Dorian, ministre des travaux publics
M. le conti'e-amiral de Dompierre-d'Hornoy, ministre par intérim de la marine et des colonies ;
M. Dupuy de Lomé, ancien inspecteur général du génie maritime ;
M. le général de division Frébault, de l'ariillerie de marine, sont nommés membres du Comité de défense d3 Paris.
Le Gouvrrnemcnt de la défense nationale décrète :
Article unique. — La ville de Paris est autorisée ii prélever une somme de cinq millions sur celle de soixante-trois millions que l'article 3 de la loi du 23 juillet 1870 l'a autorisée à se procurer au moyen de l'émission des bons de la caisse municipale pour l'exécution de travaux neufs, et à employer ladite somme de cinq millions aux dépenses faites et à faire par suite de la guerre, et consistant en travaux de diverse nature à exécuter d'urgence pour la défense de Paris, et se rattachant aux approvisionnements, aux ambulances, au casernement, etc.
Fait à Paris, le 6 septembre 1870.
M. Hauréau, membre de l'Institut, est nommé directeur de l'Imprimerie nationale, en remplacement de M. Petetin.
Le commandant Clievrlaux est nommé au commandement de l'Hôtel-de-Ville, sous l'autorité du gouverneur et du maire de Paris.
Soit nommés préfets :
Ain. — M. Edouard Puthod (1).
Allier. — M. Cornil.
Alpes (Hautes-). — M. Cyprien Cliaix.
Alpes-Maritimes. — M. Pierre Baragnon (2). Aveyron. — M. Louis Oustry.
Corrèze. — M. Latrade.
Corse. — M. D. F. Ceccaldi.
Côtes-du-Nord. — M. Viet-Dubourg, Creuse. — M. Martin Nadaud.
Drôme. — M. Peigné-Crémieux.
Eure. — M. Fléau.
Eure-et-Loir. — M. Emile Labiche.
Garonne (Haute-). — M. Armand Duportal^(3). Gers. — M. le docteur 3Iontanier.
(1) Rédacteur du Temps.
(2) Journaliste ; directeur, fondateur du journal le Centre Gauche.
(3) Directeur du journal V Emancipation, souvent poursuivi et condamné sous l'empire.
iiifJre. — 31. Charles Bigot.
Isèfo. — 31. Bi'illier.
Loire (Haute-). —31. A. Beliaghel (1
Orne. — 31. Albert Gbristophle.
Pyénées (Basses-). — 31. Xogué.
Sarthe. — 31. Georges Lechevalier.
Savoie. — 31. Eugène Guiter.
Seine-et-3farne. — 31. Hippolyte Rousseau.
Sèvres (Deux-). — 3Ï. Amédée Ricard.
Tarn. — M. Frédéric Thomas (2) .
Tarn-et-Garonno, — 31. Desaulcy de Freycinet.
Var. — 31. Cotte.
Vaucluse. — 31. le docteu'' Poujade.
Vendée. — 31. Fillon.
Vienne. — 31. Léonce Uii)ert.
Yonne. — 3L Ribière.
NOUVELLES DE LA GUERRE
Les têtes de colonnes de l'armée prussienne sont toujours aux environs deLaon et Epernay.
Le général Vinoy est arrivé intact à Paris, à quatre heures du soir, avec treize trains d'artillerie, onze trains de cavalerie, quatorze trains d'infanterie.
Le matériel de tout le chemin de fer du Nord, renforcé des matériels des autres compagnies, retourne immédiatement vers le nord prendre le reste des troupes du général Vinoy.
La résistance de la ville de Toul continue malgré l'effort de l'ennemi. Le Gouvernement de la défense nationale, vivement touché du dévouement de cette glorieuse cité, a décrété qu'elle a bien mérité de la Patrie.
(1) Rédacteur du Journal de Paris.
(2) Rédacteur du Siècle et ancien président de la société des gens de lettres.
Le ji^cnéral Trocliu, gouverneur de Paris, fait publier la note suivante :
L'ennemi est en marche sur Paris.
La défense de la capitale est assurée.
Le moment est venu d'organiser celle des départements qui ^environnent.
Des ordres sont expédiés aux préfets de la Semé, de Seineet-Oise et de Seine-et-Marne; pour réunir tous les défenseurs du pays.
Us seront appuyés par les compagnies franches de Paris et par les nombreuses troupes de cavalerie réunies aux environs.
Les commandants des corps francs se rendront immédiatement chez le président du Gouvernement, gouverneur de Paris, pour y recevoir des instructions.
Chaque citoyen s'inspirera des grands devoirs que la Patrie lui impose.
Le Gouvernement de la défense nationale compte sur le courage et le patriotisme de tous.
M. Jules Favre, vice-président du Gouvernement, ministre des affaires étrangères, a adressé, en prenant possession de son ministère, la circulaire suivante aux agents diplomatiques de la France à l'étranger.
Paris, le 6 septembre 1870.
Monsieur,
Les événements qui viennent de s'accomplir à Paris, s'expliquent si bien par la logique inexorable des faits qu'il est inutile d'insister longuement sur leur sens et leur portée.
En cédant à un élan irrésistible, trop longtemps contenu, la population de Paris a obéi à une nécessité supérieure, celle de son propre salut.
Elle n'a pas voulu périr avec le pouvoir criminel qui conduisait la France à sa perte.
Elle n'a pas prononcé la déchéance de Napoléon III et de sa dynastie : elle l'a einegistrée au nom du droit, de la justice et du salut public.
Et cette sentence était si bien ratifiée à l'avance par la cons-
cience de tous, que nul, parmi les détenseurs les plus bruyants du pouvoir qui tombait, ne s'est levé pour le soutenir.
Il s'est effondré de lui-môme, sous le poids de ses fautes, aux acclamations d'un peuple imuieiise, sans ([u'une goutte de sang ait été versée, sans qu'une personne ait été privée de sa liberté.
Et l'on a pu voir, chose inouïe dans l'histoire, les citoyens auxquels le cri du peuple conférait le mandat périlleux de combattre et de vainci'e, ne pas songer un instant aux adversaires qui la veille les menaçaient d'exécutions militaires. C'est en leur refusant l'honneur d'une répression quelconque f[u'ils ont constaté leur aveuglement et leur impuissance.
L'ordre n'a pas été troublé un seul moment; notre confiance dans la sagesse et le patriotisme de la garde nationale et de la population tout entière, nous permet d'affirmer qu'il ne le sera pas.
Délivré de la honte et du péril d'un gouvernement traître à tous ses devoirs, chacun comprend que le premier acte de cette souveraineté nationale, enfin reconquise, est de se commander à soi-même et de chercher sa force dans le respect du droit.
D'ailleurs, le temps presse : l'ennemi est à nos portes ; nous n'avons qu'une pensée, le repousser hors de notre territoire.
Mais cette obligation que nous acceptons résolument, ce n'est pas nous qui l'avons imposée à la France ; elle ne la subirait pas si notre voix avait été écoutée.
Nous avons défendu éncrgiquement, au prix même de notre popularité, la politique de la paix. Nous y persévérons avec une conviction de plus en plus profonde.
Notre cœur se brise au spectacle de ces massacres humains dans lesquels disparaît la fleur des deux nations qu'avec un peu de bon sens et beaucoup de liberté on aurait préservées de ces effroyables catastrophes.
Nous n'avons pas d'expression qui puisse peindre notre ad-' miration pour notre héroïque armée, sacrifiée par l'impéritie du commandement suprême, et cependant plus grande par ses défaites que par les plus brillantes victoires.
Car, malgré la connaissance de fautes qui la compromettaient, elle s'est inimulée, sublime, devant une inoit certaine, et rachetant l'honneur de la France des souillures de son gouvernement.
Honneur à elle! La Nation lui ouvre ses bras! Le pouvoir impérial a voulu les diviser, les malheurs et le devoir les confondent dans une solenniîlle étreinte. Scellée par le patriotisme et la liberté, cette alliance nous fait invincibles.
Prêts à tout, nous envisageons avec calme la situation qui nous est faite.
Cette situation, je la précise en quelques mots; je la soumets au jugement de mon pays et de l'Europe.
Nous avons hautement condamné la guerre, et protestant de notre respect pour le droit des peuples, nous avons demandé qu'on laissât l'Allemagne maîtresse de ses destinées.
Nous voulions que la liberté fût à la fois notre lien commun et notre commun bouclier; nous étions convaincus que ces forces morales assuraient à jamais -le maintien de la paix. Mais, comme sanction, nous réclamions une arme pour chaque citoyen, une organisation civique, des chefs élus; alors nous demeurions inexpugnables sur notre sol.
Le gouvernement impérial, qui avait depuis longtemps séparé ses intérêts de ceux du pays, a repoussé cette politique. Nous la reprenons, avec l'espoir qu'instruite par l'expérience, la France aura la sagesse de la pratiquer.
De son côté, le roi de Prusse a déclaré qu'il faisait la guerre, non à la France, mais à la dynastie impériale.
La dynastie est à terre. La France libre se lève.
Le roi de Prusse veut-il continuer une lutte impie qui lui sera au moins aussi fatale qu'à nous?
Veut-il donner au monde du XIX® siècle ce cruel spectacle de deux nations qui s'entre-détruisent, et qui, oublieuses de l'humanité, de la raison, de la science, accumulent les ruines et les cadavres?
Libre à lui; qu'il assume cette responsabilité devant le monde et devant l'histoire!
Si c'est un déli, nous l'acceptons.
Nous ne céderons ni un pouce de notre territoire, ni une pierre de nos forteresses.
Une paix honteuse serait une guerre d'extermination à courte échéance.
Nous ne traiterons que pour une paix durable.
Ici, notre intérêt est cekii de l'Europe entière, et nous avons lieu d'espérer que, dégagée de toute préoccupation dynastique, la question se posera ainsi dans les chancelleries.
Mais fussions-nous seids, nous ne faiblirons pas.
Nous avons une armée résolue, des forts bien pourvus, une enceinte bien établie, mais surtout les poitrines de trois cent mille combattants décidés à tenir jusqu'au dernier.
Quand ils vont pieusement déposer des couronnes aux pieds de la statue de Strasbourg, ils n'obéissent pas seulement à un sentiment d'admiration enthousiaste, ils prennent leur héroïque mot d'ordre, ils Jurent d'être dignes de leurs frères d'Alsace et de mourir comme eux.
Après les forts, les remparts; a})rès les reiuparls, les ba-ricades. Paris peut tenir trois mois et vaincre; s'il succombait, la France, debout à son appel, le vengerait; elle continuerait la lutte, et l'agresseur y périrait.
Voilà, moiisieur, ce que l'Europe doit savoir. Nous n'avons pas accepté le pouvoir dans un autre but. Nous ne le conserverions pas une minute s". nous ne trouvions pas la population de Paris et la France entière décidées à partager nos résolutions.
Je les résume d'un mot devant Dieu qui nous entend, devant la postérité qui nous jugera : nous ne voulons que la paix. Mais si l'on continue contre nous une guerre funeste que nous avons condamnée, nous ferons notre devoir juscju'au bout, et j'ai la ferme confiance que notre cause, qui est celle du droit et de la justice, fmira par triompher.
C'est en ce sens que je vous invite à expliquer la situation à M. le ministre de la cour près de laquelle vous êtes accrédité, et entre les mains duquel vous laisserez copie de ce document.
Agréez, monsieur, l'expression de ma haute considération.
Le ministre des affaires étrangères, Jules Favre.
Ou lit encore dans le Journal officiel de ce jour : La volumineuse correspondance de la laniille impériale avec de nombreux personnages contemporains a été saisie à lu frontière par les soins du préfet de police. Celte correspondance appartient à l'histoire. En conséquence, le ministre de l'intérieur institue une commission avec mandat de réunir, classer et préparer la publication de ces curieuses pièces.
Cette Commission est composée de :
MM. DE Kératry, préfet de police, président; André Lavertujon, vice-président; EsTANCELiN, ancien député; Gagneur, ancien député; André Cochut.
[*ar décret du 7 septembre, l'arrondissement du Havre est mis en état de siège.
Le Gouvernement de la défense nationale décrète : L'article 1,244 du Code civil, § 2, est applicable, pendant la du"ée de la guerre, à toute contestation entre locataire et propriétaire, relative au paiement des loyers et aux poursuites ou exécutions en toute matière. Les tribunaux peuvent, selon les circonstances, accorder délai, suspendre toute exécution ou poursuite. En cas d'urgence, le président du tribunal statue par ordonnance de référé exécutoire nonobstant appel. Fait à Paris, le 7 septembre 1870.
Le Gouvernement de la défense nationale décrète : ^
Le ministre de l'intéT-ieur,
Sur décision prise par lui après avis conforme du ministre des finances.
Est autorisé à payer des subventions, à titre de solde, aux corps de volontaires armés ou équipés pour la défense nationale.
Fait à Paris, le 7 septembre 1870.
Par décret eu date du 7 septeuibre 1870, out été uomuiés :
M. Ange Blaize, protêt d'Ille-et-Vilaine, eu remplacement de M. le comte de Callac.
M. Georges Jeannerod (1), préfet de l'Oise, en remplacement de M. Léon Chevreau.
iM. Frédéric Morin (!2j, préfet de Saône-et-Loire, en rempl:icemeut de M. Marlière.
M. Maze, préfet des Landes, eu remplacement de }il. de Pebeyre.
M. Armand Audoy, préfet de Lot-ei-Garonne, eu remplacement de M. le baron de Mon tour.
Le ministre des affaires étrangères a décidé que M. le comte de Mosbourg, ministre plénipotentiaire, envoyé extraordinaire près de la cour de Vienne, continuerait ses fonctions.
Le préfet de police arrête :
Art. 1". Le corps des sei-gents de ville est licencié.
Art. 2. Il est remplacé par uu corps de police dont la mission exclusive est de veiller au maintien du bon ordre et de la sécurité des personnes et des propriétés.
Art. 3. Les liommes faisant partie de ce corps, choisis paiini les anciens militaires, seront appelés Gardiens de la paix publique.
Art. 4. Ils ne seront pas armés.
Art. 5. Si les circonstances l'exigent, les gardiens de la paix publique concourront à la défense nationale; ils recevront, en ce cas, l'armement du soldat.
Le membre du Gouvernement de la défense nationale, délégué au département de l'intérieur, vient d'adresser la circulaire suivante aux administrateiu'S provisoires et aux préfets des départements de la République:
Monsieur le préfet, fonctionnaire institué dans un jour d'cx-
(1) Rédacteur militaire du Temps, ancien otïicier de l'armée.
(2) Ancien rédacteur du Siècle et en dernier lieu du Rappid.
trôinc p'.iil par un Gouvernement qui s'est donné le nom de Gonverneniont de la défense nationale, votre caractère et votre conduite se trouvent par là même aussi nettement définis que le comportent les pressantes nécessités du salut public;.
La défense du pays avant tout ! Assurez-la, non-seulement en préparant la mise a exécution sans n tards ni difficultés de toutes les mesures votées sous le régime antérieur, mais en suscitant autour de vous les énergies locales, en disciplinant par avance tous les dévouements, afin que le Gouvernement puisse les mettre à profit suivant les besoins du pays. Toute votre administration se réduit pour le moment à déterminer le grand effort qui doit être tenté par tous les citoyens en vue de sauver la France.
A cet égard, vous avez le droit de compter sur la ratification de toutes les mesures que vous aurez prises dans ce suprême intérêt. Si, comme je n'en doute pas, vous concentrez rapidement et tournez toutes les forces vives de la nation vers ce grand but, vous écarterez du même coup toutes les divisions, tous les conflits entre les diverses administrations, ce qui est d'une importance capitale dans une crise comme celle où nous sommes.
Pour ce qui est de vos relations avec l'ancien personnel du gouvernement déchu, maires, adjoints, conseillers municipaux et fonctionnaires, relevant exclusivement de l'ordre administratif, votre conduite est toute tracée dans les idées que je viens d'exposeï'. Ce qu'il faut ii notre pays endormi et énervé depuis dix-huit ans, ce qui lui est nécessaire au jour de ce terrible réveil, c'est l'activité sans confusion, la vie, une vie régulière et organisée. Partout donc où se manifesteront des tendances à la propre initiative des citoyens assemblés dans leurs communes, encouragez-les en les réglant, si elles s'inspirent de l'esprit de patriotisme et de dévouement qui anime les représentants des pouvoirs publics.
Le Gouvernement de la défense nationale a été composé par le peuple de ses propres élus : il représente en France le grand principe du suffrage universel. Ce gouvernement manquerait à son devoir comme à son origine s'il ne tournait pas dès l'abord
ses regards sur les nannicipalUés issues comme ses membres des urnes populaires. Partout où sont installcl^s des conseils municipaux élus sous l'inlluence du courant libéral et démocratique, que les membres de ces conseils deviennent vos principaux auxiliaires. Partout au contraire où, sous la pression fatale du régime antérieur, les aspirations du citoyen ont été refoulées et où les conseils élus et les ofticiers municipaux ne représentent que des tendances rétrogrades, entourez-vous de municipalités provisoires et placez à leur tête les chefs qu'elles auront choisis elles-mêmes dans leur sein, si dans leur choix, elles ont su obéir aux nécessités patriotiques ({ui pèsent sur la France.
En résumé, ne pensez qu'à la guerre et aux mesures qu'elle doit engendrer ; donnez le calme et la sécurité pour obtenir en retour l'union et la confiance ; ajournez d'autorité tout ce qui n'a pas trait à la défense nationale ou pourrait l'entraver; rendez-moi compte de toutes vos opérations et comptez sur moi pour vous soutenir dans la grande œuvre à laquelle vous êtes associé et qui doit nous enflammer tous du zèle le plus ardent, puisqu'il y va du salut de la patrie.
Recevez, etc.
Le ministre de V intérieur.
Gambetta.
Le ministre des affaires étrangères a l'eçu de la légation des Etats-Unis la lettre suivante :
Monsieur, j'ai reçu la nuit dernière, à onze heures, la communication qu^ vous m'avez fait l'honneur de m'adresser à la date du o courant, et par laquelle vous me faisiez savoir que, en vertu d'un résolution adoptée par les membres du Gouvernement de la défense nationale, le département des affaires étrangères vous avait été confié.
J'ai à mon tour la satisfaction de vous annoncer que j'ai reçu de mon Gouvernement un télégramme par lequel il me donne mission de reconnaître le Gouvernement de la défense nationale comme le Gouvernement de la France.
En conséquence, je suis prêt à entrer en relations avec ce
Gouvernement, et, si vous le voulez bien, à traiter avec lui toutes les affaires ressortissant aux fonctions dont je suis revêtu.
En faisant cette communication à Votre Excellence, je la prie d'agréer pour elle-même et pour les membres du Gouvernement de la défense nationale les félicitations du gouvernement et du peuple des Etats-Unis : ils aarojit appris avec enthousiasme la proclamation de cette République qui s'est instituée en France sans qu'une goutte de sang ait été versée, et ils s'associeront par le cœur et sympathiquementàce grand mouvement qu'ils espèrent et croient devoir être fécond en résultats heureux pour le peuple français et pour l'humanité tout entière.
Jouissant depuis près d'un siècle des innombrables bienfaits du gouvernement républicain, le peuple des Etats-Unis ne peut assister qu'avec le plus profond intérêt aux efforts de ce peuple français auquel le rattachent les liens d'une amitié traditionnelle et qui cherche à fonder les institutions par lesquelles on assurera à la génération présente, comme à la postérité, le droit inaliénable de vivre en travaillant au bonheur de tous.
En terminant, je tiens à dire à Votre Excellence que je me félicite d'avoir pour intermédiaire entre le Gouvernement de la défense nationale et moi l'homme si distingué dont on apprécie tant, dans mon propre pays, le caractère élevé, et qui a consaci-é avec dévouement toutes les forces de son intelligence à la cause de la liberté humaine et des gouvernements libres.
Agréez, etc.
WASHIiURN .
NOUVELLES DE LA GUERRE
Troyes, 6 septembre 1870, 10 h. 11 m. du soir. La présence ou le voisinage de l'ennemi ne sont signalés d'aucun point du département. Tout est calme.
On écrit de Laon, que le garde du génie de la place a fait sauter le pont d'Anizy-le-Château.
Le Gouvernement de la défense nationale s'empresse de porter
à la connaissance des hal)itants de Paris que les approvisionnements en pain, viande, liquides, et objets alimentaires de toutes espèces, sont largement suffisants pour assurer l'alimentation d'une population de deux millions d'âmes pendant deux mois.
On lit encore dans le Journal officiel de ce jour : Le Journal de Saint-Pétersbourg du 7/19 septembre dit que le cabinet impérial déclare officiellement que son appui restera assuré à tout effort tendant à abréger, à localiser la guerre, et à amener une paix équitable et durable. Sa coopération ne ferait pas défaut aux efforts des puissances neutres poursuivant ce but. Le gouvernement impérial n'admettra pas qu'un obstacle vienne entraver sa liberté d'action.
Ce même numéro contient la relation suivante des événements qui ont précédé et suivi le désastre de Sedan :
C'est sur Cassel, la capitale de l'ancienne Hesse électorale, que Napoléon III a été dirigé après la capitulation de Sedan. Voici sur les mouvements du quartier impérial pendant les journées qui ont précédé cette douloureuse capitulation, et sur quelques-uns des incidents qui l'ont accompagnée et immédiatement suivie, des détails précis et circonstanciés.
Le 29 août, le quartier général était à Raucourt. Le 30, à liuit heures du matin, il quittait cette petite ville et s'établissait, à dix heures, dans la ferme de Bailly-Belle sur une éminence. Une partie des troupes, qui avait marché en avant, occupait les hauteurs de Mouzon. La canonnade commença du côté de Beaumont et des bornes de Mouzon. A midi, l'empereur prit la route de Beaumont pour se rendre compte du résultat de la bataille engagée. A quatre heures il était de retour : le corps du général de Failly pliait sur toute la ligne. Le quartier général se porta vers Carignan où l'on arriva deux heures» après. L'empereur passa deux heures dans un hôtel de la ville et prit à huit heures le train qui devait le mener à Sedan. Il y était à neuf heures et demie. Déjà l'armée prussienne commençait le mouvement qui devait envelopper l'armée française.
Le lendemain, 31, le combat s'engageait à midi à la porte Ballau, une des portes de Sedan, et au village de Bazeilles. Jl dura jusqu'au soir avec un acharnement extrême dans les prairies qui bordent la Meuse. Les pertes de l'ennemi furent grandes. Napoléon III passa la nuit à la sous-préfecture.
Le l'^'" septembre, la bataille interrompue par la nuit recommença à quatre heures du matin. L'armée prussienne occupait les hauteurs de la rive droite et de la rive gauche, Bellevue et Givonne. L'empereur monta à cheval à six heures et demie et se porta vers la porte de Ballan oii il resta une heure et demie. Voyant les troupes reculer, il rentra vers neuf heures en faisant le tour de la citadelle et en passant sur le pont qui conduit à la porte de Paris. A midi, l'ennemi avait fait sa jonction; nos troupes battaient en retraite sur la ville où elles rentraient, épuisées de fatigue, ou privées de munitions. Le maréchal Mac-Mahon avait été blessé à sept heures du matin.
A quatre heures la résistance était devenue impossible. Le feu s'était ralenti vers six heures ; il ne s'éteignit complètement qu'à huit heures. Des soldats groupés sur les remparts avaient continué à tirer jusque-là, ne pouvant se résoudre à obéir aux ordres contraires. Les généraux Douay, Castelnau, Reille, Vaubert de Genlis étaient partis pour le quartier-général prussien chargés par l'empereur de parlementer. Le général Wimpffen ne pouvait se résoudre à signer une capitulation : il espérait se taire jour à la tête d'un petit corps de 8,000 hommes; il le tenta vainement, et revint découragé.
Le 2, à six heures et demie du matin, l'empereur monta en voiture et se rendit, accompagné des généraux Douay, Lebrun, Reille et Wimpffen à la porte de Bellevue où l'attendait les officiers prussiens chargés de le conduire au quartier général de l'armée prussienne, à 3 kilomètres de là, et où il arriva à sept heures. Deux officiers généraux le reçurent dans un pavillon vitré. L'entretien s'ouvrit sur les conditions de la capitulation. Napoléon ne s'y mêla guère. Il allait et venait dans le salon, tumant des cigarettes et laissant, avec une insouciance bien étrange en un pareil moment, ses généraux et les généraux prussiens discuter. A onze heures, le roi Guillaume et le comte
(le Bismarck arrivèrent suivis d'un état-major très-nombroux. L'entrevue de l'empereur et du roi de Prusse ne dura pas plus d'un quart d'heure. Le général Reille et M. de Bismarck y assistaient. Guillaume P"^ et son ministre montèrent ensuite à cheval et passèrent une revue des troupes prussiennes qui ne se termina pas avant quatre heures.
Napoléon III étant resté seul avec les officiers prussiens, les conditions du départ furent réglées.
Le 3, l'empereur quitta le château de Bellevue à sept iieures du matin. Sa suite était de cinquante-deux personnes. Oji prit le chemin de la Beli^iquc. Bouillon est à cinq lieues seulement de Bellevue; on n'arriva cependant à Bouillon qu'à cinq heures du soir. C'est que, au lieu de prendre la route directe, on avait contourné la ville de Sedan et traversé successivement tous les points du champ de bataille où l'action avait été la plus vive. Déjà l'armée prussienne quittait ses positions et se mettait en marche vers Paris.
A La Chapelle, entre Sedan et Bouillon, on était entré en territoire belge. Là, un détachement de chasseurs belges commandé par le général Chazal avait remplacé l'escorte prussienne. A Bouillon, Napoléon ÏII coucha dans un petit hôtel de la ville.
Il en repartit le dimanche 4 à sept heures précises du matin, arriva à Libramont à onze heures, déjeuna à l'hôtel de la Poste, et après une heure d'attente dans la gare, prit le train qui devait le conduire à Verviers.
Lorsqu'il quitta cette dernière ville, suivant la roule •d'Allemagne, il était trois heures et demie de l'après-midi, l'heure où tout Paris acclamait la République.
Voici, d'autre part, la lottre par laquelle le roi Guillaume annonçait ces mêmes événements à la reine Augusta, sa femme :
Vendresse, an siut de Spilan, 3 septemtjre 1870.
Tu connais maintenant par mes trois télégrammes toute l'étendue des grands événements historiques qui se sont
accomplis. C'est comme un rêve, lors mrme qu'on les a vus se déi-ouler heure par heure !
Quand je pense qu'après une j,n"ande guerre heureuse je ne pouvais rien attendre de plus glorieux pendant mon rrgne, et (|u'aiijourd']uu pourtant je vois s'accomplir de tels faits Jiistoriques, je m'incline devant Dieu, qui, seul, nous a élus, moi, mon armée et mes alliés, pour exécuter ce qui vient d'être fait, et nous a choisis comme instruments de sa volonté. Ce n'est qu'ainsi que je puis comprendre cette œuvre, pour rendre grâces humblement à Dieu qui nous conduit et à sa bonté.
Voici maintenant un tableau sommaire de la bataille et de ses résultats :
L'armée, le 31 au soir et le l*^"" au matin, avait pris les positions qui lui étaient prescrites autour de Sedan. Les Bavarois formaient l'aile droite à Bazeilles, sur la Meuse; près d'eux, les Saxons étaient du côté de Moncelle et Daigny; la garde, encore en marche, s'avançait sur Givonne; le S- et H^ corps se tenaient vers Saint-Menges et Fleigneux. Comme la 3Ieuse fait en cet endroit une forte courbure, aucun corps n'avait été placé entre Saint-Menges et Donchery ; mais le lieu était occupé par les Wurtembergeois, qui couvraient en même temps nos derrières contre les attaques du côté de Mézières. La division de cavalerie du comte Stolberg formait l'aile droite dans la plaine de Donchery. Sur le front de Sedan, était le reste des Bavarois.
Le combat commença de bonne heure, à Bazeilles, malgré un épais brouillard, et peu à peu Ta lutte devint très-vive; il fallut prendre chaque maison l'une api es l'autre; ce combat dura presque toute la journée, et la division Schœlcr d'Ei-furth (de la réserve, ¥ corps), dut y prendre part. Lorsque vers huit heures, j'arrivais vers le front devant Sedan, la grande batterie venait de commencer son feu contre les ouvrages de lu place. Sur tous les points, alors, se développa un violent combat d'artillerie, prolongé pendant plusieurs heures, et durant lequel nos troupes gagnaient pied à pied du terrain. Les bourgs nonnnés plus haut furent pris.
De profondes coupures do terrain, g^arnies de bois, rendaient la marclie de notre infiu)terie difiicile et favorisaient la défense. Les bourgs d'Illy et de Ploing furent pris ; le feu se resserra de plus en plus autour de Sedan. Le spectacle était fîrandiose, vue de notre position sur une hauteur dominante, derrière la grande batterie, à droite et en avant du bourg' Frenois, au-dessus de Saint-Forcy. La vive résistance de l'ennemi commençait peu à peu à mollir, ce (pie nous pouvions reconnaître en voyant des bataillons débandés se replier précipitamment hors des bois et des villages. La cavalerie française essaya une attaque contre quelques bataillons de notre cinquième corps, qui conservèrent une attitude excellente; cette cavalerie passa au galop dans les intervalles de nos bataillons et revint par le même chemin; charge qui fut renouvelée trois fois par différents régiments ; aussi le clianq) de bataille était-il semé de cadavres d'hommes et de chevaux, comme nous pouvions, de notre point de vue, l'apercevoir distinctement. Je n'ai pu encore savoir le numéro du brave régiment auquel appartiennent ces bataillons.
Sur plusieurs points la retraite de l'ennemi était devenue une déroute : infanterie, cavalerie, artillerie, tout se pressait péle-méle dans la ville et ses plus proches environs, mais aucun signe encore ne paraissait indiquer que l'ennemi songeât à sortir, par une capitulation, de cette situation désespérée; il ne restait donc qu'a faire bombarder la ville par la grande batterie. Au bout de vingt minutes environ, le feu avait déjà pris en beaucoup d'endroits, ce qui, avec plusieurs villages qui étaient en llammes sur toute l'étendue du champ de bataille, produisait une terrible impression.
Je fis alors cesser la canonnade et j'envoyai en parlementaire, avec le drapeau blanc, le lieutenant-colonel de Bronsart de l'état-major général proposer la capitulation à l'armée et à la place; chemin faisant, il rencontra un otTicier l)avarois qui venait m'annoncer qu'un parlementaire français avec le di-apeau ])lan(' s'était montré à la poite de la ville. Le lieutenantcolonel de Bionsart fut introduit dans la place, et, comme il demandait le général en chef, on le conduisit à sa grande sur-
])riso devant l'empereur, qui voulut immédiatenfient lui remettre une lettre pour moi. L'empereur demanda au lieulenant-rolonel de quelle mission il était chargé. Sur la réponse qui lui fut faite : « sommer la place et l'armée de se rendre », il dit à notre parlementaire qu'il devait s'adresser pour cela au général de Wimpffen, lequel venait de prendre le commandement à la place de Mac-Mahon blessé, — et que lui-même il allait envoyer vers moi avec sa lettre son adjudant-général Reille.
Il était sept heures lorsque Reille et Bronsart arrivèrent près de moi ; ce dernier précédait un peu l'envoyé français, et c'est seulement par lui que j'appris avec certitude que l'empereur était dans la place. Tu peux juger l'impression que cela produisit sur moi avant tout et pardessus tout ! Reille sauta à bas de son cheval et me remit la lettre de son empereur, ajoutant qu'il n'avait pas d'autre mission. Avant d'ouvrir la lettre, je lui dis : « Mais je demande comme première condition que l'ar- » mée mette bas les armes. » La lettre commençait ainsi : ft N'ayant pas pu mourir à la tête de mes troupes, je dépose » mon épce à Votre Majesté », s'en remettant pour tout le reste à ma disposition.
Ma réponse fut qu'une rencontre de cette sorte entre nous m'était pénible, et que je désirais l'envoi d'un plénipotentiaire avec lequel la capitulation serait conclue. Après que j'eus remis la lettre au général Reille . je lui adressai quelques paroles comme à une ancienne connaissance (1), et ainsi se termina cet épisode. Je fondai de pouvoirs Moltke comme négociateur de la capitulation, et je prescrivis à Bismarck^d'être là, pour le cas oiî des questions politiques seraient à traiter ; ensuite je gagnai à cheval ma voiture et me fis conduire ici, salué sur toute la route d'un ouragan de Imrrahs par le train qui s'avançait ; l'hymne national se faisait entendre de toutes parts. C'était saisissant ! Partout on avait allumé les lumières, en sorte que, par instant, je traversais un illumination improvisée. A onze
(1) Le Général Reille avait été attaché par l'empereur à la personne du roi de Prusse lors de son voj'age à Paris, en 1867, pendant l'exposition universelle.
lieures j'arrivais ici, et, avec mon entourage, je portai la santé de l'armée qui venait d'obtenir en combattant un tel succès.
Le malin du "2, n'ayant reçu aucun avis de MoUke au sujet des négociations qui devaient avoir lieu à Donchery pour la capitulation, je me rendis, comme il était convenu, sur le champ de bataille vers liuit heures, et rencontrai Moltke qui venait au devant de moi pour avoir mon consentement à la capitulation proposée ; en même temps il m'annonça que l'empereur avait (juiité Sedan le matin à o heures et s'était rendu lui aussi à Donchery,
Comme Napoléon désirait me parler et qu'un petit chûteau avec parc se trouvait à proximité, je choisis ce lieu pour nous y rencontrer. A 10 heures, j'allai sur la hauteur devant Sedan ; à midi, Moltke et Bismarck arrivèrent avec la capitulation signée; à 1 heure, je m'acheminai avec Fritz, accompagné de l'escorte de cavalerie de l'état-major, et je descendis au château, où l'empereur vint à ma rencontre. La visite dura un quart d'heure; nous étions tous les deux très-émus de nous revoir ainsi. Tout ce que j'éprouvais en ce moment, après avoir vu il y a trois ans Napoléon au faîte de sa puissance, ne peut s'exprimer.
Aptes cette entrevue, de 2 h. 1/2 à 7 h. 1/2, je parcourus à cheval le campement de toute l'armée devant Sedan. L'accueil des troupes, mon impression en revoyant le corps de la garde décimé, tout cela je ne puis te le décrire; j'ai été profondément touché par tant de témoignages d'amour et de dévouement.
Maintenant, je te dis adieu, le cœur énui, en finissant une telle lettre (1).
Guillaume.
(]) Voir aux appendices de ce volume un rapport du comte de Bismarck sur ces mômes événements. — Lire aussi au sujet du désastre de Sedan, un article très-dctaillé de M. Jules Glarotio, dans la Revue des Deux-Monds du 1" janvier 187L