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loinciit eu dansant jusqu'à la porte de la tente où la première bande vient de se joindre à eux. Ils forment ensuite un grand cercle au centre duquel se tiennent les deux chefs et ils continuent à danser et à clianter sans interruption pendant plus d'une denii-beure. Il est distribué un petit morceau de tabac à chacun des derniers arrivés et une plus large part est faite au chef, un beau jeune homme facile à distinguer parmi les autres par les plumes d'aigle et la profusion de perles qui ornent ses habits. D'autre viande fraîche est ensuite apportée et échangée comme la première fois contre des munitions et du tabac, puis le chef principal s'adresse au sauvage de la rivière Peel qu'il considère comme notre interprète et termine en disant qu'il attendait que le chef blanc prenne la parole. Je leur communique ce que j'ai à dire d'une manière brève et aride et l'interprète leur transmet mes paroles sous forme de sentences comme ils ont l'habitude de s'expliquer en pareil cas. Je commence par leur rappeler qu'il y a trois étés^ M. Bell s'est rendu jusqu'à cette dernière rivière alors qu'ils étaient tous absents. J'ajoute ensuite que nous avons entendu si souvent les autres natifs dire qu'ils étaient braves et amis des blancs et que leur pays pouvait fournir en. abondance des fourrures et des provisions, que nous étions venus avec l'intention d'y ériger un fort et de rester au mili*i d'eux; que nous leur avons transmis des messages l'hiver dernier par les hommes des lacs pour leur faire savoir notre intention, mais que ces derniers ne leur avaient pas dit la vérité, parce qu'ils nous voyaient d'un mauvais œil apporter tant de choses dans cette région où ils seront désormais empêchés d'obtenir les fourrures à des prix aussi bas — que nous avons fait un long voyage et que c'est avec beaucoup de difficultés que nous avons pu transporter nos marchandises à travers les montagnes, mais que néanmoins nous échangerions sur le même pied qu'à la rivière Peel et dans les autres parties de la contrée. Je leur dis ensuite que nous appartenions à une autre nation que les blancs rencontrés par quelques-uns d'entre eux plus bas sur cette rivière l'été
1. Le Dr George M. Dawson dit : " En 1846 M. J. Bell était chargé du
poste de la Compagnie delà baie d'Hudson sur la rivière Peel et il fut
requis encore une fois de traverser les montagnes et de continuer l'exploration de la rivière Porcupine. Il atteignit cette même année Temboachure de la Porcupine et aperçut la grande rivière dans laqtiette elle se déverse; les sauvages Tinformèrent alors que cette rivière s'appelait le Yukon". Ce que Murray vient de dire démontre clairement que Bell a exploré la Porcupine jusqu'à son emboucliure en 1846.
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dernier et qui n'étaient venus que pour obtenir leurs fourrures et les frauder avec des marchandises sans valeur ; que les fusils, les couteaux et autres articles que nous avons apportés sont de bonne qualité, que nous avons l'intention de toujours vivre au milieu d'eux, mais que cette année nous avons apporté peu de marchandises parce que nous venons faire un essai; que s'ils nous apportent une grande quantité de bonnes fourrures et peuvent nous fournir de provisions, il sera envoyé l'été prochain plus de marchandises avec des hommes en plus grand nombre, que nous érigerons un grand fort et que nous résiderons toujours dans cette contrée; que nous leur fournirons des fusils pour vingt peaux de castor chacun, tandis qu'ils ont dû payer vingtcinq et même trente peaux aux autres nations pour le même objet et que pour six des mêmes peaux ils obtiendront de nous la même quantité de perles qui leur en coûtait douze et même quinze avec les hommes du lac. Après avoir énuméré les articles que nous avions, fait connaître leur excellente qualité et à quelles conditions nous en ferions l'échange, je termine en leur demandant s'ils désiraient nous voir rester et ériger un fort (plusieurs jeunes gens sans tenir compte de la coutume sauvage répondent alia, alia — oui, oui) et en ce cas s'ils nous apporteraient leurs fourrures plutôt que d'aller les trafiquer avec les autres blancs (les Russes).
Après s'être entretenu avec plusieurs autres, le chef principal s'avance et prononce le plus long discours que j'aie encore entendu,^ à l'exception peut-être d'un cameronian sermon, dont certaines parties, comme dans cette sorte de harangue, sont étrangères au texte. Il est impossible à l'interprète d'en répéter la quatrième partie. Il commence par nous dire la bravoure de sa nation, l'étendue de leur territoire, la quantité de fourrures qu'ils pouvaient échanger et le nombre de caribous et de rennes qu'ils pouvaient' tuer ; enfin après avoir employé tous les tons de la vantardise et s'être glorifié lui-même il en arrive à dire ce que. je tenais à apprendre. Il reconnaît que le chef blanc a dit la vérité, qu'ils ont été dupés par les autres bandes et il ajoute que désormais ils nous apporteront leurs fourrures, que sa nation ne
1. McConnell fut obligé d'écouter une longue harangue prononcée par Senatee, chef des sauvages du fort Yucon. Comme le temps était précieux, dit McConnell, ]a harangue fut interrompue par le present dune couplde poignées de thé, et c'est probablement ce que le chef attendait.
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désirait plus revoir les troinpeiirs (les sauvages Hal sous les ordres de Grand Blanc) dans leur pays, parce que ces derniers ne leur ayant pas dit la vérité ils avaient perdu l'espoir de noua voir, et (pie par suite, quelques-uns d'entre eux se préparaient justement à aller rencontrer les autres blancs dans le bas de la rivière, mais qu'aujourd'hui il avaient décidé de ne pas y aller ; qu'ils n'avaient pas une grande quantité de fourrures dans le moment, mais qu'ils apporteraient bientôt ce qu'ils possédaient, car ils avaient grand besoin de perles et de fusils. Il termine en disant que lui et ses camarades sont heureux que nous soyons venus, qu'ils désirent que nous restions au milieu d'eux et qu'ils s'efforceront de nous fournir de la viande et les autres choses dont nous aurons besoin.
L'autre chef (celui de la première bande) parle dans le même sens au sujet des siens qui sont tous heureux de nous voir et font beaucoup de promesses. J'ajoute ensuite que je suis heureux de les entendre parler si bien, que nous avons appris qu'ils sont de grands chasseurs et que nous avons apporté peu de provisions, parce que nous comptons sur eux pour nous approvisionner de viande; que nous avons grand besoin de peaux de caribous préparées pour faire des souliers, parce que nous n'en avons pas apporté, ainsi que des lanières de raquettes dont nous aurons besoin durant l'hiver, du " parchment " pour les fenêtres de nos maisons, des peaux de daims, des tendons, etc. ; que nous achèterons toutes les bonnes peaux d'animaux tués durant l'hiver ou le printemps et non celles d'animaux tués durant l'été, que nous avons peu de perles et de fusils à échanger cette année et que pour ces articles nous n'accepterons que des peaux de martes, de castors, de renards noirs et de renards argentés. Enfin je leur conseille de s'efforcer de nous procurer les provisions et autres choses dont nous avons tant besoin et comme avant-goiit de faveurs futures il leur est présenté du tabac déjà haché sur une planche. Quelques-uns seulement ont des pipes et je remarque que plusieurs mâchent le tabac et que même ils en avalent le jus. Après avoir fumé jusqu'à ce que plusieurs en soient étourdis, le jeune chef, entre autres, qui ne peut se lever avant qu'on lui donne de l'eau à boire, dit qu'ils sont maintenant très satisfaits et désirent exécuter une grande danse, mais qu'ils n'ont que du noir dans le moment pour se peindre et que s'ils avaient du rouge ils paraîtraient avec beaucoup plus d'avantage.
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Il est alors distribué un peu de vermillon à chacun des chefs et en même temps il leur est fait présent d'un peigne et d'un miroir. Ils se retirent ensuite à l'endroit où les femmes ont préparé un campement avec des branches ; peu après ils font leur apparition dans leurs plus éclatantes parures et commencent une danse enragée Ti laquelle tous prennent part. Parmi trente-sept hommes et un grand nombre de femmes et d'enfants, deux seulement ont déjà vu les blancs. Pendant deux heures ils exécutent une variété de figures qu'ils accompagnent toujours de chansons. Je me trompe quelque peu en employant le mot figures, car à l'exception d'un seul cas ils se tiennent constamment en cercle et ne varient que leurs pas, leurs gestes et surtout leurs chansons, chansons dont le répertoire est très riche.^ Une fois le bal terminé ils se retirent dans leur campement, mais durant toute la nuit ils continuent à chanter par intervalles.
29. Le travail des hommes s'est résumé hier à aiguiser et à préparer leurs haches. Aujourd'hui il a été érigé un bâtiment temporaire pour les marchandises et les provisions et un appareil pour faire sécher la viande. L'un des hommes a été chargé de préparer un petit morceau de terrain pour faire l'essai d'un jardin.^ Le temps est pluvieux et chaud et comme nous avons plus de viande fraîche que nous pouvons en consommer et qu'elle commence à se gâter, plusieurs sauvagesses sont chargées de la découper; pour ce travail elle reçoivent chacune une alêne et elles considèrent qu'elle sont largement payées. J'ai eu un autre entretien avec les sauvages dont quelques-uns sont allés faire la chasse aux élans pour notre compte ; les autres sont restés ici et bien que leur curiosité soit grande, leur conduite est très convenable et ils sont prêts à nous être utiles en toutes choses.
1. La danse proprement dite s'exécute toujours en cercle, il n'y a que les gestes et les chansons qui varient. — Richardson.
2. Comme on le verra plus loin, cet essai a partiellement réussi. Mc- Connell dit : " Lorsque le fort appartenait à la Compagnie de la baie d'Hudson l'essai d'un jardin fut tenté dans le voisinage de celui-ci, bien qu'il se trouvât à proximité du cercle arctique. Il y fut récolté des pommes de terre et d'autres légumes, et l'on rapporte que l'orge y arriva à maturité. Sur le Mcckenzie, les derniers jardins se rencontrent au nord par la même latitude ". F. C. Schrader rapporte que les végétaux qui supportent bien le froid sont récoltés dans les jardins de la mission k Nulato, située à une certaine distance au-dessous du fort Yukon. Voir les conclusions du Dr Dawson quant aux avantages de l'agriculture sur le Yuoon, commission géologique, 1887-8, 24B. Petrofi dit que pendant quatre-vingts ans ou plus, il a été récolté de bonnes pommes de terre dans certaines parties de l'Alaska. Il ajoute que les céréales ne peuvent venir dans l'Alaska. Cependant, il a été exhibé à Toronto, lors de l'exposition de 1908, du blé de très bonne qualité récolté à Dawson sur le Yucon.
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•jO. Tout le monde, excepté l^^. McKeiizie, riiitei-in-ète et moi, s'est rendu à l'île située en face pour en rapporter de l'écorce et bien que nous soyons restés au milieu d'un assemblage d'individus à mine aussi barbare et aussi sauvage qu'il est possible d'inuiginer, je ne crois pas que nous courions plus de danger qu'au fort Simpson parmi les Slaves,^ car ces gens sont trop contents de no\is voir pour user de violence à notre égard; cependant il est à j^ropos que nous soyons sur nos gardes. Durant l'après-midi, les hommes sont revenus avec de l'écorce qui a été utilisée pour couvrir le bâtiment dans lequel tous les effets ont été transportés et mis à l'abri. Ce dernier, qui mesure 24 pieds par 14, a été érigé avec des troncs d'arbres bruts et l'extrémité qui donne sur la rivière a été laissée à demi-ouverte, Ma tente a été dressée à l'entrée afin que personne ne puisse y entrer à mon insu durant la nuit ; les cabanes de mes hommes en <ont aussi très rapprochées et dans chacune se trouve un fusil chargé, puis mon propre fusil et ceux qui sont restés dans la boîte sont aussi chargés et tous prêts à servir en cas de besoin. Les sauvages qui étaient allés à la chasse sont revenus avec les dépouilles d'un jeune et d'un vieil élans qu'ils ont échangées contre des peaux comme auparavant. Durant la soirée deux des " Gens-du-f ou " sont arrivés en canot de leur territoire situé en amont sur le Youkon. Ils appartiennent à la bande du chef qui a visité la rivière Peel le j^rintemps dernier; il s'agit précisément de ceux qui au dire des autres sauvages voient notre arrivée d'un mauvais œil. Ces deux-là n'ont rien apporté et nous apprennent qu'ils ne sont venus que pour voir où nous étions installés, que leur monde était campé plus haut sur la rivière à quelques jours de marche et que tous se rendraient ici aussitôt qu'ils apprendraient notre arrivée. Les sauvages d'ici pensent qu'ils ne sont venus que pour se rendre compte si nous faisions le guet autour de notre campement, car ils n'ont pas bien parlé. Le jeune chef nous avertit d'être sur nos gardes quand la bande arrivera, parce que ces sauvages viendront probablement en
1. Il ne s'agit pas de sauvage esclaves, maie d'une tribn ainsi appelée. Les Slaves appartiennent par leur dialecte à la famille des Athapascan, et ils habitent la région située aux environs de la rivière Slave, du grand lac Slave et des source? du Mackenzie. Le fort Simpson est situé sur une île à l'embouchure de la rivière Liard, et c'est la station principale du trafic de fourrures sur le Mackenzie. Voir McConnell quant au fort, à la traite de fourrures, à l'agriculture, etc. Commission géologique 1888-9 85D.
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grand nombre. Coiinne à l'ordinaire ils commencent à se haranguer mutnellement, mais il n'est rien dit à notre égard publiquement, si ce n'est que les arrivants sont très mécontents de trouver un sauvage de la rivière Peel au milieu de nous. Malheureusement un grand nombre de leurs femmes sont mortes dernièrement et plusieurs autres étaient malades lorsqu'ils ont quitté leur camp ; l'une de leurs femmes a été volée aux Loucheux de la rivière Peel et ils croient que " Vandeh ", notre chasseur, pour venger la perte de cette femme qui est sa parente, a fabriqué quelque médecine pour les faire mourir et pour cette raison ils veulent maintenant le tuer afin d'empêcher que d'autres de leurs femmes ne meurent. Ce pauvre Vandeh a été dans des transes continuelles depuis son arrivée; cette fois-ci il croit que sa dernière heure a sonné et il parle de s'en retourner, mais je lui dis de ne pas s'alarmer et de me laisser la tâche de leur parler. Je ne tente pas de les convaincre de l'absurdité de leur croyance, car toutes les tribus dans cette partie du pays croient comme parole d'évangile, que certains individus ont le pouvoir magique de causer la mort des autres même à une grande distance.^ Je me contente de dire à ces deux fous que Vandeh n'est ni nn drogueur ni leur ennemi, qu'il est venu avec nous pour nous servir d'interprète quand ils n'en auraient pas et qu'il deviendrait leur ami ; qu'il nous appartenait et qu'aussi longtemps que nous serons ici il sera empêché qu'il lui soit fait du mal. Tous les autres sauvages sont présents et ne prennent aucune part au débat pour ne pas déplaire aux " Gens-du-f ou " qui, disent-ils, sont très puissants car les deux bandes peuvent mettre sur pied plus de cent hommes. J'ai eu un long entretien avec les deux étrangers auxquels j'ai répété tout ce que j'avais dit aux autres, puis j'ai tenté de me renseigner sur leur trafic avec les Russes, sur la force de leur jDarti, mais je n'ai obtenu en général que des réponses évasives. J'ai regretté beaucoup d'apprendre qu'ils étaient partis mécontents de la rivière Peel le printemps dernier; ils disent que la personne avec laquelle ils ont trafiqué a eu l'intention de tuer leur chef. Voici toute l'affaire : lors de mon voyage au poste Lapier, Edward McGilli-
1. Quant aux shamans ou medicine-vien [sorciers, jongleurs] des tribus de l'Alaska, et à leurs pratiques, voir Report on the Population, Industries and Resources of Alaska, d'Ivan Petroff, 162, etc.; voir aussi Alnska and its resources dans Arctic Searching Expedition de Richardson, I, 385.
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vray' m'a reinplaeu au fort où les Geus-du-fou sont arrivés du-, rant mon absence. Jo les ai rencontré au poste Lapier et par l'entremise de leur chef j'ai envoyé un message à McGilHvray avec ordre de les bien recevoir. Alors que celui-ci faisait des échanges avec eux, il montra au chef en badinant la manière de poignarder un honune, mais ces sauvages qui sont de tous ceux du nord les plus difficiles et les plus ombrageux dans de telles circonstances, prirent la chose au sérieux et quittèrent l'endroit immédiatement; les deux auquels j'ai donné ces explications ont paru satisfaits. A la même époque il s'est passé ([uelque chose très regrettable et tout à fait contraire à mes instructions. L'un des sauvages avait vingt peaux pour lesquelles il tenait à avoir un fusil ; comme il n'y en avait pas à lui donner et qu'il ne voulait pas accepter autre chose l'interprète promit de lui donner son propre fusil quand il irait au Youkon et à cette condition le sauvage laissa ses fourrures. Or, pour régler l'affaire j'ai dû remettre à l'interprète, à la rivière Peel, la valeur de son fusil qu'il a brisé par accident le printemps dernier et que par suite il était inutile d'apporter ici. Je dois donc aujourd'hui mettre de côté un fusil pour payer une dette contractée à la rivière Peel afin de ne pas mécontenter ces sauvages, car les fourrures ont été reçues et doivent être payées. J'ai profité de notre entretien pour leur dire que nous étions tous bien armés et que nous trouvant en pays étranger nous faisions le guet toutes les nuits, puis je leur conseillai, parce que nous les considérions comme des amis, de ne se présenter que durant le jour quand ils viendraient nous voir, car s'ils arrivaient durant la nuit en automne ou en hiver, alors qu'il fait noir, nous pourrions les prendre pour des ennemis. Mon fusil à deux coups les a très intéressés, puis je leur ai aussi montré mes pistolets que je retirai de la pocho de mon habit ; j'ai fait feu avec l'un d'eux (le seul pourvu d'une platine) et j'ai atteint par pur hasard une petite branche qui se trouvait à une assez grande distance sur la rivière. Un tel coup les étonna beaucoup de même que les autres sauvages et je ne fus pas moins étonné moi-même car je venais d'atteindre presque la portée d'un fusil. L'un d'eux m'offrit quinze peaux de martes pour mon pistolet,
1. Edward McGilHvray. Ce nom se rencontre souvent dans l'histoire de la traite. Richardson fait mention d'une île McGillivray, située un peu au-dessus de l'estuaire du Mackenzie, à laquelle Edward McGillivray susmentionné a peut-être donné son nom.
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mais je lui dis que ces armes n'étaient pas à échanger et que nous les gardions pour notre propre défense. Après s'être entretenu amicalement quelques moments de plus je leur donnai un morceau de tabac pour remettre à leur chef et lui rappeler la promesse qu'il m'avait faite le printemps dernier de venir ici avec les siens durant l'été et d'y apporter un approvisionnement de viande séchée et de viande d'oie.
Il passait minuit lorsque l'entretien prit fin et j'étais alors aussi fatigué de parler que je le suis d'écrire en ce moment. Comme j'ai eu bien peu de repos depuis mon arrivée et que je me sens trop exténué pour continuer mon travail je vais me jeter sur mon lit pour dormir pendant que M. McKay va faire le guet du matin.
Note. — Une bande des " Gens-du-fou " a eu beaucoup de relations avec les sauvages Loucheux depuis quelques années et plusieurs d'entre eux parlent le langage de ces derniers. Quand c'est une bande inconnue qui se rend dans le pays des Loucheux pour y trafiquer, elle est généralement accompagnée d'un interprète. Les deux sauvages de cette tribu qui sont ici, parlent le Loucheux couramment.
Sans les maringouins notre campement sur le Youcon serait un endroit très agréable, beaucoup plus que je ne m'y attencaia quand nous nous sommes engagés sur la rivière. Bien que nous nous soyons trouvés dans une contrée barbare et si loin de la civilisation, je dois dire que nous avons passé l'été confortablement. Aussi nous, habitants du Youcon, considérons-nous le fort Simpson comme un endroit à demi-eiviliso et duquel l'on parle comme vous parlez de l'établissement de la rivière Rouge. Le portage Rat est pour nous ce que le portage la Loche est pour la population du McKenzie et nous considérons que la rivière Peel est près de chez nous, mais chez nous, aujourd'hui, c'est ici, un chez nous dan=? le "far west" pour tout de bon. Il y a quelques années à peine les colons du Wisconsin et de l'Iowa pensaient qu'ils ne pouvaient aller beaucoup plus loin et c'est alors qu'un éditeur de quelque journal publié dans ces endroits, faisant une description de sa ville disait que celle-ci était située presque à l'extrême ouest ; cet éditeur ne connaissait pas le Youcon. Kous avons dépassé ce point par une marge considérable que j'appelle six degrés de longitude au delà de la
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frontière russe. ^ Depuis quelques années cette frontier était cunsidérc'c i)ar ceux qui no connaissaient i)as mieux, coniuic le point le plus reculé; on avait compté sans le Youkon. Nous sommes trente-trois degrés à l'ouest de la source de leur grande rivière; cependant nous avons rencontré la terre ferme et je serais heureux que celle-ci nous appartînt, c'est-à-dire à la Comp;'ii;iiic de la baie d'IIudson, du moins assez longtemps pour la dépouiller de la surabondance de castors et de martes qui s'y trouvent.
Je constate que je me suis écarté de mon sujet, car je n'ai pris ma plume que pour vous donner un compte rendu de la première saison que nous avons passée sur le Youcon. Je vous ai déjà parlé de notre campement situé réellement dans un endroit agréable; c'est un petit village composé de six habitations toutes construites le dimanche, mais je ne dois pas être tenu responsable de cela. On s'est servi jiour les ériger, de perches de saule qui ont été recouvertes d'écorce de pin ; chaque propriétaire a construit à sa façon, telle habitation s'ouvre à son extrémité et telle autre est à demi-ouverte ou no s'ouvre qu'au moyen d'une petite porte. Il y a, outre ces six maisons, un bâtiment en bois non équarri, une cabane pour conserver le poisson séché, deux autres appareils pour le faire sécher et un petit jardin mesurant 12 pieds par 8 qui a été clôturé et préparé pour la culture. On y a planté des pommes de terre le 1er juillet et j'ai trouvé beaucoup de plaisir à en prendre soin moi-même et à les faire arroser au besoin durant les jours de sécheresse. Je n'espérais pas que des pommes de terre plantées à une saison si avancée, parviendraient à maturité mais je voulais en préserver à tout prix la semence pour l'été prochain.
îsTotre village est construit sur un petit espace de terrain découvert ou prairie mesurant 40 verges carrées environ. Il est situé près du bord de la rivière sur la partie inférieure d'une lisière de terrain déjà mentionnée qui s'élève graduellement jusqu'à une distance de 100 verges environ où se trouve le point le plus élevé. Cet endroit qui a été choisi pour devenir le site de notre établissement est abondamment couvert de pins et de
1. En réalité le fort Yucon trouvait par i° O. de la frontière internationale; celle-ci se trouyant par 141° long., et le fort Yucon, d'après le capitaine C. W. Eavmond, E.-U-, s? trouvant par 66° 33' latitude et 145° 17' 47' long.
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saules et les hommes ont eommencé immédiatement ù dofriclier et à faire brûler tout ce qui nous embarrasse. Nous avons commencé les travaux le 1er juillet et tout le monde a été mis à l'œuvre, mais nous n'allons pas vite parce que la plupart des hommes (qui viennent des Orcades)^ ne savent pas manier la hache et peuvent à peine équarrir un tronc d'arbre, sans compter qu'il y en a toujours quelques-uns qui ne peuvent travailler par suite de coupures ou d'autres accidents. A l'exception de quelques pièces il a fallu aller chercher tout le bois de construction sur l'île située en face, à une distance de ^ de mille environ et le transporter en bateau, mais par suite des nombreuses battures et de la force du courant les hommes ont dû. parcourir environ deux milles pour atteindre l'île, en sorte qu'il a fallu plus de temps pour transporter le bois que pour le couper et l'équarrir. Comme je me rends compte de la valeur de cette région je me propose d'y ériger un fort sur lequel on pourra compter ; en outre il faut considérer que nous nous trouvons dans un coin isolé du pays, privés de toute communication avec les autres postes, du moins dans l'impossibilité d'obtenir du secours à un moment donné, et que nous sommes entourés de sauvages hostiles. En effet les sauvages Rat sont indignés de nous voir ici et l'on dit que les " Gens-du-fou " le sont aussi, de même que ceux du bas de la rivière avec lesquels les Russes ont trafiqué. Il est possible que ces derniers eux-mêmes tentent de nous expulser et pour toutes ces raisons j'ai décidé d'ériger un fort solide et suffisamment grand, sans considérer la longueur du temps requis pour le terminer. Il en a été tracé un plan sur lequel on s'est basé pour exécuter les travaux et comme il se trouve un compte rendu complet de l'exécution de ceux-ci dans le journal public, il n'est pas nécessaire d'en faire mention ici et je me bornerai à dire que personne n'est resté inactif et que moi et mes hommes n'avons pas perdu de temps. Heureusement qu'en général nous avons eu du beau temps ; cependant nous avons eu souvent des coups de vent et des orages accompagnés de tonnerre. Le mois de juillet a été excessivement chaud et le thermomètre s'est élevé au point que nous aurions pu nous croire en pays tropical. C'est le premier été que je passe à un endroit du nord
1. DepiTis l'origine de son histoire la Compagnie de la baie d'Hudson a fait venir de* Orcades, \u\ grand nombre de ces hommes.