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remonstrant que ce siège n'estoit contre la tirannie, crùaulté ou barbarie des Turcs, Mores ou Sarrasins, mais pour dénier obéissance à un prince du sang, légitimement descendu des roys ses prédécesseurs, qui ont accousmmé d'astre honorez et révérez des Parisiens et généralement de toute la France, plus que tout autre peuple et nation n'a jamais honoré et respecté ses princes ; à un prince qui hors l'empeschement de Thérézie estolt sans controverse le légitime successeur de la couronne; qui donnoit espérance de se faire catholique, asseurant ce pendant qu'il ne seroit rien innové en la religion Catholique, ains promettoit de l'avoir tousjours en sa protection. Qu'à ceste cause, il estoit suivy de tous les autres princes du sang, de la pluspart de la noblesse et gendarmerye françoise, de plusieurs villes et provinces entières du royaulme, et pour la pluspart catholiques; distribuant ses grâces et faveurs à chascune d'iceUes^ comme il faîsoit pareillement aux parîswns, selon les offi-es qu'il leur eU âvoît ftUot Mte 6i faîsoit cËaâ-
que jour, leur ayant tousjours offert despuis la mort de Henry IIJ® toutes les conditions qu'ilz auroient peu désirer pour leur particulière commodité et asseurance.
Que si bien, quant à sa personne, il faisoit profession d'autre religion que lies roys ses prédécesseurs, c'estoit un défault personnel (attendu Tasseurance qu'il promettoit de la religion Catholique) plustost qu'un défault de puissance, dignité et office royal ; duquel partant on ne devoit faire beaucoup d'estat, ores mesmes qu'il y persévérast, mais s'en remettre du tout à luy comme n'y allant en ce faict que du salut particulier de son âme. Et notamment en ce royaulme auquel, combien que les roys prédécesseurs quant à leurs personnes n'ayent jamais forligné de la vraye foy et religion Catholique, si est ce toutesfois que durant le règne des trois derniers, tout le royaulme et Paris mesme s'estoit trouvé en pire estât, se soubmettant à des conditions beaucoup plus iniques. Asçavoir, de souffrir le commun et indiférent exercice de l'une et l'aultre religion, et la commune conversation av^
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les hérétiques estrangers et concitoyens. Ce qxii estoit toléré par les roys susditz en vertu de plusieurs et divers traictez de pacification qui, dès le jour qu^on laissa Thérésie s'escouler et prendre pied en France, ont esté faictz et puis receuz et approuvez par les corps et communaultez du royaulme, et notamment par la court de Parlement.
Que Paris toutesfois ne s'estoit jamais remué pour y apporter quelque violente résistance, tant s'en fault qu'il s'y soit opiniastrement opposé de la façon qu'il faict à présent, aymant mieux souffrir les incommoditez, pertes et calamitez d'un si long et estroit siège que rendre obéissance à son roy légitime soubz le seul prétexte qu'il est hérétique. Et ceux qui suivoient ce party estoient pour la pluspart gens de robe longue, parmy lesquelz se trouvoient, qui est à desplorer, quelques ecclésiastiques, quelques italiens, et des plus riches marchans qui sont les principaulx de la ville. Ceux cy doncques et ceux encores qui après le massacre de Messieurs de Guise, pour le soupçon qu^on avoit d'eulx, avoient esté
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menez en prison, se prétendans offensez en leurs personnes, honneurs et moyens par la mort et bannissement de leurs parens, par l'emprisonnement de leurs propres personnes, par les extorcions et confiscations de leurs biens, et choses semblables, donnoient à la ville juste occasion de craindre que durant le siège ne s'en deust ensuivre quelque sédition, selon que les occasions s'en présenteroient ; veu les moyens que pouvoient avoir telz partisans de faire soulever ce menu peuple, assez prompt de soy mesme à se mutiner, voire pour cause légère et bien souvent injuste, et contre sa propre commodité.
Et certes la merveille s'augmentera encores d'adventage, considérant qu'une telle ville prit cette résolution de tenir, après après avoir aalcunement gousté des fruictz d'un siège plusieurs moys auparavant la bataille d'Ivry. Assavoir despuis la route que le duc d'Aumale receut à Senlis par le duc de Longueville, ou pour le moins despuis le commancement du mois de Juillet de l'an octant neuf, que Henri IIJ® se pré-
senta avec toutes ses forces es environs de Paris, et qu'ayant pris plusieurs places circonvoisines, les vivres luy furent retranchez, ensemble le commerce par terre du costé de la Picardie et Normandie, et celluy des trois rivières pour la pluspart, qui dès lors n'a jamais est éentièrement libre. Se voyant, par ce nioyen, du tout privé de celluy de la mer, chose qui luy tourne à très grand préjudice et dommage, oultre Tincroiable intérest qu'elle souffre de se veoir forclose du traûc et correspondance qu'elle souloit avoir en toutes les principales places de l'Europe. Et qui oultre tout cela fut surprise lors qu'elle se trouvoit enveloppée et plongée en si grandes disgrâces, difficultez et nécessitez que celles que nous avons touchées en la suitte de ce discours. Après lesquelles en arrivèrent deux autres comme de surcroist assez considérables : Tune d'icolle^ proceddoit des lettres qui estoient «5çripjtïe8j(i3r)Btoiï]ie, 4^.iaîpart du duc de
LU?l«i^te$Wgi5i^^4?iM ^Ti^^^ 4^) Tours de te'PWt 4mrÇ^àm^m .# rVcaidpsme et
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lées faveurs qu'ilz se disoient recevoir du pape, avec quelque interprétation (hors de toute apparence néantmoins) de la bonne intention de Sa Saincteté en leur party, et du soing qu'elle se monstroit avoir du salut et repoz d'un chascun. Lesquelles lettres, accompagnées de quelques autres inventions, Tennemy faisoit semer par la ville en bonne quantité, par Tartifice accoustumé de ceux qui faulsement se disent catholiques; pensant par telles ruses aliéner la volonté des Parisiens de la dévotion qu'ilz portent et à Sa Saincteté et au Sainct Siège, et par conséquent les induire à ne tenir pas grand compte de ce qu'ilz appellent une petite formalité et scrupule, assavoir de la défence et manutencion de Tancienne splendeur et dignité de la religion Catholique, qu'ilz sçavoient bien estre Tunique fondement de leur résolution à vouloir soustenir ce siège, et pour lever^quaht- et quant toute la créance et auctfeti^è que^ MoftbeigAQUr fë Légat s'estoît ac(^isfe!en!l''(^mefl-^îdpetipld Sçachant bieli que dd-^af pi-éseftbe^'è*qb<aii conseil* dépèfldôit éA^'PôriHë partie aa;ieoâ«^
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tance de ce peuple, pour le grand amour et entière confiance qui réciproquement s'estoit nourrie et enracinée entre eux. L'aultre de ces difficultez estoit le bruict qu'on faisoit aussy courir avec le mesme artifice, qu'il n'estoit seur d'introduire en ce royaume les forces espagnoles, qui néantmoins estoient Tunique espérance du secours qu'ilz attendoient, pour le danger qui s'en pourroit ensuivre de quelque altération d'estat soubz prétexte de la défence de la relligion Catholique ; et mesmes si elles y entroient si fortes que de pouvoir faire teste à l'ennemy et luy donner la loy^ attendu mesmement les jalousies qui dès longtemps ont régné entre ces deux couronnes et nations.
Quiconque se représentera donc comme Paris, qualifié ainsy que nous venons de dire, ayt mesprisé et surmonté tant de traverses et difficultez, les estimant ou fausses ou nullement considérables au respect de ce qui est deub à l'honneur de Dieu et à la religion Catholique, son unique obiect ; comme il s'est résolu soubz la protection du Sainct Siège, de la sincère piété du roy
catholique et de la prudence de Monseigneur le Légat, de soustenir ce siège, comme de faict elle Ta soutenu avecque une magnanimité et tranquilité d'esprit incroiable; souffrant toutes sortes de calamitez avec une patience très exemplaire, et sans faire bruict en particulier ; comme la vigueur de courage s'est veue augmentée en icelle à mesure que les forces corporelles et les moyens extrêmes venoient à manquer ou diminuer ; comme avec le continuel tonnerre des canons qui de part et d'autre ne cessoient de tirer jour et nuict, elle avoit tousjours devant ses yeux le triste spectacle et des boutiques soit des marchands ou artisans toutes fermées et sans aulcun commerce, et des mortz et blessez qu'on rapportoit à toute heure des escarmouches; oultre les maladies et mortalitez naturelles qui s'en ensuivoient. Nonobstant toutes ces misères, elle est néantmoins demeuré tousjours ferme comme un rocher, avec une perpétuelle volonté de pâtir encore daventage pour l'honneur et amour de Dieu, quand sa divine justice eust voulu permettre qu'il
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eust duré encores plus longuement, plustost que jamais se despartir de la ferme résolution par eux jurée de ne se rendre à Thérétique.
Quiconque, dis je, considérera ces particularitez, l'égalera non seulement aux villes de Samarie, Hiérusalem et autres sus mentionnées, mais la jugera encores signalée et remarquable d'une piété et constance d'aultant plus illustre et héroïque, que les qualitez et circonstances de ce siège se voyent, pour plusieurs respectz et raisons desduictes, fort différentes et dissemblables de ceux desdictes villes.
Mais plustost celuy là se prendra à magnifier et louer Dieu, pour la bonté et miséricorde qu'il a usé envers ceste ville, se remettant en mémoire que ce Paris qui a souffert, et de son propre mouvement s'estoit résolu a vouUoir souffrir encores plus longtemps telles et si grandes extré mitez:
C'est ce mesme Paris qui hâgoières eslevé jusques à la hauteur des cèdres du Liban sur le mont des prospéritez et richesses, acquises non sans scrupule, despendues
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si abusivement en luxe et en excès de viandes et vestemens *, impudicitez et autres ordures; qui s'estant forgé, s'il fault ainsy dire, des idoles de sensualité, sembloit avoir oublié, et mis du tout en arrière l'honneur et révérence deub à sa divine Majesté et à sa saincte et immaculée loy, qui plonge jusques au plus profond de toute malice et impiété, venoit presque à pousser hors de ses entrailles Timpie et détestable voix du fol insensé non estDeus. Connivant au pernicieux conseil du jeune roy Charles neufviesme, introduisant jusques en ses faulxbourgs le public exercice de l'impiété calviniste, et permettant à la sotte curiosité de ses enfans, comme à une curieuse et maladvisée Dina, non seulement qu'ilz allassent à grandes troupes ouyr les presches et veoir les cènes des ces excommuniez, mais aussy qu'ilz en retournassent sacrilègement sans faire d'eux et juste punition ny des corrupteurs ny des corrompuz, en grand danger de demeurer entièrement poilu et pour tout
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jamais, si la divine bonté excitée à compassion par les prières des gens de bien qui n'avoient encore fleschy en telle extrémité, se servant de l'occasion de ces mariages que chascun sçait, ne luy eust foumy le Cousteau pour en faire la vengeance qui, n'ayant esté entière ny Théroïque exemple des sages enfans de Jacûb bien imitée ains au contraire plusieurs ayant esté espargnez, et de ceux notamment qui s'estoient ramassez aux faulxbourgs, cela a esté cause qu'après le premier effort ces mesmes enffans retoumans à leur vomissement et Paris mesme à son accoustumée dissimulation et damnable négligence, s'enfonçant dans les vices plus avant et pis que jamais, à cause de la Aaronique connivence de Henry troisiesme, le duc de Guise comme un nouveau Moyse se seroit escrié : « S'il y a aulcun « qui ayme le Seigneur, qu'il soit de mon « costé » . Laquelle voix ayant réveillé en Paris cette supérieure partie de l'âme, j'entends la raison, combattue à la vérité mais non jamais entièrement abbattue, si que prenant les armes contre la sensualité qui l'op-
primoit, il se rengea promptement àrobéissance d^un si grand capitaine.
Mais la mesnre divine providence ne se contentant pas à ceste fois de ce premier mouvement et réveil, a voulu permettre, pour tousjours d'aultant plus affermir Tune et exactement mortifier Taultre, qu'il ayt souffert et héroïquement soutenu diverses afflictions Tune après l'autre. Et, qui est encores plus grief, causées de ceux ou de leurs sattelites et complices, desquelz par cy devant il avoit espargnez, et dans les faulxbourgs notamment où premièrement fut semé Fimpiétée ; et par après recouruz et garentis du juste glaive ceux par la main desquelz, ou pour le moins de leurs enfans, ilz ont esté destruictz, ruinez et bruslez. Et que la mesme ville, tout ainsy que Lot en la fournaise, par le feu des tribulations de ce siège qui luy ont esté livrées par telle manière de gens, s'est tellement purgée de toute sensualité que, nette de toute vapeur et fumée de présomption, elle a peu finalement recognoistre et tout le monde avec elle, que tous les travaux qu'elle a souffertz
ai
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3ont procédez de I4 divine justice^ et que rinspiration de $e ré$ouldre à le3 sou^teoir» et la constante humilité à les recognobtre et recevoir comme venans d'icelle, et iei* porter patiemment pour la gloire de ^q sainct nom, sont œuvres de sa miséricorde, qui a voulu que non seulement cela luy serve de chastiment pour ses faultes passées, mais encores luy aide à mériter et acquérir sa grâce. E)e la quelle pareillement elle doibt recognoistre sa délivrance, Dieu ayant prononcé par la bouche de son prophète : Ego occidam et çgo ptvere faciam, percutiam et egosanabo, et non est qui de manu meapossit eruere, et en un autre lieu; nisidominus çustodierit civitatem^ frustra vigilat qui custoditeamK
Que Paris doncques rentrant en soy mesme se retourne au Seigneur avec profonde humilité de cœur et compunction de larmes, et luy demandant pardon de ses faultes passées, lui rendre grâces des bienfajctz et faveurs présentes, et lui promette
I» Paaum^s, cxxvi, a.
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de n'estre pour l'advenir si indulgent à tollerer aulcun reste d'hérézie ; ains de chas^ ser et bânnîr de soi toute pollution et anathéme. Veu que sa divine majesté luy a faict cognoistre par expérience que est Dch minus Deus suusfortis^ {elotes visitans iniquitatem patrum in filios, in tertiam et quartam generationent eorunt qui oderunt eum, et faciens misericordiam in mil lia iis qui diligunt se et custodiuntprcecepta sua* ; et puis, en allégresse de courage et confiance spirituelles, chanter joyeusement en âigne d'action de grâce et de recognoissance :
Benedicite gentes Deum nostrum, et auditam facile vocem taudis ejusy
Qui posuit animant meam ad vitam^ et non dédit in commotionempedes meos.
Quoniam probasti nos Deus^ igné nos examinasti^ sicut examinatur argentum.
Induxisti nos in laqueum,posuisti tribulationes in dorso nostro.
Imposuisti homines super capita nostra.