‹ Journal écrit a bord de la frégate La BellePouleChapitre 13 sur 18 · mission novembre · texte numérisé non relu

mission novembre

contrions point; nous pensions que la guerre les empêchait de sortir.

Dans la journée, une grive vint se percher sur les vergues et y resta long-temps. On ne la prit pas. Ce malheureux oiseau a sans doute été emporté par quelque coup de vent; il aura péri de fatigue.

Nous étions encore à trois cent cinquante lieues de Cherbourg.

21 Samedi. Forte brise, grosse mer.

22 Dimanche. Le matin, les matelots font envoler un hibou qui avait passé la nuit dans les vergues. Il venait probablement des cotes do Portugal. Nous sommes encore à trois cents lieues de Cherbourg.

26 Jeudi. Un gros oiseau de nuit vole longtemps autour du bâtiment.

Dans la journée une alouette vient tomber à bord; elle est prise par le capitaine Fabre.

27 Vendredi. Aujourd'hui on fait le premier sondage. On trouve le fond par 95 brasses. Nous ne sommes plus qu'à quatre-vingt quinze lieues de Cherbourg.

C'était ici qu'en cas de guerre, nous nous attendions à un combat. L'absence de croisières anglaises nous fait présumer que la paix est maintenue. Toutefois

novembre 1840. de sainte-hélène. 2G3

nous n'avons rencontré jusqu'ici aucun bâtiment qui puisse nous en donner la certitude.

28 Samedi. A raidi on voit les sorlings et point de croisière anglaise.

L'eau de la mer , ordinairement claire et transparente, est devenue trouble et verdâtre. Nous voyons beaucoup de bâtiments, mais sans parler à aucun.

29 Dimanche. Ce jour était le quarante-troisième de notre traversée depuis Sainte-Hélène, et le cent cinquante-unième depuis notre départ de Toulon.

Nous avions enfin devant les yeux la terre de France.

En haute mer, les fonctions du capitaine-commandant sont toujours délicates à bien remplir; car c'est lui qui donne la direction et qui surveille. Toutefois en haute mer , le bâtiment peut être considéré comme en sûreté. Mais à l'attérage, c'est là que commencent les dangers de toute espèce : les vents qui jettent à la côte, les bancs, les courants, les roches, les barres, les brisants, les vigies, les haut-fonds, les marées, etc., etc. C'est là que la responsabilité du commandant devient immense, car il doit tout faire par lui-même; tout, absolument tout, pèse sur lui. C'est là que les officiers apprennent à se juger et à se classer mutuellement.

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