LES ÉLECTIONS MUNICIPALES
On lit dans la Presse :
L'armistice, dont il a été question un instant, aurait eu pour objet de faciliter les élections pour une assemblée constituante et l'établissement d'un gouvernement régulier. Les exigences offensantes de l'ennemi ont rendu l'armistice impossible, en mettant à nu sa volonté de pousser la guerre à outrance. On peut doue prévoir l'ajournement forcé des élections pour une Constituante.
Il n'en est pas de même pour les élections municipales de Paris : tout porte à croire qu'elles auront lieu le jour primitivement fixé, c'esià-dire le 28 septembre. Il est donc urgent de s'y préparer. Plus les circonstances sont critiques et exceptionnelles, plus la ville de Paris a besoin de conseillers éclairés et expérimentés pour veiller à la bonne gestion de ses affaires.
Le décret de convocation des électeurs porte que le conseil se composera de quatre conseillers par arrondissement, élus au scrutin de liste; soit un total de quatre-vingts membres.
Il s'agit, dès à présent (et il n'y a pas de temps à perdre, puisque les électeurs sont convoqués pour mercredi prochain), de se demander sur qui doivent porter de préférence les choix des citoyens.
Eh bien ! nous croyons que les choix doivent porter avant tout sur des hommes éclairés, capables, expérimentés, familiers avec les affaires de la ville, lesquelles s'étendent à des intérêts multiples et compliqués ; en un mot, sur des hommes sachant déjà les questions qu'ils auront à débattre, et doués d'un bon et solide jugement.
Les élections du 28 septembre seront, comme toujours, pour les ambitieux, plus préoccupés du soin de se mettre en avant que de bien faire, l'occasion de solliciter les suffrages. Ces personnages, qui pullulent dans tous les temps, mais particulièrement aux époques difticiles et troublées, croient imperturbablement à leur infaillibilité propre et a leur génie personnel. Elus, ils porteraient, dans les délibérations du conseil, le produit des songes de leur imagination, les idées fantastiques qui éclosent dans leur cerveau comme les champignons dans les carrières.
Ce sont des candidats que les citoyens feront bien d'éliminer.
Les questions municipales sont surtout des questions d'affaires, hérissées de difficultés; il faut, pour les résoudre heureusement, savoir tenir compte des faits et de la situation que les faits imposent aux administrés.
Il y laiit doue de la lumière et de l'expérience autant qu'un dévouement sincère et entier à la chose publique.
Laitîsons donc Ce côte les utopistes et les sectaires. L'héritage efl'rayant que lègue à la République, en particulier à la ville de Paris, le Gouvernement déchu, montre aux yeux, les pins prévenus l'abime où peuvent conduire une nation des chefs nourris d'idéos fausses et des hommes qui n'ont jamais été inspin's que par le plus monstrueux égoïsme.
La mission d'un conseil municipal est principalement une œuvre do contrôle et d'examen. 11 faut s'assurer que les affaires sont fîiites comme elles doivent l'être. Ce sont des faits et des chilîres à vérifier.
L'administration a pour elle les devoirs périlleux de l'initiative ; le conseil est institué pour examiner les actes dérivant de cette initiative, et s'assurer de la valeur et des moyens d'exécution, en môme temps que des résultats obtenus . C'est là le motif sérieux qui doit faire exclure les utopistes, et en général tout individu qui veut, à tout prix, imposer ses idées, sans se préoccuper des faits et de la réalité. Ce qui caractérise le sectaire ou l'utopiste, ce qui le rend dangereux pour la chose publique, c'est qu'il n'est, au fond, qu'un absolutiste déguisé, quelle que soit la cocarde qu'il porte et qu'il affiche. Ces hommes-la perdent tout ce à quoi ils touchent.
L'expérience du passé doit nous servir; nous en payons les leçons assez cher. Les citoyens de Paris feront bien de les méditer s'ils veulent résolument mettre fin à des abus vivaces et porter remède à la situation de la capitale, si terriblement obérée par les agissements de l'administration impériale.
S'il ne faut pas, dans le conseil, des utopistes ni des sectaires, il ne faut pas davantage des complaisants pour le pouvoir, de quelque nom que l'on pare cette complaisance. Les administrations, en tout temps, sont portées à considérer comme des adver.saires quiconque veut contrôler de trop près leur gestion. C'est un mal qui est dans la nature humaine. 11 faut savoir y obvier par le choix d'hommes indépendants autant qu'éclairés.
On se souvient involontairement, à ce sujet, de l'objection que fit M. Haussmann, il y a quelques années, à la nomination de M. Tliayer. un ancien directeur des postes, comme membre de la commission municipale. M. Tliayer était un homme capable, bienfaisant, très-dévoué à l'Empire. Le maître trouvait tout simple do le nommer. « .Non pas. répliqua M. Haussmann, il serait gênant! » Gênant! voilà le grand mot, la grande objection des administrations.
La politique, surtout en ce moment, et il serait oiseux de l'oublier ou de se le dissimuler, la politique aura forcément sa part dans la détermination des choix que feront les citoyens. C'est inévitable. Mais il sera bon que les électeurs, tout en préférant les adhérents à leurs
opinions, ne se laissent pas influencer outre mesure par les considérations de cet ordre. II y a des hommes peu passionnés pour les choses de la politique, dont la place est néanmoins marquée au conseil de la ville de Paris. C'est aux électeurs de savoir les trouver et de les désigner eux-mêmes.
La politique ne doit être ici qu'une considération secondaire. La politique, disons-le-nous bien, est surtout l'affaire du Gouvernement, l'affaire de la nation tout entière, et non d'une ville, fiit-elle la capitale du pays.
C'est dans cet esprit que nous espérons que les élections municipales de Paris s'accompliront. La politique se résume aujourd'hui dans le grand et suprême devoir de la défense nationale. Les Parisiens sont en train, sous ce rapport, de donner énergiquement l'exemple au reste de la France. Que Paris, dans les élections municipales,^ donne pareillement l'exemple de bons choix, et nos affaires générales elles-mêmes s'en trouveront bien.