Mémoires de Maurepas, t. IV, p. 143 et
2. Mémoires du duc de Luynes, publiés par MM. L. Dussieux et E. Soulié, t. VI, Paris, 1861, p. 157.
dans notre Journal \ et qui a laissé des mémoires où quelques détails historiques se trouvent mêlés à un récit frivole d'aventures galantes, l'abbé Aunillon, raconte ainsi quelques particularités relatives à la nomination du marquis d'Argenson : « On m'assura que le roi , au sortir de l'audience où M. de Villeneuve s'excusa d'accepter la place de secrétaire d'Etat des affaires étrangères, avait dit assez haut au maréchal de Noailles ces propres mots : « Mais M. d'Argenson l'aîné pourrait.... » C'était tout ce qu'on en avait entendu. Ce jour-là même, j'étais invité à dîner avec M. le marquis d'Argenson, qui m'honorait depuis longtemps de sa confiance et de son amitié. Je me trouvai à table à côté de lui, et il me demanda qui je faisais ministre des affaires étrangères. Vous-même, lui dis-je, et j'appuyai cet horoscope du discours que le roi avait tenu; il me parut que M. d'Argenson l'ignorait1. »
Mais cet événement, dont le public s'émut assez peu, fut accueilli avec joie par tous ceux qui avaient pu connaître et apprécier les qualités du marquis d'Argenson. L'auteur des Souvenirs d'un déporté, P. Villiers, a raconté agréablement un épisode de la première audience ministérielle :
« Lors de sa première audience, Mlle Quinault s'empressa de lui faire son compliment ; ce ministre la reçut avec des grâces infinies, la combla d'amitiés, et finit par l'embrasser devant tout le monde en la reconduisant. Un chevalier de Saint-Louis, témoin de cet accueil, et persuadé que Mlle Quinault était en grande faveur auprès du nouveau ministre, et qu'elle allait devenir le canal des grâces, courut après elle pour lui demander sa protection. Mlle Quinault se retourna, et lui tendant les bras : « Monsieur, lui dit-elle, je ne puis « mieux faire pour vous que de vous rendre ce que le mi-
1 . Mémoires de la vie galante, politique et littéraire de tabbé Àunillon-Delaunay du Gué , ambassadeur de Louis XV près le vrince électeur de Cologne, Paris, L. Collin, 1808, t. II, p. 100.
« nistre m'a donné; » et aussitôt, sans le connaître, elle l'embrassa devant tout le monde1. »
Malgré la note mise en tête du manuscrit par d'Argenson lui-même, portant que « ces mémoires ont été dressés en 1747, » il y a des passages qui supposent une date de composition tantôt antérieure2, tantôt postérieure à cette année. Il serait donc plus exact de dire que leur rédaction a duré de 1746 à 1747 et même 1748 3.
Le manuscrit des Mémoires du ministère, décrit et reproduit inexactement dans la publication Jannet, porte le n° 57 dans la collection des papiers d'Argenson, au Louvre. Gomme nous l'avons dit dans notre Introduction, ces mémoires, suivant l'espèce de sommaire que l'auteur en a dressé lui-même sous le nom de Table générale, et que nous donnons en tête , devaient former quatre volumes , composés chacun d'une douzaine d'articles ou de chapitres. Mais une grande partie est restée à l'état de notes, avec les pièces à l'appui intercalées pêle-mêle à travers le cours du récit. Les quatre premiers articles ou chapitres du tome Ier ont seuls été rédigés définitivement, seuls arrêtés par l'auteur, bien que le tout soit de sa main. Mais il a jugé à propos, comme on le voit par la note p. 120 et par YEpître dédicatoire, d'en attribuer la rédaction à un secrétaire imaginaire, le sieur de G..., qui lui adresse la parole, comme les secrétaires de Sully à leur maître dans l'édition originale des OEconomies, précaution qui avait pour but de mettre le ministre plus à son aise pour se décerner des éloges, ou, si l'on veut, pour se rendre justice à lui-même.
1. P. Villiers, Souvenirs d'un déporté, Paris, 1802, in-8, p. 97.
2. Ainsi, à la page 91, on présente comme encore vivant M. de Torcy, qui mourut le 2 septembre 1746.
3. <r Le duc de Richelieu, depuis maréchal de France, » est-il dit à la page 89 : or, il n'eut ce dernier titre qu'en septembre 1 748,