‹ Journal écrit a bord de la frégate La BellePouleChapitre 17 sur 18 · COPIE NOTIFIÉE · texte numérisé non relu

COPIE NOTIFIÉE

Nous, soussignés, Philippe-Ferdinand -Auguste de Rohan- Chabot, chevalier de l'ordre royal de la Légion d'honneur, secrétaire d'ambassade, commissaire, en vertu de pouvoirs reçus de Sa Majesté le roi des Français, pour présider, au nom de la France, à l'exhumation et à la translation des restes mortels de l'Empereur Napoléon, ensevelis dans l'Ile de Sainte-Hélène, et

à leur remise par l'Angleterre à la France, conformément aux décisions des deux gouvernements, D'une pari ;

Et Charles Corsan Alexander, capitaine commandant le corps royal du génie à Sainte-Hélène, député de Son Excellence le major général Middlemore, companion du bain, gouverneur commandant en chef les forces* de S. M. B. à Sainte- Hélène, pour présider, au nom de Son Excellence, à ladite exhumation,

De l'autre part.

Nous étant préalablement communique nos pouvoirs respectifs, trouvés en bonne forme, nous sommes rendus, cejourd'hui, 15 du présent mois d'octobre de l'année 1860, au lieu de la sépulture de l'Empereur Napoléon, pour surveiller et diriger personnellement toutes les opérations de l'exhumation et de là translation.

Arrivés à la vallée dite de Napoléon , nous avons trouvé le tombeau gardé, d'après les ordresde Son Excellence le gouverneur, par un détachement du 91 e régiment d'infanterie anglaise, commandé par le lieutenant Barney , chargé d'en écarter toute personne qui n'aurait pas été désignée par l'un de nous comme devaut assister à la cérémonie ou prendre part aux travaux.

Sont alors enirés dans l'enceinte réservée ainsi autour du tombeau :

Du côté de la France :

M. le baron de Las-Cases, membre de la chambre des députés, conseiller d'Etal ; M. lebrron Gourgaud, lieutenant général , aide de camp du Roi ; M. Marchand , l'un des exécuteurs testamentaires de l'Empereur; M. le comte Bertrand, lieutenant général, accompagné de M. Arthur Bertrand, son fils ; M. l'abbé Félix Coquereau , aumônier de la frégate la Belle-Poule, et deux enfouis de chœur ; MM. Saint-Denis, Novei raz, Archarabauld, Pierron, anciens serviteurs de l'Empereur; M. Guyct, capitaine de corvette, commandant la corvette la Favorite; M. Charner, capitaine de corvette, commandant eu second de

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la frégate la B elle- Poule -, M. Doret , capitaine de corvelie, commandant le brick VOreste ; M. le docteur Gaillard, chirurgien-major de la frégate la Belle-Poule^u'm du sieur Leroux, ouvrier plombier ; Et du côté de l'Angleterre :

Son honneur le gouverneur-juge William Wilde, membre du conseil colonial de l'Ile de Sainte-Hélène; l'honorable Hamclin- Trelaw nay, Heulenant-colonel, commandant l'artillerie et membre du conseil; l'honorable colonel Hodson , membre du conseil; M. II. Seale, secrélaire colonial du gouvernement de Sainte-Hélène et lieutenant-colonel de la milice; M. Edward- Litllehales, lieutenant de la marine royale, comuiandaut la goélette de S. M. B. Dolphin, représentant la marine ; M. Darling , qui avait surveillé les travaux de la sépulture de l'Empereur. Les personnes destinées à diriger et à exécuter les travaux ont été ensuite admises.

Alors, en notre présence, et en celle des seules personnes ci-dessus désignées , il a élé constaté que le tombeau était parfailement iniact ; et, dans le plus grand silence , les premiers travaux ont commencé entre minuit el une.lieure du malin.

Nous avons fait d'abord enlever la grille en fer qui entourait le tombeau avec les fortes couches de pierres euimponnées sur lesquelles elles élaienl scellées; on a pu entamer alors la surface extérieure delà tombe, laquelle recouvrant un espace de 3 mètres Uù centimètres (1 1 pieds G pouces anglais) de longueur, sur 2 mètres hï centimètres (8 pieds 1 pouce) de largeur était composée de trois dalles de lô centimètres (6 pouces) d'épaisseur, encadrées dans une seconde bordure de maçonnerie. A une heure el demie celle première couche était entièrement enlevée.

Il s'est présenté alors un mur rectangulaire formant, comme nous avons pu le vérifier plus tard , les quatre faces latérales d'un caveau , ayaul 3 mètres 30 centimètres (11 pieds) de profondeur, et 1 mètre Û0 centimètres (4 pieds 8 pouces) de lar-

geur, et 2 mètres 40 centimètres (8 pieds) de longueur. Ce caveau était entièrement rempli de terre jusqu'à une distance de 15 centimètres (€ pouces) environ de la couche de dalles déjà enlevée. Après avoir creusé dans ce caveau et en avoir retiré la terre, on a rencontré à une profondeur de 2 mètres 5 centimètres (6 pieds 10 pouces) une couche horizontale de ciment romain s'éiendant sur tout l'espace compris entre les murs du caveau auxquels elle adhérait hermétiquement. Celte couche ayant été, à trois heures , complètement découverte , les soussignés commissaires sont descendus dans le caveau , et l'ont reconnu parfaitement intact de toutes parts et sans lésion aucune ; la conche de ciment susmentionnée ayant été percée , on s'est assuré qu'elle en couvrait une autre de 27 centimètres (10 pouces) d'épaisseur, en moellons liés ensemble par des tenons de fer, et qui n'ont pu être entièrement enlevés qu'après quatre heures et demie de travail.

L'extrême difficulté de cette opération a décidé le soussigné commissaire anglais à faire creuser une fosse sur le coté gauche du caveau et à en abattre le mur correspondant, à l'effet de parvenir ainsi jusqu'au cercueil, dans le cas où la couche supérieure opposerait une trop forte résistance aux efforts tentés simultanément pour la percer. Mais celle-ci se trouvant entièrement enlevée vers huit heures du malin, les travaux du fossé latéral, parvenus à la profondeur de 1 mètre 50 centimètres (5 pieds), furent abandonnés. Immédiatement au-dessous de la couche ainsi démolie, nous avons trouvé une forte dalle ayant 1 mètre 98 centimètres ( 6 pieds 7 pouces lj2) de long, 90 centimètres (13 ponces) de large, et 12 centimètres (5 pouces) d'épaisseur, formant, comme nous en avons acquis la certitude plus tard, le recouvrement du sarcophage intérieur en pierres détaille contenant le cercueil. Celte dalle, parfailemenl intacte, était encadrée dans une bordure de moellons et de ciment romain, fortement liée aux parois du caveau. Celle dernière maçonnerie ayant élé défaile avec soin, et deux boucles ayant été

fixées 6ur la dalle, ù neuf heures et demie tout a été prêt pour l'ouverture du sarcophage. Alors le docteur Guillard a purifié la tombe au moyen d'aspersions de chlorure, et la dalle a été , par ordre du soussigné commissaire anglais, soulevée à l'aide d'une chèvre et déposée sur le bord de la lombe. Dès que le cercueil a paru, tous les assistants se sont découverts, M. l'abbé Goquereau a répandu l'eau bénite et récité le De profundiê. r

Les soussignés commissaires sont ensuite descendus pour visiter le cercueil, qu'ils ont trouvé bien conservé, sauf une petite portion de la partie inférieure-, laquelle , quoique reposant sur une forte dalle, elItHiiéme appuyée sur des pierres de taille, était légèrement altérée. Quelques précautions sanitaires ayant été de nouveau prises par le chirurgien , un exprès fut alors envoyé à son excellence le gouverneur pour l'informer des progrès de l'opération, et le cercueil a été retiré avec des crochets et des bricoles, et transporté avec soin sous une tente dressée pour le recevoir. A ce moment, M. l'aumônier a fait la levée du corps, conformément aux rites de l'église catholique.

Les soussignés commissaires sont ensuite descendus dans le sarcophage qu'ils ont reconnu être dans un état parfait de conservation et entièrement conforme aux descriptions officielles de la sépulture.

Vers onze heures , le soussigné commissaire français s^étant assuré piéalablement que Son Excelleucc le gouverneur avait autorisé l'ouverture des cercueils de l'Empereur, conformément à des arrangements déjà arrêtés à l'avance , nous avons ' fait enlever avec précaution le premier cercueil dans lequel nous avons trouvé un cercueil de plomb en bon état que nous avons fait placer dans celui qui était envoyé de France. Son Excellence le gouverneur , accompagné de son état-major , le lieutenant Middlemore , aide-de-camp et secrétaire militaire , et le capitaine fiarnes , major de la place , sont entrés dans la

(«nie pour élre présents à l'ouverture des cercueils intérieurs. On a coupé alors et soulevé avec le plus grand soin la partie supérieure du cercueil de plomb dans lequel on a trouvé un nouveau cercueil de bois, lui-même en très bon élat et répondant aux descriptions et aux souvenirs des personnes présentes qui avaient assiste à la sépulture. Le couvercle du troisième cercueil ayant été enlevé, il s est présenté une garniture de ferblanc légèrement oxidé ; laquelle ayant été également coupée et retirée , a laissé voir un drap de salin blanc ; ce drap a été soulevé avec la plus grande précaution par les mains seules du docteur, et le corps entier de Napoléon a paru. Les traits avaient assez peu soufferts pour être immédiatement reconnus. Les divers objets déposés dans le cercueil ont été remarqués dans la position exacte ou ils avaient été placés, les mains singulièrement bien conservées ; l'uniforme, les ordres, le chapeau, fort peu altérés; toute la personne enfin semblait attester une inhumation récente. Le corps n'est resté exposé à l'air que pendant les deux minutes au plus nécessaires au chirurgien pour prendre les mesures prescrites par ses instructions à l'effet de les préserver de toute altération ultérieure.

Le cercueil en fer-blanc et le premier cercueil en bois ont été immédiatement renfermés ainsi que le cercueil en plomb ; celui-ci a été ressoudé avec le plus grand soin, sous la direction de M. le docteur Gui lia rd , et fortement fixé par des coins dans le nouveau cercueil de plomb envoyé de Paris , lequel a été également soudé hermétiquement. Le nouveau cercueil en ébène a été alors fermé , et la clef remise au commissaire français.

Alors le soussigné commissaire anglais a déclaré au commissaire français que, les travaux de l'exhumation étant terminés , il était autorisé , par Son Excellence le gouverneur , à le prévenir que le cercueil contenant, comme il venait de l'être dûment constaté , les restes mortels de Napoléon serait considéré comme à la disposition du gouvernement français, du mo-

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ment où il aurait atteint le lieu du débarquement vers lequel il allait être dirigé sous les ordres personnels de Son Excellence

le gouverneur.

Le soussigné commissaire français a répondu qu'il était chargé d'accepter ce cercueil au nom de son gouvernement, et qu'il était prêt, ainsi que toutes les personnes composant la mission française, à l'accompagner jusqu'au quai de Jame's-Town, où S. A. R. Mgr. le prince de Joinville, commandantsupérieur de l'expédition , était dans l'intention de se présenter pourle recevoir des mains de Son Excellence le gouverneur, et le conduire solennellement à bord de la frégate française la BelU-PouU, chargée de le ramener en France.

Le cercueil a été placé sur un char funèbre recouvert luimême d'un manteau impérial présenté par le soussigné commissaire français , et à trois heures et demie de l'après-midi, le cortège s'est mis en marche dans Tordre suivant, sous le commandement de Son Excellence le gouverneur , auquel une grave in4isposition n/avaii pas permis d'assister aux travaux de la nuit :

Le régiment de milice de Sainte- Hélène, sous les ordres du lieutenant colonel Seale.

Le détachement du 91' régiment d'infanterie anglaise, commandé par le capitaine Blackwellj la musique de la milice, M. l'abfeé Coquereau avec deux enfants de chœur.

Le char conduit par un détachement de l'artillerie royale; les coins du drap mortuaire portés par MM. le lieutenant général comte Bertrand., le lieutenant général baron Gourgaud, le baron de Las-Cases et Marchand. s

MM. Saint-Denis, Noverraz, Archambauld, Pierron.

Le soussigné commissaire français conduisant le deuil, ayant à ses côtés MM. les capitaines Guyet et Charner.

M. Arthur Bertrand, suivi de M. Coursol , ancien serviteur de l'Empereur, MM. le capitaine Doret et le docteur Guillard.

Les autorités civiles, maritimes et militaires de l'Ile, d'après leur rang.

S. £. le gouverneur, accompagné de Son Honneur le grand juge et du colonel Hodsoo, membres du conseil.

Une compagnie d'artillerie royale.

Les principaux habitants de l'Ile en grand deuil.

Pendant toute la marche, les forts ont tiré le canon de minute en minute.

Parvenu à Jame's-Town, le char a défilé lentement entre deux haies de soldats de la garnison, appuyés, en signe de deuil, sur leurs armes renversées, qui s'étendaient depuis l'entrée de la ville jusqu'au lieu de l'embarquement.

A cinq heures et demie, le cortège est arrivé à l'extrémité du quai. Là, S. A. R. Mgr. le prince de Joinvillc, accompagné de son aide de camp, M. le capitaine de vaisseau Hernoux, membre de la chambre des députés, et entouré des états-majors des trois bâtimens de guerre français, la Belle-Poule f la Favorite eil' 0reste, a reçu de S. Exc. le gouverneur le cercueil impérial, qui a été immédiatement embarqué sur la chaloupe disposée à l'avance pour celte cérémonie , et conduit solennellement à bord de la Belle-Poule, par le prince , avec tons les honneurs souverains.

En foi de quoi, nous commissaires susdénommés, avons dressé le présent procès-verbal, et l'avons revêtu du cachet de nos armes.

Fait double entre nous à Sainte-Hélène, le 15 du mois d'octobre de l'an de grâce 1860.

Pu. de RoHAff-CnAnoT , L. S. Alexauder.

Confirmé, Middluiorb.

Les commissaires susdénommés ayant arrêté définitivement et signé cet acte, le commissaire anglais a consenti , sur la demande expresse du commissaire français, à ce que les princi- . pales personnes qui ont assisté, de la part de la France, à l'ex-

huDiatioa de l'Empereur Napoléou, fussent invitées à attacher leurs signatures comme témoins au présent exemplaire.

Les témoins ont signé : Bertrand, le lieutenant-général Gourgaud, barou de Las-Cases, Marchand, Coquereau , Arthur Bertrand, Guyet, Charner, Doret, Guillard.

Pour copie conforme, Chabot.

Procès-verbal du docteur Guillard.

Je soussigné Guillard (Rcmy-Julicn), docteuren médecine, chirurgien-major de la frégalela Belle-Poule, ra'élanl rendu, dans la nuii du 14 au 15 octobre 1840, sur l'invitation de M. le comte de Rouan-Chabot , commissaire du Koi , à la vallée du Tombeau, île de Sainte -Hélène, pour assister à l'exhumation des restes de l'Empereur Napoléon, en ai dressé le présent procès-verbal :

Pendant les premiers travaux, il n'a point été pris de précautions sanitaires, aucune exhalaison méphitique n'est sortie des terres que l'on remuait, ni du caveau dont on faisait l'ouverture.

Le caveau ayant été ouvert, j'y suis descendu î au fond était s le cercueil de l'Empereur; il reposait sur une large dalle, assise elle-même sur des montants en pierre. Les planches en acajou qui le formaient avaient encore leur couleur clleur dureté , excepté celles du fond qui, garnies de velours , présentaient un peu d'altération dans les couches superficielles. On ne voyait à l'entour aucun corps solide ni liquide. Quant nux parois du. caveau, elles n'offraient pas la plus légère dégradation, çà et là quelques traces d'humidité.

M. le commissaire du Roi m'ayanl engagé à ouvrir les cercueils intérieurs, j'ai dû les soumettre d'abord à quelques me • sures sanitaires; immédiatement après j'ai procédé à leur ouverture. La caisse extérieure était fermée par de longues vis,

il a fallu les couper pour enlever le couvercle ; dessous élaît une caisse en plomb, close de toutes parts, qui enveloppait une autre caisse en acajou parfaitement intacte ; venait enfin une quatrième caisse en fer-blanc dont le couvercle était soudé sur les parois qui se repliaient en dedans. La soudure a été coupée lentement et le couvercle enlevé avec précaution; alors j'ai vu un tissu blanchâtre qui cachait l'intérieur du cercueil et empêchait d'apercevoir le corps; c'était du satin ouaté, formant une garniture dans l'intérieur do celte caisse. Je l'ai soulevé par une extrémité, et, le roulant sur lui-même des pieds à la té le , j'ai mis à découvert le corps de Napoléon , que j'ai reconnu aussitôt, tant son corps était bien conservé, tant sa tête avait de vérité dans son expression.

Quelque chose de blanc qui semblait détaché de la garniture couvrait, comme d'une gaze légère, tout ce que renfermait le cercueil. Le crâne et le front , qui adhéraient fortement au satin , en étaient surtout enduits ; on en voyait peu sur le bas de la figure, sur les mains, sur les orteils. Le corps de l'Empereur avait une position aisée; c'était celle qu'on lui avait donnée eu le plaçant dans le cercueil ; les membres supérieurs étaient allongés, l'avant-bras et la main gauche appuyant sur la cuisse correspondante, les membres inférieurs légèrement fléchis. La tête un peu élevée , reposait sur un coussin; le crâne volumineux, le front haut et large se présentaient couverts de téguments jaunâtres, durs et très adhérents. Tel paraissait aussi le contour des orbites, dont le bord supérieur était garni de sourcils. Sous les paupières se dessinaient les globes oculaires , qui avaient perdu peu de chose de leur volume et de leur forme. Ces paupières , complètement fermées , adhéraient aux parties sous-jacentes et se présentaient dures sous la pression des doigts. Quelques cils se voyaient encore à leur bord libre. L*s os propres du nez et les téguments qui les couvrent étaient bien conservés, le tube et les ailes seuls avaient souffert. Les joues étaient bouffies. Les téguments de ceite/p&riiedc la face se fai-

saient remarquer par leur toucher doux , souple et leur couleur blanche ; ceux du menton étaient légèrement bleuâtres. Ils empruntaient cette teinte à la barbe qui semblait avoir poussé après la mort. Quant au menton lui-même, il n'offrait point d'altération et couservait encore ce type propre à la figure de Napoléon. Les lèvres amincies étaient écartées, trois dents incisives, extrêmement blanches, se voyaient sous la lèvre supérieure qui était un peu relevée à gauche. Les mains ne laissaient rien à désirer; nulle part la plus légère altération. Si les articulations avaient perdu leurs mouvements, la peausemblait avoir conservé cette couleur particulière qui n'appartient qu'à ce qui a vie. Les doigts portaient des ongles longs, adhérents et très blancs. Les jambes étaient renfermées dans les bottes j niais par suite de la rupture des fils, les quatre derniers orteils dépassaient de chaque côté. La peau de ces orteils était d'un blanc mat et garni d'ongles. La région antérieure du thorax était fortement déprimée dans la partie moyenne, les parois du ventre dures et affaissées. Les membres paraissaient avoir conservé leurs formes sous les vêtements qui les couvraient ; j'ai pressé le bras gauche, il était dur et avait diminué de volume. Quant aux vêtements , ils se présentaient avec leurs couleurs : ainsi on reconnaissait parfaitement l'uniforme de chasseurs à cheval de la vieille garde, au vert foncé de l'habit, au rouge vif des parements; le grand cordon de la Légion-d'Honneur se dessinant sur le gilet, et la culoite blanche cachée en partie par le petit chapeau qui reposait sur les cuisses. Les épaule nos , la plaque et les deux décorations attachées sur la poitrine n'avaient plus leur brillant, elles étaient noircies. La couronne d'or de la croix d'officier de la Légion-d'Honneur seule avait conservé son éclat. Des vases d'argent apparaissaient entre les jambes ; un d'eux , surmonté d'un aigle , s'élevait entre les genoux ; je le trouvai intact et fermé. Comme il existait des adhérences assez fortes entre ces vases et les parties voisines qui les couvraient un peu , M. le commissaire du Roi n'a pas cru deroir les déplacer pour les examiner de plus près.

Tels sont les seuls détails que m'ait permis d'enregistrer, sur les restes mortels de l'Empereur Napoléon, un examen quin'a duré que deux minutes. Ils sont incomplets, sans doute , mats ils suffisent pour constater un état de conservation plus parfait que je n'étais fondé à l'attendre d'après les circonstances connues de l'autopsie et de l'inhumation. Ce n'est point Ici le lieu d'examiner les causes nombreuses qui ont pu arréterà ce point la décomposition des tissus ; mais nul doute que l'extrême solidité de la maçonnerie du tombeau et les soins apportés à la confection et à la soudure des cercueils métalliques n'aient contribué puissamment a produire ce résultat. Quoi qu'il en soit , j'ai dû redouter pour ces restes le contact de l'air atmosphérique, et, convaincu que le meilleur moyen d'en assurer la conservation était de les soustraire à son action destructive, je me suis rendu avec empressement aux invitations de M. le commissaire du Roi, qui demandait que l'on fermât les cercueils.

J'ai remis à sa place le salin ouaté, après l'avoir légèrement enduit de créosote ; j'ai fait fermer hermétiquement les caisses eu bois, et souder avec le plus grand soin les caisses en métal.

Le. reste, de l'Empereur Napoléon sont aujourd'hui dan, six

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l-Uncwou.il en fer-blanc» ^. '^«£*î«i««ii 2° Un cercueil en bol. d'acajou ;

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