‹ Journal et lettresChapitre 35 sur 46 · L'ANGE JOUJOU · texte numérisé non relu

L'ANGE JOUJOU

Il est des esprits puissants Qui dirigent les planètes, Qui font voler les tempêtes Et s'allumer les volcans, Qui régnent sur Tair et Tonde, Qui creusent le lit des mers, Qui règlent le cours du monde Et prennent soin des déserts, Qui sèment l'or et le sable.

Lis et roses dans les champs ; Et dans le nombre innombrable De ces esprits bienfaisants, n est un ange adorable Que Dieu fit pour les enfants.

Un ange à l'aile vermeille.

Une céleste merveille, Du paradis le bijou, Le petit ange Joujou, De l'ange gardien le frère ; Mais l'un guide l'âme aux cieux.

Et l'autre enchante la terre Et ne préside qu'aux jeux.

Il inventa la Poupée, Tant d'objets d'amusement Dont l'enfance est occupée, Qui portent son nom charmant.

Avant l'aurore il se lève ; Riant, il s'en vint du ciel Dans l'Éden jouer près d'Eve Avec le petit Abel.

11 fait les boutons de rose, I^s colliers de perle et d'or.

Les colibris qu'il dépose Dans les fleurs du Labrador.

Il n'est merveilleuse chose Qu'il n'ait faite ou fasse encor; Soiifllant sur l'eau savonneuse.

Grâce à ses enchantements,

Brille un palais de diamants

A rendre une reine heureuse;

Il fait le baume et le miel,

De son souffle naît la brise,

11 a planté le cytise

Et dessiné Tarc-en-ciel. *

Passant du Gange en Norvège,

Il se môle au beau cortège

Des cygnes éblouissants.

Et sème avec ses doigts blancs

Les Jolis flocons de neige

Pour amuser les enfants.

Et ces concerts des campagnes.

Cette musique des bois

Qui charment vais et montagnes,

De notre ange c*est la voix.

Ah ! que cet ange nous aime

Et que ses pouvoirs sont beaux !

Pouvoirs qu'il tient de Dieu même :

Il veille au nid des oiseaux;

Il leur porte du ciel même

Leur vêtement radieux

Et deux perles pour leurs yeux.

Il est de toutes nos fêtes;

11 tient pour nous toujours prêtes

Des coupes sans aucun fiel,

Et grâce enfin à ses charmes.

On dit que toutes nos larmes

Ne sont que gouttes de miel.

Puis quand les dernières heures

Sonnent aux pieux enfants,

On le retrouve aux demeures

Où sont les saints Innocents,

Jouant avec leur couronne

Et leur palme de martyrs.

Bénissant Dieu qui leur donne

Tout le ciel pour leurs plaisirsc

I/admirable pays que la Bretagne, par sa foi et ses beaux génies I Que tes lettres datées de là me font plaisir! Que j'ai de joie, Maurice, de te savoir sur cette terre forte, de te voir vivre du même air qu'ont respiré Du Guesclin, Chateaubriand, Lamennais I L'âme doit grandir dans une telle atmosphère. Que ne deviendra pas la tienne si naturellement belle I Que ne recevra-t-elle pas en intelligence des intelligences qui t'entourenti Quels torrents de foi et de lumière t'inondent dans ta solitude de La Chênaie ! Tu me représentes un religieux à Clairvaux du temps de saint Bernard. Seulement M. de Lamennais me semble un peu moins doux que cet admirable saint ; mais M. Gerbet a la suavité d'un ange. Je te préférerais sous sa direction toute d'amour et d'humilité. Recueille bien soigneusement les conférences religieuses qu'il vous fait et que tu destines à tes sœurs, les anachorètes du Cayla. Je suis au reste fort satisfaite de sa décision. Veuille bien lui en témoigner tous mes remercîments et combien je serais charmée de l'avoir toujours pour mon casuiste, mais ce ne sera jamais que de loin. Oh! si au lieu d'être ta sœur j'étais ton frère, tu me verrais bientôt où tu es, supposé le talent avec la vocation. La vocation serait certaine. il y a longtemps que je dis comme saint Bernard : 0 beata solitudoj 0 sola heatitudo! Mais tu sais ce qui me retient toujours, mon père et toi, toi, mon ami, qui m'as dit de rester encore pour toi dans le monde. Mais tu as déjà pris ton parti, tu as pris le ciel et lu me laisses la terre. 0 mon bien-aimé frère! si par incroyable tu la quittais avant moi cette vallée de larmos, qu'y deviendrais-je? Mais changeons d'idée.

Que j'ai de reconnaissance pour ton ami du Val et sa gracieuse femme, cette Sara de la nouvelle alliance, qui accueille si gracieusement les pèlerins! Tu as passé d'agréables jours sous celte tente hospiialière. Que dire à tes hôtes pour leur témoigner ma reconnaissance? que leur envoyer? Ils aiment la poésie, en voilà. Madame du Val d'ailleurs m'a écrit et veut savoir ce que j'aime.

Enfant, J'aimais les fleurs, les oiseaux, la parure; Oui, lorsque sur mon front tombaient de blonds anneaux. J'aimais à contempler ma petite figure Dans le miroir des eaux.

Taimals d*crrer, pareille à la biche légère. De la prairie au bois, des coteaux au vallon ; J'aimais à détacher, pour le rendre à sa mèro. L'agneau pris au buisson.

J'aimais à recueillir, comme autant d'étincelles, Les vers luisants sur l'herbe attirant tous les yeux; J'aimais à voir passer, ainsi que des nacelles, Les astres dans les cieux.

J'aimais de l'arc-en-ciel la sphère éblouissante. Posant ses pieds du pôle aux monts Pyrénéens; J'aimais les beaux récits, Trilby, la fée Organte, Et des petits enfants les joyeux entretiens.

J'aimais tout chant, tout bruit, toute voix d'innocence, Oiseau, nuage, encens que je voyais passer; J'aimais tout, la nature était joujou d'enfance; Dieu, pensais-je, étoilait le ciel pour m'amuser.

Joyeuse comme l'hirondelle, J'épandais ma joie à Pentoor, Et, sans l'avoir mieux appris qu'elle.

Je chantais tout le long du jour.

Je chantais amour et louange A tout objet aimant ou beau, A ma mère disant qu'un ange Veillait riant sur mon berceau.

Ah ! quand je la voyais sourire.

Elle était cet ange enchanteur D'où me venait grâces et rire.

Où je puisais chants et bonheur.

Chants et bonheur avec ma mère S'en allèrent en an cercueil,

Et je n^aimai rien sur la terre, Rien que la prière et le deuil.

Oh ! la prière est un dictame, Un doux baume coulant du ciel.

Aussi salutaire à notre àme Que rhuile aux lampes de Tautel.

D'où vient tout ce qui l'alimente

Et tant d'ineffables plaisirs.

Quand devant Dieu, comme une amante.

Elle exhale flamme et désirs.

Disant : « Que n'ai-je une aile d'ange Pour voler sur tes pas , mon Dieu !

Que ne suis-je soleil, archange.

Un être d'amour ou de feu !

« Une créature placée

Loin de ce monde ténébreux ,

De cette région glacée

Que recouvrent de pâles cieux,

« Et qui, sur quelque haute cime Planant avec les aquilons, Trouve en toi son aire sublime.

Ainsi que l'aigle sur les monts ! »

Et puisî... et puis mon cœur succombe.

Et rien ne peut me consoler; Sur mes deux mains ma tête tombe.

Et devant Dieu j'aime à pleurer.

J'aime à lui dire : « O notre Père, Donne-nous un cœur filial; Comme aux cit-ux sois aimé sur terre, Et délivre-nous de tout mal.

« Délivre nos pieds de l'embûche Que h'ur dresse l'esprit malin; A la pauvre àiiie qui trébuche, Viens, ô mon Dieu, tendre la main!

u Accorde une longue vieillesse A Phomme qui chérit ta loi , A SCS enfants grâce et sagesse, Au mécréant donnez la foi.

« Au pauvre cherchant son aumône Faites trouver pain et logis; Donnez à celui qui lui donne, Donnez richesse et paradis.

« Faites couler ses sources pleines.

Sous ses pressoirs des flots de vin.

Accordez-lui de blanches laines Et des champs de blés et de lin. »

Ainsi ma voix reconnaissante Vous bénit devant le Seigneur, O vous accueillant sous la tente, Comme Sara, le voyageur.

Avec une gr&ce ineffable Et les soins les plus empressés.

Lui servant le pain sur la table, Lui versant Tonde sur les pieds; Qui veillez, douce Providence, Sur un frère que je chéris, Dont je pleure la longue absence ; Je vous bénis! je vous bénis!

Le 27 mai 4855^. — ... Dieu seul peut donner la force et le vouloir dans cette lutte terrible, et tout faible et petit qu'on soi i, avec son aide on tient le géant sous ses pieds; mais pour cela il faut prier, prier beaucoup, comme nous Ta appris Jésus- Christ, et nous écrier: Notre Père! Ce cri filial touche le cœur de Dieu et nous obtient toujours quelque chose. Mon ami, je voudrais bien te voir prier. La prière, qu'est-ce autre chose que Tamour, un amour au besoin et qui demande à Dieu, à l'auteur de tout bien?

Page 1