‹ Journal du siége de Paris. Décrets, proclamations, circulaires, rapports, notes, renseignements, documents divers officiels et autres publiésChapitre 49 sur 97 · NÉCROLOGIE · texte numérisé non relu

NÉCROLOGIE

On annonce la mort de M. Auguste Villemot, homme de lettres, collaborateur du Temps et le spirituel Bourgeois de Paris du journal le Figaro^ décédé subitement à Paris, le dimanche 18 de ce mois.

Le maire de Paris, Vu la loi des 19-22 juillet 1791;

Vu le décret du 7 août 1870, qui a déclaré l'état de siège dans le département de la Seine;

Vu la délibération du conseil municipal du 30 août dernier; Ari'éte :

Art. 1". La taxe du pain est provisoirement rétablie à Paris, à partir du 23 septembre courant.

Art. 2. Cette taxe sera faite tous les huit Jours, par les soins d'une commission spéciale nommée par le maire de Paris.

Art. 3. II est détendu aux boulangers de vendre le kilog. de pain au-dessus du prix lixé par la taxe.

A cet effet, ils devront afficher la taxe du pain dans leurs boutiques, de la manière la plus apparente.

Art. 4. Ne sont point soumis à la taxe :

1" Tout pain du poids d'un kilogramme ou d'un poids inférieur ;

2^ Tout pain de première qualité du poids de deux kilogrammes dont la longueur excéderait 70 centimètres.

Le prix du kilogramme de ces espèces de pain sera réglé entre le vendeur et l'acheteur.

Art. 5. Le présent arrêté sera publié, affiché et inséré au recueil des actes administratifs de la mairie de Paris.

Art. 6. Ampliation du présent arrêté sera adressée au préfet de police chargé d'assurer la fidélité du débit. Fait à Paris, le 21 septembre 1870.

Le ministre de l'agriculture et du commerce, en exécution du décret du 11 septembre courant, qui a rétabli la taxe de la viande de boucherie à Paris, Arrête :

Art. i". A dater du vendred^ 23 septembre, jusqu'au jeudi 29 septembre inclusivement, la viande de bœuf et la viande de mouton seront payées, dans la ville de Paris, aux prix suivants :

Viande de bœuf.

Tende de tranche

Culotte

1'^ catégorie . . { Gîte à la noix ^ 2 fr. 10 le kil .

Tranche grasse

Alovau

Paleron

Côtes

2« catégorie . . . <( Talon de collier )> 1 fr. 70 lo kil ,

Bavette d'aloyau

Rognons de graisse

Collier

Pis

3^ catégorie . . . / J f ' ' ' '' } 1 fr. 30 le kil .

* Plats de cotes '

Surlonges

Joues

Le tilet et le faux-filet détachés, ainsi que le rognon de chair, ne sont pas soumis à la la taxe.

Viande de mouton.

1"" catégorie . . \ ^'^^!^ | 1 fr. 80 le kil.

f Carres )

2* catégorie . . . | Épaules | 1 fr. 30 le kil .

! Poitrine ] Collet ( l fr. 10 le kil.

Débris de côtelettes. ]

Les côtelettes paré''S ne sont pas soumises à la taxe.

Art. 2. Les différentes espèces et catégories de viande exposées en vente seront indiquées par des écriteaux.

Art. 3. il est défendu aux bouchers d'introduire dans les pesées de viande des os décharnés et ce qu'on appelle vulgairement de la réjouissance.

Art. 4. Los bouchers ne peuvent obliger l'acheteur à prendre, avec le morceau de son choix, de la viande d'une autre espèce ou d'une autre catégorie, non plus que des morceaux différents de la même catégorie.

Art. o. Il sera délivré à chaque acheteur, sans qu'il soit pour cela besoin d'aucune réquisition de sa part, un bulletin lisiblement écrit, qui comprendra la désignation de l'espèce de viande et de la catégorie de morceaux, ainsi que le poids et le prix.

Lf maiiv de Paris arrête :

La compagnie parisienne d'éclairage et de chauffage par le gaz est autorisée à retenir, par voie de réquisition, au besoin, tous employés et ouvriers nécessaires à son service. Ces citoyens sont dispensés du service journalier de la garde nationale sédentaire, et c'est en assurant l'éclairage de la ville de Paris qu'ils contribueront pour leur part à la défense nationale.

Toutefois, ceux des employés qui ne seraient pas d'une nécessité absolue de jour et de nuit, iront à tour de rôle aux fortifications, pour prendre leur part de l'honneur et du danger. Paris, le 20 septembre J870.

NOUVELLES DE LA GUERRE

Rapport au Gouvernement de la défense nationale.

Les élèves de l'École polytechnique sont tous employés en ce moment à la défense de Paris, et les dispositions sont prises pour qu'ils reçoivent la solde de sous-lieutenant. Mais il paraît opportun de régulariser leur position, en leur conférant le grade de sous-lieutenant, par analogie avec ce qui a eu lieu au mois d'août dernier pour les élèves de l'École spéciale militaire, qui, au point de vue de la durée des études, se trouvaient dans les mêmes conditions.

Si le Gouvernement de la défense nationale approuve cette proposition, les élèves de l'Ecole polytechnique porteront, dès à présent, les insignes de leur grade, et des décrets détermineront ultérieurement leur classement et leur répartition dans les armes spéciales, ainsi que dans les services civils.

Paris, le 21 septembre 1870.

Lf ministre de la guerre, Général Le Flô.

Approuvé :

Le président du Gouvernement, Général Trochu.

Nota. Rien ne sera changé à la tenue actuelle des élèves de l'École polytechnique, qui ajouteront seulement à leur uniforme l'épaulette ou simplement le galon de grade de sous-lieutenant.

Le Gouvernement de la défense nationale décrète : L'organisation d'un corps de train de la garde nationale, pour le service de l'artillerie et des transports pendant le siège.

Ce corps sera exclusivement recruté dans le personnel de la compagnie générale des omnibus et de la compagnie générale des petites voitures.

Le directeur de la compagnie générale des petites voitures et M. Dubut Saint-Paul, administrateur de la compagnie des omnibus, sont chargés de l'organisation de ce corps, qui procédera à l'élection de ses chefs dès qu'il sera formé.

Le Gouverneur de Paris,

Attendu que la compagnie générale des omnibus, pour obéir aux réquisitions de transport qui lui sont faites et pour effectuer les commandes qu'elle reçoit d'objets nécessaires à l'armée, est obligée d'avoir constamment à sa disposition toutes les personnes attachées à son service, Arrête :

Le personnel de la compagnie des omnibus formera un bataillon spécial de garde nationale.

Des postes seront affectés à ce bataillon sur les points reconnus nécessaires pour la garde des quartiers où sont situés les établissements.

La compagnie, sans interrompre le service régulier des voyageurs, tiendra à la disposition du gouverneur de Paris cent voitures attelées pour le transport des troupes, des blessés et des munitions de toute nature.

Paris, le 21 septembre 1870.

Paris, 20 septembre, 5 h. 35 soir.

Lemploljé du télégraphe au gouverneur de Paris et au colonel du génie Gras, dépôt des fortifications.

Le pont de Billancourt vient de sauter. D'après les rapports des gens du pays, une quarantaine de Prussiens descendraient le quai de Sèvres, et les dragons occuperaient le château de Meudon.

Bicêtre, 21 septembre, 7 h. n m. matin. Contre-amiral Pothuau au gouverneur de Paris.

Tout paraît calme autour et en avant des forts. L'ennemi ne se voit nulle part.

Nogent, 21 septembre, 8 h. 40 m. matin.

Commandant du fort de Nogent au gouverneur de Paris.

Rapport du chef de poste avancé et des reconnaissances faites dès la pointe du jour : Tout est calme près de nous: toujours vigilance sur les mouvements extérieurs.

21 septembre, 2 h. 30 m.

Le gouverneur de Paris a fait dans la journée d'.liier une reconnaisssance des défenses de Saint-Denis, qu'il a trouvées dans l'état le plus remarquable.

Il est certain que l'ennemi a établi des ponts entre Vaux et Triel.

Le i20, 2,000 cavaliers ont passé par Orgeval, demandant le chemin de FeucheroUes ; le même jour 4,000 cavaliers ont passé par la Maladrerie, demandant le même renseignement.

Le 20, également des troupes d'infanterie et de cavalerie se sont installées au Pecq.

Un pont a été jeté par l'ennemi entre ce point et Port-Marly, hier soir, vers cinq heures.

Bougival a été occupé et quelques éclaireurs ont paru à Rueil et à Nanterre.

Ce matin, 21, le général Schmitz, chef d'état-major du gouverneur de Paris, a reconnu les positions de Courbevoie, Suresnes et Saint-Gloud, sur lesquelles aucun ennemi n'avait paru.

Sur tous les points du Sud et de l'Est, l'ennemi se tient à distance, formant à peine quelques groupes que dispersent immédiatement les obus de la marine.

Ivry, 21 septembre, 8 h. 55 matin.

Commafidant Ivry à amiral commamlant les marins à Bicêtre. Une reconnaissance partie du fort d'Ivry a constaté qu'à

1,200 mètres environ du village d'Ivry, dans la direction de Clîoisy-le-Roi, il y a un poste ennemi. Ce poste se relie par des sentinelles aux petits postes de la Plàtrière et du moulin d'Argent-Blanc.

En résumé, très-peu de troupes, probablement sur le versant Est des collines de Villejuif.

Issj, 21 septembre, 3 h. 5 du soir.

Commandant fort Issy an (jouverneur, Paris.

On distingue très-bien des factionnaires prussiens placés sur la route de Ghâtillon à Chevreuse, sur la crête en arrière de l'ancienne redoute. A plusieurs reprises nous avons vu des troupes y passer en assez grand nombre. L'ennemi doit être en force en arrière des hauteurs. Nous avons envoyé plusieurs obus qui ont bien porté. Je pense qu'ils construisent des batteries, mais nous ne pouvons encore en préciser l'endroit.

Bicêtre, 21 septembre 1870, 3 h. 40, soir. Amiral Pothuau à commandant du 9^ secteur, Paris.

Je n'ai pas connaissance que l'ennemi se masse en force en avant de Villejuif; d'après mes renseignements, il occupe les villages de l'Hay et de Olievilly, avec des grand'gardes en avant.

Ces postes avancés ne sont pas à plus de 1,500 à 2,000 mètres de nous, et la plupart défilés de nos feux, ce que nous avons pu découvrir dans nos reconaissances.

Ivry, 21 septembre, 3 h. 54, soir.

Le commandant du fort d'Ivnj au gouverneur de Paris, à l'amiral commandant les marins et à l'amiral commandant Bicêtre.

Des groupes d'officiers ennemis se sont approchés du Port-àl'Anglais. Un obus lancé par le fort d'Ivry les a obligés à rétrograder vers le Petit-Vitry ou Choisy-le-Roi. 11 y a aussi d'incessantes patrouilles prussiennes qui rôdent autour de l'ouvrage de Saquet. Nos tirailleurs ont échangé quelques coups de fusil avec des sentinelles cachées dans les maisons les plus éloignées

de Vitry. Jo ne serais pas étonné que l'ennemi tente un mouvement le long de la Seine pendant la nuit ou qu'il occupe les hauteurs de VilUyuif.

Fort Romainville, 21 septoinbrc, 3 h. 55 m.; soir. Commandant Romainville à amiral Saisset. — Noisy.

L'ennemi, protégé par un détachement de cavalerie, fait un ouvrage entre Courneuve et Bourget, à environ G, 000 mètres de nous, sur la gauche de Dugny.

3 heures. Une petite colonne ennemie, cavalerie et voilures, partie à 3 heures du coude de la Molette, s'est arrêtée à Dugny. L'ennemi occupe Dugny.

Bicêtre, 21 septembre, 4 h. soir.

Amiral Pothuau à gouverneur de Paris, et vice-amiral La Roncière, Paris.

D'après renseignements pris par une reconnaissance que je viens de faire faire sur la ligne de Villejuif, aux Hautes-Bruyères, sous la protection des canons du fort, l'ennemi occupe toujours les villages de l'Hay et de Chevilly avec des grand'gardes à Cachan et autres endroits que nous ne pouvons pas voir, mais qui ne sont pas à plus de 2,000 mètres de nous; il paraît cheminer en outre en force sur la route de Choisy-le-Roi, vers Sceaux.

21 septembre, 7 heures du soir.

Du fort d'Issy, on distinguait au milieu du jour des vedettes ennemies sur la route de Châtillon à Ghevreuse, bordant la crête des hauteurs; on leur a envoyé quelques obus bien dirigés.

En avant du fort de Vanves, pour protéger des travaux de démolition, une compagnie d'éclaireurs a eu un léger engagement avec les tirailleurs ennemis ; le travail s'est exécuté.

L'amiral Pothuau, à Bicêtre, et le commandant du fort d'Ivry, font des reconnaissances sous le canon des forts; l'ennemi se tient en arrière des crêtes de Villejuif, vers l'Hay et Chevilly. Il semble diriger toujours ses forces sur la route de Sceaux.

Du fort de Nogent on signale des forces ennemies au pont

de lii'ic- sur- Marne; dans nne patrouille de gardes nationales deux hommes ont été blessés.

De Romainville, on voit à 6,000 mètres l'ennemi établissant un ouvrage entre la Courneuve et le Bourget; une petite colonne occupe Dugny.

Rien de nouveau à Saint-Denis et sur tout le front de la Seine, de Saint-Ouen à Sèvres.

Des coureurs ennemis ont paru à Saint-CIoud,

L'amiral de Chaillé, commandant le 9® secteur, a envoyé au gouverneur de Paris un enfant de quinze ans et demi, le jeune Gabriel Vinety, rue des Vosges, 18, qui rapportait le casque et le fusil d'un soldat prussien qu'il a abattu et tué ce matin dans la campagne, près de Villejuif.

Le gouverneur de Paris a félicité cet enfant de son couraga et lui a accordé le fusil et le casque dont il s'est si courageusement emparé.

D'après un arrêté du maire de Paris, l'entrée des monuments publics élevés est interdite jusqu'à nouvel ordre.

Les architectes, gardiens et autres agents chargés de ces monuments, sont personnellement responsables de l'exécution de cette mesure d'urgence.

Tous les élèves en médecine ayant douze inscriptions et tous les docteurs qui étaient inscrits au Val-de-Grâce, et qui n'ont jusqu'ici reçu aucune destination, sont priés de se faire inscrire à l'Hôtel-de-Ville, bureau des ambulances, pour prendre immédiatement service aux ambulances de rempart.

La feuille officielle de ce même jour publie encore la note suivante :

Avant que le siège de Paris commençât, le ministre des affaires étrangères a voulu connaître les intentions de la Prusse, jusque-là silencieuse.

Nous avions hautement proclamé les nôtres le lendemain de la révolution du 4 septembre.

Sans haine contre l'Allemagne, ayant toujours condamné la guerre que l'empereur lui avait faite dans un intérêt exclusivement dynastique, nous avons dit : Arrêtons cette lutte barbare qui décime les peuples au profit de quelques ambitieux. Nous accceptons des conditions équitables. iNous ne cédons ni un pouce de notre territoire, ni une pierre de nos forteresses.

La Prusse répond à ces ouvertures en demandant à garder l'Alsace et la Lorraine par droit de conquête.

Elle ne consentirait même pas à consulter les populations; elle veut en disposer comme d'un troupeau.

Et quand elle est en présence de la convocation d'une Assemblée qui constituera un pouvoir détinitif et votera la paix ou la guerre,

La Prusse demande comme condition préalable d'un armistice l'occupation des places assiégées, le fort du mont Valérien et la garnison de Strasbourg prisonnière de guerre.

Que l'Europe soit juge!

Pour nous l'ennemi s'est dévoilé. Il nous place entre le devoir et le déshonneur; notre choix est fait.

Paris résistera jusqu'à la dernière extrémité. Les départements viendront à son secours, et. Dieu aidant, la France sera sauvée.

Le ministre des affaires étrangères s'occupe de rédiger une relation détaillée de son voyage au quartier général prussien.

Le maire de Paris.

Vu l'arrêté en date du 2d courant, qui rétablit la taxe du pain à Paris; Arrête :

Art. l^"". A partir du 23 septembre présent mois, le prix du pain sera fixé, savoir :

Celui du pain de l'^ qualité, à 4o cent, le kilogramme. Celui du pain de 2'' qualité, à 38 cent, le kilogramme. Ai't. 2. A partir du même jour, les quantités de pain à livrer

au détail, pour des prix déterminés de 10, lo et 20 centimes,

seront réglées ainsi qu'il suit, savoii' :

Pour 10 centimes 21o grammes.

Pour lo — 325 —

Pour 20 — 435 —

Paris, 22 septembre i870.

NOUVELLES DE LA GLEHRE

Un décret du 22 septembre nomme membres du Comité de la défense nationale, ]\DI. Emmanuel Arago, Garnier-Pagès et Léon Gambetta.

La commission chargée de la construction des barricades est composée comme il suit :

MM. Henri Rochefort, membre du Gouvernement de la déténse nationale, Dorian, ministre des travaux publics, Gustave Flourens,

Jules Bastide, ancien ministre de la République , Martin Bernard,

Flo(juet, adjoint au maire de Paris, A. Dréo, secrétaire-adjoint du Gouvernement de la défense nationale.

Un décret du 22 septembre décrète la formation, pour la durée de la guerre, d'un corps de Génie volontaire, qui, bien ([ue commissionné par le ministre de la guerre, restera à la disposition du ministre des travaux publics.

M. Jules Flachat, Ingénieur aux chemins de fer des Charentes, est nommé commandant de ce corps.

Rapport militaire.

•2i septembre, 10 h. 1/2.

Hier, dans la soirée, l'amiral Saisset a envoyé du fort de Noisy une reconnaissance brûler une maison située à l'extrémité du parc du Raincy;elle servait d'observatoire à l'ennemi ; une cinquantaine de uhlans, qui occupaient le jardin en arrière,

ont été délogés par nos tirailleurs; nous avons eu un seul lionnne légèrement touché au bras.

A la même heure, le com-mandant en chef de la flotille a fait lancer un obus sur une maison signalée comme observatoire de l'ennemi au Bas-Meudon, pendant que le poste de garde au pont de Sèvres échangeait une fusillade assez vive avec le poste prussien de Brimborion.

Ce matin, 22 septembre, un brouillard intense empêche de distinguer les mouvements de l'ennemi. D'autre part, les reconnaissances faites en avant des forts ne signalent rien de nouveau. Quelques coups de feu seulement aux avant-postes.

Dans la soirée du 19 septembre, un détachement de cavalerie prussienne entra sur le territoire de Rueil, côté Bougival. Le commandant Darrigade fit battre la générale, et quelques minutes après il avait à sa disposition SO à 00 gardes nationaux, qu'il divisa en deux sections, pour aller avec M. Paul Olivier, président de la commission municipale, à la rencontre des Prussiens.

La seconde section était commandée par M. l'adjudant-major Le Rude.

M. Paul Olivier adressa au chef du détachement ennemi quelques questions auxquelles il ne répondit pas. On supposa qu'il ne comprenait pas le français. Une femme allemande lui répéta les paroles de M. Olivier. Le Prussien tira alors son sabre, fit faire volte-face à sa troupe, et un de ses hommes tira sur les gardes nationaux. Les gardes nationaux indignés ripostèrent, et trois Prussiens restèrent sur le terrain. Les autres se dirigèrent au galop sur le gros du détachement qui attendait sur la route de Bougival.

Cette brusque attaque mit la population en émoi : femmes, enfants et vieillards vinrent se grouper à l'Hôtel-de- Ville priant qu'on ne les abandonnât point.

La garde nationale fit son devoir en repoussant l'ennemi ; mais reconnaissant son impuissan<;e contre une troupe organisée se replia sur Paris, en amenant avec elle la population réunie. Elle vint bivouaquer près des fortifi.calions, et, le 20 au matin,

elle tut autorisée h entrer dans Paris, où elle s'est mise à la disposition «lu i^oiiverneiir général cliar{Jié de la défense.

22 septembre, six heures el demie, soir.

Le gouverneur de Paris a visité aujourd'hui les défenses de l'enceinte de Saint-Ouen à Bercy et, au delà, les [)Ositions de l'Epine et de Montreuil, (jui sont occupées très-fortement.

Le général Ducrot fait savoir, d'après renseignements, que l'ennemi a établi un pont à Port-Marly et occupé celui de Chatou ; 000 hommes se sont établis dans l'île; 8,000 ont couché à Saint-Germain et se sont répandus dans le bois et dans la plaine du Vésinet. L'amiral Pothuau annonce que l'ennemi occupe Villejuif. Nous avons eu de ce côté un engagement de tirailleurs.

Une reconnaissance, partie du fort de Charenton, vers Créteil et le carrefour Pompadour, a été attaquée par les tirailleurs de l'ennemi, qui a amené successivement de nouvelles forces de Mély et de Montmély ; la retraite s'est faite en très-bon ordre : nous avons eu un otîîcier et deux soldats blessés. Le canon du fort a pu atteindre les troupes ennemies regagnant Mély et leur a fait prendre la fuite en désordre, avec des pertes sensibles.

Du côté de Vincennes et des forts de l'Est, rien de nouveau à signaler.

De Saint-Denis, le général de Bellemare annonce que l'ennemi établit des batteries à la butte Pinson et eu avant de Montmorency ; on se prépare à le canonner vigoureusement.

Fort de Charenton, 22 septembre, 4 h. 55, soir.

Colonel commandant le fort de Charenton au gouverneur de Paris.

Une compagnie du 21'' de ligne, envoyée en reconnaissance en avant de Maisons-Alfort, avec mission de s'assurer de la position occupée par l'ennemi à Créteil, a poussé ses éclaireurs jusqu'auprès du carrefour Pompadour sans être inquiétée. Elle battait en retraite lorsqu'elle a été tout à coup assaillie par une vive fusillade de l'ennemi caché dans un bois. Elle a vigoureusement riposté au feu de l'ennemi qui reculait ; mais

de nombreux renforts en infanterie, venant de Montraély et de Méiy, se sont portés au pas de course au secours de la troupe qui occupe Créteil.

La retraite des nôtres s'est opérée en bon ordre, sous le commandement d'un très-bon officier, M. Janckel, lieutenant, commandant sa compagnie. Les pertes de l'ennemi n'ont pu être évaluées. De notre côté un officier (sous-lieutenant) et deux soldats ont été blessés. Les renforts ennemis, en rentrant à Mély, ont donné prise à l'artillerie du fort, qui a jeté le trouble dans leurs rangs et leur a fait prendre la fuite précipitamment, en leur faisant éprouver des pertes que la distance n'a pas permis de constater complètement.

Il a été ordonné à M. le capitaine d'artillerie Pothier, directeur des ateliers de construction des mitrailleuses à Paris, d'organiser un corps-franc d'artillerie pour le service des mitrailleuses et autres engins de guerre que le Gouvernement de la défense nationale lui confiera.

Par ordre du Gouvernement et de M. le gouverneur de Paris, M. le commandant Caron est chargé de prendre toutes les mesures nécessaires pour augmenter dans une très-grande proportion la fabrication des cartouches modèles 1866, 1863 et 1842.

GARDES NATIONALES

Le Gouvernement a décidé que tous les officiers de la garde nationale mobile régulièrement nommés, soit par décret, soit à titre provisoire par les généraux, en vertu des pouvoirs qui leur avaient été délégués, et qui n'ont pas été élus, recevront, jusqu'au 30 novembre, à titre d'indemnité de licenciement, la solde du grade dont ils étaient pourvus.

Le Gouvernement a en outre décidé que les officiers de la garde nationale mobile de tous grades attachés à des étatsmajors ou employés comme officiers d'ordonnnance auprès des généraux, seront maintenus provisoirement dans leur grade et dans lem* position.

Cette disposition est tout natuivllement applicable aux capitaines-majors, ainsi qu'aux trésoriers et officiers d'habilleuient des conseils centraux.

Instruction pour l'occupation et la garde des remparts.

Paris ne tardera pas à être en butte auK entreprises directes de l'ennemi, et il me paraît nécessaire de dire à ses détenseurs et aux habitants par quels moyens il est possible d'en allénuer les etfets.

L'ennemi continue ses mouvements d'investissement. En opérant contre les Torts, et avant d'eu arriver à une attaque sur le corps de place, il essayera de déterminer des incendies sur les points de la ville qui seraient accessibles à son artillerie. Plus tard, il dirigera ses projectiles sur la rue de rempart où est actuellement réuni le personnel de la défense.

Pour les incendies, il sera beaucoup plus facile qu'on ne le pense généralement de les arrêter dès leur origine. Le fen, provoqué par l'explosion d'un projectile creux, couve très-longtemps avant de se propager. Aussitôt l'explosion entendue, on peut arriver à temps, sans aucun danger, et, à l'aide de quelques seaux d'eau, le commencement de l'incendie est éteint. Il suflit, par conséquent, pour écarter le péril que je signale, de surveiller la chute des projectHes, d'accourir api'ès l'explosion et de se servir des approvisionnements d'eau que chaque habitant a le devoir de tenir en réserve pour cet ol>jet dans les étages .supérieurs des maisons.

Pour assurer la sécurité du personnel chargé de la défense de l'enceinte, les précautions ci-après indiquées sont nécessaires :

Pendant la nuit, les défenseurs peuvent et doivent être groupés sur les terre-pleins, dans la rue de rempart et aux abords, afin de repousser les attaques que l'ennemi tenterait par surprise.

Dans le jour, au contraire, le rempart ne doit être occupé que par le nombre d'hommes nécessaire pour le service des pièces et de la mousqueterie. La rue de rempart, où toucheront les projectiles rejetés par les maisons qui la bordent, doit être vide. Les postes, les réserves et tous les groupes de service

devront être formés derrière ces maisons, dans les rues parallèles aux remparts, à l'abri du feu de l'enncnii.

Là où la rue de rempart n'est pas i)ordée de maisons seront établis des abris formés avec des madriers et des planches recouverts d'un mètre de terre. En un mot, il faut que dans un siège auquel les habitants s'associent directement, chacun s'industrie en vue de servir autant qu'il est en lui les intérêts de la défense et de la sécurité commune.

Je dirai encore quelques mots des paniques imprévues qui s'emparent des foules, particulièrement la nuit, et qui donnent lieu toujours à une dangereuse confusion, quelquefois à de grands malheurs. Quelques coups de fusil tirés mal à propos, des clameurs subites, de faux bruits répandus par l'ignorance ou par la malveillance suffisent à déterminer ces paniques. II faut que chacun des défenseurs, se pénétrant des avertissements que je donne ici, sache se soustraire, par un effort de sa volonté propre, à ces impressions irrélléchies. Dans ces conditions, la panique disparaît comme elle est venue, et son plus redoutable effet, qui consiste ordinairement en une fusillade désastreuse pour les défenseurs eux-mêmes, est écarté.

Enfin, je recommande aux préoccupations de tous le soin des cartouches, qui, par leur nature même, sont si facilement détériorées. C'est là un objet d'importance capitale devant la grande consommation que nous sommes appelés à en faire pour la défense, et je considère tout abus ou tout gaspillage de munitions de canon ou de fusil comme l'un des actes les plus coupables qui se puisse commettre pendant la durée de la crise.

Je répète ici, en terminant, que si l'esprit public, sans se laisser intimider par les souffrances du siège, soutient les défenseurs, la ville ne pourra pas être prise. Tous les efforts de l'ennemi tendront à frapper les imaginations, à troubler les cœurs, à soulever contre la défense les sentiments de la population qui ne combat pas.

J'adjure tous les bons citoyens de réagir énergiquement autour d'eux, par leurs conseils et par leurs exemples, contre de tels entraînements; de relever par leur attitude les courages

chflncelants, et de persuader à tous que stmle la constance peut abréger la durée de l'épreuve et assurer le succès. Paris, le 22 septembre 1870.

Le 'président du gouvernement, gouverneur de Paris,

Général Trochu.

AMBULANCES

Le public ne se rend pas compte des conventions qui régissent l'usage du drapeau et des insignes de la convention de Genève. Cette convention est un contrat international, dont l'efficacité est subordonnée à la rigoureuse exécution des clauses souscrites par les nations contractantes.

Ainsi, deux conditions essentielles doivent être réalisées pour constituer une ambulance qui puisse être protégée par la convention : il faut que l'ambulance contienne réellement des malades ou des blessés (article l^' de la convention) ; il faut surtout que l'ambulance soit ouverte sans distinction aux blessés des deux nations belligérantes (article 6).

Ces règles sont absolues ; et comme le drapeau de la convention de Genève, pour conserver son efficacité protectrice, ne doit pas être prodigué, le Gouvernement a décidé, sur la proposition de la commission centrale d'hygiène, en premier lieu, que les ambulances contenant six lits seraient seules admises à arborer le drapeau de la convention ; en second lieu, que le drapeau devrait porter la double estampille de la Société internationale et du ministère de la guerre, et que le propriétaire du local devrait être muni d'une carte nominative, comme celle qui est délivrée aux personnes qui portent le brassard de Genève.

Le Gouvernement rappelle au public que le port illégal des insignes de la convention de Genève est un délit.

La lettre suivante a été envoyée à MM. les curés par l'arclicvêquede Paris.

Monsieur le curé) En conséquence de l'arrêté de M. le maire de Paris (1), qui dispose que la devise de la République : Liberté, Éyalité, Fraternité, sera rétablie sur les édifices publics, j'invite xMM. les curés à donner à M. Galtier-Boissière, qui est chargé de ce soin, toutes les facilités nécessaires pour remplir sa mission, en ce qui regarde les églises.

Paris, le 21 septembre 1870.

"|- G., archevêque de Paris.

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