‹ Journal et mémoires de Mathieu Marais, avocat au Parlement de Paris, sur la régence et le règne de Louis XV (1715-1737) (volume 2)Chapitre 20 sur 37 · M. LE CARDINAL DE ROHAN A M. L^ÉVÊQUE DE LANGRES · texte numérisé non relu

M. LE CARDINAL DE ROHAN A M. L^ÉVÊQUE DE LANGRES

La lettre que vous m'avez fait rhonneur de m'écrire m'a fait un plaisir sensible. Votre amitié m'est infiniment précieuse, et je n'en puis recevoir de votre pari des assurances, que je.n'éprouy.e.ei^xnoi un retour bien vif et bien tendre. Vous me demandez par quel heureux expédient nous nous sommes conciliés sur Taffaire de la Constiti^tion. M. de Lyon vous en aura sans doute instruit; cependant j'aurai rhonneur de vous exposer ce fait en peu de mots. On est enfin convenu des explications : elle nous ont paru frapper nettement le jansénisme, le livre des Réflexions morales et les 101 propositions^ On nous en a donné une acceptation relative à la vérité, mais de cette espèce de relation qui confirme le jugement que l'on accepte loin de le réformer, et l'on a admis sur cela des expressions qui ne laissent aucune équivoqae. Ainsi, nous avons regardé ce qu'on nous propose t;omme un grand bien, et c'en est un en effet que de voir M. le eardi-

nal de Noailles, suivi d*ûn nombre de prélats et d'une foule d'ecclésiastiques du second ordre, s'unir à nous dans la soumission que nous rendons au jugement apostolique. •

Cette division avoit été la source de tous nos maux. Il faut espérer que sa fin sera celle de ces maux dont TÉglise de France gémit depuis plus de cinq ans. S. A. R. nous fait espérer de plus qu'elle fera tout ce qui dépendra d'elle pour guérir les plaies de l'épiscopat et de la religion. Et nous voyons en effet un projet de lettres patentes confirmatif de celles de 1714, dans lequel nous envisageons le repos de nos églises. Voilà à peu près l'état des choses, dont je souhaite beaucoup que vous soyez content. Je partirai pour Saverne après l'exécution de tout ceci. Ne puis-je pas espérer de vous y posséder encore, vous y trouverez les ouvrages assez avancés, et quel plaisir n'aurois-je |»as de vous y entretenir, etc. Ce 6 avril 1720.

29 ax>rH. — De Paru. — MM. les évêques de Montpellier et de Boulogne se préparent à partir pour leurs diocèses. Le premier a reçu une lettre de M. de Verdun qui lui marqae qu^il persiste dans son appel. M. de Tarbes a l^rté le Corpê de doctrine à H. de Metz^ sou parent^ qui^ ^iprès ravoir lu^ lui a, répondu quHl n'étoit point dans le <2^-des acceptants et des appelants^ parce qu'il avoit ^onné dans son mandement son Corps de doctrine, et 4C^u'il s'en tenoit à celui qu'il avoit donué^ qui lui parois- ^3oit plus clair et plus conforme à la vérité aux exprès- ^ons de l'Écriture, des Conciles et des saints Pères. Et que \es autres évéques^ hors d'un concile, n'étoient point en ^roit de lui prescrire uiî Corps de doctrine. Il a ajouté qu'il ^toit prêt de signer raccommodement^ mais à condition '!• que son acceptation sera relative à son propre Corps <l« doctrine et non à celui qu'on lui présente et où il trouvoit des difficultés; 2° qu'on ôteroit à Rome son jnandement de l'index par un jugement juridique; 3* qu'on feroit révoquer Tarrêt du conseil qui avoit été rendu contre ce mandement du vivant de Louis XIV.

dô6 MÉMOIRES DR MATHIEU MIRAIS.

mAI 1720.

1" mai . — Lille. — Les partisans de la Cotfstitution se servent de toutes sortes de moyens pour détourner les paroissiens des pasteurs qu'on sait être opposés à cette Constitution. L'un d'eux, que l'on croit être un P. capucin, a écrit une lettre au bailli, mayeur et échevins d'Anapes, paroisse de cette ville et l'a signée par ordre de MM. le^ vicaires généraux. Peariy secrétaire. Le curé de ce village y est traité de schismatique, d'hérétique , de déchu et « privé de toute juridiction, de sorte qu'on ne peut as- « sister aux offices qu'il célèbre, ni de recevoir de lui « les sacrements, puisqu'il n'est plus pasteur, mais un « loup en effet. » Les Notables du village ayant reçu cette lettre allèrent trouver M. Pean, secrétaire, pour savoir si elle étoit de lui. 11 déclara franchement qu'il n'y avoit aucune part et parut fort surpris qu'on osèt sous son nom animer ainsi les peuples contre leurs pasteurs par des erreurs aussi grossières que celles contenues dans cette lettre. Il promit d'en parler ti M. l'évêque en les assurant qu'ils dévoient continuer d'assister aux offices de leur paroisse, et recevoir les sacrements de leur pasteur.

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