Lestoile, Journal du règne de Henri IV, 8 décembre
conservèrent le violet, et les femmes pouvaient porter en blanc la cotte ou robe de dessous, que 1 aissait voir leur robe de dessus fendue par devant. Les veuves ne devaient point placer de pierreries dans leurs cheveux, mais il leur était permis d'en mettre à leurs doigts, à leur ceinture, à leur livre d'heures. Les têtes de mort, les os en sautoirs, les larmes d'argent brodés sur les habits étaient regardés comme du meilleur goût. Henri III, après la mort de Marie de Clèves, sa mmtresse, porta pendant plusieurs jours un vêtement dont les aiguillettes et toutes les garnitures étaient couvertes de larmes, de têtes de mort et d'emblèmes analogues ; les reliures exécutées pour lui à cette époque en sont également revêtues*. Ces douleurs si lugubrement affichées ne duraient pas toujours longtemps, et Brantôme nous peint ainsi le costume des veuves disposées à se consoler : « Au lieu de testes de mort qu'elles portoient ou peintes ou gravées et eslevées, au lieu d'os de trespassez mis en croix ou en lacs mortuaires, au lieu de larmes ou de jayet ou d'or maillé, vous les voyez convertir en peintures de leurs marys portées au cou, accommodées pourtant de testes de mort et larmes peintes en chiffres, en petits lacs, bref en petites gentillesses,
I. A. -F., Les anciennes bibliothèques de Paris, t. II, p. 149.
desguisées pourtant si gentiment, que les contemplans pensent qu^elIes les portent et prennent plus pour le deuil des martyrs que pour la mondanité *. »
Au mois de janvier i52i, François I«' ayant été blessé au visage*, on dut lui couper les cheveux, et il laissa croître sa barbe pour cacher une cicatrice qui persistait. Les courtisans Timitèrent, les évêques en firent autant, et de proche en proche toutes les classes de la société portèrent bientôt les cheveux courts et la barbe longue. Les chapitres métropolitains et les parlements firent à cet usage une longue et énergique résistance. Les chapitres refusaient de recevoir dans leur église les évêques barbus^ et le parlement ne se montra pas moins sévère à Pégard de ses membres. Les écrivains les plus sérieux ne dédaignèrent point de prendre part au débat et de publier des traites pour ou contre la barbe.
L'Université interdit aux étudiants de laisser croître la leur', et la question finit par être soumise à la Sorbonne qui, en 1 58 1 , décréta que la barbe est contraire à la modestie exigée des théo-