DU PARLEMENT A PONTOISE. — LETTRES DE CACHET
— On a appris sur le soir que les Mousquetaires , les Gardes du corps, et le régiment des Gardes étoient commandés pour la nuit. Cela a fait, beaucoup parler et on ne savoit à qui on. en vouloit. Le matin du 21, on a été bien surpris d'apprendre que le Parlement étoit transféré à Pontoise (1), que les officiers des Mousquetaires avoient été employés à porter toute la nuit et le matin des. lettres de cachet à chacun des présidents et conseillers pour leur ordonner de sortir de Paris dans deux fois vingt-quatre heures; que le Palais étoit investi dedans et dehors par les Gardes du corps, Mousquetaires et autres troupes qui empêchoient qu'on n'y entrât et qu'on n'y fit aucunes assemblées, qu'ils s'étoient même saisis des clefs des greffes, et qu'il y avoit une grande consternation dans Paris, qui raisonne sur cet événement selon ses différents intérêts. Le bruits'est répandu que P. de
(!) Voir sur celte translation Saint Simon, XF, 323 et suiv, Lemontey, 1. 1, p. 33â. Barbier,!, 5(, 92,
Conti étoit arrêté (1)^ mais on n'a pas songé à lui. Le Régent en a fait part au Roi le matin du dimanche^ en lui disant que cela avoit été nécessaire pour son intérêt et celui de l'État, parce que le Parlement éloit rebelle à son autorité (2). Le Roi n'a rien dit. Voici la lettre de cachet.
a Monsieur^ ayant pour de bonnes considérations résolu de transférer ma cour de Parlement de Paris en la ville de Pontoise, je vous fais cette lettre de Tavis de mon oncle le duc d'Orléans, Régent/ pour vous enjoindre et ordonner de vous y transporter, toutes affaires cessantes, dans deux fois vingt-quatre heures, pour y rendre IdL justice à votre ordinaire, en vertu de la déclaration qui y sera envoyée. Vous faisant cependant défenses de vous assembler nulle part ailleurs, sous quelque prétexte que ce soit, sous peine de désobéissance et de privation de votre charge. Et la présente n'étant à autre fin, je prie Dieu qu'il vous ait, Monsieur. . . , en sa sainte garde. Écrit à Paris, le 20 juillet 1720 ; signé Louis ; » et plus bas Phelipeaux. Et sur la suscription : « A Monsieur..., conseiller en ma cour de parlement de Paris. » La lettre est gravée.
Le Parlement s'est disposé aussitôt à obéir à cet ordre. Chacun a reçu sa lettre avec respect et en a donné un reçu à l'officier porteur. Il y en a eu de données à des maîtres des requêtes que l'on a crus encore conseillers, parce qu'on a suivi la liste de VAlmanach royal, depuis laquelle il est arrivé des changements. Ceux qui n'étoient point sur la liste ont eu un ordre verbal.
(1) « Il parle fortement pour le peuple dans le conseil. » Voir sur la popularité passagère de ce prince, moins un politique qu^un brouillon, Barbier, I, 53.
(2) Voir sur les motifs de la translation, Saint-Simon et Barbier. « La dis- « pute qui est à présent, dit Barbier, est que le Régent veut supprimer une « seconde fois les rentes sur la viUe , créées depuis deux jours, et en faire la « conversion en actions, et que le Parlement enregistre rétablissement de la « Banque et de la compagnie des Indes. Le Parlement ne veut point entendre « à cela, etc. » (I, 50.)
Les politiques disent que cette translation n'a pas pour cause les derniers refus du Parlement^ mais qu'il la faut placer plus haut, c'est-à-dire aux desseins d'&ger le Roi et de déposer le Régent, qui, se voyant obligé ou défaire sortir le Roi de Paris, de peur qu'on n'abusât de sa présence, ou de faire sortir le Parlement, afin qu'on n'eût pas recours à lui pour exécuter ce dessein, a mieux aimé sacrifier le Parlement et l'envoyer hors Paris. Cela peut être vrai, car ce que le Parlement vient de faire, dans ses conférences et assemblées, ne méritoit pas la peine de la translation, n'ayant |opposé que des raisons trè^-plausibles aux propositions et débouchements des billets. Il y a donc quelque autre crime caché.
Law, qui est au Palais-Royal, a paru à l'Opéra dans la loge du Régent. Impudence angloise.
Lundi 2'^. — M. le premier Président est parti avec sa famille, M. etM'"'^de Lautrecet M"* de Mesme, son gendre et ses filles, pour Pontoise, dès huit heures du matin. Tons les autres présidents et conseillers sont partis de leur côté. Bien des femmes suivent leurs maris. Madame de Lamoignon, madame de Chauvelin, présidentes à mortier et autres. La moitié de Paris pleure ce départ et reproche au , Chancelier d'avoir approuvé cette translation, lui qui a été si longtemps dans la compagnie avocat général, procureur général, et qui a toujours passé pour vertueux. Homo factus est.
Les troupes des Gardes du corps et Mousquetaires sont toujours dans le Palais et en empêchent l'entrée. Ils ont couché dans les chambres des enquêtes et des requêtes, sur les sièges, faute de lits. Les boutiques n'ont point été ouvertes. Il y a des tables au milieu de la grande salle, où on mange et où on se réjouit.
Les requêtes de Thôtel ont voulu tenir leur audience ; il ne s'y est trouvé aucun avocat ni procureur, non plus que dans les autres juridictions du Palais, et l'audience ne s'est point tenue.
On a fait venir des troupes auprès de Paris. 11 y a un camp au bout du pont de Charenton.
Arrêt DU 32 juillet. — Banque. — Ce jour, onapublié plusieurs arrètsdu Conseil; un daté du 19 juillet^ qui permet aux tuteurs, curateurs, maris et autres dépositaires d'employer en rentes sur la ville au denier 40 les fonds qu'ils peuvent et pourront avoir en leurs mains, appartenant aux mineurs, interdits, femmes et absents, moyennant quoi ils seront bien déchargés, et permet aussi aux maris de faire les conversions en l'absence de leurs femmes, etc. Cet arrêt engage les femmes à prendre un emploi qu^elles n'auront pas consenti, ce qui est contraire à la coutume. Arrêt. Compagnie des Indes, 18 raillions de rentes. Arrêt du 21 juillet par lequel le Roi remet dans les mains delà Compagnie des Indes les 18 millions de rente qu'elle lui avoit rétrocédés par l'arrêt du 20 juin, à la charge de retirer 600 millions de billets de banque en la forme portée parTédit de ce mois. Oo n'a point encore vu cet édit; c'est celui que le Parlement a refusé. Le motif de l'arrêt est que les 25 millions de rentes sur la ville et les autres débouchements sont plus que suffisants pour les billets et les recéj^issés , qui sont dans le public , et qu'il est juste que les 600 millions que la Compagnie doit retirer produisent un bénéfice qui puisse con tribuer a former les répartitions et dividendes. Voilà l'arrangement projeté qui commence à se faire.
Arrêt. — Espèces. — Autre arrêt du 16 juillet, qui lève les défenses portées en l'article 7 de Tarrèt du 22 avril 1719, et permet àtous voituriers, messagers et autres de se charger de toutes sortes d'espèces pour faire entrer dans le royaume ou pour transporter d'une ville à l'autre.
On a aussi publié une instruction pour la manière de tenir les comptes ouverts et pour les virements, aux termes de l'arrêt du 13 juillet.
Billets perdus. — La Compagnie fait la conversion des actions de trois en deux, suivant l'arrêt du 20 juin. Tout le
monde y court en foule. L'action est à 4,560 ; le billet perd 45 et 50/100.
On doit ouvrir les séances à Pontoise le 24 et y enregistrer la déclaration qui transfère.
Arrêt pour la compagnie. — tabac. — Arrêt daté du 22 juillet, renduen faveur de la Compagnie des Indes, qui la confirme dans la ferme du tabac etdroit d'entrée, dans le profit de la fabrication des monnaies, dans la ferme générale etla recelte générale des finances, et qui permet d'acheter, vendreet converser les actionscomme marchan^ diseSj sans qu'il .puisse être fait aucune recherche ni taxe pour raison des profits faits et à faire à l'occasion dés dites actions, suivant l'art. 36 de Tédit d'août 1717. Cet arrêta été rendu à cause des bruits répandus qu'on allbit faire de grosses taxes sur les agioteurs et les mississipiens, qui dorment présentement en repos sur leurs millions. Il a été publié le 23 sur les deux heures après midi.
Le cardinal de Retz dit dans ses Mémoire!^ (t. I. 337) une chose que Ton peut appliquer à ce temps-ci : a si le Parlement travaille à la ruine de l'État, ce n'est pas qu'il ait intention de le ruiner; nul n'a plus d'intérêt au maintien de Faulorité royale que les officiers, et il faut reconnoltre de bonne foi que lorsque les compagnies souveraines font du mal, ce n'est que parce qu'elles ne savent pas bien faire le bien même qu'elles veulent. » Il dit ailleurs que c'est un corps de plus de 200 têtes qui n'est capable ni de gouverner, ni d'être gouverné (1).
Pontoise. — Depuis le départ du Parlement, les actions sont montées jusqu'à 5,600 et 5,700 fr.
I-iC premier Président est arrivé à Pontoise à quatre heures du soir; il a couché en chemin chez M. de Ravignan son parent. Il est logé à Tabbaye de Saint- Martin.
J'ai appris aujourd'hui que le Chancelier n'a point
(l) Voir sur le Parlement et son impuissance politique les réflexions de Barbier^ 1, 7i.
scellé la déclaration de translation du Parlement àPontoise, et que, sur sonrefus, le Régentl'a scellée lui-même et lui a ensuite rendu les sceaux (1). Pas un des présidents ni des conseillers n'a vu le Chancelier avant de partir.
Chancelier. — Exil du P. — Les lettres de cachet ont été gravées dans la Bastille (burinées par Colombat)^ par un graveur que M. Leblanc y a fait enfermer avec ses outils, pour garder un très-grand secret, qui étoit nécessaire dans cette occasion. Le burin a été fait à sec afin que l'on pût écrire plus aisément sur le papier, où il falloit remplir les noms et mettre la signature du Roi, celle de M. Phelipeaux (De la Vrillière) et la subscription.
Les Mousquetaires sont toujours dans le Palais , où ils gardent les portes des chambres et des greffes. Le régiment des Gardes n'y est plus. On craint pour les registres, d'où on pourra tirer tout ce que l'on voudra, et supprimer ce qui sera contraire à la Régence.
On dit du Chancelier : Et habilavit in nobis^ et du Garde des sceaux : Passus et sepultus est,
DoDUN. — M. Dodun a trouvé des oppositions aux provisions de sa charge de maître des requêtes, parce qu'il a été nommé intendant avant d'être maître des requêtes ; ce que cette compagnie prétend empêcher. Il rentre dans sa charge de président, et veut aller à Pontoise, où il ne sera regardé que comme un espion.
Un directeur de la Banque (Gelli de Montault) a dit tout haut, aux Tuileries, sur ce que l'on disoit que Pontoise nepouvoit pas contenir tout le Parlement, qu'il y en avoit plus de quarante qui n'y resteroient pas, et qu'on envoyeroit ailleurs. C'est une grande indiscrétion, s'il en aie secret, et une grande sottise s'il ne l'a pas.
Madame de Torcy passant le bac à Brie, les paysans, qui crurent que c'étoit madame Law, à cause de ses
(1) Barbier, 1. 1, p. 55.
livrées rouges, voulurent la jeter àTeau.M. deTorcyleup dit : « Mes enfants, c'est ma femme, ce n'est pas madame Law. » Ils dirent : « Je laconnoissons bien laLaw, la femme de Law, aile a une tache à la joue et je la voulons voir de près. » Madame de ïorcy s'est montrée à ces gens, qui l'ont laissée passer, quand ils ont vu qu'elle n'étoit poiiit tachée ; sans cela ils l'auroient noyée.
MM. du Parlement sont très-mal à leur aise à Pon toise; ils sontTun sur l'autre dans de petites maisons d'artisans et de bourgeois, où ils manquent de tout. Je connois deux conseillers qui auroient couché sans souper, s'ils n'avoient porté avec eux des cervelats de Paris.
Mousquetaires au palais. — Les Mousquetaires se sont réjouis très-indécemment à faire le procès au chien du buvetier ( Pincemaille) qu'ils ont pendu, avec sa grâce au cou. Us ont fait les présidents, les conseillers, les avocats, les greffiers, et enfin tenu un Parlement ridicule dans le sanctuaire même de la justice, qu'ils ont profané (1).
Edit. Compagnie perpétuelle. 600 millions. — Jeudi, 25 juillet. — {Fête de Saint-Jacques). Ce jour, on a publié l'édit qui accorde à la Compagnie des Indes la jouissance à perpétuité de tous les droits et privilèges concernant son commerce, à la charge de retirer, de mois en mois, à commencer du 1*' août prochain, à raison de 50 millions par mois, et ce, par les voies qui seront trouvées les plus convenables, jusqu^à concurrence de 600 millions de billets, en cas qu'il s'en trouve autant après les débouchements ci-devant indiqués ; en sort^ qu'au 1" août 1721, il ne reste aucun de ces billets dans le commerce. Et avec cetédit, a été publié l'arrêt du 21 juillet, qui ordonne qu'il sera réputé et tenu poiu* enregistré en public , conformément à l'article 3 du titre
(1) Barbier, 1. 1, p. 65. — Voltaire, Histoire du Parlement, XXXVI,
premier de Tordonnance 1667 et aux lettres patentes du 26 août 1718.
Cet arrêt porte que le Parlement de Paris ayant délibéré^ le 17 du présent mois^ ce qiAê S. M. seroit trés-humblemmt suppliée de tetirer son édit, sans même arrêter quHl lui seroit fait de trés-humhles remontrances ; et ce refus étant directmimt ccmtrairei, Tordonnance de 1667 et Lettres patentes du 26 août 1718; à quoi étant nécessaire de pourvoir pour l'exécution d'un édit qui ne tend qu'au soulagement des sujets de S. M. le Roi^ etc. » On a mis l'article 3 du titre 1" de Tordonnance de 1667, et cet article n'est pas le point. C'est donc là la cause ou le prétexte de la translation du Parlement, d'avoir refusé cet édit sans faire aucune remontrance. L'édit contient Ib articles très-simples qui expliquent l'étendue du commerce de la compagnie àla Louisiane, au Sénégal, aux Indes Orientales, Chine et Japon^ mers du Sud, côtes d'Afrique, et qui la maintiennent dans le privilège exclusif et perpétuel, sans jparler des autres choses à elles attribuées qui n'ont qu'un temps et dont il est parlé dans Tarrèt du 23 juillet. Dans cet édit, les billets ne sont point nommés billets de banque, mais simplement billets, et tout y parolt bien ménagé; mais le Parlement a craint ces voies qui seront troutie$ les plus convenables y que l'on n'a pas voulu expliquer, et que l'enregistrement ne fût une approbation des autres choses accordées à la compagnie pour un temps; comme la monnoie, les fermes générales, etc., qu'il n'a jamais voulu reconnoltre.
Traitslatiott de 1652. — L'histoire marque que le Parlement fut transféré à Pontoise par déclaration du 6 août 1652; mais le Roi étoit alors majeur. Il étoit à Pontoise, il appela son Parlement auprès de lui, et cependant il n'y alla que quatorze officiers, tant présidents que conseillers; MM. Mole, de Novion, deMesme et le Coigneuxy allèrent, et ils eurent des pensions du Roi, qui sont restées dans leur famille, qu'on appelle pensions de Pontoise,
34a MÉMOIRES DE MATHIEU MARAIS.
Ces pensions ont été retirées sous le ministère du cardinal Fleury, qui est avare. La cause de cette translation étoit importante. Par un arrêt du 20 juillet précédent, le Parlement avoit déclaré que le Roi étoit prisonnier entre lesmainsduCMazarin, et avoit nommé Monsieur (Gaston) pour lieutenant général du Roi, tant que le cardinal seroit en France. C'étoit comme un second Roi que le Parlement avoit fait. Hors ces ik^ tout le Parlement resta à Paris , et cassoit tout ce que faisoit celui de Pontoise. il parut deux ouvrages pour le Parlement de Paris , en ce temps là. C'étoit : V Les raisons ou motifs pour la nullité du prétendu Parlement de Pontoise , ensemble Varrèt de la cour du Parlement contre les. officiers du nouveau Parlement^ du 9 août, in-^*", à Paris, chez Choqueux.
â^ De la nature et qualité du parlement de Paris ; et quil ne peut être interdit ni transféré hors la capitale duroyaume pour quelque cause ni prétexte que ce soit, à Paris, 1652. Breveray, in-4**.
On fit encore d'autres pièces qu'on peut voir dans la Bibliothèque du P. Lelong ; et cela se termina par une Déclaration du Roi qui rétablit le Parlement à Paris, le 22 octobre 1652 , régis trée et publiée dans un lit de justice tenu à ce sujet au Louvre, avec un édit d'amnistie (Lit de justice au Louvre, le 22 octobre 1652, — card. de Retz 178, 210). Voyez les Mémoires du cardinal de Retz au dernier titre, où il explique très-vivement ce qui se passa alors à Pontoise et à Paris.
Cbancelieb. — Le Chancelier a dit qu'il falloil sacrifier, en certaines occasions, sa réputation au public , mais qu'il seroit bientôt justifié. Cependant, on regarde comme une comédie d'avoir. rendu les sceaux d'une main, pour ne point sceller la translation, et de les avoir repris de l'autre, après qu'elle a été scellée. On cite un Chancelier de France qui, en pareil cas, dit : Ils sont pollués^ et n^en voulut plus. Et un chancelier en Angleterre qui eut la tète
tranchée pour les avoir abandonnés au Roi^ qui en fit ce qu'il voulut, et pour les avoirrepris ensuite (1).
Congrès. — Les puissances qui ont conclu la Quadruple Alliance sont enfin convenues de la ville de Cambrai pour y tenir le congrès.
Constitution. — L'accommodement de la Constitution traîne. Le C. de Bissi, zélé pour la cour de Rome, veut qu'on retranche, dans les lettres patentes, ce qui est favorable aux appels. On dit que le Pape demande qu'on lui envoie le Corps de doctrine ei\es autres actes avant que de rien publier. Le Parlement de Pontoîse n'entendra pas sitôt parler de cette affaire-là.
Avocats COUVERTS en lisant des citations. — Avant la translation, ilétoit arrivé une dispute entre lesjugeset les avocats. Goguet, avocat, lisoit à la première des requêtes (le P. Reliant président) une citation d'auteur, et il étoit couvert.
Le P. lui dit : g Goguet, vous lisez et vous êtes couvert. » Blaru, avocat, le plus ancien de ceux qui étoient au barreau, dit que c'étoit l'usage. Le Président continua la cause au premier jour. Le lendemain, Aubry, neveu de Blaru, fit la même chose à la même Chambre. Le P. lui dit : «Vous lisez couvert. » Il répondit : «Monsieur, je ne fais que ce que je fais tous les jours quand j'ai la parole à la Grand-Chambre. » Le P. continua la cause au premier jour, et, à l'instant, tous les avocats qui étoient au barreau s'en allèrent, et l'audience resta seule. Le P. en ayant porté ses plaintes au Parquet, les avocats ont été maintenus dans le droit de lire les citations couverts, à la différence des pièces qu'ils lisent découverts, parce qu'en ce point ils représententles procureurs, qui seuls, autrefois, lisoientles pièces dont ils ne se dessaisissoient point; mais cela ayant été trouvé incommode, ils les ont confiées aux avocats
(1) Tiiom. Moriis.
qui se découvrent quand ils les lisent^ ainsi quand ils lisent les ordonnances des rois. Du reste , ils demeurent toujours couverts, et c'est Thonneur de leur profession.
Translation DU P. de 1649 et 1652. — Ouvrage sur cela. Vendredi 26. — J'ai vu à la bibliothèque de l'oratoire de Saint-Honoré un recueil fait en 1652 de plusieurs pièces où se trouve le traité : De la nature et qualité du Parlementy etc., en sept sections, 72 p. in-i». Je le crois de la main de M. JoUy. Il y a de très-belles recherches.
Son principe est que le Parlement est aussi ancien que la couronne et la monarchie; que son établissement est une des lois fondamentales de l'État, pour être plutôt né avec la royauté que non pas institué d^elle ni par eUe ; que les rois ne peuvent toucher aux lois fondamentales et qu^ainsi le Parlement ne peut être interdit ni transféré davantage ; que le Parlement étant sédentaire et perpétuel , il ne peut être intçrdit ni transféré sans .quitter son nom, et renoncer à la qualité et stabilité de son institution; q^e ddd est bon au Conseil privé et au Grand Conseil y qui lï'ont point de territoire ni de sièges arrêtés. Ljsurs chaises pliantes et mobiles sont toujours en état de marcher avec leurs personnes et leurs charges ambulatoires *, où les bancs continuels et cramponnés des, parlements ne quittent plus les murailles qui les soutiennent et ne sortent jamais des lieux où nos majeurs les ont une fois placés. Autrement, quelle confusion et quel chaos si un million de plaideurs étoient obligés de suivre leurs juges et leurs magistrats tantôt dans une ville et tantôt dans une autre, d'un bout du royaume à l'autre et traîner mille chariots de registres et de papiers importants qui seroit rompre la société civile , exposer tous leurs biens et leurs fortunes aux dangers des chemins et faire des vagabonds de tant de bons citoyens qui sont unis et attachés à leurs femmes et à leurs enfants, sans trouble et sans inquiétude?
Chopin (1) {Du Domainey liv. 2, titre 15, n° 6), parlant de la nature de Paris dit que : Philippe le Bel donna et assigna le Palais-Royal pour y exercer perpétuellement la souveraine justice, et rendre son parlement de France, fixe, arrêté, sédentaire, qui avoit été auparavant ambulatoire. Dans les remontrances de 1615, il y a : ce II ne se trouve aucune institution particulière de votre Parlement ainsi que de vos autres cours souveraines qui ont été depuis érigées, comme tenant votre Parlement. Il tient la place du conseil des princes et barons qui, de toute ancienneté, étoient près les personnes des-rois nés avec F État. Un Parlement (Chopin, ibid., n** 11 ) ne peut pas être mis dans une ville d'apanage, ce que Chopin confirme par l'exemple de Louis XI, qui bailloit, à titre d'apanage, à Charles, son frère, le duché de Guyenne en 1469. Le parlement de Bordeaux fut soudain transféré à Poitiers, et y demeura trois ans, tant que vécut l'apanage, et en 1540, François P"" ayant délaîasé à Henri, soù fils, la jouissaniûe dé la Bretagne avec le Parlement et la chancellerie, le Parlement de Paris, en vérifiant les lettres , ajouta cette clause : sans approbation des qtêalités du Parlement et chancellerie de Bretagne qui n'appartient qu'au Roi et à ses officiers^ par arrêt du 1 9 avril 1540. Dumoulin dit : Sicuii r ex non polest dividere nec corrumpere regnum ita nec aliquem de regno a sua jurisdictione eximere nec abdicare totamadminislrationemjuridicis seu potestatis regia^ etiam quoad aliquém locum^ vel <iliquam personam regni. (in-4^ 1**' §, 2% glose 4, n** 17, anc. coût). M. Claude Seyssel, évêque.de Marseille, ambassadeur à Rome pour les rois Louis XII et François P% dit dans son traité Sur la grande monarchie de France que les Parlements de France (chap. 10) ont été principalement
(i) René Choppin, oélèbre jurisconsulte français, né au Bailleul, près la rièche, en 1537, mort à Paris, le 2 février 1606. L'ouvrage auquel Marais fait des emprunts est intitulé :. De Domanio Franciœ librilll; Paris, 1574, in-4'*; traduction française; Paris, 1603, in-fol.
institués à cette fia de réprimer la puissance absolue dont voudroient user les Rois... Mataril, dans sa réponse à la Franco-gallia (Blacuod, ApoL pour les Rois, ch. 35)^ d'Hotman^ dit : Senatus quemparlamentumvocant est quid terliumetarbitrium inter principem etpopulum. Pasquier, àaixis ses Recherches, liv. 3,ch. 16, dit : Que nos rois doivent 3 et 4 fois plus au Parlement de Paris qu'à tous les ordres poli tiques; et toutes et quantes fois que parles opinions courtisanes ils se désuniront des sages conseils et remontrancesde ce grand corps, autantde fois perdront-ils beaucoup du fonds et être ancien de leurs majestés , étant leur fortuneliée aveccelte compagnie. Cujus fidei atguevirtuti, fortuna civium, tutela imperii, salus urbium, Reipublicœ gloria, debetury ditVégèce, en parlant du sénat de Rome. Il se trouve dans les registres de la cour une remontrance faite au Roi François 1", par M. Charles Guillart, président, qui, lui parlant de la grandeur et majesté de son Parlement de Paris, dit : Que du temps de Philippe le Bel, par délibération des États, fut ordonné et statué par Pragma^ tique-sanction que la cour de Parlement de France seroit à Paris et y résideroit. Or, qui dit une Pragmalique-sanction pose une ordonnance, solennellement faite par avis et consentement général des états pour en faire une loi fondamentale, inviolable et irrévocable, ce que étant ainsi, comme on n'en peut pas douter, il est certain et assuré que le Roi ne peut les changer, altérer ou violer, et ainsi le Parlement ne peut être interdit ni transféré pour être immuable de soi-même, comme le temple de la justice. Marculphe, dans ses Formules, pose comme maxime reçue que : Quemdwinapietas sublima ad regnum condere et factaservare parentum. Le Parlement comparé à l'arche d'alliance. JEdificanSy œdificavi domum et habitaculum tuum ; firmissimum solium tuum in sempiternum. Di-miltiarcam Dei Israël et rêver tatur in locimi suum et non inter fidat nos cum populo nostro. (Reg. 3, ch. 8, vers 13.) A rca fœderis in locum suum in oraculum templi in sanc-
tumsanciorumj super al(is cherubim (vers 6, ibid.) La perte de Troie commença par la perte de ses magistrats. Perilura Troia perdidit primum Deos, S'il y avoit soustraction d'obéissance, comme autrefois sous Charles VII et Henri IV, un roi légitime pouvoit appeler le Parlement auprès de soi pour l'arracher d'entre les mains de l'usurpateur. Pendant que les Anglois furent maîtres de Paris, depuis le 29 mai ihn jusqu'au 13 avril 1&.36, le Dauphin (qui fut depuis Charles VII) s'étant déclaré Régent par la maladie de Charles VI, son père, établit pendant ce temps-là un Parlement à Poitiers, qui fut rétabli à Paris, le 1" décembre 14.36, et réuni à ceux qui étoient restés, qui prêtèrent un nouveau serment. Les Anglois avoient aussi un Parlement. La Ligue avoit aussi son Parlement et il y avoit une Chambre à Chàlons. Le Parlement de Paris se retira à Tours pendant la Ligue en 1509, parce qu'il étoit attaché à la loisalique,etquela Ligue vouloit la détruire. En 1400, la régente voulut établir un Parlement à Amiens, et le duc de Bourgogne, chassé de Paris, s'étant emparé de plusieurs villes et uni avec la Reine Isabelle, envoya Philippe de Morvilliers à Amiens, avec quelques personnages no,tables, poury faire, sous le nom delà Reine, une cour souveraine de justice au lieu du Parlement de Paris, ce qui marque que ceux qui ont aspiré à la royauté ont toujours voulu avoir des parlements, etque quand ils n'en ont pas eu pour eux, ils en ont voulu faire. (Du règne de Charles VII, 1456. Quand il fit faire le procès à Jean, duc d'Alençon, le Parlement fut transféré à Montargis et puis à Vendômeoù l'arrêt fut donné contre le duc, le 10 octobre 1458). Le 6 janvier 1649, le Parlement fut transféré à Montargis, et n'obéit point. Le 23 janvier 1649, édit qui cassa tout ce qui s'étoit fait depuis et qui abolit et supprime tous les offices dont se trouvent à présent pourvus tous les officiers de la Cour, leur faisant défenses d'en faire aucunes fonctions, et .à tous sujets de les reconnaître. Le 17 février 1649, les gens du Roi ( MM. Talon ,
BigDon et Meliand ) ne voulurent point du passe-port où ils étoienttraités de : a ci-devant nos avocats et procureurs généraux » . Le passe-port fut réformé. Le présidial d'Orléans avoit reçu le pouvoir déjuger souverainement et s'en ser^ voit. Arrêt du 8 février 1649, qui leur fait défenses de juger d'autres matières que de celles à eux attribuées par les édits du Roi vérifiés en la Cour. Dans la conférence de Rueldu 11 mars 1649, Monsieur dit que le Parlement étoit supprimé et qu'il falloit le rétablir à. Tours. Le premier Président réponditque cette suppression n'avoit point été vérifiée et que la puissance des rois étoit bornée aux ordonnances qui désiroient cette vérification. Ce même jour, il y eut des articles dressés pour la paix, où on obligeoit le Parlement de se rendre au lit de justice à Saint- Germain-en-Laye. L'article ne passa point, et le Président y envoya seulement ses députés le mardi 6 avril 1649, pour assurer le Roi de leur obéissance et fidélité.
Différences de^ Translations de 1649 et 1662* -^ La différence qu'il y eut entre 1649 et 1652 est que par le rétablissement de 1649, il est dit : « Demeureront en leur entier les arrêts rendus, tant en matière civile que criminelle, entre les particuliers présents ou avec notre procureur général pour affaires particulières. Demeureront aussi nuls et comme non avenus tous les arrêts donnés en notre Conseil et les déclarations et lettres de cachet expédiées sur le sujet des présents mouvements, depuis le 6 janvier jusqu'au jour de la déclaration.
Au lieu qu'en 1652, il y eut: V l'édit d'amnistie registre le 22 octobre ; 2» une déclaration qui transfère le Parlementséant à Pontoise a en notre bonne ville de Paris, en laquelle nous entendons qu'il exerce ses fonctions ordinaires. Voulons néanmoins que tout ce que notre cour de Parlement de Paris transféré à Pontoise a arrêté et ordonné, tant pour les affaires publiques que celles des particuliers, ait son plein et entier effet, sans toutefois y comprendre ce qui a été fait et ordonné à l'occasion des
présents mouvements, que nous avons cassé et révoqué par notre dernière déclaration et amnistie. En conséquence de quoi, nous avons aussi cassé et révoqué, cassons, révoquons et annulons tout ce qui a été fait y résolu et décrété y et exécuté par les présidents et conseillers de notre dite cour demeurés à Paris, tant pourles affaires publiques que celles des particuliers, à la réserve des jugements par eux donnés contradictoirement et sur production des parties, lesquelles n'auront point proposé déclinatoires, lors des dits jugements, et ne s'en seroient pas plaints jusqu'à présent. Cette déclaration est adressée : « aux gens tenant notre cour de Parlement de Paris, étant prés de notre personne. Elle est datée du21 octobre à Paris, registrée le 22 au lit de justice. 3^ Et il y a une troisième déclaration, registrée le dit jour, qui ordonne que les sieurs ducs de Beaufort et Larochefoucault, Viole, Broussel, Portail, de Thou, Birault, Fouquet, Coulon, Machault, Fleury, Martineau etGenon, MH. Bohan, Laboulaye, Fontrailles et Pénis, les domestiques des prince et princesse de Condé, de Con ty , duchesse deLongueville, le P. Perrault, etc., sortiront de Paris incessamment, sans qu'ils y puissent revenir sans permission par écrit. Et la déclaration ajoute, sur ce que le Parlement s'étoit mêlé d'affaires publiques ; ce Voulant éviter que lés tnaux que notre royaume en .a soufferts n'arrivent plus à V avenir; nous avons fait très-expresses inhibitions et défenses aux gens tenant notre cour de Parlement de Paris de prendre ci-aprés aucune connoissance des affaires générales de notre État et de la direction de nos finances, ni de rien entreprendre et ordonner, pour raison de ce, contre ceux à qui nous en avons confié l'administration, à peine de désobéissance, et voulons qu'en ce cas nos autres sujets n'y aient aucun égard. (Défenses de reconnoltre des affaires d'État, renouvelée dans le lit de justice du 16 août 1718). Le surplus de la déclaration contient défenses aux officiers du Parlement de prendre soin et direction des affaires des princes et grands du
royaurae et recevoir d'eux des pensions, gratifications ou autres bienfaits, leur faire la cour par des fréquentes visites, assister à leurs conseils, etc.
Ces trois édits et déclarations sont dans le Recueil cidessus cité. On y trouve encore la belle harangue du cardinal de Retz au Roi du 12 septembre 1652 à Compiègne, à la tête du clergé de Paris pour obliger le Roi à revenir à Paris ; la réponse du Roi à cette harangue, une autre réponse du Roi, du 12 septembre, au siieur Piètre, procureur du Roi de la ville ; la lettre de Monsieur au Roi, du 7 septembre, et la réponse du Roi à Monsieur, du 12 du mois, où, en parlant de la translation à Pontoise, il dit : « Mon intention n'a jamais été de les établir làpour toujours, mais seulement d'attendre que les choses tie se passent plus dans ma bonne ville de Paris au gré des séditieux, et que les gens de bien y soient délivrés des continuelles frayeurs qu'on leur donne, quand ils veulent faire leur devoir. Divers accidents de guerre ou de peste ont fait souvent faire de semblables translations, sans que personne se soit jamais imaginé que les lois fondamentales de TÉtat soient violées, pour faire rendre la justice plutôt en un lieu qu'en un autre. » Il y a dans le même Recueil un discours sur la conduite et l'emprisonnement de H. le cardinal de RetZj qui est un très-bel ouvrage, et où il y a beaucoup de recherches et d'exemples anciens d'évêques et cardinaux, toujours renvoyés aux juges ecclésiastiques, même pour crime de lèze-majesté.
Les termes de la translation de 1652 sont : « Nous avons transféré et transférons par ces présentes notre dite cour de Parlement de Paris en notre ville de Pontoise, où nous voulons et entendons que tous les présidents, conseillers, nos avocats et procureurs généraux, greffiers, notaires et secrétaires, huissiers, avocats, procureurs et autres officiers et suppôts d'icelle aient à s'y rendre incessamment, pour y faire la fonction de leurs charges, etc. (Notez que depuis la translation, les provisions de Portolot, procu-
rcur, furent adressées au président de Paris, scellées le 23 septembre 1652, qui fui vers le 28 à Paris ). Et cependant^ jXisqu'à ce qu'ils aient satisfait à notre commandement, nous leur avons interdit et interdisons toutes les fonctions de leur dite charge à peine de faux, et d'être procédé, contre ceux qui auront refusé d'obéir, comme contre des rebelles et désobéissants, selon la rigueur des ordonnances. Avons fait défenses à tous nos sujets, de quelque qualité qu'ils soient, de se pourvoir à l'avenir par autres ni ailleurs que pardevant les gens de ladite Cour, qui se trouveront assemblés en ladite ville de Pontoise, le tout à peine de nullité des jugements, et d'être les contre venans, déclarés criminels de lèze-majesté, etc. Donnons en mandement à nos amés et féaux les président et cour de notre Parlement étant de présence à Paris, qu'ils aient à cesser toutes délibérations, après la lecture des présentes et à se rendre près de notre personne, en la ville de Pontoise, pour y être les présentes lues et publiées en notre présence et registrées par ceux des présidents et conseillers qui s'y trouveront assemblés, etc. » Donné à Pontoise le dernier juillet i 652. » Ensuite est l'acte suivant : Cejourd'hui, 6aoùtl652, le Roi étant dans son château de Pontoise, les présentes lettres ont été lues et publiées de l'ordonnance de S. M. en sa présence, celle de la Reine mère, etc. Et des président et conseillers de la cour de Parlement transféré à Pontoise mandé pour cet effet. Moi conseiller de S. M. en son conseil d'État et secrétaire de ses commandements présent, Signé : deGuénègaud. «Après cet acte il y en a un autre : «Ce jour la cour; les chambres assemblées, le procureur général du Roi est entré en la cour et a apporté les lettres patentes, etc. Vu les lettres, etc. Vu aussi l'acte de la lecture et publication, etc. Conclusion du procureur général du Roi. La dite cour a ordonné et ordonne que les lettres seront registrées et qu'il sera donné avis du présent arrêt aux autres parlements et envoyé copie de la dite déclaration et translation. Fait en Par-
lement, les chambres assemblées, tenu à Ponloise le 7 août 1652. Signé Radigues. »
Le 9 août 1652^ le Parlement de Paris donna arrêt confermement aux conclusions du substitut du procureur général du Roi. ce Ladite cour a cassé Tédit de prétendu établissement^ Ta déclaré et déclare nul et illégitime^ comme fait par gens sans pouvoir et contraire aux lois fondamentales de l'État, aux ordonnances du royaume et au repos public; leur fait défenses de s'assembler n'y donner aucuns jugements à peine de faux cft à tous les sujets de le reconnaître. Enjoint à tous les juges du ressort d'envoyer les procès en la cour. Il sera donné avis de l'arrêt et de l'entseprise aux autres parlements, etc. »
'26 juillet. — Law. — Law est rentré chez lui à cinq heures du matin. Sa femme et sa fille ont été à Guermande (1) qui est une de ses terres, et ils ont été aussi à Saint-Maur, deux jours chez M"^ la Duchesse, pendant tous ces troubles. Il a dit au maréchal de Montesquiou, qui revient de Bretagne : « Je veux faire votre fortune devant qu'il soit deux mois. »
Broglie. — Le Régent a dit à M. de Broglie, qui lui parloit du camp de Condéàla place de Vendôme : afen veux faire aussi un des frondeurs. Le maréchal de Villeroy, généralissime, le maréchal de Villars général, vous Broglie major général, n Sur quoi Broglie lui dit hardiment : « Si V. A. R. me met dans cepartp-lày je n'en serai pas déserteur. »
Charollois. — Saint-Simon. — Le mariage de M"^ de Charollois avec le duc de Richelieu se confirme. Un fils du duc de Saint-Simon, qui est un jeune étourdi, a dit à ce sujet : « La voilà bien malheureuse d'avoir épousé un duc et pair. Mademoiselle de Valois ne vient-elle pas
(1) Guermande ou Guêfinante (Seine-et-Marne), à 2 kil. deLagny. Cette terre ^ ancienne propriété de la famille de Viole^ avait éjlé vendue à Law par Paulin Prondrc, recev. général de Lyon.
d'épouser un gentilhomme de campagne » ? C'est ainsi que parle du fils du duc de Hodène un petit-fils du Saint-Simon dont la noblesse est contestée^ et sur qui on a fait les chansons de Boudrillon (1) au commencement de la Régence.
Actions nouvixles. — La Compagnie des Indes a fait de nouvellesactions à 9,000 fr.^ payables en 9 mois. On les payera en billets de 1005 et de 10, dont on veut décharger la place. La fureur y est comme si on donnoit de l'or en barres. Le vertige d'actions a saisi toute l'Europe. On en fait dans toutes les villes de Hollande, Hambourg s'en mêle aussi; et le magistrat a cassé deux compagnies qui se réunissent Tune l'autre pour en faire, dit-on, valoir une troisième qu'il veut faire passer.
Law. — On a dit à Law que le Parlement ne resteroit pas longtemps à Pon toise et que l'affaire s'accommoderoit. Il a dit à celui qui lui parloit dans le Palais-Royal même : « Je vous donnerai cent louis, si vous voulez, et vous me donnerez un louis tous les jours tant qu'il y restera. » C'est un calcul de sa façon, suivant lequel le Parlement sera là bien plus de trois mois. Il met ce séjour en primes et se joue ainsi de cette auguste compagnie. L'Angleterre nous venge, car il y a un pari ouvert à Londres qu'il sera pendu en septembre (2) .
(1) D'o te Tient tant de gloire Régent, que veux-tu faire Dis-moi, petit l^moo De ce petit Simon
Boudrillon, Boudrillon,
Vous n'avons dans Thistoire Vil insecte de terre,
Jamais trouvé ton nom. Vrai gibier de lardon ?
Il remue, il cabale.
Fait le fin et le bon
. Boudrillon Il jappe avec scandale En toute occasion, etc.
(2) Les Anglais pariaient à cette époque sur tout ce qui se passait en France. lia mort du Roi Louis XIV, la durée du Système, la mort du Régent lui-même devaient être tour à tour l'objet de leurs cyniques gageures.
27 Juillet. — Il y a encore 20 Mousquetaires dans le Palais, qui gardent les portes des greffes, et on ne sauroit aborder les bancs des huissiers.
Actions 3 et 2. — La conversion des actions anciennes et la distribution des nouvelles avec toutes sortes de billets et le dessein de ne les payer qu'en petits billets a changé, parce que cela les faisoit tomber dès leur origine.
On a donné à chacun de MM. du Parlement en partant 34.0 fr. en argent et 160 en petits billets (1).
On donne aux boulangers de Paris 50 fr. en argent et 50 en petits billets pour un billet de 100 fr. pour avoir du bois. Cela se fait parles mains des commissaires.
Dimanche 2S. — On n'a pas voulu souffrir dans la place Vendôme les agioteurs et on les en a chassés, à coups de fouet, à cause du dimanche.
Translation et enregistrement aPontoise. — 21 et 27 juillet 1720. — Lundi 29. — On a publié tout haut dans Paris la déclaration du 21 juillet portant translation du Parlement à Pontoise, où il est dit : a Nous avons la douleur de voir que les officiers qui composent notre Parlement de Paris, abusant de l'autorité que nous voulons bien leur confier et oubliant que leur unique raison devroit être de concourir au maintien de la nôtre dans toute sa splendeur, y donnent eux-mêmes atteintes en éloignant l'exécution de nos décisionssur l'administration des finances de notre royaume, et notre intention étant de prévenir de nouvelles difficultés de leur part, qui ne pourroient produire autre effet que de jeter de la défiance et du trouble dans notre bonne ville de Paris, nous avons résolu de transférer notre dit Parlement dans une ville où ils nesoient occupés que de rendre justice à nos sujets. A ces causes, etc., ordonnons que dans deux fois vingt-quatre heures du jour des présentes tous les officiers de notre
(1) Non à litre de don, mais de prêt.
JUILLET i7!IO. 858
Parlement aient à se rendre en notre ville de Ponloise suivant les ordres que nous leur en avons déjà donnés (les avocats et les procureurs ne sont point nomméSj comme en 1652 ) en laquelle ville de Pontoise nous avons de nous-mème autorité de transférer le siège de notre cour de Parlement, pour nos dits officiers y rendre la justice uniquement à nos sujets et y faire les fonctions de leurs charges tant et si longuement qu'il nous plaira. Leur enjoignons d'y commencer leurs séances dans huitjours, au plus tard, du jour des présentes et^ faute par eux d'y satisfaire dans le dit temps, nous les avons, dès à présent, déclarés rebelles et désobéissants à nos commandements. Interdisons, sous les mêmes peines, à tous nos dits officiers l'exercice et fonction de leurs charges dans notre ville de Paris, et leur ordonnons de cesser toutes délibérations, à peine de faux. Défendons à tous nos ^sujets, de quelque condition qu'ils soient, de se pourvoir, après la publication des présentes ailleurs que par devant noire dit Parlement séant à Pontoise, etc. » Il est ordonné ensuite à tous les huissiers et sergents d'insérer dans leurs exploits la résidence à Pontoise à peine de nullité et de 200 fr. d'amende et défenses au contrôleur de les contrôler. « Donnons en mandement à nos gens tenant notre cour de Parlement à Pontoise, etc. . . »
L'enregistrement a été fait, le 27, à Pontoise, en ces termes, qui sonttrès-remarquables : «Registre, ouï ce requérant le procureur-général du Roi pour continuer par la Cour ses fonctions ordinaires et être rendu au Roi le service accoutumé, tel qu'il a été rendu jusqu'à présent, avec la même attention et le même attachement pour le bien de l'État et du public qu'elle a eus dans tous les temps, continuant la dite Gourde donner au Roi les marques de la même fidélité qu'elle aeue pour les rois ses prédécesseurs, et pour ledit seigneur Roi, depuis son avènement à la couronne jusqu'à ce jour, dontelle ne se départira jamais. Et sera ledit seigneur Roi très-humblement supplié de
354 MÉMOIRES DE MATHtEU MARAIS.
faire attention à tous les inconvénients et conséquences de la présente déclaration, et de recevoir le présent enregistrement comme une nouvelle preuve de sa profonde soumission. Et seront les copies envoyées de la dite déclaration ensemble du présent enregistrement aux bailliages et secrétaires. APontoise, eja Parlement, y séant, le 27 juillet 1720. Signé Gilbert (1), »
Réflexions sur la déclaration. — Notez sur la déclaration : 1° qu'elle dit ^(que Tunique soin du Parlement devroit être de concourir au maintien de l'autorité royale dans toute sa splendeur, w Or, c'est formellement convenir que le Parlement a droit de connoltre des affaires d'État, car c'est dans ces affaires où l'autorité royale a le plus de part et de splendeur, ne l'ayant point dans les procès. G'estdonc une contradiction de les transférer pour rendre uniquement la justice, et on n'a pas dû, au lit de justice de 1718, leur ôter une connoissance qui doit être leur unique soin.
RÉFLEXIONS SUR l'enregistrement. — 1** Le Parlement se venge et constitue ses droits. 2® L'enregistrement est noble , grand, vrai et même tendre, et le Parlement, en vérifiant : « pour continuer ses fonctions ordinaires et le service accoutumé tel qu'il a été rendu jusqu'à présent... pour le bien de l'État et du public», établit merveilleusement son autorité, tant pour le passé que pour l'avenir, dans les affaires de l'État et de l'administration du royauine, sans convenir qu'ils en aient abusé, puisqu'ils veulent continuer comme ils ont fait. Voilà un grand courage, et un démenti des motifs de la déclaration qui ne peut plus être marqué.
L'enregistrement ressemble à l'acceptation de la Constitution, faite par l'évêque de Metz, où , en paraissant se soumettre au Pape, il se moque de lui et de sa Bulle.
(1) Saint-Simon s'indigne de la respectueuse fermeté, quMI trouve iosolenle et ironique, de cet enregistrement, t. XI, 324.
JUILLET 1790. 35ri
La déclaration et l'arrêt ne sont point ' imprimés au Louvre, mais par Fimprimeur du Parlement.
— La joie des harangires sur la convalescenc*e du mareeAa/ de Villeroy (!}.
Je Tavions tous pleuré, ce brave maréchal Qu'on disoit n*étre plus en vie.
Mais je le voyons à cheval.
Si j'osioDS suivre notre envie Je courrions après lui l'embrasser de bon cœur (2). S'il venoit à mourir, je ne saurions plus rire,
Ce seroit un très-grand malheur
Premièrement pour le roi, notre Sire,
Puis pour les petits et les grands .
Dieu le conserve encor longtemps ,
C'est tout ce que je pouvions dire,
Laissant le reste aux gens savants.
Si je savions leur beau langage.
Dame, j'en dirions davantage.
Chanson sur l'air : J'ai fait une perte.
Le Parlement est à Pontoise Sur Oise Par ordre du Bégent.
11 leur a pris tout leur argent Et puis il leur a cherché noise.
Le Parlement est à Pontoise.
Ily adans/saïe (ch. 23, v. 8], un passage qui vient bien à ce temps-ci. Quis cogitavit hoc super Tyrum, quondam coronalam, cujus negotiatores principes , institutores ejus inclyti terrœl Le prophète parle delà ville de Tyr, et on y reconnoit bien Paris, que Ton vient de déshonorer en lui ôlant Je Parlement, et où Ton voit les princes et l^s
(1) Elles lui avaient envoyé une députation.
(2) Ce vœu fut exaucé. « Celle qui portait la parole, disent les Mémoires de « la Régence^ t. III, p. 10, attendrit tellement ce seigneur et sa famille, qne « le duc et le marquis de Villeroy les embrassèrent toutes, les unes après les « autres, et les reconduisirent, en les remerciant de leur affection pour le ma- « réclial et de leur zèle pour S. M. *
grands tous négociants et agioteurs. Négociatores prihd' pes. — Insiilutores inclyti terres.
Le Régent a peur. — Dans un conseil, tenu le raercredi, 29 de ce nriois, au Palais-Royal, le Régent a eu une absence d'esprit. Il s'est mis à crier tout d'un coup : « Aa! ah! on investit le Palais, voilà qu'on tire. » M. Leblanc s'est levé, et a vu par la fenêtre qu'on secouait des tapisseries; il Ta dit au Régent, qui ne Ta point entendu, tant il étoit saisi de peur, et il a encore recommencé à crier: «.4/i/ Ahl voilà qu'on tire, » C'est qu'on continuoit à secouer. Enfin, on.lui a donné de l'eau de la Reine de Hongrie et il est revenu dans son bon sens (1). Le soir, allant à Asnières avec ses gardes, et passant par le Roulle, les habitants ont crié : c< Ah Laoa JAIiLaou! Voilà l'homme qui emporte notre papier et notre argent. » Et tant qu'ils l'ont pu voir, il ont toujours crié : a Ah Laou! Ah Laou! » Les gardes n'ont pas osé dire un mot.
Bernard. — Son avis sur la Banque. — On a entendu dar.s le conseil plusieurs banquiers sur l'état des affaires présentes. Samuel Bernard, banquier célèbre et d^ un esprit sublime pour le commerce, a dit : «Vous savez bien , Monseigneur, que je n'ai jamais été pour le Système, mais à présent qu'il est établi, il le faut maintenir, et pour cela, il ne faut point toucher aux billets, ni augmenter l'argent, car cette augmentation fera périr tout le commerce avec l'étranger. » Le conseil est convenu de ces propositions, et qu'il falloit donner quelque argent aux boulangers, aux bouchers et marchands de bois. En sortant, Samuel Bernard a demandé s'il pouvoit mander aux étrangers cette disposition sur les billets et l'argent.
(1) Barbier le représente, le jour de Témeute du 17 juillet, comme ayant ea peur, n II était blanc comme sa cravate, et ne savait ce qu'il demandait. » ( 1, 50.)- Madame le montre fort rassuré et Saint-Simon comme « étant fort tranquille, et montrant qne ce n'élait pas lui plaire que de ne Tétre pas. »» (XI, 319.) C'est là la vérité. Barbier et Marais ne voient que du debors et le vi! sage seulement. Saint-Simon (lénétre Tâme.
Le Régent lui a dit qu'oui et qu'il lui feroît plaisir. Il l'a fait et, sur-le-champ, le chauge est devenu meilleur.
Baron^ Comédien. — Baron, comédien, se repose pendant tout le mois d'août , à cause des chaleurs II a refusé déjouer Venceslas pour Madame.
Bernard gagne cent millions. — Le bruit s'est répandu que Samuel Bernard a gagné cent millions dans les seules actions d'Angleterre et plus. Car 1,700 mille livres sterling, par le change d'aujourd'hui, montent à plus de cent millions.
Mercredi 31. — Après la parole, donnée dans les conseils, que Ton ne toucheroit point à l'argent, on a été bien étonné de voir en ce jour l'argent augmenté considérablement. L'arrêt est du 30 ; on l'a affiché ce matin 5, et publié seulement sur le soir. Le louis qui étoit à 40 fr. 10 c. est à 72 fr. et il de voit être à 36 au premier d'août. Les louis de 20 au marc, ( de Noailles ) sont à 90^ etc. Lesécusà 12 fr., les anciens écus à 15 fr., etc. Les louis d'argent h k fr. et les livres à 40 fr. Cette augmentation a, en même temps, fait augmenter toutes les denrées, et il n'y a plus de prix à rien. Cela doit durer jusqu'au 1*"" septembre, auquel jour les diminutions sont indiquées. On n'a pas un seul moment de fixe, et celle incertitude des affaires marque celle du gouvernement.
Le billet devient un peu meilleur; ceux de 10 fr. sont au pair.
Le Régent a dit au bailly de Mesme , ambassadeur de Halte, frère du premier Président, qu il étoit très-content de ce qu'il avoit fait et qu'il pourroitle lui dire. On a vu la déclaration de la translation imprimée au Louvre avec l'enregistrement. La Régence n'est point difficile sur cette action du Parlement, qui est un monumentimmortel de sa fermeté et de son droit. « il faut les laisser dire pourvu qu'ils nous lafssent faire,» disoit le cardinal Mazarin. Et aussi, ils ne s'en contraignent point.
M. de Creil, qui étoit à la Rochelle^ est à Metz. Intendants nouveaux : M. Amelot de Chaillou à la Rochelle^ le président Boucher à Bordeaux ( au lieu de M. Dodun^ dont les Bordelais n'ont point voulu, parce que son père, homme d'affaires, y avoit voulu établir autrefois des impôts dont on s'étoit plaint) M. Brunet d'Evry, en Auvergne.
PoNToiSE. — Premier président (1). — Le premier Président tient à Pontoise une table de 30, 40 et jusqu'à 50 couverts, qui n'est pas délicate à son ordinaire, mais oq y a, en quantité, poulets, poulardes, chapons, aloyaux, gigots et autres telles viandes pour la nécessité de la vie. Il est logé dans la maison du duc d'Albret, qui est très-belle, et où il y a un jardin magnifique. Il s*y porte très-bien et y est fort aimé. On joue un lansquenet aux vingt sous sans passer davantage , et quantité de quadrilles qui est une hombre à 4. Le Régent a offert au duc d'Albrettel appartement qu'il voudroit choisir à Versailles, pour le dédommager de sa maison de campagne, qu'il a cédée au premier Président. Le duc l'a remercié. iiC Parlement, content de ce qu'il a fait en enregistrant la déclaration, attend son sort tranquillement et se prépare à rendre la justice. •
Princesse DE CoNTi. — La princesse deConti, craignant pourijon fils quelque lettre de cachet, dont le bruit s'étoit répandu à Paris, a voulu s'en expliquer avec le Régent, qui, d'abord a fait le réservé, et a dit deux ou trois fois à laprincesse : « Ne me faites point parler sur cela. » Enfin, pressé de parler, il a dit : « Je méprise si fort tout ce que le prince de Conti peut dire et faire que je ne me mets point du tout en peine d'y donner ordre et vous pouvez l'assurer, Madame, qu'il est en toute sûreté de sa personne. »
(I) Voir sur le luxe et les festins de cette villégialure forcée de Pontoise, Barbier, l. f, 69.
Avocats. — I^es avocats ne vont point à Pontoise, ni dans aucune juridiction du Palais à Paris, non pas même à la Cour des aides, ce qui rend les juridictions inutiles, et la justice sans fonction.
Translation de l'agio a l'hôtel de soissons. — Ce jour, on a étsd^li, à l'hôtel de Soissons (1) le commerce du papier, qui a été transféré de la place de Vendôme. Le nouveau lieutenant de police, M. de Baudry, en a fait Foùverture, avec trompettes et fanfares, et on a publié un règlement, arrêté au conseil, le 22 juillet^ qui contient la police et sûreté de ce commerce. Le règlement date une ordonnance du 20 juillet qu'il faut voir. La translation du Parlement est du 21. La place est le jardin de l'hôtel de Soissons, où on a bâti plusieurs loges de bois, closes, fermées, et numérotées, où se fera le nego.ce; chaque loge se loue 500 fr. par mois; il y en doit avoir 150. C'est au Prince de Carignan que tourne ce profit. Le reste du jardin demeure vide pour former la place. Le règlement contient plusieurs articles, entre autres qu'il y aura deux corps de garde, l'un pour les officiers, l'autre pour les soldats; qu'il y aura deux portes. Tune à la rue d^ Grenelle, Tautre à la rue des Deux-Écus, et à chacune, deux Suisses de la livrée du Roi ; que rassemblée ne se fera que les jours ouvrables ; en été, depuis sept heures du matin jusqu'à sept heures du soir; en hiver, depuis huit heures jusqu'à cinq. Défenses de négocïer, après ce temps, à peine de prison et de 3,000 fr. d'amende. Défenses de négocier hors l'enclos des bureaux numérotés pour éviter la perte des portefeuilles et pour y avoir recours, en cas d'erreur de calcul, à peine d'être exclu de l'assemblée. Et aussi défenses, à tous artisans, ouvriers, colporteurs, gens de livrée
: (i) Aujourd'hui la Halle au Blé. Cet hôte), démoli en 1750, avait été bâti par Catherine de Médicis. Voir Mémoires de la Régence^ III, 6 —• Saint-Simon, XI, 326.
OU sans aveu d'y entrer, sous peine de prison et de plus grande peine. Il n'entrera dans la place d'assemblée aucuns carrosses, chaises à porteurs ou autres voitures. — Voilà à présent notre Parlement. On appelle déjà ces loges Les Petites Maisons, à la différence que les fous sont dehors, et que les sages sont ceux qui sont enfermés.
BiLLON. — Ce même jour, a été publié l'arrêt qui augmente les espèces de billon. La pièce de 30^ aura cours pour cinq sols : anciens sols 3' 6"* au lieu de 2. Les sols de cuivre 32'* au lieu de 16. Anciens liardsS** au lieu de 4.**, jusqu'à ce qu'il ait été autrement ordonné.
Billet 92 [>our 100 fr. — On dotine, sur la place, de l'argent pour les billets, 10 fr. pour le billet de 10 fr. et 92 fr. pour le billet de 100 fr.
Palais. — On a levé sur le midi la garde des Mousquetaires qui étoit au Palais, et il n'y a plus du tout de ^ens de guerre et encore moins de gens de robe. Les filles du Palais pleurent le départ des Mousquetaires, comme les filles de garnison le départ des officiers. Le camp de Cliarenton va aussi être levé. Le Roi en fera la revue, et verra des soldats bien déguenillés. Ils s'étoient préparés à se refaire dans le pillage de Paris ou du Parlement. On les craignoit tant, dans le faubourg Saint-Antoine, que la plupart des habitants avoient déjà retiré leurs effets dans la ville.
Vendredi^ 2 ctoût. — Actions, 4.980. billets de 100 fr. PAYÉS. — Les changes ont été ouverts et Ton donne 99 fr. pour le billet de 100 fr. ; les 20 sols sont pour le droit de change. Sur la place, on ne donne que 92 fr. Ce sont là les moyens convenables pour retirer les billets portés dans Tédit que le Parlement a refusé, et il ne se trompoit pas, puisque cette augmentation de moitié sur l'argent diminue la moitié du billet. On est si aise de
voir de Fargcnt que Ton s'y étouffe, malgré la diminution.
Arrangements proposés. — Gazette. — Dans la dernière Gazette de Hollande, on a rais les arrangements proposés au Parlement le 18 juillet, et qu'il a refusés.
1° Le Parlement approuvera les conventions faites* par le Roi avec la Compagnie et celles de la Compagnie avec les particuliers. 2o Le Roi rétrocède à la Compagnie les 43 millions qu'elle avoit rétrocédés au Roi, au moyen de quoi, plus de rentes sur la ville. T La Compagnie recevra un milliard, en compte ouvert de la Banque, dont elle donnera deux et demi pour cent de bénéfice pour 400 raillions et 600 raillions sans bénéfice. 4° Création de cent mille actions sur la raer du Sud sur le pied de 9,000 fr. Faction, payable deraoisenraois. 5*" Les anciennes actions se nourriront par elles-mêmes, sur le pied de trois pour deux. Le tout sera enregistré au Parlement.
Manifeste de la Régence. — On a fait courir des billets qui disent que c'est la faute du Parlement si toutes affaires ne sont pas finies et arrangées, et que la Régence est en état de prouver : 1" Que les dettes sont diminuées de 20 millions par an. 2** Les revenus augmentés de 6 millions. 3o Le peuple soulagé de 17' raillions 600,000. fr, par an, sans corapter la remise du dixième des impositions jusqu'au P"" janvier 1719, et le payement des dettes désespérées. Ces preuves seront rendues publiques.
ÂLBÉRONi. — Le cardinal Albéroni est toujours caché sans qu'on puisse découvrir où il est. 11 a envoyé au Sacré Collège deux apologies de sa conduite, que l'on dit très-solides. Son procès n'avance point. Le cardinal Tolomei, jésuite, a parlé pour lui.
Le duc de Richelieu. — On parle fort (dit la Gazelle de Hollande dernière) du mariage entre un duc et une princesse, que l'on dit avoir été fait àVincennes. C'est du mariage du duc de Richelieu et de la princesse de Charollois^ dont elle veut parler. { Nouvelle fausse.)
Arrêt. — Rentes de la ville. — Arrêt du 31 juillet (publié aujourd'hui ), qui ordonne qu'après le dernier août on ne sera plus reçu à porter à la Ville pour les rentes ;^et que le surplusappartiendra à la Compagnie . Qu'aussitôt après le dernier août pour Paris, et le 15 septembre pour les provinces , on ne recevra plus de billets de banque en comptes courants, et que ce qui manquera sera rempli par la Compagnie. Néanmoins, les billets de banque continueront, après ces délais, d'être reçus dans les payements, jusqu'à ce qu'ils soient entièrement acquittés.
PoNTOiSE. — Par une lettre de Pontoise, j'ai appris que la Chambre des Comples et la Cour des Aides ont envoyé leurs greffiers en chef complimenter le Parlement sur son exil, et prendre part àsa disgrâce. La Cour des monnoies y a aussi envoyé son greffier en chef, à mêmes fins, qui a été très-bien reçu. On ne sait ce qui leur arrivera. On ouvre les audiences, mais personne ne se présente. LaTournelle ira son chemin : il est arrivé aujourd'hui des prisonniers à la Conciergerie qui seront jugés demain et lundi. M. le Premier Président a toujours une cour de 250 personnes, qui ne lui demandent rien, et qui ne cherchent qu'à lui rendre leurs devoirs. Il est aimé et adoré delà compagnie. M. le Procureur général a donné des ordres, pour les provisions de Pontoise, qui font croire qu'ils y resteront longtemps. Le lansquenet est retranché chez M. le Premier Président. Les présidents à mortier tiennent table. La plus dé] icate est celle de M. De Maisons. M. Dupré de Saint- Maur, conseiller de la Grand-Chambre, est très-malade de la rougeole. Un laquais du P. de Fourcy s'est noyé en se baignant. M. le Premier Président a fait mettre au cachot deux de ses laquais, qui s'étoient violemment battus. Les bourgeois de Pontoise offrent tout ce qu'ils ont, maisons, meubles, etc. Les denrées sont augmentées de moitié depuis l'augmentation de l'argent.
M. de Novion seul n'a point été d'avis de la modification mise sur Tédit qui transfère, et s'est absenté de Pon-
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toise, pour n'être pas présent à Tarrèt. C'est M. de Blamont, président de la ii*"*, qui a fait et dressé l'enregistrement.
Samedi 3. — Actions iSiiO. — Les nouvelles gagnent 7. — Les changeurs n'ont donné que peu d'argent le matin, et n'ont point payé le soir sur la place, qui est un lieu fort vilain, à cause des pluies qu'il a fait ces jours-ci, et que j'ai été voir, comme étant dans mon voisinage. On payoit les billets de 1 00 fr. à 7 et 8 de perte, les billets de 10 livres sans perte, et j'ai vu tous les négociants de papier dans leurs loges où on entre et sort comme l'on veut et où on se met à couvert. Il y en a qui ont avec eux de jolies femmes et ceux-là font plus d'affaires que les autres.
Luridi 5. — Les lettres patentes sur le Corps de doc- Innc sont envoyées à Pontoise. Ainsi, la Régence reconnoit que le Parlement n'est pas uniquement fait pour juger les procès. MM. l'abbé Pucelle et l'abbé Mainguy ont été mandés à Paris pour cette affaire. Ils sont à Paris aujourd'hui .
Le cardinal de Noailles aété étonné de voir son mémoire sur la paix de l'Église rendu public. Il a demandé au Parlement de supprimer ce mémoire; l'arrêt n'a point paru, mais il a été envoyé à Rome, où l'on souhaite fort que l'accommodement se fasse à ces conditions. M. Maffei a fait des plaintes contrôles curés, qui ont fait quelque soulèvement dans les Calendes. Quelques évêquesont fait un mémoire, pour répondre à celui du cardinal de Noailles ; d'autres s'éloignent de raccommodement, à la vue de tout ce manège. L'évêque d'Auxerre s'est retiré à son diocèse; celui de Chalons s'y retire aussi. L'Église est en bonnes mains.
Le duc de Richelieu est à son régiment, à Oléron en Béarn. Il y doit rester quelque temps. On dit que mademoiselle de CharolJois ayant dit à madame la Princesse, sa grand'mère, qu'elle étoit grosse, elle lui a répondu : ^iEhbien, ma filhy il faut accoucher. »
Deux gens de livrée de l'envoyé de France à Gènes ayant été arrêtés sur un mauvais prétexte, l'envoyé en a demandé réparation avec hauteur, et a déclaré que si, dans trois jours, on ne la lui faisoit, il ôteroit ses armes de dessus le Palais et se retireroit sans congé. La République, qui se souvient du bombardement, lui a envoyé deux députés : MM. Balbi et Grimaldi ; a fait mettre en prison le chef des sbires et Tofficier de la patrouille, pour leur faire leur procès, et a obligé le général des armes (Spinola), qui a la seconde charge de la République, d'aller lui annoncer sa faute, et de se remettre à sa protection et générosité de conserver sa charge qui est de sa famille. Cela a été fait, et l'envoyé en a usé avec autant de modération qu'il avoit d'abord fait parollre de fermeté. Cet envoyé s'appelle Chavigny et s'est dit,avec son frère, d'une grande maison de Chavigny-le-Roi, dont ils ne sont pas, etdontilsonteu toute la honte sur la fin du règne de Louis XIV, où cetle imposture commença d'éclater. Il fut vérifié qu'ils étoient fils d'un procureur du Roi de Beaune. Cependant, comme ils sont intelligents en matière de négociation, on s'est servi d'eux dans plusieurs occasions, et en voilà un qui vient de soutenir la gloire de la France avec honneur dans sa place d'envoyé. Dufourny, dans son Histoire généalogique^ p. 1633, t. Il, en parlant de François Leroy, seigneur de Chavigny, chevalier de Tordre, dit, en propres termes : « On remarquera ici que, depuis quelques années, il a paru à la cour deux jeunes aventuriers sous les noms du comte et de l'abbé de Chavigny-le-Roi, qui se disoient de celte maison. Leur imposture découverte, on a su que leur véritable nom étoit Chevignard, qu'ils étoient de Beaune en Bourgogne et qu'ils' n'avoient nulle noblesse. Ils ont été chassés de la cour et obligés de s'absenter de Paris à cause de leurs friponneries en 1710. » Cette note, mise par un homme sage, est terrible, et il faut bien des ambassades pour l'effacer. La généalogie est à la p. 1140. C'est Tabbé qui est à présent envoyé, et l'autre est prési-
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dent à mortier à Besançon. L'archevêque de Cambrai (ou l'abbé Dubois) est cause de leur avancemeut (1).
On a plaidé à Pontoise^ à la Grand-Cbambre et à la Tournelle. Ce sont des procureurs qui ont plaidé. Dupin, Lyonnais^ a plaidé dans deux causes. Le Parlement n'est pas bien aise de les voir, et ils n'ont pas envie d'y retourner.
On a trouvé à la porte du Palais-Royal, cette suscription. Il y avoit en tête : Devoirs des Français. — Roi à conserver. — Banque à redouter. — Régent à brûler. — Law à rouer.
Le Régent adonné à Law l'appartement de M. le marquis d'Estampes (2), dans le Palais-Royal, pour six mois. Gazette de Hollande. — l**^ Août. — Le roid'Angle- • terre, qiu est à Rome, appelé le chevalier deSaint-Georges, a eu audience du Pape, avec la Reine, qui est grosse. Le Pape a nommé trois cardinaux et trois dames pour assister à ses couches. Ce roi ne veut pas tomber dans l'inconvénientdu roi Jacques, son père, qui, faute d'une pareille précaution, l'a fait passer en Angleterre pour supposé. L'exemple l'instruit. La Fontaine a dit du roi Jacques : « Les gens trop bons et trop dévoués ne font très souvent rien qui vaille; faut-il qu'un prince ait ces défauts?
Petites maisons a Londres. — Une veuve, a ppelée
Turner, en Angleterre, a fait un legs pour augmenter les
£>etites maisons. Elle a supposé qu'il y a plus de fols que
Jamais, que les actions font tourner la tète à, tout le
x:nonde, et qu'il falloit accroître le bâtiment, ce qui, en
^ffet, s'exécute. Il en faudroit faire autant en France.
Le Roi a fait la revue des troupes qui étoient au pont
e Charenton. Tout Paris y a été et il n'y a une si grande
(1) Voir aussi Sainl-Simon, t. V, 156, XII, 282 à 297. )
(2) Baibier(l, 161) dit : comte Philippe-Cliaiies, comte d'Estampes, chevalier ^e Malte, capitaine des gardes du corps du Régent, colonel du régiment de ^^liartres» brigadier en 1719, mort en 1737.
assemblée pour ne voir rien qui vaille. Ils partent de*nriain (1).
Les marchandises sont montées à un prix si excessif , que la Compagnie des Indes a entrepris d'habiller les troupes, d'en décharger les officiers pour l'avenir, et on fournit gratuitement le pain aux soldats. Le drap commun vaut 50 fr. et 60 fr. l'aune, la chandelle 30 sous la livre, la bougie 6 fr.
Dans les Tristes d'Ovide, on a trouvé la Régence et le Système et notre état en trois vers.
Hector in incerto est nec quidfugiatoe petatve : Invenit : ambiguis ars stupet ipsa malis, Scilicet occidimus^ nec spes nisi vana salutîs,
Hector y le Régent. — ArSy le système. — Occidimus^ l'État
Anciennes actions sur les fermes. — Ce jour, on a publié un arrêt, du 26 avril 1720, qui ordonne que le dividende des anciennes actions des fermes générales commencera à être payé au mois de septembre prochain, et, pour constater le profit de l'année de bail d'Aymard Lambert, que les sous-fermiers et commis rendront leurs comptes dans le courant de juin. Cependant cet arrêt ne paroit qu'en août. Ces actions étoient celles que le garde des sceaux et les Paris soutenoient et que Law, par envie, a fait tomber. On trouve dans cet arrêt, la date, d'un autre arrêt, du 21 juillet 1719, qui avoittixé, par provision, le dividende de ces actions à 8 p. 100, lequel arrêt, du 21 juillet, le garde des sceaux fit imprimer dans une cave et envoyer en province, avant qu'on n'en ait rien pu savoir à Paris. Law ne lui a point pardonné ce coup, et cela lui a coûté, à la fin, la perte de sa place et de sa faveur.
Mercredi 7. — Briantë. — Retrait lignager sur M. de Metz, conseiller en la Cour desmonnoies, mon cousin, de
(1) Barbier, I, CO.
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1(1 terre deBriante, enBerry, qu'il avoit acquise par contrat du 13 de juin dernier. 11 n'y a que soixante jours pour, le retrait de cette coutume. Je lui ai conseillé de tendre le giron, ayant acquis cette terre éloignée 190,000 fr. qui ne valoit pas 2,500 fr. de rentes. (11 Ta revendue depuis 300,000 fr. en billets, le retrayant s'étant désisté).
Hôpital a Versailles. — On a publié des lettres patentes, portant établissement d'un hôpital à Versailles. Le Roi dit: « Pour donner au lieu de notre naissance, que nous affectionnons d'une manière singulière, cette marque-de notre piété et de notre libéralité. » La fondation est de 8,000 fr. par an; le spirituel, dirigé sous Tautorité llu comte de Noailles, archevêque de Paris, par le curé de Versailles, et le temporel par M. Blouin, gouverneur, le bailli et le procureur du Roi et trois habitants administrateurs, qui seront présentés au Roi tous las trois ans. Ces lettres sont datées du mois de juin. Le règlement pour la conduite de l'hôpital est daté du 2 juin, et attaché aux lettres. On a mis à la fin : « Visa Daguesseau, pour établissement d'hôpital à Versailles. » vSur quoi prenez garde que la date du sceau ne peut pas être celle du sceau, puisque les sceaux n'ont été rendus au chancelier que le 7. Le règlement contient dix-neuf articles. Le septième article porte qu'il y aura tous les jours une messe, par un prêtre delà Mission, que le curé de Versailles nommera. Le huitième, que le curé, ou ce prêtre en son absence, pourra recevoir les testaments des pauvres €n observant les formalités requises. Le quatorzième, que la connoissance des causes et procès de l'hôpital appartiendra, en toutes matières, à la Grand'chambre de la cour du Parlement de Paris ; et à la Cour des aides pour les matières de sa connoissance. Par le treizième, les meubles et effets mobiliers délaissés par les pauvres malades mourant sans enfants appartiendront à l'hôpital. Le quinzième, les exploits seront donnés dans la maison, etc. L'enregistrement fait au Parlement est pour être exé-
cuié selon leur forme et teneur. En Parlement séant à Ponloisej le 3 août 1720. Dans Fenregistrement de la translation, il ya: A Pontoise en Parlement y séant, comme on met ordinairement : A Paris en Parlement. Mais cela a élé changé. En 1652 on mettoit : Fait en Parlement tenu à Pontoise.
Prix du bois et voitures. — Par ordonnance du nouveau Prévôt des marchands, du 2 août, le bois a été fixé pendant le mois d'août. Bois de compte neuf, 21-14"; bois de corde, 20-9. 1" septembre 20, 42-8 et 19-8 11. Au 15 septembre, 19-11* et 18-8-6^ Au 1" octobre, 18-9 et 17-8. Au 1" novembre, jusqu'à ce qu'il soit autrement ordonné, 17-7-6"* et 16-17-6^ Les voilures sont fixées par une autre ordonnance du 5 août à 30% 40% 3 fr. et 4 fr., suivant les différents éloignements.
Vendredi 9, Gazette de HolL, 6 août. — Peste de Marseille. — La geste est à Marseille, et y a élé apportée par des vaisseaux dont on a fait une fausse déclaration, pour éviter la quarantaine. Elle n'aura point de suite, parle bon ordre qu'y a apporté M. Moustier, consuL Les pestiférés ont été portés aux infirmeries. Après leur mort, leurs parents et ceux qui demeuroient dans leurs maisons y ont aussi été conduits et leurs maisons murées. Les équipages des Irois bâtiments pestiférés ont élé envoyés à une lie déserte, à 2 lieues de Marseille (Hyères), avec les marchandises.
Évéque de Marseille. — L'évoque de Marseille, grand
(I) Voir sur cette pesle de Marseille l'excellent chapitre XI de Lemontey (t. I, p. 360) et puur le <iétail, anecdotiqiie plus que m<Mticul , les ouvrages suivants : Relation de la pesle dont la ville de Toulon fut of/Ugre en 17Î1, par d'Antrediaus; Paris, 1756, inl2. — Jovrnal abrégé de ce qui s'est passé en In ville de Marseille^ depuis qu^elle est affligée de la contagion ; Paris, 1721, iu-12. — Histoire de la dernière peste de Marseille, Aix, Arles et Toulon (par Martlu); Paris, 1732, in-12. — Précis historiqut de la peste de Marseille^ avec lettres inédiles écrites en 1721 et 1722 par un habitant de celte ville, par ledocteur Lemnzurier, in-12, 24 p.; Versailles, Monlalant.
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constitutionnel, a fait une longue ordonnance, pour faire dire Foraison des rois à la messe. Il y dit : a Pour apaiser la colère du Seigneur, ayez recours à la pénitence, et soumettez-vous aux sacrées décisions de l'Église, moyen sûr et infaillible pour, etc. » Il attribue partout ce fléau aux appelants : aussi n'a-t-il pas envoyé son ordonnance aux pères de l'Oratoire , et il voudroit qu'ils fussent tous morts de la peste. C'est comme s'il disoit : o Pour les pères de l'Oratoire, la peste les crève. » tin chanoine de la cathédrale dit, de la part de l'évèque, à la supérieure des byzantines, qu'il étoit indigné contre elle. Elle répondit qu'elle n'avoit rien fait ni sa communauté pour s'attirer sa colère. «C'est pourtant à vous, dit-il, que M. l'évèque attribue les fléaux qui affligent son diocèse.» Â quoi la supérieure réponditd'un air tranquille : «Ainsi les païens autrefois accusoient les chrétiens de tous les maux qui arrivoient à l'empire, parce qu'ils n'adoroient pas leurs idoles. » Le chanoine ne sut que répondre.
Nouvelle d'Angleterre que les Régents, en l'absence du Roi, qui est à Haaiovre, ont rejeté 28 requêtes pour faire autantde compagnies nouvelles. G'est toujours la folie des actions.
Les pères bénédictins ont élu pour leur général le père de Sainte-Marthe, prieur de Saint-Denis, qui est un des principaux appelants. Us ont eu cette permission du Régent à la sollicitation de l'abbesse de Chelles, sa fille, à condition qu'ils ne parleroient point des affaires de l'Église dans le chapitre qui étoit àMarmoutiers.
Lorraine. — Le duc de Lorraine étoit près d'obtenir l'érection d'un évêché à Saint-Dié, lorsque l'évèque de Sisterpn, qui fait nos affaires à Rome ( autrefois le père Laffitau, jésuite (1)) déclara au Pape que, s'il le faisoit,il
(t) Pierre- François Laffitau, de la Compagnie de Jésus, évêqaede Sisteron, était né à Bordeaux en 1685. Voir sur ce prélat habile, savant, mais intrigant et li^ertin, Dnclos, Mémoires secrets^ t. II, p. 155.
S70 MÉMOIRES 1>E M ATHIEU MARAIS.
avoit ordre de sortir de Rome avec tous les François et dé rompre tout commerce. Le Pape, épouvanté, enviyâ dire à la Congrégation défaire un dilata^ et il ajouta au décret que le duc de Lorraine eût à confirmer lés J>reaves alléguées. Cela renvoie l'affaire à une autre année. 11 y a longtemps que les ducs de Lorraine cherchent à ériger un évêché en Lorraine, où il n'y en a pbinV. ''' '
Il y a eu un arrêt, du 23 août 1719, imr le réig[iiisiioire des gens du Roi, qui « fait défensesli Tévèque de Tbiil et autres de comparoir à* Rome à aucune citation, noraimment en ce qui concerne la prétendue érection d^un évêché à Saint-Dié ou ailleurs. Leur défend' de pifèter aucun consentement à ladite érection ni à aticun démembrement de portion de leurs diocèseis. » Les gens du Roi disent que ce nouveau diocèse ne pouvoit être composé que de celui de Toul, et peut-être, d'autres diocèses, dont lès églises cathédrales sont dans le royaume, ce qui diminueroit là dignité de ces églises , dont le Roi est protecteur et patron, et ils font ime courte histoire des différentes tentatives des ducs de Lorraine. LVrrél est dans mon recueil de 1719, t. II, p. 186. (Voy. le C. d'Ossat, dans ses Lettres de l'année 1599, )
Gazette de HolL , 6 août, — Corps de doctrine. — Lès motifs y sont tout au long,. Les curés du Vieux-Corbeil ont envoyé au cardinal deNoailles desjnotifs contré le Corps de doctrine , et demandent permission de renouveler leur appel et de prolester contre le Corps. Le préciâf de ce mémoire est : 1° que les motifs de l'appel subsistent comme il y a deux ans, injure à l'Église de 'transiger entre particuliers, sur une affaire qui intéresse toutes les églises; 2** le Pape et lés évô(Juesultrampntains n'accepteront point ce Corps de doctrine^ qui autorise les droits de rÉglise gallicane en quelques endroits; 3" le Corps de doctrine condamne plusieurs propositions, justifiées dans les instructions pastorales du cardinal de Noailles, et dans le /^ectie// des difficultés, imprimé par son ordre;
4* le Corps de doctrine est tout occupé à précautionner contre des erreurs qui n'ont point de partisan^ et il est •rempli de termes équivoques^ qui favorisent le relâcheittènf et les maximes souvent déférées aux tribunaux des évècfaes ; 5® saint Augustin est |m)posé comme un au*teur obscur qui a besoin d'interprétation . Il est vrai que parthMes auteurs on a vu qu'il est plus sûr de s'attacher i aaint Thomas^ c'est-à-dire, en bon françois, que Suarez et Sfondrate et tous les pères théologiens^ qui moins sibitôrés que Molinaleur maître, ont voulu accommoder saint Augustin à leurs sentiments, pouvoiént aussi passer poui» véritables interprètes, seulement avec plus ou moins de sûreté ; 6' quoi que le dogme de la grâce, efficace par elle-même, ait été reçu dans toutes les écoles catholiques siuds contradiction avant Môlina, on le fait passer comme un simple sentiment ajouté à celui de FÉglise par l'école saint Thomas. Ces motifs généraux îÂ*ouvent qu'où ne peut recèvoii; le Corps de doctrine ^ qu'il ne pourra jamais donner à l'Église une véritable et solide paix, en excitant de nouveaux troubles.. Ce mémoire est présenté à Bné comte »éft«rr,etsîgfaé dans les calendes du 1*^*^ juillet 1720. H y a une lettré jointe' à ce mémoire.
Aujourd'hui 9rsur les cinq heures du sôi^, on a pilblié un arrêt (rendu dès le 31 juillet) qui a permis à là Compagnie des Indes de faire délivrer des souscriptions pour 6&,0(K> actions sur'le piedtle 9,000 fr. chacune en 9 paye- Tîients, le premier comptant. Les 50,000 actîoiis étoient distribuées avant l'arrêt publié. Le motif- est que c'est la voie la plus convenable de safesfiaire à l'engagement qu'elle a pris de retirer pour 600 millions de billets suivant redît ( rapporté siirla daté (ïù 25 juillet ) ; mais elle ne dit pas que, d'un autre côté, elle se charge de 50, 000 actions, dont il faudra payer le dividende, pendant que le fonds payé en billets sera éteint et brûlé. Le fi, il y a eu un deuxième arrêt, qui à promis de faire encore 20,000 actions,
Valeur. Billets. — Les billets sont beaucoup tombés, x>n perd 20 fr. sur le billet de 100 fr. Ceux de 10 £r. sont payés au change, mais on n'en approche pas^ La Banque fait vendre l'argent, à 25 de perte, dans: les bureaux de l'hôtel de Soissons. Au Trésor royal, quajHl on a 12,000 fr. à toucher, on vous donne deux billetç de 10,000 fr., et il faut rendre 8,000 fr. en billetsdel,O0Ofr.» ce qu'ils appellent les appoints, en sorte qu'un, pauvre homme dont la charge est supprimée, et qui en touche la finance, en papier très-casuel, est encore obligé de chercher d'autre papier pour pouvoir recevoir ce mauvais payement. La vexation paroit poussée aussi loin qu'elle •le puisse par Tinvention de la Banque.. Nicole Gilles, dans ses Annales de France, dit qu'en 1347 on chassa tous les Lombards, banquiers et usuriers, et ajoute : «Et qui feroit de présent ainsi ce seroit bien fait, car ils font beaucoup de mal en France, et, quand ils y viennent^ jamais n'y apportent un ducat, mais seulement une feuille de papier en une main et une plume en l'autre, et ainsi tondent aux François la laine sur le dos et leur font gabelle de leur propre argent. — ( Notez ce mot gabelle, qui est le plus fort imposé, où Ton prend cent pour un sur le sel.) {Annales, fol. 163, éd. 1562.) Voilà bien le portrait de Law, qui est venu en France avec ses calculs, et qui la ruine avec son propre argent.
Il est tombé à Châlons en Champagne une grêle, du poids d'une livre et plus, qui a miné tous les toits des maisons et les .vitres, et quarante villages à l'entour. Les animaux et jusqu'aux loups en ont été tués dans la campagne. Les bourgeois de cette ville sont obligés de la faire recouvrir de paille, la tuile y étant rare et très chère. C'est une désolation inouïe. Les constitutionnaire vont dire que c'est une punition du ciel, parce que 1'^ vêque, frère du cardinal de Noailles, persiste dans se appel, contre le sentiment de son frère : Punition, c Homère , et vengeance divine. On ne sait trop bien po
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qui est le ciel dans cette affaire. La peste est à Marseille, où 1 evèqiie accepte la constitution, grêle à Chàlons où l'évèque appelle,
J'ai reçu une lettre de mon frère Latour, datée du 5, de Chassenay en Champagne^ où il est avec M. Poncher, maître des requêtes, son ami, pour voir cette terre de Chassenay. Il me marque qu'il a trouvé sur une cheminée, en lettres latines : Moné pistis (qui veut dice ; une seule foi).