‹ Journal et correspondance, 1793 à 1805Chapitre 18 sur 31 · JOURNAL ET COU RES PON D ANGE · texte numérisé non relu

JOURNAL ET COU RES PON D ANGE

« Solitude de Polémieux, deux fois consacrée par l'amour, nous voudrions te saluer de près, marcher dans tes allées maintenant désertes, au bord de ce ruisseau tari; nous voudrions te voir et ne plus l'oublier, en mémoire du bonheur dont tu reçus la confidence et le témoignage ! »

La première année de cette union réalise toutes les joies rêvées et attendues avec une constance si rare. Julie, qui est dans une situation intéressante, suit sa mère à Saint-Germain au printemps de 1800 (an VIII), tandis que son mari donne des leçons de mathématiques à Lyon. Une fois par semaine, il va retrouver sa femme à la campagne. Dès ce moment, André nous initie aux tendresses, aux projets, aux préoccupations de son ménage, à la sollicitude que lui cause déjà la santé de sa Julie, qui va s'altérant de jour en jour, après les épreuves de la maternité. Dans la page suivante, il parle d'abord de ses deux Julies, croyant à la naissance d'une fille. Le petit tableau , c'est la campanule encadrée ; nous connaissons le talisman ; le portefeuille de satin rose, orné de deux chiffres entrelacés et brodés, recevait ce qu'il appelait ses trésors : les réponses de Julie. Toutes ces reliques

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amoureuses sont encore enveloppées avec les autographes du mari et do la femme sous le même cachet.

D' André Ampère à J/™* Julie Ampère, chez M^'^ Carron à Saint-Germain, Mont-rFOr.

« Lyon, mardi matin.

« Pourquoi tous mes jours ne s'écoulent-ils pas auprès de toi? Si je suis méchant quelquefois, c'est que je reste trop longtemps sans respirer l'air de douceur et de bonté que tu exhales.

« Mes deux Julies se portent-elles bien? la plus petite saute-t-elle toujours? te rappello-t-elle que son papa ne vit que pour toi ? »

<• Du 46, mercredi.

« Je fus bien attrapé hier quand je voulus faire mon inventaire. Je ne sais où tu as mis une partie de mes trésors. En prenant mon portefeuille, je n'ai trouvé quo le petit tabloau, que j'ai baisé de bon cœur; j'aurais eu encore plus de plaisir à baiser le talisman, mais tu me l'as caché, petite mé-

chante ; c'était bien assez de me défendre d'aller si souvent à Saint-Germain sans me priver aussi de «ette dernière consolation.

« Je n'ai point encore placé la violette à côté de la campanule, je la laisse un peu sécher dans le livre où elle est en presse.

« Toutes ces dames sont à Bellerive ; Marsil vint me voir hier matin et me dit que M™° Périsse ne tarderait pas à revenir.

« Adieu, tu te moquerais encore si je mettais là îunbaiser;celame ferait pourtant bien plaisir. Adieu.

« AMPÈRE

« J'ai emporté dans ma poche un livre d'heures •qui appartient à ma tante. »

Ici pour la première fois nous trouvons des lettres de M"^ veuve Ampère : elles font pressentir l'arrivée prochaine du grand événement de famille.

De M^^ veuve Ampère à Julie.

.< Poléinieux.

« Je crains, mes chers enfants, que vous ne soyez en peine de votre bonne mère ; je profite d'une occasion pour vous dire que ma santé est toujours bonne, que mes forces sont bien revenues. Je suis occupée de mon pauvre Ampère et te permets de le plaindre. Travailler pour les autres quand on a besoin de travailler pour soi, c'est triste; mais avouez, mes enfants, que vous auriez été bien fâché si M. Houx s'était adressé à un autre qu'à lui. Gela le fera connaître, et j'espère que son temps ne sera pas perdu. Embrasse-le pour moi, il te le rendra à mon intention.

« Non. ma chère Julie, je ne t'ai pas donné lejour, mais lu as pris dans mon cœur la place d'une fille chérie. Qui pouvait mieux que toi la remplacer? Même douceur, même bonté, même esprit. Je n'ai qu'un seul chagrin, c'est de ne pas te rendre aussi heureuse que tu devais l'être ; mais si la tendresse d'un époux et celle de ta seconde mère peuvent te dédommager un peu de tes privations, tu es sûre d'être aimée autant ({ue tu le mérites'.

« Nous t'avons envoyé tout ton linge. Marion a fait la lessive; j'y ai mis tes draps, ils pourront t'être utiles. Ma chère fille, ménage ta santé, aie bien soin de cette jolie petite qui sera mon quatrième enfant. Je t'ai gardé un vieux coq pour le bouillon que tu prendras. Comment l'avoir tout prêt sous la main quand nous en aurons besoin? Situ avais un grenier fermé, je te l'enverrais au commencement du mois d'août.

« Veuve AMPÈRE.

« Joséphine et la tatan vous disent mille choses. »

De i1/™e veuve Ampère à Julie.

<( Juillet.

« Ma Julie s'inquiète, elle n'est pas sage. Pourquoi, ma bonne amie, avoir des idées noires ? Rien de plus naturel que de mettre au monde des petits êtres qui; deux ou trois mois après avoir vu le jour, vous sourient et vous tendent les bras. Ne pense qu'à la satisfaction que tu auras quand tu entendras

une voix douce qui t'appellera mamau. C'est un plaisir qui fait oublier les souffrances qu'il nous a coûtées. .Je ne te dirai pas que les douleurs ne sont rien, mais plus elles sont fortes, plus tôt on est délivré. Du courage, ma chère fille. Nous avons eu dans ce pays sept heureux accouchements en deux mois, dont trois sont des premiers enfants : pourquoi ma Julie se tourmenterait-elle? Tout ira bien. Sois sage, ne te fais pas gronder par ta seconde mère. Dis à la première, car je suis obligée de lui céder ce droite mille jolies choses de ma part; j'irai près d'elle incessamment pour l'aider à rendre notre tille tout à fait raisonnable. Les demoiselles Bœuf vinrent me voir avec M. Navarre un instant après que mon fils fut parti; elles croyaient que tu étais accouchée.

('. C'est ton lit qui a retardé le départ de Marion, il n'a été fini que mercredi. Pour la farine, j'ai bien peur, mes chers enfants, que vous ne soyez obligés d'acheter du pain et moi du blé, car je ne peux vous envoyer que trois bichets, mais cela poussera toujours avec le temps, et comme Delorme sera obligé de se presser do battre pour lui, je trouverai bien quelque âme charital)le qui portera de suite un ou deux sacs, ton pain en sera meilleur. Quant

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aux fromages, la vache est encore à la foire qui doit nous en fournir; mais voici des poires et du raisin qui vous serviront en attendant. Je profite aussi de la charrette pour expédier du linge, de mauvaises serviettes, nous n"avùns que ça, puis une paire de draps roux pour doubler ton lit de misère ; je ne me souviens plus si tu m'as demandé autre chose : tu sais que tout ce que possède ta bonne mère est à ton service. C'est un chagrin que la Providence lui réservait encore de ne pouvoir faire davantage, mais il faut se soumettre.

^ J'ai encore du coton plat pour tricoter une seconde paire de bas à ton mari. Joséphine n"a pas de plus grand plaisir que de travailler pour sa sœur Julie.

« Adieu, ma chère fdle, dissipe-toi, ne reste jamais seule. Puisque les grandes courses te fatiguent, elles ne te valent rien, fais un petit tour sur le quai quand le soleil est couché. Je te prie de me rappeler au souvenir de ta famille. Aime-moi toujours autant que je t'aime, c'est lapins grande consolation que puisse avoir ta bonne mère.

« Veuve AMPÈRE. »

D AND RÉ- MARIE AMPÈKL. 1"j5

D'André Ampère à M"'' Julie Ampère, chez M""' Carron, à Saint-Germain, Mont-d'Or.

« Vendredi matin.

« Je t'écris à la hâte, ma Julie, des nouvelles de ^jme Périsse. Elles sont on ne peut meilleures; Julien Périsse est né hier entre sept et huit heures du soir.

« Quand Louison m'a éveillé ce matin, que je faisais un joli rêve 1 quel lort elle m'a fait ! Je rêvais que je voyais ouvrir mes rideaux par ma Julie arrivant de Saint-Germain pour visiter sa sœur, et venant d'abord chez son mari; elle n'avait qu'un jupon de bazin, un corps de toile et un petit mouchoir qui laissait entrevoir quelque chose de bien blanc, et deux boutons de rose 1 Ah ! mon amie, comme je t'embrassais de bon cœur, quand la grosse voix de Louison a frappé mon oreille, au lieu de cette voix si douce que j'aime tant. Ce réveil m'aurait mis au supplice sans l'espérance de te revoir demain ! Que deux jours et une nuit sont longs! que je t'aime !

« Je t'écris en donnant une leçon qui me détourne

sans cesse. Adieu, voici encore M. Lescure qui arrive, il faut te quitter pour lui ; je ne sais ce que je lui ferais.

« AMPÈRE

A son tour Julie est devenue mère ; André s'accusera désormais de toutes les douleurs de sa femme. « J"ai raison de me détester, répète-t-il à ce propos. Je pense encore, mon amie, au mal que tu t'es fait en te tenant éveillée pour bercer le petit, en me faisant croire que tu allais t'endormir, afin que je m'endormisse. J'ai pleuré de regret en chemin de ma bêtise; promets-moi de me laisser faire au prochain voyage, je veux le soigner moi-même. Tu oublies, ma pauvre petite, que ta santé est bien délicate, que tu as à présent des occupations rudes, et que tu ne dors pas la moitié de la nuit.

c( Si tu ne veux point empoisonner mon bonheur et me faire haïr, s'il était possible, ce que j'aime le mieux après toi, permets qu'on te garde le petit en bas depuis huit heures jusqu'à onze; Françoise aura encore sept heures pour se reposer. Tu trouveras que ce n'est pas assez, toi qui, épuisée, tourmentée de toutes les manières, n'obtiens pas un moment de véritable calme ; tu peux compter sur

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elle, je te répons de sa prudence. Ton petit boira un bon lait, son papa n'aura plus les craintes continuelles qui l'agitent, et regrettera moins de ne t'avoirpaspriéeàgehouxde le mettre en nourrice. Je donnerais à présent la moitié de ma vie pour qu'il y fût.

(( Ma bienfaitrice, ma bien-aimée, je t'aime cent fois plus aujourd'hui que tous les jours, parce que je pense davantage à ce que mon bonheur te coûte et ce ({u'il t'en coûtera pour celui du petit être qui est ton enfant et le mien.

« AMPÈRE

D'André à M. Carron.

« Lyon.

« 11 y a bien longtemps, mon cher frère, (jue je veux t'écrire et te remercier des démarches que tu as faites pour moi relativement au prytanée; des occupations qui ne me laissent point un moment ne me l'ont pas encore permis. Tu t'étais donné bien de la peine pour me procurer les moyens d'ob-

tenir quelques recommandations auprès de Comberousse; je suis à peu prés sûr qu'on va nommer un autre directeur : lequel, je n'en sais rien ; en attendant, tout reste là.

« J'espère que tes projets réussissent mieux que les miens et que tu te trouves dans une position stable et avantageuse. Ta femme va nous quitter; nous serions trop fâchés de son départ si nous ne pensions qu'elle va te rendre un bonheur dont tu es privé depuis si longtemps. Puissiez-vous revenir bientôt à Lyon, car personne ici ne sera parfaitement content loin de vous; tu sais bien comme Julie t'aime, et je ne suis qu'un avec Julie.

« La pauvre petite a aussi ses inquiétudes : notre revenu est bien incertain, les élèves vont et viennent sans qu'on sache jamais sur quoi compter; le prytanée arrangerait tout, mais qui sait ce que cette espérance deviendra? Si tu voulais ajouter un nouveau service à tous ceux que tu m'as rendus, tu tâcherais de voir M. Cayre : tu pourrais savoir de lui s'il songe toujours à moi. Je t'avoue que j'ai craint quelque temps la rivalité de Boucharlat, qui sait bien mieux que moi solliciter les personnes en place. Quoiqu'il ait assez travaillé en mathématiques, pourra-t-il être admis sans de nouvelles

D'ANDr.li-MAllIL AMPKHE. I"i7

études à l'École polytechniquo, d'après tout ce qu'on exige aujourd'hui ?La protection de M. Cayre suffirait au reste pour me rassurer. A son dernier voyage à Lyon il m'a promis do s'intéresser à moi ; je lui ai écrit depuis, mais il n'a pas répondu; peutêtre n'a-t-il pas mon adresse : s'il la demande, c'est rue Mercière, maison Rosset, n" 18, au premier.

« Tu vois, mon bon frère, que je compte bien sur ton amitié et que je te fais un long détail de tout ce qui m'occupe. Ma pauvre Julie a un mal de tète qui me tourmente bien. Ta femme est venue nous voir et lui tenir compagnie.

« Adieu, je te souhaite une bonne santé, avec tout ce que tu désires.

D'Andj'é Ampère à M^'' Ampère^ à Saint-Germain, Mont-d'Or.

« Du lundi.

« Mon amie, je viens d'écrire une quantité d'idées mathématiques dont j'avais besoin pour mon ouvrage.

lo8 JOURNAL ET CORRESPONDANCE

« J'ai un nouvel élève ; à ton retour je pourrai t'offrir une bonne recette et un compte bien en ordre.

« Hier Ballanche m'apporta ses productions, et nous restâmes à les lire jusqu'à neuf heures un quart.

<i Mercredi.

« Mes expériences ont paru réussir complètement, mais j'ai eu recours à un peu de supercherie, qui, du reste, n'a rien gâté.

« J'éprouve tous les jours davantage qu'il n'y a que pour toi que je me soucie de vivre. Hier, faisant des préparations avec de l'acide sulfurique, il me semblait que je n'aurais point eu de répugnance à en boire un verre, si ce n'était que ma Julie est à moi et le petit qu'elle m'a donné.

« AMPÈRE

11 ne s'agit point ici d'idées de suicide, mais d'un sentiment passager de détachement terrestre pour tout ce qui n'est pas sa Julie ou son enfant.

Les impressions mélancoliques n'ont jamais été étrangères à la nature d'André. Assez rares dans sa jeunesse, elles deviennent presque habituelles

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quand il a perdu Julie et qu'il avance en âge. Dès lors, quelle que soit la date de sa correspondance, on n'y trouve jamais l'expression de la sérénité, mais plutôt un certain sentiment de fatigue que lui causent les agitations incessantes de son cœur et de son cerveau. 11 ne connaît guère le repos; pour lui, les jours, les heures ne s'écoulent point, mais se précipitent. La passion de la science le dévore et l'entraîne, ses affections le consument, toute sensation de bien-être moral, fùt-elle momentanée, lui échappe, et les circonstances qui l'entourent favorisent et développent ces dispositions. Si les ennuis, les embarras, les inquiétudes de la vie, ne le touchent pas personnellement, il souffre pour les siens, pour ses amis ou pour l'humanité. C'est ainsi qu'en 1816 Ampère parlera àBallanche, qu'un chagrin de famille désole : « Je sais combien tous les discours sont vains quand le malheur accable; je sais quelle impression font sur une âme souffrante ces raisonnements de résignation, non ignara mali. Voilà donc ce que c'est que la vie ? On devient trop triste quand on y songe, à moins que ce sujet si triste ne devienne un sujet de joie et de consolation, comme cela est arrivé à Bredin. Obi mon ami, tu devrais bien voir souvent cet homme ad-

niirable; sa conversation calmerait tes peines. Ce ne peut être qu'ici, près de moi, que tu retrouveras la paix, le calme nécessaire au développement de tes talents, de ces talents dont tu dois compte à tes semblables, à toi-même. N'enterre pas le talent que tu as reçu comme le méchant serviteur de l'Évangile. Ballanche, mon ami, cherche à secouer ta douleur, à te retirer dans ce sanctuaire de la pensée où l'homme apprécie le peu qu'est cette vie. »

A la date de 1818, il nous tombe encore sous les yeux ces lignes, toujours adressées à Ballanche :

« Je suis tellement agité de pensées diverses, d'inquiétudes de tous genres, que je n'ai pas un moment à donner aux occupations qui pourraient seules me délaisser un peu. Quand je veux m'y livrer à l'unique instant dont je puisse disposer, c'est-à-dire le soir, ma tête est si épuisée que je ne trouve plus une idée. Mon ami, c'est un tourment continuel. Qui aurait cru que Ballanche et Ampère, l'un à Lyon, l'autre à Paris, laisseraient finir deux mois sans s'écrire? De ces deux mois, l'un a passé en examinant chaque jour neuf à dix heures; ah! l'autre a disparu comme un éclair : que m'en restet-il ? des pensées qu'un autre mois effacera peutêtre. Le sentiment de la nullité de cette existence

D ANDRÉ-MARIE AMPÈRE. Ifil

porte dans tout mon être, plus profondément que jamais, je ne sais quelle aspiration vers une autre vie, seule consolation que l'on puisse avoir sur la terre. »

Oui, selon l'expression de Ballanche, qui connaissait bien Ampère, c'est un brasier gui était dans son cœur.

Revenons aux jours heureux du jeune mari, jours trop courts et pourtant déjà mêlés de bien des peines.

D'André Ampère à M. Carron.

« Le 18 germinal an IX, S avril 1801.

« Que j'ai de remerciements à te faire, cher Carron, mon véritable ami, de toutes les peines que tu t'es données. Je ne me souviens guère de ce que je t'ai écrit dans ma précédente au sujet de notre situation à tous deux. Je crois que je faisais des souhaits pour ton bonheur et celui de ta femme ; mais j'étais bien loin, en te confiant les embarras de ma Julie et le chagrin que j'en ressentais, d'oublier les tiens. Je sais, hélas ! que tu as été long-

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temps en butte à mille peines, éloigné de tout ce qui t'était cher; je sais encore qu'à présent ta position n'est pas celle que tu mérites. Paris est trop loin de Lyon. Je voudrais me rappeler précisément ce que j'ai pu te dire dans cette lettre que je suis bien fâché d'avoir envoyée puisqu'elle t'a causé quelque déplaisir. Je t'écrivais tout occupé des élèves qui venaient de me quitter, tourmenté qu'il ne m'en restât qu'un nombre très médiocre, et j'épanchais ce chagrin dans le cœur d'un frère. Il m'en est venu heureusement quelques nouveaux depuis lors. Les soins que tu as donnés à mon affaire me procureront, j'espère, une place plus fixe, soit que l'établissement en question s'organise à Lyon ou quelque chose d'équivalent. Et puis, je me flatte toujours que la fortune réparera ses torts envers toi; que, réunis tous ensemble, nous verrons nos enfants grandir pour jouir d'un bonheur moins mêlé d'inquiétudes que celui de leurs pères. N'est-ce pas, mon bon ami, que cette fois ces vœux ne te feront pas de peine? Ils sont, j'en suis sûr, si bien d'accord avec les tiens !

<( Je vais te parler aussi de ton petit-neveu. On lui amis aujourd'hui pour la première fois de petits souliers rouges. Je l'ai aidé à marcher vers sa mère ;

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ma Julie l'a soutenu aussi à son tour, et j'ai goûté un grand bonheur à recommencer cet exercice : que sera-ce donc quand il saura courir seul et parler? Tu auras bientôt le plaisir de voir ton Élisa, et tu sentiras alors combien l'enfant que ma Julie m'a donné doit me causer de joie. Ce pauvre petit a déjà bien de la connaissance; il crie quand sa maman fait semblant de me battre, et s'efforce des pieds et des mains j)Our se débarrasser de nous tous et aller près d'elle. Il faut que je compte bien sur l'amitié que tu conserves à ta sœur cadette, à ta petite Julie, comme tu l'appelles, pour te conter de si petites choses; mais, vois-tu, quand j'écris à d'autres moi-même, je laisse ma pensée du moment gouverner ma plume.

« Adieu, mon bon ami, tu sais bien comme tu es aimé dans cette maison; Julie y met tout à l'unisson de son cœur. Elle apprendra au petit Jean- Jacques à répéter le nom de son oncle de Paris et de sa tatan Aguarite, qu'il ne verra peut-être pas de si longtemps; si tu ne viens point, il faudra pourtant que je te le mène.

« Adieu, je t'embrasse de toute mon âme.

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