‹ Journal et correspondance, 1793 à 1805Chapitre 17 sur 31 · LE LENDEMAIN · texte numérisé non relu

LE LENDEMAIN

« Eveillez-vous, jeunes époux! Le soleil dore le sommet des montagnes, la rosée se balance molle-

ment sur les fleurs mobiles des champs, les oiseaux saluent l'aurore et chantent le lendemain... Éveillez-vous, jeunes époux!... Et toi, fille de l'Amour, pour cacher l'embarras de la pudeur, réfugie-toi dans le sein de ton bien-aimé.

« Éveillez-vous, jeunes époux! pour savourer les nouveaux bienfaits de l'amour! C'est lui qui embellit la scène de la nature, c'est lui qui en fait toute l'harmonie! Il préside aux concerts des oiseaux, il assujettit les végétaux à ses douces lois : il est l'âme universelle.

« Heureuse solitude de Polémieux, que de monuments d'amour tu vas renfermer ! Sur ces jeunes arbustes croîtront avec les années les chiffres et les emblèmes de l'amour. Le repos et les plus douces rêveries seront attachés à ce gazon foulé par les lùeds aériens de l'objet aimé. Cette fleur cachée dans la verdure devient chère si elle a attiré les regards de Julie.

« Et ces sources limpides, et ce ruisseau solitaire murmurant sous des berceaux de feuillage..., et la mystérieuse obscurité de ces lieux silencieux..., que de souvenirs seront un jour attachés à tous ces lieux! (juolles promenades délicieuses! quels heureux labyrinthes! Que de fois on se sera égaré

sans s'en apercevoir! que de fois, de cette terrasse, on sera venu contempler la nature ! que de fois on aura passé les belles soirées d'été sous cette dllée d'arbres !

« Solitude de Polémieux, je te salue de toute mon âme ! Jeunes époux, pour qui elle se change en Elysée, pour qui elle est devenue Éden, je vous embrasse dans toute l'étreinte de l'amitié ! »

(A la suite de cet épithalame, nous aimons à citer la page suivante, que nous trouvons écrite par l'un des meilleurs amis d'André.)

« Sentiments religieux, d'amour, de pudeur, naïveté pure, parfums cachés de l'âme de Ballanche, c'est avec un pieux respect que nous vous retrouvons ici tout entiers, sous cette belle forme antique, dans ce petit poème inspiré par une amitié d'enfance.

« Jeunes filles, jeunes femmes, invitées à ce banquet de famille, ne baissez point les yeux, ne rougissez pas. Aucune parole ne blessera vos oreilles délicates, aucun malin sourire n'effleurera

d'aNDHÉ-MAHIE AMPÈE^E. 145

les lèvres de ceux qui vous regardent, en provoquant votre embarras.

« Matrones, restées sages à tous les âges, soyez satisfaites, écoutez avec confiance le chantre de cet hyménée, les encouragements qu'il donne à l'accomplissement des devoirs, l'hommage qu'il rend à la vertu, et ses souhaits de félicité.

« Cette voix qui a retenti au milieu de la fête, tout en parlant des plaisirs très vifs de ce monde, s'est bien vite élevée plus haut que la terre. Les convives du festin, les amis d'André et de Julie, entraînés par l'émotion du poète, ont uni leurs vœux aux siens, non pour demander en faveur des époux les fausses jouissances de la vanité ou l'abondance superflue des richesses, mais pour supplier Dieu de bénir et d'enlacer d'une étreinte éternelle et divine deux cœurs bons et aimants, qui viennent de se donner aujourd'hui l'un à l'autre.

« Ampère, si même une longue et glorieuse carrière lui est destinée, ne connaîtra jamais rien de comparable à ces heures, à ces courtes et heureuses années passées auprès de sa Julie, sur ce pauvre domaine paternel où il est né. Que de souvenirs seront un jour attachés à ce lieu ! disait le candide et sublime Ballanchc : il ne se trompait pas.

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