‹ Journal du siége de Paris. Décrets, proclamations, circulaires, rapports, notes, renseignements, documents divers officiels et autres publiésChapitre 76 sur 97 · FF · texte numérisé non relu

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On lit dans le joiinial anglais l'Observer ;

L'impératrice l'Eugénie, voyageant /nro/^ni/o et suivie seulement d<' son secrétaire, M""" Lehreton (née Bourbaki), est arriviT- jcndi à liastings par le train ordinaire du chemin de fer du Snd-Lst, venant de Londres, à 9 heures ô m. du soir. Le prince impérial, on le sait déjà, était arrivé à Hastings par voie de Douvres, et venant de Belgique, deux jours auparavant (1). Escorté de quelques officiers aux soins desquels il a été confié par l'empereur sur le théâtre de la guerre, le prince a fiiit le trajet d'Ostende à Douvres dans le steamer royal belge de la malle; à son arrivée il a été reçu par M. Eborall, directeur général du chemin de fer du Sud-Est, qui, agissant d'après un avis télégraphique déjà communiqué , avait pris les dispositions nécessaires pour la continuation sans délai du voyage du prince jusqu'à Hastings.

M. Eborall, s'étant consulté avec les personnages de la suite du prince,

1) On lit dans V Indépendance belge :

Le prince impérial était arrivé à Manbenge samedi, escorté de cent-ganle-i et accompagné df sa maison; il était, descendu che/ M. Hamoir, député au r.orps législalil'. l'endanl la journée, il s'est promené dans la ville, où tout le monde a pu remarquer sur son visage pâle et fatigué combieii les événements l'avaient alfecté.

Hier, dans ra,)rès-midi, il recevait une dépèche qui lui enjoignait de partir, ol, c'est sur cet ordre de son père qu'il a pris, à cini) heures, je Irain poiii \amur, laissant son escorte, et n'ayant avec lui que ses deux médecins ei deux aides de camp.

l'ne foule considérable l'avait suivi ii la gare de Manbenge. A Feignies, où son passage était signalé, foule [lius grande encore el d. s acclamations smiipathiques.

A Mons, où le bruit de son arrestation s'était répandu, des dames avaient envahi la station. Cependant il put passer presque inaperçu et se rendre à la Grand'Place, où il s'est arrêté avant de poursuivre sa route.

A huit heures il est parti de Mons pour se rendre j Verviers, par Namur et partir de là pour r.iiiglelerre.

prit l'initiative suggérée par eux, et le voyage du prince, de Douvres à Hastings s'accomplit dans le plus strict secret : — nous pouvons citer comme exemple de ce fait que le trajet de la station du chemin de fer à l'hôtel de la ^Marine se fit dans deux voitures de place ordinaires. A leur arrivée à l'hôtel, le propriétaire, M. Hutchings, mit à la disposition de ses hôtes les meilleurs appartements alors vacants. Mais ce n'est que quelques heures plus tard, dans la soirée, qu'il apprit que sa maison avait été choisie pour la retraite d'un membre de la famille impériale.

Les officiers de la suite du prince impérial étaient le commandant Duperré, le commandant Lamey et le commandant Clary. Trois domestiques accompagnaient les voyageurs. La fatigue du voyageur et la surexcitation mentale dont le prince impérial avait souffert eurent pour effet de le retenir à l'hôtel le mercredi. Mais jeudi matin, de bonne heure, le prince sortit et fit une longue promenade sur l'esplanade. Dans l'après-dinée il sortit de nouveau et se promena à travers St-Léouards. Mercredi, M™« Thierry, attachée à la maison de l'empereur, arriva de Paris à l'hôtel de la Marine.

.leudi soir, un peu avant neuf heures, im gentleman entra à l'hôtel et demanda les appartements du prince impérial. M. Hutchings, s'étant assuré que le visiteur était connu de la famille impériale, l'introduisit auprès du commandant Duperré, avec lequel il s'entretint quelques minutes. Immédiatement après, ce gentleman (M. Ferdinand de Lesseps, croit-on) quitta l'hôtel. En moins d'un quart d'heure il revint, amenant deux dames, dont le grand voile et le costume sévère firent penser qu'elles étaient deux sœurs de charité. Cette impression fut si forte que l'on crut avoir affaire à deux intruses et qu'on négligea de leur rendre les courtoisies habituelles, et le trio monta l'escalier conduisant à l'appartement du prince impérial sans être accompagné.

On peut s'imaginer l'effet que produisit la première entrevue de l'impératrice et de son fils eu présence des terribles événements qui se sont passés depuis leur séparation; mais les colonnes d'un journal sont insuffisantes et conviennent peu pour décrire unescène^d'émotion aussi louchante et aussi sacrée. Qu'il nous suffise de dire que la première impulsion de la mère fut d'envoyer immédiatement une dépêche télégraphique à l'empereur en Allemagne pour l'informer qu'elle avait rejoint le prince impérial à Hastings, qu'ils étaient tous deux on bonne santé, et qu'ils lui envoyaient l'expression de leur affection.

Avant la nuit, M. Hutchings apprit la condition de ses hôtes, et fit une communication sécrète au maire d'Hastings. à ce sujet. M. Hutchings expliqua que sa propre famille ne connaissait pas le fait de l'identité de l'impératrice, — à chacun des siens il avait donné Sa Majesté pour « la comtesse, » — mais il invoqua l'aide du chef de la municipalité pour épargner à ses hôtes les ennuis qui pouvaient suivre la con-

naissance par le public de la pn-sence de l'impératrice cà Hastings. Le maire approuva complètement cette démarche, et le secret fut si bien gardé qu'aucim des journaux de la localité, publiés hier, ne parla du fait, et que les nombreux visiteurs d'Hastings et de St-Léonards ignorèrent complètement la présence de l'auguste visiteuse.

Vendredi matin, le commandant Duperré se rendit d'Hastings à Douvres, par un train spécial, afin de remettre à la malle belge, qui sort de ce port à 9 h. 30 du matin, des lettres pour l'empereur Napoléon, à Wilhelmshœhe. On suppose que l'impératrice Eugénie, ayant appris que son fils s'était réfugié en Angleterre, a fait la traversée d'Ostende à Douvres par le steamer de la malle belge, et est arrivée à Londres mercredi. Vendredi, l'impératrice, souffrant probablement de la réaction résultant de son voyage précipité, dut réclamer l'aide d'un médecin. Le D"" Blakiston, de Warrior-Square, rendit visite à Sa Majesté, et fit une prescription cpii produisit un grand soulagement. C'est un fait remarquable que c'est le docteur Blakiston qui, il y a vingt-deux ans, fut appelé à donner des soins à Louis-Philippe, à son arrivée à Hastings, après sa périlleuse évasion de France dans \m bateau de pèche, qui, on se le rappellera, le débarqua à Newhaven,

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