mission novembre
Depuis l'altérage, le commandant paraissait sur le pont souvent pendant la nuit. Il attaqua franchement la terre. Comme à Bahia, il montra réunies, à un égal
degré, l'audace et la prudence.
Nous entrons dans le raz Blanchard, fdant dix nœuds, , ce que, me dît-on, font bien rarement les bâtiments, à cause des dangers qui s'y présentent. A quatre heures du soir, il était passé. A six heures, nous n'étions plus qu'à deux lieues de Cherbourg; mais depuis longtemps la nuit était venue.
Le soir, le commandant eut un très fort accès de fàèvre; c'était probablement le résultat du froid, de la fatigue et du mauvais temps. Néanmoins, il avait résolu de mouiller cette nuit, si les circonstances atmosphériques ne le rendaient pas impossible. Aucun lit, aucun hamac n'avait été dressé : l'équipage entier était debout, prêt à la manœuvre. C'est dans ces moments que l'on voit combien est dur et pénible le métier de marin.
30 Lundi. Vers trois heures du malin, les circonstances du vent et de la marée permettaient de tenter l'entrée de Cherbourg. Le commandant était déjà prêt et donnait ses ordres. A quatre heures, nous vîmes venir à nous le bateau à vapeur la Normandie. La fré-
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gale avait été aperçue de terre au coucher du soleil, et le préfet maritime do Cherbourg, M. le baron de Marlining, l'envoyait au devant de nous dans le cas où il aurait pu nous être utile. A cinq heures dix minutes du matin, nous entendions le commandement de mouillez. Nous entrions en France, dans le port, dans la patrie ,
Le reste de notre nuit fut employée à parcourir la masse de journaux que nous ne tardâmes pas à recevoir. Nous en avions été complètement privés depuis notre départ. Comme il arrive toujours au retour d'une longue navigation, tout était pour nous un sujet d'élonnement.
Après le mouillage, le pavillon en soie, accompagné de son crêpe funèbre, avait été hissé. Au lever du soleil, les forts saluèrent de cent et un coups de canon.
Telle était l'importance des événements qui se passaient à Paris que, M. le commandant Hernoux, membre de la chambre des députés, et moi, nous regardâmes, comme notre premier devoir, de nous rendre à la chambre. Notre départ fut immédiatement autorisé ; et, dans la journée, nous quittâmes la frégate.
Quand on habite cinq mois ensemble dans une mai-
son flottante, il est naturel de s'attacher, lorsque Ton trouve des qualités attachantes. Je ne pus me séparer sans regret de ce jeune prince, dont la bienveillance, l'esprit de justice et l'égalité d'humeur, ne s'étaient jamais démentis un seulmoment ; de ces officiers qui nous avaient tous comblés d'égards, de prévenances et d'attentions aimables; mais surtout, je quittais avec une vive émotion le cercueil de l'Empereur, ce cercueil qui allait être reçu aux acclamations de tout un peuple, ce cercueil qui renfermait les restes mortels de celui dont le souvenir remplissait mon existence, de celui que j'avais aimé plus que ma vie.