‹ Journal et mâemoires du marquis d'ArgensonChapitre 9 sur 57 · MINISTRE ET SECRÉTAIRE D'ÉTAT DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES · texte numérisé non relu

MINISTRE ET SECRÉTAIRE D'ÉTAT DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES

Ces Mémoires ont été dressés en 1747 par le Sr de C** l'un des secrétaires l.

4 . Ce nota et le titre qui est à la page précédente ont été mis par d'Argenson lui-même à la tête des Mémoires de son ministère. Voy. l'Avertissement ci-après.

Ici s'arrête brusquement le journal manuscrit du marquis d'Argenson , pour ne reprendre , sauf une page environ de notes insignifiantes, qu'au 26 février 1747, c'est-à-dire au moment où il venait de rentrer dans la vie privée. Cette lacune volontaire se trouve remplie, comme nous l'avons dit dans l'Introduction, par les Mémoires de son ministère, commençant à la fin de 17 44 et finissant au commencement de Vannée 1747. Nous les donnons ici, pour présenter un ensemble aussi complet que possible, et pour justifier notre titre de Journal et Mémoires du marquis d'Argenson. Mais, au moment où l'auteur arrive enfin à ce but si longtemps rêvé, si ardemment , quoique si discrètement poursuivi, auquel il a cru toucher tant de fois , le ministère des affaires étrangères, il n'est peut-être pas inutile de rechercher quel effet produisit dans le public cette apparition, à un poste éminent , d'un homme qui , jusque-là , avait vécu presque exclusivement dans un petit cercle d'amis, et surtout avec ses propres idées.

En général, il faut le dire, c'est à la suite, à la faveur de son frère , et un peu comme un satellite , que le marquis semble arriver aux affaires. Le valet de chambre Bachelier, qui avait eu une grande influence sur le choix du roi, lui disait souvent, à ce que rapportait le commis des affaires étrangères Ledran : « Sire, puisque M. le comte d'Argenson remplit si bien sa charge à votre satisfaction et à celle du royaume, pourquoi n'essayeriez-vous pas de son frère pour un poste semblable? » Nous avons vu ci-dessus, p. 110

et 116, d'Argenson lui-même, malgré ses griefs, reconnaître la part que son frère avait eue dans sa nomination , et le duc de Luynes, annonçant quelque part la brouille du maréchal de Noailles avec les deux frères ministres, a soin d'ajouter : « Je dis les deux , car M. d'Argenson l'aîné a une grande déférence et une grande attention pour celui de la guerre. »

Et d'abord Voltaire, l'ancien camarade de collège des deux frères, qui le chargeaient de rédiger des pièces diplomatiques, des manifestes4, a, dans sa Correspondance, beaucoup de compliments pour le nouveau ministre, mais, en revanche, il n'en parle guère dans son Siècle de Louis XV qu'incidemment et pour le confondre avec le comte dans cet éloge tout philosophique : « Ces deux ministres se ressemblaient en un point qui les rendait différents de presque tous les hommes d'Etat, c'est qu'ils mettaient toujours de la franchise et de l'humanité où les autres n'emploient guère que la politique2. »

L'avocat Barbier, bien qu'il existât entre la famille d'Argenson et la sienne des rapports de clientèle, ne fait guère mention de l'aîné qu'au moment de sa sortie du ministère, et d'une manière assez peu favorable : « On dit généralement que les affaires dont était chargé M. le marquis d'Argenson lui étaient véritablement étrangères, et qu'il n'y entendait rien. On croit aussi que ce déplacement pourra faire tort et influer par la suite sur M. le comte d'Argenson, son frère cadet, secrétaire d'État de la guerre. On dit en général que ces messieurs s'occupent plus volontiers de leurs plaisirs et des intrigues de politique de cour, que des grands détails de leur département3. »

Le compilateur des Mémoires de Maurepas paraît avoir

1. Voy. dans les OEuvres de Voltaire, édition Beuchot, t. XXXVIII, p. 531, 539, 543; t. LIV, p. 703, etc.

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