ARTICLE DU DAILY TELEGRAPH SUR NA1>0LE0N III
Le Daily telegraph a publié l'article suivant, qui a t'ait une certaine impression en Angleterre :
Napoléon 111 comprenait ce que pou de Français coniprenueuf, les sentiments et les voeux des autres nations. II devinait et concevait les susceptibilités anglaises. Il sympathisait avec la nationalité italienne. Il n'intervint pas dans les affaires de l'Espagne en révolution. Il encouragea même M. de Bismarck à achever Funilication de l'Allemagne, .^a philosophie savait allier les aspirations de Palmerston, de Cavour, de Bismarck et de l'rim avec la vanité française. Son attitude favorite était celle d'un « modérateur, » d'un médiateur entre M. de Bismarck et la France, si aisément provoquable, si facilement irritable.
Il disait en fait et presque en paroles à M. de Bismarck : « Oui, battez l'Autriche, agrandissez la Prusse, unissez PAllemagne : je trouve cela naturel : mais la France se plaindra. Pour me mettre à même de faire en sorte qu'elle se tienne tranquille, donnez-moi quelque chose, une espèce de compensation, un lambeau de territoire. > C'est ainsi qu'il fit accepter à la France l'unification de l'Italie; mais le roi Guillaume ne se montra pas d'aussi bonne composition que Victor-Emmanuel, et le modérateur impérial se vit forcé de conduire la France surexcitée à une guerre folle.
Bientôt nous vîmes l'étrange et triste spectacle d'uu empereur malade, entouré de généraux incapables, dirigeant une armée non préparée et non encore organisée de cinq cent mille hommes, contre un million — réserve et tout compris — de Prussiens bien préparés, menés comme une seule et unique machine par le grand esprit de Moltke. valeureusement inspirés par la présence de leurs princes, animés par le sentiment de leur nationalité, et certains, dès la première rencontre, d'un glorieux succès.
Le contraste était profond de toute manière. C'était l'Allemagne unie en présence de la France en désarroi. Le roi Guillaume pouvait en toute sécurité quitter Berlin sans y laisser une seule sentinelle; l'empereur.
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lui, devait laisser un corps considérable de troupes tenir garnison dans Paris; il craignait d'armer la garde mobile de la capitale.
La Prusse était adininistrOo depuis des années par des liommes spéciaux. honnêtes, consciencieux et rigides, tandis que la France, avec son « gouvernement personnel » relègue dans une chambre de malade, se trouvait à la merci de fonctionnaires corrompus et de voleurs décorés, qui précédèrent les Prussiens dans le pillage des ressources du pays. Kt tout cela est dû au « système » français, qui n'était pas un système, mais un homme. Napoléon s'étant retiré, l'administration est tombée entre les mains d'un entourage méprisable par son incapacité et ses vices, tandis que les hommes capables et honnêtes se tenaient éloignés de l'auteur du coup d'Ktat. Ce fut la punition de cet acte injustifiable. 1/orgueil de Napoléon 111 était de sauver la France seul; mais il dut subir les conséquences de su faute jusqu'à la fin de sa carrière politique : les hommes les plus intègres le laissèrent seul. Ils ont eu leur revanche. Pour nous autres. Anglais, nous assistons avec regret à la chute d'un homn.e illustre . et nous ne saurions oublier que son amitié pour l'Angleterre et les Anglais, et sa ferme alliance politique avec notre pays lui ont mérité, pour l'iieure de l'infortune, notre sincère sympathie.