‹ Journal et mémoires de Mathieu Marais, avocat au Parlement de Paris, sur la régence et le règne de Louis XV (1715-1737) (volume 2)Chapitre 31 sur 37 · ADIEUX SATYRIQUES DÛ PARLEMENT · texte numérisé non relu

ADIEUX SATYRIQUES DÛ PARLEMENT

Sur l'air : De Birène et sur l'air : Qe trois pauvres enfanta.

Parisiens, pleurons très-fortement, Dieu le permet , notre perte est certaine. On nous ravit notte doux (1) Parleinent; Las! il s'en va courir la prétantaine.

Pas ne vouloit à maint trompeur édit (2) Prêter (3) la main ; admirez Je vous prie. Nostradamus nous Tavoit bien prédit.

Sur le Pont-Neuf lisez la centurie.

Quand adviendra que putains, maquereaux (4) Gouverneront la nation gauloise, Gens du sénat, bridés comme des veaux La paille au cul regagneront Pontoise.

Rois, princes, ducs, bourgeois, jeunes et vieux, —

C'est à ce jour qu'il nous faut tous entendre Du Parlement les très-tristes adieux. En vérité cela fait le cœur fendre.

C 1) Doux y il ne Test devenu que par forœ, après l'exil et le lit de justicr.

K.% Édit trompeur f très-bien nommé. ( Marais. )

C3) Prêter^ terme du Chancelier. {Marais.)

Ç4) Brdgiie, Noce et autres, Parab^^e, etc. (Marais.)

Adieu Louis, notre père à trétous , Nous vous aimons de cœur et de franchise ; Tous nous chasser, nenny , ce n^est pas vous , Monsieur votre oncle a commis la sottise.

E|t-be bien lui? Là , non, pas tout à fait. De faire un crime il n'a pas le courage. Sans Noailles, notre Dauphin vivroit (t). Sans Law aussi ne changerions de cage.

ou : changerions-nous de cage?

Par les leçons de ^cA/it(6^ niamau.

Le duc borgnon f^)fi ^t ce beau miracle. .

Il jure Dieu , tranche du capitan.

T^e Régent tremble et Law est au pinacle.

Adieu pourtant, IHB^t-'fils ôfi Gbndé, Châtre Lassé (3) ou fais boucler ta mère. Law est par toi digneoMint secc^dé r M^is tu n*as pas un trait de ton grand-père.

Adieu vous dis , adorable bosâQ (4), Cher prince , hélâs ! voiîg peiisez à merveille. Au départir nous vous aurions tous vu, Mais au b vous couchâtes la veille.

(1) Ironie sanglante. On dit qu'il donna une tabatière empoisonnée au feu duc de Bourgogne. ( Voy. Sâint-|Simon, t. VI, 228. ) (Marais, ) Pas n'est besoin d'ajouter que c'est là un de ces bruits odieux h la fois et ridicules auxquels se délectait la malignité publique la plus aveugle de toutes. (M. de L. )

(2) M- le Diic qui est borgne,, Arouet a dit sur Ipi : Au royaume des aveugles les borgnes sont rois. (Marais»)

(3) Lassé, amant de madame la Duchesse mère. (Marais,)

(4) Prince de Conti; on lui reproclie de hanter les mauvais lieux. Il avoit pris parti contre Law et, le Iqov delà translation; on le crut arrêté. (Marais,)

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Laisse la Me (1) engloutir notre argent. Viens, Parabére (2) jouer oii t^las beau rôte , Sauve FÉtat, conseilU à> ton Régent De quitter Law, Le Blanc et la v.....

Cher d'Aguèsseau (3)^ c'est enfin notre tour, Notre vertu pesoit trop à nos maîtres ; Que Dien nous gard' que l'ennui^^du séjour Jpoojtnreveoir fasse de nouç des traîtres.

. En vous quittant, O Law ! nous pleurons tous, ^ottr TOUS revoir nous ferez-vous attendre? t S\k VÈoXre foi nous penserons à vous. > ^kynptez sur nous lorsqu'il faudra vous pendre.

Ces Adieux font I^ien le caract^^e du temps et des personnes^ et méritent d^ètfe mis parmi les chansons historiques, que les François put toujours aimées. Cela est ci'uîi homme de la cour et d'un pbete.

Bernard se marie. — J'ai appris aujourd'Jiui que M. Sa-

^nuçl Bernard, âgé de soixante-dix ans, qui a deux fils, l'un

^^^altte des requêtes et l'autre conseiller au Parlement, se

*:-emarijB et épouse M*^"*^ de Saint-Ghamans, fille dû comte de

iàint-Chamans, officier .des gardes du corpg', que la reine

'Esptagne ($œur du Régent) aimoit, avec qui elle lia une

mitiétrès-$ecrète, sur la routé da France en Espagne, où

ut se passa très-amoureusement, comme avec la fiancée

u i:bi de Garbe, et à qui elle fit beàucoup^de présents {k) . Ce

^^Tiariagè a fort étonné sa famille. M"® de Saint-Chamans

u'il épouse, est propre sœur de la première femme de

(I). lf">« de Prie , maîtresse de M. le Duc. «

(2) Mm« de Parabére, maîtresse du Régent : il vient de passer par les résuèdes.

' (3) Le Chancelier iraUre» pour réTenir de I^resne. -(%> Salnt-Sîmon, t . VU, p. 3S. :

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secondais, conseiller, qui a épousé, en deuxièmes noces, M"* de Boulainvilliers, fille d'une très-grande maison. Et le maître des requêtes a épousé M"^ de la Cosse ( Frotier ) qui est aussi d'une grande maison, et qui descend^ directement, d'un grand écuyer de France du temps de Charles VII. La mère de M"* de Saint-Cham'ans est Cbastetelux, qui est une très-ancienne maison de Bourgogne. Il est parlé dans le Journal de Henri /F (p. 228 ) de Mercure de Saint-Chamans, baron du Poché, qui remit Château- Thierry, dont il étoit gouverneur, àrobéissance de Henri IV en l'année 1594-, et (p. 262) de François de Saint-Chamans Hautefort, qui fut condamné à mort par arrêt de Bordeaux, du 2 mai 1608, pour avoir fait donner les étrivières au lieutenant général de Tulles et à qui Henri IV ne voulut jamais donner sa grâce. M. de Roquelaure le demandant quand le Roi allait communier, le Roi lui dit : «Allez et me laissez en paix; je m'étonne comme vous jii'osez faire cette requête lorsque je vais protester à Dieu de fairejustice, et lui demander pardon de ne l'avoir pas faite. » La famille de Saint-Chamans est originaire du Limousin. Celle de Chastelux est de Bourgogne, dont il y a un maréchal de Chastelux qui fut fait chanoine d'épée à Auxerrô, pour avoir délivré la ville, et ses descendants ont le même privilège. La première femme de Samuel Bernard étoit Marie Clergeau, fille de la bonne faiseuse de mouches de la rue Saint-Denis, et lui, fils d'un célèbre peintre en miniature. C'est le plus riche particulier de l'Europe. Il a rendu de grands services à l'État, dans le règne de Louis XIV, et y a aussi beaucoup gagné. L'argent a fait faire tous ces mariages, et voilà ce que devient la noblesse.

Dimanche^ 11 août. — Billets brûlés. — Arrêt du 9 publié ce jourd'hui, qui ordonne que les sieurs Augran et Vatan, maîtres des requêtes, feront un procès-verbal des billets retirés pour les souscriptions des nouvelles actions^ montant à 50 millions, pour être bàtonnés, coupés et en-

suite brûlés à l'Hôtel de ville. Ainsi, la Compagnie tient sa parole de retirer pour 50 milUions par mois, et comme on les brûle, les fonds des actions seront les cendres. La diligence, au reste, ne peut pas être plus grande. L'arrêt qui crée les actions n'a été vu que le 9, et le même jour 9 est l'arrêt qui ordonne l'incendie des billets donnés pour les actions, tant est grande la folie publique. Il y a dans Sénèque : De Beneficiis, liv. 7 ch. 1 0, une description de papier usuraire qui est très-vive : Videa dîplomçita, cautiones et syngrapha vacua habendi simulacra et umbrctë quasdam avaritiœ laborantîsqu^decipiant animummanum opinione gatAdentem, inanis avaritiâs somnia, in quitus nihil est quod manu tenere possis. Il n'eût pu parler autrement du papier aujourd'hui.

CHANSON sur l'air : J^ai fait une perte légère.

Le Parlement fait pénitence , je pense , De quelque grand péché.

Du testament qu'il a cassé , L'ombre du Roi tire vengeance.

— Prophétie expliquée :

Quand on verra femme rasée , Corps en sac, cul en panier, On verra la France ruinée Par le papier.

Pour entendre cette prophéticjil faut savoir qu'àprésent tontes les femmes se font raser la tête, et ne gardent que quelques cheveux courts par derrière qu'elles font friser, ce qu'elles appellent : un tignon : voilà la femme rasée. — Le Corps en sac, c'est qu'elles vont partout, et même dans les églises, avec des robes longues, boutonnées et non troussées, qu'elles appellent un sac, — Le cul en panier, c'est que, depuis deux ou troisans, elles portent, sous leurs Jupes, pour les rendre plus arrondies et moins plates, une sorte de vertugadin, qui s'élargit fort par le bas et qu'elles

ont pris des femmes angloises. Gela s^appelle un panier. 0 y a eu des chansons faites sur les paniers.

Juillet. — SIercure. — Le P. Daniel. — L'abbé de Camp^ — Grande dispute entre l'abbé de Gamp et le Père^ Dame/y jésuite^ auteur de l'Histoire de France. L'abbé prétend que. les deux yeux de l'histoire manquent au lésulte^r qui so^t : la chronologie et la géographie. Le nouveau Mercure est rempli de leurs dissertations réciproques, où ils.S|^ (li^eût dj& bonnes grosses injures. Dans celui de juillet, il y a des ohservatiom critiques de Tabbé sur la carte (que le P. a mis/s à la tète de son histoire) qui contient une description de là France du temps de Çlovis, où il pap}^ (le plusieurs lieux qui n'étoienl point de ce temps là et où il ne parle point de ceux qui y étoient. il rémarque une chose singulière sur la maison de j^rance, qu'elle est d'une extraetion deToyauté primitive^ et la seule de l'Eu* rope et peut-être de la terre qu'on ne découvre que sur le trône, et que tous les rois qui régnent aujourd'hui dans l'Europe (excepté les Stuarts) et les souverains du- second ordre sont issu£^y de mâle en mâle, d'officiers et de sujets des rois françois. Il reproche ouvertement au P. Daniel, qu'en mettant Clovis pour le pî*émîer Roi de France, il a abaissé la monarchie, qu'il, a voulu insinuer que la majesté du tr6ne de nos rois a été souillée par des bâtards qui leur ont succédé, que l'hérédité et Tordre de la succession à la couronne ont ^té interrompus, les lois fondamentales.méprisées,. les libertés de l'Église gaUicane violées,. et que Télection a eu^ Ùeu.sous la deuxième et troisième race, à quoi l'abbé se prépare de répondre par nn ouvrage public. Le P. Daniel a répondu 4 cette critique dans \^ Mercure de septembre. Vide; la pièce est trèsvive et curieuse.

IU^gotevDugergeau (1). — La Ravigote, sauce verte

(1) Voir anssj Mélangea de Boixjourdain^ — ^t les Pièces intéressante* peur, servir à V histoire ( par ide la Place ) .

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avec de Téchalotte sur laquelle le président Ducerceau, jésuite^ a fait un petit poëme,. par l'ordre du duc d'Âlbret (iléstdans ce Mercurej juillet^ p. kS). Ce jésuite fait des vers assez facilement. On a imprimé ses poésies qui ont paru trop libres. Il a un tour marotique ; il a fait quelques vers sur Taffaire de la constitution. Le duc d'Albret Fa fait venir de Rome, où il étoit relégué^ pour être préfet de ses enfants. Il pourroit se mêler d'un autre métier que de poééie^ mais il faut que les jésuites se mêlent de tout. Ils sont A toutes sauces.

Artilleries. — On y trouve encore l'instruction pour les écoles dés cinq bataillons du Régiment royal artillerie. Gëslt ttki établissement nouveau^ fait par ordonnance du 5 février 1720^ qui porte incorporation du régiment des bombaràiers et de toutes les compagnies détachées de canonniers et de mineurs, au jnoyen duquel les officiers appreiràront ce qui concerne Partillerie, les parties de fortification qui ont liaison avec elle, et la conduite des sapeff et des mines. L'instruction est du 33 juin, signée dû' kégent, et très-détaillée. Il doit y avoir des écoles et dès levons de pratique et de théorie. Ainsi on saura^ mieux que jamais; prendre des placés, faire la guerre etlue^ des hommes.

Vers d'une FAÇON NOUVELLE. — Mercure, juillet 139. Un poète, nommé Labat, a imaginé de nouveaux vers à ciVH^'^ieds qui n'ont point de césures au second, comme en ont tous les veïsà cinq pieds, et il en a fait une pièce, adressée à M. de' la Motte qui, amoureux comme il est de toutes nouveautés, ne manquera pas d'approuver cette belle poésie irrégulière. Il se plaint que,

On fit si bien qu'à force d'être pure , La poésie acquit dans son allure Un certain mouvement toujours égal , Comme le traquenard d'un vieux cheval.

A cette allure sans cesse uniforme, Il ne se peut qu'à la longue on ne dorme...

Tout ce que nous disons , que nous sentons , Emprunte divers rhythmes et divers tons.

' Ce M. I^bat ne sait pas que Konsard a voulu faire de, pareils vers, qui n'ont pas réussi^ et que, depuis, Tabbé Régnier, en badinant, s* est exercé, avec le même succès sur cette sorte de poésie, qui est une vraie prose. Si ces MM. ne veulent pas s'asujettir aux règles des poètes, ils. n'ont qu'à être orateurs, mais bientêt ils nous feront delà prose riméeetdes vers sans rimes. Laissez, MM., leschoses comme elles sont, tout n'en ira que mieux, et voyez comme vos camarades novateurs , écrivains du Système, sont approuvés par toute la France, qui les voudroit voii) pendre.

Mëbcube, ibid. — Remèdes pécifique, contre la pleurésie, donné au public, par l'ojdre du Régent, pour les hôpitaux du Roi. Il est approuvé par Chirac, médecin du Régent.

5 Juillet. — Le marquis de Mailloc, de [Normandie, a épousé M"* d'Harcourt, fille du défunt duc et maréchal de France. Mailloc est allié à la maison de France par Aubert de Dreux, sorti de Louis le Gros, et les princes du sang ont agréé que la qualité de cousin fût donnée au marié. Il y a peu de maisons de noms et armes qui lui ressemblent. Il a 57 ans, la demoiselle 24 (1).

Lundi 12. — Miotte, gros partisan et un second Bourvallais, que la Chambre de justice a tenu longtemps en prison, se promenant à Choisy chez madame la princesse de Conti, vil une jeune personne très-jolie, qui se promenoitavec une des femmes de la princesse. Il demanda qui elle étoit. On lui dit que c'étoit une jeune (ille, que la princesse élevoit dès l'âge de quatre ans, et qui étoit d'un caractère ainiable et d'un bon esprit. — «J'ai envie de lui donner mon fils, dit-il. » — «Bon, reprit la dame, votre fils

(t) Saint-Simon, Xf, 300.

sera riche et vous le marierez mieux.» Lui, au contraire ^ .persistant, ellelui dit: a Cela est-il sérieux? Car si celaTest, il faut que vous sachiez tout; nous n'avons pas accoutumé de mentir ici. La petite fille est une petite trouvée j dont on ne çonnoit ni le père ni la mère. » — Oh ! oh I dit-il, cela ne rompra pas le marché. Tant mieux^ je n'aurai pas tpujours une famille sur les bras, et c'est ce que je cherche. (1 Surrle-champ, on Talla dire à la princesse qui dit : » Hsûsliû avez- vous dit le mot?» voulant parler deTétat de lafiUe^etcomme elle eut su sa réponse, elle le fait appeler. Les articles se font. Agnès (qui est le nom de la petite fille ) hii est accordée pour son fils^ et le mariage s'est fait à Choisy, le lundi 12 de ce mois, le môme jour que celui de Samuel Bernard. C'est une accolade.

Mercure^ IfcS. — Régiment delà Terrasse, règlements. — On a fait des règlements plaisants pour le régiment Royal- Terrasse du Roi. Ils sont en vers. En voici quelques-uns.

A regard de rhabillement L'uniforme étant nécessaire, Voulons que dans le régiment Chacun s'habille à sa manière.

Le soldat chez soi par billets Logera , vivra sans reproche , £t pour sa solde sMl lui plaît 11 la cherdiera dans sa poche.

Pour le pain de munition Le soldat, sans tant de mystère, Le prendra de son propre fond Chez son boulanger ordinaire.

Lille. — J'ai reçu une lettre d'Aire, de M. Rolland, cat^jtaine de cavalerie, mon ami, qui me mande que le jour ^c l'augmentation des espèces, le marché a été pillé à

Lille par le peuple ; qu^il a fallu que le comiïiandant ait été, avec une troupe tîe cavalerie, sur tous les marchés pour tout taxer, et y ait mis dés gardes, et que^ le même jour^ à Saint-Omer, toutes les boutiques furent fermées.

On a donné pour cent mille livres d'actions nouvelles au comte de Lille, qui a apaisé la sédition à Lille, mais il n'en a point voulu, quand il a su leur déchet, et Law esi convenu qu'il lui falloit quelque chose de meilleur.

Van Robez. -*- La compagnie a fait un traité avec Van Robez, pour ses draps, que les marchands survendaient extraordinairement< Uy a un bureau où la Compagnie les vend moins; mais afin que Von soit sûr que ce n'est pas le marchand qui les achète pour y regagner, ou autres personnes pour agioter, il y a des tailleurs, dans le bureau, qui prennent votre mesure et qui vous font un habit qui ne peut servir qu'à vous . C'est un marché fort plaisant, et on peut dire que la Ccmipàgnie vous habille.

Université. — Constitution*-^ L'Université, ayant appris que l'on avoit envoyé à Pontoise lesiç^trespatentessur MaConstitution, y adéputéMM. Bourcha et Viel, l'un syndic, Tautre greffier,. qui'se sont présentés^ à l'audience, ont fait leur compliment et leur opposition aux lettres, et l'ont présentée. Us ont fait entendre que l'Université étoit partie nécessaire dans cette àffàii*ë, où il y a un appel de sa part au concile, enregistrera l'officialité, et une exposition publique de ses griefs, et qu'on ne pou voit traiter aucunaccommodementsans y appeler un corps aussi considérable. Le Premier Président leur dit : « Dufrauc, dites à ces messieurs que je les prie â dîner cné^înoi. » L'opposition n'a pas été reçue en forme, il n*y a qu^iine requête.

Law au Palais-Royal. — Law est logé tout àfait au Palais-Royal depuis quelques jours. On lui a donné Fappartémentdu marquis' d'Estampes.' Il est là â couvert dé là fureur du peuple, qui îè déchirét-oit; s'il le pouvoit^trddvttrl et il est aussi sous la main du Régent, qui' en peùff faifc

toat ce qu^il voudra et le livrer, si Tenvie lai en preod. Nage toujours et ne t*y fie pas, Od a trouvé écrit sur la porte de la Banque.

Sub (Hversis specidms Signis iantum et non rébus Latent rex e'ximiœ.

Chandelle. — Le nouveau lieutenant de police a fait publier une belle ordonnance sur la chandelle et les suifs, dont il se fait un monopole, entre les bouchers et chan deliers. L'arrêt est du â août. La chandelle est à 25 sous la livre, et cependant, depuis up an, le Roi a supprimé leâ inspecteurs et visiteurs des suifs, qui avoient un droit de deux sols pour livre, et il est vérifié que la consoiofima* tion des viandes est plus forte de plus d'un quart depuis ce temps-là, ce qui devroit diminuer le siilif de beaucoup. Il n^y a plus qu'à faire exécuter cette ordonnance ; mais lé rehaussement dès espèces, dont elle ne parle pas, est ûné grande partie dû itionôpole, et oh s'^én prend '% qui n'en peut mais.

MardiiS, Merêredïili. — J'ai été saigné et pu^é ^àut mon mal d'éstomàc, qui me dure depuis longtemps^ et ce tenipS'Ci ne servira pas 'à le guérir. ' '

Jeudi, 15' aoô^. -^Procession de NoxRE-DAMEi — ^^Ila été arrêté que la procession de Nôtre-Dame se feroit à l'ordinaire, pour l'exécution du vœu de Louis XIII; mais comme le Parlement n'est point à Paris, tout le côté droit demeurera vide, pour marquer son absence, et la Cour des comptes et la Cour des aides occiipêront la gauche. La Chambre des comptes s'est' mise ed detfx colonnes, et a ainsi précédé la Cour des aides. Le Chancelier vouloit qu'ils occupaissent la droite ; son sehtimént n'a point prévalu. I) est todt à fait contraire àù Parlement, qui en est réduit à regretter le garde de^ sceaux. Ce vœu a été fait jpar une déclaration du 10 février 1638, par laquelle le . roi Louis XIII a mis son royaume sous la protection de

d84 MÉMOIRES DE MATHIEU MARAIS.

la Vierge. La déclaration se trouve au tome 22 du Mercure françaisy p. 284. La procession a toujours été faite depuis^^ mais le maître autel de Notre -Dame, compris daqs ce vfleu, n'a été achevé que depuis peu d'années. M. Godeau s'avisa de faire une hymne française sur cette dévotion. Le père Vavasseur fit une rude critique de Thymne, et Bayle a rapporté cette querelle dans son Dictionnaire à l'article de Louis XIII. On n'a point enpore vu arriver ce qui est arrivé cette année, de ne pas voir le Parlement a cette procession solennelle; car en 1652, quoique là translation fût faite au mois d'août^ la plus grande partie du Parlement resta à Paris, et la processsion se fit.

Vendredi 16. — Constitution. • — Déclaration du Roi, — J'ai appris aujourd'hui que c'est une déclaration, e^ non des lettres patentes, qui ont été envoyées sur la constitution. Elle éloit d'abord en papier; le Parlement y a fait des observations, mais on n'y a point eu d'égard, et elle leuraété renvoyéeen parchemin comme elle étoit. Ils ont voulu voir le Corps de doctrine et le mandecnent du cardinal, dont il est fait mention dans la déclaration. Il y a trois avis. Le premier, de la rejeter. Le deuxième, de dire qu'avant de faire droit, elle sera communiquée à l'Université et à la Sorbonne pour donner leur avis sur le tout. Le troisième, d'enregistrer, sans préjudice des appels faits. On croit que cet avis persuadera; cela doit êtrç décidé le mardi 20 août. Les conseillers qui avoient obtenu permission de revenir à Paris pour leurs affaires ont ordre de retourner à Pontoise. C'est le Chancelier qui donne ces permissions et ces ordres.

CzAR. — La Gazette de Hollande du 23 août, rapport^ l'audience de congé que l'ambassadeur du roi de Pologne a prise du Czar et sa harangue. Les cérémonies en sont magnifiques, et ce souverain des Moscovites est un des plus grands ro1s qui aient jamais régné. Il est venu en France, il y a quelques années, et y a pris toutes les idées dugrand. L'ambassadeur lui dit «qu'il est obligé de

reconnoltre que qui voit S. M. Czarienue voit tout. Le siècle présent voit avec surprise les merveilles de votre règne, et la postérité aura peine à les croire. Votre IVÎajesté est également grande dans les entreprises militaires et le gouvernement politique. On admire ses armes victorieuses, la construction de ses flottes, de ses forteresses, de ses villes, palais et de tapt de bâtiments magnifiques ; nous en sommes témoins oculaires, et nous raconterons ces merveilles en notre patrie. »

Paix de Suède et de DAyEMARK. — Les articles de la paix, entre la Suède et le Danemark, ont été arrêtés le 30 juin 1720 àStockholm. Le roi de Danemark rend, entre - autreschoses, àla Suède, la Poméranie, Stralsund, Rugen, Hastrand-Wismar, et le roi de Suède renonça au privilège de ne rien payer pour les droits du Sund, qu'il payera comme les autres nations, et donnera encore 600,090 écus en bonnes lettres de change sur le poids de 1690.

15 août. — Billets éteints. — Il y a eu un conseil de Régence tenu le 15 d'août, fête de la Vierge, et on a choisi ce jour-là, comme en dépit du vœu de Louis XIII, pour achever de ruiner la France, au jour même qu'il a voulu la conserver par une si puissante protection. Dans ce conseil, il a été rendu un arrêt pour éteindre les billets de banque. Cet arrêt a été publié le 16, avec un autre arrêt du Ifc, qui crée vingt mille actions nouvelles, outre celles du 31 juillet. Au premier octobre, ceux de ltf,000 et 1,000 fr. n'auront pluscours comme espèces. On pourra les employer jusqu'au premier novembre en rentes de la "Ville perpétuelles, et autres rentes viagères au d. 25, ^ussi sur la Ville, en rentes au d. 59 sur les recettes géiiérales, en comptes en banque et en actions nouvelles, cîont on a encore créé 20,000 par arrêt du 14, publié aujourd'hui 16, Passé ce temps, les billets qui n'auront point ^té employés seront réputés actions rentières sur lacompa- ^nie à deux pour cent, dontleRoi demeure garant, et dont le dividende sera payé à compter du premier juillet. ATét. 1. 2$

gard des billets de 100 fr. et 10 fr., ils passeront comme espèces jusqu'en mai 1721. Permis à toutes personnes et à tous notaires de stipuler, dèsà présent, les payements en espèces d'or et d'argent pour sommes au-dessu^ de 1,000 fr. et, en ce cas, les petits billets ne seront pas reçus. Tous les billets rapportés seront biffés, en présence du porteur, et brûlés. Le motif de Tarrêt est que le Roi veut rétablir la circulation des espèces dans toute l'étendue du royaume. Ainsi finit le système du papier, qui a enrichi mille gueux et appauvri cent mille honnêtes gens. Tous les arrêts rendus depuis un an pour supprimer Tor et l'argent étoient donc trompeurs et faux, ainsi que tous ceux qui assuroient que jamais on ne toucherait aux billets. Les Adieux du Parlement disent bien :

Pas ne vouloit à maint trompeur édit.

Prêter la main

L'arrêt du 27 mai, qui révoque celui du 21, porte que les billets auront et continueront toujours d'avoir cours sur le même pied. M. le Duc se vanta au peuple d'avoir fait mettre ce terme de toujours dans l'arrêt, pour en marquer l'assurance et la fermeté inviolable. L'arrêt du 11 juin les avoit réduits à 500 millions, pour circuler comme espèces, à la fin de décembre. On s'est joué de la France, avec toutes ces fausses paroles, et cela aboutit à l'extinction totale du papier, à laquelle on avoit dû s'attendre, après avoir lu celles des billets de monnoye et des billets d'État; maisle François est incorrigible, et qu'il revienne demain un autre Law avec de nouveaux billets, on y courra encore ; cependant voilà la paix faite avec l'or et l'argent, et le Régent avoit toujours dit qu'il vouloit faire la guerre à l'or. Cet arrêt en est comme le traité de paix, dont Law et ses affidés sont les plénipotentiaires, et l'or que l'on a pris est demeuré prisonnier de guerre.

PoNToiSE. — Dans tout cela on se passe du Parlement, que l'on tient toujours exilé à Pon toise, où on ne fait que boire.

manger^ jouer un jeu énorme, qui ruine tous les jeunes genSy et pendre par ci par là quelque criminel . Ils ont condamnéau pilori un limonadier de la rue de la Harpe^ qui avoit emporté cent mille écus au sieur Godefroy de Saint- Malo et qu'ona rattrapé à Lyon. Il a été pilorié le mercredi 13 à Paris. On a vu avec surprise à Pontoise, le jour de la fête Saint-Ignace, dans l'église ou chapelle des Jésuites, le président de Lubert jouer du violon à un motet, M. Tubœuf conseiller, jouer de la viole, et un autre conseiller, chanter, contre la bienséance de leur magistrature. Les joueurs jouent, les musiciens chantent, les autres s'ennuyent et tous voudroient être hors de là. Les Roués ont dit qu'il falloit les envoyer à Fresnes, qu^on leur feroit faire tout ce qu'on voudroit. Le Chaiicelier perd beaucoup de sa réputation. Sa vertu n'a pu résister au torrent qui l'a emporté. Le Régent disoit ces jours-ci sur une affaire où il trouva des expédients qui avoient échappé à d'autres : « M. Law, je vous avois bien dit qu'il n'est rien tel que ces dévots, on en tire tout ce qu'on veut. »

Plage. — J'ai été dans la rue de Grenelle, proche la

place, où on n'entroit pas à cause de la fête. Tout Paris

étoit assemblé dans cette rue sur le bruit de l'arrêt qui

éteint les billets. Ceux de lOOfr. perdent 25 ; on ne donne

que 550 fr. du billet de 1,090 fr. On perd 180 fr. pour

couper un billet 1,000 fr. en billets de 100 fr. et 10 fr. J'ai

acheté une action nouvelle ou souscription 1,050 fr. Tout

le monde est fou et ne sait ce qu'il fait. Law a dit que les

choses auroient été sur le meilleur pied, si l'arrêt du 21

mai, de réduction à moitié, avoiteulieu; et cela est vrai,

ïuais on craignoit pour l'autre moitié.

Peste de Marseille. — La peste continue à Marseille, ^t ils ont aussi la famine, car ils n'ont ni vivres ni argent; les bourgeois n'ont pu aller à leurs bastides; ilsontnégo- Cîié leurs piastres à 14. fr. 10 sous; il ne leur reste que du papier. Le parlement d'Aix a défendu la communica-

33d MÉMOIRES DE MATHIEU MARAIS.

tion, sous peine de la vie. Tous les voisins sont sur leurs gardes; c'est un vrai enfer que d'être ainsi sans secours et sans espérance. On dit que l'évêque y fait merveille. L^origine de cette peste est bien malheureuse. La peste étoit à Seyde ; une Françoise et plusieurs marchands se retirèrent dans le château avec des marchandises. Cette Françoise, qui faisoit broder un habit à la turque dans la ville, attachée comme toutes les femmes à sa parure, voulut avoir sa robe, et se la fit apporter dans un panier qu'elle tira avec une corde. Elle ne fut pas habillée que la peste la prit, et elle mourut au bout de trois heures. Tous les autres sortirent du château, dans unpetitbâtimentavecleursmarchandises, et abordèrent à Marseille, où ils ont porté la peste qui afflige aujourd'hui cette ville. Voilà le second tome de la fatale tunique que le centaure Nessus donna à Déjanire et qui empoisonna Hercule, (ré/cm., t. 2, 85, édit. 1697, in- 12.)

Il avoit été résolu, dans les derniers conseils, sur la fin de juillet, avec les banquiers, de ne toucher ni à l'argent, ni aux billets. Nous ne sommes pas à la mi-août, et Targent est augmenté de moitié, et les billets presque éteints. Fiez- vous aux princes.

Samedi 17. — Actions 4860, non c. souscription,

Lundi 19. — Clergé. — Le clergé n^est pas plus fidèle à sa parole que les autres. Omnis caro corrupit viam suam. Par un arrêt du 9 juin, leurs rentes avoient été rétablies â deux pour cent. Par deux autres arrêts du22lesbénéficiers et commandataires y pouvoient porter leurs fonds. Plusieurs personnes avoient fait ce rétablissement et y avoient porté leurs billets. Et voici que le clergé, â qui on a, depuis, prêté de l'argent sans intérêt, rembourse ces nouveaux contrats, que lui-même a fait rétablir, et les rentiers sont obligés de se pourvoir ailleurs. Ceux qui prêtent au clergé retireront leurs fonds en argent, dans quelques années, en un ou plusieurs payements^ et ils ne s'atten-

doient pas qu'il seroit sitôt permis de faire des stipulations payables en espèces, comme de leur côté les rentiers ne s'attendoient pas à ce remboursement ou le clergé ne garde aucune justice. Il pourra bien s'en ressentir, au prochain don gratuit ; car s'il ne doit plus rien, il sera plus en état de donner au Roi. Il n'y a plus nulle part équité, bonne foi, ni religion. Remotâ jmliiay nihil sunt régna ni$i magna lalrocinia,

16 Août. — Gazette DE Hollande. — ^^ Les journaux sont faits pour marquer les événements singuliers. A Dublin, un officier major, entrant dans la salle basse de sa maison, où étoient ses deux fils, un de 12 ans, l'autre de 10, remit à chacun d'eux un pistolet à balle et leur commanda de tirer l'un sur l'autre. Ils refusèrent. Ce père dénaturé tira son épée et dit que s'ils n'obéissoient pas, il la leur passeroit au travers du corps. Un des fils tira et tua son frère. La mère étant arrivée au bruit, l'officier la perça de son épée et se perça lui-même, et ils moururent tous deux quelques heures après.

19 août. Constitution, accommodement. — Les curés du doyenné de Chelles ont écrit une lettre au Cardinal contre l'accommodement, et disent qu'il ne le recevront pas; 1? parce qn'ils ont déclaré plusieurs fois que la Constitution ne peut être reçue, de quelque manière que ce soit, ni avec Explication ni avec le Corps de doctrine; ce seroit la plus grande prévarication dans la foi d'y varier. 2° Parce qu'ils ont appris que le Corps de doctrine favorise et traite, avec des ménagements incroyables, des erreurs sur le dogme et la morale et fortifie des préventions contre les personnes attachées aux règles de la discipline, et, par des termes vagues et équivoques, laisse indécises les questions les plus importantes de la religion. {Gazette de Hollande, 16 août. La lettre y est entière.) 3** Le pape ne souffrira pas des explications qui mettent à couvert la véritéy comme si , selon les principes, une Constitution pouvoit jamais donner atteinte à la vérité. La condam-

nation que le pape vient de faire de la lettre circulaire du Cardinal^ publiée et affichée à Rome^ en est une première à la réunion des cœurs et des esprits, a Enfin^ il n'y avoit que deux partis ; il y en aura quatre. Ceux qu'un attachement simple et sincère à la vérité et le respect du tribunal de l'Église, déjà saisi.de cette importante affaire, engageront à ne jamais se départir de leur appely formeront le premier; et nous osons dire que ce parti sera respectable même à Votre Éminence. Le 2** sera composé des constitutionnels zélés, qui font marcher la Bulle presque de pair avec l'Évangile, et qui veulent qu'on la reçoive sans modifications. Le 3^ sera des accommodants, à la tète desquels sera Votre Éminence, le plus nombreux peut-être, mais non pas celui que Tamour pour la vérité et la justice rendra plus recommandable. Le 4' sera de ceux qui, ne voulant pas trahir leur devoir ni déplaire à Votre Éminence, demeureront dans une espèce dé neutralité. Mais ceux mêmes qui entreront dans l'accommodement ne seront pas d'accord entre eux sur le dogme et la morale. Votre Éminence ne le croit pas ; nous pouvons l'assurer qu'il n'y a jamais eu plus de troubles dans le clergé et plus de divisionentre les différents partis que depuis que l'accommodement est conclu. C'est là. Monseigneur, une partie des motifs qui nous font croire que cet accommodement sera très-nuisible à l'Église; que si Votre Éminence n'est point touchée de nos justes remontrances et qu'elle veuille passer outre, nous la supplions de trouver bon que nous ne prenions aucune part à cette offense et que nous demeurions inviolablement attachés à votre appel, »

Depuis que la maison du Roi Mit le sénat en désarroi , Dans Paris Von t'ait rude guerre.

Déjà DOS guerriers vaillamment Ont délogé le Parlement , Sans dégainer le cimeterre.

Leur camp se fait à si grands frais Chez les marchandes du Palais, Qu'il ruinera les mousquetaires.

Trop heureux attendant la paix.

D'être des maris désormais Fidèles commissionnaires.

Tandis que le marchand parti • Vogue jusqu'à Mississipi

Pour y rétablir leurs affaires.

— Les Marseillais disent qu'ils n'ont pas la peste ; que c'est une fièvre verminée, et que, si on ne leur apporte pas des secours et des vivres, ils sortiront 50,000 en armes et en iront chercher à Aix et dans toute la Provence.

Mort ©e madame Dagier. — Madame Dgicier, si célèbre par ses traductions et principalement de l'Iliade et de l'Odyssée d'Homère, est morte le 17 de ce mois. Elle s'appeloit Anne le Fèvre et étoit fille du fameux Tanneguy Le Fèvre. Tanneguy Lefèvre étoit de Caen. « Tanneguy Lefèvre, qui, après avoir été 30 ans ministre en Suisse et en Angleterre, avoit embrassé la religion catholique, et qui étoit distingué par sa capacité dans les langues et dans les mathématiques, est mort à Saumur, ces jours passés, dans de grands sentiments de piété, » dit Eusèbe Renaudot dans sdiGazelte du 24. décembre 1 717. C'étoit le frère de madame Dacier. Il'y a quarante ans qu'elle avoit épousé M. Dacier. Leur mariage a été secret pendant quelque temps ; ils ont eu trois enfants; une religieuse à Longchamp, une autre fille qui est morte jeune, à 19 ou 20 ans, et dont madame Dacier a fait l'éloge dans la préface de son Homère, et un fils qui est mort à 9 ou 10 ans. [Bibliothèque françoise^ 1723, in-12 Amstel., tome I, article 1 et2.) Personne n'a mieux connu le mérite des anciens; elle a soutenu leur parti fortement contre les La Motte, Terrasson et autres novateurs qui ont écrit pour les modernes. [Bibliothèque germanique, p. 155 et 156, t. 3. ) Son mari lui est

de beaucoup inférieur en style, en goût et en grâces. C'étoit le sentiment de Despréaux, qui disoit que Dacier n'étoit qu*un grammairien et que sa femme écrivoit mieux que lui. Il y a une anecdote assez particulière dans sa vie. Elle avoit épousé en premières noces un nommé Laisner, libraire de Saumur; elle étoit veuve de ce libraire lorsque monsieur Dacier, Tépousa, et cependant, elle a toujours passé pour une fille, jusqu'à la déclaration de son mariage avec Dacier, et a toujours mis à la tète de ses livres le nom de mademoiselle Lefèvre." J'ai su cette particularité d'un gentilhomme de Saumur, qui l'a vue avec son premier mari, et qui m'a conté rhistoire d'une galanterie avec un officier suisse, dont son mari étoit très-jaloux. L'amant le maltraita, et le mari mourut quelque temps après. Elle étoit déjà veuve, lorsqu'elle fit, en 1681, la traduction à^Anacréon^ dont Despréaux parle dans sa préface du sublime^ et où il l'appelle cette savante fille. [Jug. des savants, tome 3, 563, tome &, 654.) M. Baillet dit qu'il eût été à souhaiter qu'elle eût eu autant d'égard à la pudeur qu'à la curiosité des personnes de son sexe, qui ne savent point d'autres languesque la leur, quand elle leur a traduit les monuments de la galanterie et du libertinage d'une fille (de Sapho) que l'antiquité considéroit plus pour son esprit et sa délicatesse que pour sa sagesse etsa modestie. En 1686, M. Bailletj^dit (p? 754) : « Cette dame qui a changé de nom depuis peu. » Elle étoit pourtant mariée en 1678, ou on le disoit ainsi (t. 5, Jug. des s., 105). Son mari et elle ont été loués dans un édit, et c'est un honneur bien singulier. L'édit qui porte la réunion de la charge de garde du cabinet des livres du Louvre, dont étoit revêtu monsieur Dacier, à celle de garde de la bibliothèque du Roi ( du mois dejanvier 1720, registre au Parlement le 2 mars suivant), dit du mari a qu'il s'est acquis unegrande réputation par un grand nombre d'ouvrages dignes des éloges de toutes les nations » . Et de la femme, a quele Roi a bien voulu lui

marquer^ par une grâce singulière , V estime qu'il fait d'une personne qui a su joindre, à la vertu et à la modestie de son sexe, ce que les talents etPérudition, héréditaires danssa famille^ ontde plus distingué. » Cette grâce eslque, nonobstant la réunion, M. Dacier doit exercer la charge pendant sa vie, jouir de tous les droits et avoir son logement au Louvre, lui et sa femme; et dans le cas du décès de Tun ou de Fautre, le survivant en jouira; leur faisant de ce présent don par forme de récompense. Outre cela, monsieur l'abbé Bignon, garde de la bibliothèque du Roi, leur donne 30,000 livres pour le brevet de cette charge. Les polissons chantent dans les rues.

Pour ne vouloir pas vivre à l'écossoise

£d s'en allant, le Parlement a dit :

Il n'y a que six lieues de Paris à Pontoise , Il n'y a que six lieues de Pontoise à Paris.

Law. — Law est sorti du Palais-Royal et retourné chez lui, dans sa maison, rue Neuve des Petits-Champs, le dimanche 18.

Dacier. — Bayle, dans les Nouvelles de la république des lettres (novembre 1684, p. 976), annonce le mariage de monsieur et madame Dacier, fort plaisamment à sa manière. «Nous avons parlé souvent, dit-il, de mademoiselle Le Fèvre, dans le n** de ce mois, sans savoir qu'elle a perdu ce nom /à, depuis plus d'un an, par son mariage avec monsieur Dacier, qu'elle vient même de rendre père d'un garçon. Nous avons ajJpris ces deux circonstances en même temps, et ce n'est que d'aujourd'hui que nous les uvons apprises.» (Voyez surce mariage /a Bi6/. françoise, t. I, art. 2. ) Le voyage que monsieur et madame Dacier firent à Castres, la patrie du mari, peu après les noces, et le séjour qu'ils y font encore ont pu faire ignorer ce changement de condition. — Entre auteurs, on ne se regarde pas tant comme mariés ou comme pères que comme faisant des livres. La république des lettres n'entre point

dans les mariages ni dans les accouchements; ce sont des choses qui ne lui servent de rien. Aussi les nouvellistes de cet État-là n'en sont pas ponctuellement informés.

Suivant cette iVoMveWe, ils auroientété mariés en 1683, et cependant il est certain que la religieuse de Longchamp a plus de 40 ans. Aussi dit-on dans l'abbaye qu'elle y a été mise pour cacher sa naissance. La traductrice de Sapho et d'Anacréon devoit être instruite dans la galanterie ; on a pourtant immortalisé sa modestie et sa vertu par un édit.

Mardi, 20 août. — Parabère (1). — A la place de Law, madame de Parabère est venu4; loger au Palais-Royal ; elle est grosse à pleine ceinture, et est à la vue de tout le public, à rOpéra.et dans la propre maison de madame la duchesse d'Orléans, qui souffre tout cela sans rien dire. C'est une princesse d'un tempérament froid et tranquille, que rien ne trouble el qui ne fait que des filles.

Le Régent a pensé périr en passant le bac d'Asnières. La corde s'est rompue ; il a donné 300 fr. au baqueur, et veut que sa maltresse change de maison.

Marseille. — ^ L'étal de la ville de Marseille a touché la cour. On a envoyé quatre mille louis à M. le Bret, intendant de Provence, pour leur distribuer avec des petits billets et des remèdes. Les médecins ont fait ouvrir les corps morts; on les a trouvés pleins de vers. On a misées vers dans de l'eau froide, dans de l'eau chaude, dans du vinaigre, dans du vin, dans Teau-de-vie; ils ne sont pas morts. On les a mis, pour dernière expérience, dans du citron et de l'huile, ils sont morts, et les médecins croient avoirtrouvé un remède à cette maladie contagieuse qu'ils disent n'être pas la peste.

Princesse de Conti. — Madame la princesse de Conti est accouchée d'un prince. On l'a nommé prince de Mer-

ci) Voir, sur Madame de Parabère, notre livre des Maîtresses du Régent (Paris, Dentii, 1860).

cœur, du nom de la terre que M. le prince de Conti vient de retirer. C'est son troisième fils. Le premier est mort. Le deuxième est né le 12 août 1717 et s'appelle le comte de La Marche. Il a trois ans.

Forge. — Lamotte. — Il y a beaucoup de monde aux eaux de Forges et de très-jolies femmes. Madame de Prie y étoit. M. le Duc l'a été voir. Lamotte y a fait de froides chansons. Il n'a point trouvé là les eaux du sacré vallon. Ses chansons ne sont point venues à Paris, et Forges ne Ta point guéri de sa veine métaphysique.

Baillet. — On réimprime, par souscription, les Jugements des savants de Baillet, en 7 vol. in-i*». C'est un excellent ouvrage, dont M. Lamoignon devroit bien donner la suite, qu'il a dans sa bibliothèque et qui feroit un recueil complet de toute la littérature. Mais il craint les jésuites, qui n'y sont pas bien traités. Monsieur de la Monnoye travaille à rectifier les fautes de date et autres pareilles qui s'y «ont glissées, pour rendre l'ouvrage tout à fait exact. Ménage, dans son Anti-Baillet, y en a déjà remar* que quelques-unes. On donne 30 fr. d'abord et 40 fr, quand l'ouvrage sera fini.

Il n'y a point eu aujourd'hui d'assemblée à Pontoise, pour l'affaire de la constitution. Elle est remise à un autre Jour. Le bruit s'est répandu que le Parlement doit être rappelé vendredi prochain 23 août, et ce bruit se confirme de plus en plus.

Jésuites, tragédie. — La tragédie desjésuites s'est faite le 7 août ; on y a dansé le ballet de V Industrie^ que le public a appliqué au temps présent. La première entrée est l'industrie pour vivre, des fleurs, des montreurs de bêtes, des chantres du Pont-Neuf, de faux estropiés. La â*' est l'industrie pour s'enrichir, des Européens qui font commerce avecdes Américains, qui leur donnent de l'or pour des bagatelles, faux monnoyeurs, chercheurs de pierre philosophale, pays anschicaneurs, cabaretiers frelateurs. La troisième industrie pour s'élever, courtisans plagiaires.

petits-fils des Titans^ fausses armoiries, des officiers de guerre qui surprennent une ville. La 4® industrie pour sortir du danger. Ulysse qui crève l'œilàPolyphème, Grotius qui sort de prison dans un coffre^ sages qui contrefont les fous, vivants qui contrefont les morts. Ballet général. Apollon, Minerve, Cérès veulent rappeler les hommes aux voies du travail et de l'honneur, les hommes s'en moquent; et voilà le temps d'aujourd'hui, où l'honneur et le travail sont méprisés. Ainsi les Jésuites ont joué publiquement le Système, qui a introduit une nouvelle industrie, et c'est le comble de Timpudence. Us devroient se souvenir des avis qui leur ont été autrefois donnés sur le ballet du Luxembourg, dansé à la réception de l'archevêque d'Aix. Celui-ci mériteroit bien quelques avis(i).

Bayle. — Dictionnaire. — Prosper Marchand, libraire deRotterdam, qui s'est retiréà la Haye, m'a écrit unelettre du 13 août, où il me marque que l'on a envoyé un exemplaire du nouveau D/ciionnaire de Bayle à M. le Régent, et que tous les exemplaires en grand papier et la plus grande partie de ceux du petit sont partis pour Paris, où toute l'édition est vendue à un agioteur nommé Lagrange ,qui a beaucoup gagné au Mississipi. C'est ce qu'ils appellent réaliser. On achète des marchandises, des livres ^et de tontes sortes de drogues, pour ne point garder son papier. Que diroit Bayle, cet homme si simple et si ennemi de l'intérêt, s'il voyoit son Dictionnaire entre les mains des usuriers? Il ne croyoit pas travailler pour eux.

Mercredi 21. — Arrêts. — Tous les arrêts ne se publient pas au jour où ils sont rendus : aujourd'hui on en a publié plusieurs anciens et nouveaux.

(1) Les Jésuites donnaient des comédies. Le P. Ducerceaii se distinguait dans- cette spécialité (Voir son Théâtre à Vusage des collèges ^ pul)lié par le P. Adiq, Paris 1807), et nVvilait pas 'toujours des allusions comproitiettantes aux affaires du temps. Madame ( 1, 4iB ) raconte une de ces solennités.

Arrêt du 20 mai qui ordonne que les toiles et étoffes prohibées, confisquées, ne seront plus brûlées, mais que laCompagnieles fera vendre à l'étranger pour son profit, en payant les frais, gratifications et demeures.

Autre arrêt, du même jour, qui restreint le commerce de Mai*seille pour les toiles de coton, étoffes de soie , et écorces d'arbres.

Autre qui règle les droits des affinages et déports pour les tireurs d'or de Lyon et de Paris.

Autre, du 23 juillet, qui proroge jusqu'au premier janvier 1721 les délais accordés aux vassaux du Roi pour rendre les foi et hommage à cause de l'avènement à la couronne, parce que les motifs anciens subsistent toujours.

Arrêt, du 6 août, qui porte règlement entre la Compagnie et les marchands et habitants de la ville de Dieppe , au sujet de leurs salaisons de poisson, et qui les décharge du déchet des sels, et qui impose des peines aux fauxsauniers; entre autres, le nom des délinquants sera inscrit dans un tableau, qui sera apposé dans la salle des assemblées et dans le prétoire de la juridiction.

Arrêt, du 9 août, qui ordonne que les espèces de cuivre de valeur de 6**, qui avoient cours pour un double liard, vaudront 16**, et les Phenins de Strasbourg pour 12** en Alsace.

Autre arrêt, du 9 août, qui ordonne que tous les engagistes des domaines aliénés rapporteront leurs titres es mains des commissaires pour dernier délai avant le 1" novembre, passé lequel temps les domaines seront réunis , conformément à l'arrêt du conseil du 18 février 1720. On croyoit cette affaire assoupie et qu'on n'en parleroit plus. C'est un nouveau trouble dans les familles; car la réunion est générale et remonte aux aliénations faites de temps immémorial depuis rétablissement de la monarchie.

Régent au Louvre. — Le Régent prend un appartement

dans le Louvre, où il logera (1). Il dit que le Roi commence à devenir assez grand, pour lui faire sa cour, et qu'il veut être son premier courtisan et en donner l'exemple; et qu'il sera bien aise de Tinstruire, la veille des conseils, des affaires qui s'y doivent traiter. Il parolt qu'il veut voir de près ce qui se dit et se fait au Louvre. Il craint toujours la déclaration d'âge et de majorité, qui pourroit être pratiquée à son insu, et il ne se croit pas en sûreté au Palais- Royal, qui est une maison ouverte de tous les côtés, et où il y a plusieurs maisons qui ont des entrées. Ses ennemis font courir un quatrain abominable. Ce sont des vers tirés des Philippiques :

Nocher de la rive infernale, Prépare-toi sans t'effrayer A recevoir Tombre royale Que P... va l'envoyer.

Libelles. Lagrange. — Tout Paris est rempli de satires , de libelles , de chansons, et on commence à voir les PhilippiqueSy dont l'auteur est un nommé Lagrange, autrefois page de madame la princesse de Conti , qui a fait Asdrubaly mauvaise tragédie , et quelques opéras. Il est exilé, par lettre de cachet, pour une affaire qui lui est arrivée chez le duc de la Force, dont il étoit commis pour les finances. C'est contre lui que Rousseau a fait la chanson : Petit noble à chaumière y poudré d'amidon^ et qui finit par ces vers ;

Si l'esprit de Linière Te vient agiter, Ta sœur poulinière T'offre une matière, Tu peux la chanter.

Il avoit une sœur qui avoit des amans et qui avoit eu des enfants de monsieur de Pointis, chef d'escadre. Enfin

(1) Voir Barbier, 1. 1, p. 60.

la poésie et la colère de la lettre de cachet l'ont conduit à faire ces Philippiques, que l'on dit être très-emportées, etqu'on a montrés au Régent^ qui n'en doit pas demeurer là," On dit déjà Lagrange arrêté. L'esprit de Linière le conduira peut-être à la Grève, comme dit Dfespréaux (1).

Parodie. — On voit une parodie de la dernière scène de Mithridale, qui est un dialogue violemment satirique entre le Roi, M. le Duc et Law, et on ne comprend pas avec quelle hardiesse ces auteurs écrivent. Le Régent, à qui on l'a montrée, adit qu'ilyavoit de Tesprit, mais qu'il feroit mentir l'auteur (2).

Jeudi 22. — Yergieb assassiné. — Ce jour, entre onze heures et minuit, M. Vergier, commissaire général de marine , âgé de soixante et onze ou soixante-douze ans , autrefois connu sous le nom de Tabbé Vergier, a été assassiné à rentrée de la rue du Bout-du-Moride (2). On lui a dit : Est-ce vous, monsieur Vergier? Il a dit : Oui ; aussitôt on lui a tiré un coup de pistolet, qui lui a cassé Tépaule, et on lui a dit : Voilà pour toi, Simon. Il a crié au meurtre , et, dans le moment, trois ou quatre assassins l'ont percé de coups d'épée et de poignard, et l'ont laissé mort sur la place. On ne Ta point volé ; il avoit sur lui de l'argent et des billets de banque et une montre. Il a été porté à la Morgue et mourut le lendemain. Personne ne pénètre la cause de cet assassinat. C'étoit un très-galant homme , de beaucoup d'esprit , d'aimable conversation , et qui s'est distingué par une infinité de chansons, parodiées sur des airs de Lully, et par beaucoup de petits contes et lettres en vers et en prose , à la manière de La Fontaine, dont il avoit attrapé le caractère. Dans les

(1) Voir notre édition des Philippiqups ; Paris, Poulet-Malassis, 1858.

(2) Voir celte parodie aux Mémoires de Maurepas, 1. 1, p. 228.

(3) Cette rue s'appeUe aujourdMiui la rue du Cadran et unit les rues Montorgueil et Montmartre. Suivant Sainte-Foix, (Essais, t.I, p. 95), ce nom de Bout'dU'Monde venait d*une enseigne où l'on avait représenté un bouc, un duc et un monde.

OEuvres posthumes de ce poète , qui étoit son ami , on trouve une lettre de lui à La Fontaine et une de La Fontaine à lui. Il étoit encore alors abbé , et il y est nommé le beau berger Vergier, C'est lui qui a dit de La Fontaine :

II se promène , il va sans dessein , sans sujet, Il se lève au matin sans savoir pourquoi faire Et se couche le soir sans savoir d'ordinaire Ce que dans le jour il a fait.

Tous les gens de bon goût courent après ses chansons, dont quelques-unes sont imprimées dans les recueils de Ballard. On a ses contes et ses lettres en manuscrit (1). Il est le premier et Tunique dans ce genre , pour le sens, la linesse et la propriété heureuse des termes. Il étoit né sans biens ; mais étant devenu commissaire particulier, puis commissaire général de marine, il a gagné beaucoup et vivoit fort à son aise. Sa mort est bien malheureuse. Si sa muse avoit été satirique, on pourroit le soupçonner d'avoir chanté nos maîtres; maisc'étoit une muse douce et prudente. Il a dit dans une chanson :

Parle ici sans crainte,

Bois-y sans contrainte.

Voici le cri de la fidélité :

Sur les dieux et sur les rois silence; Tout le reste est mis dans notre balance.

Après tout, la poésie est un misérable talent, qui nuit presque toujours à celui qui le possède, et le berger Vergier pourroit bien avoir eu part aux Adieux du Parle^ ment, qui sont de bonne main. Cette mort s'éclaircira peut-être.

Revel. — Le comte de Revel (Broglio) est mort d'une

(1) Voir sur cette mort tlo poète Vergier, et sur ses Œuvre Barbier, 1, 221, les Mémoires de Maurepas, I, 229, 230, VHistoire de la vie et des oucr/iges de la i'ontainOf par Walckenaer, 2^ édition.

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indigestion. C'est lui qui pria le Régent, un jour, de le laisser entrer à son souper. Le Régent lui dit non-seulement d'y entrer, mais de venir souper avec lui : « Non , dit-il y il est nécessaire que je sois debout, car je serai . bien aise de voir Lambert assis. » Il vouloit se moquer du marquis de Lambert, homme de peu de mérite, que le Régent fait manger avec lui. Law parloit devant lui et beaucoup d'autres gens de son système ; il dit qu'il le trouvoit excellent; sur quoi Law, qui le croyait de bonne, foi, le cita pour exemple à toute l'assemblée; mais le comte reprit : « Je le trouve si bon que je l'ai toujours pratiqué, car, toute ma vie, j'ai fait des billets à tout le monde sans savoir comment je les payerais. » Le bon de la chose est qu'il disoit vrai et qu'il doit de tous les côtés.

Law. — 11 y a de la brouillerie avec Law. 11 est sorti du Palais-Royal. Il veut que Ton donne quelque argent aux honnêtes gens sur les billets de 100 fr. Le Régent a dit : (( J'ai pris ton système pour avoir l'argent et non pas le rendre. » M. le Duc le veut faire revenir et court après. 11 y a eu aussi de gros mots avec le Chancelier, au sujet de la Constitution. Il a dit au Régent qu'on ne pou voit enregistrer la nouvelle déclaration qu'aux conditions des premières Ze<^rc5-j>a(cn(e5enregistrées en 1714, et qu'alors il y eut un arrêt particulier que cet enregistrement n'auroit lieu qu'en cas que tous les évèques fussent unanimes. Le Régent, qui ne sa voit point cet arrêt, dont personne n'a ouï parler jusqu'à présent, en a été fort surpris, etadit au Chancelier que c'étoit un trigaud, et qu'on devoit l'avertir, dès le commencement de l'affaire, de cet arrêt. Le Chancelier a répondu que cela s'étoit fait du vivant du feu roi, qu'il Tavoit su, et qu'il en avoit été content. Si bien que voilà l'affaire encore accrochée , car il n'y peut avoir d'unanimité , puisqu'il y a 18 ou 20 évêques qui ne veulent ni de la Constitution ni du Corps de doctrine. Le Parlement ne veut point absolument enregistrer la déclaration, qu'il trouve contraire et aux ap- T. î. 26

pels qui ont été approuvés par plusieurs arrêts des différents parlements, et aux libertés de l'Église gallicane, selon lesquelles le Pape n'est point infaillible. Us disent que tous les évêques ne peuvent pas juger Tappel au concile et qu'il faut être en concile universel pour le juger. L'abbé Maffei, à présent Nonce, ne prend point part à tout cela, et attend avec patience tout ce qui arrivera de la déclaration.

Parlement. — Loin de rappeler le Parlement, on parle de le renvoyer à Blois, à Tours, ou à Poitiers, parce qtf il ne demande point à revenir et qu'il ne veut pas enregistrer le Corps de doctrine. On ne fait rien du tout à Pontoise, que faire grande chère , jouer et se promener, et ils vivent là dans une fraternité et une union merveilleuses. Ils s'aiment beaucoup plus, depuis qu'ils se connaissent, et contractent les mêmes sentiments , qu'il ne sera pas facile de leur ôter. De procès il n'en est pas question , ni à Pontoise ni à Paris. Les avocats et procureurs ne font rien du tout, et, hors quelques consultations, je suis tout à fait oisif.

Le jeune président de Maisons (1) épouse M"' de Ménstrs, petite-fille du président de Hénars et fille du marquis deMénars, son fils, colonel de cavalerie, homme peu considéré, et que le père tenoit dans une sorte de juridiction. La mère est Saligné, de Poitou.

Gageures angloises. — On parle de paris, ouverts en Angleterre, sur la prochaine mort du Régent. 11 a dit, à cette nouvelle : « Cela réveille ceux qui dorment. » Les Anglois sont grands parieurs, et viennent de gagner plus de cent millions de gageures contre Law, qui avoit parié que les actions d'Angleterre baisseroient plus qu'elle s ne hausseroient. Il avoit promis de donner deux pour

(1) Voir sur la famille de Maisons, si prénialurémeut décimée par la mort, et sur le jeune président, ami de Voltaire, Saint-Simon, t. VIJI, 23 et saiv.

cent quand elles baisseroient, il en a été la dupe, ou plutôt nous, qui payerons encore cette gageure-là sur nos biens. Quidquid délirant reges ?

M"* BE Chahollois (1). Law. — Le mariage de mademoiselle de CharoUois commence à se nier. La princesse n'aime point Law : il arriva, il y a quelques jours, à St- Haur ; on venoit de mettre des orangers sur une terrasse, proche l'appartement de Madçime la Duchesse, et on s'étoit servi d'une échelle qui y étoit encore. En le voyant arriver, elle s'empressa fort à faire ôter l'échelle, et dit à Madame la Duchesse, qui la grondoit sur cet empressement : « Belle maman, il faut la faire ôter, il prendroit, il prendroit cela pour une incivilité. » Et de rire.

Berlin. — Dans le chapitre des accidents, il n'y en a pas un plus triste que celui qui est arrivé à Berlin, le 12 de ce mois. Le feu a pris dans la Tour à poudre, sans qu'on sache comment. Elle a crevé en trois endroits qui l'ont fait voler en éclats et des boulets par toute la ville . Plusieurs personnes ont sauté en l'air ; des hôpitaux et églises enfoncés , les écoles des enfants des pauvres soldats ruinées et les enfants morts. Rien n'égale cette désolation, qui est proprement un siège intérieur et domestique, que la ville a souffert. A quoi les hommes ne sontils pas sujets? Le mal physique et le mal moral les persécutent , et la mort les attend encore au bout , sans compter les Law et leurs adhérents.

ViLLEROY. BouFFLERS. — Le marquis d'Alincourt (2), se-

(1) Voir sur cette spirituelle et galante princesse, mêlée à tous les scandales et à toutes les intrigues de la Régence et du règne de Louis XV, Barbier (I, 248, III, 18, 142, 198), les Mémoires de Richelieu, surtout La Vie privée (parFaur), U Correspondance de Madame {II, 103, 112, 152, 162,343), et les Mémoires de d'Argenson.

(2) François-Camille de Neufville de Villeroy , marquis, puis duc d'Alincourt, raestre de camp, mort en 1732. Voir sur ce jeune et brillant débauché, digne émule des Riom, des Gacé, des Soubise et des Richelieu, Barbier, t . I, 1 32 , 227, 276 , les Mémoires de Richelieu, d'Argenson et Madame (11, 374).

cond petit-fils du maréchal de Villeroy, épouse mademoi* selle de Boufflers, fille du maréchal-duc de ce nom. M. de Villeroy, toujours généreux, a envoyé son notaire chez la maréchale de Boufflers , et lui a dit de faire dresser le contrat de mariage comme il lui plairoit, et qu'elle étoit la maltresse de tous les articles. Le maréchal se fait plus aimer que jamais ; il a un petit cheval comme celui du Roi , il le suit partout , et a la meilleure grâce du monde à cheval. Mademoiselle de CharoUois, qu'il est venu voir, l'a reconduit jusqu'à son carrosse, de quoi le maréchal étant confus, elle lui a dit : (c Je sais bien que vous n'attendez pas cela de moi ; mais je vous honore et vous estime tant que je passe par -dessus toutes considérations pour vous le prouver. » — ' Cela l'ait enrager le Palais-Royal et la Compagnie, qui n'aiment point le maréchal, et que le maréchal n'aime point. o

Samedi 2k» — Le feu d'artifice préparé dans les Tuileries pour la fête du Roi , et le concert qui se donne ce jour-là, ont été remis au lundi 26, à cause de la pluie, qui a duré toute la journée.

Dimanche 25. — Fête du Roi. — Les Carmes de la place Maubert sont venus dire la messe au Louvre , avec une procession où étoit la ville, à Tordinaire. J'ai vu les PhilippiqueSy qui sont trois odes fort longues. La première, de 340 vers, qui conduit la Régence jusqu'en 1718. La deuxièûie, de 240 vers, où il est parlé de ce qui s'est pas3é , en 1718 et du lit de justice, et la troisième, de 130 vers, qui est une invective violente contre les débauches de la Cour. Les rimes en sont excellentes, le tour très-poélique, et le tout d'une malignité affreuse. Il y a dans la première Ode que :

L'imitateur des Corneilles Gémit au fond du Périgord.

C'est Lagrange lui-même, auteur soupçonné de ces odes,

qui étoit exilé en Périgord , qui s'est loué et démasqué , et il ajoute:

Et quoiqu'atteJDt de mille crimes Celui dont on craint peu les rimes *Ne craindra point le même sort.

Et .on a mis à côté le nom de Saurin po\ir faire croire que c'est Rousseau, ennemi de Saurin^ qui a fait ces odes. Je les lui donnerois volontiers, à cause de la force et de la malignité et du tour ; mais la voix publique les a données à Lagrange, qui s'est encore découvert, par les strophes satiriques contre le duc de la Force, chez qui il a pris la querelle qui a causé son exil. J'ai su de plus, de monsieur le comte de Verchin, que ce Lagrange lui avoit envoyé, du Périgord, une satire imprimée contre le duc de la Force, il y a deux ou trois ans, qu'il lui renvoya par la poste, avec le conseil de la supprimer. Et apparemment il a fait passer son fiel contre le duc dans ces Philippin queSj où il est assez mal placé. Le bruit court qu'il a été arrêté et jeté dans le Rhône, Il n'y a pas grand mal

Que de ces insolents l'engeance toute entière Aille, la tête en bas, rimer dans la rivière (t).

Marseille. — La peste de Marseille a gagné les terres. On commence à craindre pour la Provence. 6,000 paysans gardent la Durance pour les François ; le duc de Savoie fait garder le Var. A Barcelone on a défendu toute correspondance avec Marseille, et ainsi de tous les pays étrangers , ce qui va ruiner le commerce de cette ville.

Jésuites. — La Chine. — On avoit envoyé deux missionnaires à la Chine dès le mois de février 1719. Ils sont mortsde fièvre maligne, en chemin, dans un endroit où les Jésuites sont curés. Les Jésuites les ont voulu

(1) Voir notre édition des Philippiques; Paris, Poulet-Malassis, 1858.

obliger d'accepter la Constitution en mourant , ce qu'ils ont refusé, et les R. P. leur ont aussi refusé la sépulture dans leur église; pendant qu'eux, Jésuites , n'ont point accepté le décret du Pape Ex illa die, sur les cérémonies chinoises. Ainsi , ils se jouent des Papel^ et de leurs bulles comme il leur plaît et selon qu'elles leur conviennent. C'est un abbé Cordero, qui étoit au cardinal de Tournon, qui vient d'apporter cette nouvelle. Cet abbé , devoit donner une lettre à l'empereur de la Chine, de la part du Pape, pour le prier de laisser exécuter le décret du cardinal sur les cultes chinois. Les Jésuites, qui l'ont su, l'ont fait embarquer une belle nuit et l'ont fait sortir de la Chine.

Lundi 26. — Le feu a été tiré aux Tuileries. Il a été trouvé très-beau ; il a duré trois quarts d'heure, et il y a eu un monde infini ; mais on ne s'y est pas étouffé, comme Tannée passée, quoique ce soit Tannée des étouffés.

Mardi 27. — Place de l'hôtel de Soissons. — Ordondonnance du lieutenant de police qui porte qu'on ne s'assemblera plus à Thôtel de Soissons , pour le négoce du papier, que depuis 9 heures jusqu'à 1 après midi , et qui défend d'y établir aucun café ni cabaret , d'y vendre aucunes tabatières, cannes, mouchoirs ni autres marchandises, et à tous ouvriers colporteurs et laquais d'y entrer, à peine de prison. On veut éviter le feu et les lumières qu'il faudroit avoir, l'après-dlnée, pendant les jours courts.

J'ai acheté une demi-action avec un de mes amis qui a acheté l'autre moitié ; le total 4,4.80. Puis, nous avons converti à là Banque cette action, avec deux autres que nous avions et nous en avons eu deux remplies. Il ne nous en a coûté que chacun 2,240 fr. au lieu qu'il eût fallu donner chacun 3,000 fr. de supplément. On est agioteur malgré soi. Omnis honesta ratio expediendi salutis.

Le billet de 100 fr. perd 34, celui de 1,000 perd 45, celui de 10 ne donne que 7.

Arrêt du 25 qui ordonne que les billets de banque ne

seront plus reçus que pour leur valeur, et sans aucune plus-value, en payement des impositions (quatre sols pour livre) et des droits sujets aux quatre sols pour livre ; lesquels quatre sols pour livre seront payés en entier. On retire peu à peu la faveur des billets que l'on veut faire tomber. Les arrêts des 29 janvier, 5 mars et 4 juin 1720, qui avoient donné la valeur de 110 fr. au billet de 100 fr. pour les droits du Roi, sont révoqués.

Augmentation de gages. — Arrêt du 25 qui ordonne que faute d'avoir reçu par les propriétaires le remboursement des augmentations de gages, gages héréditaires et rentes sur les greffes , etc., les dites parties seront réduites sur le pied du denier 50 seulement danjs les' États du Roi, où elles seront rétablies. (]omme e^ussi celles dont les quittances sont passées et les décharges du contrôle faites et qui n'ont point encore été revues seront aussi rétablies sur le même pied du denier 50, avec mention sur ces quittances. Le motif de Tarrêt est que le Roi veut retirer tous les billets de banque, et qu'en faisant ces remboursements, il en faudroit distribuer de nouveaux. Mais il n'y a qu'à payer en argent , et on ne sera point obligé de donner de nouveaux billets.

Arrêt du conseil qui règle la vente, à Nantes et à Saint- Malo, de trois vaisseaux de la compagnie [la Paixy le Comte de Toulouse^ Les Deux Couronnes ; ces vaisseaux sont arrivés en juin et juillet), etqui ordonne que le payement s'en fera en. Comptes en banque. Plusieurs personnes ont pris de ces comptes et sont parties pour acheter des marchandises de ces vaisseaux et ainsi réaliser leur papier. On devient marchand et on est de tout métier pour vivre. Il doit être fait un inventaire en 3 chapitres : 1° Des toiles de coton blanches et mousselines qui seront vendues dans le royaume. 2*^ Des drogueries et épiceries. Z"" Des étoffes des Indes et toiles peintes et rayées, qui seront transportées àTétrangeret mises en entrepôts. L'arrêt fait un grand règlement pour ces dernières et pour les toiles blanches.

Arrêt du 16, qui règle le payement définitif des dettes des vivres, fourrages et étapes. Délai jusqu'au 1*' octobre pour la représentation des billets, passé lequel toutes les créances nulles.

Chandelle. Suif. — Ordonnance de police, du 23 août, qui fixe le prix de la mesure de suif à 55 sous et de la livre dechandelle à 12 sous. H y est ditque depuis l'ordonnance du 2 août sur la vente des suifs et chandelles, les déclarations se sont montées, le jeudi 22, à 13,000 mesures de suif, au lieu que les précédentes n'étoient que de 2 à 3,000. Preuve du monopole et de la fraude.

V Café. — Arrêt du 27 août , qui permet aux Malouins de vendre 1,500 balles de café venant de Moka, dans le vaisseau la Paix, et défend de faire sortir aucun café hors du royaume, pour quelque cause que ce soit, jusqu'à ce qu'il en soit autrement ordonné. Cet arrêt a été nécessaire parce qu'on ne vend jamais en France que le café venant par Marseille, et tout autre café, venantdans les ports del'Océan, se revend à l'étranger. Mais comme le café se trouve rare et d'un prix excessif de 12 fr. la livre et que le commerce de Marseille est interdit, à cause de la peste, le conseil a donné cette permission, à condition de payer . les mêmes droits qui se payent à Marseille.

Jeudi 29. — Arrêt en faveur de la Compagnie des Indes, qui nomme M. le duc d'Orléans, Régent, gouverneur perpétuel de la Compagnie. (Gouverneur est le titre des pays étrangers en matière de Compagnie. ) Les directeurs réduits à 24- au lieu de 40 , les honoraires à 20,000 fr. chacun. Ils auront chacun 200 actions déposées et en comptes sur les livres dont ils ne pourront disposer. Il sera établi un conseil pour la régie et administration générale. Le sieur Law, directeur général de la Compagnie, Banque, et rapporteur à ce conseil . Pour avoir voix aux assemblées générales, il faudra avoir 50 actions remplies et en compte ouvert, et on aura autant de voix qu'on aura de fois 50 actions. Permis aux actionnaires de changer les

directeurs. Les directeurs ne seront point contraints en leur personne et biens, mais seulement tenus de leur fait personnel (1). Pour faire cesser les bruits des malintentionnés^ le Roi déclare, com me il a déjà fait, que les actionnaires de la Compagnie ne pourront, en aucun temps, et sous quelques prétextes que ce soit, être taxés pour raison des profits qu'ils ont faits ou pourront faire dans ladite Compagnie. Les fonctions des commissaires du conseil nommés par la Banque et la Compagnie cesseront, du jour de la publication de Varrêt.

Cet arrêt n'a été rendu qu'après bien descabales. Le dessein étoitprisde faire une taxe. Le rôle dressé montoità plus de 12 milliards, mais Fintrigue des grands Mississipiens l'a emporté, et le rôle a été si bien supprimé que Tarrêt porte : Exemption de taxe pour toujours. Je me suis trouvé le 28 chez une dame, amie de M. le Duc (2), où vinrent plusieurs seigneurs très-alarmés, et entre autres M. de Brancas, dont le fils a épousé la fille d'André, MJssissipien, qui cherchoit à rompre le coup de la taxe, et ils en sont venus à bout. Cette dame m'a écrit aujourd'hui un petit billet. « Je compte que vous serez riche si vous avez des actions. C'est tout, mon cher ami, ce que je puis vous dire. >) (La prédiction a été fausse).

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