François de Fitzjames, premier aumônier du roi
2. M. de Balleroy était encore exilé dans ses terres en mars 1 744. iv 8
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nistre et secrétaire d'Etat des affaires étrangères. Le roi lui a dit : Monsieur, voilà des raisons qui ne sont que trop bonnes: santé, âge, arrangements.
On est stupéfait : Des gens fins y trouvent de mauvaises causes, des gens plus subtils pensent que c'est une comédie; en même temps on sollicite le retour du garde des sceaux Chauvelin à Paris , pour sa santé , ayant une humeur tombée sur les jambes , la masse du sang appauvrie, etc. Sur quoi il n'y a que ces grands médecins de Paris à consulter : ainsi risque de la vie , s'il n'y vient pas , ce qui fait pitié. Or, ne pourrait-il pas arriver que toute cette pièce bien conduite pergat ad evenlum? On aura fait désirer de nommer à la place des étrangers, on aura dit à M. de Villeneuve, grand comédien en politique : jouez ce rôle qui est honorable; ensuite, ne trouvant personne, on reprend M. Chauvelin. Le roi aime à attraper, il attrape tout le monde et il fait bon choix.
Mon fils a fait la harangue du scrutin delà ville1, et a bien réussi. Le roi en a parlé gracieusement.
M. le duc d'Orléans a été voir le duc de Châtillon, qui partait pour son exil. Le roi en est fort mécontent et regarde ce prince comme ne l'aimant pas personnellement, surtout parla sévérité de sa morale évangélique.
Le roi a été dîner à l'hôtel de ville de Paris , ce qui s'est passé avec une grande magnificence. Le général Schmettau, qui est ici de la part du roi de Prusse, a mangé à la table où j'étais; je ne sais ce qu'il avait tant affaire et tant de secrets à dire au chevalier Borio,
1 . Le marquis de Paulmy était alors avocat du roi au Châtelet, Il devint peu après maître des requêtes.
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ministre de Guastalla ; il lui a parlé à l'oreille pendant tout le dîner; nous avons été trois heures à table. Le roi avait grand air de santé et a mangé de tout. Après cela, Sa Majesté a été au Salut aux Grands-Jésuites1, où la reine s'est rendue ; à cause du cérémonial ; il n'y avait ni la reine, ni dames de la Cour à l'hôtel de ville. Le grand vent a déchiré l'arc triomphal préparé à Versailles. Les anciens, avec leurs superstitions, se fussent désespérés de ces mauvais augures. La pluie a beaucoup nui aux illuminations de la ville.
17 novembre. — Le roi s'est beaucoup diverti à voir les pères jésuites très-mouillés, quand ils l'ont reçu sur leur perron pour leur Salut, où Sa Majesté assista et resta longtemps elle-même exposée à la pluie.
On assure que le roi a repris Mme de Châteauroux, et que cette très-heureuse jouissance a recommencé dès la première nuit de son arrivée à Paris ; que telle a été la vocation du séjour à Paris ; que, sans une fluxion, cette belle duchesse eût paru au cercle de la reine à l'ordinaire; que les deux proscrits lui ont été sacrifiés ; que, sans cela, elle ne voulait pas revoir le roi. L'amour est un furieux maître pour renverser les obstacles2.
1 8 novembre. — Mon frère m'a dit ce matin que le roi lui avait parlé longtemps hier de ceux qui pourraient être capables de remplir le ministère des affaires
1 . C'est-à-dire à la Maison-Professe de la rue Saint-Antoine.
2. Mme de Châteauroux reprit sa charge à la Cour le 25 novembre et mourut le 8 décembre.
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étrangères, qui vaquait depuis que M. de Villeneuve s'en était excusé ; que Sa Majesté s'était promenée sur tous ceux du conseil qui en pouvaient être à portée ; qu'il avait été principalement question de M. le Nain, intendant du Languedoc, et que tout le dernier dont il avait été question était moi ; que le roi avait dit qu'on en avait beaucoup parlé ; que mon frère avait répondu sur cela ce qui pouvait me faire approuver pour ce choix ; à quoi Sa Majesté avait gardé grand silence quant à son option, ainsi que sur les autres. Ensuite, voici ce qu'il m'a dit sur les vues de la paix, en cas que j'en fusse chargé : que lui la souhaitait fort, voyant les difficultés innombrables s'augmenter ; que le roi la désirait aussi, mais qu'elle ne se ferait jamais par le conseil ; que ce serait à moi à voir ce que je porterais au conseil et ce que j'en réserverais ; que le conseil, sans corruption, était rempli d'opinions fort extraordinaires sur l'élévation de la Maison de Bavière ; que quelques-uns aussi étaient trop affectionnés à l'Espagne et poussaient trop loin les craintes du commerce de Cadix; que la paix ne se ferait jamais parle conseil, mais par le roi seul; que ce ministère demandait le plus grand secret, le plus grand mystère, et que cela devait être poussé encore plus loin qu'on ne pensait, soit pour le goût du roi, soit pour le bien de la chose; que, pour la composition des bureaux, il y avait un homme dont il fallait faire grand usage, qui est l'abbé de la Ville1, ce que je pensais déjà comme
1 . D'abord secrétaire, puis successeur du marquis de Fénelon comme ministre plénipotentiaire de Hollande, il fut nommé, à son retour en France, premier commis des affaires étrangères.
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lui. Il m'a ajouté que le maréchal de Noailles n'était qu'un fou qui changeait d'idées à tous moments ; que le maréchal de Bellisle était par trop Bavarois et Prussien, et le cardinal de Tencin un prêtre de médiocre talent et de grand manège ; que le roi de Prusse visait sincèrement à la paix, mais en sorte qu'il restât le maître dans l'empire ; qu'il se conduisait par de grandes profondeurs politiques ; que ceci serait suivi d'une ligue protestante à la tête de laquelle il se mettrait.
18 novembre. — Effectivement, le roi m'a nommé ce soir ministre et secrétaire d'État des affaires étrangères.