‹ Journal du Yukon, 1847-1848Chapitre 1 sur 38 · IMPRIMERIE NATIONALE · texte numérisé non relu

IMPRIMERIE NATIONALE

IXTRODUCTIOK

Alexander llimter Murray, l'auteur de ce journal, naquit à Kilmun, Aroyllshire, Ecosse, en l'année 1818. Tout jcmio homme encore, il émigra aux Etats-Unis, et entra dans la Compagnie de Fourrures Américaine, au service de laquelle il demeura plnsienrs année-=. Au cours de son service avec ladite compagTiie, il eut sans doute l'occasion de se rendre assez loin, car ce qu'il dit de la Balize, du lac Pontchartrain et de la rivière Rouge du Texas, dans le nrésent journal, nous indique qu'il connaissait bien ces endroits. Au printemps de 1846, accompagné de feu M. Brazeau (plus tard d'Edmonton), il parcourut la route du Missouri au fort Garry, où il devint le premier commis de la Compagnie de la baie d'Hudson. Il fut attaché au district de la rivière Mackenzie, sous les ordres de l'agent principal Murdoch McPherson, et partit presque immédiatement pour occuper son poste dans l'extrême nord. Il devait passer par le lac Winnipeg et la Saskatchewan pour se rendre au poste Cumberland, puis par le portage aux Grenouilles jusqu'à la Churchill et par le portage Methye (fameux dans les annales du commerce de pelleteries) pour arriver à la rivière et au lac Athabaska. Descendant ensuite la rivière des Esclaves jusqu'au Grand Lac des Esclaves, il pénétra dans le majestueux Mackenzie et se présenta au chef de son département au fort Simpson. A un endroit quelconque durant son voyage — peut-être au fort Chipewyan sur le lac Athabaska — il eut la bonne fortune de faire la connaissance de la fille du traiteur en chef Colin Campbell, du district de TAthabaska. Après s'être courtisés pendant peu de temps ils furent mariés à la coniract par l'agent principal McPherson, car à cette époque, il n'y avait pas de clergé dans ces régions au nord. Murray et sa jeune femme descendirent le Mackenzie et c'est pendant ce long et très agréable trajet sans doute, dans de telles circonstances, que se passa la lune de miel. Enfin

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lis arrivèrent à remboiichure de la riviere Peel (ju'ils remontèrent jusqu'au fort ]\IacPliorsou où ils passèrent l'hiver.

De bonne heure au printemps !Murray et sa femme traversèrent les montagnes pour se rendre à Lapierre ^nr la rivière Bell. Murray retourna au fort McPherson, pour s'occuper de tous les préparatifs do l'iuijjortaut voyaiic relaté dans ce journal. Parti du fort le 11 juin lS-17. il arrivait trois jours aprv' au poste Lapierre. Le 18, il s'embarqua avec ses hommes sur le rionnicr, biiteau de rivière solide, construit à La])icrro pour l'expédition et se dirigea vers l'ouest après avoir laissé sa femme à Lapierre. ]\[urray avait pour mission d'établir un poste sur le Yuk« n, r;\v trois ans auparavant, le traiteur en chef Bell avait découvert un chemin praticable qui conduisait à cet endroit. Après avoir exploré la rivière Bell en 1839, et érigé le fort McPherson en 1840, Bell avait franchi les montagnes et atteint la rivière Rat, nom que portait alors cette rivière appelée depuis rivière Bell en l'honneur de son découvreur. Il descendit ce cours d'eau jusqu'à l'endroit oii il rejoint une rivière plus considérable appelée Porcupine qu'il explora jusqu'aux environs de la frontière internationale actuelle — soit un trajet de trois jours en descendant le courant. Ceci se passait en 1842. Deux ans plus tard il compléta son exploration de la Porcupine jusqu'à son embouchure. Les sauvages l'informèrent que la grande rivière dans laquelle la Porcupine se décharge se nommait le Yukon — ou Youcon d'après l'épellation des traiteurs. Comme résultat de cette expédition il fut décidé de fonder un poste sur le Yukon quelque part près de l'embouchure de la Porcupine, et, ainsi qu'il a été dit plus haut, cette tâche importante avait été confiée à ]\r. Murray.

Descendant la rivière Bell jusqu'à la Porcupine, ^lurray atteignit le Yukon le 25 juin, et, après avoir éprouvé quelque difficulté, trouva nn emplacement propice pour un fort à environ trois milles de l'embouchure de la Porcupine sur la rive est du Yukon. A partir de là son journal est consacré à la narration détaillée de la construction du fort Yukon et des visites des indigènes venant du haut ou du bas de la rivière. Il nous donne de ceux-ci une description animée et il semble n'avoir jamais manqué l'occasion de les questionner sur l'aspect du pays et les ftFiimaux à fourrures ou autres animaux qui s'y trouvent, de même que sur le langage, les mœurs et les coutumes des habi-

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tants et le tout se trouve consigné exactement dans son journal. Après avoir passé l'hiver au fort Yukon, Murray partit le 5 juin 1848 pour le poste Lapierre avec le rapport des opérations du nouvel établissement, 11 rejoignit son épouse à cet endroit le 23 du même mois, après plus d'une année d'absence.

Le journal de Murray se termine à cette date et c'est à M. Roderick MacFarlane, de Winnipeg, autrefois agent principal au service de la Compagnie de baie d'Hudson que l'éditeur est redevable des détails qui viennent d'être donnés sur la vie de Murray avant son voyage au Yukon et de ceux publiés ciaprès qui nous permettent de suivre ses traces au delà de la date où se termine son journal. Il semble que !M. Murray retourna au fort Yukon la même année avec sa femme cette fois. En 18.')0 il accompagna Robert Campbell (duquel il sera parlé plus loin) au poste Lapierre; et, enfin, Tannée suivante il quittait le fort Yukon pour retourner au fort Simpson, sur le Mackenzie où il passa l'hiver.

Dans l'automne de 1852, il atteignit le fort Garry avec sa femme et plusieurs enfants qui naquirent quand ils étaient dans la région du nord. Murray passa l'hiver suivant au fort Pembina (maintenant Emerson) dont il fut chargé pour le compte de la Compagnie de la baie d'Hudson pendant plusieurs années, après quoi il fut nommé gérant du district du lac à La Pluie (Rainy Lake) et de la rivière Swan. Retourné à Pembina il fut promu au premier poste de traiteur en 185G. L'année suivante, pour cause de mauvaise santé, il fit un voyage en Ecosse où, par un incident étrange, il fit .la connaissance de Joseph James Ilargrave, qui, quelques années plus tard, devait lui-même résider au fort Garry. Quand Hargrave arriva en 1861, un des premiers hommes qu'il rencontra sur les bords de la rivière Rouge fut Murray. La rencontre eut lieu à Georgetown, petit établissement où Hargrave venu du sud par terre. s'était arrêté en se rendant au fort Garry.

" Après souper, j'allai faire une promenade, dit-il dans son livre intitulé " Red River ". Xous n'avions pas fait quinze verges que je constatai qu'une maison du village qui avait été fei-mée et inhabitée durant mon court séjour, était occupée. Après m'être informé j'appris que cette maison était la demeure de Murray, représentant local de la Compagnie de la baie d'Hudson et directeur de la traite, arrivé dans l'après-midi par

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hi bateau avec sa t'amille et ses domestiques; et coiiiiiu.' nous passions devant sa porte nous vîmes ee monsieur lui-mr-nie à l'entrée de l'enclos, funnint sa pipe devant sa maison. Kn entendant I)rononeer mon nom, M. Murray m'accueillit comme une vieille connaissance, mais comme je croyais à une ei-reur de «a part, il me dit qu'un matin je l'avais accompai-né à la gare du chemin de fer de AVaverley l^ridge, à Edimbourg. A ces paroles je me Souvins immédiatement (piVii effet cela s'était ])assé en 1857, après une nuit que M. Murray avait passée à la nuiison où j'habitais alors. J'avouai que la mémoire m'avait fait défaut mais je lui fis remarquer que le voyage qu'il avait fait en Europe en 1857 pour rétablir sa santé, avait produit des résultats tels qu'il m'était impossible de reconnaître en lui l'invalide d'Edimb<3urg. Nous nous assîmes dans un vestibule dont les murs étaient ornés ôe fusils, de gibernes, et autres instruments de chasse, suspendus avec art, et M. Murray parla longuement de certaines parties du monde qu'il avait visitées. Sa longue expérience personnelle lui permettait de parler de la Terre de Eupert comme d'un sujet bien connu, mais ce dont il parlait avec le plus d'orgueil évidemment, c'était de l'établissement du poste le plus éloigné de la compagnie, appelé fort Youcon, situé à un ou deux degrés du cercle arctiqre dans la Eussie d'Amérique." Lewi< TT. Morgan avait accompagné Hargrave depuis Saint-Paul, pour recueillir les matériaux nécessaires en vue de son grand ouvrage "Systems of Consanguinity and Affinity of the Human Family", et pendant qu'il était à Georgetown, Murray lui fut d'un orand secours dans la préparation de ses données approfondies à l'égard de la parenté entre plusieurs des tribus du ISTord-Ouest. Ce fut vers cette époque que fut confiée à Murray la charge de Lower Fort Garry où il passa plusieurs saison-. Il abandonna le service de la compagnie en 1867 et passa dans le repos les dernières années de sa vie sur les rives de la rivières Kouge. Pendant quelque temps il vécut dans un cottage au-dessous de Lower Foii Garry, qu'il appela " Kilmun ". nom de sa place natale. Plus tard il se rendit à " Belleviie ", où il mourut en 1874, âgé de 56 ans, laissant plusieurs fils et filles, dont quelques-uns vivent encore. SfiU fils aîné, Alexandre Campbell Murray, né en 1859, est, ou était il y a quelques années, en charge du fort St. James, au nord de la Colombie britannique, pour la Compagnie de la baie d'Hudson. Il entra à l'emploi de

JOURNAL DU YUKOX

la compagnie en 1870. (Aroriee's '' i\oi-tlH'i-n Interior of P>. Col.", p. 332.)

Quant au journal, bien que ne relatant pas la première exploration qui a été faite il n'en offre pas moins Ixîaucoup d'intérêt à plus d'un point de vue. C'est la plus ancienne description aussi complète que nous ayons d'une grande partie du territoire en question. Il nous fournit des renseignements complets sur les mœurs et coutumes des sauvages du Yukon au temps oià les traiteurs anglais se rendirent pour la première fois dans ces contrées ; il raconte l'établissement de ce qu'on pourrait appeler le poste le plus avancé de la Compagnie de la baie d'Hudson, et, enfin, il fait apparaître dans une lumière extrêmement intéressante les méthodes suivies dans le commerce de fourrures. Le voyage avait surtout pour objet d'établir le fort Yukon et de commencer le trafic avec les tribus du Yukon. Les hommes de la Compagnie de la baie d'IIudson empiétèrent sur ce qui formait alors le territoire russe, et par suite se trouvèrent en concurrence et dans la possibilité d'un conflit avec la Compagnie Russo-Américaine, dont Murray parle assez longuement. Que les Russes n'aient pas, comme Murray s'y attendait sûrement, tenté de le repousser sur le territoire britannique, cela peut s'expliquer jusqu'à un certain point par le fait que la Compagnie Russo-Américaine était sur le point de conclure avec la Compagnie de la baie d'ITudson un renouvellement de la convention avantageuse du 6 février 183f). Toutefois, si l'on tient compte que les Russes n'avaient pu s'assurer de la situation du nouveau poste et se rendre compte si celui-ci se trouvait sur le territoire russe ou le territoire britannique, il devient probable que cette incertitude fut la cause principale de leur sréserve en cette occurrence. D'un autre côté, Murray savait parfaitement, et il l'avoue franchement dans sa narration, qu'il construisait sur le sol russe. Cette ignorance géographique des Russes s'explique par le fait que ceux-ci, comme nous le verrons bientôt, n'avaient jamais remonté la rivière jusqu'à l'embouchure de la Porcupine, et, par conséquent, n'avaient pour se guider, que les indications très vagues des naturels; tandis que Murray, arrivant en sens inverse, non seulement avait exploré le terrain, mais pouvait profiter des observations de sir John Franklin au sujet de la longitude sur le Mackenzie, et se baser sur ces indications pour déterminer, au moins approximativement la frontière.

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Comme on le verra par sa narration, il se trompait quelque peu dans ses calculs. Et cependant, il était impossible de douter que rembucliure de la J'orrupino ('tait sitnro liion on Aovlx des limites du territoire russe. Il semble que Murray a, de propos délibéré, empiété sur le sol de ses rivaux, bien qu'il n'eût en aucune façon le droit de bâtir ou de faire du commerce à l'ouest des frontières. Telles étaient les méthodes de la traite des pelleteries et dans ce jeu, il fallait y aller à ses propres risques et périls. Il était possible, bien que ce soit peu probable, que Murray ne connût pas les conditions de la convention de 1839, par laquelle la construction de forts était expressément prohibée. Le second article de ce contrat (répété mot pour mot dans le renouvellement de 1849) se lit comme suit: Il «st de plus convenu que la Compagnie de la baie d'ITudson ne trafiquera pas avec les sauvages, qu'elle n'achètera on ne recevra en échange des pelleteries, ni ne chassera pour s'en procurer sur les parties dn territoire russe situé snr la côte nord-ouest ou sur les îles, sauf celles à elle concédées par les dispositions de l'article précédent." Comme le territoire ainsi concédé ou loué se bornait à la lisière comprise entre le cap Spencer et Portland Canal, bâtir un poste et trafiquer sur le Yukon dans les limites du sol russe étaient donc une violation évidente du traité. Néanmoins, le Compagnie de la baie d'Hudson resta en possession du fort Yukon et continua à y faire le commerce, avec ou sans le consentement de- la Compagnie Russo- Américaine, jusqu'à la vente de l'Alaska aux Etats-Unis, alors qu'elle en fut expulsée. Le capitaine Charles W. Eaymond visita le fort Yukon en 1869 pour le compte du gouvernement des Etats-Unis. '' Le 9 août, à midi", dit-il, (Report of a reconnaissance of the Yul-on Hiver, 1871, p. 16) " je donnai avis an représentant de la Com]iagnie de la baie d'Hudson que le poste était situé sur le territoire des Etats-Unis, qu'il était illégal d'y introduire des marchandises de commerce ou d'y trafiquer avec les naturels, et que cela devait cesser; de plus, que la Compagnie de la baie d'Hudson devait évacuer les bâtiments aussitôt que faire se pouvait. Je pris alors possession des bâtisses et hissai le drapeau des Etats-Unis sur le fort." La Compag-nie de la baie d'Hudson abandonna ensuite ce poste et remonta la rivière Porcupine jusqu'aux Ramparts, où elle bâtit Rampart House un peu à l'est du 142e degré. Comme la situation astronomique du fort n'était pas

alors connue, et que Ton doutait qu'il se trouvât sur le territoire britannique, il fut transporté douze milles plus haut à un endroit que Ton supposait être hors de tout doute le côté est de la longitude 141e, où se trouvait la frontière internationale, (^le la situation exacte de Bain part House n'ait été connue qu'à une date assez récente, cela est indiqué i)ar une carte de la Commission géologique du Canada (1890) annexée au McConndl's Be port of an exploration in the YuJ.-on and Mackenzie basins (Annual Beport of the Geol. Survey, N.S., vol. 4). ?ur laquelle carte le fort se trouve situé sur le côté américain de la frontière, de fait à l'oue-st de la long. 141° 30'. J. TF. Turner, du service géodésique et des cartes des côtes des Etats-Unis, qui explora la Porcupine sur le côté américain, en 1S80, trouva que Bampart House était situé à 67° 8' de latitude nord et à 141° 46V de longitude ouest, près de 20 milles à l'ouest de la frontière". Comme résultat de ces relevés, la compagnie, en 1890, dut transporter à un autre endroit Bampart House qui, cette foi>. >e trouva incontestablement sur le territoire canadien.

Au sujet de l'exploration de la rivière Yukon et quant à savoir jusqu'à quel point sa découverte peut être attribuée aux Eusses, il n'est pas possible d'admettre le récit de ^Murray, bien qu'il se fût trouvé sur le terrain et qu'il n'eût aucune raison de grossir outre mesure les prétentions de ses rivaux commerciaux. Dali, Petroff, Baker et Whymper, qui tous ont étudié avec soin cette question et qui avaient à leur disposition les récits d'explorateurs russe?, conviennent que les Russes ne remontèrent jamais la rivière plus haut que l'embouchure de la Tanana. Dans son rapport sur la population, les industries et les ressources de l'Alaska, Ivan Petroff dit que Glazunof, en 1836, explora le Yucon (appelé alors Kvikhpak) aussi loin que îTaluto. Marcus Baker, dans son " Geographic Dictionary of Alaska ", indique 1837-38 comme la date de cette première exploration et dit que durant cette dernière année, Malakof bâtit un blockhaus à JSTulato. Ailleurs il est dit que cette construction se fit en 1839. Le blockhaus fut incendié par les naturels et reconstruit en 1841. Kulato est à environ 400 milles de l'embouchure de la rivière. Au mois de juin 1843 Zagoskin, de la marine russe, explora la rivière jusqu'à l'embouchure du ISTowikakat à une certaine distance de Xulato mais à cet endroit l'attitude hostile des natifs le força de retourner. Il publia plus tard un journal volu-

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miueux de ^es vovages dans les valkVs du Viicoii ot du Kuskovim. Le Xowikakat semble avoir été le jwint extrême atteint par les Russes à l'époque du voyage de ^lurray. Quelque temps après réret'tion du fort Yukon les traiteurs russes remontèrent la rivière jusqu'à A'^uklukayet sur la rive ouest, quelques milles au-dessous de l'emboucliure du Tanana. Dali (Alaska and its resources, 27G-7) est d'avis que cela n'eut lieu que vers 1860 taudis que A. H, Brooks, qui fait partie du corps des géologues des Etats-Unis, croit qu'il est probable que les Russes atteignirent ce point vers 1850. En tout cas, ce fut après et non avant la visite de ^lurray, et le point atteint alors était encore bien éloigné du fort Yucon. Dans une lettre du 24 octobre 1908 adressée au géographe du département de l'Intérieur, M. Brooks dit: "Il est facile de comprendre pourquoi les traiteurs russes n'ont jamais remonté la rivière au delà de Xuklukayet, c'est parce qu'il était impossible de manœuvrer leurs ])ateaux massifs dans le courant rapide qu'il faut franchir d'un bout à l'autre do la région Earn part. Il semble que les traiteurs de la baie d'Hudson ont atteint le même point en descendant la rivière à partir du fort Yucon pour trafiquer avec les natifs. [Cela se passait naturellement après 1837.] S'il est nécessaire de fournir une preuve indubitable que les Russes connaissaient le Yucon jusqu'à l'embouchure du Tanana, elle se trouve dans le fait que les natifs du bas du Tanana ont inclus un grand nombre de mots russes dans leur vocabulaire. Comme il est reconnu que ces derniers ne descendaient pas le Yucon ils ont dû s'approprier ces mots dans leurs relations avec les traiteurs russes à l'embouchure du Tanana."*

En conséquence il n'est pas possible d'accepter les données de Murray, si formelles qu'elles soient, à l'effet d'admettre que les Russes ont exploré le Yucon non seulement jusqu'à l'eml>ouchure de la Porcupine mais jusqu'à sa source même, avant l'apparition de John Bell ou de Robert Campbell sur la scène.

* ' Il semble que l'esquisse de cette partie de la rivière qui se trouve au-dessous de remboiachure de la Porcupine (carte d'Arrowsinith, 1854) est due aux traiteurs de la Compagnie de la baie d'Hudson, car avant que Campbell ait communiqué ses observations géographiques à Londres, en 1-S53, ceux-ci avaient déjà rencontré les traiteurs ruè^es à l'embouchure de la Tanana. Plus tard, en 1863. J. S. Lukeen, de la Bussian Trading Cony pany, remonta cette Tivière jusqu'au poste de la Compagnie de la baie d'Hudson. le fort Yukon situé à l'embouchure de la Porcupine— G. M. Dawson, "Yukon District," Commission géologique, 1887-8.

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Murray a obtenu ses renseignenieuts des natifs par l'intermédiaire d'un interprète et il est probable que ceux-ci ou lui-même ont involontairement accordé aux Russes le crédit d'explorations (['10 Campbell avait poussées de l'avant sur les rivière- JJard et Pelly. En tout cas l'on ne saurait se baser sur les données insuffisantes de j\lurray pour enlever à Campbell l'honneur d'avoir découvert et exploré le Yucon depuis sa source jusqu'à la Porcupine.

Le récit des explorations de Campbell est contenu dans une brochure intitulée The Discovery and Exploration of the Youcon [Pelly] Hirer, publiée à ^Yinnipeg en 1885, à laquelle ont été ajoutés des renseignements obtenus de l'auteur par feu le Dr George M. Dawson et qui forment un supplément intitulé Beport on- an Exploration in the Yukon District (Rapport de la comm. géol., X.S., vol. III). Il est indiqué à cette source que Campbell partit du fort Halkett sur le Liard au mois de mai 1840 et qu'il remonta cette rivière jusqu'à un lac qu'il nomma Frances en l'honneur de Lady Simpson. Avec leurs couvertes et leurs fusils sur les épaules, Campbell et ses hommes remontèrent la vallée d'une rivière jusqu'au lac où celle-ci prend sa source et que Campbell appela lac Finlayson. De cet endroit il atteignit la Pelley ainsi nommée par Campbell en l'honneur du gouverneur Pelley de la Compagnie de la baie d'Hudson. Le fort Pelly Banks fut érigé en 1842 et au mois de juin de l'année suivante Campbell descendit la Pelley jusqu'à la bouche d'un cours d'eau qu'il appela le Lewes, en l'honneur de John Lee Lewes de la Compagnie de la baie d'Hudson, alors que l'hostilité des natifs le força de retourner. Il retourna à cet endroit au mois de juin 1848 et érigea au confluent des rivières Pelley et Lewes un fort qu'il nomma fort Selkirk. Deux ans après il continua son exploration du Yucon qu'il descendit jusqu'au fort Yucon où se trouvait encore Murray avec lequel il remonta la Porcupine jusqu'au poste Lapierre. Il atteignit ensuite le fort ]\IcPherson après avoir traversé les montagnes puis finalement remonta le jMackenzie et atteignit le fort Simpson à la grande surprise des officiers du poste, car l'on ig-norait toujours que la Pelley et le Yukon ne formaient qu'une seule et même rivière et qu'il existait des communications par eau entre le Mackenzie et le Liard que l'on remontait, entre celui-ci et la Pelly et le Yucon que l'on descendait puis entre

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ces tleniic'i'os et la I'onu jniir (nic \\n\ rciiioiitait |iniir ;ii k indiHi de nouveau le ^lackenzie.

Après l'érection du fort Yucon en 18 17 et la preuve fuurnie par Campbell qu'il était plus facile d'atteimlic le ^'lI(•Mll par la route de la Porcupine que ])ar celle i\\\ Liartl, li pi-ciiiir'i'c devint la route régulière pour le trafic depuis le Mackenzie jusqu'aux postes du Yucon, Cependant il ne fut rien ajouté en fait de données géographiques aux maigres renseignements fournis par l'exploration de Bell avant 1888, alors que R. G. McConnell, de la Commission géologi(pie parcourut les régions vi-itée- par Bell d'abord et ensuite par Murray. Il se trouve un récit complet de ce voyage dans son Report on an Exploration in the Yucon and Marl-cnzie Basins. Commission gét (logique, X.S., Vol. TV.

Ce journal ainsi que les données de Koderick MacFarlane qui connaissait ]\lurray intimement, démontrent que celui-ci avait reçu une bonne éducation, qu'il avait du goût et qu'il était en même temps un habile et heureux traiteur. Parmi les choses intéressantes qu'il a laissées il faut citer la série d'esquisses qui accompagnent ce journal, esquisses tracées dans l'accomplissement de multiples devoirs, dans des circonstances très difficiles et avec nulle autre instrument que : " Quelques plumes d'acier usées à l'extrême car c'est la troisième année que l'on en fait usage". Les lecteurs de V Arctic Searching E.rpedn'lhn de sii- John Richardson y reconnaîtront immédiatement quelques-unes de ce- esquisses qui y sont re])rnduites en couleurs.

Richardson a entretenu une correspondance avec ^Furray et plusieurs lettres de celui-ci sont citées dans son livre. II a aussi recours constamment à ce journal que le |)remier agent INFc- Pherson avait mis à sa disposition au fort Simpson. Au dire de Richardson, Murray avait l'intention en 1850 d'explorer nue partie du Yucon au-dessous du fort, car il écrit ce qui suit: " C'était probablement le rapport que son parti avait été vu qui induisit le capitaine Collinson à débarquer le lieutenant Barnard et M. Adams au fort Micliaelowsky pour s'assurer quels étaient ces blancs ". Cette exploration a pu se faire durant cette même année avant le départ de Murray avec Campbell pour le poste Lapierre, mais comme il n'existe aucune preuve directe à ce sujet c'est un fait qui reste incertain.

JOUK.NAI- DU VLTKCN l:{

Pour compléter le i)r6sent j(jiirnal, il est à propos d'insérer ici les lettres ci-après de IMurray à Uicliurdson : —

Au mois de mai 1850, il écrit ce qui suit du fort Yukon: " 11 peut se faire que ma description du cours de cette rivière ainsi" que l'espèce de carte marine que j'en ai dressée d'après les indications obtenues des sauvages, vous induisent en erreur au sujet de l'embouchure de la rivière. Je suis convaincu aujourd'hui que cette rivière et le Colville sont deux rivières différentes et je suis j^orté à croire depuis quelques années que l'embouchure de la première est à l'ouest. Les Russes ont remonté régulièrement depuis quelques saisons la partie inférieure de cette rivière. On m'avait informé en premier lieu qu'ils y entraient par une autre rivière, mais des sauvages qui sont descendus les renconti'er l'été dernier, m'ont déclaré positivement qu'ils y entraient directement de la mer. J'ai reçu par l'entremise de l'un de ces sauvages une lettre des Russes écrite dans la langue de ces derniers et par conséquent inintelligible pour moi. Le saumon et la truite hook-nosed remontent la rivière mais ils ne se rencontrent pas dans le Mackenzie ni dans les rivières qui se jettent dans l'océan Arctique. J'ai encore souvent questionné les Gens du large ou sauvages du nord qui visitent la côte de l'océan Arctique et j'ai constaté qu'ils ne connaissent pas l'embouchure de la rivière. A partir de la Porcupine sur un parcours qui exige deux jours de marche en hiver, le Yucon se dirige â l'ouest et au sud-ouest et les natifs disent qu'il coule dans cette direction. Je suis par conséquent enclin à croire que le Colville est une rivière plus petite que le Y'ucon et que ce dernier -e décharge dans le Norton Sound ".

Dans une autre lettre Murray donne les renseignements intéressants qui suivent au sujet de l'arrivée des oiseaux aquatiques dfns la vallée du Yucon: " Des deux sortes de cygnes connu? on ne voit que les plus grands ici (Cygnus huccinator). Ils se dirigent au nord de la Porcupine pour aller couver parmi les lacs. Les outardes (i.e. Canada geese) s'y trouvent en abondance et couvent partout depuis le cap Council sur le Missouri jusqu'aux environs de la mer polaire. Elles construisent souvent leurs nids sur des rochers élevés sur les bords de la rivière Porcupine, oil on devrait ne rencontrer que des faucons et des corbeaux. Comment réussissent-elles à descendre leurs petits ? Elles doivent les transporter d'une manière ou d'une autre. Les

AKCllIVES CANADIENNES

corbeaux et les gros goëlaiuls détruisont nu grand nombre de jeunes outardes. Je suis en état de vous donner des renseignements exacts au sujet des endroits où couvent les laughing geese (Anser albifrons), car j'ai vu moi-niêuie quelques-uns de leurs nids et depuis que j'ai reçu votre lettre j'ai cherché à me renseigner davantage en questionnant les sauvages du nord. Ces oies construisent leurs nids sur les bords des marécages et des lacs un peu partout dan^ la région située au nord de la Porcu}nne où le terrain est marécageux. On ne les rencontre à l'époque où elles couvent que près des coudes de la rivière qui se trouvent le plus au nord et Ton n'aperçoit que les mâles. Elles se dirigent vers les endroits où elles doivent couver au commencement de juin et construisent leurs nids parmi de longues herbes ou dans de petits taillis où il est difficile de les apercevoir. Elles sont très craintives durant la période d'incubation et lorsque quelqu'un s'approche du nid, elles cherchent à s'esquiver sans être vues pour se montrer ensuite à quelque distance ; elles s'y prennent comme le coq de bruyère pour éloigner l'intrus de la place. En dépit de notre habitude impitoyable de prendre des œufs de toutes sortes pour varier notre alimentation, je n'ai pu m'empêcher d'avoir pitié de la laughing geese dont le souci au sujet de la conservation de ses œufs finit souvent par révéler l'endroit où se trouve son nid. Si cet oiseau nage à une distance de quelques cents verges et qu'une personne vient à passer près de son trésor sur les bords du lac, immédiatement il commence à s'agiter avec impatience et ne retrouve son calme que si l'intrus passe sans voir son nid. Aussitôt que les œufs sont enlevés, ces oiseaux s'élèvent au-dessus de l'eau et viennent passer près de la tête du ravisseur en poussant un cri plaintif. Cette sorte d'oies est plus nombreuse que toute autre sorte d'oiseaux dans la vallée du Yucon et le nombre de celles qui y passent se dirigeant au nord est peut-être égal à celui de toutes les autres espèces. Les Gens du large (iSTeyetse-kutchin) qui visitent régulièrement la côte nord pour trafiquer avec les Eskimos, disent que dans cette région ils n'en ont jamais vu au-dessus de la mer dans la direction du nord. Parmi les oiseaux qui passent ici il y a des oies blanches (Chen myperhoreus) et même des noires que vous n'avez probablement jamais vues. Il en passe quelques-unes sur la rivière Peel mais elles passent en plus grand

JOUBNAT. DU YUKON 15

nombre sur le Yiikim. Ce Si>nt de très beaux oiseaux, beanc(>ii]) plus petits que les oies blanches, d'une couleur foncée qui tire sur le brun; elles ont une ligue blanche autour du cou et la forme de la tête et du bec ressemble à celle de l'outarde. ("Cette description", dit Kichardson, " s'ai:)pliqne assez bien à l'oie sauvage, Anser hernida".) Les oies noires sont les moins nombreuses et les derniers oiseaux qui arrivent ici. Elles volent en troupes nombreuses avec une grande vitesse et passent sans s'arrêter durant quelques jours pour se nourrir, comme le font les autres oiseaux. Elles s'abattent toujours sur l'eau et si elle> veulent atteindre la terre elles nagent jusqu'au rivage. Elles sont très grasses et leur chair a un goût huileux et désagréable. Les outardes, les laughing geese, les canards et les grands goëlands font leur apparition ici du 27 au 29 avril. Les oies de neige et les oies noires arrivent vers le 15 ou le 16 mai alors que les autres variétés d'oiseaux s'y trouvent en grand nombre, et à la fin de ce mois tous les oiseaux sont passés, à l'exception de quelques-uns et des outardes surtout que l'on aperçoit même durant le mois de juin. Les oies blanches et les noires ne couvent que sur les bords de la mer Arctique. Elles s'en retournent au mois de septembre et au commencement d'octobre alors qu'elles volent à une grande hauteur et s'arrêtent rarement.

10 A Kl 11 INKS CAXAIUK.N .\KS

Richardson a aussi obtenu de Murray le vocabulaire suivant:

VOCABULAIKE DES KUTCHINS DU YUKON OU KUTCHIKUTCUl. Par m, Murray.

Animaux.

Français. Kutchin.

Ours so.

Ours giis si-i.

Castor se.

Renard rouge nakath.

llemird noir nakath-barhata-uiliz-ze.

Renard croisé nakath-60.

Renard blanc (arctique) etchi-a^hwi.

Lynx du Canada ni-itchi.

Marte tsu-ko.

Mink tchith-ei.

Loutre tsu-e.

Rat musqué tzenn.

Loup zo.

Lièvre (américain) ke.

Vol verenne (glouton) lekh-ethu-e.

Phocjue nat-tchuk.

Elan tin-djuke.

Renne bet-zey.

Oie kre.

Cygne ta-arr-zyne.

Grue che-a.

Canard tet-sun.

Coq de bruyère akh^ail.

Poisson — Saumon tleukli-ko.

Poisson blanc (Coregonus) tleukh-ko-tak-hei.

Brochet allo-ti-in.

Poisson blue (ombre) rsi-tcha.

"Mêthy (Lota)" che-tlukh.

Articles de commerce.

Alêne tha.

Hache ta-e.

Perlée nak-kai-e.

Ceinture tho.

Couverte tselta.

Boîte à tabac tseltro\v-ti-ak.

Boutons yei-kai-thit-le.

Casfiuette tsa-kol-u.

Bonnet tsa-til-ek-ha.

Capot ou habit ik.

Habit de laine chai-ik.

Ciseau so-itt-se.

Peigne tcheir-zug.

Dague nil-ei-sho.

Lime kuk-i.

Jarretière lekath-at-hai-e.

Miroir mutchai-e-i-a.

Fusil te-egga.

Pierre à fusil bech-tsi.

Tire-bourre ko'ggo-te.

Poudre à fusil tegga-kon.

JOURNAL DU yUKOX 17

VOCABULAIRE— 5ui<e.

Articles de commerce.

Français. Kutchin.

Corne à poudre a-ki-itohe.

Chaudière thi-^a.

Couteau r'si.

Anneau ilat-thekk.

Chemisa azu-e-i-ek.

Menu piomb tegga-atsil.

Balle tegga-atclio.

Briquet d'acier il-i-a.

Drap athit-li.

Fil athit-li-itohi.

Tabac se'ei-i-ti-it.

Pan/talon iUei-ik.

Vermillon tingi-ta-tseikh.

Divers.

Français. Kdtchin.

Arbre tetcli-li,au.

Un saule kai-i.

Herbe tlo.

La terre nunn.

Eau tchu.

Rivière ban.

Lao van.

Pluie akh-tsin.

Chaud konni-etha.

Froid konni-eka.

Aâamé sei-ze-kwetsik.

Fatigué kei-a-«ethelth-krei.

Malade.. eth-ill-seyk.

Montagne tha.

Vallée kra-tanne.

Soleil r'sey-e.

Les étoiles thun.

Rocher tohi.

Maison ou fort • • • izze.

Cabane ou tente ai-ti-a.

Aro alt-heikh.

Flèolie.. ki-e.

Canot tri.

Bon neir-zi.

Méchant bets-.li€-te.

Jour tzin.

Nuit tatha.

Sommeil nokh-tchi.

Repos tuggath-illa-e.

S'asseoir tchith-u-etcha.

Marcber ka-whot-el.

Courir sha-toeha.

Tirer at-el-ke.

Tuer beshei-en-i-eclia.

Homme tenghi.

Femme tren-djo.

Garçon tse-a.

Fille mitchet-ei.

Chien tleine.

Traîneau latohan-vultl.

18 AlîCllIVKS CAXADIKNXKS

VOCABULAIRE— i-'iu.

Français. Kutciux.

1 Tih-lagga.

2 nak-h.-i.

3 tlii-eka.

4 TiUi-na.

ô.. .. illa-kon-elei.

6 neckhki-et-hei.

7 aitaitsio-newk-he.

8 iiak-liei-etan-na.

9 nuntclm-niko.

10 tikh-lagga-chow-et-hi-en.

11 tikh-lagga-mik-ki-tagga.

12 iiak-hei-mikki-tag<,'a.

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