‹ Journal et mémoires de Mathieu Marais, avocat au Parlement de Paris, sur la régence et le règne de Louis XV (1715-1737) (volume 2)Chapitre 36 sur 37 · ORDRE DE LA SÉANCE · texte numérisé non relu

ORDRE DE LA SÉANCE

l£ Chancelier^ président.

A droite.

Le Aégent.

M. le duc de Chartres.

M. la Duc.

Le prince de Gonty.

Le comte de Charolois.

Le comte de Toulouse.

Me$$ieurs les Ducs.

Le duc d'Uzès.

Le duc de la Force.

Le duc de Mazarin.

Le duc de Villeroy.

Le duc de Saint- Aignan.

Le duc d'Aumont. Le duc de Charost.

Le duc de Chaulnes.

Le prince de Rohan.

Le duc de Melun.

Le duc de Tallard.

Sur un autre banc.

Le duc de Villars.

Le duc de Yalentinois.

Maréchaux de France,

Le maréchal de Yilleroy.

« Le maréchal d'Uxelles.

Le maréchal de Tallard.

Le maréchal de Matignon.

Le maréchal de Bezons.

M. Pelletier de Souzy, conseiller d'État, le dernier du banc.

Sur un autre banc aussi à droite.

Conseillers d'État,

M. d'Armenonville.

M. de la Houssayew M. Desfors. . , M. de la Rochepot.

Maîtres des requêtes,

M. de Gourgues.

M. Parisot.

M. Moreau de Séchelles.

M. Orry.

A gauche.

Les premiers présidents et conseillers du Grand Conseil.

Dans les avis, on n'a compté que pour un la voiy du père et du fils , parce que c'est l'usage du Granid Conseil^ quoiqu'au conseil d'Ëtat on n'en use pas ainsi. M. le maréchal, duc de Villars, est venu trop tard et n'est pas entré. Le duc de Noailles attendoit au dehors, pour porter à son oncle, le Cardinal, la nouvelle de Tenregistrement. Il est entré deux ou trois personnes des favoris du Régent comme H. de Biron, Fargis, etc. M. le Régent est venu dans un grand carrosse à portières; il étoit dans le fond avec M. le duc de Chartres, H. le Duc et M. de Charolois sur le devant, M. le prince de Conty à une portière, le

comte de Toulouse à l'autre. Le Régent avoit plus de cent gardes. Il y avoit trois fort beaux carrosses de M. le Duc et quatre du prince de Conty, et tous ceux des ducs et maréchaux de France, ce qui a fait un éclat extraordinaire dans la rue Saint-Honoré où est le Grand Conseil. Cette expédition faite, on est retourné au Palais-Royal avec le même cortège, et enfin voilà la fameuse déclaration enregistrée, mais ce n^est pas sans peine et sans autorite.

Mardiy 24 septembre. — La déclaration a été criée et débitée dans les rues avec Tenregistrementen ces termes : Lue, publiée à Taudience et registrée es registres du Grand Conseil du Roi pour être exécutée, gardée et observée selon sa forme et teneur. Ouï et ce requérant le procureur général du Roi , et copies coUationnées d'icelles seront envoyées aux bailliagtis, sénéchaussées et présidiaux du royaume qu'il appartiendra pour y être pareillement lues, publiées, registrées et exécutées. Enjoint aux substituts du procureur général du Roi d'y tenir la main et d'en certifier le Conseil dans un mois , suivant l'arrêt du conseil de ce jourd'hui 23 septembre 1720. Signé Verdal. ^

Il faut remarquer que l'envoi se fait aux bailliages et sénéchaussées du royaume et non pas du ressort, parce que le Grand Conseil n'a point de ressort particulier comme les Parlements , mais son autorité s'étend par tout le royaume, dans les cas qui lui sont attribués. Ainsi, il enverra la déclaration aux bailliages et présidiaux dans le ressort des parlements qui n'ont pas enregistré la déclaration. Je remarque, sur cetje déclaration, V que les motifs en sont dressés avec beaucoup d'art et d'esprit, et que le style pompeux de M. le Chancelier ne s'y trouve pas. 2^ Qu'en ordonnant l'exécution de Tarrêt d'enregistrement du Parlement, du 15 février 1714, on cons'erve le droit des évoques, les libertés et les devoirs réels, même en cas d'excommunication, où

tout cela est réservé. 3° On dit que l'Instruction pastorale de 1714 est adoptée par plus de cent évêques, ce qui n'est pas , et on ne manquera pas de chicaner sur ce calcul, i* On nomme le Corps de doctrine : Eccplicatien sur la Bulhy et non pas : Explication de la Bulle^ pour ne pas blesser le Pape. 5*" On parle d'une lettre écrite par plusieurs archevêques et évoques au Régent, qui approuve lesdites explications; mais on ne la date pas , et la voie d une lettre parolt bien faible et bien légère pour une affaire de cette importance; n'y ayant point de minute, de dépôt, ni d'acte public de cette lettre, qui peut être facilement désavouée. 6* Les actes d'appel au concile sur la Constitution sont défendus à l'avenir, et le Roi veut que ceux qui ont été interjetés soient regardés comme de nul effet. On ne dit pas soient regardés comme nuls, ce qui les suppose valables au temps qu'ils ont été faits , mais ils sont de nul effety parce que l'affaire est accommodée. A quoi les quatre appelants, qui n'ont point entré dans l'accommodement, peuvent dire que cela ne les regarde pas et que leur appel doit avoir son effet, puisqu'ils n'ont point approuvé les explications qui font la matière de l'accommodement. 7* On renouvelle toutes les bulles qui concernent le jansénisme et toutes les lettres patentes données sur ces bulles, ce qui parolt affecté pour le triomphe des jésuites. 8* Il est défendu d'exiger aucune formule nouvelle de souscription, « n'étant pas permis d'en introduire , sans délibération des évêques, revêtue de notre autorité. » C'est une maxime générale que l'on met en avant, et qui est assez singulière dans une déclaration du Roi. Le Parlement , dans une cause de l'archevêque de Reims, avoit déjà jugé, suivant cette maxime, la souscription qu'il exigeoit nulle. 9** La déclaration dit que l'art. 30 de Tédit de 1695, rendu sur la juridiction ecclésiastique, sera exécuté et, en conséquence, que la connoissance et le jugement de la doctrine concernant la religion appartiendra aux

archevêques et évèques, et leurs jugements à cet égard exécutés contre toutes voies et personnes séculièreset régulières, etc. Voilà un terrible coup contre le second ordre, qui prétend avoir droit de juger (ce droit se trouve établi dans plusieurs écrits faits en ces derniers temps/ tels que : V Apologie des ciwés, etc. y où tous les passages de rÉcritureet des Pères à cet égard sont recueillis, la Réponse de V Université diU Mémoire de» 28 évèques, le factum des curés de Reims, qui examine la question à fond ; et les écrits contre le Corps de doctrine (sur le titre d'Église enseignante que se donnent les évèques). H y a cependant un édit de 1695, qui a réglé cette matière, et cet édit fut fait, avec grande délibération, par M. d'Aguesseau, conseiller d'État, père de M. le Chancelier. A U vérité , on peut dire que cet édit ne dit pas : les évêques. seuls y et qu'il n'est pas exclusif; mais la déclaration dernière semble juger l'expression, puisqu'elle veut que les jugements des évoques soient exécutés contre les inférieurs. U' un autre côté, les quatre évêques appelants peuvent dire que puisque le jugement de la doctrine leur appartient y ils peuvent trouver la Constitution mauvaise^ sans que le Roi les puisse obliger à la recevoir, d'autant plus que le droit des évêques est conservé par l'enregistrement du- Parlement, fait en 1714, et que leur pouvoir s'éiend à juger et à rejeter en jugeant Mais on leur dira que leur appel au concile n'est pai^ un jugenobeiity et on prétend quecet appel ne se peut faire en France sans^ permission du Roi, et ils ne l'ont pas obtenue; Cette difficulté a été traitée dans le Mémoiredes quatre évêques sur l'appel (Discours de M. de Harlay en 1688. Son appel est parordre du Roi), quitapporte plusieurs ««emples d'appels sans, permission 'da< Roi, oe^'qui distingue les affaires d'État* d'avpc celles ^qui regardent la foii^ A quoi on peut répandre ^'un appel au concile introduisant ou menaçant un schisme, quand il n'est que de quelques évêquefi, le Roi a intérêt d'en connoitre, parce

que toute matière de schisme divisàbt rÉiat y lé Roi a droit d'en eonnoltre^sui^vani les principes étaMis lors du coûèile de Constance; «e -qui peut'justifieriîettè déclaration: derniière^quia étédo^éedeois la crainte du schisme, etd>6ù 00 peut iDduir<$qne le Rw<n'a pas mis la main à Petieensoir^ lOo II est dit : « Â^' peiney contre ceux qui c6n-^ trévielidront à la déclaratiouy d'être traités comme rebelles^ désobéissants à nosordresi, séditieux et perturbatettl^s du.repos public. » Les évèques appelants et le sec<fhd ordre pr^éndront que le Roi n'a pu prononcer cette peine en'imatière de religion^ mais la crainte du schisme excusera tout. 'En 1715, le roi Louis XIV n'avoit 'iQenacé d'autres peines que des canoniques et du concile national; et sonédit ne put passer. Aujourd'hui , le €oppê de- doctrine on le^ explications approuvées rendeni^cela ;plûs supportable, d HH II, est défendu de rien écrire ieontre la Constitution , l'Instroetion et les Explications; tdus livres -et libelles sont 'défendus; le terme de Kvrei^'eïckfbtôut (ouvrage, tnâis^cfDînèrae temps on exclut tous'' ctua> qui' r^gardêroiént leS'Contutatiom',qm viennent d'4li^'4ernknie»fJ^hrlesquélieS''nom imposons un. silence ^éf«#riiJ;cQ'qui:fiertiMé»'apjdig^er^àî toute apologie ou défelise^e'ia Constitutioiii; * mais ila' puissance du Roi n'ira pasjusqu^àela^pècHéf'^lesi docteurs et théologiens des d«cix partis d'éisrire.> là"" fseedéclaration retrouve datée du k d'août 1720 ^ et est ddress*éer.au Grand Conseil. C'est Ift~mômigi date de- celle' du.^ParLement. 11 y a bien de l'iiomlôe dans) tout ceci, et nous en verrons les suites. Il iàciiic^tre4que le bien de la paix y a eu part; mais il y a aussi^i^e grandes* vUes^ d'aQabitioti et des espérances de ekafiéalt'dQ 'Côté de là cour ds& «Rome , qui se développe-

i*J^ai «ppris de tt. Guioo>|,d0Vaf astre ^ conseiller au Grand Conseil, que les ducs et pairs et maréchaux de France y ont voix délibérative, et ainsi cette séance est dans la règle. La difficulté est que ]i?affaire étoit finie,

mais le Grand Conseil n'avoitrien arrêté sur son registre; ce n'étoit que par respect que Ton devoit supplier le Roi de retirer la déclaration , et la lettre de jussion portoit ordre de délibérer à nouveau. Dans les avis^ M. le Chancelier en a assez dit pour connoltre que la déclaration étoit de sa façon. Le Grand Conseil a pour devise : Unico universus , parce que c'est le seul tribunal qui s'étende partout. Le conseiller au Grand conseil a séance, après le doyen, dans tous les parlements, et tient le siège dans tous les présidiaux. On dit aussi d'eux : Vivimm ex rapto, et M. Rouillé du Coudray, conseiller d'État^ Tappeloit toujours un tripot découvert, à l'occasion de la cassation d'un arrêt de cette compagnie. L'abbé Henrion, reçu depuis peu conseiller, lui a fait plusieurs interpellations sur la contrariété des dispositions qu'elle contient, et il y a répondu en expliquant le sens de la lettre, que l'abbé, de son côté, soutenoit n'être pas naturel. M. le duc de Charost a voulu discourir en opinant et ne sa voit ce qu'il disoit. Il a dit que la Constitution étoit un dogme dogmatique et a répété vingt fois le nom du Régent en le voulant louer, et il en est demeuré là. Le Chancelier est arrivé avec douze hoquetons (l),quoiqu'il n'en ait que deux ordinairement, et le Régent avoit plus de cent gardes. En descendant, il a dit au prince de Conty : « Je crois que nous venons de faire là unef... besogne ^ mais elle servira toujours à démasquer le Cardinal et le Chancelier. »

25 septembre. — Grand Conseil. — Attribution. — On a publié les lettres d'attribution au Grand Conseil de toutes les contestations nées et à naître dans Vétendue du ressort du Parlement transféré à Pontoise, au sujet de Tacceptalion et observation de la Constitution et lettres patentes, les oppositions faites et à faire, les appels comme d'abus interjetés et à interjeter, tous les procès civils

(i; Gardes parliciiliers du Chancelier.

SKPTEMBRE 1720. 453

et criminels. Ces lettres sont du 15 septembre, registrées le 23, pour être envoyées aux présidiaux du royaume qu'il appartiendra. Il est remarquable que révocation n'est que dans l'étendue du ressort du Parlement de Paris, quoique le Grand Conseil ait le ressort de tout le royaume et aussi l'enregistrement ne fait pas d'exceptions. Cette attribution dépouille le Parlement de Paris de beaucoup d'affaires. On lui 6te tous les jours quelque plume. A la fin il n'aura plus rien.

Retraits. — Le conseil donne des arrêts d'évocation particulière pour les affaires pressantes que le Parlement ne juge pas comme les retraits. Et c'est un dépouillement nouveau. Ces affaires sont renvoyées à un bureau dont M. d'Armenon ville (1) est le chef, composé des conseillers d'État et maîtres des requêtes où on juge, tant bien que mal, les questions les plus difficiles, et principalement les consignations pour déboucher les billets de 1,000 fr. et de 10,000 1. dont le cours est arrêté à la fin de ce mois.

Le décri des gros billets à la fin du mois £ait que tout le monde rembourse et consigne en ce papier. Le lieutenant civil a reçu ordre de tenir son siège seulement pour la réalisation des offres , et quoiqu'il n'y ait que trop de sergents, on n'en a pas assez'pour faire les exploits.

Le duc de la Force. — 11 n'y a plus ni parole, ni honneur, ni bonne foi. Le duc de la Force, président du Conseil des finances, avoit fait une obligation àson frère, le marquis de Caumont, de 1 ,600,000 1., payable dans vingt ans. II a dit qu'un débiteur pouvoit toujours se libérer ; il a fait offrir à son propre frère ces 1,600,000 fr.'en billets; il a fallu s'accommoder avec lui, et lui faire une remise de 700,000 livres pour sauver le reste, qui sera payable dans les délais portés par une transaction dont

(1) Fleuriau d^Armenonville, intendant des finances, conseiller d*État,se« crétaire de la guerre, garde des sceaux, mort en novembre 1728.

j'ai été l'arbitre. Le frère est armé contre le frère, le père contre le filS) et les hommes ne se connoissent plus.

Le même duc de la Forqe^ qqi a gagné plus de kO millions et qui;9'a poi4t d'enfants, a faiVune pareille infidélité à H""? de Locn^aria, à qui il 4evoit 400,000 francs, payables dans jun temp^. U l'a payée en billets; avant l'échéance. La dame, qui a de Tesprit, forcée de recevoir, vit, e^n signant la quittance^, qu'on;avoijt donné des qualités de très-haut et très-puissant seigneur , monseigneur y aAX duo 'de la Force. Elle raya toutes ce{$ qualités de sa pj^^pre tmain ; dont le duc s'étant fâché et ayant dit qtieq'^ieDts^iqDalités et celles de robligatigtn. M"® de Locmaria répoiiçiîtf: « Alors je vous regardais comme un homme de qualitéfet de bonne foi et J€^ y^^^us lésai passées; à présent jcf vous regarde autrement! et je vous airéduit èf^oire vaieurjdn- • trinsèque. <c Elle se servit de oe terme du temps, dontrle duc s'étoit servi plusieurs fpisf,' en lui voulant, faire enteo4re qu'il avoit raison. La dani^^.efirfoct.applaudie et:>lei4uc .déshoQoré, qui i^e^'eur soucia guère. ,. j. . Peste j)fi Maasëil^k. — ;Lar:pQste> ^s^ plus fort^ que Jamais à Jd àrseille, M., .de Langerpi^i^ commandant sur les .galères^ est entré dans 4a yU}qfj'ayeq>des4roupes et d^sg^a- .lériens, et Us Tout i^ttoyée en tcodsjoujrs^ de tou^ les corps morts et immondices ; mais, trois jours après, elle -s'est trouvée en aussi mauvais état-. U-y <a •çu/ûn s^rr^^t du conseil du 14 septembre, ea26 artscles^ qui est un très-ïbef^u règlement sur 1^^ peste et les pa^aautions<

L'évêque (l),quiaf^i|limervjeilleju^u'à présent^ voyant qu'il n'y a plus de remède, s'^^stienfermé ayeedesivivres . dans sa maison qu'il a fait murer. Le peuple (qui n'a jamais guère de raison et qui en a encore moins dans cet état de douleur ,;çar> laidouleiifestdiijujs^e). s'est fàcl^ contre l'évèquc ; ils ont entouré sa maison' de corps mprts

(i) Le faipeux aelzunce.

pour le faire périr; ils en ont jeté par-dessus les murs, et c'est un siège d'un nouveau genre qu'il est obligé de soutenir. Le mal gagne la Provence et a détruit plusieurs gros villages.

Remèdes. — On débite dans Paris un écrit intitulé : Parfums el remèdes contre la pesle^ dont s'est servi le P. l^éoUy augusJtn déchaussé de France, par ordre. du Roi en 1666-1667-68 e(69. J'ai entendu dire à H. de Chirac, médecin du Régent, que la déclaration de la peste est pire que la peste même, parce qu'il n'y a plus de communication de ville à ville, ni de village à village, et que l'on manque de vivres et de secours, ce qui cause les lùauxdu corps et de l'esprit, la faim et les délires.

Actions des fermes. — Arrêt du 17 septembre, qui ordonne que le dividende des anciennes actions des fermes sera payé, par provision, sur le pied de sept pour cent, à la charge de donner aux porteurs des coupons, des promesses de payer le bénéfice en; surplus après les comptes rendus, et le bilan arrêté. Le coupon est la division qui se coupe sur l'action, pour se faire payer du dividende ou intérêt.

Jêudiy'^b septembre. —Arrêt du 26, qui renouvelle pour trois mois la remise des deux tiers des droits d'entrée sur les bestiaux, tant à Paris que dans les provinces. « . Vendredi, 27 septembre. >— Guinée. — Par des lettres de janvier 1716, le Roi avoit rendu libre le commerce de la côte d'Afrique ott Guinée- pour la poudre d'or et les nègres ; mais la Compagnie des Indes a fait révoquer cette liberté, par arrêt du 27 septembre, qui lui accorde le privilège de ce commerce à perpétuité, à la charge, entre autres choses, de faire transporter tous les ans 3,000 negrès au moins aux îles fràtfçoises de rAmériqile. La Compagnie est un abîme où tout se perd, et l'argent, et les hommes, et tout le monde entier.

Dimanche 23. — Cardinal de Noailles. — En ce jour, on croyoit voir paroltre le mapdeuient du Cardinal portant

acceptation du Corps de Doctrine et de la Constitution ; mais il n*a rien été publié dans les paroisses, et Von a su que le Cardinal a dit qu'il avoit promis son acceptation sous condition de l'enregistrement au Parlement^ ce qui n'ayant point été fait, il n'est point obligé d'accepter. Le Régent est très-fàché contre lui, et a dit, dans sa colère, qu'il le livreroit au Pape et Tenverroit au château Saint- Ange afin qu'il lui fit son procès (1). Les gens même de son parti sont las de ses incertitudes et voudroient voir la cbofe finie^ de manière ou d'autre. Il a demandé encore jusqu'à la Saint-Martin à la Sorbonne^ qui ne sait plus où elle en est avec un tel prélat. Il y a dans une ancienne chanson :

Tout Noailles est imbécile , etc.

Lundi, 30 septembre. — Billets de banque cessent. — Les billets de banque de 1,000 et 10,000 francs ont cessé d'avoir cours dans les payements. On attendoit une prorogation qui n'est point venue. Ces billets ne sont plus reçus qu'aux rentes de la ville, aux rentes provinciales, aux viagères et autres débouchés. On en paye aussi les actions sur la place. L'action est montée à 7,700 et 7,800 livres. Les petits billets, de 100 livres perdent jusqu'à 72 ; on ne donne que 28 et 30, et par cette fonte du billet, la viande revient dans les maisons bourgeoises à 32 sols la livre. Les cœurs sont si abattus et consternés qu'on ne songe qu'à mourir, et on envie le sort de Marseille.

Mardi l*^ — Monnoye nouvelle. — Pour bien commencer le mois et cpnsoler Paris , on a publié un édit registre d'hier, 30 septembre, en la Cour des monnoyes.

(I) Barbier raconte u)ie scène encore plus vive (1, 77. )

qui ordonne une fonte de toutes les anciennes espèces d'or et d'argent et une remarque des louis d'or appelés Chevalier et des louis d'argent. 11 sera fabriqué de nouvelles espèces avec la refonte, et les remarquées seront d'un prix égal et auront cours , savoir : les nouveaux louis pour 54 livres; les louis d'argent pour 60 sols, et les écus de dix au marc pour 9 livres. On les porte à la Monnoye suivant la division, pour 36 livres le louis, 6 livres Fécu, et 40 sols le louis d'argent, et la Monnoye les rend remarquées et refondues avec un tiers d'augmentation ; et Ton permet de porter et joindre aux matières et espèces la moitié en sus des billets de banque de 100 livres, 50 livres et 10 livres, moyennant quoi la totalité est fournie en nouvelles espèces. Ainsi, en portant 600 livres d'argent et 300 livres de billets, on vous donne 900 livres de la monnoye nouvelle, qui ne vaut pas plus que les 600 livres que vous avez portées, puisque c'est le même poids. En sorte que le billet retourne au Roi en pure perte pour celui qui le porte, et c'est une invention de l'arithmétique de Law d'acquitter le billet sans en rien donner du tout. Invention damnable et qui va achever de ruiner tout le monde, car celui qui n'aura point d'argent ne pourra rien tirer de son billet, qui sera refusé partout, et celui qui joindra de l'argent à son billet n'aura pas plus d'argent qu'il en avoit auparavant, et il n'aura plus de billets. Voilà comme la fidèle Compagnie des Indes fait payer au Roi les billets dont il est garant, et comment elle tient sa parole de les faire retirer des mains du public. Toute cette belle opération doit commencer au 1 5 octobre, auquel jour finissent les diminutions indiquées, et on a jusqu'au 1" décembre pour faire passer le billet. U y a peine de la vie contre ceux qui transporteront des matières et espèces hors du royaume et qui en feront rentrer après les avoir fait sortir. Jamais le royaume n'a eu tant d'or, il en est venu de tous côtés des pays étrangers; mais les thésauriseurs cachent tout, et au milieu de l'a-

bondance, on est dans la plus affreuse disette qui se soit encore vue.

SoLmediy 5 octobre • — Peste, — On a appris de Proy^ce que la peste s^esi communiquée dans la ville d^Aix, qu'il en est mort un jour 30 personnes^ lelendemain &0 et que Ton se retire de cette ville le plus qu'on peut. H. le Bret, intendant et premier Président^ y reste, etsafemme, grosse de six mens, ne le veut point quitter.

BoRDEAFX. Blb& gatbs^ r^ A Bocdcaux, le Parlement a été informé qu'il y avoit de mauvais blés dans la ville. On a commis, par arrêt, des experts, qui ont rapporté qu'ils avoient trouvé chàz les boulangerj5.de trois sortes de grains, de mauvais, de moins mauvais et de bons, et que Ton en faisoit un mélange. L^ Parlement s'est rassemblé et a nommé des médecins pour en faire la. visite. Les médecins ont dit que ces graines pouvaieat nuire à la santé et causer des maladies. M. de Courson, intendant, a soutenu que les blés étoient bans et qu'Us venaient des magasins du Roi. Nonobstant ces reniontrances , le Parlement a ordonné que ces mauvais blés seroient jetés à la mer, ce qui a été exécuté. On a aussi décrété les boulangers qui en avoient , et l'intendant luimême a été décrété et assigné pour ,être ouL II s'est plaint hautement. La cpur a donné un Vemat à de.ux conseillers, nommés MM. Duval etPichon, qui sont venqs à la Cour rendre compte de leur conduite. M; de* la V^rillière a dit à M. Pichon qu'il étoit un homme noté, et il. a répondu qu'il étoit connu pour avoir toujours soutenu la vérité et la justice , et que c'étoit sa notç. Cette affaire s'est passée à Bordeaux, le 7 septembre derniep;

A Moulins, le chevalier de Rieux., coloneVd'ui^ régiment, s'est battu contre le chevalier de Pesay, comnoLfiindant de la province et inspecteur des troupes. Le che^valier,de Pesay a été très-blessé.

M. Févêque de Boulogne a écrit unç Lettre pastorale aux habitants de Queyres, au sujet de l'attentat commis cpptre

sa personne le 21 août. Elle. est très- apostolique; tendre, orsqu'il s'adresse à ses peuples, et lorte, dans la matière Ihéologique qu'il y a fait entrer par occasion. La lettre est du 10 septembre, depuis Venregistrement de la déclation à Douay, qui est du 17 août. 11 répond à.ce que ses peuples disent qu'ils veulent demeurer dans la foi de leurs pères, et il leur montre que cette religion n'autorise point les violences. 11 parrle du.gcand nombre ,et met de son côté tous les papes,; le^.^yêques et les saints docteurs qui ont vécu et tout ce flu'il.y a d'éclairé aujourd'hui dans le monde chrétien. Si >J'Église est une dans tous le^ temj^, la foi., .dit-il> 4^it être la même dans tous les siècles. Il fait entendre aux peuples de Quevres qu'ils sont cjxcommuniés {ip$o fotçto) pour avoir attenté contre lui et leurpuré, et que, ^ils ne reviennent àrécipiscence, il ne reste pqpr eux qu!une attente effroyable du jugement et de l'ardeur du. feu qui doit dévorer les ennemis de Dieu. Il n'y avoit qu'à dire l'enfer tout court; mais M. de Boulogne ne parle pas comme un autre, et il met des élégances où il n'en faut p^. Son procès-verbal est bien plus sino^ple. L'Instruction finit parles invitera l'imitation de TEnfant prodigue; il ne les excommunie pas, parce qu'il les croit excommuniés. Actions non remplies nulles. — Arrêt du 5 octobre, qui donne le reste d,u mois d'octobre pour payer le supplément des actions non remplies, bu en 3,000 livres de billets ou en convertissant trois eu deux : si mieux, n'aiment les convertir on actions rçntières. Apçès ledit temps, nulles.

. Autre arrêt du'24 septembre, publié le 5 octobre, qui ordonne que les procès évoqués par les retraits seront jugés en dernier ressort par les commissaires, au nombre de 7. Les procédures se feront par procureur, et s'il y a de nouvelles parties, on suivra le. règlement du conseil du 17 juin 1687. Cette Chambre' est faite pour accélérer le jugement des procès j mais on y juge de bien des ma-

tières qu'elle n'entend point, et elle ordonne des consignations par provision, en matière de retrait, aux périls de qui il appartiendra, chose inouïe dans la coutume de Paris, et dont on ne s'étonne pas parce qu'on ne s'étonne plus de rien. Le retrayant court risque de perdre et son procès et ses effets consignés.

Conseillers d'État : MM. D'Armenonville. Bignon. La Rochepot. Cbàteauneuf. Machaut.

Maîtres des requêtes : Maboul. La Grandville. Orry. Angran. La Vigerie. Vatan. Tallouet. Tourny. De Bonnelles. Dupuy. Fontanieu:.

Chambre des vacations. — Conseillers d'État. MM. D' Armenonville. Bignon. Rouillé du Coudray. Foucault. La Houssaye. La Rochepot. Chôteauneuf. Ferrand. Machaut.

Maîtres des requêtes. MM. Gourgues. D'Hobigny. Maboul. De Morangis. Maupeou. La Grandville. Orry. Boucher. De la Vigerie. Doublet de Persan. Bertin. Midorge. Ollier. Rossignol-Regnaut. Leferon. Villain. Designy. Legros. Fontanieu. Tourny-Talhouet. Bonnede. Mandat. Du Puy.

7 octobre. — Voici un sujet d'étonnement pour d'autres temps, mais à présent on s'accoutume à tout. Le Parlement, n'ayant pas voulu enregistrer la déclaration de l'accommodement des évèques , ni toutes les autres qui regardent le système , on ne lui a point envoyé de lettres pour la Chambre des vacations, et le Conseil en a établi une (1) à Paris dans le couvent des Grands-Augustins (2), composée de 9 conseillers) d'État (M. d'Armenon ville Président) et de 25 maîtres des requêtes, parères lettres patentes en forme de commission , qui évoquent

(1) Barbier, T. I, p. 75.

(2) Ce couvent, occupé d'abord parles Frères Sachets, ou Frères de la Pénitence de Jésus-Christ, fut cédé enl293 par ces religieux, réduits à la plus grande pauvreté, aux Ermites de Tordre de Saint-Augustin, qui y séjournèrent jusqu^en 1790. La Italie à la volaille a été construite sur une partie de Templacennent de cette communauté.

OCTOBRE i7aO. 461

tous les procès civils et criminels^ qu'il est d'usage d'instruire et juger en vacations, suivant l'ordonnance de 1669, jusqu'à la Saint-Martin prochain. Ils jugeront au nombre de 7. Les procureurs de la cour seront tenus d'y occuper, et on pourra se servir, si on veut, du ministère des avocats au conseil. M. de Vatan, procureur général, qui nommera des substituts. Varnier, greffier en chef de la commission. Le.Grandy principal commis au greffe criminel. Les greffiers du Parlement apporteront les informations et autres pièces dans trois jours. Outre les procès de rapport, il. y aura une audience à huis-clos les mercredi et vendredi, qui se fera par rôles publiés, et les arrêts qui y seront rendus par défaut ne seront point rabattus dans la huitaine ni par opposition , et on ne pourra se pourvoir contre que par requête civile.

Le même jour, 7 octobre , la séance de cette Chambre a été ouverte aux Augustins, et les lettres patentes y ont été enregistrées ; c'est un petit Parlement que Ton a fait à Paris, pendant que le vrai Parlement languit à Pontoise. Les avocats au conseil refusent de fraterniser avec les procureurs de la cour et ne veulent point aller à cette Chambre ; d'un autre côté, les procureurs ne veulent point reconnoltre une Chambre composée de conseillers d'État et maîtres des requêtes, devant qui ils ne sont point reçus. Cependant le public a besoin d'être jugé. La Régence, qui accommode tout, jusqu'à la religion, viendra bien à bout de ce différend.

Philotanus. Abbé de Grécourt. — L'abbé de Grécourt (1), chanoine de Saint-Martin de Tours, est mort, non sans soupçon de moviviolenle. C'est encore un poëte;

(1) Jean- Baptiste- Josepli Williart, de Grécourt, né à Tours en 1683, mort le 2 aTrii 1743, et non en .1720. La nouvelle en avait couru. Et Marais l'enregistre, sauf à la démentir, comme nous le verrons. Ses poésies, en général très libres, mais d^un tour spiriluel, furent pour la première fois réunies en 2 v. in- 12, en 1747. Les meilleures éditions sont celles de 1762 et 1764, 4 v. in-12.

il ne pouvoit pas vivre longtemps. Il est Fauteur du' poème de Phihtanus, sur la Conslituliony qui est en vers marotiques à cinq pieds, en forme deContes^ où il introduit le diable, qui raconte toute l'histoire de la Bulle depuis la naissance du livre du P. Quesnel, jusqu'aux appels et à la conjuration d'Espagne. J'ai appris depuis, par une lettre de Tours, qu'il a été malade et à la dernière extrémité, mais qu-il- n'est point mort. Il ne veut plus réciter son poôme à personne. C'est un ouvrage plein de feu, de plaisanterie et d'une force merveilleuse. Il y a un ridicule répandu d'un bouta l'autre sur les jésuites; leur politique y est développée; en un mot, c'est le diable que cet ouvrage. Le malheur est qu'on ne Ta pas entier. L'abbé est venu à Paris, en 1719, et Ta récité à tous ceux qui l'ont voulu entendre , quoique composé de plus de 1,500 Vers : je Fai entèlidu; il le récitoit fort bien, et me dit l'avoir récité au Régent lui-même, et deux fois au cardinal de Noailles, qui en avoient été charmés. Il en a couru depuis dans Paris des copies manuscrites avec des lacunes, ce qui faisoit environ 1,000 vers, et on se l'arrachoit des mains. Ces copies ont passé en Hollande, où on a imprimé ce poëme, qui paroi t depuis peu de jours; il y a 927 vers imprimés à merveille, en un caractère trêà-net, et avec des notes assez plaisantes; mais on regrette toujours que les lacunes ne soient pas remplies. A la tète est une taille-douce, où l'abbé est représenté mettant un scapulaire au diable, qu'il trouve endornii au pied d'un hêtre, et à qui il fait raconter toute l'histoire de la Constitution , le tenant toujours dans la crainte avec l'eau bénite. La fiction est un peu gaillarde pour un prêtre, et il eût pu se passer du nom de Philolanus qu'il a donné au diable, qui est un nom obscène; mais cet abbé, du pays de Rabelais, chanoine de Tours, comme Verville, auteur du Moyen àe parvenir, '^i digne coûipatriote de ces deux satiriques, n'a pas voulu dégénérer. Il avoit l'esprit fort tourné à la débauche ; on a vu de lui

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pladieurs pièces très-liberlineâ^ qui ont couru le monde^ et qu'il récitoU à table^ où il buvoit beaucoup et parloit bardiQient de ses aveuittres galantes. Du reste^ beaucoup de génie et une grande facilité pour la rime et le tour du vers. Il étoit jeune et n*avoit pas plus de trente-cinq ans. Monsieur de Lassevé> ci-devant eonseiller au Parlement, d'un esprit et d'une conduite à peu près semblables à l'abbé^ sait sonpoOnïe p^ cœur. Il poorroit remplir les lacunes; mais on lui a conseillé de laisser le poème plus court, et de ne pas faire abréger sa vie.

Cardinal de Noailles^ — Le cardinal de Noailles est venu au Palais-Royal. Le Régent lui a demandé son acceptation de la Constitution ; il Va refusée, sur ce que Tenregistrement n'étoit pas fait au Parlement ; sur quoi le R^^nt lui ayant dit de gros mots et des obscénités dont itse sesrtordinairenientv S. E., étouràiede ce traitement, lui a dit qu'il n'étoit pas d'^ùïi âge let d^un -caractère à en entendre davantage, et s'est retirée en pleurant (1). Personne ne le plaint. 'Il' laisse errer soil troupeau tantôt dans les montagnes^ tantôt dans les vallées; on ne sait jamais ouest le pasteur, et l'Évangile n'a point fait de telle parabole. '/

9 oclohre, jour de Saint-Dems. — Law. — Un fiacre, pour se débarrasser d'un M. (2)^ officier du Palais-Royal, qui le rossoit pour quelque insolence, s'avisa de crier que c'étoit Law. Aussitôt le peuple ser -jette sur lui. L'officier eut beau crier et protester qu'il n'étoit point Law; on lui jette des pierres, on lui donne plusieurs coups et il s'enfuit dans l'église des Jésuites'de larue Saint-Antoine, où, trouvant la sacristie ouverte y il s'y enferme. Le peuple suit, veut enfoncer la sacristie; enfin un comnaissaire arrive avec des archers qui d'eîdélivre de la fureur du peuple-, et on le laïsî$e aller, après avoir bien vé-

(1) Barbier, 1,77.

(2J Batbier dit de Crochetel (I, 76) Madame dit Borstei (II, 276).

riûé quMl étoit un faux Law ; mais le peuple veut avoir le véritable. Il ne sort point; il se tient toujours coi au Palais-Royal ; on le guette au sortir^ et on ne sait pas ce qui lui arrivera.

Marc d'or, 6,000 livres; billetde 100 livret ,422 livres; de 10 livres^ à 2 liv. 7 d. Actions converties, 7^150^ non converties 5,000 ; 180 livres pour la coupure d'un billet de 1 ,000 en ceux de 100. On tient, depuis deux jours, des conseils de matin et soir, pour parvenir à une abolition entière des billets, qui causent un dérangement total dans le commerce et dans les' denrées nécessaires à la vie. On n'a que cela, et personne n'en veut; mais d'un autre côté, si on les supprime, n'ayant plus ni billets ni argent, de quoi vivra-ton? La France n'est pas devenue l'Ile de Roach, où on ne vivait que, de vent; si le riche est ruiné, qui nourrira le pauvre? On a reçu nouvelles du Languedoc, qu'il y a 200,000 ouvriers inutiles qui courent la province, et que la peste est très-forte à Aix.

Samedi, 12 octobre. — Arrêt du 10 octobre. Aujourd'hui, sur les k heures après midi, on a vu enfin l'arrêt de suppression de tous les billets de banque, qui est daté du 10 octobre. Au 1''' novembre, aucun billet ne sera reçu dans les payements ni donné, pour quelque cause et prétexte que ce soit, quoique par Tarrèt du 15 d'août, ils dussent avoir cours jusqu'en mai 1721. Dès le moment de la publication, tous les droits du Roi seront payés en entier en espèces, hors ceux dûs jusqu'au 1" janvier 1720, qui pourront être payés en petits billets jusqu'au l*^"" décembre. Le Roi se charge de payer en espèces toutes les rentes, pensions et appointements de 1720 et les antérieures en petits billets. Les arrérages des actions rentières et des rentes viagères de la Corn* pagnie seront payés en espèces, à commencer du 1" juillet, et le dividende des actions jusqu'au 1*' janvier 1721 en petits billets. Permig de placer dans les emplois indiqués les petits billets jusqu'au 1" décembre, après quoi

ils deviendront en actions rentières ou convertis en dixième d'action. Par Tarrèidu 15 août, les gros billets sont aussi convertis en actions rentières. Il y a une terrible queue à cet arrêt, qui ne dit point comment seront payés, à l'avenir, les dividendes des actions. On convient, dans l'Énoncé, que les petits billets sont tombés dans un tel état de discrédit, qu'ils n'ont plus de valeur comme espèces et qu'ils ne servent qu'à empêcher la circulation de l'argent, soutenir le haut prix des denrées et des marchandises , et à introduire et perpétuer une infinité d'abus qui ne peuvent cesser que par le rétablissement du payement en espèces. Voilà, en peu de mots, l'éloge et l'effet du Système, prononcé par ceux mêmes qui en sont les auteurs. On a joint à cet arrêt un État de tous les billets de banque qui ont été faits, et de tous ceux qui ont été brûlés, pour marquer une espèce de bonne foi (comme les voleurs en ont entre eux).

Calcul. — On a fabriqué pour deux milliards , six cent quatre-vingt-seize millions quatre cent mille

livres de billets, ci ... r 2,696,400,000 1.

Il en a été brûlé à la Ville sept cent sept millions , trois cent vingt-sept mille quatre cent soixante livres.

530 millions en rentes à la ville. . . 530,000,000

200 millions en comptes ouverts. . . 200,000,000 90 millions payements en espèces. 90,000,000

Reste encore de billets un milliard

cent soixante-neuf millions 72,540. 1,169,072,540

470 millions reste des rentes de la

Ville à remplir 470,000,000

400 millions rentes provinciales. . . 400,000,000

100 millions rentes viagères nouvelles 100,000,000

Déboucbements. 970,000,000

Et ce qui n'y aura point été porté pourra être employé

en dixièmes d^actioQSy dont il y a ^00 millions, ou porté à la Monnoye ^ ou demeurer actions rentières^ à la garantie du Roi.

Du même jour, 12 octobre, sur les huit heures du soir^ on a publié un autre arrêt qui ordonne qu'à commencer du 12 octobre, les payeurs des rentes de la Ville payeront, en deniers comptant et sans aucuns billets de banque, les arrérages des rentes perpétuelles , viagères et tontines pour la présente année 1720^ C'est une petite consolation pour ceux qui ont des rentes; mais on ne parle point des arrérages à venir ni des dividendes de Tannée prochaine. Les rentiers sont bien aises de revoir THôbel de Ville au lieu de la Banque, et on va recevoir quelque argent si on tient parole. C'est un grand succès.

Dans l'état des billets, on voit qu'il y a deux arrêts du 29 décembre 1719, pour 129 millions et 231 millions^ un du 6 février 1720 pour 200 millions, 26 mars pour 300 millions, 5 avril pour 396 millions, et 1*' mars pour 362,4.00,000 liv. Ces arrêts n'ont point été publiés, et personne n'a su l'état de la Banque qu'aujourd'hui. Si on Tavoit su, on n'y eût point porté son argent. En voilà pour seize cent dix-huit millions qui ont été ignorés. ,

M. Pierre de la Broue, évêque de Mirepoix (1), est mort le 20 septembre. C'étoit le plus ancien des quatre évèques appelants et le plus habile théologien parmi les évoques. M. l'évêque de Verdun est aussi mort. Le chapelet des appelants se défi le ,

15 octobre. — Le J5 octobre arrivé, on croyoit que la diminution indiquée par l'arrêt du 30 juillet auroit cours; au contraire, Tespèce a été continuée sur le pied où elle étoit jusqu'au 1*' novembre. L'arrêt est du 8 octobre. Cela n'empêche pas qu à la Monnoye, on ne prenne les espèces anciennes et qu'on ne les convertisse en nouvelles

•Uli Ml,

(1 ) Saint<-Siinôii, Xi;(83%

avec le tiers de billets ; mais on les prend sur le pied qu'ils auront cours au V^ novembre, en sorte que Tespèce a deux valeurs. On se tue à la Monnoye pour sauver quelque chose sur son billet.

Clergé. — On a publié un arrêt, du 11 octobre, qui dit que du jour de la publication, il ne sera plus reçu aucuns billets de banque dans les bureaux de recettes des pays d'États et du clergé général et particulier. On veut que tout le, m onde doqi;ie de l'argent; il n'y a plus qu'à savoir où on en prendra.

Autre arrêt, qui nomme des commis pour viser et signer les actions rentières de la Compagnie. dont le Roi est garant. C'est un des derniers débouchements , auxquels se termineront les billets non employés.

Pour bien persuader le public que le Roi .ne donnera plus de billets, autre arrêt, du 12 octobre, qui ordonne qu'au lieu des remboursements qui dévoient se faire en papier, des charges supprimées et des dettes des oppfimunautés, dont le Roi est chargé : V que les liquidation$de charges seron t employées en intérêt au denier 50 dans les États du Roi où se portoient les gages de ces charges. 2° Celles qui n^avoient point de gages seront payées en intérêt au denier 50 dans les états des finances des généralités. 3"" Les dettes des communautés seront payées en rentes sur la Ville, dont les créanciers seront tenus de se contenter, à peine de perdre leur dû. Ainsi ceux qui ont prêté de bonne foi aux communautés, pour éviter d'avoir affaire au Roi, l'ont pourtant pour débiteur. 4° Ce qui est dû de reste aux communautés dépostés pour leur remboursement sera aussi payé en rentes. On dit que tout ce qui est dû aux communautés ou à leurs créanciers monte à cent millions, qui se prendront sur le milliard de rente de la Ville.

Il y a trois arrêts du 15 en faveur du Clergé. Deux par lesquels ses offres de payer leurs dettes et les arrérages en billets sont déclarées bonnes, et que les billets de ceux qui ne les prendront pas resteront à la caisse du Clergé

aux risques des rentiers. Le troisième arrêt, qui contient dix articles, règle la réduction ou le remboursement des anciennes rentes de la Ville qui étoient assignées sur le Clergé. Ceux qui consentiront, avant le 1*^" novembre, au denier 50, auront leurs arrérages du 1" janvier 1720, et ceux qui voudront recevoir leur remboursement se mettront en état de le recevoir avant le 1" novembre , sinon . leurs rentes sont réduites de plein droit au denier 50. Les porteurs de récépissés recevront avant le 1*"^ novembre, sinon les billets déposés ez mains* de Lefèvre à leurs risques. Les rentiers qui feront convertir ou réduire avant la fin de décembre seront payés des arrérages du 1*^' juillet. Les porteurs de ces rentes qui n'ont pas rapporté leurs titres dans les délais sont privés de leur remboursement et auront leur finance en intérêt au denier 50 du jour de la liquidation , etc. Tout cela est très-rigoureux et ne ressent guère la charité chrétienne, quidevroit être l'esprit du Clergé.

Il se tient encore de nouveaux conseils, où on dit qu'il se fait des arrangements. Tout Paris tremble de ce qui en arrivera, car on n'a point vu aucun de ces arrangements où il n'y ait eu une subversion d'une partie du royaume. Un jour le bruit se répand que Law est perdu et culbuté ; que les actions tombent avec lui ; qu'il n'y aura plus de Compagnie, et que les actionnaires sont ruinés. Le lendemain, Law est raccommodé ; M. le Duc le met au pinacle quand il est au-dessous de la roue, et l'orage tombe sur les rentiers. De quelque côté qu'il tombe, c'est une grande affliction sur toutes les familles.

19 oclobre. — L'action remplie est tout d'un coup tombée à 5,200 au lieu qu'elle étoit à7,500 et 7,600. Ce sont les bruits des conseils secrets qui causent cette chute. Chacun porte à la Ville, et elle s'est trouvée remplie le vendredi 19, quoique dans l'arrêt du 10, publié le 12, il y en eût encore pour 470 millions à remplir pour consom« mer le million. On ne sait ce qu'on fait. L'un dit : la Ville

fl

périra et sera retranchée de plus de moitié. L'autre dit: le Roi n'est pas garant de l'action ; elle ne sera point payée, et on supprimera la Compagnie quand on voudra. De toutes parts, on craint la mauvaise foi, et cependant toutes les meilleures familles ont tout leur bien ou en rentes ou en actions.

M. le Duc ayant trouvé le curé de Saint-Sulpice au Palaîs-Royal, il lui dit : «Eh bien, mon curé, que demandezvous ici ? » — « Hélas ! je cherche du soulagement pour nos pauvres et de Targent pour du papier. » — « Allez, allez, Monsieur le curé, le bourgeois et Partisan ne souffrent pas, nous le savons bien. » Le curé lui dit qu'il voyoit cela de bien près et qu'il ne sa voit que trop le contraire. Le prince, persistant toujours à dire qu'il étoit bien informé, le curé fut obligé de lui répondre que la charité de Saint-Sulpice nourrissoit et soutenoit plusieurs des propres domestiques de S. A., à qui les trésoriers avoient donné des billets pour leurs gages et leurs dépenses , ce que M. le Duc ne fit pas semblant d'entendre et le quitta là.

Les États de Languedoc ont présenté au Régent des billets pour le don gratuit. Il les a refusés. Les députés ont dit qu'ils ne pouvoient donner au Roi que ce que le Roi donnoit à la province. Le Régent a dit : tf Que voulezvous que je fasse de cela?le Roi paye enargent à présent. » Us ont dit : «Nous en avons encore beaucoup de reste, et nous venons demander à V. A. R. ce qu'elle veut que la province en fasse. »

A propos de la suppression des billets, le poëte Arouet a dit : a On réàmile papier à sa valeur intrinsèque. » Gela fait bien entendre que le papier n'est que du papier. On a dit aussi de l'arrêt du Grand-Conseil sur la Constitution qu'elle avoit passé au conseil de guerre.

24. octobre, — Trois arrêts pour cesser le Système. Voici le fruit des conseils secrets et le nouvel arrangement. 11 n'y a pas un moment de consistance dans tous les arrêts. On en voit trois de ce jour qui sont très-im-

portants. Celui du 10 octobre permettoit de porter à la Monnoie un tiers de billets avec de l'argent , et on en avoit déjà payé quelques-uns; on s'est aperçu que les agioteurs le resserroient ou qu'il s'en faisoit un commerce usuraire sur la place. D'un autre côté, la Compagnie perdoit le profit sur la monnoie en payant le papier. Elle a offert au Roi un don gratuit de 20 millions , et 10 millions par nvois^ à compter du V^ décembre, en déduction du prix des Fermes et autres recouvrements. Preinier arrêt, qui accepte ces offres, et qui ordonne qu'à commencer du jour delà publication, il ne sera plus reçu de billets de banque dans les Hôtels des monnoies. Cet arrêt dit que les autres débouchés sont suffisants pour tous leshillets de banque qui sont dans le commerce. Voilà un desdéboucbés supprimé et le plus utile au public, qui ne sait plus comment vivre avec son billet. On n'a pas payé huit jours à la Monnoie. C'est beaucoup pour la Banque de tenir parole huit jours;

Le second arrêt touche à la monnoie neuve, qui vient d'être ordonnée, et dont on a à peine encore vu quelques espèces. L'ancienne aura son cours jusqu'au 1*^ décembre sur l'ancien pied, après quoi le louis d'or sera de 36 liv. et Técu de ft liv. et la livre de 20 s. pendant le mois de décembre. Et au 1®"^ janvier, le louis de 27 liv., i'écu k liv. 10 s. et la livre 15 s. A la Monnoie, il y aura quelque gain, car le louis sera de 46 liv. 16 s. en novembre et en décembre de 37 liv. 16 s. et I'écu de 7 liv. 1^ s. et de 6 liv. 6 s. C'est un petit appât de gain en comparaison de la diminution de l'espèce nouvelle , qui sera le louis de 54 liv. en novembre, de 45 liv. en décembre et de 36 liv. en janvier.

Le troisième arrêt, qui regarde les actions, contient un beau préambule, bien travaillé, où on dit que pendant que les uns ont le déplaisir de voir baisser le prix des actions beaucoup au-dessous de ce qu'elles leur ont coûté , les autres sont parvenus, en peu de temps, à une opulence

odieuse au public et contraire au bien de l'Étal. Que d'autres ont employé plusieurs sommés en achats de diamants et autres marchandises^ aussi précieuses que superflues, que d'autres ont abusé de leur fortune subite pour faire des amas de toutes i^ortes de denrées, voulant encore augmenter leurs richesses par un monopole punissable suivant les lois ; qu'ils ont resserré les espèces d'or etd' argent, ou les ont fait passer dans les pays étrangers, ce qui a causé la cherté des denrées, le discrédit des actions et billets de banque , l'interruption des manufactures et la nécessité où se trouve réduite une partie considérable des meilleures villes du royaume. Sur quoi on fait dire au Roi qu'il les pou rroit taxer, mais qu'il a pris une voie plus douce et plus facile. Ainsi l'arrêt ordonne, V qu'il sera fait des rôles où Ton comprendra les anciens actionnantes, qui seront tenus, dans la quinzaine du jour de la signification, de rapporter à la Compagnie la quantité d'actions pour laquelle ils y seront employés, à quoi ils seront contraints comme pour deniers du Roi. 2** Que ces actions demeureront trois ans entre les mains de la Compagnie, qui en payera les dividendes, après quoi, ils en pourront disposer et ne pourront plus être taxés. 3** Que ceux qui n'auront point d'actions en achèteront de la Compagnie à 13,500 en billets de banque. 4** Que pour parvenir à connoltre et distinguer les actionnaires de bonne foi, qui ne doivent pas être oompris dans les rôles, tous les porteurs d'actions remplies seront tenus de les déposer es mains du S' de la Nauze dans huitaine , et y resteront jusqu'au 15 novembre seulement, après quoi les porteurs en pourront disposer et seront timbrées d'un second sce^iu de la Compagnie.

Cet arrêt paroit être de la main de M. le Chancelier. Je crois y reconnoltre son style et son esprit. Il ne devoit point y avoir de taxe , suivant deux arrêts positifs, et en voilà une indirecte qui alarme bien tous lesMississipiens. Pour les autres, qu'on appelle Actionnaires de bonne foi.

ils se défient d'un arrêt qui ordonne qu'on remettra les actions à la Compagnie en dépôt; ils craignent qu'on ne les leur rende point, non plus que l'on n'a point rendu l'argent que l'on a été forcé de porter et qui a été payé en billets. Le prix de 13,500 liv. que l'on donne à. l'action, fait entendre que les 20^000 argent de banque, où elles sont fixées par l'arrêt du 15 septembre, est une valeur de commerce et non de monnoie courante.

25 octobre, — Bourse supprimée. — La Bourse établie à l'hôtel de Soissons, le l"août, a été supprimée, par arrêt de ce jour (25), qui porte qu'on ne peut tolérer plus longtemps l'assemblée tumultueuse qui s'y fait , et, nonobstant les précautions qu'on a pu y apporter, préjudicie considérablement aux arts et métiers, et donne lieu à une infinité d'abus, de fraudes et de désordres. En effet, c'étoit un réceptacle de fripons, de voleurs, de femmes de mauvaise vie et de toutes sortes de canailles, que l'avidité du gain y rassembloit et qui y vendoient non-seulement du papier et de l'argent, mais toutes sortes de marchandises en fraude, et de la chair humaine. On m'y a présenté une tabatière avec des figures infâmes. L'arrêt nomme les soixante agents de change par leur nom; ils sont créés dès le 30 août. Ils doivent faire toutes les négociations, et défenses à toutes autres personnes de tenir bureau, à peine de 3,000 liv. d'amende, et de s'assembler à la Bourse et ailleurs, à peine de prison.

Le 26, j'étois par curiosité à la Bourse : on y apporta les trois arrêts du 24, et, sur-le-champ, tous les visages changèrent. Il parut une déroute , comme dans une bataille perdue. Les agioteurs s'entre-regardaient avec de longs visages tristes, la place devint languissapte ^t l'action, quiétoit à 6,600 liv. ce jour-là, tomba tout d'un coup à 5,000. (Le marc d'or étoit à 6,000 liv. en billets; on donnoit 23 liv. du billet de 100 liv, ) Tout le monde dit : c( L'agio va cesser; » on ne sait pourtant pas encore l'arrêt du 25, qui nç fut publié que le 27.

Dimanche 27, lundi 28. — Saint-Simon. — L'arrêt qui supprime la Bourse a été publié et affiché. Il porte que la place sera fermés le 29. Les colporteurs disoient d'une voix douloureuse : « Agio est mort; voilà son billet d'enterrement. » Le 27 et le 28, on a continué d'agioter dans la rue de Grenelle, et de donner de l'argent pour le billet, c'est-à-dire 21 et 22 liv. pour le billet de 100 liv. On n'avoit plus que cette ressource pour avoir quelque argent, et elle est ôtée. Le mal étoit grand, mais il éloit devenu nécessaire ; on ne sait pas si les agents de change donneront de Tespèce pour le billet.

Mardi 29. — Agio supprimé. — Dès le matin , le guet à pied et à cheval, les compagnies du grand prévôt, du prévôt de l'Ile et de robe courte, assistés des commissaires, ont investi l'hôtel de Soissons, la place ou Bourse, et les rues de Grenelle, d'Orléans et celle du Boulloir où je demeure. La place a été fermée, on a chassé tous les agioteurs, on a^emprisonné les mutins, et, pendant tout le jour, on a fait une garde exacte , pour empêcher l'assemblée. Enfin les rues sont demeurées libres, et tout ce brigandage a disparu. Les domestiques seront rendus à leurs maîtres, l'artisan à son métier, le paysan qui venait acheter pour de Targent des billets afin de racheter des rentes, retourne à son labeur, et insensiblement chacun reprendra sa place naturelle.

Arrêt du 27. — Emprunt. — On a publié ce même jour un arrêt qui permetaux directeurs delà Compagnie d'emprunter 15 millions; deux tiers en espèces et le tiers en billets, à k pour 100 d'intérêt, dont ils feront leurs billets du total, payables en louis d'argent de la nouvelle fabrication, au cours du jour de Temprunt. Il faut que la Compagnie soit bien pauvre, puisqu'elle n'a pas 15 millions dans ses coffres et qu'elle emprunte le tiers en billets qui sont nuls, dont elle paye l'intérêt à 4 pour 100 qui fera plus de 6 pour 100 dans le temps que le] denier est à 2 dans le royaume. Il n'y a que

quatre jours que l'on donnoit des dons gratuits de 20 millions et des 10 raillions par mois, et aujourd'hui il faut emprunter à usure pour les paye» C'est cette môme Compagnie qui prètoit seize cent millions Tannée passée^ qui n'a pas 15 millions.

Gros-Bois. — Le 31 octobre, je suis parti pour Gros- Bois qui appartient à M. Bernard, maître des requêtes, où je suis demeuré jusqu'au lendemain de Saint-Martin.

Avant de partir, j'ai porté mes actions à la Banque, suivant l'arrêt du 24 octobre. D'abord, on les donne à un commis qui les compte et les met dans un grand carton avec les autres, puis il vous donne une reconnoissance imprimée qui porte promesse d'en faire tenir compte par les teneurs du livre des comptes des actions et de les passera votre crédit. On porte cette reconnoissance au S' de la Nauze qui vous fait signer en haut et il la signe. De là, vous l'allez porter à un autre bureau, où vous dites votre nom de baptême, et on vous renvoie à un dernier bureau , où est le teneur de livres , qui prend et garde votre reconnoissance, qui vous inscrit sur le livre par votre nom de baptême et qui vous fait signer sur ce livre à l'endroit qui vous regarde. Vous ne remportez qu'une petite note non signée, ouest votre nom, le nombre de vos actions et le feuillet de ce livre, qui est à partie double par crédit et débit, et non pas un simple livre de dépôt. On a fort murmuré sur cette opération dont Tarrôt ne parle point; mais enfin tous les actionnaires ont passé par là ; tout le monde s'y étouffe, et on ne sait pas oe qui en doit arriver.

V^ novembre. — Le jour de la Toussaint, arrêt qui ordonne que les souscriptions ordonnées par les arrêts des 31 juillet et 14 d'août (qu'on vendoit 1,000 fr.) seront

converties en dixièmes d'actions d'ici au 15 novembre, et après ce temps nulles.

Du même jour, autre arrêt qui proroge jusqu'au 10 novembre le délai pour porter les actions en dépôt; il comprend tous porteurs et dépositaires , et permet aux dépositaires de déclarer les noms de ceux à qui elles appartiennent. Pour les provinces, elles seront remises aux directeurs des comptes en banque. Elles seront rendues après le 1" décembre, timbrées d'un second sceau. Celles qui n'auront point été déposées demeureront nulles après le délai, rayées des registres, et défenses d'en payer le dividende. Cet arrêt pourvoit à l'inquiétude de plusieurs personnes qui étoient dépositaires d'actions, et est rendu contre ceux qui les vouloient garder sans les porter à la Banque. La nullité que Ton craint fait qu'on les porte de tous côtés.

29 octobre. — Camme la taxe des actionnaires a fait peur, on a su que bien des gens se préparoient à sortir hors du royaume. Sur quoi il a été donné une ordonnance du Roi qui défend, sous peine de la vie, de sortir du royaume, sans permission du Roi, jusqu'au l*"*" janvier. Pour les provinces, la permission doit être du gouverneur ou intendant; les intendants feront le procès en dernier ressort.

Le bruit s'est répandu dans le même temps que le S' Vernezobre , un des principaux commis de la Banque, s'étoit enfui en Hollande et a voit emporté plusieurs millions à lui et à d'autres. On a couru après lui pour le rattraper. Il laisse à Créteil une maison imparfaite qu'il a rôbàtie trois fois ; d'abord dans un fond, puis il l'a reportée plus haut ; mais comme elle faisoit une lorgnette au château de Saint-Maur, M. le Duc l'a obligé de l'abattre ; enfin elle est revenue où elle étoit, mais elle n'est pas finie et les ouvriers ne sont pas payés. Angelini, secrétaire italien de Law, s'est aussi retiré en Italie. On dit qu'il a acquis plusieurs biens dans la campagne de Rome, qui lui font un

gros revenu. Il a trompé Law, en portant le deuil de son père, qu^il disoit mort, et dont il alloit recueillir la succession .

8 novembre, — Trois arrêts, — Le premier qui ordonne que les billets de 10,000 livres et 1,000 livres seront convertis en actions rentières dans le dernier novembre ; sinon^ après ce temps, lesdits billets nuls et de nulle valeur. On se flattoit dans le public que ces billets deviendroient meilleurs; on se préparoità les garder pour les négocier avec les taxes qui doivent acheter des actions en billets, mais toute cette espérance est ôtée , et voilà les gros billets avec 2 pour 100 d'intérêt seulement. Cela ruine tout le monde, parce que ces billets font le bien de toutes les familles, tiennent lieu de l'argent que l'on apporte.

Le second ordonne que les anciennes espèces seront prises à la taille et dans les bureaux duRoi , comme on les prend à la Monnoie , c'est-à-dire le .louis de 45 'livres à 46 livres et Técu de 7 livres 10 sous à 7 livres 16 sous.

Le troisième permet à la Compagnie des Indes de faire fondre et affiner toutes sortes d'espèces et matières d'or et d'argent au prix du commerce et aux commis d'ordre des villes de Paris et Lyon de remettre à la Compagnie des barres, propres, réaux, vaisselles d'Espagne et argent brùlé,pouraffinérpar poids et titres, et, en échange, la Compagnie donnera des lingots affinés fin pour fin moyennant 20 s. par marc d'or.

/ On a publié une liste des noms et demeures des 60

/agents de change, où il y a trois secrétaires du Roi ; c'est

/ chez eux qu'on va négocier le billet de 100 livres, dont

I on ne tire que 17 à 18 livres, 150 livres du billet de 1,000 ;

\ et les actions remplies sont à 5,200 livres.

9 novembre, — Arrêt qui proroge jusqu'au 23 de ce mois, pour Paris seulement, le délai pour porter en dépôt les actions de la Compagnie des Indes. Cette opéralion se continue toujours avec une affluence de monde prodigieuse.

10 novembre, — Arrêt qui défend de faire aucune négociation, en matière d'or et d'argent au marc, ailleurs que dans les bureaux des monnoies ou des changeurs. On n'y admet point même les agents de change. L'abus étoit public de gens qui vendoientle marc d'or à un prix excessif.

10 et 11 novembre. — La Saint-Martin venue, le Parlement s'est préparé à retourner à Pontoise, pour en faire l'ouverture et faire dire la messe rouge (1). Le premier Président est venu à Paris, a salué le Roi et le Régent; mais il a trouvé de nouvelles aigreurs contre le Parlement et des dispositions encore plus mauvaises que par le passé. M. Pajoi, des Postes, a eu ordre de s'informer de tous les endroits où éloient les conseillers, et on ne savoit à quoi devoit aboutir cette information.

PoNTOiSK. — Le dimanche 10, M. de la Vrillière, qui avoit eu ordre de faire expédier des lettres de cachet pour une nouvelle translation du Parlement à Rlois, a dit au Régent qu'elles étoient prêtes. Le Régenta répondu : ce Je crois que nous n'en aurons pas besoin; j'attends une réponse du cardinal de Noailles et du premier Président. » Cette réponse étant venue pendant le conseil de Régence, et n'étant point au gré de la Cour, le Régent a dit à M. de la Vrillière qu'il n'a voit qu'à envoyer les lettres, ce qui a été fait le lundi 11, jour de Saint-Martin, au grand étonnemènt de tout Paris, et des courriers sont partis de toutes parts, tant dans la ville que dehors, pour annoncer cette translation à Blois (2).

La lettre de cachet porte que le roi, pour bonnes considérations, transfère son Parlement séant à Pontoise en la ville de Blois. Elle est du 10 novembre [videinfrà à la date du 10 novembre ) ; ordonne aux Présidents et conseillers de s'y transporter, pour assister à l'ouverture qui s'en fera le 2 décembre; pour là être instruits des

(1) Messe de rentrée. Le parlement y assistait en robes rouges.

(2) Voir Barbier, T. I, p. 81.

intérêts du Roi et rendre la justice à l'ordinaire pendant une année seulement, et sans tirer à conséquence. Cette lettre est datée du 10 novembre 1720.

M. de la Vrillière a accompagné cette lettre de petits billets qu'on ne laissoit point, portant* qu'il étoit fâché d'être obligé de leur donner cet ordre.

Le p. Charles. — J'étois à Hyères, proche Grosbois^ chez monsieur le prince Charles de Lorraine, grand écuyer de France , qui m'avoit fait Thonneur de m'inviter à un retour de chasse, le jour de Saint-Martin, quand on vint lui apporter cette nouvelle de Paris, sur les trois heures après midi, sans qu'on lui en dise aucune raison. Je dirai en passant sur ce prince qu'on ne peut rien ajouter à sa grandeur, à sa simplicité , à sa bonté , à son humanité et surtout à une vérité et une justice si grande que je crus être entré dans le palais de la Vérité même, et ne pus m'empêcher de le lui dire ; il me combla d'honnêtetés et de grâces, me fit mettre à côté de lui à table, et tant d'honneurs me firent presque oublier la nouvelle de la translation que je venois d'apprendre (1).

Translation a Blois qui n'a pas eu lieu. — Le lendemain 12, étant encore à Grosbois, j'appris qu'on avoit apporté des lettres de cachet à Valanton, à Limeil, à Santerre, àCréteil, à plusieurs conseillers qui y ont des terres et des maisons, et je rentrai à Paris chez un conseiller qui me montra la sienne.

On en attribue la cause uniquement à l'affaire de la Constitution, et â l'obstination du cardinal de Noailles, qui n'a point voulu donner son mandement, faute par le Parlement d'avoir enregistré le Corps de doctrine. Le premier Président et lui se sont abo.uchés, mais il n'a pu y

(1) En voyant Marais combler d'éloges hyperboliques le prince qui Ta traité selon ses mérites, ne se prend-on pas à songer à M*"® de Sévigné, coupable de la même naïve effusion, el exaltant la grandeur de Louis XIV, qui

a daigné Tinviter à danser ?

avoir aucune conciliation^ et le premier Président n'a pu ni voulu répondre de sa Compagnie ^ qui a refusé Fen* registx'ement^ et à qui on a ôté la connoissance de l'affaire par Tattribution au Grand Conseil. J'apprends en ce moment^ par un maître des requêtes^ que le Cardinal devoit aller, le 12, à Pon toise, à la tète de son Clergé, «t avec les députés de l'Université et de la Sorbonne, pour renouveler l'appel au Concile en plein Parlement et en demander acte ; que le Parlement même devoit appeler au nom de la nation, et que cela, ayant été découvert, a donné lieu à la translation de Blois, qui embarrasse de nouveau les familles et les affaires, et qui achève de mettre le désordre partout. Certains politiques disent que c'est une vengeance de H. le Duc contre le Parlement, qui a fait perdre le procès du retrait de Mercœur à M. de Lassay, pour l'accorder à M. le prince de Conti, et que Law, d'un autre côté, qui cherche à finir son Système, et à faire quelques nouveaux tours de son algèbre, et qui sait les dispositions du Parlement contre lui, cherche à l'éloigner le plus qu'il peut. Le congrès de Cambray y entre aussi pour quelque chose et l'on est bien aise que le Parlement n'en soit pas si près. Quoi qu'il en soit, le Régent a dit aux gens du roi que c'étoit le cardinal de Noailles qui étoit cause de tout cela.

13, 14-, 15 novembre. — On négocie avec le Cardinal et avec le Parlement, et on espère que la translation n'aura point lieu.

Le Chancelier a voulu remettre les sceaux (1); il ne veut point sceller cette translation et prendre part davantage à toutes ces intrigues qui le déshonorent. Le Régent lui a dit de les garder encore quelque temps. Il les garde, et cependant bien des gens les guettent, et voudroient les tenir, au hasard du déshonneur et des événements. M. de Verthamont, premier Président du Grand

(1) VoirBarbicr, T. I,p. 81.

Conseil, les demande pour la récompense de l'enregistrement^ mais le Régent dit qu'il lui avoit promis de lui livrer sa Compagnie et qu'il ne Ta pas fait. Voilà un bon temps pour les roués , les favoris et les maltresses. Jamais intrigue de Cour n'a été plus vive. Nous en verrons bientôt le dénoûment.

Le bruit court que le Cardinal veut se démettre et se retirer, plutôt que de consentir à ce que la Cour lui demande. H en est là pour avoir voulu composer avec Dieu et l'Évangile, et nul ne le plaint.

Blois. — Le sieur Gabriel, architecte du Roi, a eu ordre de distribuer* des logements dans le château de Blois, et il les a déjà assignés sur le plan. Il y avoit plusieurs bâtiments commencés aux Cordeliers de Pontoise pour les Chambres des enquêtes. Les moines, qui gagnent toujours où les autres perdent, en profiteront, comme ils ont profité du grand festin que le premier Président avoit préparé pour l'ouverture du Parlement, dont la dépense devoit être fort grande. On sait présentement que tel président à morlier a bien dépensé à tenir table à Pontoise, à qui il n'en coûtoit guère et à qui le Régent payoit pension , comme le président Chauvelin, dont la sœur a épousé le marquis de Bissy, neveu du Cardinal de ce nom. C'est lui qui , étant malire des requêtes, rapporta au Conseil la grande affaire sur les vœux des jésuites, où il leur fut contraire, mais la Régence l'a gagné, et l'oncle Cardinal, qui honore la4"amille Chauvelin, lui a tourné la tête.

La misère commence à se montrer dans Paris. Il n'y a pas un sol. On ne rend pas chez les notaires les contrats de la ville, afin d'avoir occasion de ne les point payer. Les billets et les actions ne produisent rien. Les procès se prolongent, s'embrouillent et ne se jugent pas. On parle de faire d'autres billets royaux et d'acquitter le papier par un papier nouveau. C'est un abîme impénétrable et au fond duquel la France gémit inutilement.

Bal de l'Opéra. — Au milieu de cette misère, on a

ouvert le bal de l'Opéra, qui se fait publiquement depuis trois ans (1), et où l'on donne six francs par personne. Il y a une machine singulière qui élève, du fond du parterre, un plancher égal au théâtre, et qui fait toute la salle du même niveau. C'est un frère Augustin qui est auteur de cette machine très-simple. Ce plancher est soutenu par des barres de fer, qui se replient lorsqu'on veut rabaisser. La salle est toute peinte et ornée de lustres et bougies, et le bal dure jusqu'à sept heures du matin. Il y a été beaucoup de monde la nuit de la Saint-Martin, et on a vendu ses billets à perte presque du tout pour aller danser, pendant qu'on meurt de faim chez soi. Voilà les François et les Parisiens.

On a fait l'épitaphe de Law , mais il n'est pas dessous.

Ci-gît cet Écossois célèbre , Ce calculateur sans égal Qui , par les règles de Talgèbre, A mis la France à l'hôpital .

On a fait aussi une satire courte et ingénieuse sur le Système, et qui en développe la naissance, les progrès et et la fin : »

Belzebuth engendra Law ;« Law engendra Mississipi ; Mississipi engendra le Système ; Le Système engendra le papier ; Le papier engendra la banque ; L% banque engendra le billet ; Le billet engendra Taction; L'action engendra l'agio ; L'agio engendra le registre ; Le registre engendra le compte; ' Le compte engendra le bilan général ; Le bilan engendra zéro, à qui toute puissance d'engendrer fut ôtée.

(i) Le bal de TOpéra avait été proposé par le chevalier de Bouillon, qui obtint, en récompense de cette idée, 6,000 livres de pension. Voir Saint- Simon, vm, 316. — Duclos. Lemontey.

15 novembre. — Le roi étant à la Meutte, au bois de Boulogne^ est tombé sur l'escalier, et s'est blessé au-dessous de rœil;ce n'est rien, Dieu merci. La France a grand besoin que Dieu le conserve.

On travaille toujours à la réconciliation du Parlement, du Chancelier et du Cardinal. C'est M. le maréchal de Villars qui s'en mêle (1) ; il a la main bonne pour les grandes affaires , témoin la journée de Denain et la paix de Rastadt. Il a rencontré le Régent dans la rue , est monté dans son carrosse, et lui a parlé longtemps. Le soir, on a dit que l'affaire étoit accommodée, et que, demain, le Cardinal devoit faire reparoltre son mandement.

Samedi, 16 novembre. — Le matin, le Cardinal a été au Louvre et au Palais-Royal, et a porté son mandement in\primé, mais on ne l'a pas rendu public.

J'ai vu, ce même jour, un très-bel écrit, intitulé : Pensées d'un magistral sur la déclaration du Roi concernant la Constitution Unigenitus. Il est distribué en plusieurs articles, et contient, en termes très-forts, et dignes d'un grand juge, les raisons pour ne point enregistrer cette déclaration ; c'est comme l'avis d'un conseiller qui opineroit sur celte affaire. Le dogme n'y est point traité ; mais

(1) V. Barbier, T. I, 82. Saint-Simon, qui dédaigne de toute sa hauteur ces querelles de robins, est très-avare de détails sur tous ces mouvements de la Cour et du Parlement, si curieux cependant à étudier pour rhistorien et le moraliste. Sans Barbier, et surtout, sans Marais, qui nous livrent la coulisse y riii&toire intime du Parlement, depuis Louis XIV jusqu'en 17ôO, serait impossible. Nous devons à la très-obligeante et gracieuse communication d*un de ces magistrats hommes d'esprit, qui honorent à la fois la robe et les lettres , M. le conseiller Hortensius de Saint-Albid, de connaître, sur l'affaire de Texii à Pontoise et du raccommodement avec M. le RégenI, une relation inédite du prési(l(^nl Hénault, qui nous a paru intéressante, et dont nous donnerons, en Appendice, quelques extraits remarquables. Le même volume in-4^ manuscrit où nous les puisons contient de compendieuses relations dues à la plume des présidents Rolland, de Vienne, et de quelques, conseillers. Cet épisode de la translation de Blois y est éclairci dans son détail le plus intime et le plus amusant.

tout ce qui peut regarder la forme et les modifications [proposées, qui demeurent toujours dans les greffes, et les inconvénients qui en peuvent suivre, y est merveilleusement éclairci , et dgins une grave et noble précision. Il y a cinq autres écrits pareils pour le second ordre, l'Université, la Sorbonne, les curés et autres opposants. Tout cela ne servira de rien, selon les apparences.

Le soir, le premier Président a envoyé avertir plusieurs de ces messieurs de se trouver demain, à 10 heures, chez lui, en robe, pour aller, au Palais-Royal, prendre congé, du Régent. On doit lui dire que le Parlement est prêt d'obéir aux ordres qu'il a reçus d'aller à Blois, mais qu'il est très-fàché d'être si éloigné de la personne du Roi et de la sienne. C'est une sorte de soumission que le corps fait au Régent, que quelques-uns appellent faiblesse, et les autres nécessité. On ne doute point que tout cela ne se fasse de concert, et on va jusqu'à dire que la translation de Blois a été pratiquée secrètement, avec les chefs du Parlement même, quiontditqu'ilsn'enregistreroientpas, à moins qu'ils ne fussent contraints.

Dimanche, 17 novembre. — Le mandement du Cardinal n'a point été publié dans les paroisses, comme on s'y attendoit; mais il l'a distribué à plusieurs personnes, et un de mes amis m'a dit l'avoir lu et vu entre les mains de M. d'Armenonville, ce matin.

Le Premier Président est venu au Palais- Royal , avec les présidents de Novion, de Lamoignon, Portail et Chauvelin, quelques présidents des enquêtes, comme MM. Poncet, Bertier, Hénault et quelques conseillers, le tout, au nombre de seize personnes. Le Premier Président a fait son compliment à la tête des députés, et a dit qu'il venoit prendre congé de Son Altesse Royale pour Blois. Le Régent lui a dit qu'il étoit bien fâché que certaines conjonctures . .q.yoi^fl|., oblige, I9 1 Mv>^ /?^ WP|y^?r Is P^rjlçment à Bloi^, piai^.q^'i^^^toMîjbi^m we[ d^\p\vs4miiï\^ d!^iiti:es cpnjopctorqs îavoiiepV.yfaijt V^yq<iinmQf^uQf^^j

et qu'ils pouvoient retournera Pon toise, pour y ouvrir le. Parlement> le 25 de ce mois. M. le Duc^ qui étoit présenl, leur a dit (^ue, dans toutes les occasions; il s'étoit tou-' jours porté pour le Parlement, et qu'il le ferôit toujours. Le Régent a dit que Jlour lui , il étoit très-content du Corps,'et qu'il y avoit seulement quelques membres dont il avoit sujetde se plaindre. Cela s'est passé très-polîmeUt On est sorti avec joie de cette conférence, qui passe pour une comédie, dans laquelle le Parlement joue un assez mauvais personnage. M. de la Vrillièrè a reçu ordre d'expédier de nouvelles lettres de cachet pour Pontoise. On ne doute pas qiie'^le Parlement n'enregistre la déclaration sur le CoTp^ àt doctrine , j^our revenir ensuite prendre sa plHce à ' l^^arîs :

Une petsobndQe îilpialité, parente du Cardinal, m'a assuré, polir FavôÎT vu, iqué le Cardinal avôit présenté hier au Régent un 'mémoire des condiiions sous lesquelles il donneroit fk)n lifiàndement, que le Régent a signé pat ces mots l'Àpp^ik^vê Philippe^ cTOrléans; et qu'une de ces conditions est que les appelants ne seront point iàquiétés> et qu'on ne parlera plus de la Constitution nulle pèirt; inaîs de toutefe' ces pi*Qmesses , qui ne sont ni publiques, ni déclarées daiis aucun édit, autant en emporte le vent. On va voir, plus que jamais, les jésuites en crédit , et le triomphe de leurs adver^ires, qui a duré quelques années, va tourner en honte et confusion. ' '*

ir s'établit ;une Chambre ecclésiastique, compensée du cardinal de Rohan, du cardinal de Bissy, de l'ancien évêque deFréjus, précepteur du Roi, etdel'évèqué de Clermont, autrefois le P. Massillon, dé l'Oratoire. Ils auront lai feuille des bénéfices. Il n'y aura que leurs amis, c'est-à-dîré ceux delà Constitution, qiii eh auront, et voilà un bon expédient pour rendre inutiles toutes les promesses (Jue l'on fait aux appelants, à qui, si on lié fait point de mal, on ne fera point de bien ; et on leslài&-

NOVKMBRE i7«0. 487

sera mourir sans bénéfices. Ce P. Massillon (1)-, à présent évèque, a prêché pendant vingt ans à Paris avec

(1) Cet article de Marais, où Massillon est acccusé formellement d'ambition, dlntrigue et de galanterie, est trop important pour que nous puissions le laisser passer sans observations. Ces observations ne seront pas tout à fait une protestation. Non pas qne nous ayons motif de croire complètement fondés les bruits an iiquels Marais fait allusion, et dont nous retrouvons l'écho, plus ou moins affaibli, dans les Mémoires du temps et dans les Chansonniers; mais parmi ces insinuations, il faut choisir, quelque délicate que soit la décision ; car toutes ne sont pas des calomnies^ et quelques-unes ne sont que des médisances. M. Sainte-Beuve, en effleurant, avec sa pénétration subtile, ce mystère de la vie privée de Massillon, demeurée absolument obscure pour Thistoire, signale les quelques lueurs qui pourraient autoriser l'opinion de ceux qui pensent que le prédicateur et le confesseur, chei Massillon, ne furent si éloquents et si recherchés, que parce quMls connaissaient à R>nd leur sujet, et avaient celte expérience des passions, qu'on n\'icquiert pas sans la payer de quelques douleurs et de quelques fautes. Il y a certains cris dans Massillon, si modéré, si contenu qu'il soit, qui ne sont pas des artifices oratoires et qui révèlent la longue ttiHte ducœuret du devoir, et la difRclle victoire de sa sensibilité. L'histoire de sa disgrâce et de son exil d^liâtraité et dé pénitence à l'abbaye de Sept- Fon^ n^est pas sans avoir sans doote q unique n*app6rt avec ces bruits de galanterie, que nous retrouvons partout,' et auxquels leur unanimité assure, sinon 'tine grande autorité, du moins un'tiertain 'crédit. Kn parcourant ces divers témoignages, quelque suspects qu'Us soient, il âemeiire dans Tesprit l'impression d'une galanterie plus tendi'e, plus secrète, plus mystique, où le cœur eél (>lu8 engagé que la tète, très-différente enfin de celte senlimentalité platonique et bourgeoise, d'une laborieuse exaltation, des prélats mAdrigaliers de l'hôtel de Rambouillet ou des Grands Jours de Poitiers et d'Auvergne. On respire dans l'ombre un parfum tout différent, et d'une fleur de sentiment plus italienne que française. On sent qu'on louclie à la passion et à la douleur, à la grande lutte moderne, si dramatique dans sa simplicité, de l'homme et dn prêtre, dont Jocelyn est le poème d'ébanche. Quoi qu'il en soit, voyons les téjnoignages. S'il n'y a pas ià une révélation, il y a une curiosité historique des plus attrayantes. Les 'Mémoires de Maurepas, source troublée, parfois infecte^ de la cJironique scandahîuse du temps, ne sont pas une autorité. Mais ils ont des détails (fui fontdressier l'oreille à tout juge un pêi^rau courant, et qui respirent la vérité. Ce sont là de ces témoins que Ton dispense du serment, tant ils sont compromis, mai» que <l^dn écoute volontiers, à titre de renseignement. Nous y trouvons mentionnés, 'en toutes lettres, le succès de vogue du P. Massillon auprès des jolies pénitentes de Paris, et sa liaison avec la marquise de l'Hospital (I, 269.) On lit dans Chamfort, le dernier qui ait continué la tradition : « Massillon était fort galant. l\ devint amoureux de Madame de Simiane, petite-fille de Madame de Sévigkié. » Et il cite une chanson, quMI dit très-jolie, dont il ne se rappelle malbeareusement qu'un derai-couplet, et faite à un de ces soupers tète à tête, qui étaient quotidiens. Je renvoie aux

un applaudissement extraordinaire. On le regardoit comme un apôtre. Mais on reconnolt à présent que c'étoit un faux apôtre et un déclamateur^ qui a joué la religion ; j'y ai été trompé comme les autres, et séduit par son bel esprit et son exacte prononciation, qui pénétroit l'àme. Il y a quelques années qu'on fit courir le bruit d'une galanterie qu'il avoit eue avec la marquise de L'Hôpital. Ses amis disoient que c'étoit une calomnie ; mais feu Madame la Dauphine, qui en étoit bien informée, et qui avoit une lettre de ce commerce , assura la Cour de la vérité de l'histoire, et on en fit des chansons qui ont passé avec le temps. A présent, cela se renouvelle; il s'est poussé à la Cour; il a prêché devant le Koi de jolis petits sermons^ courts^ polis et gracieux ; on lui a donné

détails (Chamfort, édit. Stahl., I, 177), ne voulant citer in extenso qu'un témoignage inédit, contemporain, et qui corrobore celui de Marais. Nous rempruntons à une lettre du marquis d'Argenson, tirée du volumineux et curieux recueil de correspondances, conservé à la Bibliothèque Mazarine sous le nom de la marquise de la Ck)ur, et dont M. Philarète Chasles va publier la fleur, avec notre concours. « On parle d'une grande conversion au Luxembourg. « Le P. Massillon en a été Vinstrumentf et on pourroit faire un jeu de mots u en recommençant la plirase par ce dernier substantif, que vous remarque- « rez qui est souligné. Véritablement jamais prêtre ou moine n'a mieux mené « une affaire. Il a persuadé, au bout de plusieurs retraites, qui ont été faites « aux Carmélites, qu^il falloitse marier pour ôler le péché. Elle a épousé « Riom. Je vous en parle pour avoir vu Fhabit de noces, qui est fort beau. <i Dès que le sacrement a été mis en jeu, il a fait l'effet ordinaire d'apporter « le dégoût, et le directeur, qui est, dit-on, aussi amusant dans la ruelle que « dans la chaire, est devenu le galant. On lui donne l'évèché de Clermont , 1 quoique sa nomination ne soit pas aussi publique que sa bonne fortune. » (Lettre du 9 janvier 1717). Le 16 mars il ajoute : « Ce que je tous ai mandé (c du P. Massillon est si vrai que cela vient de se confirmer par sa nomination « à l'évèché de Clermont. On a dit que M^^^ de Berry payoit les Bulles, qui « sontde 40,000 livres. Mais elle ne fait qu'y contribuer. Crozat fournit le reste. « Des dévotes envoyèrent, le soir de sa nomination de petites sommes de leurs « épargnes pour y contribuer. Mais on les repoussa brutalemeni, et on leur « dit qu'il y avoit beaucoup d'heures que la somme étoit complète. » Ainsi donc voilà, par divers témoius, si ces matières-là en admettent, Massillon accusé, et par l'un deux, avec récidive, de trois passions pour Mme de l'Hôpital, M>ne de Simiane et M"ic ia duchesse de Berry elle-même. H est plus facile de rappor* ter ces bruits que de les juger.

un évêché, et aussitôt, on a vu le père de l'Oratoire plus jésuite qu'un jésuite même, et tout à fait dans l'intrigue de la Constitution.

Le Chancelier reste avec les sceaux, au moyen de l'accommodement du Parlement. Sa vertu s'est ressuscitée dans cette occasion. Il a dit au Régent qu'on lui couperoit plutôt le poing que de sceller la translation à Blois. Le Régent lui a dit qu'il lui feroit bien sceller, ou qu'il Tenverroit à la Bastille. A quoi il a répondu : a J'irois pour obéir à vos ordres; mais s'il m'est permis d'instruire V. A., je lui dirai que V. A. feroit en cela ce qui n'est ni de son pouvoir ni de son devoir, et qu'elle n'auroit point d'exemple dans la monarchie. » Le Régent lui a dit : « Allez donc au diable », et ainsi se sont départis le Chancelier et le Régent. On en feroit de bons contes, si on avoit envie de rire (1).

On en fait un autre : il étoit à table avec madame de Parabère , l'archevêque de Cambray et Law. Il s'enivra. Sur la fin du repas, on lui apporta un papier à signer ; il voulut prendre la plume et ne put signer, tant il étoit ivre. Il la donna à madame de Parabère à qui il dit : Signe, put....'. » Elle lui dit que ce n'étort pas à elle à signer cela; il la donna à l'archevêque de Cambray à qui il dit: « Signe maq... »; il le refusa aussi; ensuite il la donna à Law et lui dit : a Signe donc, voleur » ; il ne signa pas, non plus que les autres, et ensuite le Régent fit cette belle réflexion : « Voilà un royaume bien gouverné, par une put...., un mâq...., un voleur et un ivrogne, et signa (2).

(1) Voir Barbier, I, 81, et Duclos, t. Il, p. 89-90. Nous n'avons pas voulu signaler un à un les traits que Marais ajoute à la physionomie de d'Aguesseau, par ses curieuses révélations. Ce qu'il est permis de dire, c'est que, si complètes qu'elles soient d'ailleurs, à leur point de vue spécial, les deux éludes de M. O. de Vallée et de M. F. Monnier ne pourraient que gagner à être revues, sinon retouchées, sur ces nouveaux renseignements.

(2) V. Barbier» T. i^i', p. 104, Marais raconte souvent les mêmes faits que

Lundi 18. — Les lettres de cachet, pour retourner à Pontoise et s'y rendre, le lundi 25, sont expédiées. M. de la Vrillière les doit toutes porter à Monsieur le Premier Président, qui se chargera de les faire tenir à chacun des Messieurs, ce qui fait bien voir quHl est d'accord avec la Régence* Elles sont du 17 ( voyez ci-dessous, à la date du 10 décembre ).J1 yen a copie ^ '

Pontoise. — La Compagnie des Indes a fait afficher qu'elle recevroit les actions jusqu'au 23, et que le lundi 25, on commenceroit à les rendre, timbrées d'un double sceau, et que pour éviter la confusion , on déchargera 15 feuilles de chaccm des dix registre» , chaque feuille contenant 4 comptes, ce qui fera 600 personnes expédiées par jour.

Les r6les des taxes d'actions sont faits. On envoie quérir les taxés, qui se rendent ou chez M. de Landivisiau ou chez monsieur Baudry, et on leur dit leur sort. Il y en a qui obéissent ; d'autres sont mutins, et on leur envoyé garnison , comme on a fait à un nommé Morié, rue Thérèse.

Diamants défendus. — Par arrêt publié cejourd'hui, et qui est du ik novembre, les défenses de |W)rter des diamants, perles et pierres précieuses^ portées par les arrêts des 4. février et 4 juillet, sont^voquées^ pour les raisons qui auroient dû ne jamais les faire défendre; <î'estque cela ruine le <5ommerce des joailliers, le travail des lapidaires, et prive lé royaume du profit qu'il fait avec les changeurs, qui envoient leurs pierreries en France pour y être taillées, montées et mises en œuvre. Les femmes ont bientôt usé de cette permission, et l'on a vu leurs robes longues garnies de boutons et de boutonnières de diamantS;, depuis le haut jusque en, bas.

Mardi 19 Enfin les colporteurs ont publié dans les

Barbier. Mais chaque fois qu^ils sereneontrent, combien la version de Marais es^ pins large, plus abondante de détails, plus spiriUielied& mise en «cène!

rues le mandement du Cardinal de Noailles, .pour la publication et acceptatioti de la Constitution, suivant les Explications approuvées par un très-grand nombre des évêquesde France (1); il est daté du 2 août 1720; Le style en est fort doux, simpie^ét humble, et comme d'un homme abattu et mortifié. Il dit^ju^il a toujours désiré la conciliation et la paix^ et que les Explications ont été approuvées par un si grand nombre d'évêqiiës, qu'on les peut regarder comme un monument ^ authentique des sentiments de l'Église de France. Il dit : « Respectez^les comme l'ouvrage de l'Église gallicane » ^ Le schisme étoit, dit-il, sur le poiiït d'éclater^ si les suffrages de presque tous les évoques de cette Église ne' s^étoient réunis en faveur d'une explication. E)t ailleurs : « La Providence a permis que nos souhaits fussent accomplis par Yunanimité des évéques de France, etc. » Cependant, à la fin des Explications, qui sont insérées dans ce ms^dement , qui contiennent dix chapitres différents, et qui composent le Corps de doctrine , dont on a tant parlé et reparlé par toute la France, on voit bien la déclaration des cardinaux, archevêques et évéques, à qui, S. A. R. a communiqué les Explications^ qui disent qu'elles ne contiennent rien qui ne soit conforme^ la doctrine de l'Église, au véritable sens delà Bulle et aux principes établis dans l'instruction de 1^14^; fnais on h'y a mis aucune signature de tous c«s évèqùîés;en sorte que l'on ne connoit ni le petit, ni le* ^rknd nombre , ni larénnion , ni l'unanimité tant vantés: par te OardiikaL Ces noms seuls auroient fait plus d'effet sur de peuple que toutes ces explications théologiques, qui ^oiitcàt la portée de peu de gens. Le Cardinal, à la fin, accepte avec reçpect et soumission la Constitution, renouvelle la condananation du livre et des 101 propositions, avec les qualifications pronon-

{!> Barbier, I, 83.

cées respectivement par Sa S. , le tout a suivant les susdites Explications qui ont été approuvées par un très-grand nombre des évêques de France et que nous vous donnons comme renfermant le véritable sens de la Bulle, Explications que nous avons jugé nécessaire de joindre à la Constitution^ uniquement pour empêcher que, par des interprétations également fausses et contraires au véritable sens de la Bulle et avidités Elxplications , la foi ne soit attaquée , la pureté de la morale corrompue et la liberté des écoles blessée. » Il est défendu aux fidèles de donner à la Constitution des sens contraires aux Explications. Remarquez que l'on donne des explications pour empêcher qu'on ne fasse des interprétations contraires aux Explications. Ainsi , on craint que Ton n'interprète ce que l'on n'a point vu. — On a pris soin de mettre en marge des Explications les propositions condamnées; mais il faut être bien fin pour en connoltre la relation : voilà encore matière à bien écrire et contredire.

Le mandement n'a point été publié dans les paroisses. Le Cardinal est honteux de sa rétractation, et se confie aux conditions qu'il a fait signer au Régent. De plus, le second ordre est si maltraité dans les Explications qu'il ne veut pas s'y adresser.

M. le premier Président a envoyé les lettres de cachet pour retourner à Pon toise, par les buvetiers des chambres. Elles rappellent la lettre de Blois, et disent que le Roi a estimé à propos de les faire rassembler à Pontoise le 25, pour l'exercice de la justice. Il n'y a point : pour être instruit des intentions de S, M. La messe rouge se doit dire le lundi 25, et, ensuite, on procédera à l'enregistrement de la Constitution, ou plutôt delà déclaration qui approuve les Explications.

Alary. — L'abbé Alary (1), qui est employé dans l'é-

(1) Pierre Joseph Alary, de T Académie Française, né k Paris .6d 1^89» naort

ducation du Roi, lui a dit, en travaillant, qu'il aupoit dû consentir à se faire saigner pour sa chute. Le Roi lui a répondu : « Je n'ai jamais été saigné ; j'ai les vaisseaux roulans, et puis cette saignée auroit bien fait du bruit dans Paris. » — Il a beaucoup de meurtrissures au visage. Les médecins vouloient le faire saigner. Le maréchal de Villeroy n'a pas voulu. Il est tombé en mettant son ceinturon lui-même sur le degré, et pour n'avoir pas voulu donner la main au prince Charles, grand écuyer, et à l'aide de quartier, qui étoientà ses côtés.

L'évêque de Boulogne, conjointement avec les évêques de Montpellier et de Séez, et comme fondé de procuration de M. de Hirepoix, a piïblié un appel au Coacile de l'accommodement entre les évêques et de tout ce qui s'est fait et se fera à ce sujet. Ils disent que leur premier appel subsiste, et l'appel est du 12 septembre, le mandement du 26 octobre; ils y défendent d'exercer dans leurs diocèses aucunes fonctions ni actes de juridiction à l'égard de la Constitution, et à son effet, puisque l'accommodement n'est pas fait avec eux, et que la dernière déclaration laissant aux évêques le jugement de la doctrine, ils auront droit de juger dans leurs diocèses. Ces prélats, attachés aux règles et à la simplicité de la foi, ne veulent point d'Explications.

ARLES. — On a vu, dansle même temps, le mandement de l'archevêque d'Arles, qui, dans un autre sens, ne veut point d'explications , parce qu'il dit que le Pape ne les approuvera pas, et pour le prouver, il rapporte l'extrait d'un bref du Pape à lui adressé le 20 août, où il y a : Quod constitutionis nostrœ unigenitus negotium aclinet

le t5 décembre 1770. Voir sur cel abbé Âlary, qui exerça une certaine influence et joua un certain rôle dans la société polie et lettrée de son temps, les Mémoires de d'Argenson (éd. de 1825, p. 229, 247, 272), les Lettres de Bolingbroke (publiées par Grimoard., t. II, p. 489, m, 451). Saint-Simon le traite assez mal (XI, 178).

magna cum animi nostri admiratione ex pviblicis istarum partium nuntiis inaudivimus quœdam nunc maxime nobis prorstis insciis i$Hc pertractari quanulld pactoprobare imo necetiam tolerarenec dissimulare unquam poteremus quam obsint non immerito veremur ne veteri dolori nostro nunc

dolendi materia suppedetur. — (Ce mandement est du 12 octobre 1720. Le prélat^ homme de peu de mérite, est neveu du cardinal de Janson. -^ On a été bien étonné de voir un . archevêqup de France oiter un bref qui n'a point passé par. la Cour, |Bt dont il n'a. point donné avis aux ministres, ce qui est contre toutes les règles. Mais cet ajchevôque, dans ce même mandement, qui est original, parle aussi des affaires publiques, des agioteurs, qui tressaillent de joie au milieu de leur opulence et qui se défient pourtant toujours de la légèreté de leur fortune, jusqu'à ce qu'ils aient trouvé moyen de la fixer par l'acquisition de quelques fonds de terre, ou bien de la réaliser par Tachât de toutes sortes de mar* chandisès. Il se plaint de Vinespérée réduction à 2 pour cent, qui anéantit toutes les œuvres pieuses ; il attribue la peste à ceux qui rejettent la Constitution. Il ordonne treize jeunes;, treize Pater et treize Ave Maria, etc., en l'honneur de JésusrChrist eldes douze apôtres. iVoM« vous assurons, dit-il, de la part de Dieu et sur la, parole de smni François de Paul,, que, NrOtr^- Seigneur vous accor- 4sr,a vos justes désirs y et il avertit qu'il ier^ débiter gra-, tuitement chez son imprimeur une oraison composée en l'honneur de ce saint. Â la fin du mandemei^t, il y a une lettre où on marque qu'il a dit que si la peste venoit à A^lesi,,ilxavoit un bon moyen pour. Ja ft^ire casser, c^étoit de monter en chaire et d'excommunier les appelants. — Sur ce qu'il s'appelle Jacques et qu'il se laisse gouverner par un minime (le P. de Rians) on lui.a dit :, « Monseigneur, il y a saint Jacques le Majeur, saint Jacques le Mineur, miais'vôus êt^s Jacques le Minime. »

Castres. — L'évèque de Castres (Quiqueran de Beau-

NOVEMBRE WaO. 496

jeu ) persiste toujours dans le dessein de ne point signer le Corps de doctrine, et a écrit une belle lettre au cardinal de Noailles (pour réponseà une du Cardinal du 13 juillet) où il lui explique ^irès-^éloquemment ses raisons. Il parle de sa lettre du 13 mars^ signée parles évêques, qui contient l'approbation du Corps de doctrine. Il croit que le dogme y est exacte mais ilne voit pas comment on peut dire qu41 donne le véritable seûs de la Bulle, puisque le Pape dit qu'elle est claire, et qu'ily a six ans que l'on cherche ce sens que Ton vient de trouver ; d'ailleurs, plusieurs prélats croient la bulle dogme de foi sans explications, et qu'on ne. juge pas de la foi de l'Église par un sens caché et imperceptible; et il fait trois propositions. V Que raffaire> en Tétat oa elle est depuis les appels et les mandements, n'est pas susceptible d'àcôonimodoment. 2** Que cél accommodement n*ést ni solide ni. véritable. 3° Que quand il réussiroit, les suites en çont à craindre pourla vérité, pour l'honneur et pour; le bien de l'Église. Cette pièce mérite fort d^être lue.

Mercredi 20. — Baron, comédien. — J'ai été à la comédie, qui se jouoit sur. le tthéâtre du Palais-Royal, où Baron représentoit le comte d'Essex , tragédie du jeune Corneille. Il a joué ce rôle dans une perfection qui est le chef-d'œuvre de la déclamation, et j'ai admiré comment un homme de 68 ans peut avoir conservé cessons variés et naturels qu^la dans la voix, et ce geste^ toujours propre à son action^ qu'il contient dans des bornes que lui seul peut connoltre. Il fait là le ^personnage d'un homme condamné à mort; il parolt sans chapeau, sans épée, sans canne, mais sans, aucun embarras que celui qui convient à son état, et on peut dire que lui seul peut bien jouer cette pièce. Il y avoit un monde prodigieux, malgré le malheur du temps, : les femmes pleines de pierreries; les hommes avec des habits magnifiques et superbes. Le Régent y parut avec sa maîtresse, d'un côté; monsieur le Duc de l'autre avec la sienne; et

qui ne voit que cette salle de théâtre croit le royaume bien riche, mais, au sortir de là, la pauvreté est bien effective. Un officier de dragons y prit querelle avec un Morant, lieutenant des Cent-Suisses ; ils descendirent à la porte du Palais-Royal, se battirent, et Morant fut tué. C'est lui qui avoit insulté l'autre, en s'appuyant sur son épaule, et disant qu'il ne s'en retireroit pas, parce que cela lui étoit commode.

MoRiÉ, GRAND ACTIONNAIRE. — Morié, qui a été taxé à 7,000 actions, et chez qui on a mis garnison, a été mis à la Bastille avec sa femme, qui est fort belle, et qui est fille deDufour, marchand bonnetier atxâ? Quatre-VentSy sur le Petit-Pont. Morié est, lui, fils d'un marchand de Nismes, et auroit été banquier à Paris, mais ayant mal fait ses affaires,il avoit été mis prisonnier à la Conciergerie ; puis ayant gagné aux actions, il en est sorti, a payeuses créanciers, et se croyait riche ; le revoilà prisonnier, et on dit qu'il a demandé que sa femme, dont il est jaloux, soit mise prisonnière avec lui (1). Il y a scellé chez lui. On a pris sa vaisselle d'argent, qu'on a envoyée à la Monnoye ; il s'en est trouvé pour 20,000 écus. Il a pour 50,000 écus de diamants et des meubles. Il a déposé 2,000 actions, mais on veut les 7,000 et il dit qu'on veut l'impossible, M. de Landivisiau (2) qui est fils de TÉpine Danican, négociant de Saint-Malô, fort connu (mais peu du côté de la probité), a insulté ces gens, qui viennent de marchands meilleurs que lui, en les interrogeant. Us lui ont répondu comme il falloit : Inde irœ.

Jeudi 21. — On a tenu aujourd'hui un grand conseil de régence sur l'état du royaume. L'argent manque, et il

(1) Ceci s'accorde peu avec le récit de Barbier, qui dit que la femme était maîtresse de M. de la Vrillière, le (nari consentant ou à peu près. (I, 84.)

(2) Maître des requêtes, chargé de présider à la recherche des Mississipiens scandaleusement enrichis et de faire dégorger ces sangsues de la fortune publique.

n'y a pas de quoi payer les troupes. On parle d'une grande réforme, qu'il faudroit faire in capite et in membris. Law est tous les jours dans de nouvelles terreurs; il n'est pas question de moins que de le chasser et peutêtre pis, si l'accommodement se fait avec le Parlement tout à fait. Il est venu à la Banque, dans la foule de ceux qui déposent les actions ; on l'a appelé voleur, fripon, coquin. Il n'en a levé la tête que plus haut, et tout le monde voudroit voir cette tête à bas. On saura bientôt le résultat de ce conseil, qui menace les rentiers, les actionnaires, la ville et les provinces.

Les étrangers commencent à demander justice, sur le tort qu'on a fait en France à leur commerce et à leurs négociations, par le papier et le changement des monnoyés. Les marchands de Milan en ont donné des mémoires à l'Empereur, et il y aura beau bruit au congrès de Milan sur cela.

On s'aperçoit tous les jours de plus en plus de la rareté de l'argent. La Banque n'en a point, personne ne veut prêter sur les i 5 millions d'emprunt à 4 pour cent. La guerre d'Espagne a coûté plus de 200 millions, la flotte d'Angleterre a été à nos dépens ; il a fallu beaucoup donner pour les traités; les armements pour les colonies étrangères dispersent l'argent hors du royaume. Plusieurs particuliers le resserrent ; on ne sait plus où en prendre, et c'est cette rareté qui fait chercher des expédients, car réellement et de fait on ne sait plus où on en est.

Vendredi 22. — Le Prince <]Iharles. — M. le prince Charles, par une politesse et une bonté qui n'est que dans lui, m'est venu rendre visite, et m'a fait mille honnêtetés que je ne mérite que parce qu'il a cru trouver en moi la simplicité et la vérité qu'il aime et une certaine connaissance des grands qui n'est guère dans les gens du Palais.

Écrits contre la déclaration. — Il parolt plusieurs écrits contre la déclaration portée de nouveau au Parle-

ment sur la Constitution. 1° Pensées d'un magistrat, dont j'ai parlée â"" Pensées d'un théologien sur les modifications proposées. Cela pourroit être meilleur. 3** Mémoire pour justifier l'usage de recevoir les requêtes de la part des parties intéressées touchant les enregistrements des édits et déclarations. Cet écrit est excellent^ historique^ tiré des registres du Parlement, et bien composé. 4.** Mémoire pour prouver qu'on ne peut proposer la Bulle comme loi de discipline. b° Mémoire sur le droit de la Faculté de théologie de Paris y d'être entendue sur les décisions de doctrine, pour servir de loi dans le royaume. 6° Mémoire pour justifier le droit de V Université de Paris d*être entendue sur les maUères de religion avant l'enregistrement, etc. 11 n'y a qu'un exemple de ce qui s'est passé en 1571, tiré de Histoire de l'Université (1), tome 6, p. 54-8, et un autre en 1562, p. 552, ibid. Le P. Président, en 1561, ne voulut pas être présent à l'enregistrement, et il répondit au greffier, qui l'invitoit à venir : a que le matin il avoit pris une rhubarbe. »

J'ai eu ce même jour l'appel et le mandement desquatre évèques. Ils renouvellent leur ancien appel au concile de tout ce qui a été fait et se fera, et déclarent qu'ils ne renoncent, en aucune manière, à l'appel comme d'abus interjeté au Parlement, séant à Pontoise, de tout ce qui a été fait au sujet de l'acceptation, et notamment du Corps de doctrine et Explications sur la bulle; et protestent de nullité de tout ce qui a été et pourroit être fait tendant à infirmer les dits appels. Cet acte est du 12 septembre et le mandement du 26 octobre. Notez que la déclaration du Roi, qui défend les appels, est enregistrée au Grand Conseil le 23 septembre, qu'elle est du 4 avril, qu'elle étoit connue il y a longtemps. Dans le Mandement, ils

(1) Sans doute le grand ouvrage latfn de du Boulay en 6 vol. in-fol. Paris, 166Ô. Cel ouvrage, dont M. Taranne prépare la continuation, s'arrête en

parlent de la requête donnée à Pontoise sur l'appel comme d'abus, et où ils demandent d'être entendus, et disent qu'ils n'y ont point parlé du rçfus du Pape d'entrer dans l'accommodement; ce qu'ils ont appris par le mandement de l'archevêque d'Arles du 12 octobre. Il y a dans ce mandement plusieurs endroits tirés de la Relation du quiétisme de M. Bossuety évêque de Sceaux, où il dit que ces questions sur la foi sont inaccommodables. M. deMirepoix, l'un des quatre évêques appelants, estmort, mais on a agi en vertu de sa procuration avant sa mort.

Pendant que H. de Boulogne appelle et soutient son droit , la Cour ne laisse pas de lui rendre justice. Le Régent a envoyé une compagnie de grenadiers dans le village deQueuvres, où il avoitété insultéi lors de sa visite, le 21 août 1720. Les habitants ont député deux d'entre eux, pour lui demander pardon, et leur procurer d'être délivrés de cette compagnie. Ils ont dit que l'esprit de révolte qu'ils ont leur vient des mauvaises impressions qui leur ont été données. On leur a demandé par qui ; ils ontrépondu que c'étoient les jésuites et les Capucins de la ville d'Aire et les Frères Quêteurs, etc. L'éyéque leur a pardonné, a déclaré qu'il falloit s'employer auprès du Roi pour retirer les grenadiers et qu'il les relèvera des peines et censures qu'ils ont encourues, quand ils auront rétabli et satisfait leur curé, comme ils ont promis. Le procèsverbal est du 14 novembre. Il est plaisant qu'on ait envoyé une compagnie de grenadiers contre des femmes et des filles rebelles. C'est de quoi faire durer la révolte. Mais les maris et les pères y ont donné ordre.

Lundi 25. — Pontoise. — Ouverture du Parlement. — On a fait Touverture du Parlement à Pontoise, et dit la messe rouge (1) en grande cérémonie dans l'église des Cordeliers. .

(1) On appelait Messe roupa la mess^ de renlrée du Parlement Elle se célébrait dans la grande salle du Palais de Justice api'ès la Saint-Martin (le 12

Il y avoit plus de 160 robes rouges. Ensuite, il y a eu un dîner magnifique, chez M. le Premier Président, et où se sont trouvés tous ceux qui étoient à la messe. 11 a coûté 14,000 fr. (1).

Mardi 26. — La plupart des conseillers sont revenus à Paris, parce que c'est l'usage d'avoir une huitaine du jour de la messe rouge, dans laquelle le Parlement vaque , ce qui a étonné tous ceux qui pensoient que le mercredi on travailleroit à l'enregistrement de la déclaration, mais le Parlement a pris cette vacance, parce que plusieurs de MM. les constitutionnaires ne sont pas encore arrivés et que les anti-constitutionnaires auroient prévalu en nombre. M. l'abbé Mainguy est tourné du côté de la cour. On l'a gagné, avec bien d'autres. C'est une intrigue d'État et de religion , mais le cardinal seroit bien penaud si, après avoir donné son mandement, la Constitution n'étoit pas enregistrée. Il le mériteroitbien.

Dans son mandement , en parlant du Régent, il a dit : a l'auguste prince dépositaire de l'autorité royale. » Dans son manuscrit, qui est en mains du cardinal de Roban, il y avoit : « digne dépositaire. » Je sais un homme qui a vu et conservé mot pour mot, l'imprimé et le manuscrit. Il a ôté : a digne, » dans son imprimé. Anecdote curieuse.

Mercredi 27. — Jeudi 28. — Fruit nouveau des conseils et du Système de Law. Il n'a pu tirer du public les 15 millions d'emprunt; il a fait donner un arrêt de ce jour, qui permet à la Compagnie d'emprunter des actionnaires 22 millions 500 mille livres, à raison de 150 livres par action ; les deux tiers en argent et le tiers en

novembre). Elle était chantée par les prêtres de la Sainte-Chapelle. Le Parlement y assistait en robes rouges avec leurs fourrures et épitoges. Lesprési- (lents à mortier y dansaient certains pas, en vertu d'un stncien usage. Voyez Bonnet, Histoire de la danse.

(1) On comprend que pour subvenir aux frais de pareilles magnificences, le P. Président de Mesmes dut recourir souvent à la libéralité du Régent, et ne s'en til pas faute. (V. Duclos).

billets de banque , dont il sera fait des billets^ payables dans un an, avec l'intérêt à quatre pour cent ; faute de payer dans le 20 décembre , les actions nulles. Ainsi, le pauvre actionnaire, qui ^ porté son argent à la Banque, dont il a eu un billet qu'il a converti en actions, qui ne lui a encore rien produit, est obligé de donner de nouveau Targent pour conserver ce.tte action, sans quoi, elle est nulle. Cela n'a point d'exemple dans aucune nation; on ne prend point ailleurs sur le fonds des actionnaires, mais sur le dividende , et encore faut-il que l'emprunt soit nécessaire et bien délibéré, et on répartit la part des insolvables. Ici, nulles règles ne sont gardées. Les nullités ne coûtent rien à prononcer, et on n'a pas de honte de tirer Te peu d'argent qui reste pour vivre, à des sujets qui ont tout sacrifié. Ce dernier coup met toutes les familles au désespoir. On l'appelle une vache à lait , car, dans tous les besoins, on pourra tirer sur les actionnaires, et rendre ainsi le dividende non-seulement inutile, mais onéreux. L'action se trouve une rente que chacun a faite sur soi.

Le 28, j'ai retiré mes actions de la Banque ; elles avoient le double sceau. Les commis disoient que le prêt de 150 livres n'étoit pas vrai, pendant que les colporteurs crioient l'arrêt dans les rues. Il n'a été publié que le 28 . Chacun dit en gros : ce II ne faut pas payer » mais en particulier, on va payer, plutôt que de perdre son bien. Rien n'égale la faiblesse où l'on est et la soumission des peuples ; sur quoi on a dit qu'en France il ne se trouve pas à présent un sage ni un fou (un sage pour remontrer; un fou pour faire finir tout cela par la fin de Law).

Vendredi 29. — J'ai vu une chanson sur l'affaire de la Constitution, à l'occasion d'un envoyé du sultan qui arrive :

Dis-moi, Colin, que vient faire L'ambassadeur du sultan ?

Il vient de par le Saint-Père Faire accepter TAIcoran.

Ah ! parbleu, Colin, tu railles ; Comment fera-t-il ? Comment?

Couët lui répond de Noailles Et Mainguy du Parlement.

( L'abbé Mainguy a eu cent mille francs argent comptant, et Bellanger, avocat, son neveu, a eu 12,000 fr. billets de la même manière.) •

Application trôs-ingénieuse au Corps de doctrine et aux Explications, suivant lesquelles on peut accepter tout ce qu'on voudra et même TAlcoran. Couët, qui répond de Noailles, est l'àbbé Couët , son grand vicaire, qui, autrefois janséniste, a changé de sentiment, inventé les Explications, tourné l'esprit du Cardinal et même celui du Chancelier, dont il gouverne pleinement la maison et les opinions, et qui a enfin joué toute cette comédie théologique, par des dogmes de rechange qu'il accommode à tous les temps. C'est un esprit très-dangereux, subtil, qui ne s'ouvre point, et qui cache son venin en dedans. Pour M. Mainguy , c'est uii conseiller-clerc de la Grand'Chambre , qui a aussi abandonné la foi et la vérité, et qui, de confesseur et presque martyr de la grâce, est devenu prosélyte de la constitution molinienne, esprit non moins artificieux que l'autre , qui dit et écrit tout ce qu'il veut, mais pourtant dans un àtyle déclamatoire, et qui ne peut éblouir que les petits esprits , comme on a vu dans les mémoires qu'il a faits dans une affaire pour monsieur de Vendôme , grahd prieur de France, qui, pour le dire ici en passant, n'est plus grand prieur, ayant cédé son grand prieuré au chevalier d'Orléans, fils légitimé du Régent. On rappelle à présent prince de Vendôme.

Princesse de Hanovre. — La princesse de Hanovre (1), mère de l'impératrice Amélie, et de madame de Modène et sœur de madame la princesse de Condé, est arrivée en

(1) Voir sur cette princesse, Saint-Simon, XI, 341.

France dans le mois. On Fa logée au Luxembourg, où elle veut finir ses jours. On l'a vue autrefois en France au village de Coulombes, avec ses deux filles^ et à peine les regardoil^on. C'est une grande ressource qu'une grande naissance.

On a su d'Angleterre que M. Raymond (1) a gagné la faveur du Roi, qui Ta meoé au cercle, chez la princesse de Galles, où nulle personne n'entre, de quelque qualité qu'il soit; qu'il y est entré avec le Roi, qu'il a suivi dans le cercle même, au grand étonnement de toute la cour ; qu'il y est venu plusieurs fois depuis; que le Roi l'a souffert, comme étranger. Il espère, dit-on, avoir l'ordre de la Jarretière, et il reviendra alors en France, parce qu'il ne pourra plus entrer dans le cercle. C'est une raillerie que les Anglois font de lui et il la mérite bien. Il y a quelques années que l'on fit en France une très-jolie chanson sur sa figure et son caractère.

De monsieur Raymond voici le portrait : Il a le vrai corps d'un hareng,

Il rime, il cabale

En homme de cour,

Croit être un Caudale

Et même un savant.

De M. Raymond, etc.

Il passe en science

Socrate et Platon,

Cependant il danse

Tout comme un ballon, etc.

Les Anglois, qui sont méchants, et qui n'aiment pas leurs Rois , ont fait une tabatière sur une aventure arrivée au Roi (2) depuis peu. Il étoit sur un lit avec sa maltresse , la duchesse de Meunster. L'impériale tombe et prend les deux amants comme au trébuchet. Dieu sait

(i) Voir sur ce Raymond, Saint-Simon, VIIT, 303, x» 2. (2).George8 1«.

les cris. Les deux Turcs qui le servent accourent. On les voit dans la tabatière, l'un qui relève l'impériale, l'autre qui retire le Roi par les pieds d'entre les jambes de sa maltresse. Les têtes des deux amants sont encore cachées ; la ligure est une petite estampe gravée qui est à côté dans la tabatière.

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