SAMEDI, 25 JUILLET
L'Empereur a adressé la proclamation suivante au peuple français :
Français,
Jl y a dans la vie des peuples des moments solennels où 1 honneur national, violemment excité, s'impose comme une force irrésistible,
— L\ll —
Jomiiic lous ]es inlcrèts et prend seul eu niaiiiri lu dircctiou des destinées de la patrie, l ne de ces heures décisives vient de sonner pour la l'runce. La Prusse, à qui nous avons témoigné, pendant et depuis la puerre de 1866, les dispositions les plus conciliantes, n'a tenu aucun compte de notre bon vouloir et de notre longanimiié. Lancée dans une voie d envahissement, elle a éveillé toutes les déliances, nécessjlé partout des armements exagérés, et fait de l'Europe un camp où régnent l'incertitude et la crainte du lendemain.
Un dernier incident est venu révéler riustabililé des rapports internationau.K et montrer toute la gravité de la situation. Kn présence des nouvelles prétentions de la Prusse, nos réclamations se sont fait entendre, l'allés ont été éludées et suivies de procédés dédaigneux. Notre pays en a ressenti une profonde irrilation, et aussitôt nu cri de guerre a retenti d'un bout de la France à l'autre. 11 ne nous reste plus qu'à confier nos destinées au sort des armes.
Nous ne faisons pas la guerre à rAllcmague, dont nous respectons l'indépendance. Nous faisons des vœux pour que les peuples qui composent la grande nationalité germanique disposent librement de leurs destinées.
(juant à nous, nous réclamons l'établissement d'un état de choses qui garantisse notre sécurité et assure l'avenir. Nous voulons conquérir une paix durablo, basée sur le.s vrais intérêts des peu])les, et faire cesser cet état précaire où toutes les nations emploient leurs ressources à s'armer les unes contre les autres.
Le glorieux drapeau que nous déployons (uicore une fois devant ceux qui nous provoquent est le même qui porta à travers l'Europe les idées civilisatrices de notre grande Révolution. 11 représente les mômes principes ; il inspirera les mêmes dévouements.
Français,
Je vais me mettre à la tète de cette vaillante armée qu'anime l'amour du devoir et de la patrie. Elle sait ce qu'elle viiut, car elle a vu dans les quatre parties du monde la victoire s'attacher à ses pas.
J'emmène mon fils avec moi, malgré son jeune âge. II suit quels sont les devoirs que sou nom lui impose, et il est lier de prendre sa part dans les dangers de ceux qui combattent pour la patrie.
Dieu bénira nos elï'orts. Un grand peuple qui défend une cause juste est invincible !
Napoléon.
Le "22 juillet, l'Empereur a reçu, à deux heures, le Corps législatif.
S. ExCc M. Schneider, président, a prononcé le discours suivant :
SniE, Le Corps législatif vient de terminer ses travaux. \\ a unanimement voté lous les subsides et toutes les lois qu'exigeait
^r- LXIIl
la déleiisc du pays, Lloiinuut ainsi un tcmoignajjc éclatant de son patriotisme.
S'il est vrai ((uc le véritable auteur de la guerre no soit pas celui qui la déclare, mais celui qui l'a rendue nécessaire, il n'y aura qu'une voix parmi les peuples des deux mondes pour en faire retomber la rcsponsaliilité sur la Prusse qui, enivrée par des succès inespérés, encouragée pur notre patience et par notre désir de conserver à IHurope les bienfaits de la paix, a cru pouvoir conspirer contre notre sécurité et porter atteinte à notre honneur.
Dans ces cas, la France sait remplir son devoir.
SlllE,.
Les vœux les plus ardents vous suivront à l'armée dont vous allez prendre le commandement, accompagné de Votre Fils qui, devançant les devoirs de son âge, apprendra, à vos côtés, comment on sert son pays.
Derrière vous, derrière notre armée habituée à porter si haut le drapeau de la France, toujours prête à la recruter, se tient debout la nation tout entière.
Remettez sans inquiétude la régence entre les mains de notre auguste Souveraine.
A l'autorité que lui assurent les grandes qualités qu'Elle a déjà déployées, l'Impératrice ajoutera la force que donnent les institutions libérales si glorieusement inaugurées par Votre Majesté.
Suit.
Le cœur de la nation est avec vous et avec notre vaillante armée.
L'Empereur a rt'poiidu :
Messieurs, j'éprouve une grande satisfaction, à la veille de mon départ pour l'armée, de pouvoir vous remercier du concours patriotique que vous avez donné à mon Gouvernement. Une guerre est légitime lorsqu'elle se fait avec l'assentiment du pays et l'approbation de ses représentants.
Vous avez bien raison de rappeler les paroles de Montesquieu : « Le véritable auteur de la guerre n'est pas celui qui la déclare, mais celui qui la rend nécessaire. »
Nous avons fait tout ce qui dépendait de nous pour l'éviter, et je puis dire que c'est la nation tout entière qui, dans son irrésistible élan, a dicté nos résolutions.
.Je vous confie, en partant, l'Impératrice, qui vous appellera autour d'FlIe, si les circonstances l'exigent. Elle saura remplir courageusement les devoirs que sa ]l0^ition lui impose.
J'emmène mon fils avec moi. Il apprendra, au milieu de l'armée, à servir s en p;A>.
llésolii à pour.^uiviT avec énergie la grande mission qui m'est confiée, j'ai foi dans le succès de nos armes ; car je sais que la France est debout derrière moi et que Dieu la protège!
Ces deux discours ont été souvent interrompus par d'unanimes et ( lialeureuses acclamations.
DIMAXCHE 2i JUILLET.
Décret déclarant close la session du Sénat ainsi que la session du Corps législatif.
Palais de Saint-Cloud, 23 juillet 1870.