‹ Journal et mémoires de Mathieu Marais, avocat au Parlement de Paris, sur la régence et le règne de Louis XV (1715-1737) (volume 2)Chapitre 24 sur 37 · MAI · texte numérisé non relu

MAI

di'uaux deNoailles et de Rohao; au premier pour le communiquer Sk ux appelants qu'il trouveroit à propos, à Fantre, pour le faire voir aux évéques acceptants ou réputés tels à raison de leurs diocèses où la publication de la bulle avoit été faite. A tour de rôle, nous avons été «convoqués chez le cardinal de Rohan, ordinairement quatre à quatre. Nous y sommes retournés si nous Tavons voulu ; nous avons fait nos observations; on y a eu égard. Pendant cela, M. le cardinal de Noailles, qui faisoit les siennes^ prescrivit aussi une acceptation qu'il n'avoit jamais refusée d'une certaine façon. Vous saurez que, dès l'origine,. il a demandé des explications, et qu'il n^est appelant que du refus qui lui en a été fait, qu'il les vouloit correctes, autorisées et liées. Pour cîorrectes, il les a trouvées telles. L'autorisation la plus forte qu'il pût souhaiter après celle du Pape étoit celle des cardinaux de Rohan, de Bissy et de Gesvres, et de tous les archevêques et évéques dû parti. La liaison étoit entre ses mains et dépend oit d'une bonne expression de la relation, et c'est à quoi il a travaillé. Quand tout l'examen a été fait et qu'on a été en état de prononcer sur l'écrit qui nous a été communiqué, les évéques non opposants ont été convoqués en deux temps , lundi et mardi au matin, pour une dernière lecture et ré- ^sion du Corps de doctrine. Tétois de celle de mardi et il y fut fait «neore quelques observations considérables. A midi et demi, chacun se parla pour se concerter, et l'on convint de signer et d'autoriser les explications. L'après-dtnée, entre 3 et 4 heures, on s'assembla. 'Le cardinal de Rohan commença par nous communiquer une pièce qu'il déclara n'être point soumise à notre examen, d'est le projet d^acceptation de M. le cardinal de Noailles commentant : « Aces causes... acceptant... le tout selon et conformément ^ux explications ci-dessus^ lesquelles ont été examinées et autorisées par un très- grand nombre d'évêques. Défendant toutes interprétations contraires, etc. » Puis le cardinal de Bissy, entra avec tous les évéques de la veille, pour prendre une résolution finale pour l'une des deux forjnules proposées aux acceptants pour attester le consentement qu'ils ^onnoient aux explications. L'une était une lettre :. l'autre un acte approbatifquidevoitêtremisaubasduCorp^ de doctrine. L'altercation fut grande. Le cardinal de Rohan étoit pour l'acte approbatif, M. de Bissy «t tout Saint-Sulpice pour la lettre. Quelques-uns se trahirent, disant ^que la iettre engageoit moins et ce fut Tévéque de Chartres qui dit ce bon mot quand il vit qu*on passpit a magna numéro a l'acte approbatif. Cependant la résistance opiniâtre et indécente du cardinal de Bissy et de son parti auroit fait rompre si l'on avoit tenu ferme, car il vouloit se retirer. On convint de porter le lendemain au Palais-Royal et la lettre et l'acte approbatif, et de se concilier en présence de S. A. R. Il y eut des allées et venues pendant la nuit. La conciliation a été qu'on pren-

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droit le parti delà lettre, mais qu'elle seroit insérée et signée sur Voriginal niéme du Corps de doctrine. Par là ceux qui vouvoient Tautorisation la plus forte ne perdent rien , quoiqu'ils aient une espèce de complaisance pour le parti qui fait la réconciliation de mauvaise grâce. Quatre évêques se sont retirés • Dol, Chartres, Saintes, ISismes. Mercredi matin nous nous trouvâmes tous au Palais-Royal ; nous y fûmes depuis huit heures et demie jusqu'aux environs de midi où en.présence de M. le Régent la lettre approbative du Corps de doctrine fut relue, pgis chacun la signa. Alors M. le Régent ût voir à la compagnie Tacceptation de M. le cardinal de Noailles.

10 juin. — Paris. — Sorboînne, curés, le cardinal de Noailles. — Le 5 de ce mois, les docteurs de Sorbonne, au nombre de i5, firent à Taudience du cardinal de Noailles. Le doyen de la faculté porta la parole et représenta trèsrespectueusement à S. E. combien les docteurs désiroient qu'il n'autorisât point le Corps de doctrine. M. le cardinal parut fort mécontent, ne voulut point convenir que son Corps de doctrine fût défectueux, dit aux docteurs qu'il falloit que chacun se mêlât de son métier, et comme il répétoit cette parole, et qu'il ajouta que chacun fasse son devoir, le curé de Saint-Séverin éleva la voix et dit : Nous y sommes bien résolus (Monseigneur) de faire notre devoir. M. l'abbé d'Asfeld parla aussi à M. le Cardinal, mais il n'y gagna pas plus que les autres. Il représenta à S. E. r honneur que lui avoient fait les instructions pastorales antérieures et l'honneur qu'elles avoient fait à la vérité. M. le Cardinal répondit que le Corps de doctrine ne lui feroit point de déshonneur. M. Quinot étoit du nombre des docteurs de même que le curé de Sainte- Marguerite. Celui-ci dit à M. le cardinal qu'il le supplioit de lire les notes sur le Corps de doctrine. Quoi, dit M. le Cardinal, ces notes séditieuses? Il les traita aussi de pitoyables. Cependant on imprime, dit-on en cachette.

jces notes avec le Corps de doctrine. Ce sont des réflexions étendues qui valent des dissertations. On apprend que le projet des lettres patentes a été remis entre les mains du cardinal de Noailles. Les uns disent qu'il n'y a presque plus de difficultés sur ces lettres : les autres qu'il y en a de presque insurmontables.

Le 5 juiil, l'évêque de Boulogne est revenu dans son diocèse et y a été reçu avec une joie extraordinaire par les curés, le clergé, le corps de ville. Te Deum chanté.

21 juin, — Paris.. — Il est venu des avis de Rome par la voie de Londres que la lettre circulaire du cardinal de Noailles à ses curés a été condamnée et la condamnation affichée dans Rome. On regarde cette condamnation comme un présage assuré de celle du Corps de doctrine lorsqu'il garoltra. On affecte pourtant de tenir secrète cette condamnation, et on dit qu'avant l'arrivée du courrier ordinaire, le cardinal publiera son mandement et le Corps de doctrine.

L'évêque de Castres s'étant trouvé à Arles pour l'octave du Saint-Sacrement, le curé de Saint-Martin l'invita d'y officier. L'archevêque l'avertit que s'il officioit il encourroit Texcommunication tpso fado. Sur quoi plusieurs évoques lui ont écrit de sa manière peu honnête.

L'évêque d'Orange a évité les sollicitations de l'abbé de la Fare Lopis qui le vouloit faire signer le Corps de doctrine.

Il paroit des copies d'un mémoire qui a pour titre : Mémoire sur la paix de VÉglise, qui a été communiqué de la part du cardinal de Noailles. On y voit les propres termes de l'acceptation du cardinal : c< Nous acceptons, etc. Le tout suivant les explications qui ont été approuvées par un très-grand nombre de prélats du royaume, et que nous vous donnons comme renfermant le véritable sens de la Constitution. Explications que nous avons jugé nécessaire de joindre à la bulle, uniquement pour empêcher que par des interprétations également fausses et con-

traires au véritable sens de la bulle et aux dites explicar tions, la foi ne soit attaquée^ la morale corrompue et la liberté des écoles blessée. »

Il n'a pas été question de se désister de l'appel, de le révoquer ou d'y déroger. Il est vrai que par l'accommodement il devient inutile et sans effet. Mais si la Cour de Rome vouloit inquiéter les évêques ou attaquei? leur ouvrage , alors rappel qui est plutôt suspendu qu'éteint reviendra , et on seroit en droit de s'en servir pour se mettre à couvert de ce que Rome voudroit tenter.

Juin 1720. — La place de contrôleur général qu'avoit M. Law, Anglois, à qui on ne l'eût jamais dû donner, lui a été ôtée, et il a été réduit à être chef de la Banque et de la Compagnie des Indes, inventions et système de sa façon qui ruinent la France et dont la plaie durera longtemps. On lui a donné pour garde de la part du Roi M. de Bésenval, major de^ suisses, qui ne le quitte point (1). Cela est du 29 mai 1720.

Le 3 juin, il y a eu arrêt du conseil qui a donné un nouvel arrangement aux actions. Le Roidonne quittance de 900 millions qui lui sont dus. Depuis la monarchie, il ne s'est pas donné une pareille quittance, et cela fait voir le fondement de tous ces million^. L'arrêt autorise une Compagnie d'assurance qui assure le papier avec d'autre papier : cette Compagnie fait un fonds de 240 millions en actions pour la sûreté des actionnaires. S'y fiera qui voudra. On promet trois pour cent pour le produit de chaque action assurée qui sera en fonds de 12,000 fr.

(0 C'étaient là les suites de ce fameux arrêt du conseil du 21 mai 1730 rendu sur la proposition de d^Ârgenson et des autres adversaires de Law, qui causa la chute du Système. 11 portait réglémenlatioi^ et réduction du prix des actions et des billets de banque. Law sembla bientôt triompher de nouTeau, et il éblouit une dernière fois ses protecteurs. D^Argenson dut rendre les sceaux et se retirer. Mais il le fit avec honneur^ et Law, peu de temps après , fuyait avec infamie , mais protégé jusqu'au bout par les illustres engonemeots qui, dans le public irrité, passaient pour des complicités.

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