‹ Journal du siège de Paris en 1590Chapitre 112 sur 115 · I. Sagesse, T, 6 à · texte numérisé non relu

I. Sagesse, T, 6 à

La noblesse menace Henri de l'abandonner. — Retraite de l'armée ennemie. — Mort du pape. Intrigues qui s'étaient agitées autour de lui. — Paris est complètement délivré. — Un Te Deum est chanté à Notre-Dame.

MAIS pour reprendre le fil de nostre discours un peu plus haut que nous ne Tavons laissé, nous avons dict cy dessus que ce qui feit desloger Tennemy ou, pour mieux dire, s'enfuir devant Son Altesse, fut la confusion, l'espouvàntement et la faim que la perte de Lagny causa en son armée qui, pour ces causes, s'alloit dissipant' d'heure à autre : les uns se mourant de nécessité, les autres se desbandant de

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leur propre authorîté. De manière que luy mesme encore, pour ne se veoir tout seul enseveli en son obstination au milieu de tant de mortz, qu'il voioit de ses propres yeux non enseveliz parmy la campagne^ fut contrainct de prendre résolution de desloger et venir contre Paris avec ses eschelles, poussé à ce faire plustost de rage et désespoir que de magnanimité ou valeur qui fut en luy, qui n'avoit aultre but que d'attirer, comme un nouveau Sanson, avec sa propre ruine celle des Parisiens, mettant à feu et sang cette naguières si florissante ville sans espérance d'aulcun profict.

Mais ce qui principalement augmenta en lui ce désespoir, fut qu'un jour estant à Chelles, comme il entroit en sa chambre, il trouva sur la table un certain escript, signé à ce qu'on dict de la main du duc de Montpensier, qui pour lors l'accompagnoit, par lequel lui estoit remonstré de la part des catholiques suivans son party, que comme ledict sieur duc et autres princes et gentilhommes catholiques luy eussent rendu, aux despens de leurs vies, de leurs

moiens et de leurs propres consciences tout le service qu'ilz pouvoient luy debvoir, et possible davantage : luy au contraire ne leur auroit gardé la promesse tant de fois réitérée de sa conversion, Tunique fondement du debvoir et obéissance que jusques à présent ilz luy avoient rendu. Que voiant cette espérance journellement se diminuer, ilz estoient résoluz de se retirer chascun en sa maison, d'où ilz ne partiroient pour venir à son service, quelque commandement qu'on leur en feit, qu'au préalable ils n'eussent veu quelques efFectz de ses promesses, auxquelles ilz ne debvoient désormais plus s'attendre, à leur si grand danger et dommage, puisque par tant de fois, elles leur avoient été réitérées et différées, sans qu'il s'en fust ensuivy aulcun bon eflfect. C'étoit en somme ce que contenoit ledict escript.

Après avoir leu lequel, il se retourna vers mondict sieur de Montpensier sans dire un seul mot. Et voiant qu'il approuvoit le con-' tenu audit escript, les larmes luy en vîndrént aux yeux^ et sans faire autre responce

il commança à résouidre de desloger, aymant mieux prévenir les autres que d'estre prévenu et se veoir totalement abandonné .

Et certes cette résolution fut si imprévue et précipitée qu'à bon droict et sans offenser la vérité, ceste retraicte peult estre appellée une fuitte : estant advenue en plaine nuict, laissant après soy et vivres et bagages, voire de quelque importance, les logis tous plains et les chemins tous couverts de mortz ou de malades, qui ne pouvans suivre les autres mouroient à tas de langueur et malaise.

Et pour telle fut elle bien vérifiée par les déportemens de Son Altesse, laquelle bien qu'elle en fust advertye asse2 à temps pour luy pouvoir donner sus et l'endommager, si est ce qu'elle ne voulut bouger, sçachant que la vraye discipline militaire ne veult qu'une armée royale marche en la confusion de la nuict sans une très urgente cause, et que la gloire d'un grand capitaine ne s'augmente de guères en poursuivant celuy qui s'enfuit. Et celuy à bon droit est estimé s'enfuir qui desloge de nuict en si grande confusion et désordre, tournant le doz aux

places qu'il ne pouvoit ignorer debvoir estre nécessairement assaillies par ceux qui desvroient achever ce qullz avoient encommancé pour l'entière délivrance de Paris.

Poursuivant donc Son Altesse, l'exécution de ce qu'elle s'estoit proposé : après avoir ordonné que Lagny fust desmantelé, elle vint joindre avec ses forces Monseigneur de Mayenne, pour adviser à rendre la rivière libre du costé d'amont, et puis faire le mesme du costé d'aval, afin d'ouvrir à Paris le commerce de toutes partz et notamment avec la ville de Rouen. Et à mesure que noz armées s'approchoient, continuans le cours de leur entreprise avec la bénédiction de Dieu, et qu'au contraire l'ennemy se reculoit, la campagne demeurant par ce moyen plus nette, Paris se raffreschissoit de toutes sortes de vivres et provisions qu 'On y conduisôit à grand foule de toutes partz, tant par eau que par terre. Si que finalement le bled se donna pour dix escus le rubio. A proportion duquel ravalloit encores le prix de tous les autres vivres,

chose qui causoit une indicible allégresse et contentement à tout le peuple.

Mais voicy arriver à Timproveu, le xiu® jour dudict mois, Fadviz de la mort du pape advenue le vingt septiesme du précédant *.

De laquelle, quoyque chacun parlast diversement, si est ce qu'elle fut communément regrettée des gens de bien, pour craincte qullz avoient qu'elle ne peust causer le despartement de Monseigneur le Légat, et ' pour Tespérance qu'ilz avoient que Sa Saincteté venant à estre finalement mieux informée de la vérité des efFectz et desseings de l'Union, et de ceux de l'ennemy, elle auroit peu juger combien sinistre et calomnieux estoient les rapportz qu'on luy avoit faictz de la dicte Union, et que désormais elle seroit pour embrasser à bon essien la def-

I. Sixte V « mourut le vingt septiesme aoust, la « nuict, sur les vingt quatre heures, ayant tenu le a siège cinq ans, quatre mois, trois jours, aagé de « soixante et dix ans. » {Chronologie novénaire^ liv. II, p. 257.)

Suivant Lestoile^ c*est le i5 septembre que l'on apprit à Paris la mort de Sixte V.

fense du party des Catholiques, cognoissant que le vray et unique object de l'Union n'estoit que la seule deflfense de la religion apostolique et romaine. Mais quelques autres, discourans plus haultement sur ce suject, tenans pour une asseurée vérité que le pape qui succéderoit au defiunct ne manqueroit d'embrasser la deffence de cette cause, estimoient que cette mort venoit comme de la main de Dieu, à la confusion de ces princes, nobles et prélatz catholiques qui aveuglez de leurs propres intérestz, passions et émulations, auroient bien osé se soubzmettre à un hérétique et relaps, au préjudice de Monseigneur le cardinal de Bourbon, successeur légitime de la couronne * : et qui davantage se seroient

1. Il était oncle de Henri IV, et fut proclamé roi par le Parlement le 5 mars 1 590 :

« Sur la requeste faicte par le procureur général du Roy, toutes les chambres assemblées, la matière mise en délibération, la Cour a enjoinct et enjoinct à toutes personnes, de quelque estât, qualité et condition qu'ils soient, de recognoistre le Roy Charles dixiesme, nostre Roy, pour nostre vray et légitime Roy*et souverain

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faictz parroistre avoir les conscience^ si cautérisées que de faire non seulement semblant de croire, mais de vouloir encos^s persuader à Sa Saincteté, par faulses instructions, qu'il se pourroit convertir cm brief • Aussy qu'il estoit le premier prince du sangj et partant ne seroit à propoz de Tirrî^ ter ^ ce pendant qu'il Mloit plustost le recevoir av^ doulceUr, ^ avec l'aide du temps

seigneur, et luy prester la fidélité et obéissance deue par tous et loyaux sub^ects, et sotib& son atitherité obéir ap. sieur duc de Ai^aye^e^ ,çoam^ li^utenaat général de PEstat et couronne de France, s'employer eui et leurs inoyens à tirer sa personne hibrs de la captljritf ^ laqu^llç. il ést^ déttaul. présent par , Henry de Bourbon. Et a faict et ùÀct expresses inhibitions et défenses à toutes personnes, de quoique qualité et con-< dition qu'ils soient, de communiquer çt avoir intellfr ^ence direçtfimicnt ou indirectement avec ledict Henry de Bourbon et ses agens, mesmes de ^e traicter et prpj< poser e^ public ou particulier^ ou escrire en quelque sorte que ce sôit, dé faire paix et entrer en Composition avec ledict Henry deBoijirbQn, ;sur peine de confiscation de corps et de biens. Et, s'ils cognoissent quelques uns qui traictenit de bouche ou par escri^ de paixiayec ledict Henry de Bourbon ou ses agens, contre Vbo&r neur 4^ Dieu et son Eglise, contre Tobéi^ance et fidélité deue it nostredict '$eigneur et Roy, jet contre la seureté et repos public de ceste ville, qu'ils ayeQt:;9Ur

PAR HENRI IV. igi

essayer à le persuader : que faisant aultremetït ce seroit allumer un grand feu en la chrestieMé. Que Sa Saiiïcteté, pour cette cause, debvoît tomme un bon père surseoir de procéder plus avanpdencontre de luy, et cependant leur permettre qu'iiz peussent à cestefinle suivre sans aulcun scrupule de conscience. Qu'elle se debvolt abstenir, cqmrtie père commun, de fomenter les rebelles et la couronne (de tel tiltre honoroient îlz les défenseurs de. Tantienne dignité d'icelle et de la vraye religion contre l'impiété et tyrannye de l'hérétique), sans leur donner aulcune aide ny secours; comme n'estant ceste guerre qu^une pure rebdlicm

m m > i i ^^ma^flr^^K^mm^^ ^ ^m^.^t^.^t^m^mf'^m^

les mesmes peines à tn advertir ledidt procureur général dedans vingt-quatre heures^ afin d'en Êiire justice et punition exemj^aire.

u Faict en t^arlement le 5* jour de mars iSgo*

« Signé DÙTILLÉT. » '

Charles de Bourbon, enfermé à Pontiinây-le^Cômtei mourut dans sa prison le 9 mai iSgOj et le Faiblement effoça plus tard de ses registres le titre de véi qu'il loi avait donné dans Itts acuss rédigés sims son^iendtf r^ne. ' -

2g2 SIÀÏE DE PARIS

OÙ il n'y alloit que de Testât et non pas de la religion. Qu'elle debvoit, partant, commander au Légat de sortir de Paris, capitale des autres villes rebelles, et' se retirer en quelque ville neutre (comme s'ilz en eussent eu à choisir, au lieu qu'ilz n'en auroient sceu nommer une seule). Et ce disoient ilz, affin que despouillant toute partialité et passion, il se portast en vray ministre du père commun des enfans de l'Église, pour le bien et utilité de tous en général, et non à la faveur particulière de l'un des partis et icelluy rebelle*.

1 . Henri avait envoyé à Rome M. de Luxembourg, au commencement de Tannée iSgo. Le pape refusa d'abord de le recevoir, il lui défendit même de mettre le pied sur les terres de TEglise. Le marquis de Pisani, qui avait été ambassadeur d'Henri HI à Rome, s'était toujours opposé aux menées des agents de TUnion; il parla au pape en faveur de M. de Luxembourg, et lui (( remonstra qu'en son ambassade il estoit question « du plus grand et du premier royaume de la chresa tienté, d'un roy recogneu par les princes et princi- (( paux seigneurs et officiers de la couronne, d'un prince « guerrier, victorieux, suivy d'un grand nombre de « catholiques , qui avoit un party grand , assisté de la

Ayant doncques soubstraict par telz artifices plustost qu'impétré de Sa Saincteté désireuse du salut de Henry, de la seureté de la religion, du repoz de ce. royaume et de toute la chrestienté, certaine surcéance

u plus grande part de la noblesse françoise, ayant en « son pouvoir de bonnes et fortes villes, » etc.

Ces considérations, jointes au succès de la bataille d'Ivry, radoucirent beaucoup Sixte V. Il écrivit d'abord au cardinal Cajetan pour lui défendre d'excommunier les princes catholiques qui suivaient le parti royal. M. de Luxembourg finit par obtenir audience et il plaida si éloquemment sa cause que le pape lui dit : Cl MUncresce di Taver scommunicato , essendo di tai « costumi; ma io che no Tho fatto per che Tera fatto. »

Depuis lors, Sixte V appela toujours Henri roi de Navarre, tandis qu'auparavant il ne rappelait que prince de Béarn. Il alla plus loin. M. de Luxembourg avait amené avec lui maître Hugues de Laistre, homme très-éloquent en langue latine et grand politique. Le pape fut si charmé de lui qu'il le chargea de plaider la cause de Henri au sein du consistoire. Les amis de rUnion cherchèrent vainement à empêcher cette séance. De Laistre y eut un tel succès que beaucoup de cardinaux furent gagnés à la cause du Roi. . Le comte d'Olivarès, ambassadeur d'Espagne à Rome, était furieux, et il osa dire au pape « que s'il ne ehastt soit M. de Luxembourg, son maistre le roy d'Estt pagne luy feroit la guerre , et le feroit déclarer a incapable de son pontificat par un concile. » Sixte V n'était pas homme à se laisser dire impunément de

OU connivence, quoyqùe très-prudente' et dîscrette : 'ûz Tauroîent interprétée et amplifiée à leur mode, au préjudice dé leurs propres consciences, et seroîent enfin devenue si mescognôissans d'eux mesmes/eitfie^'dii bon succei: de leurs victoires^ dbiït' 'îl'z ' se pôUVblent prévaloir s'îlz eussent Yôulu pour hteùf eusement venir * à chef ' de • leur prétendue ' entreprise, qù'ilz ne daignèrent seulement prester Fcw'eille aux lettres, re^r monïràtlcès et autres 'bonis ' offices ^ dont , par divers ttïoièns, MbhSéigrieuhié'i.ëgât a uéëlefilèttf endi^oît: tafschàflt de lés^â'thé^^ nel^ â'ia'voye et vraye gloire^ et baiût, et de" leur faire abandonner l'hérétique, au rûoîttS^

enc^j^f ^îf^ti, 4e. Hfinvi.Leàf^^e Çpsae, qui r^ijap/f place OlivarèSj somma le .pape tïon-seulement de chas-^ sôrfU. deLûiemboui^ et ci'excbmmunîef tous les^càl/-* thçiiqv^ n>Ymxr mxiiB enooite;4e fonriîiTîde r^argcritf aux Ligueurs. Siiftte V refusa, et fut forcé de venir exposer sa conduite devant un concile, auquel' d^aîlleùrs^ U ne céda ideHi. Qùdqueis jo^rà 'ap^è^ Il ^îàit' nioii^t: f

« Ç^t^e v^pjct advei^ue ass^zj^ubitemient, car ilnejutt (( que deux jours malade, ne fut sans soupçon de poi- (( sort. » (Voy. Chronologie itôvénaite^ liV. II, p. ^b^:)-

alor^î qu'après il^ bst^teUter , 4'Ivry il? . h veirçojt si Qbs)tiiiéi3ji€^t.pçfS^Yévpr^ ea son^hérésieî^<fontre to,utes les. pronK^^s. qu'il leur a,yoit, faites de.sQCQnyertir à la religion cathqliq^.} les inyitoiît.p§ir.|T^e$TOer^i?y>ieffl. à S51 r^Wiir.ayec i^,a,uJresrrG§rthfl^iqu^,a|fin qVfei,tQua.eîJSBipbJfT^adyiç^??çii« §ip4Qaner ojçd/îe,. par une asswi)bl4e 4^^!^%tZf[g^x^^-^ Twxh, , à l'açsevjr^iiqç, de , l^, -re%ipn Ç^pli* qi^ç, ^ la^cpn^ervajàpii^^pkndçwr ^i ^l\}pf(rt^. de/^fte cowQnaeii;Xî>bvia|itpar.cçii^y^i^H 4ai^g^^eraltéf-Atioaqî^ paurrcHesj^^^ppor^ ter .^çi ,ce§t .^^tft^.lQ^,;^rcqs, eflxang^^ qiji, ; p?jr rnécft?sité^,y. r?eroi^ t^ul^eç^pt^^

Mais ilz n'ont jamais voulu recognoistre ny croire Theur et le bien qu'on leur procu- Tokt, jusque à 0^ qwmxokBS frustrez des fa-veurs et récompenses à eu3Ê^J)îctabes,' après avoir consommé leurç^ corps jet- leflar3.;^ bi©ns> il ont esté par une «srtrêm© nécessité: contraînctz de chercher ' quëlqiie pi'étext^^ pour rabandonner aurailieu de soîiiafor'^:

tune et disgrâce, afin de se sauver euxipesmes ,. se rçtir^n^ en leurs maispjis sans

autre esgard ny au bien de la religion^ ny au service de la couronne ; mais laissant juger aux gens d'honneur et de vertu combien telz actes leur peuvent causer de réputation envers les hommes et de repoz en leur propre conscience. Nous adjousterons que durant le temps qu'ilz s^estimoient plus fortunez, non seulement ilz auroient mesprisé les sages et utiles advertissemens de Monseigneur le Légat, mais Tauroient encores calomnié envers Sa Saincteté. Disant que contre les commandemens et volonté de sa dicte Saincteté dont il ne tenoit compte, il se monstroit par trop affectionné à l'un des partis. Comme si, en toutes ses négotiations, usant de très grande prudence, il ne s^estoit tousjours contenu dans les limites de ses instructions pour le service de Dieu, du Saint Siège et de cette couronne.

En somme ils se seroient efforcez de le rendre si odieuX) et engendrer telle defâance de luy envers Sa Saincteté, qu'il auroit esté contrainct, pour sa justification et nécessaire défence, et pour rabattre un peu le crédit de ceux qui en abusoient, de repré-

senterplus ouvertement à Sa Saincteté les faultes que sa modestie auroit désiré pouvoir taire. Si bien que celluy qui succédera au Sainct Siège et, avec luy tout le monde, pourront cognoistre, tant par les relations et mémoires de l'un et Taultre party qui sont conservez es archives du Sainct Siège, que par les événemens mesmes, notamment de Tescript et retraicte des catholiques cy devant mentionnée, et de ce que Thérétique ne se seroit jamais veu abandonné de ses huguenotz, et avec quelle sincérité, dignité, prudence, patience et vérité, il a procédé en toutes ses actions, et combien ont esté esloignez de ces termes les rapportz et prétextes de ceux qui l'ont voulu calomnier, et combien sert encores à sa justification et à leur confusion l'occulte jugement de Dieu, qui a permis que cette mort advint sur le point qu'ilz se trouvent forcloz de pouvoir désormais donner le noir pour le blanc, comme ilz ont faict par cy devant; et que le chemin luy est ouvert pour, à sa très grande gloire et sans préjudicier à cette cause, s'en aller luy mesme rendre compte

%^A SIÈGE AE>PAIU8

de'vÎYeivoixà RoiDfii de Testât 4'iwlle, et de£â quHl 'jagemexiiédimt p«urjQ ^eirdoç.

de Diism; .{boUr ;purg»r. la reKgion de toute;

goh^ det^ccste courcwjiw san$ aulcwa-^wpçonrde dhdàioa eaposl i^f^t^ oiûkenxier unb^booneiiet^a^utféejjpabs ayecl'eoiièçÇi eaUkpaiim^ée .toiil^ . diyidone» .^ iparâ^'r. litezy <îa^*8«s priofcipiate$ dei sa mïm . - i ■ ^î

qui f aav^&nd vbienLd^i 1* . r^UigioOiiet L^u \ rDjfauutoeaaùpermis kf c(»ïim»a^t(piQïït,;ia3r' siôf6iie[pcôgjre?i ïj^ti\impm^ ),'\is§màQy,Q^i sîègey r: çar' r il'iflter<^si»i®ia > lie -i ^^j .^ipf ieus^) viéi^ (tefadrettef àiftqs^le^ comme afi^i; towhÈijcfy 4fiS9ii»i la . ;viU» ; sfe wc^aa. }^ preh j miwijouclde;Mfte*,iqut^i[fiit/Y^lte i4^a*o saîhte»! visitathm ç/ leto «e eih i l'égljsg osrtlafeo dira^ de/aittôlvak dédi4^*4 sa î\»tiviti$^.©tz assbmpiiicm. Jda^totagie, :la)rprqmi^$^etqi}e£ fat sani'^Me»e.deT5€f joindçetà Morijstigofôttt' j de Maydnœ^ tombait f)ustettient^^ quift^.

zitemei jd'4oïtet, !|our dédié» à, 1^ «oleoiniiî^ de TAbsDîûpdoiï |à octentiotmfenEJ quoy.i qu/ikiiieîjsfeotoijytfsest jfjlu? Mat. qu^ikp

PkH HBMRI IV; aç^

Xvi)% et ne tussent leurs forces /jometet qo^au vingt tfQiriBstne, si est ce qup l'en* trevue se feit dans roctave (ieiadicte jéAc^» tion, le propre jour de l'octave, auqueiijqair fui encores retranché toute mention et pian^ tiqtie d*accolid et suspension d'aninesravee: rbérétique. Et le vjj*de^septetnbre,itaindtsr qu'on chàntoit les jiremîèrefe viespresrci^' ia> nativité en Féglisè ^thi6drài$,^iOttispeçeut( nouvdle àsfseurée' de^ la' prise de::X.ag%, fo^ement-etpriiicipé denostre:déiivimnce, Et 'le'pP6^e:i}ourr^ô là 'noini^éi et àjmaoti toute l'ô«avd, i^y^e«tt•aî«i g«EiO!deTq[uàn4i6é^. de vivrei^et»'][)rovisifâîïS/ qu^ette 'n'eirçaunjtitc^ avoir idisette ' de sk njoifef quand Heà- ita!y. en arriverait d'ailléiar^. 'L'emteniy desidgea et^'etifuît dervaiif Son Altèsbedans laim^snien octat^ as^avoirî ' le jneufviesme; i-eir loidin^ xiesn^'^n te repoUssSa ^ë /Paris^ jii ^ueb ayant entiéremetit rat^amidGnÉié toutes rlesr: plaices- qu'il téniwt isur Marafe^etié/pont dieà Sainct Clou qu'il tenoit suiriSeine^iL< sWoili gnja^ des 6nyiï*ons dé la''vîile,''Et;^dar tout;\ l& nv^ son arméâ s'estant desbandêe' etf.* quas4 dtspafue, ^Ue ^ae troir?a totalemientr

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hors des trois rivières ; et, ne s'y trouvant autres gens de guerre que les garnisons des places que tenoit Tennemy, et nostre armée au contraire entière, victorieuse, maistresse tout à faict de la campagne, et suffisante pour reprendre en peu de jours toutes lesdictes places.

Le commerce commança deslors à s'ouvrir, et partant Monseigneur le Légat estimant qu'il estoit désormais temps de rendre pubiicques actions de grâces à Dieu et à la vierge Marie de tant de faveurs et bienfaictz receuz, il convia les princes, princesses, le Parlement et les autres magistratz et tout le peuple, à se trouver à cest efFect en l'église de Nostre Dame, où, le propre jour de l'octave de sa nativité fut solemnellement chanté le Te Deum laudamuSy avec Tantienne Salve Reginûy suivie des oraisons acoustumées et propres au suject. Et ce, avec très grande dévotion et pareille af-

fluence de peuple, au grand contentement et allégresse des gens de bien, qui après avoir receu la bénédiction du Légat se retirèrent tous consolez chacun en sa maison. *

Ayant doncques Monseigneur le Légat rendu ce debvoir à Dieu et à la glorieuse Vierge, il envoya le jour suivant faire ses complimens vers son Altesse et Monseigneur de Mayenne, les exhortans et encourageans à Tachèvement de ce qui restoit pour rentière délivrance de Paris*. Et voilà comme, avec ce boncommancement, s'achemine tousjours de bien en mieux la délivrance de ce long et très dangereux siège.

Au discours duquel j'ay bien voulu faire quelque mention de ceux qui se sont plus vertueusement portez, tant pour ne les frauder du loyer et louanges qu'ilz ont mérité, que pour exciter et animer les autres à pareilles vertus, où ilz se trouveroient en pareil accident. Laissant toutesfois par modestie à quelque autre la charge de racomp-

I . Le cardinal Cajetaii quitta Paris le 24 septembre « pour s'en retourner à Romme, où il trouva le Pape a son maistre mort, et bien à point pour lui : car il lui « eust fait trancher la teste pour avoir, contre son « exprès commandement et volonté, allumé le feu de a la sédition, au lieu de Festeindre. » {Lestoile^ 24 sep^tembre.)

ter quelz on esté lea autres déportements et actions de Monseigneur le Légat, oultre ceux que cy devant nous avons fort légèrement touchez, forcez encore à ce faire par la mesme vérité et ordre de Thistoire.

Conduite de Pambassadeur d'Espagne, des princesses, du duc de Nemours, de l'archevêque de Lyon, du chevalier d'Aumale, des ma^strats, des ecdésSpsfiques et des gens de guerre pendant le Siège. -^ Intrépidité, piété et patience dont les parisiens oilt fait preuve. ^ Le siège de Paris présenté comoie un juste bâtiment de la Provi dence, destiné à châtier ]à\yîlle de ses ménagements envers les Calvinistes. '• ^

JE diray donc seulement de Tambassadeur d^Espagne que, en toutes occurrenceSj il y a tousjours faict paroistre /^ sa prudence et magnanimité, et surtout une incroiable charité envers les pauvres.

Que les princesses en tous leurs dépor* temens ont tousjours faict paroistre un cou*rage viril et très constant, ayant tousjours

empesché, en tant qu'il leur a esté possible, que Paris ne se rendis! à l'hérétique.

Que la vigilance, prudence, sincérité et justice du duc de Nemours et de Monsieur de Lion s'est fait remarquer à l'œil, et recognoistre pour très excellente en l'administration de leur charge.

Que l'on n auroit sceu désirer plus de valeur et hardiesse, de vivacité et de courage qu'il s'en est veu en la personne du chevallier d'Aumale.

Qu'en la pluspart des magistratz de la ville et de ceux de l'un et l'autre Conseil, s'est remarqué une asseurée magnanimité, accompagnée de prudence et bon conseil, pour donner ordre, à leur possible, aux confusions, difficultez et nécessitez qui, parmy si grandes perplexitez et angoisses, naissoient du désordre qui se veoit coustumièrement en la police de la ville.

Que parmy les deffiances et soupçons qui s'espandoient journellement par la ville, et parmy les entreprises qu'on dressoit à toute heure tant au dedans qu'au dehors, ceux qui, comme a esté cy devant dict,

avoient réitéré le serment entre les mains de Monseigneur le Cardinal, ont conformément à icelluy donné de grandes preuves de persévérance et vigilance très soigneuse.

Qu'il ne s'est moins remarqué de patience et fidélité que de courage et valeur à l'endroit de tous les gens de guerre soldoiez, et notamment des lansquenetz et Suisses ; exposans librement leur pauvre corps, tout languissant et demy mort de faim qu'il estoit, aux continuelles escarmouches et tous autres hazards, pour la défence de ceux qui, sans leur donner pain ny paye, ne leur estoient guères moins molestes que l'ennemy mesme. Et tant s'en fault néantmoings qu'ilz se soient mutinez ou ayent jamais commis aulcune insolence , qu'on n'a seulement ouy un seul bruict de leur part.

Ains voyant que le défault de leur solde ne proceddoit de la mauvaise volonté d'aultruy, mais d'une extrême disette de deniers qu'il estoit impossible de recouvrer, soubz quelque crédit que ce fiist ny quelques intérestz et asseurances qu'on peust offrir, et que le défault de pain estoit commun à

3o6 sites DE PARIS

tous, aulcims prindrent party d'aller chercher ailleurs leur vie. Les autres plus constans aymèrent mieux mandier leur vie de porte en porte, et veoir ce pendant leurs compagnons mourir de mâle faim à chasque bout de rue, que jamais faire, au moins en général, aulcim signe de remuement ou désobéissance, quoy que notoirement ilz courussent mesme fortune que leurs dictz compagnons.

Que Ton a veu un très ardent et incomparable zèle de Fhonneur de Dieu et de la conservation de la religion Catholique en la pluspart des personnes ecclésiastiques, tant religieux que séculiers ; qui mesines n'ont faict diflSculté de mettre la main aux armes inatérielles lorsque la nécessité Ta requis.

Et, entre les autres, se sont valeureusement emploiez tous les prédicateurs, et notamment les vrais et plus francs docteurs de la faculté de théologie de Paris, et les Pères de la société du nom de Jésus. Excitans et encourageans le peuple à persévérer à la défense d'une si saincte et juste cause, à l'obéissance à leurs supérieurs, à une

bonne union et concorde entre eux mesmes, à l'expiation de leurs péchez, à la fréquentation des sainctz sacremens, à l'accroissement de charité envers le prochain, à souffrir constamment les nécessitez, langueurs et travaux du siège, et à s'exposer plus tost à toute sorte de martirs où ilz s'oflfroient marcher des premiers, que de jamais se rendre soubz quelque prétexte de paix que ce fust à la domination de l'hérétique.

Et certes par les eflfectz qui s'en sont ensuiviz, on a veu à l'oeil les excellentz fruictz que, moyennant la grâce de Dieu, telles prédications ont produict. Et se peult dire que si quelque défault de police en ce qui concernoit le public, accompagné de la malice, inconstance et extrême avarice des faux catholiques et Politiques, n'eust apporté quelque peu de nuage et obscurité à la candeur et au lustre de Paris durant ce siège, indubitablement il n'auroit cédé en merveille et estonnement à aultre quelconque dont la mémoire soit parvenue jusques à nous. Soit celluy de Samarie contre Bénadad roy de la Sirye, soit de Jérusalem

3o8 SIEGE DE PARIS

contre Tite Vespasian, d'Athènes contre Démétrius Poliorchète, de Regge contre Denis le Siracusain, de Sagonte contre les Cartaginois, de Rome contre Alaric premièrement, et puis contre Totila roy des Gotz, soit de Perpignan contre les François, et de fresche mémoire celluy de Sancerre en Berry contre les forces catholiques du roy Charles neufviesme.

Car, quoy qu'en ce discours auquel nous n'avons voulu apporter aulcun fard, ny mesme exactement poursuivre les plus petites particularitez, ne se voient, possible, si bien représentées les difRcultez, langueurs, calamitez et horreurs qui se liseilt plainement déduictes et exagérées par ceux qui ont descript Thistoire des sièges sus mentionnez, au lieu que nous n'avons seulement que touché, comme en passant et en gros, les occurences de cestuy cy : si est ce qùMl ne pourra qu'il ne se rende tousjours très admirable à quiconque prendra le loisir d'examiner les circonstances d'icelluy . Ayant esté soustenu par la plus grande et spacieuse ville d'Europe, située en lieu

PAR HENRI !▼. Sop

fertile et abondant en toutes sortes de délices et commoditez S remplie de gens de robe longue, d'estudians, de marchands et autres personnes sédentaires et mécaniques ; la plus part du peuple estranger, à cause de la Cour Royalle qui ordinairement y résidoit, du Parlement, de l'Université, du commerce et trafic, de la très grande facilité d'y gaigner sa vie, et de l'abondance de toutes choses nécessaires à l'homme; par une ville riche, grande et très commode à toutes personnes, selon la. proportion des grades et qualitez d'un chacun accoustumé à un gain journalier et ordinaire; par une ville quoyque par fois impétueuse et turbulente, non toutesfois constante à supporter longuement les travaux mésaisés et incommoditez de la guerre, comme n'estant belliqueuse, mais pleine de délicatesse, et nullement accoustumée à souflFrir ; par une ville finalement divisée en plusieurs factions, Tune desquelles ne visôit qu'à trouver les moyens de s'accomoder avec l'ennemy,

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