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qu'on ne leur pouvoit pas rendre les billets, parce quUls étoient biffés et brûlés^ et qu^il n*en restoit plus que les cendres. Le public a crié à la mauvaise foi^ et on a rendu un arrêt, k 18, où on n^a point fait de façon de dire que les billets étoient biffés et hors d^ usage, et 1-arrêt ordonne que ceux qui voudront retirer leurs comptes en banque pourront prendre des rentes de la ville, perpétuelles ou viagères, sur les certificats qui leur seront délivrés. Ainsi, voilà le marchand qui comptoit sur ce fonds, propre à payer ses lettres et ses billets, obligé de le mettre en rentes au denier kO. Cette surcharge fait beaucoup crsdndre pour les rentes de la ville. On s'attend à tout.
Bruuss nulles. — Il y a un autre arrêt du 19 septembre qui or<^onne que les anciennes actions d^Occident, souscription^, primes et proujiesses,* seront converties en actions, de la Compagnie des Indes,, dans la fin de ce mois, passé lequel temps elles seront nulles. • :SÂilfT-Do«EiNGUiSvTr? La^Gompaguie de Saint-Domingue ayant» été supprimée, par lettres d^avr il dernier, et son
-commerce rendu libire (cette Compagnie étoit établie par
-lettres de septembre 1698), ils^est présenté des particu- Uacs qui. ont offert de rembourser et de dédommager cette Compagnie à certaines conditions, et ils ont formé
, une société entre eux^ suivant un mémoire qu'ils ont donné BM Conseil. Ce .mémx)jre a paru bon; mais la Compagnie des Indes a pris les conditions pour elle, et Tarrét du 19 dit qu!elle pourra mieux les exécuter que des particuli^rS) parce qu'elle a plus de fonds, et qu'il est juste
/d'ailleurs de préférer à des particuliei*s une Compagnie publique^ dans laquelle la plupairt des sujets de S. M. se
itoO«MWtiatéi?esséft,:iet qi*^^ S.Jfc. regarde; ooinqae Téta-
Jbimi^mtit plus important de l'État.; Voilà de grandes paroles et flatteuses pour l'espérance des actions et du dividende. On laisse à penser si cette nouvelle société, qui
"avdlt trâYaîJJLé ce mémoire et préparé ses fonds , est contente d§^ pri^r^ce.. .^ ;.,.,^ ,, ...
ARGENT GAGNER poup ne pas dire que le billet perd. Le billet de 1,000 fr. 100 fr. et 10 fr. perd toujours près des trois quarts. La Banque donne un tour à cette perte, parce qu'il y a des arrêts qui disent que le billet ne perdra jamais. On dit donc non pas que le billet perd, mais que l'argent gagne 60, 70, etc., sur le billet, et par ce nouveau langage, on croit conserver l'honneur des arrêts. Dans les nouvelles publiques , on ne parle point autrement, et M. le duc de la Force (1), qui est du conseil de Régence et président du conseil des finances et de la Compagnie, étant venu chez moi pour une affaire d'entre lui et le marquis de Caumont son frère, il m'a donné un mémoire où il dit que : « L'argent gagne plus de 60 pour 100 contre le billet. » Il m'ai dit aussi que l'on reprenoit le Système par sous-œuvre ,i parce qu'on Tavoit interrompu, et que, certainement, la Compagnie avoit dans ses fonds le dividende des actions pour deux ans.
État général des dettes de l'État-. — On a fait imprimer et débiter publiquement un État général des dettes à la mort du feu roi Louis XIV, arrivée le 1" septembre 1715, leur réduction et payement avec la suppression et extinction d'un grand nombre d'offices et droits à la décharge des peuples jusqu'au 1*' septembre 1720. Cet État contient, par dates très-bien suivies, toute l'opération de la Régence (Cqustelier, libraire, le vend), les suppressions de charges, les remboursements de rentes de la ville, et autres de pareille nature, ce qui est fort instructif; mais il n'y est parlé, en aucune façon, ni des actions ni des opérations de la Banque et de la Compagnie. Le résultat est que le Roi de voit 1,977,120,061 livres. Que la Compagnie en a payé ou doit payer 1,600 millions, pourquoi leRoiluifait&SmilIionsde
(1) Henri Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force. Voir sur ce personnage, fameux par son procès, dont nous allons voir les détails, bel esprit, agioteur, haut intrigant, Saint-Simon, Madame et Barbier, T. XII.
rentes, que le Trésor royal en a payé encore 37, 231, 299 fr., et qu'ainsi le Roi ne doit plus en principal que 339 millions, qui ne lui coûteront d'intérêt que 6,797,775 fr., qui, avec les 48 millions, font 54 millions d'intérêts. On ajoute que lesËtats du Roi sont déchargés, par année, de 35 millions; que les sommes dont les sujets sont soulagés, pour droits éteints, sont aussi de plus de 35 millions, et que les revenus du Roi sont augmentés de 12,450,000fr. En sorte que les finances du royaume sont améliorées, depuis la Régence de M. le duc d'Orléans, par .chacun an, de 83,317,972. Ce mémoire est très-beau et les calculs justes. Hais on oublie une petite bagatelle qui est de dire où la Compagnie a pris les 1,600 millions pour payer les dettes (176» prenusl dit Panurge). Et comme elle ne les a pris que sur le peuple, et par mille tromperies et extorsions, qui lui ont àié tout son bien et qui ont ruiné le royaume, on peut bien mettre pour résultat à ce mémoire : partant, le Roi ne doit plus que 330 millions et la France est ruinée. — Notez qu'on met en lignes de comptes : Neuf cent soixante un millions pour les rentes de la ville rachetéeSy et il y en a, présentement, un milliard, de nouvellement créées, ce qui fait 39 millions de fonds de plus qu'il n'y en avoit, sans compter toutes les augmentations de gages et liquidations de finance, qu'on vient encore de convertir à 2 pour 100. 0 le grand homme et le grand arithméticien que M. Law!
Madame Law (1). — Madame Law ayant été voir madame la duchesse deLauzun à Passy, M. le duc de Lauzun> qui est un vieux courtisan méchant et ironique (2), lui
(1) « Elle s^appelait Catherine Knowel, sœur du comte de Banbury. Law « l'ainia toujours tendrement, et l'institua héritière par son testament fait à « V<;nise le 19 mars 1729. Elle aurait pu passer pour belle, si un côté de son « visage n*eAt été gâté par une tache de ?in sur VœW, et le haut de la joue. » (Lemontey 1, 343.)
(2) Saint-Simon a tracé de cet homme étrange un portrait de main de maître. XIII, 66 à 84.
dit: « Mon dieu, Madame^ que nous vous avons d'obligation de cette visite; nous savons les risques que vous courez en vous exposant à une populace qui est mutinée contre vous^ sans raison. Mon Dieu/ Madame, ne vous estil rien arrivé en venant? je crains bien qu'il ne vous arrive quelque chose en retournant; Je veux vous donner mes gens, mon carrosse , etc. y> Et ainsi madame Law fut turlupinée qu'il n'y manqua rien, et c'est bien la moindre chose qu'elle mérite.
Tancarville. — Le duc d^Albret a voulu retirer la terre de Tancarville, que Law a achetée de son fi?êre le comte d'Évreux (ij. Law ayant su qu'il s'y disposoit, a mieux aimé résoudre son contrat, et reprendre les 850,000 fr. qu'il en avoit donné ; en sorte que le comte d'Évreux, qui a beaucoup gagné avec l'usage de cet ai^nt, se trouve encore, au bout du compte, en possession de §a terre, qui est de 25^000 fr. de rentes. C'est une malice de Law, qui est brouillé avec le duc d'Albret, et qui n'a pas voulu que sa terre allât à lui, ce qui ne seroit arrivé que par la négligence dé Law, qui n'avoit pas fait lecturer son contrat, suivant la coutume de Normandie. D'un atlftiNB côté , les deux frères, le duc d'Albret et le comte d'Évreux, sont mal ensemble, et Law a servi cette discorde le mieux qu'il a pu. C'est à quoi il est bon.
Blamont. — Le président dé Blamont, cet homme, si ferme et qui s'est fait exiler, a toutné du côté de la Régence. Il a fait son fils Mousquetaire;' on lui a promis quelque régiment. Il y a eu aussi quelque ordonnance du Trésor royal, qui a achevé de le corrompre,. Il suit la voie large et le torrent l'entraîne (2). C'est une .grande cala-
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(!) è'était Te troisième fils du duc de Bouillon, Godefroy-Maurieé de H Tbur d'Auvergne, et de Marie-Annè Mancini. Il avait éj[)0U8é la fille de Crosat» qu*il renvoya bientôt, et agioté comme les Condé, lies Conti, Ies'd*Antifi^ie8 la Force, d^Ëstrées, etc.
(2) Il y'àVait déjà longtemps. Saint-Simon le note, dès 1719; au i^stoiir de son exil, comme secrètement vendu au Régent, et du nombre yiè 8eB<« pigéonè.
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mité que de voir la vertu et la probité abandonnées par ceux qui en tenoient le parti' et qui soutenoient les autres.
Lundiy 23 septembre. — On a publié un arrêt du 21, qui diminue d'un quart les espèces de cuivre et de billon.
Clergé. — Autre arrêt, du 19, en faveur du clergé général et particulier. Ils ont fait des offres à leurs rentiers de les payer en billets. Les rentiers ont refusé et n'ont pqint rapporté les contrats. L'arrêt ordonne que les billets seront déposés, qu'ils seront aux risques des rentiers, qu'au moyen de ce dépôt, le clergé sera quitte de ses rentes, en principal et arrérages, et que les rentiers rapporteront leurs contrats, quittances, à quoi faire ils seront contraints par toute voie. Et le Roi réservant au Conseil l'exécution de l'arrêt. De quelque côté qu*on se tourne, on ne voit que vexation, -et si. le clergé se sert des occur^ rences du temps , que neferontpas les autres particuliers? On a prêté au clergé de bon argent et il rend des billets qu'il sait bien qui ne valent rien. Beau cas de conscience pour des prélats 1 Voilà leur morale pratique. Doit-on s'étonner que, dans le dogme, ils signent des Corps de Doctrine pour livrer la religion à ses persécuteurs? Tout est vol, brigandage, pillage dans tous les états. Le mandement des calamités le dit bien ; mais le Cardinal, qui l'a doQné, acquiesce pieusement au Corps de Dottrine, qui ruine la religion, et au' remboursement des rentes, qui ruine la justice et la charité.
DÉCLARATION DU ROI SUR LA CONSTITOTION. — J'ai VU,
pour la première fois, la déclaration du Roi sur la Constitution. La Gazette de Hollande du 7 l'a rapportée tout entière. Elle est du k août. Elle contient iquatre principaux articles : Le premier, qiite la Constitution Umgenitus (1 j
privés. » Ce tut un de ces faux ambitieax et de ces faux indépendants qui ne déclament que pour se faire acheter ou cacher quMIs le font. (l)0n trouve celte conslituli6B^''FdWerV4I! de B»fW«r, Appendice.
sera observée par tout le royaume^ avec déienses aux Universités et Facultés de théologie de rien écrire, distribuer ni produire qui y soit contraire, non plus qu'à Tlustruction pastorale^ et aux explications données par les archevêques et évêques. Cet article revoit aussi larrèt.du Parlement de 171&>9 où il y a des modifications. Par le deuxième , il est défendu d'appeler au futur Concile de ladite Constitution, et tous les appels passés sont réputés de nul effet. N^entend néanmoins préjudicier auxdits appels et aux maximes du royaume en autres choses. Par le troisième, laconnoissanceet le jugement delà doctrine est déclaré appartenir aux archevêques et évêques, aux termes de Tart. 30 de l'édit de 1695 ; De la juridiction ecclésiastique y lequel sera exécuté ; et enjoint aux Parlements , Chambres, juridictions de s'y conformer. Par le quatrième, défenses de s^attaquer l'un l'autre parles termes de schismatiques, jansénistes, novateurs, hérétiques, etc. Suivant les anciens arrêts , la déclaration renouvelle encore tous les édits et arrêts contre le jansénisme , et. enjoint aux évêques de se comporter modérément dans son exécution. La lecture de cette déclaration si surprenante, où le Roi met la maiii à l'encensoir, juge l'acceptation des évêques uniforme et décide les appels, qui ne peuvent être jugés que par le concile, en dit plus que toutes les réflexions qu'on y pourroit faire. Voyez le Mémoire donné au Parlement, et tous les écrits faits contre le Corps de doctrine. \\ va en paroltre encore bien d'autres, et le pyrrhonisme avec le schisme vont entrer dans l'Église.
Dudil jour lundis 23 sept. — Grand Conseil. — 11 s'est fait un coup d'éclat et d'autorité auquel on ne s'attendoitpas (1). Le Régent, avec tous les princes du sang, M. le duc de Chartres, H. le Duc, H. le comte de Charolois,
(1) VoirSainlSîmoD, XI, 329, et Barbier, I, 73.
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M. le prince de Conty etltt. le comte de Toulouse, légitimé, est allé voir la séance du Grand Conseil. Le Chancelier y est venu présider, étant le chef de cette compagnie. On y a fait venir aussi treize ducs et pairs , cinq maréchaux de France , cinq conseillers d'État et quatre maîtres des requêtes, etilsétoient dix-huit du Grand Conseil, en comptant le Premier président. Le Chancelier étoit en tête, à la droite les princes du sang , les ducs et pairs et les maréchaux de France sur plusieurs bancs, et aussi les conseillers d'État et maîtres des requêtes. A la gauche, leW présidents et conseillers du Grand Conseil, les présidents dans des fauteuils , comme les princes, ducs et maréchaux deFrance. La Compagnie assemblée,le procureur général, M. Hérault, a présenté une lettre de jussion pour délibérer de nouveau, qui a été registrée, ensuite il a laissé sur le bureau ses conclusions pour l'enregistrement de la déclaration €|.t a fait un discours éloquent sur la dignité de rassemblée, sur les lumières du Régent, et sur l'espérance qu'il y avoit que les obscurités alloient être dissipées et qu'il n'y avoit plus aucune difficulté. Le Chance- . lier a pris les voix des princes', ducs, maréchaux de ' France et conseillers d'État, qui tous ont opiné à l'enregistrement pur et simple. Le Chancelier et le Premier président ont été du même avis. Quand on est venu aux officiers et conseillers du grand conseil, ils ont été d'avis d'enregistrer, en conséquence de la lettre de jussion et par ordre exprès du Roi. C'étoit l'avis du rapporteur qui avoit opiné le premier, et cet avis avoit donné lieu à M. le Régent et à M. le Chancelier de s'expliquer et de dire que ce n'étoit point un ordre exprès, mais un jugement qui se formoit à la pluralité des suffrages et qu'il étoit de la règle de suivre la pluralité. Quelques-uns étoiei^t d'avis d'ajouter des modifications; le Régent a dit qu'il n'étoit plus temps, puisqu'ils n'avoient pas fait des remontrances; qu'on en auroit peut-être fait ajouter quelques-unes s'ils n'avoient pris ce parti. El même que
les modifications qu'ils demandpient sur la conservation des appels étoient inutiles, puisque la voie d'appel au concile étoit maintenue dans le royaume par la déclaration même et qu'ils n'avoient pas pris garde que. les libertés et les droits des évèques étoient aussi conservés, puisque la même déclaration ordonne Fexécution de Tarrèt du Parlementydu 15 février 1714, rendu sur la Constitution, qui contient toutes ces modifications et encore d'autres. Le Régent a parlé cinq ou six fois et le Chancelier aussi, et ils ont dit que les appels passés étoient caducs dès qu'on faisoit un accommodement, comme il arrive dans une transaction qui finit un procès. Trois conseillers ont été d'avis des remontrances ; ils soQt revenus à l'avis des autres, qui étoit d'enregistrer par exprès commandement du Roi . Enfin les voix ayant été comptées, il s'en est trouvé trente-trois pour l'enregistrement pur et simple contre seize. Et l'arrêt a ainsi passé. Ensuite, on a lu les lettrespatentes portant attribution de tous les procès -vus et à voir [au sujet de la Constitution, au Grand Conseil, avec interdiction au Parlement et autres juges. Elles ont été enregistrées, et ordonné qu'elles seront envoyées aux baillis et sénéchaux du royaume qu'il appartiendra avec la déclaration du Roi. Tout cela s'est passé à huis-clos, depuis neuf heures et demie jusqu'à midi et demi. Ensuite, on a ouvert la grande audience. Tout le monde est entré, et le procureur générai a lu tout haut la déclaration et les lettres patentes , et le Chancelier a prononcé Tarrèt. Puis on s'est levé, et Paris a appris avec surprise cette forme nouvelle de séance, d'enregistrement et de jugement. Le Grand Conseil étant le conseil ambulatoire du Roi, le Roi fait entrer qui il veut dans son conseil, et c'est pourquoi il a pu y faire entrer les princes, les ducs, les maréchaux et les conseillers d'État , qui tous doivent l'assister dans les affaires importantes de son État. Cela est dans l'ordre public.