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Journal écrit a bord de la frégate La BellePoule

La relation qu'on va lire est un recueil de souvenir» ou d'impressions qui datent, les uns de la première jeunesse de l'auteur , les autres d'une époque toute récente. A ces deux époques de sa vie, M. Emmanuel de Las Cases a été témoin de la plupart des faits qu'il rappelle; souvent aussi il a joué un rôle dans les événements qu'il retrace. A ce double titre, il a pu avec un légitime orgueil parler lui-même et se mettre en scène. Si grand que soit l'intérêt qui s'attache à la mémoire de Napoléon , et en raison même de cet intérêt , le lecteur ne saurait être indifférent aux souvenirs tout personnels du jeune secrétaire de l'Empereur à Sainte-Hélène.

On peut le dire sans flatterie, le nom que

porte l'auteur de ce livre est un nom historique.

ij AVERTISSEMENT.

Un biographe contemporain ( i ) dont les appréciations sont à l'abri du soupçon , surtout en cette circonstance , n'a pas craint de mitiger sa sévérité ordinaire à l'égard de certains hommes politiques en disant : « Ce nom aura un longreten- » tissement dans la postérité, car il est lié à celui » d'un grand capitaine dont les succès et les re- » vers ont également étonné le monde. M. de Las » Cases père n'avait point été l'adulateur de » Napoléon aux jours de sa toute-puissance, il » fut le courtisan de sa haute infortune; son fils » Emmanuel fut associé à ce religieux sacer-

» doce son nom est devenu impérissable »

• S'il en est ainsi, non seulement on lira avec intérêt les simples récits, les curieuses observations que renferme ce journal; mais encore on s'associera volontiers aux sentiments , aux émotions du narrateur; on aimera à le suivre sur ce rocher où, captif, il y a vingt-cinq ans, il est revenu naguère , représentant de son pays , de la France! Sans doute aussi on voudra savoir

(l) Biographie des hommes du jour, par MM. Germain Sarrut cl B. Saint-Edme, t. IV, première partie.

ce qu'il était avant son pieux exil, ce qu'il est devenu depuis, ce qu'il est aujourd'hui.

Dans cette pensée, nous croyons être agréable à ceux de nos lecteurs qui ignorent la vie de M. Emmanuel de Las Cases, en en rassemblant ici les principales circonstances. Cette esquisse biographique sera au moins un guide utile pour la lecture de ce livre.

M. Emmanuel-Pons-Dieudonné de Las Cases est ne le 8 juin 1800, à Vieux-Chatel , auprès de Brest (Finistère). Elève du Lycée impérial (collège Louis-Ie-Grand) , lors de l'invasion des étrangers en France, il fut au nombre des jeunes volontaires de ce Lycée, qui formèrent une compagnie d'artillerie.

Nommé page de l'Empereur à la fin des cent jours, M. de Las Cases, alors âgé de seize ans, suivit à Sainte-Hélène l'illustre exilé. Les circon-

stances de ce départ et celles du voyage ont été racontées par M. le comte de Las Cases, dans son

Mémorial; celles du séjour, qui dura dix-huit

IV AVERTISSEMPNT.

mois , l'ont été également ; mais dans ces récits , les faits qui se rapportent à M. Emmanuel de Las Cases ne sont que des faits matériels, pour ainsi dire. Nul ne pouvait dire que lui-même, ce qu'il sentit, ce qu'il éprouva à cette époque. Et pour réveiller , pour ranimer tous ses souvenirs, pour leur donner une nouvelle vie et un intérêt nouveau , rien ne pouvait être plus favorable que la noble mission qu'il vient d'accomplir. On lira dans ce livre le récit de cette époque importante de sa vie : lui seul pouvait être son biographe sur ce point. Bornons-nous à dire que, pendant son séjour à Sainte - Hélène , M. Emmanuel de Las Cases écrivit, sous la dictée de Napoléon, presque toute l'histoire des campagnes d'Italie , en 1 796 et en 1 797 , et plusieurs autres morceaux historiques.

Napoléon était sur le point de dicter à son jeune secrétaire l'histoire civile de son consulat, lorsque, accusé d'entretenir une correspondance illicite, dans le but de favoriser l'évasion de l'Empereur, M. le comte de Las Cases fut, ainsi que son fils, arraché à cette prison qui lui était si

chère. Arrêtes tous deux par ordre du gouverneur , sir Hudson Lowe, le père et le fils furent tenus au secret pendant un mois, avant d'être sépares plus complètement encore de l'objet de leur culte. C'est alors, après une discussion avec sir Hudson Lowe, que M. Emmanuel de Las Cases, exaspéré par les indignes traitements que ce gouverneur faisait subir à Napoléon, jura d'en tirer vengeance , si jamais il retrouvait en pays libre l'impitoyable geôlier. Envoyé avec son père au cap de Bonne-Espérance, et de là en Europe , il eut à souffrir , de la part des gouvernements anglais, belge et prussien, une série révoltante de vexations et d'injustices. Nous avons entendu dire à RI. E. de Las Cases qu'il doit à son séjour chez l'étranger son ardent amour de la liberté légale et de son pays.

Au milieu de ces rudes épreuves, M. E. de Las Cases regrettait vive nent sa captivité passée. Sainte-Hélène était devenue pour lui comme une seconde patrie. Il osa espérer ou plutôt désirer de la revoir. Mais ce fut en vain qu'à plusieurs reprises il sollicita cette faveur du gouverne-

ment anglais. Voici comment fut accueillie sa demande.

Dowoiog-strcet, 19 novembre 181».

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