‹ Journal et mémoires de Mathieu Marais, avocat au Parlement de Paris, sur la régence et le règne de Louis XV (1715-1737) (volume 2)Chapitre 25 sur 37 · JUIN 17S0. MS · texte numérisé non relu

JUIN 17S0. MS

K^esmotife de cet arrêt sont contenus dans une requi^te des «3irecteurs où ils expliquent et exagèrent tout ce que la C^ompagoie a fait pour l'utilité du commerce , dans le 'temps qu'on voit tout perdu. Un courtisan, voyant ce bel ezorde où la Compagnie est magnifiquement louée, dit : a Gomment une si belle fille et si sagea-trelle pu seulement étce soupçonnée? il faut que le monde soit bien malin. » On ne voit point d'argent : à peine (rouve-t-on dix francs sur un billet de mille livres. Les marcbands n'en veulent point. Le crédit du papier a été perdu par i'arrét du 2t mars, quoique révoqué par celui du 27 mai. On dit que cet arrêt du 21 qui réduisoitles billets et les actions à moitié est une intrigue de cabinet où le cootrâleur général a succombé.

lie gouvernement des finances a été donné & H. le garde des sceaux, d'Argenson, mais non avec la qualité de contrôleur général. Il est regardé comme premier ministre. Mais cela n'a pas duré longtemps.

Les députésdu Parlement ont eu quelques conférences avec le Bégent. Le premier président rapportant en une assemblée, le Régent avoit dit de HH. Hainguy et Pucelle, conseillers de la grand'cbambre, qu'ils étoientgens de bon esprit. L'abbé Hainguy dit : « Il devoil ajouter H dehtm cfxur, » lepremierprésidentluidit : « M. Un'apaïajoutità mots à votre éloge, d Le Parlement n'a rien gagné pir«i conférences et il est toujours dans la disgrâce du Kifgvl Les remontrances du Parlement sur l'édit de réWto des rentes au denier cinquante ont été vues duui^jnblic; elles sont touchantes, mais longues, hnryj'oât i et point du tout dignes du corps qui \^(i,iiàeLOotj a pas fait riiistoire de l'introduction deAn^entitÈS le royaume, des différentes réductions, d-- • -Ife^wm qne les Parlements*— *^ apportées, et f' Htvoir 4 çeclaio ^^ v ai^-fiecjainw

faites que celles de Paris. On y a remarqué que la province de Bourgogne n'étant ni frontière, ni maritime, son commerce doit être en argent et en rentes , et qu'en Bresse et Bugey l'argent porte intérêt de soi par les simples obligations où on le stipule. M. de Versalieu, président à mortier du Parlement, m'a montré ces remontrances, et m'a dit qu'en ayant conféré avec M. Law, encore alors contrôleur général, cet Anglois n'y avoit rien entendu, et savoit- à peine la situation de nos provinces.

Les jeunes seigneurs de la Cour ont appelé par sobriquet le fils de M. Law le chevalier Système. Cette raillerie l'éloigné du Louvre où il alloit souvent voir le jeune I Roi.

Système. — Lettres sur le nouveau Système des finances, in- 4.*, 1720. — Le nouveau gouvernement des finances par actions et par banque avoit été nommé Système par ses partisans qui ont écrit deux lettres métaphysiques pour le soutenir. On en a vu trois de l'abbé Terrasson , homme entêté de nouveautés; c'est le même quia fait 'deux volumes exprès pour montrer qu'Homère est un mauvais poëte, ce qu'il n'a persuadé à personne non plus que la bonté du Système. 11 y a eu une autre lettre d'un M. Panier (à présent M. d'Orgeville , maître des requêtes, pour soutenir ce même parti , en feignant de le contredire (elle est dans le Mercure d'avril 1720), et ces messieurs, maniant entre eux la raison humaine à leur fantaisie, ont fait voir qu'ils n'ont jamais su ce que c'étoit que raison.

M. Panier. — M. Panier étoit négociant à Lyon ; il a voulu être avocat général du Grand Conseil; la compagnie Ta refusé. Comme il a beaucoup gagné aux actions, il a demandé en mariage M''® de Sainte-Hermine , fille d'une grande maison , sans biens, qui lui a été accordée avec l'agrément d'une charge de maître des requêtes. Le mariage a été fait à Montrouge dans une maison de M. de la Vrillière, secrétaire d'État. L'épouse est parente de

M. de la Vrillière. Il a changé son nom de Panier en celui d'Orgeville qui est le nom d'une terre qu'il a achetée. Ainsi voilà M. Panier bien pourvu et avec cela orateur de la compagnie des Indes.

Entre l'arrêt du 21 mai qui réduisoit les actions et les billets et celui du 27, qui l'a révoqué, il a paru une lettre métaphysicienne pour soutenir l'arrêt du 21 mai. Elle est du sieur de la Paye, aussi grand ennemi d'Homère. On dit qu'elle est de Tabbé Tencin, qui a reçu l'abjuration de M. Law; quand il se fit catholique à Corbeil. L'arrêt de révocation est une bonne réponse à cette lettre, et devroit bien dégoûter tous ces écrivains politiques, qui veulent voir clair dans une matière bien au-dessus de leurs lumières, et qui est obscure même dans les mains de ceux qui la traitent. Il remarque qu'il est défendu au Parlenient, par l'arrêt du dernier lit de justice tenu au Louvre, le 26 août 1718, de se mêler des finances. Law dit à quelqu'un : «Vous n'entendez point mon système. » « Bon, ditl'autre, il n'est pas nouveau, il y a plusde trente ans que je fais des billets sans les payer. » Eton laisse tous ces orateurs et poëtes modernes en discourir publiquement, et si impertinemment, qu'un d'eux, dans sa réponse aux remontrances du Parlement, datée du 27 avril 1720, pour encourager les billets de banque, dit : «L'on reçoit le billet d'un particulier dont les facultés sont ignorées, et Ton refuse la confiance à un effet qui a pour garant le Roi, les fonds d'une banque inépuisable, les revenus du royaume et qui ne peut perdre son crédit sans entraver la ruine totale de VÈlat. Il faut, pour avoir une crainte de cette nature, ou croire que le Roi a résolu de ruiner ses peuples ;, ou être ennemi déclaré du bien public. » Voilà ce que l'on écrivoif sur la fin d'avril, et le 21 mai, les billets et actions ont été réduits à moitié, ce qui a excité un soulèvement général. Il a fallu révoquer l'arrêt et le crédit n'est point revenu. Concluez donc, suivant ces beaux esprits, à la ruine totale de VEtat et à la

résolution prise de ruiner les peuples. Ce sont les coaséquences de leurs arguments.

André-d'Oise. — Les actions ont produit un mariage bien extraordinaire. Le marquis d'Oise, de la maison de Villars-Brancas, est entré en proposition de mariage avec une petite fille de deux ans, fille d'André, fameux actionnaire et Mississipien, comme ils disent. La promesse est faite du consentement des deux familles. Le marquis doit jouir de 20,000 fr. de rentes jusqu'à ce que le ma»riage se fasse et même en cas qu'il ne se fasse pas. Et s*il se fait, on lui doit donner 4 millions en terres. Cet André est fils d'un peaussier de Montélimar, que son fils a anobli par une charge de secrétaire du Roi. Toutes les petites filles ne veulent plus avoir de poupées et demandant des marquis d'Oise pour jouer. André a trouvé un poète qui a loué ses grâces, ses vertus, sa générosité, et qui lui a donné pour ami M. Panier; c'est tout dire.

Constitution. — L'accommodement delà Constitution

fait grand bruit. Le cardinal de Noailles , après avoir appelé au concile général et fait de longues et belles instructions pour soutenir cet appel , a écouté des propositions de paix. Comme dans une affaire temporelle, il n'a communiqué ces propositions à aucun des évoques de son parti , ni à son chapitre, ni à l'Université, ni à la Sorbonne. On a dressé un Corps de doctrine qui a été signé par plusieurs évèques, selon lequel il veut expliquer la Constitution sans dire par quel fil l'un sera attaché à l'autre. On a porté ce Corps de doctrine dans les provinces pour le faire signer encore à d'autres évêques. Les uns ont signé, les autres ont refusé. Cet accommodement proposé a donné lieu à plusieurs écrits très-forts contre le cardinal, de la part des appelants. Entre autres, celui d'un chanoine à un homme retiré du monde, où le cardinal est personnellement attaqué sur sa faiblesse , sur la destruction de Port-Royal qu'il a consentie et autres faits, et où on a réduit son acceptation à cette formule :

« Nous acceptons avec respect l'erreur relativement à la vérité dont nous ne nous soucions guères. » Il y a encore V les Réflexions succinctes sur l'accommodement^ qui sont d'une éloquence véhémente et démostbénique; 2" les Observations sur la lettre circulaire du cardinal à ses curés. Cesi une petite lettre où il leur a annoncé cette paix, après qu'ils lui avoient tous écrit que la Constitution ne peut être acceptée en aucune manière; S"* Remarques sur le dispositif dressé pour l'acceptation de la bulle: elles sont fortes et railleuses. Et le cardinal percé de tant de coups doit être en fort mauvaise posture.

AcQS. — M. Tévêque d'Acqs, qui est un des appelants, n'a point voulu signer le Corps de doctrine qui lui a. été présenté par M. Postel, docteur de Sorbonne. Il a écrit au cardinal de Noailles une lettre avec un mémoire contenant ses doutes en dix articles, et ces doutes sont presque tous tirés de la doctrine du cardinal lui-même. M. Postel a rapporté que cet évêque, dans son diocèse, vit d'une manière apostolique, qu'il donne tout son bien aux pauvres, que les pauvres viennent jusque dans son cabinet Tinstruire de leurs besoins et qu'il pourvoit à lout. Son mandement sur l'appel est un des plus beaux qui aient été faits.

Constitution. — Quand le Corps de doctrine fut signé au Palais-Royal par les évêqties présents à la Cour, le Régent dit , après les avoir quittés : « Je viens de brider mes ânes. » Cette signature est du 13 mars 1720.

CouËT. — Celui qui conduit le cardinal dans cet accommodement est l'abbé Couët, qu'il a fait son grand vicaire, homme savant, dévot de la dévotion qui s'accommode au temps, et que l'on a vu dans un parti tout à fait contraire à la Constitution. Tous les gens de bien souffrent de voir le Cardinal dans les mains d'un tel hypocrite. Le jour de Pâques, il étoit à sa table avec Tabbé Mainguy, conseiller de la Grand'Chambre, lequel dit d'un air assez sérieux que le monde lui déplaisoit, qu'il vouloit

s'en retirer et se faire cordelier. « Cordelier, lui dit le Cardinal, et qui est-ce qui prêchera votre vèture? » « Ce sera moi-même, répondit Tabbé, et je dirai de bonnes raisons de ma retraite. » L'abbé Couôt voulut parler, et lui dit : « Il faut que je vous donne un conseil en ami. » M. Mainguy l'interrompant : « Je ne veux de vous ni pour conseil ni pour ami, car si j'étois de vos amis, tous mes amis me quitteroient, etsijevousprenois pour conseil, vous m'engageriez dans de mauvaises démonstrations. » Le reste du dîner se ptassa en picoteries. Le Cardinal vit bien à qui on en vouloit, mais on ne s'expliqua pas davantage sur l'accommodement, qui n'entra dans ce discours que par paraboles.

Le Cardinal ne sait plus où' il en est. On lui a promis des lettres patentes d'une certaine façon. On les veut expédier d'une autre. Il prétend en avoir le modèle et qu'il ne signera rien que sur ce modèle-là.

L'expédient de l'appel paraissoit bien simple, et il falloit s'y tenir; mais on a promis au Pape une acceptation, et il y aura quelque chapeau de cardinal qui accommodera bien la tête de quelqu'un, comme fit le cardinal de Richelieu dans l'affaire de Richer, dont son frère eut un chapeau et fut le cardinal de Lyon (j'ai été prophète, l'abbé Dubois a été cardinal).

Le duc de Richelieu. — Ces jours passés, le prince de Conti dit au duc de Richelieu à la comédie : « Hé bien, gagnez-vous beaucoup à tous ces papiers? » Leduc répondit : « Je n'y gagne pas encore, mais il y a apparence que nous y gagnerons par la suite » (Irait piquant contre le gouvernement). Le prince dit : « Voilà bien le discours d'un homme qui a été trois fois à la Bastille. » « Et vous. Monseigneur, qui n'y avez pas encore été, qu'en pensezvous? » répondit le duc.

Arouîît. — Arouët , poôte auteur du nouvel OEdipej étant à la comédie avec le même prince, la Lecouvreur, actrice, entra sur la scène. Le prince battit des mains à

son arrivée. Le parterre aussitôt en fit autant. Arouëtlui dit : « Monseigneur, vous ne croyiez pas avoir tant de crédit. » Cet Arouët est un jeune bomme qui fait bien des vers et avec beaucoup de génie. Son OEdipe a réussi. Il a fait une seconde pièce qui n'a eu nul succès ; il a l'esprit satirique, est mêlé avec les gens de la cour, fait des couplets et a été nois à la Bastille pendant quelque temps, soupçonné d'avoir fait des cbansons contre le Régent. Il s'en est voulu justifier dans les lettres qui sont jointes à son OEdipe y où il a critiqué hardi m^t Y OEdipe de Sophocle, celui de Corneille et le sien propre. lia trouvé de plus sensés et de plus judicieux critiques que luimôme, mais on ne lui peut pas ôter un tour libre, galant, et même éloquent dans ses vers. Il est fils d'Arouôt, cidevant notaire et receveur des épices de la Chambre des Comptes, qui n'a jamais pu guérir son fils de la poésie. Le fils a cbangé de nom et s'appelle Voltaire à présent. Il travaille à un poëme épique sur Henry IV, où il fait entrer toute l'histoire de la Ligue. On en parle comme d'une merveille;

On a dit sur l'accommodement du Cardinal que si quelque chose le pouvoit excuser, c'est que la Constitution étant une affaire d'intrigue, on la pouvoit dénouer par une autre intrigue^

Law. — Le comte de Broglie. — Canillac. — NocÉ. — Il y a de grands mouvements au Palais-Royal pour chasser et pour rétablir Law. On ne sait quel nom lui donner. Les amis du Régent qu'on appelle les Roués sont contre lui. Madame de Parabère, maltresse du prince, ne le soutient que foiblement; mais tous les grands seigneurs, à qui il a tant fait gagner, le protègent. Monsieur le Duc a été plusieurs fois chez lui le voir. Aujourd'hui il est triomphant, demain abattu. 11 a autant d'amis combattus par autant d'ennemis. Je fai vu vif, je l'ai vu morty je Vai vu vif après sa mort. 11 est aussi difficile à qualifier qu'une proposition théologique. On lui a ôté son garde.

Le jeune Roi a donné un soufflet au chevalier de Pezé , son favori et colonel du régiment du Roi, au sujet d'une contestation arrivée au jeu . Pezé lui dit : a Voilà le premier Roi qui ait donné un soufflet à un gentilhomme. Si V. M. avoit treize ans, je ne me montrerois jamais devant lui. » Le Roi lui dit en colère qu'il pouvoit se retirer et qu'il ne le vouloit plus voir. On a mis le Roi en pénitence pendant quelques jours, et cela s'est accommodé.

7 juin, vendredi, — M. Pelletier de la Houssaye, chancelier du Régfent, a quitté toutes les commissions qu'il avoit dans les finances. La nouvelle s'est répandue sur le soir que M. le chancelier d'Aguesseau, qui étoit exilé dans sa maison de plaisance depuis le 28 janvier 1718 et à qui on avoit ôté les sceaux pour les donner à M. d'Argenson, a été rappelé et qu'on lui rend les sceaux. C'est une joie universelle pour tous les gens de bien. J'ai été au palais de la Chancellerie à la place de Vendôme à neuf heures du soir. Il n'étoit pas encore arrivé. Dans le mois d'avril dernier, je lui envoyai une requête de ma façon dans la grande affaire de la substitution de Rye. La lettre est datée à Fresnes le 12 avril 1720. Il écrivit dans une lettre à l'abbé Veissière, son bibliothécaire : «Je vous prie de remercier M. Marais de son souvenir et de lui dire que je lirai avec plaisir son dernier ouvrage. C'est un homme d'esprit et un fort honnête homme pour lequel j'aurai toujours une véritable estime. » Je garde avecgrand soin une lettre excellente dont il voulut bien m'honorer lorsqu'il fut fait procureur général en 1700 au mois d'octobre. On n'a guère su le sujet de sa disgrâce; il étoit peut-être trop vertueux, et quelquefois la vertu si rigide ne convient pas aux affaires. VÈdit des princes pour la succession à la couronne contre les légitimés, qui est son ouvrage, demeurera à la postérité comme une loi fondamentale de l'État, Il n'y avoit qu'un aussi grand homme qui pût éclaircir une matière si haute et si souveraine.

Hv Pelletier Des Forts a été nommé commissaire général deâ finances, et il a sous lui MM. d^Ormesson et de Gaumont) maîtres des requêtes. Ce sont les triumvirs. Le premier est commissaire principal pour les finances^ les deux autres sont commis des particuliers. L'édit des rentes porte : Vu au conseil. Le Pelletier.

8 juin, samedi. — M. le chancelier d'Aguesseau est arrivé à Paris à deux heures après minuit. M. de la Vrillière a été le prendre à neuf heures du matin. Il Fa mené au Palaifr-Royal où les sceaux lui ont été rendus, et M. le Régent l'a embrassé avec toutes les démonstrations les glus fortes de joie et d'amitié. M. d'Argenson, qui étoit tout il y a huit jours, n'est plus rien. On lui impute l'arrêt du 21 mai, portant réduction des billets et des actions qui a déerédité le papier, qui peut causer la ruine de bien des gens, et qui a été pratiqué pour faire tomber Law, lequel s'en est relevé. C'est lui qui a été à Fresnes chercher M. le chancelier. Je l'ai vu partir dans une chaise à quatre chevaux à six heures du soir, le jeudi 6 juin, jour de la petite fête. Il étoit seul.

M. Fagon, conseiller d'État, ayant dit quelque chose au Régent contre M. Law, le Régent lui a dit : « C'est une cabale, cet homme a plus de droiture et de probité que vous. » On a 6té à M. Fagon la place qu'il avoit dans les finances, dans la Banque et même le département des bois et forêts du royaume qu'il avoit depuis longtemps.

M. le Chancelier a eu une conférence, dans l'embrasure d'une fenêtre, à la vue de tout le monde, avec le Régent. Il a fait appeler Law, et lui a dit de l'instruire de ce que le Parlement devoit venir faire l'après-dinée. Le Chancelier est sorti avec la cassette des sceaux qui a été remise entre les mains d'un de ses gentilshommes. Une foule de peuple l'a entouré et a fait mille acclamations. Il a été ensuite saluer le Roi au Louvre. M. le maréchal de Villeroy lui a dit : « Le Roi n'a jamais signé

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d'ordre et rCen donnera jamais qui lui fasse plus de plaisir que celui 'de votre rappel. A présent que vous êtes à la tête des affaires^ S. M. espère que vous travaillerez à les rétablir, yi Le Roi n'a rien répondu et a regardé toujours fixement le Chancelier. M. le Maréchal lui a demandé comment il trouvoit le Roi ; il a dit qu'il trouvoit qu'il se portoit bien. Combien y a-t il, lui a-t-il dit, que vous n'avez vu Sa Majesté? Il a répondu qu'il y avoit un an et demi, et qu'il trouvoit le Roi crû de toute la tête. M. le Maréchal lui a dit de baiser la main du Roi. Le Roi la lui a présentée. Il Ta baisée et s'est retiré.

De là, M. le Chancelier est allé chez M. le Duc. Il 1'^ trouvé qui sortoit. M. le Duc a voulu rentrer pour le recevoir et Ta accablé d'honnêtetés. M. le Chancelier étant retourné chez lui, à peine a-t-il été arrivé, que M, le Duc y est venu, et toute la France, grands seigneurs, gens de robe et d'épée sont venus lui faire compliment. Ou a remarqué que le carrosse de M. Law est entré dans sa cour. Il étoit avec M. Landivisiau, maître des requêtes (qui est frère de Lépine Danican, négociant de Saint- Malo).

L'après-dlnée, M. le Chancelier est venu au Patais- Royal travailler avec MM. du Parlement, qui y étoient assemblés sur un nouvel édit pour les rentes. En sortant, une* foule de peuple l'a suivi avec joie. 11 a scellé l'édit.

Tout Paris est charmé de le revoir et content de voir le garde des sceaux chassé. Il s'est retiré au faubourg Saint-Antoine, au couvent de la Madeleine du Tresnel, où il a un logement; l'abbesse est son amie depuis longtemps. On l'appelle à présent le sacristain de la Madeleine (1).

(1) On trouve dans les Mémoires de Maurepas et dans les Mémoires de Richelieu (par Sonlavie) de cuiieux détails sur celle retraite du ganle des sceaux à la Madeleine du Tresnel, sur son intimité avec la spirituelle étudiante abbessc, Mme de Veny d'Arbouze de Villemont, sur ses familiarilés avec

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M. de la Houssaye^ H. Fagon^ H. Dodun sont remerciés.

Les agioteurs et négociants de papier à qui on avoit permis de s'assembler dans la place de Vendôme, où est rhôtel de la Chancellerie , depuis huit ou dix jours seulement, ont reçu défenses de s'y assembler davantage et on leur a permis d'aller à' la place Royale. Le Chancelier n'a pas voulu qu'ils quittassent.

Le Régent, après avoir signé l'arrêt du 3 juin, qui donne un nouvel ordi»e aux actions, dit : «Enfin me voilà accouché et bien délivré; » Noce lui dit : «Monseigneur, j'ai bien peur que l'arrière-faix ne vous demeure dans le ventre. » Le garde des sceaux d'Argenspn, homme rusé et qui cherchoit à naettre les grands seigneurs dans son parti, dit au duc d'Antin, qui arrivoit de Petit-Bourg, et qui ne savoit point ce qui s'étoit passé sur le contrôleur général, que Law étoit arrêté chez lui de l'ordre du Roi, que le Régent avoit enfin ouvert les yeux sur les friponneries de cet homme-là, et qu'il avoit dessein de le faire, lui, duc d'Antin, surintendant des finances. Il lui ajouta ces propos : « Donc ne vous refusez pas aux instances de M. le Régent. J'ai dans mon portefeuille un ordre pour arrêter Law. ï) Le Duc donnant dans le panneau, quoique Gascon, va trouver le Régent, lui dit qu'il est bien heureux de s'être «nfin délivré d'un homme. qui ruinoit la France. Le Régent lui dit : « Mais je le croyais de vos amis. » — « Cela est vrai, dit le duc, j'ai été trompé comme les autres. Mais l'attachement que j'ai pour votre personne et pour l'État m'oblige de l'abandonner aujourd'hui. » A quoi le Régent ne répondant rien et parlant encore moins de la

les noYÎces et leurs câlineries, etc. Ce couvent de la Madeleine du Tresnel^ eommunauté de béuédictities , avait reçu en 1654 les religieuses qui jusque là habitaient le Traisnel en CbampagRC, lieu de la fondation, qui remonte au douzième siècle ; c'était le u'' 100 delà rue de Charonne au faubourg Saint^ Antoine. Il faut voir encore sur cette retraite et sur les étroits rapports do d'Argensonavec: M"'* de Vony, Saint-Simon, t. XI, p. 310, et Barbier, 1. 1, p. 4!?. T. 1. IS

place des finances, le duc sentit ,l^^ii sa. faute/ât de' ce pas il va chez Law lui conter ce qui lui est arrivé ^ lui fait des excuses de ce qu'il l'avoit rjçnié, lui juj?e d'être toujours de ses amis et des ennemis de d'Argensoii> ef; ainsi finit, cette scène qui avoit comqaencé par Timpos* ture du G^rde des sceaux et qui se dénoue par un trait de courtisan. Le Régent a dit qu'en cetta affaire le due d'Antin n'avoit montré ni hum§ii;r ni honneur (1).

Le parti de L^w dit que Tintention du garde des ^eaux . étoit en toute cette affaire d'animer le.4>euple contre.Lawy d'exciter une sédition dans laquelle il eût peutrétre été massacré, et de se défaire ainsi dejgpn ennemi et de saa compétiteur. H. le Duc a dit : « Que le Garde des sceaux avait Vùme aussi nojire que sa perruque. » Il en a une tou^ jours fort noirje.

Law.étant parti, le jeudi 6 juin à six heures du soir^ dans une chaise à quatre chevaux ^ deux hommes àt^he^ val et ayfîcde^; valets déguisés pour aller à Fresnes cher-, cher M. Jç. Cbap^elier, le, Garde des sceaux, qui a toujours dépepsé Ipeaucojap en espions, en vint aussitôt avertir le Régent,lûi dit. que Law s'enfuyoit, que cela étoit de conséquencejy L^,;I\égent, contrefit Tétonné. Le Garde des sceaux s'offrît de le faire suivre et même arrêter; mais le Régent luidit:, ce Ne vousmeltez pas en peine ; je prends tout cela sur rppi-;^ ^n ce moment le Garde des sceaux vit bien que les saeau^pe s§4^oiçnt plus longtemps ;avec lui^ et leâ rapporta le len^^O^ain ^.u Palais-Royal.

.,9 /uin, : ;7T .^f et, qui rétablit les rentes du clergé à deux pouf ^ceflji^ et. qui remet le. sieur Ogier receveur général du.çJr^cgi^.4?ï^s ses fonctions, . . '

Dimanche, 9 juin. — Labbé Dubois, archevêque de Cam-

■ . jji I t lin 1 I II I I « 11. I ■■ ■ . Il II II I ■ /l'u ■

(1) C^cst là 410. 46 ces traits d'imperturbable bassesse qui ont Caitdu duc d'Arttin le type et comme le modèle du parfait courtisan. Voir la curieuse et Hne étude M. de Sainte-Beuve sur le duc d^Ântin {Causeries du Lundi ). Le- .montey cite des Mémoires inédits du duc d'Âutin sur la Régence.

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bray. — L'abbé Dubois a été sacré archevêque de Cambray au Val de Grâce par M. le cardinal de Rohan (1). Le Régent s'y est trouvé avec toute la France. Le clergé est bien surpris de voir dans son corps et à une telle place , un homme d'une naissance très-basse , qui a été petit pédant dans un collège , qui étoit parvenu à être précepteur du duc d'Orléans dans sa jeunesse et qui n'est estimé ni pour son esprit (2) ni pour ses mœurs. Le Régent, après ravoir employé dans plusieurs négociations en Angleterre et en Hollande, Ta élevé à toutes les dignités. Il l'a fait ministre des affaires étrangères, secrétaire d'État, et enfin, après avoir eu bien de la peine à être pi*être, parce qu'aucun évéque ne vouloit lui donner une attestation de vie et d« mœmrs, le Père Massillon, de l'Oratoire, célèbre prédicateur et à présent évéque de Clermont, ayant bien voulu lui en donner une par une complaisance peu chrétienne (3], il a obtenu du Régent l'archevêché de Cambray qui i\\^e de Duc et de Prince, et le Pape, qui a longtemps refusé l'induit et les bulles, les a enfin accordés avec le gratis, en attendant le chapeau. On dit qu'en répétant sa messe, ne pouvant

(1) Voirsuf ce sacre fameux et scandaleux, Saint-Simon (t. XI, 265).

(2) La correspondance [diplomatique de DukH>is, publiée par Sevelinges et l'ouTrage de M. le comte de SeiUiac sur Dubois ont consommé la réhabilitation de Dubois comme bomme d^esprit et homme d'État. Restent ses mœurs, qui ne forent peut -être pas aussi mauvaises qn^on Ta dit /mais dont nous aurions griuuf peine à croire qu^eUes furent bonnes. V. Le cardinal Dubois y ptLT M. le comte de Seilbac; Paris, Amyot, 1862.

(3) 11 est remarquable que Saint-Simon, si impitoyable d'habitude pour ces sortes de complaisances , excuse Massillon de sa faiblesse et le blâme moins qu'il ne le plaint. <^ Massillon, au pied du mur, étourdi, sans ressources étrau- « gères, sentit l'indignité de ce qui lui étoit proposé, balbutia, n'osa refuser. «« Mais qu'eût pu faire un homme aussi mnice selon le siècle, vis à- vis d'un «< Régent, de son ministre et du cardinal de Rohan? 11 fut blâmé néanmoins «« et beaucoup dans le monde..... Les plus raisonnables, qui ne laissèrent pas «« de se trouver en nombre, se contentèrent de le plaindre, et on convint enfin

«> assez généralement d'une sorte d'impossibilité de s'en dispenser et de re-

* fuser. » (t. XI, p. 266.)

apprendre Tintroït, il dit : Mord je n'apprendrai ja- .

mais ce b.... de verset- là, et un laquais de Tarchevèque de Rheims (1) ayant eu querelle quelque temps auparavant avec un des siens, et étant entré en dispute sur les qualités, celui de Vabbé Dubois dit à l'autre : c(Ton maître sacre les rois, mais le mien sacre Dieu tout le long du jour » (2).

Il y a eu au Palais-Royal un dîner magnifique ensuite de ce sacre , que les petites gens appellent Massacre. Le repas a été servi dans les appartements du Régent et par les officiers de sa bouche.

Le billet pour son sacre est curieux à garder, le voici : Vous êtes prié de la part de M. l'abbé Dubois^ ci-devant précepteur de M. le duc d^ Orléans, ministre et secrétaire d'Ètaty nommé par le roi à V archevêché de Cambrai, de lui faire Vhonneur d'assister à la cérémonie de son sacre, qui se fera dimanche 9 juin 1720, à neuf heures précises du matin, dans V église de l'abbaye royale du Val de Grâce, faubourg Saint-Jacques.

Le ci-devant précepteur ne sonne guère bien avec le ministre et secrétaire d'État. Basse flatterie que le bon esprit du Régent désavoue. Quelques jours avant ce sacre, le Régent, qui connolt bien ce qu'il est, lui avoit donné des coups de pieds dans le derrière , en disant qu'il savoit bien qu'il battoit un prêtre, mais que c'étoit un prêtre indigne, et qu'il n envoyeroit pas à Rome pour cela.

Je sais très-certainement que l'abbé Dubois étant eu Angleterre en 1718, il se vanta qu'il auroit l'archevêché de Paris. Cependant il n'avoit pas encore d'ordres en ce temps-là. Mais il comptoit que Tarchevêque seroit déposé ou excommunié pour la Constitution, et que ce morceau

(1) François de Mailly, cardinal archevôque*de Reims, 7 février i711. II mourut le 13 septembre 1721.

(2) L'anecdote est aussi dans Barbier, t. I, 39 Et dans la Correspondance de Madame, II, 307 .

lui toinberoit. Ces Anglois furent très-étonnés de ce discours, et j'en ai vu à Paris des lettres de Tainbassadeur de Savoie à Londres. Il a eu Cambray à la place, vacant par la mort de Tabbé d'Estrées. Law catholique (1) et Tabbé Dubois archevêque sont deux grands miracles dans la religion.

Jf"" de Gacé. — La marquise de Gacé, qui avoit été renfermée à Picquepuce, depuis une aventure de table arrivée chez M"** de Nesle en juillet 1717 {voy. le j. de ce mois) y où elle avoit été. injuriée et déshonorée, s'est échappée du couvent, d'où elle sortoit les nuits. Elle est venue chez l'homme d'affaires du comte de Gacé ainsi que son frère. On lui a proposé de la part de son mari, ou un couvent tel qu'il lui plairoit ou de se retirer à Gacé. Elle a refusé Tun et l'autre, est tombée dans des vapeurs furieuses qu'elle contrefaisoit, a passé dans un cabinet où elle a dit qu'elle vouloit reposer, et de ce cabinet où il y avoit un escalier, elle est descendue, sans qu'on l'ait vue, et a passé dans un carrosse qui étoit à la porte de la maison et qui l'a emmenée sans savoir où. On l'a cherchée par tout jusque dans les mauvais lieux, sans la trouver (2). Elle a laissé tous ses habits dans le couvent. C'est une femme sans esprit, que les femmes galantes mêmes méprisoient et qui s' étoit mis dans la tête que c' étoit un bon air d'être débauchée. Son mari se console avec la première présidente de Bretagne, M'"'-* de Brillac (3).

(1) Il avait été converti par l'abbé Tencin, digne initiateur d'an tel catéchumène (V. Saint-Simon, XI, 183).

(2) La Requête ôe madame de Gac^ au Roi, qu'on trouve dans les Mélangea de Boisjourdain, donne les détails de son odyssée.

(3) M. de Brillac étoit premier président du Parlement de Bretagne^ Voir Saint-Simon sur ce personnage peu estimé , et sur sa femme. « Elle éloit fort « jolie, avoit de l'esprit, beaucoup d'intrigue et avoit aspiré de parvenir à « plaire au Régent. Je crois même qu'il en fut quelque chose et rien de tout «« cela ne déplaisoit à Brillac, qui savoit tirer parti de tout et qui la laissa à « Paris. )>(l. X, p. 19)

D'Entragues, — L'abbé d'Entragues, homme extraordinaire, quia toujours vécu comlne une femme, avec du rouge, des mouches et dsins des ck^cupations molles, s'est avisé de se faire luthérien. H s'en alloit en Hollande. Il a été arrêté à Lille par l'ordre du Roi et mis dans le château. Le major disputant avec lui l'a converti et fait abjurer; ainsi l'abbé est catholique relaps. Le Régent a dit sur lui : « Il est bien surprenant qu'un homme qui n'a jamais pu choisir un sexe ait choisi une religion. » On le fait revenir à Paris pour entrer dans l'institution de l'Oratoire oil il doit se retirer. Il étoit fort attaché à M"*® là duchesse du Maine. C'est un de ces hommes qui ne ressemblent à rien et qui sont nés pour être mécontents. Libertin d'esprit, joueur, courtisan^ diseur de bons mots, et cherchant à séduire par Timpiété. Saint Paul étoit son grand ennemi- Au lieu de le mettre à l'Oratoire, on l'a mis au château d'Angers , et on a bien fait (1).

Lundi y 10 juin. — Le Roi, par un arrêt du 5, publié, ce jourd'hui, a déclaré qu'il demeuroit garant des actions

(1) L^abbé d'Ëntragues, figure très-originale eîplu^que singulière, extravagant remarquable à une époque d'extravagants, est Tabbé de Choisy quelque peu affaibli de la Régence. Il n'a pas l'éclat triomphant de son modèle, et il ne semble pas avoir poussé aussi loin que lui les scandaleuses bonnes fortunes de son déguisement. Il est plus bourgeois d'allure, plus caillette, moins crâne , comme on dirait aujourd'hui', que l'irrésistible comlesse des Barres,

C'est évidemment un original de copie. Il n'en est pas moins t'rès-cnrféux

de trouver, sous les deux Régences, ce type de dépravation préci^itse el 'de cynisme rafliné, l'homme: femme. Saint-Simon et Madame donnent des détails on ne peut plus amusants sur cet étrange abbé, qui passait la journée h sa toilette, recevait ses amis dans sa ruelle, icdffé d'une cornette en dentelle avec force fpntanges, une échelle de rubans- à son corset et un naanteau de Kt, comme une beauté du jour, qui dormait les bras attachés en haut pour avoir

de plus belles mains, etc (Saint-Simon, t. XI, 2a2. Madame, II, 209,

212, 214, 220.) Quant à l'aventure à laquelle Marais fait spécialement allusion, elle n'eut point de suites fâcheuses pour cet homme au-dessous des sévérités d'im gouvernement. Il ne tarda pas à s'ennuyer de ce rôle de martyr, pour lequul il n'avait faits ni l'âme ni le corps, et se hftta de faire son abjuration^ après laquelle il revint à Pans, sans qu'il en fût autre chose ni à son égard , ni à celui de ses bénéfices.

treniières, des rentes qui seronît constituées siiif fe Cômpagnie des Indes iet des rentes viagères. Le nouveau ministère a compris que cela étoit plus sûr pour le public. IJb mëm^ jo«r> ily à eu au Parlement une grande assemblée des ebambres pour Tédit des t'entes sui*ïa ville. Les députés Ont rendu compte de ce qui s^étoit passé* 'àffiPaîaîs- Royal, le samedi 9 après dîner. Ils ont râ'ppdtte ique le Régent avoit donné parole de faire payer exactefrient les Mllels'de banque , d'avoir des bureaux potfr'cfelai^ de ire jafâais diminuer ces billets^ de ne' point augméiltër les mbnnàies et ali contraire de lés diminuer, et dèfeïî^ bïèn payer les rentes. Il a paru que le Récent et lé Parliômeût sioïît raccommodés. On examina ensuite Tédit, qui fdt réglée tti^Ot d'une voix. Il crée 25 'millions 'ëfe r^tit^^ àti demôr< 10 sur les aides et gabelles; qui serocft Hc^ùîses par jrtéféi*ence par les anciens rentiers qui les v\iUSr6nt âcqdélir> sur leurs contrats ou'récépisisési'tiuliîlfefe, et iur lëè^ certificat^ dé^ notaires qui ont fart lés-*rëiriboursements pendant un mois. Après lequeltemps-, 'é^l'y en a de^èàte, ainsi qu'il y à lieu de le croire , les rëhïè^^ourronf être Éicquîsc^ 'par les autres porteùi*s- de bîlle(s qui énnnbudront. tout cela est volontaire et cofnmode poSr le public, et eiri même temps utile au Rôî qiii, avant ïa suppre^iôà des rentes, les payait au dëhiferâ^'ét qui ne les pkye plus qu'au denier 40'. Remarquez que dstns cet édit il n'^st point dû tout 'parlé dès arrêts du Cohyeil qm<mt supprimé les rentes, ce qui a été fait pour plaire au Parlement, qui ne reconnolt point^ les ari^èts du Cbnseil: tiédit comniencé par ces mots : « Nous avons ôrdoniié le remboursement idë toutes les rentes perpéttréUes assignées sur les aides et gabelles, été. , et autres fonds à nous appartenant. Mais étant informés que la plupart de^' particuliers qui avoient ci-devant des contrats de rentes sur la ville désireroient convertir les billets provenaîlt du remboursement , qu'ils ont reçus des dites rentes enlîouLvelles rentes de là même nature, s'il nous plaisoit^d'ën'j

créer. A ces causes, etc. «Voilà tout le motif de Tédit, dans lequel le roi ne dit point quand et comment il a ordonné le remboursement des rentes par arrêt du Conseil ou autrement. Ainsi le Parlement conserve son droit. L'édit est signé : visa D'Aguesseau, et vu au Conseil Lepelletier. C'est M. Desforts qui signe au lieu du contrôleur général.

Le même jour, il a été enregistré une déclaration qui prononce peine de mort contre tous ceux qui seront convaincus d'avoir imité, contrefait, falsifié ou altéré les ordonnances du Trésor royal, les expéditions qui en émanent, les registres, gufifanccs ou expéditions des parties casuelles, extraordinaire des guerres, consignations, saisies réelles des préposés à la recette des fermes ou finances, receveurs des païs d'États, de ceux qui sont chargés de la recette des fonds qui entrent dans les caisses royales ou publiques , et enfin tous ceux qui auront altéré, changé ou falsifié tous papiers royaux ou publics , de quelque nature que ce soit et si petites que soient Taltération ou la somme.

Monnoyes. — Le même jour, arrêt qui indique la diminution des monnoyes. Le louis d'or à 45 fr., Técu à 7fr. 10 s. et le louis d'argent (qui est une espèce* nouvelle) à 50 s. et la livre d'argent, autre espèce nouvelle, à 25 s. pendant la première quinzaine de juillet. Au 15 juillet le louis 40 fr. 10 s,, l'écu 6 fr. 15s., le louis d'argent, 45 s., la livre, 22 s. A la fin de juillet, tout l'or et l'argent ancien décriés. Les louis d'argent et les louis auront cours à 40 s. les louis; à 20 s. les livres.

Toutes les denrées sont d'une cherté excessive ; l'aune de drap, qui ne valoit que 12 fr., vaut 80 fr.

Billets de banque, — Mardi, 11 juin. Arrêt du Conseil qui ordonne que tous les billets de 10,000 fr. et de 1,000 fr. qui sont dans les caisses de la Banque seront portés en l'Hôtel de ville et brûlés en présence du prévôt des marchands et échevins. Que tous ceux qui rentreront par les voyes indiquées pour le débouchement seront

aussi brûlés. Que tous les autres seront rapportés dans le cours de Tannée pour être convertis en nouveaux billets^ qull en sera fait pour 500 millions, dont le sieur Boucot tiendra un registre déposé en l'Hôtel de ville pour être communiqué à ceux qui le voudront voir. Tous payements au-dessous de cent livres seront faits en billets, à peine de 3,000 fr. d'amende. Ceux qui payeront les impositions en billets déchargés des 4 s. pour livre, et à l'égard des autres droits où on ne paye pas les 4 s., les billets seront reçus sur le pied de 110 pour 100 pendant l'année 1720 seulement. Depuis le retour du Chancelier, on commence à avoir plus d'égards pour les bourgeois de Paris, que les arrêts complimentent.

Les agioteurs s'assemblent toujours à la place Vendôme. Le Chancelier n'a point voulu gêaer le public. Il y a des tentes tout le long de la place. Cela ressemble à un campement d'une armée. Les railleurs disent que la droite est commandée par le maréchal d'Estrées, la gauche par le marquis de Mézières, gouverneur d'Amiens, le duc d'Antin au corps de réserves, le duc de la Forcé commis des vivres, et TabbéTensin, aumônier de Tarmée. La Paye, le bourreau , madame Chaumont vivandière. C'est elle qui a procès contre Fargès. Ces MM. ont beaucoup gagné aux actions. On reproche au maréchal d'Estrées d'avoir fait amas de café et au duc de la Force , d'avoir monopole la cire. La noblesse de France n'a jamais été, moins noble qu'en ce temps-ci. Nous avons vu avec horreur, il y a deux mois, le comte de Horn, d'une maison souveraine, assassiner un homme en plein jour dans la rue Quinquampoix et le voler, et ce comte roué vif en Grève, malgré les sollicitations de toute sa famille. Il a un frère grand d'Espagne, qui n'est pas encore marié. Il avoit appelé de lacompétence au Grand Conseil, qui avoit donné arrêt de défenses. Mais le Conseil de Régence a cassé cet arrêt, et le lieutenant criminel a jugé ce souverain souverainement, comme un vagabond et un voleur

de grand chemin. Le Régent a dit à sa famille que c'étoit la mauvaise action qui dëshonopoit et non le supplice.

Le crime fait la honte et non pas Féchafaud.

On a fait ce quatrain très-méchant sur Tétat présent des affaires :

Jean Law a mérité la corde Et Philippe le coutelas, Voilà d*oii provient la concorde De notre Régent avec Lass.

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