Lac Rot
44 Ai;riii\i:s canadiionnks
O. 11, O. .',, (plusieurs petites îles) S.O. 2^, O.S.O. 1, (île à droite) S.S.O. },, S.E. 1^, S.S.O. 1^, O. ^, (rivière peu profomle et le bateau s'cclioue. Nous apercevons de la fumée plus bas sur la rive, à un endroit apjiolé " portage du canot " et les sauvages se bâtèrent de s'y rendre; à leur retour ils nous apprirent que c'était le feu (h la mort. Lorsque quelqu'un meurt chez ces sauvages, c'est la coutume de faire un feu à un endroit en vue, où ils savent que leurs amis doivent passer. Ils enfoncent dans la terre nue branche de saule à laquelle sont suspendus les cheveux du défunt. Ils nous iirent part des indices, que je ne connais pas, à l'aide desquels ils reconnurent que la pei-sonne décédée était un vieillard et comme ils étaient inquiets au sujet lie' leurs parents, ils se préparèrent à ])artir et nous dirent de suivre le côté gauche d'une grande île que nous devons atteindre demain. En ce moment on vit s'élever du côté sud une fumée épaisse indiquant un feu qui devait servir de signal et à cette vue ils se hâtèrent de partir. Ils prirent leurs canots sur leurs épaules et disparurent parmi les saules. Les sauvages de la rivière Peel ont continué avec nous) N.O. ^ 0 2, KO. i, O.S.O. i, S.O. J, S.O. 1 S. i, S.S.O. 2f, (suivons un petit chenal à droite) O. ^, (rejoignons le chenal principal) N.O. ^, O. 1^, S.O. 1 S. 4 oil nous campons pour la nuit à 6^ h, ; les hommes sont très fatigués. Les îles, les battures et les petits chenaux augmentent à mesure que nous descendons et la navigation devient par suite plus difficile ; le fond que nous avons souvent touché est mou et se compose de graviers. Le courant se maintient très fort, les rives sont basses et l'on y trouve les plus grands arbres que nous ayons encore vus sur cette rivière. En plusieurs endroits, il ne sera pas possible de remonter en bateau le printemps qu'en poussant avec des perches, car il est impossible d'avoir recours au halage ni de se servir de rames. La soirée est chaude et belle.
25. Le matin est beau et nous nous mettons en route avant 5 h. S.O. ^ S. 1, O. ^ S.O. If, (un chenal à droite) KO. i K 2, O. i, KO. 2, S.O. li, S.S.E. i, S. l S.O. 1^, O.S.O. 1|, O. i S.O. If, (un chenal à gauche) S.O. ^ O. i, (petit chenal ou rivière à droite, bords mous et minés, rivière étroite) S.O. 1, la rivière se divise, ce doit être ici la tête de l'île indiquée par les sauvages. Nous suivons le plus pe^it chenal à gauche S.O. ^ O. 2, S. i S.O. i, S.S.E. f, S. 1 S.O. li O. 1 N.O. f (chenal
JOUKNAL DU YUKON' 45
de chaque cûtc) tS.O. | O. },, S.S.O. J [ ( i-cjoiaii'ui- le clu.-iuil principal^ S.O. ^, S.S.E. 1, (une rivière <l<»iu l'eau est claire vient se déverser de l'est^) S.S.d l.';, (). 1, (chenal à droite) S.O. I O. I, S.O. ^ S. I'll, (une antre petite rivièi-e dont l'eau est claire, que l'on croit une branche de la précédente, vient se déverser de Test) O. ^ S.O. 1, (chenal à gauche) S.O. | S. j, S.E. -i S. ^, S. i S.E. §, (lac à gauche) S.O. { S. ;.,. (lu rivière se divise de nouveau, nous suivons le chenal de gauche) O. i S.O. i O.N.O. 1, O. i S.O. l S. h O. h O.KO. i O. i S.O. I, s. ^ S.O. 5 (la rivière se bifurque encore et nous passons du côté gauche) 0. ^ S.O. ^, O.IST.O. 1, (un lac à droite) S.O. ^ S. -J, (nous nous échouons à un endroit étroit et peu profond, nous craignons d'avoir pris le mauvais chenal, mais le sauvage de la rivière Peel qui est avec nous nous dit que nous allons rejoindre bientôt le chenal principal et tout le monde est requis de se mettre à l'eau et de tirer le bateau qui cLt presque à sec; il n'y a pas de courant ici) S.O. ^ S. ^, S. ^ S.E. h S.S.O. i, O. i KO. i K h O. h S.O. h o.s.o. i, KO. -i, X. i KO. i KO. i O. i, O.KO. i, S.O. i O. h S.S.E. 1, S. i S.E. I, S.O. l S. 1, (Un petit lac à gauche) O. i, O. i N.b. i, -N. J Iv^.O. 1, O. i, S.O. i, K 1, îsLE. i K i, KO. i, O. f , O.S.O. 1 KO. i, K 1 KO. h K i KE. h E. i KE. i, (petit chenal à droite) X.O. ^, X.O. | O. f , (la rivière est devant nous et c'est avec beaucoup de difficulté que nous parvenons à faire avancerle bateau, car cette fois-ci nous avons suivi le mauvais chenal et nous nous trouvons comme emprisonnés entre les deux rives ; enfin nous atteignons l'eau profonde 'K. &by S." f , S. 2, S.O. 1 O. 1, O. l ^.O. i, (chenal à gauche) O.S.O. 2. (Une petite rivière à gauche et deux chenaux à droite) S.S.O. f. O. 1, X.IS^.O. f , (large chenal à droite) KÎ^T.O. 1 ; en contournant la pointe nous apercevons sur la rive sud, quatre sauvages qui tirèrent deux coups à notre approche. L'eau était basse près de la rive et comme nous leur demandions où se trouvait le meilleur endroit pour aborder, ils répondirent que
1. Probablement la rivière Biy Black qui vient du sud-est se jeter dans la Poi-cupine. Murray a passé au-dessus de la rivière Bîq Black la rivière Salmoii mais il ne l'indique pas dans sou journal. McConnell dit qne sur un parcours de quelques milles au-dessus de son embouchure la Porcupine se divise pour faire le tour de nombreuses îles et qu'il faut avoir soin de suivre le bon chenal parmi les nombreuses ramifications que Ton y rencontre souvent. McConnell indique que la distance entre le poste Rampart et l'embouchure de la Porcupine est de cent milles environ^ en ligne droite et de cent cinquante milles si l'on suit le cours de la rivière.
46 Ai:«iii\i
l'A N A I II K.\ N 1-^*
nous n'avioiis ain'inio r:ii.><»n «raller à terre parce que personne ne se trouvait là. \'ous y êtes, vous autres, répliqua l'interprète; ils nous dirent alors qu'ils n'avaient rien à nous donner, mais en arrivant sur la rive nous apercevons les dépouilles d'un gros élan qu'ils venaient de tuer. Après avoir distribué un peu de tabac à chacun d'eux et leur avoir fait part de l'objet de notre visite ils devinrent i)lus coniniuuieatifs et nous donnèrent beaucoup de renseignements au sujet de la rivière, etc. Ils nous apprirent qu'ils nous avaient attendus l'année dernière mais «pie certains rapports des sauvau'es liai leur avaient tait ])erdre l'espoir de nous voir aujourd'hui; tout de même qu'ils étaient heureux de nous voir arriver et que tous ceux de leur nation s'en réjouiraient, mais que (les "Gens du fou") d'autres gens qui habitent une région plus éloignée dans le haut du Youcon, en seraient fâchés. Ils avaient eu peur en nous apercevant parce qu'ils ne nous connaissaient pas et c'est pour cette raison qu'ils n'avaient pas désiré nous voir aborder. Ils échangent ensuite volontiers leur viande fraîche contre de la poudre et des balles et après avoir conversé et fumé durant une demi-heure nous rejoignons la rivière qui est tout près et les sauvages nous accompagnent dans leurs canots — N. O. -|- O. 1. Encore une bordée, S.S.O. ^ de mille et nous atteignons l'eau bourbeuse du Youcon. Les sauvages nous ayant dit qu'il n'y avait pas de batture en aval, la proue du Pioneer est tournée du côté du courant et comme nous sommes tous heureux d'arriver au terme de notre voyage nous poussons de l'avant avec vigueur; nous passons derrière une île en nous dirigeant au S.O. et à l'extrémité supérieure de celle-ci nous atteignons le chenal principal et nous sentons alors toute la force du courant du Youcon. Le courant du McKenzie n'est pas à comparer avec ce dernier et à certains endroits c'est avec beaucoup de difficulté que nous parvenons à le rebrousser à force de rames. En outre les bords surplombent la rivière a un tel point et ils sont couverts d'un bois tellement épais et d'un si grand nombre d'arbres renversés que le halage y est également difficile, sans compter que la rivière est trop profonde pour se servir de perches. Quelquesuns des homme- sont envoyés à terre avec des haches pour ouvrir un passage et après avoir doublé la pointe nous avançons im peu plus facilement. Après avoir franchi un autre mille dans la direction du sud et du sud-est, nous abordons à l'entrée d'un
.lOUIi.NAL DU VIIKO.X 47
petit lac à 9i h. avec l'intention de camper, mais les maringouius semblaient en avoir décidé autrement. Au moment du départ nous nous félicitions de pouvoir sortir de la rivière Peel avant la saison des maringouins, mais nous n'avons réussi qu'à tomber de fièvre en chaud mal. J':ii traversé les marais du lac \^<mtchartrain et la Balize le long do la rivière Red (Texas)' et la plus grande partie de la région où abonde le " Gullinipper ", mais je n'ai jamais rien vu de semblable nulle part. Nous ne pouvons ni parler ni resjjirer sans en avoir la bouche remplie, ni fermer les yeux sans eu sentir une demi-douzaine entre les paupières; des feux allumés tout autour de nous ne nous sont d'aucun secours.^ Plutôt que d'être dévorés ici, les hommes, bien que fatigués, préfèrent lutter encore contre le courant afin d'atteindre un endroit sec et découvert que les sauvages nous ont indiqué. K'ous y arrivons après une demi-heure de rude halage et nous campons sur les bords du Youcon.
Je dois avouer au moment où je suis assis, après avoir allumé ma pipe et m'être barbouillé le visage de jus de tabac pour tenir à distance les satanés maringouins qui m'environnent comme une nuée, que ma première impression du Youcon est loin d'être favorable. Xous n'avons fait que 2^ milles et je dois dire que c'est la rivière la plus affreuse que j'aie vue; ses rives partout basses ont été apparemment submergées dernièrement et l'on aperçoit des lacs et des marais en arrière; les arbres sont trop petits pour servir à la construction, l'eau est horriblement sale et le courant impétueux, mais je suis encouragé par le sauvage qui nous renseigne et qui nous dit que non loin d'ici se trouvent des terres plus élevées.
Le trajet à partir du poste Lapier a duré huit jours, mais nous avons été retardés beaucoup par la pluie et les vents contraires. L'été prochain la rivière sera mieux connue et à la saison des hautes eaux, si le temps est favorable, je ne doute pas que le trajet puisse s'accomplir en six jours. La distance du
1. Le lac Pontchartrain se trouve à six milles environ de la Nouvelle- Orléans. Un canal le relie à la ville et au Mississipi. Balize l'une des pilot-towns près de l'embouchure du Mississipi. La rivière Red, l'un des tributaires du Mississipi traverse le Texas et plusieurs autres Etats.
2. Les rapports des voyageurs de l'Amérique du Nord au sujet du Diaringouin vigoureux et actif sont uniformes. W. W, Kirby qui afa-it le trajet du poste Lapierre au fort Yucon, vers 1860, dit qu'il a rencontré par nuées les maringouins les plus voraces qu'il ait encore vus dans cette région.
48 AlJC'IlIVKti CANADIKNNES
poste L:i[»i('r au ^ i>iikiin est (iraprrs iiinu calfiil) dc ([iiatrc cent einqiiante-deux millos/ mais ce cliifiro, direz-vons, n'est qu'appruxiiualit'. II no saurait eu être aul renient si l'on tient eompte q.i'il v a une uiull il ndc de poiiito aiiiiics ci (ic dclours au ^^ujct descjnels tout calcul ne i)eut être rigoureusement exact. Cependant j'ai fait ce travail avec autant de i)récision qne possible et je présume (pie par la suite il sera trouvé que mes données sont à peu près correctes. Je vous ennuie peut-être en vous communiquant avec autant de minutie des observations sans importance, mais je l'ai déjà dit il faut que ce journal soit rempli et j'ai suivi rexcm])l(» donné au sujet de la rivière ^fcKeuzie et de quelques autres parties de cette région, — le grand feu sur la Columbia, par exemple, — en donnant les proportions d'un long récit à ce qui pourrait être condensé dans une lettre ordinaire.
x^ous sommes tous arrivés ici sains et saufs vendredi, 25 juin, et je commence ce jour même à écrire régulièrement mon journal en continuant de faire le récit de chaque jour subséquent du mois, atin de domier ici un compte rendu plus complet de nosi premières rencontres avec les natifs.
Je suis parti le lendemain matin (samedi, le 26,) avec trois hommes et l'un des sauvages pour explorer les bords de la rivière afin d'y trouver un site pour ériger notre fort. Le sauvage qui nous servait de guide semblait heureux et fier de nous indiquer les meilleurs endroits et de nous faire la description des bords de la rivière en amont et en aval. A l'exception de deux endroits oit il nous a conduit, nous avons trouvé le terrain partout trop bas avec les traces qu'y ont laissées des inondations. Le site choisi est certainement le meilleur et répond bien à notre but sauf la rareté du bois de construction. C'est une lisière de terrain sec parallèle à la rivière, d'une longueur de 300 verges et d'une largeur de 90 ; les bords de la rivière sont ici sablonneux et minés comme ils le sont d'ailleurs partout où nous sommes allés, mais une grande batture s'étend en face et en amont de celle-ci se trouve une île longue d'un mille environ qui fait dévier le courant et rempêche de miner les bords, excepté à l'époque des hautes eaux peut-être. En arrière s'étend ime
1. McConnell établit Que la distance est de S37 milles, savoir : du poste Lapierre jusqii'à l'emboucliiire d© la rivière Bell, 30 milles -. de la rivière Bell jusqu'au poste Rampart, 157 milles; du poste Rampart jusqu'au fort Yukon, 150 milles.
grande lisière cle terrain élevé mais celle-ci est trop éloignée de la rivière. L'autre endroit avantageux pour un site se trouve à un mille plus haut sur le même côté de la rivière ; le terrain y est plus élevé encore mais les bords se composent entièrement de sable, le bois y est encore plus rare et le petit chenal à cet endroit passe derrière l'île et se trouve presque fermé et à sec quand vient l'automne. Après avoir fait le meilleur choix possible nous sommes retournés où nous avions laissé le bateau que nous avons halé jusqu'à notre campement final puis les marchandises et tous les autres effets ont été transportés à terre et placés en siireté pour la nuit.^ Après avoir appris aux sauvages que nous étions décidés de nous installer ici, deux d'entre eux sont allés informer leurs amis de notre arrivée tandis que les deux autres sont restés avec nous. L'un de ces derniers est le chef d'une petite bande qui se compose de quatorze hommes qui lui obéissent, dit-il, comme ses propres enfants. Son père était mort récemment et le feu de la mort que nous avions aperçu sur la Porcupine avait été allumé pour annoncer sou dccè^. Il parlait souvent de son père qu'il aimait et regrettait beaucoup et quelquefois son agitation était telle qu'il pouvait difficilement articuler ses mots. Le vieux chef, disait-il, avait été un temps un grand homme et un grand guerrier et il aurait été heureux de revoir les blancs (c'était lui que M. Bell avait vu au camp des sauvages Bat) ; avant sa mort il avait donné de bons avis à son fils. Il ajouta qu'il savait que son père ne pouvait vivre longtemps lorsqu'il avait refusé de se soumettre à ses dernières volontés, que depuis trois jours et trois nuits ses larmes n'avaient cessé de couler, parce qu'il n'avait pas de tabac à fumer sur la tombe de son père, mais qu'aujourd'hui il était heureux parce que je lui en avais donné et qu'il allait le conserver précieusement. Je lui dis qu'il pouvait le fumer et que je lui en donnerais d'autre quand il nous quitterait. Je lui ai donné un couteau pour le récompenser de nous avoir fait explo-
1. Murray indique ailleurs que le fort Yucon se trouve à 3 milles audessous de rembouchure de la Porcupine, sur le côté est à\\ Yukon. W. W. Kirby dit "environ trois milles". McConnell indique qii'il se trouve à " un mille et demi au-dessus du confluent des deux cours d'eau ". Celui-ci ajoute que le fort Yukon qui était à Torigine, Tun des meilleurs forts érigés dans le' nord, n'est plus aujourd'hui (1888) qu'une chose du passé, et à l'exception de l'un des bâtiments extérieurs qui doit probablement avoir disparu à l'heure actuelle, le reste a été démoli pour fournir du bois aux bateaux à vapeur.
50 AKClllVKS CANADIENNES
rer la rivière, etc. ; je lui ai aussi fait présent d'un peigne, d'un miroir et d'un peu de vermillon et il a paru très satisfait. Durant la soirée, ce dernier et les sauvages de la rivière Peel se sont harangués mutuellement, ont échangé des habits et sont devenus bons amis.
27. La journée du dimanche a été employée par les hommes à construire des cabanes d'écorce pour eux-mêmes, et par l'interprète et moi, à nous entretenir avec le chef qui a répondu très franchement aux nombreuses questions que nous lui avons faites sur la région, les natifs, les Russes, etc. Il est Tun des quatre sauvages de l'endroit que les Russes ont visité Tété dernier et la description qu'il fait de ces derniers est conforme à ce que les autres sauvages en ont dit au poste l.apier, savoir: qu'ils sont bien armés de pistolets, que leur bateau était à peu près de la niênio dimension que le nôtre, mais qu'à son avis, le leur était fabriqué en tôle et contenait plus de monde. Ils avaient une grande quantité de perles, de chaudières, de fusils, de poudre, de couteaux et de pipes et les diverses bandes avaient échangé avec eux toutes leurs fourrures contre des perles et des couteaux surtout. Des chiens furent échangés ensuite, mais les sauvages ne voulant pas se priver de ceux-ci les Russes avaient dû donner un fusil pour chaque chien, car ils avaient besoin de plusieurs de ces animaux pour transporter leurs marchandises à travers le portage jusqu'à la rivière qu'ils descendaient. Les sauvages s'attendaient à revoir les Russes ici bientôt car ils avaient promis de revenir avec deux Ijateaux, non seulement pour faire la traite mais pour explorer la rivière jusqu'à sa source.
Comme nous étions sur le territoire russe cette nouvelle fut loin de me réjouir, mais je n'ai rien communiqué à personne et j'ai décidé de me tenir sur mes gardes en cas de surprise. J'ai trouvé la population de cette région beaucoup plus considérable que je m'y attendais et il y avait plus de fourrures à trafiquer que je n'avais de marchandises à échanger. M. McKenzie et moi avons partagé la tâche de faire le guet durant la nuit ; c'est ime règle établie et strictement observée lorsque des sauvages se trouvent avec nous.
28. A 4 h. du matin environ nous sommes éveillés par des détonations d'armes à feu venant de la pointe en aval et en un instant tout le monde est sur pied. Xous tirnn- trois coups en
JOfKNAK m: YUKON 51
échange et vingt canots font leur apparition à l'extrémité de la pointe, puis longeant la rive ils viennent jusqu'à proximité de notre campement alors que tous les sauvages entonnent en commun des chansons et poussent des cris qui n'ont rien d'humain. Ils se tiennent dans leurs canots et ne tentent pas de débarquer avant que le chef sauvage leur ait parlé, mais aussitôt qu'ils sont rassemblés sur la rive (ils comptent quinze hommes qui avec leurs femmes et leurs enfants forment im groupe de quarante), leur chef, un jeune homme, commença une harangue adressée au savage de la rivière Peel qui se défend par une longue réplique. Le^ Loucheux de la rivière Peel et les sauvages du Youcon ont été en guerre il y a quelques années et leurs relations à l'heure présente ne >ont pas encore cordiales ; c'est à ce sujet que le chef prononça sa harangue qui ne nous visait en aucune façon. J'ai donné trois pouces de tabac à chacun des hommes avant de commencer à pénirer, après quoi ils se réunissent immédiatement en cercle et commencent à chanter et à danser à ime allure endiablée pour manifester leur joie de nous voir. Ils apportent ensuite de leurs canots de la viande fraîche et une grande quantité de poisson séché qu'ils dépo-ent à la porte de ma tente et échangent volontiers contre de la ]Xjudre, des balles et du tabac. Pour me conformer à l'avis de l'interprète j'attends pour parler ouvertement, l'arrivée du chef principal avec une autre bande que l'un des sauvages était allé chercher. Deux autres sauvages sont arrivés durant la journée de l'autre côté de la rivière et le soir la détonation de cinq coups de fusil se fait entendre en aval. Comme je n'approuve pas cette manière de gaspiller les munitions, j'ordonne à mes hommes de ne pas tirer, mais l'un des sauvages (le jeune chef) m'avertit que c'était la coutume avec eux lorsqu'ils arrivaient avec des idées pacifiques, de décharger leurs fusils, et que si nous ne répondions pa- à leur salut, ils pourraient nous considérer comme des ennemis. Alors cinq coups sont tirés en échange de notre côté et de la flotte de canots maintenant rapprochée de nous, les sauvages répondent par des hurlements et des cris qui auraient pu " semer la terreur dans l'âme de Richard " mais nous savons qu'il s'agit de réjouissance. Le parti se compose de dix-huit hommes sans compter quelques femmes et des enfants. Après avoir tiré leurs canots à une petite distance en aval, ils forment la file sur la rive, le chef en avant et les femmes en arrière, puis s'avancent graduel-