I. Ce pauvre peuple fut induit en grande erreur, car
bien, à la vérité, luy et les siens ne parloient que de venir aux mains, si ne se monstroient ilz pas pourtant universellement eschauffez à vouloir combattre, comme le bruit en estoit jà respandu et industrieusement fomenté dans la ville. Comme, de faict, il ne se remarquoit aulcuns préparatifs de leur part, pour passer plus avant
à ce moment Tarmée d'Henri a estoit la plus belle
(( armée qui se soit veue de longtemps en France. »
Elle comptait 18,000 fantassins^ dont 6,000 étrangers;
6,000 chevaux, dont 4,000 a gentilshommes françois,
(( et des meilleures maisons de la France »; il y avait
6 princes, z maréchaux, etc. « Le duc de Parme gaigna
« un costau pour la recognoistre, et, l'ayant veue, il
(( se trouva estonné, et se retourna vers le duc de
« Mayenne, luy disant : « Ce n'est pas là ceste armée • r^^
« de dix mil hommes que vous me disiez, car j'en voy
c( là comparoistre plus de vingt cinq mil en bonne or*
tt donnance. » {Chronologie novénaire^ liv. II, p. 267.)
C'est, au reste, ce qui explique l'immobilité du duc de Parme , que notre chroniqueur constate plus loin.
Corneio (p. 52) convient qu'Henri avait avec lui un peu plus de vingt mille hommes; mais il ajoute : a Ils a estoyent si mal équipez et avoyent si peu d'argent a que la plus grand part estoyent quasi tous nuds, sans (( chemise, sans chapeaux, soulliers, mal armez; leurs « chevaux harassez et mal équippez, avec plusieurs u autres incommoditez qui s'endurent en un siège, n
que les lieux qu'ilz tenoient occupez pour cuider barrer le passage à nostre armée.
On demeura doncques toute la journée du vingtneufviesme en ces angoisses et perplexitez, desquelles finalement par la divine bonté et intercession de la glorieuse Vierge nous fusmes délivrez la nuict suivante. Car ceux qui tenoient les fauxbourgs ayant reçu exprès commandement de leur chef qu'ilz eussent à se joindre en toute diligence au reste de ses forces, ilz en deslogèrent en si grande haste qu'ilz n'eurent le loisir d'emporter tous leurs vivres et bagages. Leur partement donc venant à se publier sur le point du jour, xxx® du mois auquel rÉglise Catholique célèbre la feste de saint Félix, jour vrayment plein de félicité pour la ville de Paris, noz soldatz, suivis d'une multitude infinie de peuple, sortirent pour recognoistre ce butin et les logis aban* donnez^ apportans dans la ville le bagage, hardes et vivres que Tennemy y avoit laissés. Et plusieurs d'iceux, donnant jusques aux vignes et villages prochains, en rapportoient des raisins, du bled, du pain, des
PAR HENRI lY. 247
œufs, de la volaille et autres vivres; npn pas à la vérité sans quelque dommage, y ayant esté tué par les coureurs de T^nnemy environ une vingtaine de ceux qui, s'hazafr^-^ dans plus que les autres , s'estpient iiadisr. crettement esloignez plus avant; qu'iiz n^, debvoient. Tant est que de tous les autre?
qui sortirent, et Ton faict estât qu'ilz exp^-? doient le nombre de dix mille, personne ii^, revenoit sans apporter quelque çorte de yi-, vres.. Chose qui servit grandement è rejnetT; tre les forces aux pauvres citoyens de cette, ville, qui estoient à demy morts. . : . ,
Et qui redoubla encores leur consolation fut que le mesme jour arriva adviz certewpi que le sieur de la Motte* estoit arrivé à Meaux dès le xxvij® du mesme, avecque?,tpute3.les forces d'artillerie, munition$ et bagages de- Son Altesse, qui, partant, avoit commancé de s'advancer à rencontre de Tennemy <Jès
I. Valentin de Pardieu de la Motte, qui commandait l'arrière- garde. Il était, dit Corneio, « gouverneur de a la ville de Gravelline, et capitaine des meilleures et « plus vieilles bandes que le Roy d'Espaigne eut a son a service. »
248 SliGB DE PARIS
le xxa®, et par un brave stratagème luy avoit jà enlevé les passages de Claye, où il pensoit pouvoir acculer nostre armée pour quelques jours*. Et ce fut la cause pourquoy il feit desloger si hastivement ceux qui estoient dans les faulxbourgs , afin de s'en pouvoir servir à la défence de quelques autres passages , et les avoir plus en main au cas qu'il fallut venir à une bataille. Le duc de Nemours et les magistratz, saisis d'une doulce allégresse par ces bons commancemens d'eflfectz et d'espérances, prièrent Messieurs de Nostre Dame en vouloir chanter solemnellement dès le mesme soir le Te Deum. Mais en ayant esté communiqué avec Monseigneur le Légat, il luy sembla estre encore trop tost, et qu'il valloit mieux différer à ce faire jusques à quelque plus heureux succez. Ce qu'attendant, on ne laisseroit pourtant de faire chanter
I. Cette petite affaire de Claye est racontée tout au long par Henri lui-même, dans une lettre qu'il adressa, le 5 septembre, au duc de Montpensier. (Voyez J5erg€r de Xivrey^ III, 245.)
autres actions de grâces; continuant tous* jours les prières et processions accoustumées qui, dès la mesme matinée, se virent renforcées par l'assistance et très grande dévotion du peuple, tant en T église cathédrale* qu'es autres parroisses de la ville.
Suivant ce conseil , Monsieur de Nemours et les magistratz, suiviz de grand nombre de gendarmerie et d'une infinie multitude de peuple de toutes qualitez, convoqués par le son des closches , à Taccoustumée , vindrent rendre grâces à Dieu en ladicte église en grande solemnité et dévotion, et se trouva encores à ce mesme effect Monseigneur le Légaj.
Les deux jours ensuivant, dernier d' Aoust et premier de Septembre , chacun pensa à
I. (( Monsieur le légat, avec Monseigneur de'Ne- « mours, les autres Seigneurs et la plus grande partie « du peuple, allèrent le mesme jour à la grande église, « où se fit, pour rendre grâces à Dieu, une solemnelie « procession, chanter le Te Deum. })(Corneio, p. 54.)
« Le Te Deunt fut chanté en actions de grâces, et le « prescheur Panigarole fît un brief discours sur la « liberté que Dieu venoit de rendre à la ville. » (Lestoile^ 3o août.)
25o ' SiéûE DE PARIS
se pourvoir de vivres, ce qui se feit avec tant de seing et diligence que le rubio de Wed qui s'estoit vendu, le soir du xxix®, presque trois cens escus, se donna le dernier du mesme pour cinquante escus. Et comme après plusieurs charges tant d'homme que de cheval qui s'y couloient à la file, on veid arriver tout à coup, soubz Tescorte et conduicte du capitaine Jacques de Ferrare^ cent cinquante muidz de bled qui font 900 rubii de Rome conduictz par ceux de Dourdan S lieu appartenant au duc de Nemours, et avec cela 3oo vaches et plusieurs autres sortes de victuailles que Son Excellence y avoit faict préparer de longue main à ce mesme efFect : toutes choses en im moment revindrent à si raisonnable prix au
1. « Aussi tost que le roy eut retiré son infanterie a des fauxbourgs de Paris du costé de TUniversité, qui « fut le trentiesme d'aoust, le capitaine Jacques, Fer- {( rarôis, qui commandoit dans Dourdan pour l'Union, (( fut le premier qui, le lendemain matin, amena à « Paris par la porte Sainct Jacques une grande quana tité de vivres. » (Chronologie novénaire^ liv. II,
regard de ce qu'elles avoient esté, que le bled ne fut vendu le mesme soir qu'à raison de trente six'escus le rubio. Si que Ton veid sensiblement et à Fœil le mesme miracle que le prophète Elisée prophétiza jadis au peuple de Samarie, au grand contentement et allégresse d'un chacun, et notamment de ces bons prédicateurs, qui durant tout le siège, avec tant de zelle et asseurance. Tavoient aussy presché voire promis au peuple en sa plus grande affliction. Ce mesme, suject fut encores par eux continué en leurs prédications du dimanche iij® de septembre^ avec telle piété et affection qu'ilz en excir toient les larmes à la pluspart des assistansj Et ce pendant que la ville commançoit à gouster les premiers fruictz de ces bons effectz, tout de mesme s'augmentoit encores Tespérance de mieux pour Tadvenîr, au moien des advis qui arrivoient de nostre armée que les troupes des ducs de Parme et de Mayenne faisoient asseurément, en tout, le nombre de vingt sept mille hommes de pied, et environ sept mil chevaux ; tous braves soldatz au reste et très bien équipez- -
252 siège' DE PARIS
L'avantgarde conduicte, selon que Son Altesse Favoit disposé, par Monsieur le duc d' Aumale et le sieur de la Chastre ; le corps de l'armée par Son Altesse mesme, avec Monseigneur de Mayenne ; et Tarrièregarde par le sieur de Chaligny, frère de Monsieur le duc de Mercueur, avec le sieur de Saint- Paul ; et qu'en ceste ordonnance ilz approchoient de Tennemy qui leur estoit contre, avec seize mil hommes de pied et quelque quatre mil et cinq cens chevaux^ qui estoient en somme les plus grandes forces qu'il eust pu assembler en son présent estât ; qu'il y avoit grande apparence que ce mesme jour se deust donner Iji bataille, ne se voiant aulcun moien qu'il la peust éviter.
Et^ partant, le duc de Nemours après avoir mis bon ordre à la ville, affin de pouvoir faire une sortye si l'occasion s'en présentoit, il sortit luy mesme, accompagné d'environ cent chevaux, pour aller prendre langue et s'esclaircir de la vérité de l'adviz qu'il avoit reçu que les armées n'estoient qu'à trois lieues de la ville. Laquelle de faict demeura en cette oppinion tout le premier
et second jour de septembre. Mais le iij^ on entendit par lettres de Monseigneur de Mayenne addressantes à mondict sieur de Nemours , et par autre voye ehcores, que, combien que les deux armées ne fussent esloignées Tune de Taultre que d'une demye lieue ou environ, Son Altesse et luy estant logez despuîs Clays jusques à Pompone, parmy les villages qui sont presque à la veue de Làgny, et Tennemy à Chelles et autres lieux d'alentour, s'estendant le long de la rivière de Marne, quasi jusques au pont Charenton, lieux distans de Paris de trois, quatre et cinq lieues au plus : toutesfois Son Altesse ayant entendu que Tennemy estoit deslogé des faulxbourgs et que la ville avoit reçu quelques rafraischissements de vivres, dont il avoit encores de sa part toute commodité à cause des provinces amies et très fertiles qui le costoient, et avec cela une armée toute fresche et gaillarde en teste d'un ennemy dont les forces estoient beaucoup moindres en nombre, toutes lasses et harassées, malades pour la pluspart, et presque affamées, pour estre logées en un endroict
OÙ elles mesmes avoient donné le dégast durant tout le temps du siège, et qui difficilement pouvoient recouvrer vivres des lieux plus esloignez, tant à cause de Textrême nécessité d'argent où Tennemy se voioit réduict , qui est Tunique moyen d'attirer les vivres et vivandiers en ime armée, que poxirce que presque toutes les villes et provinces dont il les pouvoit espérer, assçavoir despuis Lagny sur Marne et Monthereau sur Seine, estoient occupées et à la dévotion des Catholiques, et partant n'avoient garde de leur en fournir. Joinct que Son Altesse mesme tenoit desjà les passages, du costé de la Brie et autres endroictz circonvoisins, tellement bouclez qu'ilz commançoient déjà d'en avoir très grande nécessité. Pour ces causes, elle s'estoit résolue ne le combattre, sinon avec les mesmes armes qu'il avoit combattu Paris, c'est assavoir avec la faim, le malaise et une continuelle inquiétude de faulses alarmes et escarmouches , s'asseurant de le pouvoir deffaire en peu de jours par cette voye, bien plus seurement que par le haaard d'une bataille non nécessaire;
Ainsy exhortoit Monseigneur de Mayenne mondict sieur de Nemours d'avoir tousjours Toeil au ravitaillement de Paris, et se tint joyeux au reste, et asseuré qu'en brief avec Taide de Dieu s'ensuivroit Tentière délivrance de la ville , avec la liberté du commerce sur les rivières. Et quand bien mesme Tennemy voudroit prendre résolution de desloger, on se trouveroit en ce cas si à propos à sa queue qu'il pourroit estre deffaict avec pareil adventage et seureté.
Cette résolution estoit approuvée par les gens d'entendement « Mais beaucoup plus estoit agréable à tous universellement et au menu peuple en particulier, qui n'estoit encores bien guéry de la faim, de veoir que, nonobstant que tous les chemins d'alentour fussent tous plains d'un tas de voleurs plustost que soldatz, qui par leurs rançonnéments, voUeries, extorsions et meurtres, empeschoient le commerce du costé d'Orléans, Dreux, Chartres et Dourdan, et que I le capitaine Jacques à son retour eust mesme esté contrainct de combattre polir eschapper de leurs mains les vivres i pour tout cela^ ne
256 SiéGB DE PARIS
laissoîent d'y arriver de toutes partz. Et de faict le mesme jour du dimanche susdict, y entrèrent douze cens rubii de grain, deux mille moutons, aultant de pourceaux, cinq cens vaches et très grande quantité de volaille, de pain, fruictages, œufs et beurre, qui venoient de la ville de Chartres et environs*, envoyez par le seigneur de la Bourdaisière, gouverneur d'icelle, soubz la conduicte et escorte du sieur de Peschère son lieutenant, suivant ce qui luy en avoit esté escript, tant de la part de Monseigneur le Légat que de Monsieur de Nemours.
Après ce convoy de Chartres suivoit celluy de Dreux, conduisant grande quantité de grains, bœufs, vaches et moutons de leur creu. Ensemble plusieurs sortes de salins, sucre, espiceries et autres drogues, que ceux de Rouen envoyoient soubz la mesme escorte. Mais, soit que le malheur en voulust à ceux de Dreux, soit qu'ilz fussent plus
I. « Il y arriva encores milcharettes pleines de bled, « qui furent amenées de devers Chartres. » {Chrono* « logie novénaire, liy. II, p. 269.)
foîbles ou moins accortz que ceux de Chartres, ayant esté rencontrez par les garnisons de Mantes et Meulan, qui leur avoient dressé une forte embuscade, ilz furent contrainctz se retirer avec toutes leurs provisions dans le prieuré de Saint Gir. Où estant assiégez et le feu mis par Fennemy aux logis dudict prieuré, bonne partie d'icelles furent bruslées, et les personnes s'estant rendues à discrétion furent tirées des flammes et conduictes dans les prisons de Mantes et Meulan.
Cette nouvelle, arrivée à Paris le septiesme du mesme, le peuple qui attendoit en bonne dévotion l'arrivée de ce convoy en fut grandement troublé, tant pour l'importance de la perte en soy, que pour la conséquence et la fraieur que tel inconvénient causa en plusieurs des autres circonvoisins, qui n'osèrent plus se mettre en chemin. Et notamment que le bruict du butin avoit tellement accreu le nombre des volleurs qu'ilz courroient, par manière de dire, jusques aux portes de Paris où, pour cette occasion, n'estoient entrez aulcuns vivres
a $8 SIÉ6B DE PÀBIS
pour tout le sbdesme et septiesme dudict mois. Et ceux qui les jours précédentz y estcueat arrivez, tout ainsy qu'ua peu d'eau jette sur un grand monceau de- chaux vivie, avoie^t esté consominez et engloutie par ce pauvre peuple affamé. De telle sorte qu'il n'app^oissoit quasi plus aulcun vestige de rafireschissement, au moins pour les plus petitz^ tant les places et mardiez se trou-»
voient yuides de toutes sortes de vivres et provisions. Âinsy renchérissoient de nou* veau toutes choses, et le vin notamment, rhuile^ 1q bois, le foin et avoyne, dont la ville n'avoit encores recçu aulcun rafreschissement, si qu'il ne s'en pouvoit recouvrer pour argent. Que s'il se trouvoit encores quelque peu de vin à vendre, il se vendoit à raison de cent quarante escus la botte, par* lant à la façon romaine*
Cependant, on n'avoit [rien] entendu ces deux jours là de nostre armée, sinon par adventure, que l'eanemy estoit aussy en grande nécessité de vivres. Chose qui apportast beaucoup de. consolation à ce peuple, qili attendoit à toute heure et desjâ
PAR HENRI lY, 23^
avec quelque impatience, la nouvelle de r entière délivrance des rivières .
Mais sur le soir de la veille de la nativité de Nostre Dame, Dieu nous voulut donner quelque consolation aux pertes sus mentionnées, par le certain adviz qui arriva de la prise de Lagny, biattu, assailly et valheureusenient emporté âU premier assault, le sixiesme du mésme ^, par Monseigneur de Mayenne en face de toute Tarmée eftnemyé, ayant esté repoussé à sa grande honte et dommage le secours qu'il prétendoit y faire entrer, et mis au fil de Tespée environ mîlie soldatz huguenotz qui, commande* par le
I . D'après Palma Cayet, c'est le 7 septembre qu'eut lieu la prise de Lagny.
Il y avait sept jours que les armées étaient en -pté» sence, sans qu'Henri pût déterminer le duc de Mayenne à livrer bataille,
Lagny^ situé à une demi^lieue seulement du camp de Mayenne, fut pris avant que le roi eût pu le secourir^ u le vent estoit tellement tourné, et le brouillard si a grand et espais, que les coups de canon ne s'enten-^ « dolent pas. » La ville fut attaquée à la pointe du jour, et très-bravement défendue par le sieur de la Fin- Elle ne renfermait que Soo hommes; on les massacra et la place fut aussitôt démantelée.
26o SIÈGE Vm PAKIS
sieur de la Fin, se disant catholique et gouverneur de ladicte ville, s'estoient vainement opiniastrez à la défance d'iœlle ^
Cette prise, eu esgard au temps, à la manière et autres circonstances d'icelle, et à la qualité mesme et importance de la place, comme elle accreu beaucoup la réputation et courage des nostres, aussy diminua elle fort le crédit et hardiesse des ennemis.
D'aultant qu'une si notable et qualifiée perte ne pouVoit engendrer entre eux que beaucoup de confusion et désordre, accom-
1 . « Ils feirent mettre sept pièces de canon devant la « ville, qui la battirent le vendredy, veille de Nostre « Dame de Septembre, depuis le matin jusques à midy ; « et par un pont de batteaux qu'ils avoyent Êiict faire a un peu au dessoubs, ils feirent donner Tassant. Le « Roy de Navarre les pensa secourir avec quelque (( cavallerie et un régiment de gens de pied, mais la « plus grande partie d'iceux fut mise en pièces par
«'quelques gens du Prince de Parme Et meirent au
« Âl de l'espée tous les soldats qui y estoyent, jusques (( à six cens, et le gouverneur de la ville, nommé le « sieur de la Fin, prisonnier, et bien cent autres, tant u capitaines que gentils hommes. » (Corneio, p. 55 et 56.)
Beauvais de la Fin, confident de Biron, et qui le trahit douze ans après.
pagné d'une juste craincte qu'il n'en peust arriver de mesme aux autres places qu'ilz tenoient, au cas que les nostres s'y vinssent présenter avec leur canon et la même résolution. Joinct qu'en leur armée s'augmentoit tousjours de plus en plus la difficulté des vivres, et de nostre part au contraire commançoit à se faciliter l'espérance de l'entière et prochaine ouverture du commerce sur la rivière de Marne ; n'y restant d'autre empeschement que celluy de Conflans, que l'ennemy avoit renforcé de garnison, après avoir rompu le pont qu'il y avoit faict dresser, et abandonné tout à faict celluy de Charenton. Et ces nouvelles se rendoient encores d'aultant plus agréables que, par mesme moyen, on estoit faict certain que Son Altesse demeurant tousjours retranché en son premier logis de Pompone, en attendant quelle résolution prendroit l'ennemy qui , pareillement retranché , gardoit tousjours son logis de Chelles.
Monseigneur de Mayenne ce pendant avoit passé la Marne, et entrant avec partie de ses gens en la Brie, s'estoit venu camper
%62 SIÉQE m PAU8
à la pointe d^icelle, à l^endroict où se joinct la Marne avec Seine, pour d'auliant plus près et avec plus grande seureté luy re^' trancher tousjours la commodité des Vivres^ : luy empescher la résolution de desloger et.
le moien de secourir les places qu'il tenoit sur ladîcte rivière de Seine^ qui jà estoient sommées de la part de Monseigneur de Mayenne, et notamment Corbeiîet Melun.
Mais ceiuc des habitans qui n'avoient de quoy vivre, ne se pouvant nourrir de telles . nouvelles, sortoieni à la ûle en très grand nombre y et notamment les meilleurs arti-* .
sans, qui tië pouvans résister à Tettrême cherté de toutes choses pour n^avoir de:
quoy s'emploier comme ilz souloient, se ; voians au reste bien arme^, sans considérer le danger où ilz se mettoîent^de tomber entre. : les mains de reniiemy, qui de faict en at-:
trapoit tousjours quelqu'un^ ilz s'en alloient: chercher ailleurs leur vie par le moien de leur art ou de leurs armes. Et soubz ce prér texte non seulement honneste, mais nécessaire et forcé, la ville peu à peu venoit à se despeupler et désarmer tout ensemble. Out
tre Vptàfème foiblesse et langueur où éile > estoit réduicte à cause de l'încroiable quàn* tité des maladies de toutes sortes et condi*tLons de personnes, dont' bien peu reâdiappaient : les uns se mourans de pauvreté et ; langueur, les autres de ôebvre maligne, flux ■ die ventre çt disentérie, maladies podr lors très fréquentes *i Et c'est pourquoy la diligence qu'on avoit accoustumé • d^apporter' anlL gardes et sentinelles se trouvoit merveilleusement refroidie, bien peu de personnes y vouians assister. Et encores estoient ceux qui fe'y présentoient pour" lors des moins habiles à telles factions. N^li^ence qui s'augmenta encores sur les derniers .
jours, quand la ville se tenant comme asseurée de tout danger et des effortz de l'ennemy si harassé çt confus qu'il a esté dict cy dessus^ fet de âoubz la faveur et protection des prochaine^ et victorieuses forces des
1 . « Ces misères et calamitez furent suyvies de plu- (( sieurs maladies^ entre autres d'enfleures, dont tous « les pauvres estoyent tourmentez, comme Thydro- ((^pisie. Mais la médecine qu'ils y faisoyent estoit la a patience. » (Corneio, p. 49.)
ducs de Parme et de Mayenne, elle laissa sortir plus de mille de ses meilleurs harquâbusiersy pour aller au devant de quelques vivres et provisions qu'on attendoit de Chartres.
Toutes ces choses (dont Tennemy estoit bien adverty) l'invitèrent à retenter le nouveau desseing dont sera parlé cy après. Lequel sans faulte eust réussy à son désir, au très grand dommage et peu d'honneur de ceux à la garde desquelz elle estoit commise, si par la grâce de Dieu et vigilance du duc de Nemours, l'entreprise n'eust esté descouverte et heureusement repoussée.
Mesures prises dans la crainte d'une attaque de Henri. — Il paraît devant la ville et entreprend d'escalader les murailles au faubourg Saint-Victor. — . Il est repoussé et abandonne le cours de la Marne. — Intrépidité d'un bourgeois de Paris. — > Énumération des sept tentatives faites par Henri contre la ville depuis l'année précédente. — Réflexions morales de Tauteur.
L'ennemy doncques se voyant pressé de desloger, tant par la nécessité et disette de vivres que par les maladies qui luy ruinoient toute son armée, de laquelle mesme plusieurs se desbandoient, il la feit toute desloger, la nuict du neufviesme dudict mois, avec tous ses bagages, la pluspart prenans la route de Sainct Denis -, et
366 SléOE DE PARIS
çpjf te plus secrettenoent et cautement qu'il luy fut possible, pour n'estre descouvert de : Son Altesse. Et ayant faict passer les plus dispoz du reste de ses gens, tant de pied que de cheval^ par le pont qu'à cest efifect. il avoit faict dresser à Conâans, et lequel . tout incontînant après, il fait brusler, pour par ce moien estre à couvert du costé de Son Altesse, comme aussi il se voioit en seureté pour le regard de Monseigneur de Mayenne, à cause de la nature et assiette d^s lieux : il se résolut pour se revencher de la perte de Lagny et destoumer les des- :
seings de Monseigneur de Mayenoe, de venir présenter Tescalade à Paris^ espérant par ce moyen la surprendre et saccager.
Mais comme Monsieur de Nemours eust desccravert le )our précédant quelque chose de ses desseins, et «n temps si opportun , qu- il eut tout loisir d'en advertir ceux des habitans qu'il jugea estre à propoz ) leur faisant commandement de se tenir prestz et se trouver avec leurs armes au premier son du tocquesaiui, seion leur départemens, soit : en leurs corps de garde ordinaire, ou sur la
PAtl H^Rl IV. i&J
rturaille. Usant au reste d'tifte diligence et prudence incroiable, non seulement pour' asséurer tous les endroictz plus suspectz de Tenceinte des murailles, ne sfçacl^ant en quelle part l'ennemy pourroit dresser sc»i eiFort, mais aussy pour contenir en devoir' les Politiques du dedans; s'estarit réservé la défence des Tournelles que chacun ju^ geoit estre le plus dangereux endroict de la^ ville.
Etant doncques retournez les espies qu'il ' avoit envoyez pour dèscouvrir quelle route' p'rendroît rennéfny, et luy ajrant rapporté ' qu'il tournoit testé vers la ville, il feit donner Talarme au sonidu tocquesain survies unze heures de la nuict^ Et par ainsy tous .
ceux- qui, comme dict est, avoicntestépfévenuz: ne:^illirent de se trouver à ia garde deSi lieux qui leur avoient esté assignez. Et . Teimemy se serttant descouVeart> s'esloi*- .
gnant de la ville faisoit contenance de tirer vers Corbeil, quoy qu'lassez lentement, se^.
Ion qu'on lepouvoit juger en Tobscurité de la nuict, qui estoit pour lors fort calme et seraiïie. ' ■
Le peuple ce pendant qui estimoit, luy voîant prendre ce chemin, ou que ce n'avoit esté son dessein de rien entreprendre sur la ville, ou que se voiant descouvert il ne s'y amuseroit davantage, commança d'abandonner la muraille et se retira peu à peu chascun en sa maison. Mais s'estant eslevé un brouillar fort espais sur une heure après minuict, Tennemy se cuidant prévaloir de cette occurrence rebrossa vers Paris, et se feit recognoistre en divers endroictz d'alentour ai; moien du bruict qu'il y faisoit tout exprès. Mais il ne feit pas de mesme à l'endroit qui est entre la porte de Sainct Jacques et celle de Sainct Marcel, que l'on nomme la tour ou porte papale^,
I. Elle dépendait de Tabbaye de Sainte-Geneviève, dont elle porta longtemps le nom. (Voy. la Taille de Paris en 1292.) L'abbé Lebeuf (I, 386) et Jaillot (quartier Saint' Benoît, p. 88) pensent qu'elle fut ouverte en 1147 pour faire honneur au pape Eugène III, lorsqu'il vint visiter le couvent. Mais elle aurait alors été percée dans les murs mêmes de l'abbaye et non dans ceux de la ville, qui n'étaient pas encore construits. Il faut donc supposer que, plus tard, on transféra ce nom à la porte de la ville qui se trouva la plus voisine. Elle
qui respond dans le jardin de Tabaye de Saincte Geneviefve, où il avoit desseignéde planter son escalade*, comme estant l'un des moins suspectz endroictz de la ville, tant à cause de la profondeur des fossez, que pour aultant qu'il falloit nécessairement porter une aultre eschelle en montant pour pouvoir descendre dans la ville. Et partant, l'alarme estant donnée pour la seconde fois* au son du mesme tocquesain, chacun accourut de rechef aux armes et se rendit au lieu de son département. Mais non pas si gaillardement, ny avec telle promptitude que la première fois, tant à cause qu^ l'événement d'icelle les avoit ren-
fut murée de très-bonne heure, et le plan de Gomboust (i65o) la désigne ainsi : Porte papale murée. C'est par erreur que le plan de Mérian (161 5) la fait aboutira une rue; celle-ci n'a jamais existé, mais peut-être euton, vers cette époque, l'intention de continuer la rue des Sept- Vo tes j usque-là .
1 . Henri avait même l'intention de se fortifier dans Tabbaye, s'il parvenait à s'en emparer. (Voy. la Chronologie novénaire^ liv. II, p. 268.)
2. L'attaque eut lieu vers deux heures du matin. (JLestoile, 10 septembre.)
dus comme incréduks^ que pour les divers bruictz qui courroient par la ville touchant l'endroit où Ton disoit Tennemy s'estre faict parroistre» Tellement qu'ilz demeuroient tous perplei:, sfuis savoir où \\t se debvoient rendre pour le plus nécessaire, Joinct que les tocquesains venahs à redou* bler, et à s'espandre quant et quant un autre bruict que Tennemy estoit dedans, sans particulariser par où ny comment il estoit entré, chacun se trouvoit plus prompt à se \retirer au corps de garde de son quartier qu'à se ranger sur les murailles.
Le Père provincial des Jésuites, accompagné de six autres de la mesme compagnie armez de quelques hallebardes, s'estoit transporté à la première allarme vers la susdicte tour papale, comme au lieu qui avoit esté assigné à la garde de son quartier. Il y retourna à la seconde, mais n'y entendant aulcun bruict, comme à la vérité cest endroict ôstoit des moins suspectz, ainsy que notis avons dict cy dessus, y laissant lesdictz Pères qui estoient avec luy, en compagnie de quelques bourgeois du
PAR HE^OdrXV* 271
quartier qui «jy trouvèrent aussy^ mais, en fort petit nom^re^ i^ retovunoa en ville pour y prendre langue plus certaine sur le bruidt qui courolt touchant rentrée de rengnemy.
Or ce pendant que partie des «ennemis faisoit bruict et donnoit l'alarme -en plûr sieurs endroictz de» la ville, les autres vindrenit en grand silence gaigner les faulxbourgs de Sainct Victor^ et de là ^ coulèrent tout doulcement dans les fossez de la ville, comme ilz sont fort propres et conti- . guz audicts faulxbourgs. Et ainsy ayant eu le loisir de planter en cest endroit là sept ou huict eschelles, ils feirent leur effort pour y entrer. Mais Tun de ces bons Pères* ayant apperçu le bout de Tune des eschelles tout aussytost qu'elle fut plantée, il se prit à crier le plus haultement qu'il peust:
« Aux armes ! aux armes ! c'est icy que l'ennemy a posé son escalade !» A ce cry accoururent quelques bourgeois^ et s'efforcèrent d'abattre avec leurs hallebardes ladicte
I. De Thou semble douter un peu du courage de cea bons Pèfts. (Voy; lib. XCIX.)
eschelle desjà toute chargée de soldatz, et si fermement accrochée qu'il n'estoit en leur puissance la renverser. Le bruict doncques et les cris se redoublans en icelle part, et iceux venans à se respandre incontinant par la ville, il s'y trouva tout soudain un très grand nombre de bons citoyens, chacun desquelz s'emploioit à repousser Tennemy du mieux qu'il luy estoit possible.
Les uns avec leurs picques et hallebardes, les autres avec leurs mosquetz et harquebuses, les autres jectans dans les fossez force brandons de paille allumez pour mieux descouvrir Tennemy. Lequel de son costé se voyant descouvert feit sonner l'alarmé avec tambours et trompettes, encourageant les siens aultant qu'il luy estoit possible, lesquelz sçavoient bien respondre aux harquebusades des nostres si par fois ilz en descouvroient quelqu'un. De faict, il s'en trouva un d'entre eux si téméraire que, nonobstant les continuelles harquebusades des nostres, il monta armé de toutes pièces jusques au sommet de la muraille, et avoit dgsjà baissé l'autre petite
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eschelle qu'il portoît pour descendre dans la ville, laquelle luy fut arrachée des mains par Tun des nostres. Or parmy les autres qui accoururent à ce bruict se trouva un honneste bourgeois nommé Nicolas Nivelle, Tun des capitaines de son quartier*, fort affectionné à ce party ; et parceque la hallebarde qu'il avoit luy sembla trop courte pour frapper et repousser à son gré Tennemy, il prit la picque d'un certain prebstre qui par fortune se rencontra auprès de luy, de laquelle pour sa foiblesse il ne se pouvoit guère bien aider, et avec icelle, donnant justement entre le casque et la cuirasse de celuy qui estoit monté, quelque effort et résistance qu'il sceut faire, s'accrochant des mains à la muraille, il fut finalement renversé dans les fossez avec son eschelle. Et à cela ne fut encore inutile l'effort du mesme prestre qui avoit donné sa picque, lequel mettant la main à icelle, aida à repousser l'ennemy du mieux qu'il luy fut
I. C'était le libraire de TUnion, et il demeurait rue Saint-Jacques, à l'enseigne des Deux-Colonnes.
possible. Le mesme feit encores un certain Escossois qui luy donna un grand coup de hallebarde sur la teste*.
Or ai je bien voulu nommer ce capitaine par son nom propre. D'aultant que cest accident estant arrivé la nuict dédiée à la solemnité de sainct Nicolas de Tolentin, il semble y avoir quelque mistère, en ce que parmy le nombre de cinq ou six mille personnes qui en un moment accoururent à la deflfance de cest endroit, s'estant jà respendu le bruiét par toute la ville que Tennemy y avoit dressé tout son effort (et Dieu sçait si parmy un si grand nombre il y en avoient d'autres portans le mesme nom), çestuy cy néantmoins fut choisy d'entre tous les autres pour repousser avec les armes prises de la main d'un prestre ce seul en^ nemy * qui avoit osé violer ce sacré mlir
I . Cet événement est raconté avec plus de détails et plus d'exactitude par Pïgsdcxta^AssediodiParigiyp, i i%i — Coraeio célèbre, comme lui, le courage d'un avocat anglais, nonlmé Guillaume Balden.
à. Ce serait là une erreur, suivant PalmaCayet, qui
contigu à la tour ou porte papale. Laquelle est ainsy appellée pour ce que la ville ayant certaines portes destinées à Tentrée des papes, empereurs, roys et légatz du Sainct Siège, quelques papes seroient autrefois entrez par celle là, qui despuis n'auroit servy à autre usage, ains seroit demeurée close et murée tout le reste du temps*. Et notamment encores est considérable qu'après la chute de ce téméraire, il ne s'en trouva aulcun autre qui eust la mesme au* dace, parce qu'au moien des brandons qu'on avoit jette en grande quantité dans les fossez, nos harquebusiers miroient bien plus seurement, tenant par ce moien bien nette toute ceste partie de la cortine* Ainsy l'ennemy se voyant repoussé par leurs harquebuzades, et recognoissant par le bruict qu'il entendoit aisément que cest endroit là estoit très bien gamy de gens^ il jugea son entreprise non seulement difficile, mais
écrit : « Trois royaux montèrent avec leurs eschellesi « sur la muraille. » '-(Chronologie novénaire^ liv. II; p. 268.) I. Voyez ci-dessus la ûote i, p. 268*
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du tout impossible. Si que pour n'encourir plus grand dommage, sans espérance d'aulctrn profict, faisant sonner la retraicte, il se retira bien hastîvement dans les maisons des faulxbourgs. De là s'estant allé joindre avec le reste de ses forces qui attendoient Tévénement de cette entreprise, ilz prindrènt tous ensemblement la route de Trapes et Noysy, pour de là s'acheminer à Mantes tout le long de la rivière, où ceux de Sainct Denis ayant passé la rivière d'Oyse à Beaumont se debvoient encores acheminer. Et ayant ainsy abandonné Charenton,. Conflans et Sainct Maur, la rivière de Marne demeura toute libre et nostre armée maistresse de la campagne, qui avec Taide de Dieu nettoyra en brief le reste.
Et voilà rissue de la septiesme entreprise faicte par Tennemy durant cette guerre pour entrer en cette grande ville de Paris.
La première fut quand il porta le pétard le jour de la Toussainctz à la porte de Saint Germain.
La seconde, le siège et la famine de ces six derniers mois«
La troisième, quand il mit son Canon en batterie contre la porte de Sainct Martin, le xij® de May.
La [quatriesme, quand il battit ruine le xvj® de Juin et aultres jours ensuivans.
La cinquiesme, les fréquentes intelligences et séditions par luy excitées au dedans.
La sixiesme, ses piperies et faulses promesses.
La septiesme et dernière, ses eschelles qui toutes s'en sont allées en fumée.
Car quoy que par la divine permission, il ayt peu apporter quelque désolation à notre ville. Payant battue, persécutée en ses commoditez, facultez, trafiques, bestail, maisons, enfans, et finalement en son propre corps, le réduisant pour ainsy dire quasi sur le fumier, si n'a il toutesfois jamais esté en sa puissance de la toucher en Tâme, comme estant en la garde et spéciale protection de ce fort armé, qui seul a gardé ses portes, et les gardera pour Tadvenir, tandiz qu'elle vivra en sa saincte craincte. Ek qui plus est, en luy restituant sa première santé, augmentant ses facultez,
multipliant le nombre desesenfans, prolongeant le cour de ses années, et versant par cy après sur icelle ses sainctes bénédictions en plus grande abondance qu'elle n'a encores faict par le passé, elle empeschera et rendra pour désespérée à Tennemy cette entrée, de laquelle quelques uns par leurs lettres du mois d'apvril faisoient tant de feste au duc de Luxembourg, qui estoit pour lors à Rome, comme de choses qu'ilz tenoient déjà pour toute asseurée, visans par ce moien à tenir tousjours de [plus en plus les espritz de ceux de là en suspens.
Ainsy donques présupposans dès ce temps là qu'elle seroit infailliblement prise, soubz couleur de quelque dissimulée charité, au mesme temps qu'ilz s'efforçoient de poindre jusques au vif,|ilz faisoient néantmoins semblant d'estre bien marris que le Légat, fomentant par son mauvais gouvernement Topiniastreté d'une ville rebelle, il s'estoit luy mesme si bien enferré qu'il ne luy estoit plus loisible en sortir sanspasseport . Adjoustant quelques autres impertinances que la modestie veult estre passées soubz silence,
plus tost que réitérées. Et toutesfois 'Henry de Bourbon mesme, par une sienne lettre éscripte à Jésabel d'Angleterre, donnoit un peu plus de tems à la ville, réservant la prise d'icelle, comme si la chose eust despendu de sa seule volonté et libre disposition, au jour de sainct Barthélémy. Jour qui à la vérité luy doibt bien estre mémorable, puis qu'à tel jour en Tannée 1572, au grand malheur qui despuis s'en est ensuivy et à la religion et à cette couronne, la vie luy fut donnée par le roy Charles, qui lé garentit de la juste punition alors exécutée sur les huguenotz qui se trouvèrent à Paris. Et pour cette cause, ledict Henry avoit desjà consigné la ville à la rigoureuse et cruelle garde de Chas til Ion et de ses gascons huguenotz, se prometant bien qu'en mémoire des bons traictemens que Tadmiral son père y receut à tel jour, il la garderoit avec toute clémence et charité.
Mais ces discours n'estant fondez que sur la vanité et la superbe, il n'est pas de merveille si on les a veu résoudre en fumée, et si les ennemis après avoir chanté le
aSo si£qb de paru
triomphe avant la Tnctoire se sont finalement, comme on dïct, trouvez à sec. Car la victoire ne deppendant point de nostre présomption plaine de vanité et mensongère, mais bien de la saincte volonté et déterminée résolution de Dieu, fondée en sa miséricorde et vérité. D'aultant plus, que nous insistons en noz folles présomptions, nous imaginans tenlrà toute heure la victoire entre noz mains, c'est alors que plus elle se recule et se rend difficile : Non sunt enim cogitationes meœ cogitationes vestrce, necviœ meœ viœvestrœ, dixit Dominus, quia sicut exaltantur cœli a terra sic exaîtatœ sunt vice meœ a vijs vestris^ et cogitationes meœ a cogitationibus vestris^.
Et certes qui vouldra soigneusement considérer comme sa divine bonté, alors mesme qu'elle permet les tribulations cogitât cogitationes pacis et non afjlictionis*, et que universœ via ejus misericordia etveritas', et
. Isale, LT, 8, 9.
. Jérémie, xziz 1 1 . Psaumes, zxiv, 1
que au. contraire cuncta cogitatio cordis impii est intenta ad malum omni temporel; et que, partant, contritio et infœlicitas in viis ejuset viampacisnon cognovif^, cestuy là verra qu'avec grande raison Dieu a prononcé ceste belle sentence par la bouche du prophète Isaïe, et que pour lors, des obstinées vanitez de l'hérétique s'en est ensuivie la soudaine disparution et anéantissement de ses espérances, qui l'ayant esté arrachées des mains par la propre dextre de sa divine Majesté quœ dissipât cogitationes malignorum, nepossint implere manus eorum quod cœperant^, et qui les privera encore par un juste jugement de cette très cKrestienne couronne. Car comme, de sa part, obstinément projecit sermonem Domini, sic projecit eum Dominus, ne sit rex super Gallos^. Et après cette punition temporelle, il luy en est préparé une autre beaucoup