réunion des maires des vingt arrondissements de la ville el des sous-préfets de Sceaux et de Saint-Denis. Il s'agissait de s'entendre sur les mesures nécessaires pour l'armement définitif des milices parisiennes. Pas de discours, des observations pratiques échangées fraternellement; un grand esprit de concorde, de fermeté et de confiance patriotique, tel a été le caractère de cette réunion, qui s'est prolongée de neuf heures à minuit un quart. Le chef d'état-major de la garde nationale y assistait. Il a rendu pleine justice au zèle infatigable et à l'activité intelligente des maires. Bien des choses qui lui avaient paru presque impossibles ont été faites et faites dans un très -bref délai, puisque les maires provisoires ne sont entrés en fonctions que le 6 septembre. L'organisation des nouveaux bataillons est bien près d'être achevée. L'armement se complète de jour en jour, et dans peu de tenqjs on aura répondu aux impatiences viriles des citoyens.
Le préfet de police invite les habitants de Paris, qui doivent quitter la capitale, à accélérer leur départ et à s'informer à
l'avance, dans les bureaux dos compagnies de cljemins de ter, de l'heure à laquelle il pourra s'effectuer, pour éviter l'encoiiibrenient.
Paris, le 8 septembre 1870,
Des bruits alarmants ont été répandus au sujet des carrières et des catacombes des environs de Paris.
Le })réfet de police informe les habitants qu'une visite minutieuse de ces endroits dang(!reux a été effectuée pendant trois jours.
Cette visite n'a rien fait découvrir qui fût de nature à inquiéter les populations.
Des précautions ont été prises en vue des tentatives (|ui pourraient ultérieurement se produire, mais le préfet de police invite formellement les citoyens paisibles à s'abstenir de chercher à y pénétrer.
Plusieurs journaux, préoccupés du point de savoir si les diamants de la couronne n'avaient pas été détournés, ont cru pouvoir affirmer qu'ils avaient été dépoiés à la Banque de France.
Cette affirmation est une erreur.
La Banque de France aurait certainement refusé un dépôt aussi considérable et les risques qu'il entraînait. Mais il est certain que ces diamants ont été déposés en lieu sur et hors de Paris, par les soins du Gouvernement. Paris, le 8 septembre 1870.
Le secrétaire général de la Banque de France,
Marsaud,
Le corps diplomatique ayant fait connaître au Gouvernement qu'en cas d'investissement de Paris il serait forcé de s'éloigner, le Gouvernement a déterminé la ville dans laquelle aura lieu sa réunion, et décidé qu'il s'y ferait représenter par une délégation prise dans son sein. Cette délégation aurait ù la fois pour mission d'entretenir des relations ave(; les cabi-
nets étrangers et de continuer dans les déparlenienls la défense nationale (1) .
Le bruit avait couru que le |irince de Metternich devait, conformément aux instructions précises de son gouvernement, se retirer en cas de chute de l'empire. Ce bruit était complètement inexact. Le prince de i\Jetternicli n'a pas songé un instant à quitter son poste.
Ou lit encore dans la feuille officielle de ce jour :
M. Henri Rocliefort a adressé aux journaux du soir la lettre
suivante :
Paris, le 8 septembre 1870.
Monsieur le rédacteur, Au moment où toutes les opinions désarment et où tous les citoyens s'unissent conti'e l'ennemi, un article odieux, intitulé : la Réaction, signé général Cluseret, et qui est une véritable excitation à la guerre civile, a paru ce matin dans la Marseillaise. Permettez-moi de rappeler au public que je ne fais plus, en quoi que ce soit, partie de ce joui'nal.
Agréez, etc.
Henri Rochefort.
Cette lettre fait allusion à un article publié le matin même dans le premier numéro du journal la Marseillaise (2), premier numéro qui fut en même temps le dernier. Cet article était ainsi conçu :
M. Gambetta, Vex-candidat du peuple à Belleville, commence
(1) La note suivante, publiée au Journal offîeiel du lendemain, rectifie ainsi cette nouvelle :
« C'est par erreur que nous avons annoncé que le corps diplomatique a manifesté l'inlention de quitter Paris en cas d'investissement.
» Seulement, il a été dit que si le ministère des affaires étrangères quittait Paris pour conserver ses libres communications avec les cabinets de l'Europe, plusieurs des chefs des missions recevraient de leurs gouvernements l'ordre de l'accompagner pour suivre les négociations qui pourraient s'engager. »
(2) La Marseillaise avait été supprimée par jugement sous l'Empire.
par donner des gages à ses nouveaux alliés de la Chausséed'Antin .
Il a publié hier un décret pa^' lequel il exclut le peuple de la garde nationale.
Ne voteront que les gardes nationaux armes, dit le décret, et comme on n'a armé que les bourgeois bonapartistes ou trembleurs, eux seuls votent et par conséquent élisent des officiers.
Le peuple, lui, comme sous r empire, nest bon qu'à produire et se faire tuer pour ceux qui consomment. Silence au pauvre ! disait la monarchie de Juillet. Arrière la canaille! dit M. Gambetta, Velu du peuple. Et les Prussiens sont à la porte de Paris; et les princes d'Orléans sont dedans; et les gardes municipaux avec les armes chargées, attendent dans leurs casernes le signal !
Et la préfecture de police est dans les mains de Kératry, et Paris dans celles de Trochu, comme aussi l'armée.
Quant au peuple, on lui a laissé l'instruction publique à fonder, la justice à attendre.
Est-ce assez ?
L'armée, Paris, la police, l'administration aux d'Orléans. Les cultes et l'instruction à la République.
A bientôt les casse-têtes, Mazas et l'exil.
En éloignant le peuple de la garde nationale, en le traitant en suspect, comme on traite la garde mobile, Gambetta a plus fait pour Guillaume que Steinmetz. Il a bien mérité de la Prusse . au peuple de dire s'il a bien mérité de la Patrie!
Général Cluseret.
Ajoutons que M. Rocliefort avait, à l'avance, dégagé sa responsabilité, par la lettre suivante adressée au journal la Marseillaise, et publiée dans son unique numéro, en même temps que l'article ci-dessus ;
Au Rédacteur.
Vous comprenez, mon cher ami, que tant que je ferai partie du Gouvernement, je ne pourrai prendre aucune part à la rédaction de la Marseillaise.
Vouillez vous entendre avec vos collaborateurs pour assurer la réapparilion du journal; après quoi vous vous lancerez dans la polémique sous le titre avec lequel nous avons combattu ensemble.
Tout à vous,
Henri Rochefort.
L'article de M. Gluseret semble insinuer que les princes de la famille d'Orléans avaient été reçus, admis et môme favorablement accueillis par le Gouvernement. Le Journal de Paris , dont les attaches et les sympathies pour cette illustre famille ne sont un mystère pour personne, publia à cette occasion la note suivante :
Le bruit s'est répandu que les princes d'Orléans avaient passé quelques heures à Paris. Le fait est exact.
Dès le lendemain de la chute du gouvernement impérial , M. le prince de Joinville, M. le duc d'Aumale et M. le duc de Chartres sont arrivés à Paris et se sont rendus immédiatement auprès de M. Jules Favre. Ils venaient demander d'être employés à la défense de Paris, dans le poste qu'on leur assignerait, en insistant pour que ce poste fût à la fois le plus obscur et le plus dangereux (1).
(1) Le comte de Chaaibord manifestait, de son côté, les mêmes sentiments patriotiques, dans une lettre adressée, le i" septembre, à un ami, et qui se terminait ainsi :
» Au milieu de ces poignantes émotions, c'est une grande consolation de voir que l'esprit public, l'esprit de patriotisme ne se laisse pas abattre et grandit avec nos malheurs. Je suis heureux que nos amis aient si bien compris leur devoir de citoyens et de Français. Oui, avant tout, il faut repousser l'invasion, sauver à tout prix l'honneur de la France, l'intégrité de son territoire.
« II faut oublier en ce moment tout dissentiment, mettre de côté
oute arrière-pensée; nous devons au salut de notre pays toute notre
énergie, notre fortune, notre sang. La vraie mère préférait abandonner
son enfant plutôt que de le voir périr. J'éprouve ce même sentiment
M. Jules Favre leur a déclaré, au nom du Gouvernement, que leur présence à Paris pourrait être mal interprétée, qu'elle pourrait devenir une occasion de discordes civiles. Il a fait appel à leur patriotisme et les a priés de repartir. Ils ont quitté en ettet Paris, sans avoir vu aucun de leurs amis politiques ou privés , sauf M. Boclicr, administrateur des biens de la maison d'Orléans.
Décret. — Le membre du Gouvernement de la défense nationale, garde des sceaux, ministre de la justice, est autorisé à transférer la chambre criminelle de la cour de cassation dans la ville de Tours (1).
Fait ù Paris, le 9 septombre 1870.
Décret. — Une somme de 40,000 francs est mise à la disposition du ministre de l'instruction publique pour les besoins de la commission scientifique de la défense nationale.
Décret. — Art. V. Toutes prescriptions et péremptions en
cl je dis sans cesse : « Mon Dieu ! sauvez la France, dussé-je mourir sans la revoir ! » Vous comprenez avec quelle impatience nous attendons les nouvelles.
» Henri. »
(1) Au sujet de l'exécution de ce décret, le Journal officiel du mardi 13 septembre publia la note suivante ;
« M. le garde des sceaux, ministre de la justice, autorisé par décret du 9 septembre à transférer hors de Paris la chambre criminelle de la cour de cassation, n'a pas voulu user de ce droit avant d'avoir pris l'avis des membres de la cour présents à Paris.
« Ces magistrats ont déclaré à Vunanimité que la cour était prête à donner son concours au Gouvernement de la défense nationale en quelque lieu qu'il lui fût demandé; et, à la grande majorité, ils ont pensé que les nécessités du service n'exigent pas ce déplacement, et qu'il est plus digne du premier corps judiciaire de rester ainsi associé aux périls de la population parisienne.
» M. le garde des sceaux a donné son approbation à cet avis. La chambre criminelle continuera en conséquence à siéger à Paris. »
matière civile, tous les délais impartis pour attaquer ou signifier les décisions des tribunaux judiciaires ou administratifs, sont suspendus pendant la durée de la guerre :
1" Au profit de ceux qui résident dans un département investi ou occupé par l'ennemi, alors même que l'occupation ne s'étendrait pas à tout le département;
2" Au profit de ceux dont l'action doit être exercée dans ce même département contre les personnes qui y résident.
Art. 2. A dater de la cessation de l'occupation, un nouveau délai égal au délai ordinaire courra au profit des personnes qui se trouveront dans le cas de l'article précédent. Fait à Paris, le 9 septembre 1870.
Le Gouvernement de la défense nationale ,
Sur la proposition du maire de Paris,
Considérant qu'il est urgent de faciliter aux populations des communes du département de la Seine l'entrée iminédiate des denrées et marchandises qui doivent être soustraites aux approches de l'ennemi.
Décrète :
La perception des droits d'entrée et d'octroi est provisoirement suspendue aux entrées de Paris.
Fait à Paris, le 9 septembre 1870.
Le Journal officiel du il septembre, a publié au sujet de l'exécution de ce décret, la note suivante :
Il importe de bien déterminer le sens du décret qui suspend provisoirement la perception des droits d'entrée et d'octroi aux portes de Paris.
Ce décret, ainsi que l'indiquent ses considérants, a pour but de faciliter aux populations des communes du département de la Seine l'entrée immédiate des denrées et marchandises qui doivent être soustraites aux approches de l'ennemi ; il ne saurait être appliqué aux marchandises introduites par le commerce.
11 résulterait de cette dispense une diminution d ; recettes
que la ville de Paris, grevée aujourd'hui de charges si lourdes, ne pourrait suppoi'ter.
Le principe de l'égalité serait en outre blessé au préjudice des négociants c[ui ont acquitté les droits ou dont les marchandises sont à l'entrepôt.
Le commerce l'a compris, et beaucoup de négociants ont spontanément déclaré qu'ils n'entendaient pas autrement l'application du décret. Il est bien entendu que les négociants (pii voudront introduire des marchandises en entrepôt en conservent la faculté.
Les employés de l'octroi sont chargés de la surveillance que nécessite cette situation provisoire. Ils offriront aux habitants des départements qui rentrent dans Paris un précieux concours par les indications qu'ils ont mission de leur fournir.
Décret. — Art. 1". La correspondance télégraphique privée est suspendue dans le département de la Seine.
Continueront toutefois à être acceptées .
Les dépêches relatives aux fournitures militaires et à l'équipement de l'armée.
Les dépêches de presse.
Art. 2. Le service de la télégraphie privée est maintenu dans l'intérieur de Paris.
Art. 3. Le directeur général des lignes télégraphiques est chargé de l'exécution du présent décret. Fait à Paris, le 9 septembre 1870.
Décret. — Art. 4^'. Il est institué pour centraliser toutes les offres d'armes et munitions de guerre faites au Gouvernement et aux administrations publi(|ues une commission spéciale de l'armement par le concours de l'industrie pnvée.
Art. 2. La commission est composée de : MM. Jules Lecesne, ancien député du Havre, président ;
Gévclot, ancien député ;
Colonel René, inspecteur à la manufacture d'armes :
Ferdinand Claudin, fabricant d'armes;
Barignand, mécanicien ;
Art. 3. Elle fera directement son rapport, jour par jour, au Gouvernement.
Art. 4. La commission siégera au ministère des travaux publics.
Fait à Paris, le 9 septembre 1870.
Décret. — Jusqu'à ce qu'il en soit autrement ordonné, les armes de toute espèce et les cartouches garnies ou non garnies seront affranchies de tout droit de douane et pourront être importées par tous les bureaux.
Fait à Paris, le 9 septembre 1870.
Ont été nommés :
Préfet de l'Aude, M. Théodore Raynal.
Préfet du Cher, M. Louriou.
Préfet de la Haute-Saône, M Meillier.
Préfet du département d'Indre-et-Loire, M. Durel.
M. Elie Ducoudray est nommé maire provisoire du 14^ arndissement, en remplacement de M. Leneveu, empêché de continuer ses fonctions.
Décret. — La solde de la garde mobile est portée à 1 fr. SO c. par jour, à dater du 9 septembre.
L'intendance militaire est chargée de pourvoir à cette solde. En conséquence, les chefs de corps se rendront au siège de cette administration pour toucher la solde qu'ils auront à distribuer à leurs hommes.
M. Vandal, directeur des postes, avait offert au Gouvernement sa démission dès le 4 septembre. 11 a consenti, sur la demande du Gouvernement , à rester en fonctions quelques jours, dans l'intérêt de la défense nationale.
Sa démission est acceptée.
M. Rampont-Lechin, ancien député de l'Yonne, est nommé directeur général des postes.
NOUVELLES DE LA GUERRE
Un bataillon d'infanterie est signalé en face de Huningue. Sur la rive droite, l'ennemi aurait même rétabli le télégraphe depuis le Rhin jusqu'à Leopolds - Hocle, station du chemin de fer badois.
Melun, 9 septembre, 5 h. du soir.
Préfet au ministre de rintérieur.
Je reçois du commandant de gendarmerie de Coulommiers la dépêche suivante :
« Le maire de la Ferté-sous-Jouarre informe ofliciellement le maire de Coulommiers qu'il s'attend à voir arriver les Prussiens ce soir, 9 septembre. «
Ajaccio, 9 septembre, 5 h. du soir.
Préfet de la Corse au ministre de Vintérieur.
Département calme ; tranquillité ; l'agitation qui s'était manifestée le premier jour a cessé. Les conseils municipaux envoient adhésion au Gouvernement de la défense nationale, qui est accueilli avec sympathie et avec confiance; opérations du tirage et de la révision continuent; mesures sont prises pour qu'elles s'effectuent dans l'ordre indiqué ; la garde nationale s'organise.
Hier, toutes les autorités civiles et militaires sont venues reconnaître le préfet représentant la République.
Les membres du Gouvernement de la Défense nationale ont décidé que le Gouvernement serait représenté, pendant la durée du siège, dans une ville de l'intérieur de la France.
Les services des ministères seront donc toujours assurés, et la défense nationale aura, en dehors de Paris, un centre d'action et de résistance.
Le ministre de la Confédération Suisse a adressé au ministre des affaires étrangères la lettre suivante :
Paris, le 8 septembre 1870.
Monsieur le ministre, la situation des habitants de la ville de
Strasbouig a provoqué les sympathies d'un grand nombre de piTsoiines en Suisse. Le Conseil fédéral m'amionce que des comités se sont formés dans diverses parties de la Suisse pour venir en aide aux malheureuses populations de la ville assiégée et leur offrir l'hospitalité suisse. Ces comités ont sollicité le concours du Gouvernement fédéral, qui vient de prendre la décision suivante :
Le département fédéral de l'intérieur est autorisé à se mettre en rapport avec les comités et les seconder efficacement. Il pourvoira à l'installation des émigrants et à leur entretien pour autant que la charité privée ne suffirait pas. Le département des péages et du commerce donnera des directions pour l'entrée en franchise des bagages et des eifets d'habillement. Le soin est laissé au comité d'envoyer une délégation à Strasbourg pour s'entendre avec le commandant de la place et les forces assiégeantes au sujet de la sortie et de la réception des habitantS'de la ville.
Mon Gouvernement, en me chargeant de porter ces faits i\ la connaissance de Votre Excellence, m'annonce que la même communication est adressée aux Gouvernements de la Confédération de l'Allemagne du Nord et du grand-duché de Bade.
Je saisis avec empiessement cette occasion pour vous prier
d'agréer, etc.
Kern.
Le ministre des affaires étrangères a répondu :
Paris, 9 septembre 1870. Monsieur,
Par la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire en date d'hier, vous avez bien voulu me donner connaissance des marques de sympathie que provoque en Suisse la situation des habitants de Strasbourg, ainsi que de la décision prise par le Gouvernement fédéral de seconder la formation des comités de secours et les efforts de la charité privée.
Le Gouvernement de la défense nationale a été profondément touché de cette communication, et les sentiments qu'elle lui a fait éprouver seront partagés par la France entière ; quant à ceux que la noble conduite du peuple suisse et la gé-
néreuse démarche du Conseil fédéral inspireront à l'héroïque population de Strasbourg, je n'essayerai pas de les CAprimer. De pareils actes font honneur à tous ceux, qui en ont pris l'initiative ; ils sont pour vous le plus précieux témoignage des dispositions amicales de la Suisse, et rien ne pouvait contribuer davantage à affermir les liens qui l'unissent depuis si longtemps à la France et à l'Alsace en particulier.
Je vous prie, iMonsieur, de vouloir bien vous faire l'interprète de notre vive reconnaissance auprès du Conseil fédéral, et de tous ceux, qui participent à l'œuvre des comités.
Recevez, etc.
Jules Favre.
On trouve encore, dans le numéro de ce jour, une autre lettre de M. Kern, ministre de la Confédération Suisse à Paris :
A. M. le ministre des affaires étrangères.
Je suis heureux de pouvoir vous informer que le Conseil fédéral m'a autorisé à entrer immédiatement en relations officielles avec le Gouvernement de la République française.
La Suisse a toujours reconnu le droit de libre constitution des peuples. La France s'étant constituée en République aux acclamations du pays tout entier, le Conseil fédéral n'hésite pas un instant à appliquer ce principe au nouveau Gouvernement de la France.
Le Conseil fédéral est persuadé que les bonnes relations établies depuis si longtemps entre la France et la Suisse seront maintenues par la République française. De leur côté , les autorités fédérales contribueront de tout cœur à développer ces relations. L'amour commun de la liberté et l'analogie des institutions po]iti[ues affermiront, en les renforçant d'une manière puissante, les liens sympathiques qui unissent les deux nations.
Le Conseil fédéral à la profonde conviction d'être l'interprète
des sentiments du peuple suisse tout entier , en exprimant le vœu sincère que la nouvelle République sœur, née au milieu de graves circonstances, parviendra, dans un avenir prochain;, à procurer à la France les bienfaits d'une paix honorable et à consolider à jamais la liberté et les institutions démocratiques.
M. Jules Favre, ministre des affaires étrangères, a répondu :
L'étroite amitié qui unit la France et la Suisse ne peut être que fortifiée par la communauté des institutions politiques; plus heureux que nous, vous jouissez depuis longtemps d'une liberté fortement assise sur la sagesse des habitudes et la virilité des mœurs. Vos frères l'on conquise par d'héroïques sacrifices et vous l'avez conservée par vos vertus ; peut-être aussi a-t-elle été protégée par votre admirable sol, qui est à la fois le plus magique et le plus redoutable de l'Europe ; mais vous avez eu l'habileté de le peupler de libres citoyens armés dès l'enfance, et sachant être des héros quand il s'agit de le défendre.
Quand la France aura traversé la crise périlleuse que lui vaut l'empire, elle comprendra qu'il est temps pour elle d'imiter votre exemple ; elle sera libre et guerrière, et l'épée qu'elle retiendra dans sa main, vouée désormais à l'agriculture et à l'industrie, sera désormais le symbole du respect, du droit et de l'intégrité du sol national.
Je me félicite, monsieur le ministre, au milieu des pénibles préoccupations qui m'assiègent, de me consoler par ces patriotiques espérances.
M. Nigra, ministre d'Italie à Paris a adressé, le même jour, la lettre suivante au ministre des affaires étrangères :
Paris, le 8 septembre 1870.
Monsieur le Ministre, Le Gouvernement du roi rn'a donné par le télégraphe
rinstruction de me mettre immédiatement eu communication officielle avec vous et d'entretenir avec les membres du Gouvernement les rapports les plus conformes aux sympathies qui existent entre nos deux pays.
M. Jules Favre a répondu :
Personne n'est plus heureux que moi de recevoir la communication que me fait Votre Excellence. Vieil et sincère ami de l'Italie, fier des témoignages nombreux de son affection, j'attache le plus haut prix aux assurances qu'elle veut bien me donner par votre organe. A cette satisfaction s'ajoute celle que me causent les relations que les devoirs de ma charge me permettront d'entretenir avec une personne dont j'ai depuis longtemps pu apprécier la grâce bienveillante et les éminentes qualités.
DIMAISCHE, // SEPTEMBRE.
Décret en date du 10 septembre, ordonnant que les élections des députés à l'Assemblée Nationale auront lieu, pour les Colonies, le premier dimanche qui suivra la clôture des listes électorales.
Arrêté du ministre de l'intérieur, supprimant les commissaires de police cantonnaux.
Arrêté du ministre des affaires étrangères, portant révocation de M. Mercier de Lostende, ambassadeur à Madrid,
Arrêté du maire de Paris en date du 10 septembre : Considérant que, dans les circonstances présentes, il importe de ne négliger aucune ressource d'eau.
Arrête :
Art. 1". Il est enjoint aux propriétaires et principaux locataires à Paris, de — dans k cH'lai de trois jours, — ■ mettre en
état de service : les puits, pompes, réservoirs, poulies, cordes, seaux et autres appareils hydrauliques existant dans leurs maisons, de manière à assurer le puisage de l'eau , notamment pour le cas d'incendie.
Art. 2. L'accès libre de l'intérieur des propriétés devra être donné aux agents du service municipal chargé d'assurer l'exétion du présent arrêté.
Décret. -- Art. l''^ La prorogation de délais accordée par la loi du 13 août dernier, relative aux effets de commerce, est augmentée de 30 jours à compter du 14 septembre courant.
Art. 2. Toutes les autres dispositions de la loi du 13 août sont maintenues (1).
Ont été nommés préfets :
Calvados. — M. Achille Delorme.
Vendée. — M. Georges Coulon (2).
Lot. — M. Fabien de Flaujac, en remplacement de M. Esmenard du Mazet, relevé de ses fonctions provisoires.
(1) On lit au Journal Officiel du 12 septembre :
Le décret du 10 septembre, sur la prorogation des délais des effets de commerce, est applicable à l'Algérie.
Enfin on lit au Journal Officiel du 13 septembre :
Le décret du 10 septembre 1870, relatif à l'augmentation du délai de prorogation pour les effets de commerce, doit être rétabli et complété de la manière suivante :
Art. l^"". La prorogation de délais accordée par la loi du 13 août dernier, relative aux effets de commerce, est augmentée de 30 jours à compter du 30 septembre courant.
Cette disposition est applicable aux valeurs souscrites postérieurement à la loi du 13 août 1870.
Art. 2. Toutes les autres dispositions de la loi du 13 août sont maintenues.
Art. 3. Le présent décret est applicable à l'Algérie.
Le ministre de la justice, Crémieux.
(2) Journaliste, auteur d'un Manuel électoral, publié à répoque des dernières élections du Corps législatif (1869).
Décret. — Ai l. l". Lc> prolossious li'impriimur ci de libianr sont libro^s.
Art. ^. — Toulo persoinu' i[u'\ voiulra oxoroor Vnuc ou laiilri' de ci'S prolVs-Nions sera Icuuc ;\ une ^inlpIe iléelaralion l'aile au ministère de l'inUrieur.
Art. H. — Toute puMieation poiltM-a le nom de l'iniprinieur.
Art. i. — Il sera ultérieurement statué sur les eonsécpieuces du présent tléeret à réjj[ard des titulaires actuels de bre\cts. Kai( à Paris, lo 10 soploinbrc 1^70.
Le liouvernement de la défense nationale,
Alteiulu K's eireonstanees de forée majeure (pii , dei>uis le ^5 août 1S"0, oui empêché les inventeurs l)ri>\etés d'aicpiilU-r les annuités de leurs brevets arrivées îi échéance,
Sur le rapport du ministre du connnerce, OéerMe :
Les inventeurs brevetés (pii, depuis le ^5 août 18"0, n'auront pu acquitli-r les annuités de leurs brevets dans le tlélai léj^al, seront relevés de la (léc'héanci> encourue, en jusliliant ilc l'ac- (luittement de ces annuités axant une é|Hup»e iph sera li\éc nUérii^urement.
l'ail à l'aris, le 10 soplombro 1S"0.
Le Gouvernement de la défense nationale.
Vu le décret du il dccembrt 18o4, portant cpic le cor|)s de y:endarmerie charjïé de la surveillance de la lapilaU- prcndia la dénomination dv garde de l\iris;
(lonsidéi'aut (juc cette dt'Mioniinalion , qui rcsli'einl les attributions du corps à un .service d'ordre intérieur,' ne ri'piMid pas aux nécessités imposées par la délense de Paris, et n'est pas non |)lus en harmonie avec la forme actuelle du (louvernemenl, Décrète :
Art. 1". La garde de Paris reprendra le litre de garde n^j^ublicaiiw cpi elle a déjà porté.
Art. ^. Le unuistre de la guerre, le maire de Paris et le préfet de police sont chargés, chacun en ee <pn le concirui' , de l'exécution du pr»'sent décret.
Fait à Paris, le 10 bcplcmbrc 1870.
Le ("louvcnicment de la défense nationale, Considérant que dans les circonstances actuelles, il est urgent de centraliser les différents services d'hygiène et de salubrité,
Arrête :
Une commission de huit membres est constituée à l'Hôtel-de- Ville. Elle prendra le nom de commission centrale d'hygiène et de salubrité.
Les commissions d'hygiène de chaque arrondissement, le conseil d'hygiène et de salubrité du département de la Seine, la commission des logements insalubres , correspondront directement avec la commission centrale qui fera rapport au Gouvernement.
Cette commission est composée ainsi qu'il suit : MM.
Sainte-Claire-Deville ;
Bouchardat ;
Chauveau-Lagarde, président de la commission des logements insalubres;
De Montmahon;
Docteur Sée, professeur à la Faculté de médecine ;
Docteur Onimus.
Elle aura pour président M. Jules Ferry, membre du Gouvernement, et pour vice-président M. Brisson , adjoint au maire de Paris.
Fait à Paris, le 10 septembre 1870.
Arrêté. — M. Jules Claretie, homme de lettres, est adjoint à la commission chargée de dépouiller la correspondance impériale, en qualité de secrétaire.
NOUVELLES DE LA GUERRE
Le président du Gouvernement de la défense nationale, gouverneur de Paris et commandant de l'état de siège;
Considérant que les forêts, bois et portions de bois qui environnent Paris sur toute l'étendue de son périmètre offrent à l'ennemi des couverts dont il se servira infailliblement pour
masquer le niouvenieiit de ses armées, pour arriver à l'ahii jusqu'à portée des fortilicalions, pour préparer des ateliers de fascinage et de gabionnage en vue du siège de la capitale;
Convaincu que la nation ne reculera devant aucun effort pour faire son devoir, et que Paris voudra donner au pays tout entier l'exemple des grands sacrilices, Arrête :
Seront incendiés à l'approche de l'ennemi, les forêts, bois et portions de bois qui peuvent compromettre la défense.
Les ministres des finances et des travaux publics se concerteront pour que les travaux préparatoires soient immédiatement exécutés sous la direction du service des forêts, des ingénieurs des ponts et chaussées, des ingénieurs civils de la capitale, par des escouades d'ouvriers requis.
Toutes dispositions seront prises pour que les villes, villages, hameaux et habitations soient isolés et mis à l'abri des ravages de l'incendie, et pour que les matières indammables soient recueillies, transportées et employées sur les lieux, avec les précautions nécessaires.
Par les soins du même personnel d'ingénieurs, le tond des fossés de fortification sera garni de fagots et de branchages qui recevront des matières liquides incendiaires et seront livrées aux flammes quand il y aura lieu.
« Habitants de Paris,
« Votre patience; votre résolution opposeront à l'ennemi des
obstacles dont il ne soupçonne pas la puissance. Donnez-lui la
formidable surprise d'une immense capitale qu'il croit énervée
par les jouissances de la paix, et qui; devant les malheurs de la
Patrie, se redresse tout entière pour le combat. »
A Paris, !e 10 septembre 1870.
Général Trochu.
Melun, 9 septembre, 5 heures du soir.
Le (jénéral au général commandant la première division militaire.
Le commandant des guides forestiers et les paysans afiirment que 700 fantassins prussiens ont couché, le 7, à Villiers-Agron ;
qu'un détachement de cavaliers se dirige sur Verneuil et Cliâtillon, et <iuc d'autres ennemis sont arrivés, le 8; à Cliâteau- Tliierry.
Environs de Paris. — Le 8, dix uhlans ont paru à Château- Thierry; ils ont requis ce qui leur était nécessaire cl sont repartis pour Montmirail.
Le 9, les Prussiens ont été signalés à Montmirail et à la Ferté-sous-Jouare.
Le 9, huit uhlans ont traversé Vailly-sur-Aisue.
Les Prussiens observent une discipline sévère et empêchent les déprédations.
Le 10 septembre, le chef de gare de Provins, signale l'ennemi à dix-neuf kilomètres de Villeneuve-la-Grande.
Le préfet de Seine-et-Marne au minisire de f intérieur.
-le reçois du sous-préfet de Coulommiers la dépèche suivante :
Renseignements fournis par la gendarmerie.
Les avant-coureurs ennemis sont passés à Montmirail et Sézanne. Deux corps d'armée, forts chacun de 10,000 hommes, étaient à quelques lieues de ces deux villes.
Deux habitants de Laon , arrivés ce matin à Paris, racontent qu'hier, à une heui'e de l'après-midi, au moment où l'élat-major prussien venait d'être introduit dans la forteresse, une épouvantable détonation se fit entendre : la forteresse venait de sauter; les habitants se sont enfuis.
Les dépêches venus d'Amiens, où s'étaient rendus les fuyards, confirment cet événement, dont on ne connaît encore exactement ni les causes, ni les suites.
Des renseignements particuliers confirment ïa l'ésistance énergique de Toul , et les sorties fréquenies et victorieuses de la garnison. Le bruit court que Bazaine harcèle l'ennemi sous Metz, et a fait une pointe sur Pont-à-Mousson.
J^es troupes priissionius so coiicenlreiit autour do Strasbourg', elles ont laissé les villages occupés seulenieut par des graud'gardes. Un convoi de munitions à destination de Strasbourg a été pris par les Prussiens.
Les communications télégraphiques avec Soissous sont interrompues depuis hier soir.
Chaumont, le 9 septembre 1870, 1 h. 45 soir. Les communications télégraphiques et des chemins de fer subsistent toujours entre Chaumont et Neufchâteau. Le point le plus rapproché de cette dernière ville oîi l'ennemi se trouve encore est Yaucou leurs.
10 septembre 1870.
Les Prussiens sont airivés hier à Montmirail, où ils se sont emparés des jeunes gens réunis pour la conscription. Ils seront sans doute ce soir ou demain à Coulommiers.
Depuis le début de la campagne, il n'est parvenu au ministère de la guerre que très- peu de renseignements sur les pertes éprouvées par l'armée. C'est ainsi qu'on connaît à peine d'une manière exacte les noms des officiers tués, blessés ou prisonniers dans les quatre premières affaires (Saarbruck, Wissembourg, Frœschwiller et Forbach), et qu'à part les 50° de ligne, 17® bataillon de chasseurs à pied et 3" de zouaves, pour lesquels il a été regu des listes encore incomplètes, on n'a absolument rien reçu pour les sous- officiers et soldats. Quant aux affaires de Metz et à celles plus récentes de Sedan , l'administration ne possède de renseignements d'aucune espèce.
Comprenant l'anxiété des familles, et voulant, par tous les moyens, satisfaire à la légitime impatience du public, le ministre vient de réclamer d'urgence et de divers côtés des renseignements qui seront immédiatement mis à la disposition des intéressés dès qu'ils parviendront.
Le ministre de la guerre a reçu du maréchal de Mac-Mahon la lettre suivante :
— iUO —
l'oiirru-aux-Bois, Je 8 scplenibro 1870.
iMonsieur le ministre,
J'ai l'honneur de vous faire connaître que j'ai obtenu des autorités militaires prussiennes l'autorisation de me faire transporter dans un petit village appelé Pourru-aux-Bois, situé à <inel(pies lieues de Sedan, dans la direction de la Belgique.
Etant prisonnier de guerre, je ne puis, d'après les termes de la capitulation, reprendre du service durant cette campagne; mais comme, après la catastrophe arrivée à l'armée dont j'ai eu le commandement, je veux, ainsi que l'ont fait la plus grande partie des oflîciers de l'armée, partager le sort de mes soldats, je demanderai, dès que l'état de ma blessure me permettra d'être transporté, ce qui aura lieu, d'après les médecins, dans cirq ou six semaines, je demanderai, dis-JG; aux autorités prussiennes, d'être intei'né dans une place quelconque de l'Allemagne.
Veuillez agréer, monsieur le ministre, l'assurance de ma
haute considération.
Le maréchal de France,
De 3Iac-M.aho.\.
A Messieurs les maires provisoires.
Sur les réclamations qui se sont produites et auxquelles il y a lieu de donner immédiate satisfaction, le ministre de l'intérieur invite WM. les maires à prévenir les gardes nationaux que l'exercice est désormais obligatoire. Les municipalités sont autorisées, par voie de réquisition, à reprendre les armes des absents ou de ceux qui, sans excuse valable, auraient manqué trois fois de suite les réunions ou les exercices réglementaires. Paris, le 10 septembre 1870.
Par décret en date du 10 septembre 1870, ont été nommés sous-chefs d'état-major des gardes nationales de la Seine ; 31. Baudouin de Mortemart, lieutenant-colonel d'état-major
de la garde nationale.
M. Montagut, ancien capitaine d'artillerie démissionnaire pour refus de serment au '2 décembre 1831.
Ce même numéro jinhlio une lettre adressée par M. Olozaga, ambassadeur d j>pn^ne, à M. le ministre des allaires étra]}gères :
Paris, le S soplcmbro 1870.
Monsieur le ininislrc;
M. le ministre des affaires étrani^èrcs d'Espagne m'a envoyé par le télégraphe les instructions nécessaires pour entrer immédiatement en rapports officiels avec Votre Excellence, et pour vous exprimer son désir de maintenir les bonnes relations qui heureusement existent entre l'Espagne et la France.
Je crois inutile d'ajouter que tous mes efforts seront, comme toujours, pour que ces relations se fortifient de plus en plus pour la prospérité et le bonheur des deux pays.
Veuillez agréer, etc.
S. DE Olozaga.
U. Jules Favrc a répondu :
Paris, le 10 septembre 1870.
Monsieur l'ambassadeur;
Il m'est bien précieux de recevoir ce témoignage d'amitié et de confiance de la part des représentants d'un pays (jui nous a montré naguère le chemin de la liberté. J'espère que nous nous y avancerons ensemble, étroitement unis par la communauté d'intérêts et d'espérances. C'est précisément à cette heure si cruelle pour la France qu'éclate avec évidence la sagesse d'une politique qui confondrait dans un môme faisceau trois peuples vraiment frères, n'attendant, pour retrouver leurs litres de famille, que le signal de la liberté.
N'euillez agréer, etc.
Jules Favre.
Le Gouvernement de la défense nationale.
Considérant ([u'en raison des circonstances actuelles, le Gouvernement a dû pourvoir aux approvisionnements de Paris, et qu'il importe que la vente au détail de ces approvisionnements ne soit pas l'objet de spéculations nuisibles aux intérêts des consommateurs ;
Vu l'art. 30 de la loi des 19-22 juillet 1791 ;
Sur le rapport du ministre de l'agriculture et du commerce, Décrète :
Art. 1". — Jusqu'à ce qu'il soit autrement ordonné, la taxe de la viande de boucherie est rétablie dans la ville de Paris.
Art. 2. — Des arrêtés du ministre du commerce et de l'agriculture régleront l'établissement de cette taxe.
Art. 3. — Le ministre de l'agriculture et du commerce est chargé de l'exécution du présent décret. Fait à Paris, le 11 septembre 1870.
Le Gouvernement de la défense nationale;
Considérant que tous les citoyens membres de la garde nationale sont appelés à concourir à la défense de Paris, et que le service est obligatoire;
Que, dès lors, il y a lieu de prendre des mesures alimentaires à l'effet d'assurer le service ; Décrète :
Art. l'=^ — Il sera délivré par compagnie, et par les soins des municipalités d'arrondissement, qui demeurent chargées d'apprécier les besoins à pour\oir, des bons de vivres aux hommes qui en feront la demande.
Art. 2. — Un crédit de 1 million est ouvert à cet effet au Tiiinistère de l'intérieur, et imputable sur les fonds votés pour l'organisation de la garde nationale sédentaire.
Art. 3. — Le ministre de l'intérieur est chargé de l'exécution du présent décret.
Fait à Paris, en l'Hôtel-de-VilIe, le H septembre 1870.
Arrêté du ministre rlc la justice en date du 11 septembre: Le serment politique étant aboli, le serment professionnel
des nouveaux fonctionnaires sera prêté dans la première séance
du corps auquel ils appartiennent.
L'installation des maiiistrats peut avou' lieu, pondant les
vacations, dans la séance de la chambre qui Vuml l'audience,
et le serment professionnel est prêté publiquemoiit.
Le préfet de police,
Attendu qu'en j)rocédant, dans la nuit du l'''' au 2 décembre 18ol, à l'arrestation d'un repn'sentant du peuple, le sieur Blanchet, commissaire de police, actuellomcnl encore en exercice, a violé la loi constitutionnelle;
Qu'en conséquence le sieur Blanchet est indigne de servir la nouvelle Fiépublicpie ; Arrête :
Le sieur Blanchet, commissaire de police du (puirlitT de Saint-Merry, est révoipié de ses fonctions.
l'aris, le J2 septembre 1S70.
De Kératry.
Le Journal officiel du 13 septembre |)ui)lic, au sujet (hî cette révocation, la note suivante :
La publication, dans le Journal officiel, de la mesure de révocation prise contre ceux des commissaires de police actuellement en exercice, qui ont participé au coup d'état de IHol, a été faite d'une manière incomplète.
Les commissaires de police étant nommés par décret du pouvoir exécutif, ont été révoqués par un décret du Gouverueuieat de la défense nationale en date du 10 du courant.
Le préfet de police, sur le vu de ce décret provoqué par lui, a pris l'arrêté suivant :
Nous, préfet de police :
Attendu qu'en procédant, le 2 décembre 18oJ, à l'arrestation d'un représentant du peuple, M. Blanchet; commissaire de police de la ville de Paris, a violé la loi constitutioinielle de la Républi ue ;
— lOi —
Qu'en conséquence il est indigne de servir le régime nouveau;
Vu le décret en date du 10 septembre courant qui, par les motifs ci-dessus, a révoqué M. Blanchet de ses fonctions, sur la proposition du secrétaire général, Arrêtons :
M. Blanchet sus-qualilié cessera ses fonctions le i^ courant.
Trois décrets et trois arrêtés conformes ont également frappé, pojr les mômes motifs, MM. Allard, lîenoist et Desgranges.
Ont été nommés préfets :
Canlal. — M. Gustave Vapereau (1).
Haute-Savoie. — M. Jules (Philippe).
NOUVELLES DE LA GUERRE
Toulouse, 10 septembre 1870.
Le Conseil municipal do la ville de Toulouse, uni d'esprit et de cœur avec le Gouvernement, vient de voter une somme de l,oOO;000 francs pour être employée à l'achat d'armes et de munitions pour servir à la défense de la patrie, armer les populations et aller au secours de la capitale.
Meaux, 11 septembre, G h. 55 matin.
Sous-préfet aux ministre de la guerre et de l'intérieur.
Prussiens en force à la Ferté, marchent sur Meaux. Je dirige sur Lagny les jeunes gens convoqués. Moi-même, après ordre du ministre de l'intérieur, je me replie sur cette ville. Je conduis à Lagny un convoi de poudre et de fusils abandonnés à destination de Vincennes.
Lt Temps reçoit, à la date du 7 courant, des renseignements qui, si douloureux qu'ils soient, sont pourtant de nature à rassurer un peu l'opinion sur le sort des héroïques et malheureux Strashourffeois.
(1) Auteur du Dictionnaire des Contemporains et de l'Année littéraire.
— lOo —
Les rues qui ont le plus soullert sont : La rue de la Nuée-Bleue, (lu Dôme, de la 3Iésange, des Hallebardes, du faubourg National, du faubourg de Pierre, du faubourg de Saverne, toute la Krutenau, le marais Kageneck.
L'Ile-Jars (propriété du professeur Schutzenberger) a été brûlée.
La maison Edel-Bûchel est brûlée. Il en est de même de celle de M. Ed. Ehrmann, rue des Récollets.
Par contre, les quartiers Sainte-Elisabetb, Saint-Thomas, Saint-Nicolas, n'ont presque pas souffert. Aux Diaconesses, des malades ont pu rester dans leurs lits.
Les habitants de la ville passent leurs journées au rez-dechaussée de leurs maisons, barricadent les fenêtres avec des matelas ; des baquets pleins d'eau sont placés dans les rues et aux divers étages des habitations ; on a pu fréquemment, et grâce à ces précautions, éteindre des bombes. Les nuits sont plus pénibles; on se réunit dans les caves les plus vastes; mais au milieu de cette population épouvantée, des cris des femmes, des pleurs des enfants, tout repos est impossil)le. La population est d'une persévérance admirable.
On nous écrit que la République a été acclamée avec enthousiasme.
La ville de Cassel, près de laquelle se trouve le splendide château où Napoléon III est interné, est l'ancienne capitale du royaume de Westphalie. Les jardins de Wilhelmshœhe se trouvent situés à une heure de Cassel, sur le versant oriental du Habichts-Waldgebirge. On s'y rend de Cassel par une allée de tilleuls bordée de jolies maisons. A une assez grande distance déjà, on voit la statue colossale d'Hercule, qui couronne la colline au pied de laquelle est bâti le château électoral.
Los jarflins de Willielmshœlio ont été créés principalement par le landyrave Cliailes (1701) et l'électeur Guillaume I'^ ils contiennent plusieurs choses fort remarquables, notamment la nouvelle cascade, haute de 43 mètres, large de 17 ; le temple de Mercure, où l'on monte par un escalier de 842 marches ; le Riesenschloss ( Château des Géants), dont la jilate-forme, soutenue par 102 colonnes toscanes, supporte une pyramide de 32 mètres. Cette plate-forme est couronnée, sur un piédestal de 4 mètres, d'un Hercule Farnèsc en cuivre forgé, de 10'", 38 (le haut. Ou peut monter dans la cuisse de ce colosse, ({ai peut contenir huit ou neuf personnes.
La conslructioi) de ce château a occupé, dit-on , deux mille ouvriers pendant rpiatorze ans, et h coûté de telles sommes qu'on en brûla les comptes pour que la vérité ne lût corniue de personne.
C'est de ce château que descendent les anciennes cascades, longues de 300 mètres, larges de 13'", 33, et interrompues de distance en distance par de vastes bassins.
On voit en outre, dans ce parc, la grotte de Polyphème ; le Vexierwasser, jet d'eau qui jaillit de tous côtés, et le bassin des Géants, où Encelade est enseveli sous des masses de rochers ; une troisième cascade dite de Steinhaefer; la Lœwenburg (Château des Lions), la faisanderie, le village chinois Mu Tany, des ermitages, une pièce d'eau nommée k Grand Lac.
C'est ce parc qui contient la Grande Fontaine, jet d'eau de 63 mètres de haut, le plus élevé de l'Europe ; près de cette fontaine se trouve le Pont du Diable et l'aqueduc avec une quatrième cascade (1).
\]n télégramme adressé de Paris au Times par son correspondant lui donne l'assurance que l'opinion publique compte plus que jamais sur la conclusion prochaine de la paix. La Russie unit ses efforts à ceux de l'Autriche dans ce but.
(1) Cet article est emprunté par le Journal officiel au journal le Nord.
On lit encore, dans le numéro de ce jour, les notes suivantes :
M. Thiers, dans les firconstances présentes, n'a pas voulu refuser ses services au Gouvernement; il part, ce soir, en mission pour Londres, et doit se rendre ensuite à Saint-Pétersbourg et à Vienne.
Dans les circonstances graves qui se préparent, il est opportun de rappeler les dispositions de l'article 5 de la convention signée à Genève le 22 août 1864, et ratifiée diplomatiquement par toutes les puissances européennes :
« Les habitants du pays qui porteront secours aux blessés seront respectés et demeureront libres. Les généraux des puissances belligérantes auront pour mission de prévenir les habitants de l'appel fait à leur humanité et de la neutralité qui en sera la conséquence.
» Tout blessé recueilli et soigné dans une maison y servira de sauvegarde. L'habitant qui aura recueilli chez lui des blessés sera dispensé du logement des troupes, ainsi que d'une partie des contributions de guerre qui seraient imposées. »
Ordre a été donné à l'employé compétent par le membre du Gouvernement de la défense nationale, délégué à ce département, de communiquer , sans aucune réserve , toutes les listes et pièces relatives à l'emploi des fonds secrets alloués au budget de l'intérieur sous le régime impérial.
Cette communication a été ordonnée dès le 5 septembre 1870, au lendemain même de la proclamation de la République, le ministre de l'intérieur ayant eu à cœur de prouver, par un acte immédiat, ([ue le Gouvernement nouveau considérait comme un devoir impérieux de dénoncer à l'opinion publique le système de corruption du régime déchu, et de dégager autant que possible, pour les reporter sur un crédit avoué et soumis au contrôle du pays, les rares services d'utilité publique jusqu'à présent confondus avec d'inavouables subventions.
Celte comptabilité spéciale , qui forme tout un cJiapitre (chap. XIH) du budget général de l'intérieur, est, en ce nionient, l'objet d'un examen scrupuleux qui se poursuit aclivemciil. Un se bornera à dire aujourd'hui que, prévoyant seulement dans la corruption, le gouvernement déchu avait pris la précaution de mandater en blanc, sous la si^^nature du ministre, les paiements à effectuer sur les fonds secrets, de telle sorte qu'aujourd'hui il est impossible de retrouver d'une façon précise les bénéhciaires de ces subventions, la comptabilité, sauf la signature ministérielle, étant, dans la plupart des cas, anonyme.
Le ministre de l'instruction publique s'est rendu de nouveau au musée du Louvre, accompagné du colonel des sapeurspompiers, atin d'arrêter les mesures nécessaires pour assurer contre tout danger les trésors que ce musée renferme. Le ministre a prescrit que les caisses de tableaux préparées par ordre du précédent gouvernement pour être expédiées loin de Paris, fussent mi^es, dans le Louvre même, en lieu sur, ainsi que tous les objets d'art les plus précieux. M. Jules Simon a visité également la Bibliothèque nationale et le musée de Clany.
La mairie de Paris informe les propriétaires et cultivateurs des arrondissements de Saint-Denis et de Sceaux qui ont à rentrer leurs récoltts dans Paris, qu'ils trouveront aux portes de la capitale les indications nécessaires pour diriger ces récoltes sur les dépôts qui leur seront atiectés.
Dès à présent sont désignés :
Pour le canton de Villejuif et environs, un terrain de 32,000 mètres, rue du Chevaleret, n°^ 36 et 30 (13® arrondissement);
Pour Gennevilliers et environs, un terrain de 34,000 mètres, quai de Javel, 8o et 87 (13« arrondissement);
Pour Créteil et Maisons, un terrain de 10,000 mètres, rue de l'Ave-Maria, derrière le lycée Charlemagne.
La dispositions de ces emplacements permet de dresser ces récoltes en meules.
Décret en date du 42 septembre : — La ville du Toiil a bien mérité de la Patrie.
Décret. — iM. de Malaret, ambassadenr à Florence, est rappelé et momentanément remplacé par M. Senaid, ancien ministre de l'intérieur, chargé d'une mission extraordinaire près le gouvernement du roi d'Italie.
Décret. — M. Jousserandot est nomme préfet des Pyrénées- Orientales.
Le Gouvernement de la défense nationale,
Considérant qu'il est indispensable, en cas d'investissement de Paris, que le Gouvernement conserve sa complète liberté d'action pour organiser la défense dans les départements et maintenir l'administration, Décrète :
Art. 1er. M. Grémieux, membre du Gouvernement de la défense nationale, garde des sceaux, ministre de la justice, est délégué pour représenter le Gouvernement et en exercer les pouvoirs.
Art. 2. Chaque département ministériel sera représenté près de lui par un délégué [spécial, chargé du service de ce département.
Art. 3. Le membre du Gouvernement de la défense nationale aura son siège à Tours et pourra le transporter partout où l'exigeront les nécessités de la défense.
Art. 4. Les pouvoirs conférés par le présent décret cesseront quand les relations avec Paris redeviendront libres.
Art. o. Chacun des ministres est chargé de l'exécution du présent décret, en ce qui concerne son département respectif. Fait à l'Hùtel-c'e-Ville de Paris, le 12 septembre 1870.
Décret. — Pendant l'absence du garde des sceaux, ministre de la justice, M, Hérold, secrétaire général du ministère de la
justice, est autorisé à donner, aux lieu et place du ministre, toutes les signatures nécessaires pour l'expédition des allaires courantes, et notamment celles concernant h comptabilité, les pensions et les secours.
Les nominations et révocations présentant un caractère d'urgence qu'il pourrait y avoir lieu de taire dans le personnel de la magistrature, et pour lesquelles la signature du garde des sceaux ne pourrait être obtenue, seront signées par M. Emmanuel Arago, membre du Gouvernement de la défense nationale, et contre-signées par le secrétaire général du ministère de la justice.
Décret. — Les militaires de tout grade, les fonctionnaires de tout rang, qui ont perdu leur grade ou leur rang par suite des événements de décembre 18ol, soit en vertu d'une mesure individuelle, soit en vertu du refus de serment, sont réintégrés dans leurs droits et titres.
Ils recouvreront sur leiir demande les emplois que comportent leur situation et leurs services, au fur gt à mesure des vacances.
Fait à Paris, le 12 septembre 1870.
M. le ministre des affaires étrangères a reçu la démission de M. Baudin, ministre de France à la Haye. Cette démission est acceptée.
Ordre est donné à toute personne ayant en dépôt des huiles de pétrole d'en faire la déclaration dans les vingt-quatre heures à l'Hôtel-de-Ville.
Le ministre de l'agriculture et du commerce, En exécution du décret du 11 septembre courant, par lequel le Gouvernement de la défense nationale a décidé que, jusqu'à ce qu'il en soit autrement ordonné, la taxe de la viande de boucherie serait rétablie dans la ville de Paris; Arrête ce qui suit :
Art. l''"'. A parLii- <Ili 12 septembre couraiil, il sera tenu sur l'uinplacement du marché aux clievaux un marché quotidien pour la vente des bestiaux de boucherie destinés à l'approvisionnement de Paris.
Art. 2. Les bouchers de Paris et les autres personnes qui l'ont le commerce de la viande dans la capitale, pourront y acheter par eux-mêmes ou par des intermédiaires de leur choix les animaux nécessaires à l'approvisionnement de leurs étaux et lieux de vente.
Art. 3. L'ouverture du marché aura lieu à huit heures du matin et les ventes seront terminées à midi.
Art. 4. Le prix des animaux achetés sera payé marché tenant entre les mains du caissier préposé à cet eflét par l'administration .
Art. o. Les animaux achetés sur le marché d'approvisionnement seront immédiatement dirigés, par les soins des acheteurs, sur les abattoirs de Grenelle et Villejuif et sur celui de la Villettc, tant qu'il sera disponible. Ils ne pourront, jusqu'à nouvel ordre, être abattus que dans ces établissements.
Art, 6. A partir du 12 septembre courant, les viandes de bœuf, vache, taureau et mouton seront soumises à la taxe .
Art. 7. La taxe sera établie tous les huit jours, pour chacune des espèces de viandes, par les soins du ministère de l'agriculture et du commerce, d'après les prix moyens de vente constatés pendant la semaine précédente sur le marché d'approvisionnement et d'après le poids en viande nette relevé dans les abattoirs pendant la môme période.
Art. 8. Pour la li.xation du prix de vente au détail, la viande de bœuf, de vache et de taureau sera divisée en trois catégories de morceaux, savoii" :
/■^^ catégorie.
Tende de tranche. — Culotte. — Gite à la noix. — Tranche grasse. — Aloyau.
^ catégorie.
Paleron. — Côtes. — Talon de collier. — Bavette d'aloyau. — Rognons de graisse.
5» catégorie.
Colli^T. — Pis. — Gîtes. — Plates côtes. — Surloiiges. — Joues. Le lilet et le l'aux-lilet détachés, ainsi que le rognon de chair, ne sont pas soumis à la taxe.
Pour la viande de mouton, les morceaux sont divisés en trois catégories :
/'■'^ catégorie.
Gigots. — Carrés.
i*^ catégorie.
Épaules.
.3- catégorie.
Poitrine. — Collet. — Débris de côtelettes.
Les côtelettes de mouton parées ne sont pas soumises à la taxe.
Art. 9. Les différentes espèces et catégories de viandes exposées en vente seront indiquées par des écriteaux.
Art. 10. Défenses sont faites aux bouchers d'introduire dans les pesées de viande des os décharnés et ce qu'on appelle vulgairement de la réjouissance.
Les os seront vendus à part et à prix débattu. Il sera tenu compte dans les calculs de la taxe de leur poids et de leur valeur.
Art. 11. Les boucliers ne pourront obliger l'acheteur à prendre, avec le morceau de son choix, de la viande d'une autre espèce ou d'une autre catégorie, non plus que des morceaux différents de la même catégorie.
Art. 12. La préfecture de police est chargée des mesures de surveillance à prendre pour assurer l'exécution du présent arrêté, qui sera imprimé, publié et affiché.
Les bouchers seront tenus de le placarder dans l'endroit le plus apparent de leurs étaux.
Paris, le 12 septembre 1870,
Le ministre de l'agriculture et cUi commerce. J. Magnln.
NOUVELLES DE LA GUERRE
Soissons, 11 septembre, soir.
Un parlementaire prussien s'est présenté hier sous nos murs et a sommé la ville de se rendre. Le commandant de la place a répondu qu'il se ferait plutôt sauter. Les lial)itants ont aj)prouvé cette réponse.
iMeliiii, 11 septembre, 10 h. 20 soii'. Les Prussiens sont autour de Meaux, et en t'oice à Crécv.
Épinal, 11 septembre, 9 h, G m. soir Hier, 10, roinienii a essayé de forcer la place de Toul de 7 heures du matin à 4 heures du soir. Canonnade et bombardement d'une extrême vigueur. Tentatives d'assaut repoussées.
il septembre, 12 h. 55 soir.
Depuis 3 heures du matin jusqu'à 1) heures du soir l'ennemi a attaqué Toul et tenté l'assaut; il a été repoussé après avoir subi de grandes pertes; 10,000 hommes hors de combat, dit-on.
Troyes, 12 septembre, 10 h. 40 ra.
Les Prussiens entrent à Nogent-sur-Seine.
12 septembre.
Les avant-gardes ennemies arrivent à Noisy (Seine-et-Marne).
Provins, i2 septembre, 3 h. soir.
Les Uhlaps sont arrivés à midi moins le 1/4; ils annoncent pour demain un corps de 20,000 hommes.
En présence des événements qui rendent nécessaire le concours de tous les Français à la défense du sol, le Gouvernement de la défense nationale a décidé que tous les militaires engagés au service de l'étranger, sans exception, renlrcrai.nl de suite en France pour se mettre à la disposition de M. le ministre de la guerre. Le département des affaires étrangères est chargé de leur rapatriement.
De nombreuses demandes sont encore formées chaque jour pour la création de corps francs; jusqu'ici il a été possible de les accueillir; mais, par des considérations d'ordre et de bonne O'ganisation qu'il est impossible de méconnaître sans danger, le ministre de la guerre a dû consacrer spécialement à l'armement des gardes nationales mobiles et sédentaires, qui reçoivent un développement considérable, les armes des nouveaux systèmes qui restent disponibles.
Il n'est donc plus possible d'accorder de nouvelles autorisalions pour la formation de corps francs, dont l'organisation entraînerait, d'un côté d'assez longs délais, et de l'autre, des cessions d'armes, qui ont, dès à présent, leur destination définitivement déterminée.
Il y a lieu de rappeler, d'ailleurs, que les r.ings de la garde nationale mobile et de la garde nationale sédentaire restent ouverts à tous les volontaires, indépendannnent de la faculté qui leur demeurera acquise de s'engager pour la durée de la guerre dans un corps de troupe régulier.
Voici la liste géuéraie et officielle de tous les corps francs qui ont passé la revue d'effectif par les soins de l'intendance militaire, en exécution du décret du 11 octobre 1870, et aux officiers desquels le département de la guerre a délivré des titres :
Volontaires de la Seine (3" et 4*^ bataillon), commandant Lafon.
Volontaires de la Seine (escadron de cavalerie], commandant de Pindray.
Eclaireurs à cheval de la Seine, commandant Franchetti. Décédé par suite de blessures reçues à l'ennemi.
Légion des volontaires de la France, commandant Cailloiié.
Légion des volontaires de la France (escadron de cavalerie), commandant G. Fould.
Francs-lireuio de la Presse, commandant Roland.
Francs-tireurs des Ternes, commandant de Vertus.
Francs- tireurs de la Ville de Paris ('2'' bataillon et dépôt), commandant Chaboud-3Iollard .
— llo —
Francs-tireurs de l'Aisne, commandant Dollé.
Francs-tireurs des Lilas, commandant Tliomas Anquetil. Le corps des Lilas, licencié par décision ministérielle du 23 novembre, a été autorisé depuis à se réorganiser.
Francs-tireurs sédentaires, commandant Deschamps.
Francs-tireurs de la Gironde, commandant Cavasso.
Tirailleurs parisiens, commandant Lavigne.
Tirailleurs de la Seine, commandant Dumas.
Tirailleurs-éclaireurs parisiens, commandant Féry-d'Esclands.
Légion des Amis de la France, commandant Van der Meer.
Corps civique des carabiniers parisiens, commandant Perrelli (Janvier) .
Chasseurs de Neuilly, Didion, capitaine commandant. M. de Jouvencel, organisateur dudit corpS; a quitté Paris.
Bataillon d'éclaireurs de la garde nationale, commandant de Joinville.
Cavaliers de la République, commandant Dardelle.
Volontaires de la défense nationale, commandant Paira.
Guérilla de l'Ile-de-France, commandant André Péri. Licencié par décision ministérielle du '23 novembre. Autorisé à se réorganiser.
Bataillon des gardes mobiles de 1848. Pour mémoire, ce corps n'ayant pas encore été reconnu.
Eclaireurs de la garde nationale de la Seine (2*^ arrondissement), commandant Vallette. Licencié par décision ministérielle du 27 novembre.