‹ Journal du siége de Paris. Décrets, proclamations, circulaires, rapports, notes, renseignements, documents divers officiels et autres publiésChapitre 74 sur 97 · AU · texte numérisé non relu

AU

.M.\l. UoiizcuH, cliimislo.

IF liiilbiani, physiologiste.

De Schœnrfcld^ secrétaire de la société do Ijotaniiiiie de Franco.

RiGcreiix, peintre.

Luys, médecin des hôpitaux.

Mège, médecin, membre correspond'' de l'Académie de médecine.

Dumont, médecin à Porto-Tiico.

Libbé, architecte à liordeaiix.

Parent, architecte.

Bmjard (Emile), dessinatcni'.

Chintreuil, peintre.

D'Esaimps (Henri), inspecteur des beaux-arts.

Vintre, bibliothécaire à la Bibliothèque impériale.

Cordier, bibliothécaire à l'Arsenal.

Gautier (Léon), archiviste aux Archives de l'empire.

Favre. (l'abbé), professeur à l'École des langues orientales.

Tardicu (Amédée). sous-bibliothécaire à la Bibliothèque deTIns-

titut.

De Mimtaifjlon, professeur à FÉcole des Chartes. Servoise (Gustave), membre du Comité des travaux historiques. Délayant (Louis), bibliothécaire de la ville de La Rochelle. Drouijn (Léo), archéologue.

Deleau (Léon), docteur en médecine.

Art "2*".

Notre ministre des lettres, sciences et beaux arts et le grand-chancelier de notre ordre impérial de la Légion d'honneur sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l'exécution du présent décret.

Fait en conseil des ministres, au palais des Tuileries, le 9 août 1870.

Par VEmpercur.

en vertu des pouvoirs qu'il nous a confiés. Signé : Eugénie.

Par l'Impératrice régente :

Le viiniitre des lettres, sciences et beaux-arts.

Signé : Mauiuce Bichaud.

l'our copie conforme, Le conseiller d'Etat, secrétaire général^

Signé : •!. .1. Weiss.

— 8o5 — APPENDICE IX.

M. LE GÉNÉUAL TROCHU.

A la suite de la proclamation île M. le général Ti'oclui, reproduite dans notre avant-propos, M. Nelïtzer, rédacteur en cliel" du Temps, publia dans ce journai l'article suivant :

La nomination de M. le ij;t!>néral Troclui, et la proclamation qu'on vient de lire, nous paraissent deux faits également importants et significatifs.

Dès le déi)ut de la guerre, la conliance publique désignait le généra Trochu pour un commandement important. 11 y a huit jours, au moment de la rentrée de la Chambre, le centre gauche eût voulu le voir place à la tète du gouvernement. Mais les intlueuces dirigeantes n'étaient pas d'accord avec l'opinion publique, et le général Trochu n'avait obtenu que tout récemment le commandement d'un corps d'armée en formation à Cluilons.

Il est aujourd'hui nommé gouverneur de Paris, et la manière dont il prend possession semble indiquer que les circonstances ont fait de ce poste le premier de l'État. 11 déclare n'appartenir à d'autre parti qu'à celui du pays; il parle au nom « d'une grande nation qui prend en y main, avec une ferme résolution, la direction de ses destinées. »

Ce langage, nous le répétons, est grave et significatif. Il nous parait approprié aux circonstances, et le Corps législatif voudra, nous n'en doutons pas, achever de le préciser et de lui donner toute sa valeur en s'y associant. Ce qui importe aujourd'hui, c'est que la nation n'ait à s'occuper que d'elle-même.

Nous honorons trop le caractère du général Trochu pour ne pas lui faire remarquer, en toute franchise, qu'un passage de son manifeste pourrait donner lieu à des conséquences abusives et périlleuses. Nous ne lui ferons pas l'injure de douter de ses intentions; mais les appels à la justice spontanée du peuple sont toujours dangereux, et le sont surtout daus les circonstances présentes et dans l'état des esprits. Celui que contient le manifeste du nouveau gouverneur -de Paris a besoin d'être expliqué et précisé.

A. Nefftzer.

Eu réponse à cet article, M. le f^énéral Trochu adressa ^ M. Nefftzer la lettre suivante, qui fut publiée dans le n° du ^3) août 1870 du journal le Temps :

— oot) —

AU RÉDACTEIK.

Paris, t9 aoiiL 187U.

Jiigciiiit avec imc bieuvcillancL; dniil je dois vous remercier l'aftc paf lequel, dans la nuit de mon retour de rarraéc, je me suis mis en communication avec la population de Paris, vous paraissez souhaiter des explications au sujet du passage suivant de ma proclamation :

« Je fais appel à tous les hommes de tous les partis, n'appartenant moi-même, on le sait dans l'armée, à aucun autre parti qu'à celui du pays.

» Je fais appel à leur dévouement ; je leur demande de contenir par l'autorité morale les ardents, qui ne sauraient pas se contenir euxmêmes, et de faire justice par leurs propres mains de ces hommes qui ne sont d'aucun parti, et qui n'aperçoivent dans les malheurs publics que l'occasion de satisfaire des appétits détestables. ■>

Toute ma vie, j'ai été un homme de libre discussion, et aux explications que vous désirez, je vais ajouter toute ma profession de foi.

L'erreur de tous les gouvernements que j'ai connus, a été de consiilérer la force comme Vultima ratio du pouvoir. Tous, à des degrés divers, ont relégué au second plan la vraie force, la seule qui soit efficace dans tous les temps, la seule qui soit décisive quand il s'agit de résoudre les difficiles problèmes (jui agitent la civilisation : la force morale.

Tous, à des degrés divers, ont été personnels, n'apercevant pas que le pouvoir impersonnel, qui ne se considère que comme une délégation (le la nation ; qui ne conçoit et qui n'agit que dans l'intérêt de la nation, jamais dans le sien propre ; qui se soumet à tous les contrôler qu'il plaît à la nation de lui appliquer, et qui les tient pour sa sauvegarde; qui est lo>al, sincère, ardent pour le bien public et professeur d'honnêteté publique, est seul en possession de cette force morale dont j'ai délini la puissance.

C'est dans cet esprit que j'ai parlé à la population de Paris; c'est dans cet esprit que j'ai vécu et que, dans la mesure, de mes forces et de ma position, j'ai combattu les erreurs qui ont mis le pays dans le deuil où il est.

J'ai demandé leur concours aux hommes de, tous les partis, leur offrant le mien gratuitement, sans réserve, et comme je l'ai dit, ne pouvant dire plus, avec tout mon cœur. — Kt voici comment j'ai entendu ce concours tout moral.

î.'idcc de maintenir Tordre par la force de la baïonnette et du sabre, dans Paris livré aux plus légitimes angoisses et aux agitations qui eu sont les suites, me remplit d'horreur et de dégoût.

L'idée d'y maintenir Tordre par l'ascendant du patriotisme s'exprimant librement, de l'honneur et du sentiment des périls évidents du

pays, me renij)lil ilespirauce et de séréniti-. Mais le problème est ardu je ne puis le résoudre seul. Je puis le résoudre avec l'appui de tous ceux qui ont les croyances et la foi que j'exprime ici.

C'est ce que j'ai appelé « le concours moral. «

Mais il peut arriver un moment où l'aris, menacé sur toute l'étendue de son périmètre, et aux prises avec les épreuves d'un siège, sera pour ainsi dire livré à cette classe spéciale de gredins « qui n'aperçoivent dans les malheurs publics que l'occasion de satisfaire des appétits détestables. »

Ceux-là, on le sait, errent dans la ville efïarée, crient : « On nous trahit ! » pénètrent dans la maison et la pillent. Ceux-là, j'ai voulu recommander aux honnêtes gens de leur mettre la main au collet, en l'absence de la force publique qui sera aux remparts, — et voilà tout.

Je vous prie de recevoir, monsieur le rédacteur en chef, l'assurance de ma considération Irès-distinguée.

(iénéral Tro<:iu .

M. Nefftzer répondit à cetti? lettiv par les lignes qui suivent :

La lettre qu'on vient de lire confirme de tout pomt le sens que nous avions cru pouvoir attacher à la proclamation de M. le général Trochu

Le gouverneur de Paris parle en homme qui ne voit que la nation, et qui ne veut relever que d'elle. Son langage est celui du plus généreux patriotisme et de la démocratie la plus pure. La conliance de tous lui répondra.

Quant à l'explication que nous avion.-; sollicitée, nous n'avons pas besoin de dire qu'elle nous parait pleinement satisfaisante. Nous ajouterons seulement que le danger contre lequel le général a voulu nous prémunir, serait peut-être considérablemenl atténué par l'éloignement préalable des repris de justice, qui sont en nombre à Paris, et que la

police doit connaître.

A. Nefftzer.

On lit dans le t'iyaro .

Voici ce qui m'a été raconté au sujet de l'attitude de M. le général Trochu pendant la journée du 4 septembre, par quelqu'un de bien informé et qui a été mêlé directement aux événements de cette journée :

On a cru généralement , et à tort , que le général Trochu avait été désigné par l'impératrice pour le gouvernement de Paris. Voici comment les choses se sont passées. Plusieurs membres de l'Assemblée avaient demandé au général Cousin-Montauban un commandement pour le général Trochu ; le n)inistre avait devancé leur désir en nommant le

général au commandement du 12e corps destiné à faire partie de l'armée de Mac-Mahon. Le général Trochu se rendit immédiatement auprès de l'empereur et obtint de lui , après une longue entrevue , le gouvernement de Paris et des troupes réunies pour sa défense.

En revenant à Paris, le général Trochu fit cette proclamation par laquelle il faisait rentrer dans la capitale dix-huit mille hommes des gardes mobiles de la Seine qui s'étaient mutinés à Châlons. Dans le conseil des ministres qui suivit l'arrivée du gouverneur, le générai de Montanban s'emporta très-vivement contre cette mesure, et dit textuellement :

o Tandis que je passe mes nuits à chercher un homme ici, un fusil là, pour arriver à constituer une armée, vous m'enlevez d'un seul coup iliX'huit mille soldats et vous compromettez les opérations projetées. ->

Le général Trochu ne répliqua pas et l'on passa à la discussion des éventualités qui pourraient se présenter à Paris, notamment celle d'une émeute : l'impératrice déclara « que ce n'était ni d'elle, ni de la dynastie qu'il fallait surtout se préoccuper, mais du Corps législatif qui était, avec Pempereur, la représentation élue du pays. Quant à moi, ajouta l'Impératrice, si ma retraite est nécessaire, je ne demande qu'une chose, c'est de me retirer en impératrice, avec une escorte marchant au pas. .!e veux me bien retirer, je ne veux pas fuir. »

« Madame, répliqua le général Trochu, Votre Majesté peut être sans inquiétude, je réponds sur mon honneur de votre sûreté et de celle de la (Ihambre. »

Le lendemain on discuta en conseil l'hypothèse d'une défense de Paris contre un mouvement de la rue ; il fut décidé qu'en présence de l'ennemi , on ne pouvait opposer qu'une résistance passive. Le général Trochu se chargeait d'y pourvoir; le dernier mot de rim])ératrice en quittant ses ministres fut celui-ci :

« Je ne veux pas que pour moi ou pour mon fils on fasse feu sur un seul Français. »

Le 4 septembre, alors que la Chambre allait être envahie, les deux questeurs du Corps législatif, M. le général Lebreton et M. Hébert, se rendirent auprès du général Trochu pour lui rappeler sa promesse. Ils attendirent une heure et demie sans pouvoir être reçus, malgré leurs sollicitations pressantes et réitérées. Le général fit constaramenl répondre qu'il était occupé.

Pendant ce temps, le Corps législatif était envahi.

JiLEs Richard.

— 8o9 — APPENDICE X.

REnDITION DE NAPOLÉON Ifl.

Voici la l'i^lalioii (ht cet (îvéïiciueiil adnvssn' an Uoi de Pi'iiss(! par M. de Uismarck :

Donclier.v, ^2 septembre.

M'étant rendu liicr soir, pai' ordre tic Voire Majesté, en ce lion, pour prendre part aux négociations de la capitulation, celles-ci furent suspendues jusqu'à environ une heure de la nuit, par suite d'un sursis accordé à la demande du général deWinipffen. Déjà le général de iMoltke avait déclaré de la maqiève la plus catégorique qu'on n'admettrait aucune autre condition que celle de mettre bas les armes, et que le boinhardement serait repris à neuf heures du matin, si, à cette heure, la capitulation n'était ])as conclue.

Ce matin, à six heures, on m'annonça le général Heille, qui m'informa que l'empereur désirait me voir et se trouvait déjà en route pour venir de Sedan ici. Le général retourna immédiatement pouv annoncer à l'empereur que je le suivais. Peu après, h mi-chemin de Sedan, près de Fresnois, Napoléon était en voiture ouverte avec trois officiers supérieurs; trois antres ofliciers à cheval se tenaient aux portières. Je ne connaissais personnellement que les généraux Castclnau, Reille et Moskowa, qui paraissait être blessé au pied, ainsi que M. A'aubcrt.

Arrivé h la voiture, je descendis de cheval et, monté sur le marchepied, à côté de l'empereur, je lui demandai ses ordres. L'empereur mVxprinia d'abord le dé-sir de voir Votre Majesté, croyant qu'elle se trouvait aussi à Donchery. Sur ma réponse que le quartier général do Votre Majesté était en ce moment à une distance de deux heures, à Vendresse, l'empereur s'informa si Voire Majesté avait désigné un lieu où Il devait se rendre, et éventuellement quelle serait mon opinion à cet égard. Je lui répondis que j'avais fait la route jus([u'ici en pleine nuit, et que le pays m'était inconnu. Je mis à sa disposition la maison que j'habitais moi-même à Donchery, et que j'allais immédiatement évacuer.

L'empereur accepta et la voiture marcha au pas vers Donchery ; mais à quelques cents pas du pont qui traverse la Meuse à l'entrée de la ville, elle s'arrêta devant, une maison isolée d'ouvrier et me demanda s'il ne pouvait pas y descendre. Je fis visiter la maison par le conseiller de légation, comte de Bismarck-Bohlen, qui était venu jne rejoindre entre-temps , et bien qu'il eût annoncé que l'intérieur était trôs-pauyre et exigu, l'empereur descendit et m'invita à le suivre. Dans une petite

chambre qui ne contenait qu'une table et (b.Mix chaises, j"eiis avec l'empereur un entretien qui dura prt"'s (ruue lieure.

Sa Majestn insista particulièrement pour obtenir des conditions favorables pour la capitulation de Tarmée. .le déclinai dès l'abord -le m'entretenir sur ce sujet avec Sa Majesté, cette (juestion exclusivement militaire devant être traitée entre le général de Moltke et le général de Wimpffen. Par contre, je demandai à l'empereur s'il était disposé à ouvrir des négociations de paix. L'empereur répliqua que, comme prisonnier, il n'était pas maintenant en situation d'agir. Sur ma nouvelle question qui, dans son opinion, représentait actuellement le pouvoir en France, Sa Majesté me renvoya au gouvernement existant à Paris.

Après avoir éclairci ce point que la lettre d'hier de l'empereur ne permettait pas d'apprécier avec certitude, je reconnus et ne le cachai pas à l'empereur, qu'aujourd'hui encore, comme hier, la situation n'offrait pas d'autre élément pratique que l'élément militaire, et j'accentuai la nécessité qui en ressortait pour nous d'obtenir avant toutes choses, par la capitulation de Sedan, un gage matériel pour assurer les résultats militaires que nous venions de remporter.

.T'avais déjà discuté hier soir avec le général de Moltke et examiné sous toutes ses faces la question de savoir s'il était possible, sans nuire aux intérêts allemands , d'accorder à l'honneur militaire d'une armée qui s'était bravement battue des conditions plus favorables que celles qui avaient été arrêtées. Après un examen consciencicLix, nous avions dû persister tous les deux dans la négative. Si donc le général de Moltke, qui était venu sur les entrefaites de la ville auprès de nous, se rendit auprès de Votre Majesté pour lui transmettre les vœux de l'empereur, ce ne fut pas. Votre Majesté le sait, avec l'intention d'en recommander l'adoption.

L'empereur sortit ensuite de la maison et m'invita à m'asseoir à coté de lui, en plein air, à la porte de la maison. Sa Majesté me fit la question s'il n'était pas possible de faire passer à l'armée française la frontière de Belgique pour déposer les armes et y être internée.

Cette éventualité aussi, je l'avais déjà posée dans ma conférence avec le général de Moltke d'hier soir; en exposant les motifs que je venais d'indiquer, je refusai de discuter cette façon de procéder. Quant à la situation politique, je ne pris point d'initiative de mon côté, l'empereur feulement n'en parla que pour déplorer les malheurs de la guerre; il déclara que lui n'avait pas voulu la guerre, mais que l'opinion publique de la France l'y avait forcé.

Entre temps, à la suite d'informations prises dans la ville et particulièrement au moyen de reconnaissances faites par des officiers de l'étatniajor général, on avait pu décider que le château de Bellevue, près de Fresnois, qui ne contenait pas encore de blessés, était convenable pour recevoir l'empereur, .le le lui annonçai en désignant Fresnois

— mi —

comme lieu que je désignerais à Votre Majesté pour l'entrevue, et je lui demandai s'il ne préférerait pas s'y rendre sur-le-champ, vu que la petite maison d'ouvriers n'était pas un séjour convenable et que Sa Majesté avait peut-être besoin de prendre quelque repos.

Sa Majesté y consentit avec enipressciiient et je conduisis l'empereur, précédé d'une escorte d'honneur de cuirassiers des gardes du corps de Votre Majesté, au château de Bellevuc, où étaient déjà arrivés la suite et les équipages de l'empereur, venant directement de Sedan. J'y trouvai aussi le général Wimptî'en avec lequel, en attendant le retour du général de Moltke, la négociation sur les conditions de la capitulation, qui avaient été interrompues hier^ fut reprise par le général de Odbielski, en présence du lieutenant-colonel de Verdy et du chef d'étatmajor du général de WimpiVen, ces deux derniers rédigeant le procèsverbal.

Je n'y ai pris part qu'au iléhut par l'exposé de la situation politique et légale, en conformité des renseignements que je tenais de l'empereur lui-même. Je reçus au même instant, par le chef d'escadron comte de Nostitz, l'avis du général de Moltke que Votre Majesté ne voulait voir l'empereur qu'après la signature de la capitulation ; cet avis confirmait qu'il fallait renoncer à l'espoir d'obtenir d'autres conditions que celles qui venaient d'être stipulées.

Je me rendis ensuite à Ghéhery, aÛn de faire connaître l'état des choses à Votre Majesté, et en route je rencontrai le général de Moltke avec le texte de la capitulation approuvée par Votre Majesté, et acceptée et signée désormais sans discussion dès que nous fûmes réunis avec elle à Fresnois.

La conduite du général de Wimptfen, de même que celle des généraux français dans la nuit précédente, fut très-digne. Le brave olïicier cependant ne put s'empêcher de m'exprimer sa profonde douleur d'être obligé, quarante-huit heures après son arrivée d'Afrique, et six heure? après sa reprise de commandement en chef, de mettre sa signature au bas d'une capitulation si cruelle pour les armes françaises. Mais le manque de vivres et de munitions et l'impossibilité absolue de toute défense ultérieure lui imposait l'obligation, comme général, de faire taire ses sentiments personnels, attendu que toute effusion de sang ultérieure ne changerait plus rien à la situation.

L'autorisation accordée aux ofticiers de se retirer avec leurs armes sur leur parole d'honneur de ne plus servir pendant la guerre, fut acceptée avec de vifs remerciments, comme l'expression des intentions de Votre Majesté de ne pas blesser les sentiments de troupes qui s'étaient bravement battues, et dépassant plus qu'il n'était nécessaire les exigences de nos intérêts politiques et militaires. Ces remerciments, le général Wimpffen les a exprimés encore ultérieurement dans une lettre au général de Moltke, lettre par laquelle il lui exprime sa gratitude

pour les égards et les formes courtoises qui de sa part ont présidé à la conduite des négociations.

Sifiné : Bismarck.

On lit dans le Patl mail Gazelle

L'Empereur est prisonnier.

Mac-Malion, enfermé dans Sedan, a mis bas les armes avec 40,000 hommes.

La bataille, commencée hier à 4 heures sous les murs de Sedan, a été suspendue vers 2 heures, pour reprendre à 3 heures avec une nouvelle furie, et était à 5 heures définitivement terminée. Mac-Mahon et son armée étaient rejetés dans Sedan, cernés par l'armée prussienne au nombre de 250,000 hommes et hors d'état de tenir deux jours dans des fortilications insuffisantes.

A six heures, un officier d'état-major français se présentait, en parlementaire, au quartier général du roi de Prusse, pour discuter les termes d'une capitulation. On trouva qu'il n'a^siit pas qualité pour traiter du sort de toute une armée, enfermée dans la place. On demanda à traiter avec le général O'Reilly, commandant de la place. Oelui-ci, à son tour, fut envoyé. Il reçut pour réponse que toute défense sérieuse dans Sedan étant impossible à l'armée française, on exigeait qu'elle se rendît à discrétion.

A ce moment, il n'était pas encore question de l'Empereur, dont on ignorait la présence dans le c^imp français, et le silence gardé sur un fait si capital par le parlementaire fut plus tard hautement blâmé. Tout à coup, une acclamation immense parcourut !Ie camp prussien : I)rr Kaiser ist da ! { L'Empereur est là! )

L'enthousiasme était immense dans l'armée prussienne. Les soldais jetaient leurs armes et s'embrassaient, regardant la guerre comme linie. Un quart d'heure après, toutes les musiques prussiennes jouaient. Quelques-unes se mirent à exécuter les airs de Partant pour la Syrie v\ même la Marseillaise; mais des envoyés allèrent aussitôt leur imposer silence, pour que l'armée prussienne ne gâtât pas son triomphe, en ayant l'air d'insulter au malheur des vaincus.

Le comte de Bismark était vivement entouré et félicité. Il répondait :

— Messieurs, je ne suis pour rien dans le succès de cette guerre.

Adressez-vous au roi, à de Moltke. Je n'ai rien fait , Si pourtant,

dit-il en se reprenant vivement, j'ai fait (juclque chose, .l'ai fait que les États du Sud de l'Allemagne nous ont aidés de leur puissant appui, et c'est à eux, c'est à nos braves Bavarois et Wurtembergeois que nous devons cette dernière journée.

On sait, en effet, que ce sont les armées des États du Sud qui ont surtout donné dans la journée du jeudi .

La population de Sedan était tout entière sur les remparts depuis que le feu avait cesse, et regardait l'immense déploiement de l'armée prussienne, comme s'il se fût agi d'un simple spectacle.

L'Empereur a été pris à Vcndresse. Le lendemain maliij , vendredi, il se rendait au quartier général du roi de Prusse.

Napoléon 111 était dans une calèche, accompagné de plusieurs généraux, parmi lesquels on a reconnu les généraux Lebrun et Félix Douay.

Deux uhlans à cheval marchaient seuls en tète de la calèche, qui n'était entourée que des piqueurs impériaux.

L'état-major prussien s'est réservé exclusivement le télégraphe militaire, d'ailleurs très-insuffisamment organisé, pour envoyer les premières dépêches à Berlin. Le général Sheridan, qui accompagnait rarm('>' prussienne, a été seul autorisé à en disposer pour adresser une dépêcho aux États-Unis, où le comte de Bismarck tenait vivement à faire parvenir sans retard cette grande nouvelle.

On lit clans le Times :

L'officier qui se présenta pour parlementer avec le général de Moltke était, je crois, le général Reille, qui avait été attaché à la personne du roi lors de la visite de ce prince à Gompiègne, Il portait une lettre autographe de l'Empereur adressée à Sa Majesté et écrite d'une main assurée. Vous en connaissez déjà les termes : Monsieur mon frère, n'ayant pu mourir à la tête de mon armée, je dépose mon épée aux pieds de Votre Majesté. Cette lettre fut immédiatement portée au roi, qui, avec le général de Moltke, le comte de Bismarck et son état-major, considérait d'une hauteur qui domine Wadelincourt la ruine d'un empire.

La réponse de S. M. fut courtoise et ferme ; nn informa le général Wimpffen que les conditions offertes étaient la reddition de l'armée toute entière, canons, ciiovaux et matériel. Je ne sais pas si dès ce moment les officiers furent exemptés de cette reddition générale ; mais le général français déclara qu'il périrait plutôt sur le champ de bataille que de signer une capitulation si pénible. Cependant le soleil descendait au couchant, éclairant le passage du roi vers Vcndresse, au milieu de l'ovation enthousiaste de ses soldats, rangés le long de la route qui s'étend au sud de la Meuse.

Le prince royal ne reçut pas un moins chaleureux accueil à son retour à Chimery. On savait que l'empereur s'était rendu sans conditions et que son armée allait capituler. La rue du pauvre village où le prince était logé présentai! un spectacle extraordinaire. Elle était bordée de

soldats tenant des cliandelles allumées qui, au milieu d'un air tranquille, ne vacillaient point.

Ce fut presque un désappointement pour eux de voir que le prince royal n'était pas accompagné de l'empereur...

Il était très-tard quand le prince royal se mit ,;ï table pour diiier. Pour la première fois durant la campagne, le prince royal porta un toast au roi et à l'armée.

On but du vin de Champagne (encore une innovation à la table royale) destiné à l'empereur, et qui avait été capturé avec d'autres provision.'^ par un régiment de dragons prussiens et présenté au prince royal. Quoique l'opinion générale de l'armée fût que la paix était désormais assurée, les personnes qui environnaient la table du prince discutaient la question avec un peu moins de certitude quant au résultat. L'hésitalion à signer la capitulation n'avait pas une grande signification, car une nuit de réflexions corroborées et hâtées par la vue des préparatifs qui se faisaient, devait, on le sentait bien, mettre hors de question un refus positif.

Des officiers français venus en parlementaires avaient déclaré euxmêmes que la démoralisation des troupes était complète. Us craignaient aussi que les prussiens qui s'en retourneraient avec la réponse à la lettre de l'empereur ne fussent accueillis par des coups do fusil, et l'un d'eux dit : « Us tirent sur nous, leurs officiers. r> L'ordre fut alors donné aux différents corps de se rapprocher de Sedan, et quand les feux de garde furent allumés, la ville ressemblait à un point noir au milieu d'une vaste ceinture de feu qui éclairait au loin l'horizon. Ce que cette nuit a dû être pour les blessés, on ne saurait l'imaginer, si l'on n'a pas vu combien sont grandes ces souffrances, que la nature apaise cependant à mesure que le temps se consume et que la vie décline.

A dix heures, on devait bombarder la ville et canonner l'armée française rangée sous ses murs, si la capitulation n'était pas signée. 11 est certain que la scène, au dedans et en dehors des murs, fut, pour employer une expression énergique, « un enfer déchaîné. » Quand l'empereur, qui passa là des heures affreuses, se mit à regarder le lendemain matin, il put apercevoir une forêt d'acier et de fer dans la vallée et sur les hauteurs, des batteries placées sur chaque éminence et de la cavalerie dans toutes les plaines, aussi loin que son regard pouvait pénétrer cette masse profonde de bataillons allemands. Enfin sa décision fut prise. 11 voulut voir le roi et essayer d'obtenir de lui quelque adoucissement aux termes de la capitulation. Accompagné d'un petit nombre d'officiers de son état-major à cheval, il prit, dans un coupé, la route qui s'éloigne de Sedan.

Le comte de Bismark était au lit, dans ses quartiers de Donchery, quand un officier se précipita dans sa chambre pour lui annoncer que l'empereur venait le voir, lui et le roi. 11 se leva, s'habilla à la hâte,

alin d'aller a la rciicuiilrc do l'empereur, il arriva juste à teiiips puur arrêter le cortège en deliors de la ville.

.Pétais à l'écart dans la campagne, et je ne puis, en conséiiuence, certilier par ma connaissance personnelle ce qui se passait. Au moment où l'empereur descendait de voiture, le comte de Hismarck, ainsi (|u'on me l'a raconté, se découvrit. L'empereur lui ayant fait signe et l'ayant prié de se couvrir, le comte lui répondit :

« Sire, je reçois Votre Majesté comme je recevrais le roi mon maître. »

Près l'endroit où eut lieu l'entrevue, à quelques centaines de mclre= de la petite ville de Honchery, se trouvait la modeste cabane d'un humble tisserand, comme il y en a beaucoup aux environs de Sedan.

Le comte de liismarck, prenant les devants, y entra. La maison n'avait rien d'engageant. Le comte en franchit les marches, et, voyant que l'appartement était rempli par le métier de l'artisan et son attirail de travail, il redescendit et trouva l'empereur assis sur une pierre en dehors de la cabane. On prit deux chaises qui furent mises devant la porte, et l'empereur s'étant assis sur l'une d'elles, le comte de Bismarck vint s'asseoir à sa gauche. Los officiers qui avaient accompagné leur maître déchu s'étaient assis à quelque distance, sur un amas de gazon, devant la cabane.

(iC fut une étrange conversation, (jomme le comte de Bismarck l'a librement racontée, au moins dans ses principaux détails, je ne doute pas qu'elle ne soit bientôt connue et qu'elle ne soit acquise pour toujours à l'histoire. Le grand point était d'obtenir la paix, mais, en ce qui concerne l'empereur, le comte de Bismarck ne put obtenir aucune assurance sur ce point.

L'empereur déclara qu'il n'avait aucun pouvoir, qu'il ne pouvait pas négocier la paix, qu'il ne pouvait donner d'ordre ni à son armée ni au maréclial liazaine; que l'impératrice était régente de France et que c'étaient elle seule et ses ministres qui avaient qualité pour négocier.

Le comte de Bismarck répondit que, dans ce cas, il n'y avait aucune Utilité à continuer une conversation politique avec l'empereur, et qu'il ne servirait de rien de voir le roi.

L'empereur exprima alors le désir de le voir en personne. Mais le comte de Bismarck répliqua qu'il n'était pas possible d'accéder au vœu de S. M. avant que la capitulation ne fût signée. Et alors, raconte M. de Bismarck, comme la conversation devenait difficile des deux côtés, nous y mimes lin. Ainsi se termina cette première entrevue.

Le comte de Bismarck se rendit ensuite auprès du roi, tandis que l'empereur se retirait pour consulter ses officiers. Ce fut un terrible moment. La garnison de Sedan était furieuse à l'idée de capituler; mais, sur une ligne noire effrayante, à chaque sommet, chaque éminence au-dessus des deux rives de la Meuse, on apercevait les batteries ran-

yées et prêtes à vomir un l'eu meurtrier sur la malheureuse ville.

Il y avait là (300 canons formant une ceinture de Ter. Avec un petit nombre de canons sur ses murs, avec l'artillerie de campagne presque anéantie, la ville, complètement dominée de trois côtés, ne pouvait opposer aucune résistance.

Les troupes placées en dehors auraient été écrasées et n'auraient plus offert que des monceaux d'os et de chairs, comme l'iiistoire n'en a jamais vus dans ses pages les plus sanglantes.

On rédigea donc les termes de la capitulation, et enfin les modiflcations sur lesquelles les Français insistaient relativement aux armes et ;ï la parole des officiers furent acceptées. A onze heures et demie, la capitulation était signée telle qu'elle avait été décidée par le général Wimpffen et le général de Moltke. Je crois que le comte de Bismarck y prit part.

Quand tout cela eut été réglé, le roi reçut la visite de l'empereur comme son prisonnier sur une petite colline boisée qui descend vers la Meuse. A peu de distance de Sedan et séparée de la ville par la rivière, se trouve une petite maison de campagne bâtie sur le modèle des anciens châteaux, mais entièrement neuve et ornée à ses quatre angles de serres chaudes. Elle domine une admirable vue sur la vallée et sur la ville, et est entourée par des parterres et de petites plautations qui la séparent de la route.

Yers deux heures, le roi, avec ses gardes du corps et une escorte de cuirassiers, accompagné du prince royal et de plusieurs officiers d'étatmajor, s'avança vers le château, fort agréablement meublé, et y reçut l'empereur, qui s'y rendit avec son état-major et une escorte, qui alla se ranger de l'autre côté de l'avenue faisant face aux cuirassiers royaux. Le roi et son prisonnier se retirèrent dans une des serres, où le cortège qui les avait respectueusement accompagnés put les voir causer avec une grande animation.

Voici d'après le Times, le texte de la conversation du roi de Prusse avec Napoléon III au château de Bellevue, près de Sedan î

LE ROI. — Dieu m'a donné la victoire dans la guerre qui m'a été déclarée.

l'empereur. — Cette guerre n'est pas mon œuvre. Je ne l'ai n cherchée ni désirée, mais j'y ai été poussé par l'opinion publique en France.

LE ROI, — Je le sais. Votre Majesté a dû obéir à l'opinion publique, mais ce sont vos ministres qui ont créé cette opinion. L'armée française s'est battue avec une grande bravoure.

l'empereur. — Oui, sire, mais les troupes de Votre Majesté ont fait preuve cl'uue discipline qui fait défaut depuis quelque temps dans mon armée.

LE ROI. — Depuis quelques années l'armée prussienne s'est mise à la hauteur des cloniiers progrès de la science.

l'empbbeir. — Votre artillerie, sire, a gagné la bataille. L'artillerie prussienne est la première du monde.

LE ROI salue.

L'EMPEREtR. — t-'cst le prince Frédéric-Charles qui a décidé du sort de la journée. C'est son armée qui a enlevé notre position.

LE ROI. — Je ne comprends V. M. C'est l'armée de mou fils qui s'est battue à Sedan.

l'ejipereir. — Et où donc est le prince Frédéric-Charles?

LE ftoi. — 11 est avec sept corps d'armée devant Metz.

Ici l'empereur tressaille et parait vivement frappé. Mais il reitrend bientôt son sang-froid. Le roi lui demande s'il a quelques condition.-^ à imposer.

L'EMPEREtR. — Aucune. Je n'en ai pas le pouvoir. Je suis prisonnier.

LE ROI. — Puis-je demander à Votre Majesté quel est le gouveruement avec lequel je puis traiter?

l'empërei'r. — L'Impératrice et les ministres ont seuls le droit de traiter. Je suis impuissant. Je ne puis donner des ordres ni poser des conditions.

Le reste de la conversation fut relatif au choix de l'endroit où l'empereur serait envoyé.

Page 1