‹ Journal du siége de Paris. Décrets, proclamations, circulaires, rapports, notes, renseignements, documents divers officiels et autres publiésChapitre 50 sur 97 · AVIS DIVERS · texte numérisé non relu

AVIS DIVERS

Le Grenier de réserve, qui contient une partie de l'approvisioiineraent de Paris, rentre, par suite de résiliation de bail, consentie par le locataire, dans l'administration des biens du domaine de l'Etat.

C'est une propriété publique inviolable, dont la garde est confiée au patriotisme des citoyens^

Des mesures ont été prises pour prévenir toute cause d'incendie.

Plusieurs cochers, alors qu'ils conduisaient leurs voitures, ont été menacés et même frappés, sous prétexte qu'ils devraient porter un fusil plutôt qu'un fouet ; qu'ils ne pouvaient être que de mauvais citoyens.

Le service dont ils sont chargés ne saurait être interrompu ; il est même indispensable, non-seulement au point de vue de la circulation dans Paris, mais en ce qui concerne le transport des blessés et les autres missions à accomplir dans l'intérêt de la défense et pour les besoins de la République.

Ils sont donc placés sous la sauvegarde de l'autorité, qui leur prêtera au besoin assistance contre tous ceux qui tenteraient de troubler ou de gêner un service d'intérêt public.

(1) Arrêté du maire de Paris, chargeant M. Galtier-Boissière de faire inscrire sur tous les édifices publics et sur tous les monuments de la capitale les noms et les devises de la République.

Par suite des difficultés de l'expédition des lettres à destinalion des départements et de l'étranger, le directeur général deâ postes a l'honneur de prier instamment le public de hc faire usage que de papier très-mince, et de plier chaque lettre de laçon à ce qu'il ne soit pas nécessaire d'employer une enveloppe, Paris, 21 septembre 187d.

G. RAMt>ON.

Le Journal Ofjîciel de ce même jour publie la relation suivante de son voyage à Ferrières, adressée par M. Jules Favre, ministre des affaires étrangères, aux membres du Gouvernement de la défense nationale, ses collègues :

A Messieurs les membres du Gouvernement de la défense nationale.

Mes chers collègues.

L'union étroite de tous les citoyens, et particulièrement celle des membres du Gouvernement, est plus que jamais une nécessité de salut public. Chacun de nos actes doit le cimenteré Celui que je viens d'accomplir, de mon chef, m'était inspiré par ce sentiment; il aura ce résultat. J'ai eu l'honneur de vous l'expliquer en détail; cela ne suffit point. Nous sommes un Gouvernement de publicité. Si, à l'heure de l'exécution, le secret est indispensable, le fait, une fois consommé, doit être entouré de la plus grande lumière. Nous ne sommes quel([ue chose que par l'opinion de nos concitoyens; il faut qu'elle nous juge à chaque heure, et pour nous juger elle a le droit de tout connaître.

J'ai cru qu'il était de mon devoir d'aller au quartier général des armées ennemies; j'y suis allé. Je vous ai rendu compte de la mission que je m'étais imposée à moi-même ; je viens dire à mon pays les raisons qui m'ont déterminé, le but que je me proposais, celui que je crois avoir atteint.

Je n'ai pas besoin de rappeler la politique inaugurée par nous, et que le ministre des affaires étrangères était plus particuliè-

rement chargé de formuler. Nous sommes avant tout des hommes de paix et de hberté. Juscju'au dernier moment nous nous sommes opposés ;\ la guerre que le gouvernement impérial entreprenait dans un intérêt exclusivement dynastique, et, quand ce gouvernement est tombé, nous avons déclaré persévérer plus énergiquement que jamais dans la politique de la paix.

Cette déclaration, nous la faisions quand, par la criminelle folie d'un homme et de ses conseillers, nos armées étaient détruites ; notre glorieux Bazaine et ses vaillants soldats bloqués devant Metz; Strasbourg, Toul, Phalsbourg, écrasés par les bombes; l'ennemi victorieux en marche sur notre capitale. Jamais situation ne fut plus cruelle; elle n'inspira cependant au pays aucune pensée de défaillance, et nous crûmes être son interprète fidèle en posant nettement cette condition : pas un pouce de notre territoire, pas une pierre de nos forteresses.

Si donc, à ce moment où venait de s'accomplir un fait aussi considérable que celui du renversement du promotem' de la guerre, la Prusse avait voulu traiter sur les bases d'une indemnité à déterminer, la paix était faite; elle eût été accueillie comme un immense bienfait; elle fût devenue un gage certain de réconciliation entre deux nations qu'une politique odieuse seule a fatalement divisées.

Nous espérions que l'humanité et l'intérêt bien entendus remporteraient cette victoire, belle entre toutes, car elle aurait ouvert une ère nouvelle, et les hommes d'Etat qui y auraient attaché leur nom auraient eu comme guides la philosophie, la raison, la justice ; comme récompense les bénédictions et la prospérité des peuples.

C'est avec ces idées que j'ai entrepris la tâche périlleuse que vous m'avez confiée. Je devais tout d'abord me rendre compte des dispositions des cabinets européens et chercher à me concilier leur appui. Le gouvernement impérial l'avait complètement oublié ou y avait échoué. Il s'est engagé dans la guerre sans une alliance, sans une négociation sérieuse; tout, autour de lui, était hostilité ou inditierence ; il recueillait ainsi le fruit amer d'une politique blessante pour chaque Etat voisin par sos menaces ou ses prétentions.

A peine étions-nous à l'Hôtel- de-Ville qu'un diplomate, dont il n'est point encore inipoi-tant de révéler le nom, nous demandait à entrer en relations avec nous. Dès le lendemain, votre ministre recevait les représentants de toutes les puissances. La République des Etats-Unis, la République helvéti([ue, l'Italie, l'Espagne, le Portugal, reconnaissaient oificiellement la République française. Les autres gouvernements autorisaient leurs agents à entretenir avec nous des rapports officieux qui nous permettaient d'entrer de suite en pourparlers utiles.

Je donnerais à cet exposé, déjà trop étendu, un développement qu'il ne comporte pas, si je racontais avec détail la courte mais instructive histoire des négociations qui ont suivi. Je crois pouvoir affirmer qu'elle ne sera pas tout à fait sans valeur pour notre crédit moral.

Je me borne à dire que nous avons trouvé partout d'honorables sympathies. Mon but était de les grouper, et de déterminer les puissances signataires de la ligue des neutres à intervenir directement près de la Prusse en prenant pour base les conditions que j'avais posées. Quatre de ces puissances me l'ont offert, je leur en ai, au nom de mon pays, témoigné ma gratitude, mais je voulais le concours des autres. L'une m'a promis une action individuelle dont elle s'est réservé la liberté; l'autre m'a proposé d'être mon intermédiaire près delà Prusse; elle a même fait un pas de plus. Sur les instances de l'envoyé extraordinaire de la France, elle a bien voulu recommander directement mes démarches. J'ai demandé beaucoup plus, mais je n'ai refusé aucun concours, estimant que l'intérêt qu'on nous montrait était une force à ne pas négliger.

Cependant le temps marchait; chaque heure rapprochait l'ennemi. En proie à de poignantes émotions, je m'étais promis à moi-même de ne pas laisser commencer le siège de Paris sans essayer une démarche suprême, fussé-je seul à la faire. I/intérêt n'a pas besoin d'en être démontré. La Prusse gardait le silence, et nul ne consentait à l'interroger. Cette situation était intenable; elle permettait à notre ennemi de faire peser sur nous la responsabilité de la continuation de la lutte ; elle nous condamnait à nous taire sur ses intentions. Il fallait en

soi-tir. Malgré ma répugnatice, je me déterminai à user des bons oHices qui m'étaient olferts, et, le 10 septembre, un télégramme parvenait à M. de LJismark, lui demandant s'il voulait entrer en conversation sur des conditions de transaction. Une première réponse était une lîn de non-receVoir tirée de l'irrégularité de notre gouvernement. Toutefois, le chancelier de la (Confédération du Nord n'insista pas, et me fit demander quelles garanties nous présentions pour l'exécution d'un traité. Cette seconde difficulté levée pour moi, il fallait aller plus loin. On me proposa d'envoyer un courrier, ce que j'acceptai. En même temps on télégraphiait directement à M. de Bismark, et le premier ministre de la puissance qui nous servait d'intermédiaire disait à notre envoyé extraordinaire que la France seule pouvait agir; il ajoutait qu'il serait à désirer que je ne reculasse pas devant une démarche au quartier général. Notre envoyé, qui connaissait le fond de mon cœur, répondit que j'étais prêt à tous les sacrifices pour faire mon devoir; qu'il y en avait peu d'aussi pénibles que d'aller au travers des lignes ennemies chercher notre vainqueur, mais qu'il supposait que je m'y résignerais. Deux jours après^ le courrier revenait. Après mille obstacles, il avait vu le chancelier, qui lui avait dit être disposé volontiers à causer avec moi.

J'aurais voulu une réponse directe au télégramme de notre intermédiaire ; elle se faisait attendre. L'investissement de Paris s'achevait. Il n'y avait plus à hésiteri Je me résolus de partir.

Seulement il m'importait que, pendant qu'elle s'accomplissait, cette démarche fût ignorée ; je recommandai le secret, et j'ai été douloureusement surpris, en rentrant hier, d'apprendre qu'il n'a pas été gardéj Une indiscrétion coupable a été commise. Un journal^ l'Électeur libre, déjà désavoué par le Gouvernement (1), en a profité; une enquête est ouverte, et j'espère pouvoir réprimer ce double abus.

J'avais poussé si loin le scrupule de la discrétion, qUe je l'ai observée même vis-à-vis de vous, mes chers collègues. Je ne

(f) Journal difigé par M. Arlliur Picard, frère de M. Ernest Picard, ministre des finances.

m'y suis pas résolu sans un vif déplaisir. Mais je connaissais votre patriotisme cl votre attection ; j'tHais sûr d'être absous. Je croyais obéir à une nécessité impérieuse. Une première fois je vous avais entretenus des agitations de ma conscience, et je vous avais dit qu'elle ne serait en repos que lorsque j'aurais fait tout ce qui était humainement possible pour arrélei* honorablement cette abominabh? guerre. Me rappelant la conversation provoquée par cette ouverture, je redoutais des objections, et j'étais décidé; d'ailleurs je voulais, en abordant M. de Bismark, être libre de tout engagement, afin d'avoir le droit de n'en prendre aucun. Je vous fais ces aveux sincères; je les fais au pays pour écarter de vous une responsabilité que j'assume seul. Si ma démarche est une faute, seul j'en dois porter la peine.

J'avais cependant averti M. le ministre de la guerre, qui avait bien voulu me donner un officier pour me conduire aux. avant-postes. Nous ignorions la situation du quartier général. On le supposait à Grosbois. Nous nous acheminâmes vers l'ennemi par la porte de Charenton.

Je supprime tous les détails de ce douloureux voyage, pleins d'intérêt cependant, mais qui ne seraient point ici à leur place. Conduit à Villeneuve-Saint-Georges, où se trouvait le général en chef commandant le 6^ corps, j'appris assez tard dans l'après-midi que le quartier général était à Meaux. Le général, d(;s procédés duquel je n'ai qu'à me louer, me proposa d'y 6nvoy(!r un officier porteur de la lettre suivante, que j'avais préparée pour M. de Bismark.

« Monsieur le Comte,

» J'ai toujours cru qu'avant d'engager sérieusement les hostilités sous les murs de Paris, il était impossible qu'une transaclioti honorable ne fût pas essayée. La personne qui a eu l'honneur de voir Votre Excellence, il y a deux jours, m'a dit avoir recueilli de sa bouche l'expression d'un désir analogue. Je suis venu aux avant-postes me mettre à la disposition de Votre Excellence. J'attends qu'elle veuille fjien me faire savoir com-

mont ot où je pourrai avoir l'iionneur de conférer quelques instants avec elle. )) J'ai riionneur d'être, avec une haute considération, » De Votre Excellence » Le Irès-humble et très-obéissant serviteur,

» Jules Favre. »

18 seplembrc 1870.

Nous étions séparés par une distance de 48 kilomètres. Le lendemain matin, à six heures, je recevais la réponse ([ue je transcris :

« Meaux, 18 septembre 1870.

» Je viens de recevoir la lettre que Votre Excellence a eu l'obligeance de ra'écrire, et ce me sera extrêmement agréable si vous voulez bien me taire l'honneur devenir me voir, demain, ici à Meaux.

» Le porteur de la présente, le prince Biron (1), veillera à ce que Votre Excellence soit guidée à travers nos lignes.

» J'ai l'honneur d'être, avec la plus haute considération, de Votre Excellence le très-obéissant serviteur,

» De Bismark. »

A neuf heures l'escorte était prête, et je partais avec elle.

(1) Le véritable nom de cette famille est Biren, et non Biron comme l'a imprimé par erreur le rapport publié au Journal officiel. Cette erreur fut d'ailleurs constatée et relevée par la lettre rectificative suivante insérée dans la feuille officielle du 2o septembre :

« Monsieur le rédacteur,

« En lisant le rapport si patriotique et si émotionnant de M le ministre des affaires étrangères, j'y vois le nom du prince Biron, chargé de guider M. le ministre au travers des lignes ennemies. Permettez-moi de réclamer contre cette usurpation de mon nom. Les Biren et les Biron n'ont jamais rien eu de commun. Tous ceux qui portent mon nom sont en France et défendent le pays. » J'ai l'honneur, etc.

« Comte DE Biron.

» Paris, 24 septembre 1870. »

Arrivé pi'ès de Meaux vers trois heures de l'après-midi, j'étais arrêté par un aidc-de-camp venant m'annoncer (jue le Comte avait quitté Meaux avec le roi pour aller couchera Ferrières (\). Nous nous étions croisés ; en revenant l'un et l'autre sur nos pas, nous devions nous rencontrer.

Je rebroussai chemin, et descendis dans la cour d'une terme entièrement saccadée, comme presque toutes les maisons que j'ai vues sur ma route. Au bout d'une heure. M. de Bismark m'y rejoignait. Il nous était difficile de causer dans un tel lieu. Une habitation, le château de la Haute-3Iaison, appart(;nant à M. le comte de Uillac, était à notre proximité ; nous nous } rendîmes. Et la conversation s'engagea dans un salon où gisaient en désordre des débris de toute nature.

Cette conversation, je voudrais vous la rapporter tout entière, telle que le lendemain je l'ai dictée à un secrétaire. Chaque détail y a son importance. Je ne puis ici que l'analyser.

J'ai tout d'abord précisé le but de ma démarche. Ayant fait connaître par ma circulaire les intentions du Gouvernement français, je voulais savoir celles du premier ministre prussien. H me semblait inadmissible que deux nations continuassent, sans s'expliquer préalablement, une guerre terrible, qui, malgré ses avantages, infligeait au vainqueur des souffrances profondes. Née du pouvoir d'un seul, cette guerre n'avait plus de raison d'être quand la France redevenait maîtresse d'elle-même ; je me portais garant de son amour pour la paix, en même temps que de sa résolution inébranlable de n'accepter aucune condition qui ferait de cette paix une courte et menaçante trêve.

M. de Bismark m'a répondu que, s'il avait la conviction qu'une pareille paix fût possible, il la signerait tout de suite. Il a « reconnu que l'opposition avait toujours condamné la guerre. Mais le pouvoir que représente aujourd'hui cette opposition est plus que précaire. Si, dans quelques jours Paris n'est pas pris, il sera renversé par la populace.. . »

Je l'ai interrompu vivement pour lui dire que nous n'avions pas de populace à Paris, mais une population inlelligente, dévouée,

(1) Dans le inai^nifique château du baron do Rothschild.

qui connaissait nos intentions, et qui ne se ferait pas complice de l'ennemi en entravant notre mission de défense. Quant à notre pouvoir, nous étions prêts à le déposer entre les mains de l'assemblée déjà convoquée par nous.

« Cette assemblée, a repris le (]omte, aura des desseins que rien ne peut nous faire pressentir. Mais, si elle obéit au sentiment français, elle voudra la guerre. Vous n'oublierez pas plus la capitulation de Sedan que Waterloo, que Sadowa, qui ne vous regardait pas. » Puis il a insisté longuement sur la volonté bien arrêtée de la nation française d'attaquer l'Allemagne et de lui enlever une partie de son territoire. Depuis Louis XIV jusqu'à Napoléon III, ses tendances n'ont pas changé, et, quand la guerre a été annoncée, le Corps législatif a couvert les paroles du ministre d'acclamations.

Je lui ai fait observer que la majorité du Corps législatif avait (juelques semaines avant acclamé la paix ; que celte majorité, choisie par le prince, s'est malheureusement crue obligée de lui céder aveuglément, mais que, consultée deux fois, aux élections de 1869 et au vote du plébiscite, la nation avait énergie quement adhéré à une politique de paix et de liberté.

La conversation s'est prolongée sur ce sujet, le Comte maintenant son opinion, alors que je défendais la mienne ; et comme je le pressais vivement sur ses conditions, il m'a répondu nettement que la sécurité de son pays lui commandait de garder le territoire qui la garantissait. Il m'a répété plusieurs fois : « Strasbourg est la clé de la maison, je dois l'avoir. » -r^ Je l'ai invité à être plus explicite encore : — « C'est inutile, objectait-^il, puisque nous ne pouvons nous entendre, c'est une affaire à régler plus tard. » : — Je l'ai prié de le faire tout de suite ; il m'a dit alors que les deux départements du Bas et du Haut-Rhin, une partie de celui de la Moselle avec Metz, Châ= teau-Salins et Soissons, lui étaient indispensables, et qu'il ne pouvait y renoncer.

Je lui ai fait observer que l'assentiment des peuples dont il disposait ainsi était plus que douteux, et que le droit public européen ne lui permettait pas de s'en passer. — « Si fait, m'a-t-il répondu. Je sais fort bien qu'ils ne veulent pas de nous

Ils nous imposeront une rude corvée; mais nous ne pouvons

pas lie pas les prendre. Je suis sûr que dans un temps prochain nous aurons une nouvelle guerre avec vous. Nous voulons la faire avec tous nos avantages, »

Je me suis récrié, connue je le devais, contre de telles solutions. J'ni dit qu'on me paraissait oublier deux éléments importants de discussion : l'Europe, d'abord, qui pourrait bien trouver ces prétentions exorbitantes et y mettre obstacle; le droit nouveau ensuite, le progrès des mœurs, entièrement antipalhi([ue à de telles exigences. J'ai ajouté que, quant à nous, nous ne les accepterions jamais. Nous pouvions périr comme nation , mais non nous déshonorer. D'ailleurs, le pays seul était compétent pour prononcer sur une cession territoriale. Nous ne doutons pas de son sentiment, mais nous voulons le consulter. C'e.«t donc vis-à-vis de lui que se trouve la Prusse ; et, pour être net, il est clair qu'entraînée par l'enivrement de la victoire, elle veut la destruction de la France,

Le Comte a protesté, se retranchant toujours derrière des nécessités absolues de garantie nationale. J'ai poursuivi : « Si ce n'est pas de votre part un abus de la force, cachant de secrets desseins, laissez-nous réunir l'assemblée : nous lui remettrons nos pouvoirs ; elle nommera un Gouvernement définitif qui appréciera vos conditions.

« — Pour l'exécution de ce plan, m'a répondu le Comte, il faudrait un armistice, et je n'en veux â aucun prix, »

La conversation prenait une tournui'e de plus en plus pénible. Le soir venait. Je demandai à M. de Bismark un second entretien à Ferrières, où il allait coucher, et nous partîmes chacun de notre côté.

Voulant remplir ma mission jusqu'au bout, je devais revenir sur plusieurs des questions que nous avions traitées, et conclure. Aussi, en abordant le Comte vers neuf heures et demie du soir, je lui fis observer que, les renseignements que j'étais venu cljerchtr près de lui étant destinés à être communiques h mon Gouvernement et au public, je résumerais, en terminant, notre conversation, pour n'en publier que ce qui serait bien arj'êté entre nous, — « Ne prenez pas cette peine, me répondit-il,

je vous la livre toute entière, je ne vois aucun inconvénient à sa divulgation, » Nous reprîmes alors la discussion, qui se prolongea jus(]u'à minuit. J'insistai particulièrement sur la nécessité de convoquer une assemblée. Le Comte parut se laisser peu à peu convaincre et revint à l'armistice. Je demandais quinze jours. Nous discutâmes les conditions. Il ne s'en expliqua que d'une manière très-incomplète, se réservant de consulter le roi. En conséquence, il m'ajourna au lendemain onze heures.

Je n'ai plus (ju'un mot à dire : car, en reproduisant ce douloureux, récit, mon cœur est agité de toutes les émotions qui l'ont torturé pendant ces trois mortelles journées, et j'ai hâte de finir. J'étais au château de Ferrières à onze heures. Le Comte sortit de chez lui à midi moins le quart, et j'entendis de lui les conditions qu'il mettait à l'armistice; elles étaient consignées dans un texte écrit tn langue allemande, et dont il m'a donné communication verbale.

Il demandait pour gage l'occupation de Strasbourg, de Toul et de Phalsbourg, et comme, sur sa demande, j'avais dit la veille que l'assemblée devait être réunie à Paris, il voulait, dans ce cas, avoir un fort dominant la ville...., celui du mont Valérien, par exemple.

Je l'ai interrompu pour lui dire : « Il est bien plus simple de nous demander Pai'is. Comment voulez-vous admettre qu'une assemblée française délibère sous votre canon"? J'ai eu l'honneur de vous dire que je transmettrais fidèlement notre entretien au Gouvernement; je ne sais vraiment si j'oserai lui dire que vous m'avez fait une telle proposition.

« — Cherchons une autre combinaison » , m'a-t-il répondu. Je lui ai parlé de la réunion de l'Assemblée à Tours, en ne prenant aucun gage du côté de Paris.

Il m'a proposé d'en parler au roi, et, revenant sur l'occupation de Strasbourg, il a ajouté : « La ville va tomber entre nos mains, ce n'est plus qu'une affaire de calcul d'ingénieur. Aussi je vous demande que la garnison se rende prisonnière de guerre. »

A ces mots j'ai bondi de douleur, et, me levant, je me suis écrié : « Vous oubliez que vous parlez à un Français, monsieur le Comte : sacrifier une garnison héroïque qui fait notre admi-

ration et celle du monde serait une lâcheté ; et je ne vous promets pas de dire que vous m'avez posé une telle condition. »

Le Comte m'a répondu qu'il n'avait pas l'intention de me blesser, qu'il se conformait aux lois de la guerre, qu'au surplus, si le roi y consentait, cet article pourrait être modifié.

Il est rentré au bout d'un quart d'heure. Le roi acceptait la combinaison de Tours, mais insistait pour que la garnison de Strasbourg fut prisonnière.

J'étais à bout de force et craignis un instant de défaillir. Je me retournais pour dévorer les larmes qui m'étouffaient, et, m'excusant de cette faiblesse involontaire, je prenais congé par ces simples paroles :

« Je me suis trompé, monsieur le Comte, en venant ici; je ne m'en repens pas, j'ai assez souffert pour m'excuser à mes propres yeux ; d'ailleurs je n'ai cédé qu'au sentiment de mon devoir. Je reporterai à mon Gouvernement tout ce que vous m'avez dit, et, s'il juge à propos de me renvoyer près de vous , quelque cruelle que soit cette démarche , j'aurai l'honneur de revenir. Je vous suis reconnaissant de la bienveillance que vous m'avez témoignée, mais je crains qu'il n'y ait plus qu'à laisser les événements s'accomplir. La populatioii de Paris est courageuse et résolue aux derniers sacrifices ; son héroïsme peut changer le cours des événements. Si vous avez l'honneur de la vaincre, vous ne la soumettrez pas. La nation tout entière est dans les mômes sentiments. Tant que nous trouverons en elle un élément de résistance, nous vous combattrons. C'est une lutte indéfinie entre deux peuples qui devraient se tendre la main. J'avais espéré une autre solution. Je pars bien malheureux, et néanmoins plein d'espoir. »

Je n'ajoute rien à ce récit, trop éloquent par lui-même. 11 me permet de conclure, et de vous dire quelle est, à mon sens, la portée de ces entrevues. Je cherchais la paix, j'ai rencontré une volonté inflexible de conquête et de guerre. Je demandais la possibilité d'interroger la France représentée par une assemblée librement élue , on m'a répondu en me montrant les fourches caudines sous lesquelles elle doit préalablement passer. Je ne récrimine point. Je me borne à

constater les faits, à les signaler à mon pays et à l'Europe. J'ai voulu ardemment la paix, je ne m'en oache pas, et, en voyant pendant trois jours la misère de nos campagnes infortunées, je sentais grandir en moi cet amour avec une telle violence que j'étais forcé d'appeler tout mon courage à mon aide pour ne pas faillir à ma tâche. J'ai désiré non moins vivement un armistice, je l'avoue encore, je l'ai désiré pour que la nation pût être consultée sur la redoutable question que la fatalité pose devant nous.

Vous connaissez maintenant les conditions préalables qu'on prétend vous faire subir. Comme moi, et sans discussion, vous avez été unanimement d'avis qu'il fallait en repousser l'humiliation. J'ai la conviction profonde que, malgré les souffrances qu'elle endure et celles qu'elle prévoit, la France indignée partage notre résolution, et c'est de son cœur que j'ai pu m'inspirer en écrivant à M. de Bismark la dépêche suivante, qui clôt cette négociation :

« Monsieur le Comte,

» J'ai exposé lidèlement à mes collègues du Gouvernement de la défense nationale la déclaration que Votre Excellence a bien voulu me faire. J'ai le regret de faire connaître à Votre Excellence que le Gouvernement n'a pu admettre vos propositions. Il accepterait un armistice ayant pour objet l'élection et la réunion d'une Assemblée nationale. Mais il ne peut souscrire aux conditions auxquelles Votre Excellence le subordonne. Quant à moi, j'ai la conscience d'avoir tout fait pour que l'effusion du sang cessât, et que la paix fût rendue à nos deux nations, pour lesquelles elle serait un grand bienfait. Je ne m'arrête qu'en face d'un devoir impérieux, m'ordonnant de ne pas sacrifier l'honneur de mon pays déterminé à résister énergiquement. Je m'associe sans réserve à son vœu ainsi qu'à celui de mes collègues. Dieu, qui nous juge, décidera de nos destinées. J'ai foi dans sa justice.

» J'ai l'honneur d'être, monsieur le Comte, etc.

» Jules Favre. « 23 septembre i870.

J'ai liai, mes chers collègues, et vous pensez comme moi que, si j'ai échoué, ma mission n'aura pas été cependant tout à fait inutile. Elle a prouvé que nous n'avions pas dévié. Comme les premiers jours, nous maudissons une guerre par nous condamnée à l'avance; comme les premiers jours aussi, nous l'acceptons plutôt que de nous déshonorer. Nous avons tait plus : nous avons tué l'équivoque dans laquelle la Prusse s'enfermait, et que l'Europe ne nous aidait pas ù dissiper.

En entrant sur notre sol, elle a donné au monde sa parole qu'elle attaquait Napoléon et ses soldats, mais qu'elle respectait la nation. Nous savons aujourd'hui ce qu'il faut en penser. La Prusse exige trois de nos départements, deux villes fortes, l'une de cent, l'autre de soixante quinze mille âmes, huit à dix autres également fortifiées. Elle sait que les populations qu'elle veut nous ravir la repoussent, elle s'en saisit néanmoins, opposant le tranchant de son sabre aux protestations de leur liberté civique et de leur dignité morale.

A la nation qui demande la faculté de se consulter elle-même elle propose la garantie de ses obusiers établis au mont Yalérien et protégeant la salle des séances où nos députés voteront. Voilà ce que nous savons, et ce qu'on m'a autorisé de vous dire. Que le pays nous entende et qu'il se lève, ou pour nous désavouer quand nous lui conseillons de résister à outrance, ou pour subir avec nous cette dernière et décisive épreuve. Paris y est résolu.

Les départements s'organisent et vont venir à son secours. Le dernier mot n'est pas dit dans celte lutte où maintenant la force se rue contre le droit. Il dépend de notre constance qu'il appartienne à la justice et à la liberté.

Agréez, mes chers collègues, le fraternel hommage de mon inaltérable dévouement.

Le vice-président du Gouvernement de la défense nationale, ministre des affaires étrangères,

Jules Fa vue.

Paris, ce 21 septembre 1870.

Le Gouvernement de la défense nationale,

Considérant les obstacles matériels que les événements militaires apportent en ce moment à l'exercice des droits électoraux, Décrète :

Art. 1". Les élections municipales de Paris, fixées au 28 septembre, n'auront pas lieu à cette date.

Les nouvelles élections municipales des communes du département de la Seine sont également ajournées.

Art. 2. Il en est de même des élections pour l'Assemblée Constituante, fixées au 2 octobre.

Art. 3. De nouvelles dates seront lixées dès que les événements le permettront, tant pour les élections des membres de l'Assemblée Constituante que pour les élections municipales de Paris et de la Seine, ainsi que pour toutes celles des communes où la guerre aurait, en fait, empêché les électeurs de se réunir en nombre légalement suffisant (1).

Paris, le 23 septembre 1870.

Le Gouvernement de la défense nationale :

Considérant que, de documents d'une nature probante et devenus publics (2), il résulte que M. Devienne, premier président de la cour de cassation, aurait gravement compromis la dignité du magistrat dans une négociation d'un caractère scandaleux ;

Considérant que M. Devienne, mandé pour donner ses explications, ne s'est pas rendu à l'invitation qui lui a été adressée ;

Considérant que, placé à la tête du premier corps judiciaire

(1) L'objet de ce décret fut seulement indiqué, par une simple note, au Journal officiel du 24 septembre. Le décret lui-même ne figure in extenso, ainsi que nous le reproduisons ci-dessus, qu'au numéro du 27 septembre.

(2) Il s'agit des lettres de M''*" Marguerite Bellanger. Consulter le tome -1*' des papiers et correspondance de la famille impériale, pages (3o et suivantes.

de la République, M. Devienne est absent de Paris à l'heure du péril national ; Décrète :

M. le premier président Devienne est déféré disciplinaireraent à la cour de cassation, cpii statuera conformément nu\ lois.

Fait à Paris, le 23 soplcnibre 1S70.

Arrêté. — Le maire de Paris,

Vu la loi des 19-22 juillet 1791 ;

Vu l'arrêté du maire de Paris, en date du 21 septembre courant, qui rétablit la taxe du pain à Paris, et dont l'art. 2 est ainsi conçu ; « Cette taxe sera faite tous les huit jours, par les soins d'une commission spéciale nommée par le maire de Paris » ;

Arrête :

Art. 1". Une commission spéciale est chargée de proposer, tous les huit jours, la taxe du pain.

Art. 2. Sont désignés pour faire partie de cette commission • MM. Clamageran, adjoint au maire de Paris, président ; Coquard, doyen des facteurs à la halle aux farines; Malgras, boulanger à Paris ; Way, négociant en farines ; Et Talange, contrôleur à la caisse de la boulangerie.

M. Bedel, chef de bureau à la mairie de Paris, détaché à la caisse de la boulangerie, remplira les fonctions de secrétaire de la commission.

Art. 3. La commission prendra pour base de ses propositions de la taxe du pain de l""*^ (jualité, savoir :

1° Le prix moyen des farines livrées par la Ville aux boulan gers pendant la semaine précédente ;

2* Le prix moyen des farines de commerce et de consomniation actuellement déposées dans les divers magasins de la capitale, lequel prix sera établi d'après le cours moyen de ces farin(is pendant la l""^ quinzaine de septembre.

A la moyenne de ces deux prix réunis, on ajoutera : 1" une

somme de 10 l'r. 49 c. par quintal de farine, ou 16 fr. par sac de lo7 kilog. , pour les frais de fabrication des boulangers;

2" Le droit spécial de 1 fr. 30 c. par (juintal de farine, établi par le décret du 31 août 1863.

Le prix total, établi comme il est expliqué ci-dessus, sera divisé par 130 kilog., chiffre du rendement reconnu en pain d'un quintal de tarine.

Art. 4. Le prix du pain de 2'" qualité se déduit du prix de la 1'% en prenant pour point de départ une différence en moins de 7 à 8 centimes, suivant que le cliilfre de la taxe du pain de l'^* qualité est pair ou impair.

Art. 5. Le présent arrêté sera inséré au Recueil des actes administratifs de la mairie de Paris et au Journal officiel.

Art. 6. Il en sera adressé une ampliation au directeur des affaires municipales et de la caisse de la boulangerie, chargé d'en assurer l'exécution.

Fait à Paris, le 22 septembre 1870.

Arrêté. — Attendu qu'il est constaté que les crieurs de journaux, sur la voie publique, ajoutent fréquemment au titre de leur feuille l'annonce de certains faits qui n'y sont pas mentionnés, ou qu'ils dénaturent ou exagèrent ceux qui y sont mentionnés réellement ;

Attendu que cette façon de procéder, outre qu'elle est contraire à la loyauté, peut induire en erreur les citoyens sur le véritable état des choses et nuire à la tranquillité publique,

Le préfet de police arrête :

Art. 1". Il est interdit à tout crieur ou vendeur de journaux, sur la voie publique, d'énoncer autre chose que le titre et la date des journaux qu'il vend.

Art. 2. Toute contravention à la disposition qui précède sera punie par le retrait de l'autorisation, sans préjudice des poursuites qui pourront être exercées conformément à la loi.

Paris, le 21 septembre.

Le préfet de police,

De Kératry.

NOUVELLES DE LA GUERRE

Attendu que le chemin de ronde des fortifications est encombré de marchands de vins, marchands de comestibles, etc., etc., qui nuisent aux mouvements des troupes et à leur discipline;

Attendu que les inconvénients de cet encombrement sont d'autant plus considérables qu'un chemin de ceinture inlrrieur est en voie d'établissement sur le chemin de ronde,

Le préfet de police arrête :

Art. 1". Il est interdit à tout citoyen non armé de stationner sur le chemin de ronde intérieur des fortifications, si ce n'est par ordre et pour les besoins de l'autorité militaire.

Art. 2. Toute contravention à cette disposition sera punie conformément aux lois.

Le préfet de police.

De Kératry.

Paris, le 21 septembre.

Bicêtre, 23 septembre 1870, 7 h. 14 matin.

Conlre-amiral Pnthuau à commandant du 9^ secteur, Paris.

La division Maud'huy a pris possession hier soir et ce matin du moulin Saquet, du village de V'illejuif et de la redoute des Hautes-Bruyères. Il a été échangé aux avant-postes des coups de fusil et parfois quelques coups de canon de part et d'autre.

Monirouge, 23 septembre, 7 h. 23 matin.

Comma)idant de Monirouge au général Vinoy, à Paris.

J'ai fait tirer trois coups de canon dans la direction de la batterie ennemie qui canonnait la redoute des Hautes-Bruyères et sur un groupe de tirailleurs.

Bicêtre, 23 septembre, 9 h. 50 du matin.

Contre-amiral Pothuau à gouverneur de Paris, à vice-amiral La Roncière, à Paris.

La canonnade engagée contre notre artillerie et contre les Hautes-Iîruvères a été très-vive et très-bien soutenue de notre

côté; le feu vient de cesser. Il paraît reprendre, mais faiblenient, du côté de Saquet.

Le chef d^ étal-major général au gouverneur de Paris.

Dans l'après-midi du 22, une reconnaissance a été faite en avant du fort d'Issy par 120 hommes de la garde mobile, 4* bataillon de la Seine, 8® compagnie, pour enlever des outils restés à la redoute du moulin de Pierres; au retour, ce détachement a été attaqué par un parti ennemi auquel il a tué ou blessé 12 hommes; nous avons eu 4 blessés, dont un garde national qui avait servi de guide.

Les gardes mobiles se sont conduits comme de vieilles troupes.

On signalait de Romainville, dans la soirée, l'établissinnent de deux observatoires ennemis, l'un derrière la forêt de Bondy, l'autre sur une tour entre Dugny-Stains, probablement au moulin dulHaut-Roi.

A neuf heures du soir, la division Maud'huy a été portée en avant des forts d'Issy et de Bicêtre et a occupé le moulin Saquet et le village de Yitry.

Dans la nuit, les forts d'Issy et de Vanves ont signalé des mouvements de troupes sur les hauteurs de Châtillon.

Vers quatre heures du matin, les forts de Bicêtre et de Montrouge ont couvert de feux les hauteurs de Villejuif pour protéger le mouvement de la division Maud'huy, qui devait occuper le village et la batterie des Hautes-Bruyères.

Cette opération était terminée vers six heures.

Une fusillade intermittente et quelques coups de canon continuaient à se faire entendre aux avant-postes.

Vers sept heures, l'ennemi a poussé une reconnaissance jusqu'à 700 mètres du moulin Saquet, mais le feu de cet ouvrage et quelques obus lancés du fort d'ivry l'ont fait replier en toute hâte vers la Plâtrière, qui paraît être un poste important.

Vers huit heures et demie, le feu de nos forts a complètement cessé.

Nos batteries de campagne onc soutenu un très-vif combat d'artillerie où l'avantage nous est resté.

Du côté de Vincennes, Nogerit et des forts de l'Est, tout est calme.

Des mouvements de troupes ennemies sont signalés vers le Bourget et Dugny par la route de Lille.

En avant de Saint-Denis et vers Argenteuil, on signale de nombreux travaux de l'ennemi ; mais le combat n'est ])as engagé.

En arrière d' Argenteuil , une; masse de 40,000 Prussiens serait, dit-on, cachée dans les bois.

A la dernière heure, dix heures, les forts ne tirent plus, le feu continue par une canonnade à environ 2,000 mètres en avant de notre ligne, des Hautes-Bruyères au moulin Saquct.

Onze heures. — Le général chef d'état-major rentre après avoir reconnu les positions en avant des forts d'Ivry et de Vanves; il n'a été nullement inquiété et ne signale aucun mouvement de l'ennemi entre Meudon et Montrouge.

Montrouge, le 23 septembre 1870, 3 h. 2"), soir. Commandant à commandant d'Ivry.

Nous avons vu seulement la fusillade du côté des Hautes- Bruyères. Je crois le moulin Saquet, Villejuif emportés aussi. Les batteries prussiennes sont probablement en position à

l'Hay et Chevilly.

Noisy, 23 septembre.

Contre-amiral Saisset au gouverneur de Paris.

Je suis parti en reconnaissance à midi et demi, vers le Bourget, avec 200 fusiliers brevetés, 400 hommes d'infanterie de marine et huit compagnies des bataillons des éclaireurs de la Seine (colonel Lafont). Fouillé Bobigny, qui a ét(' trouvé évacué par l'ennemi. Débusqué l'ennemi après une vive fusillade du village de Drancy, et poursuivi jusqu'à 400 mètres de la gare du Bourget.

Aperçu dans la gare, derrière des épaulements, dans le village du Bourget, plusieurs colonnes d'infanterie en bataille, que le canon du fort de Bomainville (une pièce de marine de 16) a refoulées dans le village chaque fois qu'elles ont voulu

en déboucher. — A trois heures, battu en retraite par échelon comme à l'exercice, sous quelques balles perdues; — un officier des éclaireurs de la Seine grièvement blessé au pied, étant à cheval; un soldat d'infanterie de marine blessé au bras à la prise du village de Drancy, où nous avons brûlé toutes les meules de fourrages de la cavalerie ennemie.

23 septembre, soir.

La division Maud'huy est définitivement établie sur les positions de Villejuif; elle est fortement appuyée sur ses derrières. Après un feu soutenu de plusieurs heures, nos batteries de campague, soutenues par le tir très-remarquable des forts, ont complètement réduit au silence le feu de l'ennemi et empêché des travaux qu'il cherchait à établir vers Bagneux; ses pertes ont dû être considérables ; les nôtres sont de deux tués et d'une vingtaine de blessés.

Du fort de Nogent, on signalait des travaux considérables de l'ennemi vers Brie-sur-Marne; en\iron 60 coups ont été tirés dans cette direction par une section de campagne et y ont jeté un désordre complet.

Du côté d'Aubervilliers, l'ennemi se tient à grande distance et n'établit aucun ouvrage d'approche. Vers deux heures, les Prussiens avaient complètement abandonné leur position devant Saint-Denis. Le général de Bellemare allait faire de fortes reconnaissances pour surveiller ses mouvements. Rien de nouveau à signaler sur la Seine, de Saint-Ouen à Sèvres.

En face de Vanves et d'issy, l'ennemi paraît établir des batteries au-dessus de la manufacture de Sèvres et sur la terrasse de Meudon.

Saint-Denis, 23 septembre, 7 h. 10 m. soir.

Le général commandant supérieur de Saint-Denis au gouverneur de Paris.

'Je viens de rentrer avec mes reconnaissances sur les divers points que je vous indiquais tantôt; elles ont pris» — par l'effet des forces nombreuses que j'ai trouvées occupant Pierrelîtte, et secourues par des renforts venant des hauteurs de Montmorency,

— le caractère d'une véritable sortie. Les troupes ont attaqiule village avec un entrain et une vigueur remarf|uables, protégées par l'artillerie de la Double-Couronne et de laiiriche; elles ont fait subir à l'ennemi des pertes sensibles, à en juger par les trophées qu'elles ont rapportés après un combat corps à cx)rps.

Ayant fait opérer la retraite, pour être rentré avant la nuit, et jugeant l'occupation de Pierrelitto inutile, ne pouvant la conserver, cette opération s'est exécutée avec le plus grand ordre et le plus grand sang-froid, comme à la manœuvre. Je signale au gouvernement et au pays, la belle conduite du 28* de marche dans cette journée glorieuse pour nos armes. J'aurai l'honneur de vous adresser un rapport circonstancié avec des propositions de récompenses.

Quotorzc de nos départements de l'ouest se sont réunis pour organiser d'énergiques moyens de résistance; ils ont ollért la direction supérieure de leurs efforts communs à M. Carré-Kérisouët, très-sympathique à tout le pays par son ardent patriotisme, et dont le Gouvernement de la défense nationale a accepté avec empressement les services.

Plus de lo millions de francs accordés d'urgence par les conseils généraux ont déjà leur emploi déterminé ; les ateliers se forment, les machines s'installent, et bientôt les populations en armes seront régulièrement organisées dans ces contrées où le dévouement patriotique est de tradition.

Le Gouvernement sur h demande du ministre de la guerre, le général Le Flô, a décidé que l'Etat contribuerait pour un tiers dans les sommes votées par les conseils généraux des quatorze départements,

GARDES NATIONALES

Ordre du jour du gouverneur.

Des groupes de la garde nationale, quelques-uns sous le commandement de leurs oCliciers, se sont livrés, ces jours-ci, à des manifestations dont le caractère essentiellement pacifique n'a pas troublé l'ordre dans Paris.

Mais, à ce moment-là même, l'ennemi, dont les principales concentrations sont effectuées, construisait des batteries à portée de nos forts, qui ouvraient le feu contre ces travaux.

Le siège est donc commencé ; nous avons des blessés et des morts.

Ce matin même un vif engagement a lieu en avant de Villejuif.

La place de tous est sur le rempart ou dans les réserves, et ceux-là même qui ne sont commandés pour aucun service doivent se tenir dans leurs quartiers respectifs, prêts à répondre à Tappel de la défense.

Ce n'est pas l'heure assurément des promenades à travers la ville, et de ces manifestations qui portent atteinte au principe militaire, et font un pénible contraste avec la gravité de la situation oîi est le pays.

Nous avons à présent d'impérieux et pressants devoirs qui dominent de bien haut toutes les préoccupations politiques, et je veux les résumer ici en quelques mots :

Il faut être au combat ou être prêt pour le combat.

Paris, le 23 septembre 1870.

En exécution du décret du 12 septembre 1870, l'arrêté suivant, délibéré avec les maires de Paris, a été rendu par le Gouvernement :

1° L'indemnité de 1 fr. SO allouée par le décret du 12 septembre ne peut être payée que directement aux gardes nationaux qui y ont droit. A cet elfet, un état nominatif sera dressé par le capitaine de chaque compagnie et contiendra les noms, pi'ofessions et domiciles de ceux qui auront fait verbalement ou par écrit la demande de cette indemnité.

Cette demande sera reçue par le capitaine et n'aura aucune publicité ; l'état nominatif sera seulement communiqué pour venir à l'appui du règlement des comptes.

2° L'indemnité n'étant due qu'aux gardes nationaux qui n'ont pas d'autres ressources, les employés des administrations soit publiques, soit privées, et en général toutes personnes pour

lesquelles le service de la garde nationale ne cause pas une perte de salaire, n'auront pas droit à une indemnité.

3" L'indemnité de 1 f. 50 appartiendra de droit à tous les gardes nationaux qui, sur réquisition de l'autorité militaire, seront employés aux travaux de défense.

4" L'indemnité pourra être remplacée par des prestations en nature qui ne pourront, en aucun cas, être évaluées au-dessus de 1 i'r. Le surplus sera payé en argent aux gardes nationaux qui y auront droit.

S^fTout individu convaincu d'avoir perçu ou retenu dessommes supérieures à l'indemnité fixée par le décret, dissimulé sa profession et trompé d'une manière quelcon([ue sur la nature de ses ressources, sera rayé des contnMes et, s'il y a lieu, porté à l'ordre du jour, ou déféré aux tribunaux.

6° Dans le cas où les charges du service imposé aux gardes nationaux entraîneraient, poui' leurs familles, une insuffisance de ressources, il y serait pourvu, sur leur demande dûment examinée, au moyen des fonds spéciaux.

7° L'état nominatif sera, dans chaque compagnie, soumis à l'examen du capitaine qui, assisté d'un conseil de famille élu, aura tout pouvoir pour en faire la révision.

8° Il sera détaché près de chaque municipalité un agent de la trésorerie chargé d'opérer les paiements sur les états contrôlés par les chefs de bataillon, conformément au décret du 12 septembre et au présent arrêté.

Néanmoins, le visa des commandants de secteur ne sera plus exigé.

AMBULANCES

Avis. — Un grand nombre de demandes sont adressées, chaque jour, à l'effet d'obtenir des drapeaux distinctifs pour des ambulances particulières et des brassards pour le personnel de ces ambulances.

Pour s'en tenir aux termes de la convention de Genève, il est nécessaire d'apporter une grande réserve dans la distribution de ces drapeaux et brassards; c'est le seul moyen d'assurer aux blessés une protection efficace. En conséquence, un drapeau ne

pourra être délivré que dans les ambulances complètement organisées et fonctionnant déjà, c'est-à-dire lorsqu'elles auront reçu des blessés.

La distribution en sera faite dans les mairies de chaque arrondissement. Tous les drapeaux placés sur les établissements qui ne rempliraient pas les conditions ci-dessus indiquées, devront être immédiatement retirés.

En ce qui concerne la délivrance des brassards, elle sera faite, soit par l'autorité militaire, soit par la mairie de Paris. La distribution devra être fort restreinte, individuelle, et sera accompagnée d'une carte constatant l'identité de la personne qui sera porteur de cet insigne. Selon les besoins et à mesure que le nombre des blessés pourra augmenter, on apportera des moditications aux dispositions précédentes.

Les ambulances de rempart, organisées par la commission centrale d'hygiène au nom de la municipalité de Paris et sur la réquisition formelle du général gouverneur, sont déjà, pour un certain nombre, en voie de fonctionnement.

L'organisation, néanmoins, rencontre quelques obstacles : des sociétés privées ou même des corps réguliers, s'emparent des locaux organisés pour ce service de premier ordre.

Le maire de Paris demande que toutes ces localités soient expressément réservées, et il prie toutes les autorités civiles ou militaires de lui prêter leur concours à cet effet.

11 rappelle que les ambulances de rempart sont ouvertes à tous les blessés sans distinction, et, par conséquent, aux chirurgiens et aides-chirurgiens qui auraient à donner leurs soins aux blessés.

La mairie de Paris rappelle que tous les élèves en médecine ayant douze inscriptions et tous les docteurs qui étaient inscrits au Val-de-Grâce et qui n'ont jusqu'ici reçu aucune destination, sont priés de se faire incrire à l'Hôtel-de- Ville, bureau des ambulances, pour prendre immédiatement service aux ambulances de rempart.

il leur sera donné connaissance des conditions d'admission et des avantages attaches à ce poste.

Le gouvernement vient de requérir toutes les voitures de factage du chemin de fer du Nord pour les employer au service des ambulances. Ces voitures sont plus particulièrement destinées aux remparts, comme l'indique une large bande de calicot appliquée sur les panneaux.

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