‹ Journal et mémoires de Mathieu Marais, avocat au Parlement de Paris, sur la régence et le règne de Louis XV (1715-1737) (volume 3)Chapitre 1 sur 19 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

LIBRAIRIE DE FIRMIN DIDOT FRÈRES, FILS ET C>«i

IMI'UlMKlItS DE l'institut, UUE JACOB, 50

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^Dimanchej l*^ — Duchesse de Fallari (1). Son portrait ET SON ORIGINE. — Il y a eu bal public au Palais- Royal, la nuit du dimanche au lundi. Le Régent y a paru, tenant sous le bras une nouvelle maîtresse , qui se nomme la duchesse de Fallari. Son mari est Gorge d'En- (rogues, fils de Gorge, fameux partisan, qu'on a vu porter la livrée, et qui avoît épousé en secondes noces une Vallançay. Ce fils , après la .mort d'une première femme, qui étoit mademoiselle de Nangis, et qui mourut misérablement dans sa première couche, non sans soupçon de violence, il y a six ou sept ans , passa en Italie , vit le Pape, a qui il parla de la maison de Vallançay, dont étoit sa mère, et s'étant trouvé que le cardinal de Vallançay avoitété autrefoisbienfaiteur desancètres desa Sainteté, le pape, eu reconnaissance, lui'<lonnale titre de duc de Fallari, qui ne lui a pas pluscoùté qu'une indulgence.

(1) Voir les Maîtresses du Régent. 2«n« édition (Dantu, 1861).

Le nouveau duc^ revenu en France^ où il avoit été interdit plusieurs fois pour sa dissipation et mauvaise conduite , trouve une jeune psersonne en Daupbiné^ chez sa mère assez mal à son aise^ mais passant pour fille de condition. Il lui propose un mariage; elle Tépouse. Quelques jours après ses noces, il est arrêté pour dettes et friponneries , on lui veut faire son procès. Il s'échappe , passe en Espagne, où il est çncore. La ducihesse , désespérée trouve une personne qui en prend pitié (madame de Vauvray ), qui Tamène à Paris , la met dans un couvent où elle en prend soin , et au bout de quelque temps, la jeune duchesse d'Olonne la reconnoit pour sa parente, et la met dans le monde. El^le joue à trois ou quatre amants à la fois , ne manque pas de beauté^ ni de certain esprit propre à séduire. L'intrigue de la Cour s'en mêle , on veut faire tomber la Parabère, qui fait semblant de ne s'en pas soucier^ et voilà la duchesse de Fallari déclarée maitr^ase du Régent. Elle se dit d'Harancpurt ^ de la graQd^ maison de Lorraine^ mais elle en est bien loin , son nom e^t de Raucourt. Son père, homme bien fait^ venant de rien , passa à la cour de Savoie, où il fut valet de chambre de Madame Royale, et très-avant dans ses bonnes gr&ces , à ce que dit la chronique. Il revint en Dauphiné, où il épousa mademoiselle de la Blache , fille de condition assez belle, qui fut très-galante ^ qui est encore au monde, et qui a donné à sa fille réducation qu'on lui voit Le Président Tansin (1), de Grenoble, galant.de la mère,.trouvantlafill6à ce bal, voulut lui serrer la main* Le Régent lui dit : c< Masque, c'est trop de la fille et de la mère, » et le président se retira, sans se le faire dire deux fois. Mais on entendit, quelque temps après, chanter dans-le bal un vaudeville plaisant sur le

(1) Frère de Tabbé, depuis cardinal de Tencin, de madame de Tencin el de Mnoe de Ferriol, mère ded'Argental,ami de Voltaire. Voir sur les Tencin, Saiot- Simon, XI, 182 et les Lettres de MUe Âïssé.

'^^ DÉCEMBRE tf»*. ^^ *'- '' ' S

nom de Pàllari. C'est raie très-aiûcîenn^Mdhansô'n que l'on èhantè èta candnr. •' ' • ' ' ' '* * '• •* ' '' ""

Fallarira dondêue, fallarira dondé.

Trois petitis couteaux dans une gàîûë :

• T ,} L'autre est emmanché d'argenté, -kWaxk»,' ete. < • < . •

Les trbis' petits douteaux Sont Ifes'tWîs amants de ïa du- 6faeiiâe/qui sont le marquis' de Tcssé; Levy eï Préaux. (Préaux est conseiller dé là Cour iet fils de M.' de Vàuvray) . Eïàfiisi le Kégènt â appris qu'il âvàîfr des précurseurs.

Taxes ET actions. -^ Les rôles'pôtit lés taxes d'bictions sont arrêtés. Il y en a 8. Les troiiô detnîers sontirès-ïortô; Léë cinq 'prèmielps contiennent 2S,00(ï actions^' Bourgeois , caissier de la Banque, est taxe à l,SÔ(]f actions, un nommé BrangV)Uzc à' 2^000 et' ainsi des autres; Chacun tâche à ée tii*èr de ces rôles, et offre de l'argent à la nouvelle maîtresse, qui est venue dané nn bon temps pour s'enrichir. On à retenu lés actions de beaucoup de gens (j(A ont éû le crédit de se les faire rendre. Il en arrivera coTome dés taxes dé la Chatnbre de justice, ijùl n^ont rien profluft'qù'aàx favoris* et aux inaitresses. '' / ' ' ' ' jtttntff 2l' -^ PARLÉMENt. — CoiiisTiTCTioy.' ^ Le Parlemëïrt's'ëst'a^seïhblé à Pontoise en grand nombre. Les (Commissaires ttot été nottimés sur la Constitution, et on a remis la décisîoii.au mèrétedî'4. Le Régent s'attend avec graiide impatience et oii riè doute pas qu'il ne soit content. Poùrle Pàpë, c'est autre èhose;mais on dit qu'il se meurt, tïè qu'il ia déjà féirit plùfeieurs fois, san^ l'avoir fait une Kbnne (1). ' ' « '" ; " "

Actions. — Arrêt de ce jour qui ordonne que les actions qui n'orit point été -timbrées d'un second sceau seront nulles et de nulle valeur. Défenses de les exposer dans le commercé et de les négocier, à peiné de 3,000 livres d'amende^ tant contre le vèndefur que contré l'acheteur.

(t) Clément XI. Il avait élé élu pape en 17O0. H'môurul le 19 mars 17^1.

Billets de Banque. — Autre arrêt qui défend de négocier les billets de 1,000 livres et de 10,000 livres, et qui permet seulement de, les convertir, jusqu'à la fin de décembre, en actions et dixièmes d'actions rentières.

Mercredi h, — Constitution. Enregistrement a Pon- TOiSE. RÉFLEXIONS.^ — L'enregistrement tant attendu s'est fait à Pontoise en termes suspendus, équivoques, disant tout et ne disant rien, et qui veulent autant dire que si on n'enregislroit point (1). Voici les termes :

« Registrées, ouï, ce requérant, le procureur général du Roi, pour être exécutées aux mêmes clauses et conditions portées par l'arrêt d'enregistrement, lettres patentes de 1714., et conformément aux règles de l'Église et aux maximes du royaume sur l'autorité de l'Église , sur le pouvoir et la juridiction des évêques, sur l'acceptation des bulles des Papes et sur les appels au futur concile , lesquelles règles et maximes demeureront dans leur forme et vertu. Et pour être la cessation de toutes poursuites et procédures portées par la présente déclaration, pour raison des appels interjetés , inviolablement observée. En Parlement, séant à Pontoise, le 4 décembre 1720. » — Cette dernière clause pour la cessation des appels interjetés a été mise parce que la déclaration dit: a Enjoignons à nos cours de Parlement d'observer et de faire observer inviolablement tout le contenu de cet article, nommément en ce qui regarde les appels. » Mais l'arrêt défend d'en interjeter aucuns, sous quelque prétexte que ce puisse être, et comme l'arrêt conserve les lois de l'État sur l'appel au concile, et que la déclaration ne doit être exécutée que conformément à ces règles, voilà encore la voie ouverte aux appels futurs. Ajoutez que l'on maintient les maximes 1** sur l'autorité de l'Église, qui seule est infaillible, et non le Pape; 2** sur le pouvoir des évêques, qui sont juges delà doctrine, et qui pourront

(1) V. Barbier, T. I, p. 88.

DECEMBRK 1720. 5

appeler s*ils ne veulent pas accepter ; 3° sur Tacceptation des bulles des Papes , ce qui renferme le droit de l'Université et de la faculté de théologie en matière de dogme. Cependant l'enregistrement ne parle point des oppositions et des appels comme d'abus, qui ont été faits depuis peu, et qui ont longtemps arrêté cette affaire. Enfin, le Parlement s'est tiré d'intrigue le mieux qu'il a pu. La Constitution est^ acceptée avec des explications qui ne l'expliquent point, et Tenregistreraent est fait de la déclaration comme s'il «n'y avoit point d'enregistrement. L'un est fait pour l'autre et pour tous deux le temps qui règne, où l'on ne voit que défours, artifices, dissimulations, qui ont pénétré tous les corps de l'État, et qui ont passé jusqu'au clergé et au Parlement. Après tout, le Cardinal abandonne visiblement la religion qu'il a soutenue, au lieu que le Parlement , forcé par des translations réitérées et des violences manifestes, a encore eu le courage de maintenir, autant qu'il a pu , l'autorité de l'État, et ne s'est rendu qu'à la cassation des appels passés que l'on a exigée de lui.

Law n'est pas content de cet enregistrement, qui commence à réconcilier le Parlement et la Régence, ce qu'il craint beaucoup. Aussi dit-on qu'il est de part avec la nouvelle maltresse, et qu'il a contribué à faire renvoyer madame de Parabère, qui étoit contraire à son système, au lieu que la duchesse de Fallari , amie du président Tansin et de toute cette famille, qui est très-unie à Law, le soutiendra. Ces Tansin viennent de GrenoBle. L'un y est président à mortier, l'autre est abbé, grand vicaire de Sens. C'est lui qui a reçu l'abjuration de Law : homme galant, intrigant, et de peu de foi (1). La troisième est une chanoinesse ou religieuse , qui vit à présent dans le monde en habit séculier, et qui a été connue pour

(1) V. dans Saint-Simon et Diiclos, sa terrible mésaventure au Parlement, à roccj^sion de son procès avec l'abbé de Veyssière.

ses galanteries^ ayec le garde des sceaux d'Argenson (1).

Abbé de Coetlogon. — A,gtions. — On a rendu les actions A ^'abbé de Coetlogon, a qui on les avoit retenues. C'est un bomme de qualité de Bretagne, qui s'est fait le commis et, Tàpie damnée de Law, et qui a beaucoup gagné à ce métier, contraire à sa naissance et à son ét^t. Il a pris à vie deJLaw la terre de Roissy en Brie. Law Tavoit achetée depuis peu delà marquise de laCarte^ auparavant veuvedç monsieur Rouillé des postes, dont il a eu cette belle terre pour du papier. L'abbé, plein de sa fortune, qui ne tient point de T Église, a voulu quitterrétat ecclésiastique, et obtenir dispense du sous-diaconat, pour épouser une maîtresse qu'il aime. Mais le Pape l'a refusée , et ce refu^ a fait qu'il ne s'est pQÎnt marié , et qu'il n'a point quitté sa maîtresse. Elle é»' appelle Duzevest, et est fille d'un gentilhomme d^e Provence, à qui on a donné une principale commission de la Banque ^2j.

Jeudi 5. — Fal^ari. Parabçre. — La fortune de la duchesse de Fallai;i a j)assé comme une ombre. L'étoile de madame de Parabère a été plus forte que la sienne. On a tant couru,, intrigué et tourmenté le Récent, qu'il est révenu ^ sa première i^ialtresse, et dès ce soir même il a soupe avec elle et ses favops, et a fait dire à l'autre, qui venoit pour souper avec lui,. et à madame de Sabran, qui l'accompagnoit, qu'il étoit pialade et s'étoit couché, il ne l'a point congédiée autrement. Tant tenu, tant payé. Les aniis^de la^ duchesse disent que • cette aventure n'a pas le moins du monde intéressé son honneur ( madame de Vauvray (3) la soutient beaucqupj; mais on sait bien que penser d'une femme galante, qui a mangé plusieurs fois avec le Régent en secret, et

(1) V. les Maîtresses du Régent.

(2) Il a épousé, depuis, la demotftelle. (Note de Marais)»

(3) Voir, )3ur cette fenim« intrigant«,]es Ménjigirçs^deM.li^^eLauiiagf (M^^^^de Staal).

qui a été publiquement au spectacle et au bal avec lui.

La duchesse de Sforce (1) a dit aujourd'hui, à une per« sonne digne de foi, qu'étant allée à l'abbaye de Moaimartre avec la Régente, une religieuse , sœur d'un chan* délier de Paris, s'est jetée à ses pieds, lui a conté les besoins de son frère , et l'a priée de lui faire vendre par le duc de la Force , son parent, 3 ou 400 livres de chandelles. Cette bonne religieuse croyoit que Sforce et la Force étoienl la même chose, et elle avoit entendu dire que le^duc de la Force avoit fait un amas de cire à brûler, comme tout le monde le sait, ce qu'elle avoit confondu avec de la chandelle. Ce duc est si déshonoré que les ducs et pairs ont donné une requête au Roi pour le faire dégrader de sa pairie. Elle est déjà signée de quatre, du duc d'Uzès, du duc de Brissac, etc. On l'a fait imprimer et envoyée dans les pays étrangers. (Cette requête n'est qu'un projet de quelqu'un qui ne l'aime pas).

La maréchale d'Estrées. — Un gentilhomme d^ Bretagne, nommé Marsilly, de la maison de Roucy, officier des chevau-légers de la garde , revenant des États, avec la maréchale d'Estrées, est devenu amoureux d'elle , jusqu'au point qu'un jour il fit, par jalousie, du bruit dans la maison où étoit le maréchal, à quijon dit qu'il étoit ivre. La chose s' étoit passée assez doucement, mais on a appris depuis que ce gentilhomme a été trouvé mort dans un puits dans la ville d'Avranches , étant revenu de Bretagne par la Normandie. On ne sait s'il s'y est jeté, ou si on l'y a fait jeter; quoi qu'il en soit, c'est un amant de moins à la maréchale, qui en sera bientôt consolée et qui en a bien d'autres. Le jeune et beau Chavelin (2) , avocat général, mort en août 1715, et qui s'étoit fait grand trésorier de l'ordre pour avoir le

(1) Dariié et eontidente de M"» la dachesse d'Orléans. Voir Saint-Simon « VII, 3&5à3&7.

(2) V. Saint- Simon, VU, II, 334^

cordon bleu et lui plaire davantage, n'ayant pu accorder le travail pénible de sa charge et de ses amours, y a bientôt succombé.

La comtesse de Saint-Maure. U court un bruit que la comtesse de Saint-Maure (qui est mariée depuis peu et fille de monsieur de la Vieuville, maître des requêtes, intendant enBéarn) est aimée par le duc de Chartres. Le duc d'Olonne faisant la guerre à ce prince de cet amour, lui a dit : c( Pourquoi avez vous pris cette bête à quatre pieds ? » Le mot de Ténigme est qu'elle a ses deux pieds ordinaires , un pied de nez et un pied de ce qu'on ne nomme pas. Sain t-Eyrem ont, dans des vers à Madame de Mazarin, dit que, dans Tautre monde, il parlera aux ombres de sa beauté, et leur dira tout ce qu'il en a vu, puis il ajoute :

Mais si, voulaDtm'embarrasser,

Elles me font une demande.

Si Manon (Delorme) veut s'informer

De cet endroit caché qui se dérobe au monde

Et que je n'ose ici nommer,

Que voulez-vous que je réponde ?

Ceux qui parlent de la comtesse de Saint-Maure en savent plus que Saint-Evremont n'en savoit de madame de Mazarin.

Vendredi 6. — Fallabi. Sabran. — La duchesse de Fallari, que l'on croyoit noyée, estrevenue sur Teau. Elle a soupe aujourd'hui avec le Régent et entretient encore des espérances. C'est le petit jeu; je l'ai vu vif y je lai vu mort : je l'ai vu vif après sa mort, Chirac, premier médecin du Régent, lui a dit que s' étant trouvé dans une assemblée de chirurgiens, il avoit appris que cette dame étqit gâtée, et qu'ils avoient manqué deux fois monsieur

de' Levy, son amant, parce que sa v est incurable.

Le Régent a répondu. « Je ne m'en soucie guère : si elle me donne des pois, je lui donnerai des fèves, » — On a su aussi que le jour qu'elle fut présentée par madame de Sabran, après quelque discours, madame de Sabran se

DÉCE^IBRE 1720. 9

retira pour aller tenir, disoit-elle, compagnie à son prince (qui estle prince d'Isenghien) . Elle écouta àla porte, et entendit de ses oreilles mille choses offensantes, que disoient contre elle le Régent et la duchesse. Elle rentra et voulut faire des reproches à l'un et à Tautre, A quoi le Régent dit : « Tout ce que j'ai dit de toi est vrai, et il y en a encore cent fois davantage, que je dirai si tu veux retourner écouter à la porte. »

Samedis. — Le Pape. — On apprend que le Pape est bien mal. Voilà une nouvelle affaire. S'il meurt, il n'aura pas vu la fin de sa Constitution. On parle de faire partir les cardinaux incessamment pour Rome. Nous en avons six : Noailles, Bissy, de Rohan, Polignac, Gesvres et Mailly, mais ils sont embarrassés par où passer, à cause de la peste de Provence et des quarantaines qu'il faudra faire. Ils pourroient bien arriver après l'élection.

Les affaires publiques empirent tous les jours ; on parle de donner des comptes en Banque à tout le monde pour les actions et les rentes. 11 ne se fait point de consommation. On ne vend rien, parce que les marchands, qui pourroient acheter les vins et grains, n'ont point d'argent. En Bourgogne, tout le vin est restéet il n'y a point d'entrées.

Conseillers d'État. — MM. de Caumartin (1) et de Bou ville, conseillers d'État, sont morts. M. de Machault

et , qui envient les expectatives, ont leurs places

au Conseil.

GuisGAR. — M. de Guiscar, lieutenant général des armées du roi et gouverneur de Sedan, mort (2). Le gouvernement douné à M. dé Médavi.

Dimanche 8. — Parlement. Constitution. — Ce matin, on a publié la déclaration du Roi sur la Constitution, avec l'enregistrement du Parlement à Pontoise ; et.

(1) V. Saint-Simon, XI, 344.

' Cl) Ibid., Xr, 343.

en mètùfi temps, des lettres patentes^ qui lui donnent la connaissance de toutes les contestations survenues et à survenir, et qui révoquent l'attribution au Grand-Conseil. Elles sont du 25 novembre. On avoit donc de bonnes paroles du^Parlement, et onsavoit bien ce qu'il devoit faire le iip décembre.

PouGNAG. — Le cardinal de Polignac, qui étoit exilé, il y a longtemps, pour l'affaire d'Espagne et de ipadame du Maine, est rappelé, ^,'état où est le Pape a produit ce changement. On a besoin de ce cardinal, qui a beaucoup d'esprit, et qui est capable de grandes négociations. 11 a été autrefois en Pologne, où il fut amourçux de la Reine ; il a fait en France l'amoureux de nxadame 1^ Dauphine, puis il est venu à madame la duchesse du Maine, qui Ta engagé dans la conjuration d'Espagne et qui a pensé se perdre avec elle (1).

Le Régent a donné quatre gros bénéfices à quatre chevaliers de Malte, officiers de marine, qui ont bien servi à Marseille pendant la peste : MM. le chevalier deLangeron, de Levy, etc. Ces grâces sont bien placées, quand de telles gens les obtiennent.

Les comptes en ^anque ou écritures nouvelles sont rejetées, pour n'être point forcées dans le public à toutes sortes de payements, comme on l'avoit proposé pour sortir d'affaire.; mais cet expédient rejeté donne de nouveaux embarras. Law est prêt à tomber. Le Régent a dit qu'il avoit envie de l'envoyer à Effiat (2) avec bonne escorte. Les actions deviendront à rien. On n'en donne que 500 en argent pu, 5,000 en billets de banque qui ne valent pas 100 livres pièce.

Lun^i 9. — Prei^er président de Mesmes, Lqrob^ Le

(1) Voir, fiiir^lecarclioal de Polignac, les Mémoires de d*Àrgenson^ Saint' Simorij le Président Hénault et Madame. Melchior de Polignac, archevêque d'Auch et cardinal, né en 1661, au Puy, mourut en 1741. Auteur du célèbre poëme latin VAnti- Lucrèce.

(2) Terre en Auvergne appartenant à Law.

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premier Président est vi^nu àjP^ris et a été bien reçu du Régent. Il marie Jl"® de Mesmes, sa fille aînée, au duc de Lorge, qui est déjà veuf d'une fille, de M. Chamillard, dont il a eu trois enfants. Le premier Président assure à sa fille la terre de Cramayel, et ellç a de son chef et par des substitutions, de grands biens. Il fait ,ce mariage pour la faire duchessp, ca^ce duc^ quqiqiiie jeuaç e^ncore, estruipé, et les enfants qe ce deuxième mariage n'auront point les honneurs. Le duc de Lorge n'est point pair, il est duc héréditaire, avec les honrieurs du Louvre et non du Parlement. Le Régent a dit au premier Président qu'il étoit content de ce que l'on avoit^fait, et qu'il falloit lui laisser faire son mariage â,Poatpise, oùtoutétoit disposé. Ainsi le Parlement reste epcorel^, et on ne sait quand il en sortira. La fille cadette du premier Président, mariée avant l'aînée, est femme du marquis dp Lautrec, fils du marquis d'Ambre. L'aînée est pleine de mérite et de sagesse (1). (ia cadette est plus jolie et ne hait pas ceux qui le lui disent. Le Pape. Laffiteau, évêque de Sisteron. — La nouvelle du Pape se confirme. On le dit mort. Le Régent a fait venir le cardinal de Rohan, pour prendre des mesures avecl\ii. Nou3 n'avons à Rome aucun ambassadeur. Il n'y a que Tévêque de Sisteroji (autrefois le P. Laffiteau, jésuite) qui y soit chargé de nos affaires, et le cardinal Ottobon, protecteur de la France. L'empereur pourroit

. (1) Marie- Anne-^Aotoinetle. V4)ir sur çC} piariage, auquel tput le Parlement assista en robes rouges, Barbier, I, 91 et Saiut-Sinion, XI, 346. Le portrait des deux sœursy par <;e \Jerniér, respira toute sa hai^e,^ invétérée contre la maison de Mesme» 61 le premier président. 'c^Le premier président, qui étoit veuf, «t n'aToit que deux filles. Elles étoient riches, et pour contenter les fantasques « Tune étoit noire, huileuse, laide à effrayer, sotte et bégueule à Tavenant, dévote « à merveilles ; Tautre rousse comme une vache, le temt hlanc, de Tesprit et du <c monde et le désir de liberté et de primer. » Selon Saint-Simon, ni Tun ni Tautrede ces mariages ne furent heureux, par la faute de la femme (VII, 330). Mais ce Lautrec^ qu'il nous représente comme une victime résignée des incompatibilités conjugales, n*àuroit pas été, selon Madame, exempt des plus se* ▼ères reproches. Ses débauches scandaleuses auraient fait mourir son père de chagrin. (Madame, II, 306).

bien se rendre maître de tout ce qui va se passer à Rome et de l'élection future. Cet évèque de Sisteron vient d'adresser un mandement, k son peuple, qu'il n'a jamais vu et qu'il ne viendra pas voir de sitôt, ce qui lui donne occasion de déclamer contre la peste dans des termes irèschoisis et très- éloquents.

L'abbesse de Chelles (1), fille du Régent, s'ennuie dans son abbaye, et vient passer quelque temps au Val de Grâce, où elle sera plus près de la cour, et des expédients pour y revenir, si cela se pouvoit.

M. DE LouviGNY. Loulou. — Le duc de Louvigny (fils du duc de Guiche), étant à la Banque, entendit un homme qui disoit à un autre : a Ce petit Lamolte est bien heureux d'aimer une aussi jolie femme que cette madame de Loii... » Il n'acheva pas, parce qu'il aperçut en ce moment monsieur de Louvigny, et il étoit question de sa femme. Monsieur de Louvigny, qui eut un homme de très-court esprit, ne se doutant de rien, va trouver un ami de Lamotte, connu pour son confident, et voulant faire voir qu'il est instruit des galanteries de la cour, il lui dit que Lamotte a une très-aimable maltresse qu'il sait bien. L'ami dit qu'il ne sait ce que c'est. Louvigny lui dit : c( Je te dirai la première lettre de son nom ; c'est un L. a Je n'en suis pas plus avancé, » dit l'ami, qui trembloit que le mari ne sût l'aventure. « Oh bien ! la deuxième c'est un 0. » La frayeur redouble, et l'ami persiste à dire qu'il n'y entend rien, ce Tu l'entendras mieux par la troisième c'est un U. » L'ami croyoit tout perdu quand M. de Louvigny lui dit : « C'est madame deLouvois. » Ce qui

(I) Louise- Adélaïde d'Orléans, née le 13 août 1698; Abbesse de Chelles ; luorle, le 20 février 1743, dans la retraite, au couvent de Notre-Dame du Trainel. Voir, sur cette princesse originale et savante, Saint<Sinion (XI, 119, XIII» 60). Duclos, les Mémoires de d'Argenson, les Mémoires de Maurepas (t. l**"), et noire livre intitulé : Les Confession de Vabbesse de Chelles, Paris, Denlu , 1863, où nous avons essayé de ranimer, dans une sorte de synlhèse autobio> graphique, cette aimable et attrayante figure, une des plus caractéristiques de la Régence.

DÉCEMBRE i720. 13

ayant remis les sens de Tami, il lui dit : Tu ne me devois pas faire tant languir, j'en suis bien aise, mais Lamotte ne m'en a jamais parlé. » Depuis ce temps, on appelle M. de Louvigny Loulou. La cour, qui n'aime ni estime ce duc, qui est décrié et rej.eté partout, est bien aise de celte aventure, que tout le monde conte, fausse ou vraie.

Mardi 10. — Prêts des actions. — J'ai mal fait de payer. 11 y a une foule extraordinaire à la Banque, pour payer le prêt de 150 liv. par action. J'y ai été comme les autres, et ai payé 750 liv. pour cinq actions, dont 500 liv. en argent sur le pied qu il étoit à la fin de novembre, et 250 liv. en billets. On vous donne des actions nouvelles, scellées de trois sceaux, en échange des vôtres, et des petits billets de 32 louis d'argent, aux poids et titre de ce jour, payables au porteur dans un an. Ils sont datés du 29 novembre ,et les intérêts y sont compris. Il y en a autant que d'actions, et on en va voir tout Paris rempli, comme d^s billets de banque. Je vis un particulier (le sieur Fonton, contrôleur de la maison du Régent) porteur d'un ordre de 13,172 liv., qui lui fut payé en un billet sur cet argent que Ton recevoit, et il m'a dit que c'étoit pour payer les troupes, et que tout ce que l'on faisoit donner par les actionnaires n'étoit que pour cela. 11 faut qu'on soit bien pressé.

Le bruit s'est répandu que Law étoit arrêté ou congédié et envoyé à Effiat, qui est une terre du défunt marquis d'Effiat, qu'il a achetée. Mais cela ne s'est pas trouvé vrai. 11 y a un grand abattement et une grande consternation chez lui. L'orage gronde terriblement, et nous en verrons bientôt les effets. Chacun lui prépare des supplices, et, dans la Banque même, on parloit si haut contre lui et le Régent, qu'on en étoit scandalisé. Le Parlement a donné des articles pour son accommodement, et le premier est que Law soit chassé. Law a voulu aller au Palais-Royal ce matin ; le Régent a fait dire qu'il étoit malade, sur quoi Law a dit qu'on travailloit à son expulsion,

1^ MÉMOlRliS DE MATHIEU MARAIS.

et 'que c'est ce qu*il demande depuis longtemps. On croit le Régent et lui bieh d'àc'cord.

n étoit arrivé plusieurs d^s messieurs du Parlement à Paris depuis Fenregistrement. Ils s'en retournent, pour être au mariage de mademoiselle de Mesme^ et pour attendre le sort desàffttires, (Juîsérâ'hieiltAt décidé'.

Voici la copie des ^deux dernière^ lettres ' de cachet pour lé Parlement. (Trahslation du Pariemenl; à Blois sans effet).

Pr^emtVr«/e(fre. ccMonsieùr, ayante ^blir de bônnesconsidérations, résolu deftrànsférer macour de Parlement, Séant àPbntoise, en ma ville deBlois, je voiis fais cette lettre, de l'avis de mon oncle le Régent, duc d^Orleans, pour vous enjoindre et ordonner de vous y transporter, toutes affaires cessantes, pour assister àTouverture de mon Parleméiit, qui s'y 'fera le 2 décembre ^rochain^ |)Our cette année seulement, et saùs tirer à conséquence ; et poui* y être instruit de mes intentions, et y rendre la justice, à Vôtre ordinaire, en vertu de la déclaration qui y sera envoyée. Vous faisant cependant défense de vous assembler nulle part ailleurs, sous quelque prétexte que ce soit, sous peine de désobéissance et de privatioti de votre charge. Et la présente n'étant à autre fin, je prie Dieu qu'il vous ait, Monsieur, en sa sainte garde, ce Écrit à Paris, le 10 novembre 1720. Louis, et i^lush^s Phélipeaux ; Suscription ; à M. . ., Conseiller en ma cour dé Parlement, séant à Pon toise.

[^ Deuxième lettre, « Monsieur, je vous ai donné mes ordres le 1 0 de ce mois pour vous transporter en ma ville de Blois, afin d'assister à l'ouverture de taon Parlement, que j'y avois indiquée au 2 décembre prochain, en vertu de la déclaration que je devois faire expédier à cet effet, avec défenses de vous assembler ailleurs, sous quelque prétexte que ce soit, sous peine de désobéissance, et de privation de votre charge. Estimant cependant à propos que vous vous rendiez en ma ville de Pontoise pour y vaquer à

VOS fonctions ordinaires dahs l'exercice de la justice, je vous fais cette lettre, de Tavis de mon très- cher et trèsamé oncle, le duc d'Orléans, Régent, pour vous dire que mon intention est qu:e> toutes affeires cessantes, vous vous rassembliez en ma dite ville de Pontoise le 25 du présent mois, et n'étant la présente à autre fiti, je prie Dieu qu'il vous ait. Monsieur, en sa sainte garde, (c Ecrit à Paris, le 17 novembre 1720. Louis , et plus bas Phélipeaux. La suscription est : A Jf .;., ConseilUrmma cour de Parlement.

Observez, sur ces lettres, que l'une est du 10 et l'autre du 17 novembre , qu'en ces 8 jours on à négocié^ l'enregistrement de la Constitution et' que les lettres d'attribution au Parlement et de révocation de celles du grand Conseil étant du 25 novembre, jour que le Parlement se devoit rassembler à Pontoise, on comptoit certainement sur l'enregistrement, qui n'a été fait que le 4 décembre.

Mercredi y 11. — Marseille. Peste. — On a vu des lettres de Marseille, du 27 novembre, qui disent que la peste y est déclarée plus que jamais , que 40 personnes saines ont été attaquées, en unjnéme jour, decelte maladie, avec tous les signes de peste les plus caractérisés, et tels que l'on n'en avoit point vu de pareils ; qu'elles sont mortes en deux jours; que l'on attribue ce nouveau malheur aux jours chauds que l'on a eus depuis peu , qu'on n'a d'espérance qu'à la gelée , mai? qu'on craint qu'au printemps cela ne reverdisse; c'est le terme de la lettre. Brunes , fameux négociant de Marseille, écrit qu'on ne soit point étonné de ne plus, recevoir de ses lettres, parce qu'il est à sa dernière feuille de papier.

Le Pape halade. — Les Jésuites, qui ont 4es nouvelle^ du Pape, disent qu'il n'est point si mal ; que ses jambes s'étoient fermées, etque leshumeurs avoient porté quelque délire dans le cerveau, ce qui avoit alarmé; mais qu'il y avoit apparence qu'elles se rouvriroient, comme il est déjà arrivé plusieurs fois. jÇe que les jésuites espèrent, beau-p coup de gens le craignent. La Fontaine disoit d'Inno-

cent XI, qui se mouroit, dans une lettre à M. de Vendôme :

Pour nouvelles de Tltalie, x

Le Pape empire tous les jours.

Entendez, seigneur, ce discours

Du côté de la maladie,

Car aucun Saint-Père autrement

Ne doit empirer nullement ;

Celui-ci véritablement

N'est envers nous ni saint ni père, etc.

Actions. Prêts. — On continue toujours à la Banque de payer le prêt de 150 livres, et de retirer les actions timbrées du double sceau. Mais plusieurs personnes, qui vont pour les retirer, trouvent une note pour les laisser, parce qu'elles sont destinées aux taxes. On ne donne, chez les agents de change et parmi les agioteurs, que 10 livres du billet de 100 et 90 du billet de 1,000 livres. Les billets, de 1,000 livres se prennent, pour le prêt des actions, pour la partie qui se paye en papier.

Law. — Les mouvements sont plus grands que jamais pour faire tomber Law. On ne doute pas que pour cette fois il ne succombe. La partie est très-bien faite. Il a contre lui madame de Parabère, qui ne veut se raccommoder avec le Régent qu'à condition qu'il sera chassé. Le Régent en est comme fou, et court après elle comme un enfant. D'un autre côté, le Parlement, qui est tout prêt à revenir, et dont on a besoin, demande son expulsion. M. le Duc, qui le protégeoit, estobligéde céder, peutêtre malgré lui. Law s'est fait une affaire avec M. de Vendôme, qui lui avait reproché le prêt des actions. 11 lui a répondu que le Régent l'avoit voulu. Sur quoi, M. de Vendôme en ayant parlé au Régent, il lui a dit que c'étoit une invention de Law, et que, pour lui, il n'y avoit aucune part. Sur cette réponse , M. de Vendôme a dit à Law qu'il étoit un malheureux , qu'il l'avoit trompé; il lui a voulu. passer son épée au travers

du corps, et l'est venu dire au Régent , qui lui a dit qu'il aurait bien fait. Le voilà mal avec les princes^ avec les feq^mes et avec tout le peuple. On ne le croit pourtant pas si mal avec le Régent lui-même^ qui en a tiré tout l'argent, qu'il garde et qu'il ne veut point lâcher. On recommence à parler de la souveraineté de Flandre^ qu'il veut acheter de l'Empereur, pour se faire une retraite honorable (1).

Le bruit se répand ce soir que Law est renvoyé, qu'il y a un contrôleur général nommé et des intendants des finances, et que toute l'administration va changer. Dieu veuille que cela soit pour notre bien.

Jeudi 22. — On a appris ce matin, certainement, que M. Pelletier de la Houssaye, conseiller d*État et chancelier du Régent (2), est nommé contrôleur général des finances. Il avoit tout quitté le 7 juin 1720. Et MH. d'Ormesson (3) et Gaumont, commissaires généraux pour travailler sous lui, comme faisoient autrefois les intendants des finances. On est encore incertain sur ce que deviendra Law : il est toujours chez lui, et on ne lui a point ôté la direction générale de la Banque et de la Compagnie des Indes. Les uns disent qu*il va à Guermande, qui est une de ses terres proche Paris , d'autres à Effiat. On ne le croit point du tout disgracié, et ceci est encore une intrigue qui n'est point nette , et qui se développera avec le temps.

Le duc de Richelieu a été reçu à l'Académie françoise à la place de M. Dangeau (4), et M. l'abbé Roquette à la

(1) Ce bruit absurde courut en effet. V, Mémoires de la Régence (III, 74).

(2) Félix Lepelletier de la Houssaye, conseiller d'État, etc.. contrôleur général, fut, en 1721, nommé prévôt et matlre des cérémonies des ordres du Roi. Il mourut en 1723. (V. Mém, de la Régence^ III, 74.)

(3) Beau- frère de d'Aguesseau.

<4) Au trente-deuxième fauteuil. Voir, sur cette réception, et le discours du récipiendaire (dû à Destouches, Fontenelle etCampislron, et dont Torthograplie seule appartenait en propre à Richelieu), sa Vie privée par Faur(I, 181). T. II. 2

ïd MÉiVlOIREB^'DG MATUIEI} MARAIS,

place de Tabbé Renaudot. Le Duc a fait un très^beau discours^ ^ù il a fort loué le mavécha} de ViHars^ qui esft de rAcadémre^ et^ eh parlant du Roi^ il a bicQ parlé du maréchal deVilleroyy son gotuverneur^ L'abbé Gédouyn (1), directeur^ lui a répondu^ et en louant Tabbé Renaudoty homme d'un es](>rit solide^ il s'est jeté sur eés gens subtils dont les pensées éoha|^ent à l'esprit et sur ces poètes dont les vers sont beaux quand ilsisont récités, et < sur le papier ne se soutiennent plus; voulant par là désigner M. de Footendle et M; de la Hotte.' Lequel M. de la Motteatu une odesur la mort de madame Dacier, où il parle encore contre Homère. G'estsa marotie^

Le cardinal de Rabcm part pour Rome inceissamment. Il y va comme chargé des affaires de France. On a- besoin de qu^qu'un là èasqui puiisse représenter* dignement L'Empereur s^y ^eiid le maitre^ lia exigé une^dtisfaotion du cardinal ^ibanî/ nereu ducpape^ quiy comme gouverneoFide >R0ine3 <avoit fait arrêter un^ courrier cle l'Empereur et prendre ses paqueti^, pour avoir passé par un payssui^eot de contagion;

Thbséb, (XMBRA. -^;OnA joué pour la première fois l'opéra de ThMe*(2) y qui a été remis au théâtre^ et où il s'est trouvé beauoMp <le m<hiâe. Paris a été étonné d'y voir L«w, avec sa femme^et ses enfants y et Fimpudenoe angloise a joué son îeu^ Il a un^ls etunefitie, assez bien faits tous deux, et impudents comme leur père. Sa dis* grétee est une chose tforif équivoque. Le dut 4e la Force^ qui a toute honte bu%/^ étoit+avcc eux.* •

M. Pelletier-Desfors, qui faisoit les fonctions de contrôleur général sans en avoir le titre, est remercié.

(1) Nicolas Gédoyn; Jésuite, né à Orléans en 1667, auteur (Tune Iraduction deQuintilien. 11 était entré à l'Académie, etk 1719, comme successeur du maiv quis de Mimeure. /

(2) Thésée, poëme de Quinault, musique de Liilli, représenté pour la première fois devant le Roi, à Saint -Germain-en-Laye, le 1 1 janvier 1675, par les musiciens du Roi joints à ceux de V Académie royale de musique.

., DÉCJEMBRE I7Î0, 19

J^^'jétoit dè$ te. 7 Juin 172^0 <v*^^ su^râ). On dit qu'il «t ^pp^dj^4,/^ retiçei;,,ipaifiî;, guel^^ ma^ qu'aillent les aifaires publiques, oj^^yfint.ijlftujpprs étPfi.de quelque ç|j9§e,,.et 911 n'^ifpa^tjgfts.^àt voir bv^g^jg djau(jien<^^ soli-

^j^^ l^ç^iijt e$t pai:tqpt ,que le Pariei!i.ent reprendra ses 8<^9^eesJi,^aPJis;ipajfdi prpohajjip. Cependant on croit qu'il yjja enc<[jf)ç, à ^out. ççla ,un,4fJSS0us. des cartes bien mêlé, etjq,uaL^>jf^ qpj, .n'fs^t i^ii djed^^js ni dp^iof^j, j^rrôte encore b^^n,dyep inou^^çjŒu&nts^ . ,. .' - t . , u. :. '. ^ Vefidj^edi 13. rr-, l^aw e^t toujours A sa place , et à la 5.anq|i|p et â^ la Ççm^p^nie. L'attention ^générale , lest tournée 3UF;,lw. fiin ?^i ^it quiç MM. Bernard j(,Saniuel) e| Çrozat. ^tçippt HQpiqôSj, l'un pour (Jiriger, les actioas, l'autre pour les comptes en banque. Ç'étoit le bruit uni* y/çpçel.dje, Par^^ ..piai^ j'ai jàlûé pjiez AI, Bernard, qui v^^liit qu'il. Jft'jen ayoit point entendu papier, et voilà ce que c'est que les bruits publics^ ,^

Qb m'a assuré qu'il y avoit des maladies malignes autour de la viHe-de- Bourges; qu'on avôit été obligé 'de fermer la ville, e( que Ton avoît envoyé à M. le cardinal ^' de Gèvres> archevêque de Bourges, qui est à Paris, unpfb^\:^emandementj pour ordonner des prières fèWiques. Il n'y -a que 6^ lieues de Bourges à Paris ; cela s^ît affreux si- ce mal allôif gagner.

^c»lïoilfe.^-r.Lcs> cardinaux ne se pressent point d'aller à ]Çfjmje,.ll n,'y p. que le pc^rdinal dç Rohan, qui part mardi pi;ç^^ai|i et qui.y va^ pai; Ai'dÇfi^^ ÎP- Coujp.Toutesses belles nl^çe^, qw n'^^p^pnt pgint l'itali^^fi^pt jfàçhées de le voir P(^jir„ ejt.^1 y.afira bieR >des Jaç|^s. répandues ce jour-là, quis^poij^esfi^y^e^l^çntAtapr^?-, ,,;, .

. M., 4^ la IJt9i4S3aye a déclaré qu^'il pp reçevroit la comn^jspipp ,4Ç-Ç9^^'^0l^u^'&é'^J^%l.9*^'4 cond^tipn qi^e.Law sortirpit d€}.Paris,,,içt: qv-'i^^l^ ;^epdroit; dès qu'il y rentrerpit^ Pp,a vu . 4ps carrosses de I^aw et de ses chevaaix dp.pôt^ dç la p^Ktct^nJb-Aûlpjnç, qui. est le chemin de

Guermande^ et du côté de la porte Sainte Honoré^ qui est le chemin de la Martre^ qu^il a eue de M. Desmarest. Il sera parti pour l'un ou pour l'autre.

ÉvÉQUE DE Boulogne. — La Cour ne s'est pas contentée de la satisfaction faite par les habitants de Quevres à l'évèque de Boulogne. Elle a donné ordre au commissaire des guerres de la ville d'Aire de lui amener douze des principaux habitants^ pour lui faire une plus ample satisfaction. Ils lui furent amenés le 2& novembre^ par un officier de cavalerie^ fils de ce commissaire, et la satisfaction se fit, en présence de plusieurs gentilshommes et autres personnes de considération de la ville de Boulogne, et d'une foule de peuple qui suivoit les députés.

Les comptes courants gagnent 75 pour cent contre les billets de banque.

Grande cérémonie à Constantinople le 10 octobre, pour la circoncision des trois princes, fils du Grand Seigneur.

État des troupes d^ Espagne, qui est gravé et en françois.

87 rég. d'inf., qui font 158 bataUl. de 500 h. à la tète desquels sont les gard. esp. et les gard. wall 79,0a0

24 rég. cav. à la tête desq. sont les gardes du corps, 98 esc., 120 h. chacun 11,760

21 rég. drag., 80 esc, 150 h 12,000

Total. . . . 102,760

Protestation. — Protestation signée contre le mandement du cardinal par plusieurs ecclésiastiques, curés et réguliers. Le cardinal a dit au supérieur d'une grande <;ommunauté qu'il espéroit, par son mandement, donner la paix à l'Église. Le supérieur lui a répondu qu'il ne feroit que causer du trouble et augmenter la division. Le cardinal répliqua : ce Ayez soin qu'il n'y ait point d'intrigue dans votre maison et qu'on y demeure en paix. » »— «C'est une affaire de conscience, reprit le supérieur, je n'ai garde de gêner la conscience de personne, je laisserai à

chacun la liberté de la consulter et de faire ce qu'elle lui dictera. Le cardinal ne dit plus rien. Le prieur des Car* mes en fit autant.

Le coureur du cardinal, qui portoit son mandement aux curés, a été mal reçu partout, hors par le curé de Saint-Nicolas du Chard(^nnet (1), qui, le voyant fatigué, le fit boire et manger. « Vous me rendez la vie, lui dit-il, j'ai coiiru tout Paris, pas un ne m'a offert un verre d'eau. » Ce curé, qui vouloit publier lemandement, a reçu défense de le faire.

La Faculté de théologie de Nantes a reçu ordre de recevoir les docteurs qu'elle avoit exclus au sujet de la Constitution. Elle les a reçus le 1*^' novembre, mais à condition de satisfaction pour les discours injurieux qu'ils ont tenus. M. Forré, exilé, est de retour.

Le Régent parolt publiquement au spectacle avec la duchesse de Fallari et madame de Vauvray , qui la mène pendant qu'il est en particulier avec madame de Parabère. Ce sont des maltresses alternatives et concurrentes.

Ce jour après dîner , les directeurs de la Compagnie des Indes ayant été faire compliment à M. delà Houssaye sur sa place, il leur a dit que le premier qui auroit communication avec Law, directement ou indirectement , il le feroit mettre dans un cul de basse fosse. 11 a paru fort irrité contre cette Compagnie ,♦ et ne veut pas qu'il soit dit que tout ceci soit un jeu , ou au moins qu'il en soit de part.

Samedi 14. — Law parti. — Law a pris son parti de sortir de Paris sur les trois heures et n'a pas vou^u attendrequ'on l'en ait misdehors. Il s'est retiré à Guermande, à six ou cinq lieues de Paris, avec son fils et le mylord Har. Sa femme et sa fille doivent partir demain. C'est

(I) Église du treizième siècle, réédifiée en 1661 dans la rue des Bernardins, an coin de la rue Saint-Victor. Elle doit son nom au fief du Chardonnet, sur le territoire duquel elle fut construite.

i2 MÉMOIRES DE MATHIEU MARAIS.

comme si là peste avoit cessé dans Paris, mais les resteis en dureront encore longtemps. On dit qu'il ne doit rester que trois jours à Guermande , et que de là il doit aller à Effiat avec escorte. ' . ...

J'ai appris que fce matin il a eu une dernière au'dience du Régent, à qui il avoit écrit la veille une lettre de sii pages. M. de la Houssaye^s*y e^ trouvé, et a répondu vivement à toutes ses 'méchantes raisons. Le fier Écossois est sorti impudemment, et a dit qu'on n'avoit point voulu suivre son Système, et qu'il avoit'donilé de bons avis dont oh ne s'étoit pas servi, que l'on S'eti trouVeroit niai, et M. lé Régéht^out le premier. Il a dit cela quand il 'a été dehors. ' ' ^' • - i ' : .

Mariage dlÉ^'dûè de Lorge avec !tf'*'de MçïstoèS'fâil'â? Pontoise. Le contt»at>d6J mariage sigtié ]i)ât tous his''préiâii' d^nts et coiîi^illei'sdti Parlement, que le premier Pi^ëisident à Si èti*e tiés frères > oë^i ne^s^est jamais tii. • — *^' ■ ^^

Le Régent a di* à M. ^Dërfoi»^, en le remerciant, ' qu'il étôit content de 'Son' 'travail et «de sa pi^o^bité , maisqué^ M. le DÈTCavôtt exig4»qù%Ml né^sé servit* plïiisaelàii ' 'On si deâ nouvelles que le^ Pape 'feé porte mieux et' son médecin (LÉindsi> qui est ^n^des' plus feâfbile& fiaédeèïns du monde)à dît qtfil lefewit'VlVireetticôre'Six ans^'toalgré toutes ses in<5ommddités. ' -'• ** <'' ' '

Le chevalier de Goi»miiifge$»i(4) a reçtt»une letton de Rome, où on lui tnarque : << V<ki& serez bien étonné^'ap^"^ prendre qu'on attend ici le cardinal Alberorii , iqtii est chargé des^a/jfmVes tfEépagncTâVeb 2^000 écÀé d'afj^pointements par mois. Gela seroît bien su^prènatit^^nâis, ap-' paremment^ on croyoit le Pape mort quand cette corn*-' naîssion lui a été donnée. ^ i - •

ÂRRÉT DE Bretagne CASSÉ sur la ciiiE ET'lÊ''stiF. -^ Le Parlement de Bretagne a donné arrêt, le 21 août, qui

(1) V. sur ce chevalier de Comœin^es, j^làînl-Sïmoli, Vî,: îièa. ' ' ^ ' **' ^"''

i DÉCEMBBE 4T«0. l i'/ UB

fait défense là tous éti^angers,} quinn'Ont pas leur, do* micile en Bretagne, d- élever de la ppovinoe du beurre', du suif et de la eire..- Cet ariN&t a. été cassé par un arijàt dttdO novembre «(publié aujourd'hui), parce qu'il donue atteinte à la liberté du commerce qui doit éU^ entre la Bretagne ellesautres provinces de France^ «S. H. voulait maintenir dans toute sou étendue cette liberté si néceS'saine, qui procure à seâ sujets de différentes provinces le salutaire avanta^ de se communiquer mutuellement^ soit en denrées ou marchandises , les choses nécessaires tant .à leur subsistance qu'à leurs autres besoins, et considérant que la correspondance réciproque entre ses sujets recevroit une atteinte > que les règles et le bon ordre.ne peuvent permettre^ cet arrêt subsistant;. » Voilà le ^tyJk de H 4 le Chancelier»

BijfKmeke i&^^* lundi 16;x---* En entrant au conseil de Régence le 15 , pluaieudS> officiers se sont présentés, qui ont dit au Bégent qu'ils ai'avoîent point d'argent pour payer les 160 Itvrespour leur action. Il leur a dit qu'on les retiendroit sur les. appointements de. ceux qm .ne pourroient payer. On a parlé de réforme des troupeë, mais on n'en parle plus, et* on paye la remonte^ de la cavalerie^ - - •

Dans ce conseil , il a été 'rendu un arrêt qui proroge jusqu'au 31 décetnbré inclusivement le délai pour payer les 150 livres par action, et permet a^x directeurs de^re^ cevoir des actionnaires!^ lôuis» d'argent sur le pied de d. livres et le louis d'or- de la nouvelle, fabrication sut le pied de 5^ livres. Celatirêt a été publié le lundi 16, et il est rendu i « Ouï} le rapport du sieur Pelletier de M Hou»» toye, conseiller d'État oïdinaire et au conseil ide Régence pour les finances, contrôleur général des finance. » G'«at k premier arrêt de son miDistère« On suit les errements de la Compagnie des Indes » d)on n'a garde de quitter une voie qui apporte de l]argent.

,' LiàiKT. ^-^ Il y à «encore deux< partis «pour LaWv Les uns

disent qu'il est perdu sans ressources, d'autres qu'il ne Test pas et qu'il doit revenir. Ce qui étonne , c'est qu'après que l'on a vu un Chancelier rester à Frênes dans un exil de deux ans et demi, et le Parlement souffrir une double translation en six mois, on voie un étranger, qui est la ruine de la France, sortir tranquillement et volontairement de Paris, et se choisir, en quelque sorte, le lieu de sa retraite, pour se mettre àl'abri de toutes recherches. Madame de Prie a diné avec lui le jour de son départ; elle y perd plus qu'une autre, car on dit qu'il lui donnoit vingt mille écus pour avoir sa protection. Depuis un an, il a donné plus de cent millions à ceux qui l'ont sou* tenu dans son poste. Le Garde des sceaux, dont il s'étoit fait un ennemi, lui a gardé rancune, et s'est joint avec l'archevêque de Cambray, qui ne s'en cache point , et qui dit qu'il n'y a point assez de supplices pour punir un tel coupable. Il a donné un état des affaires, qui s'est trouvé faux dans presques toutes ses parties.

On dit aujourd'hui qu'il ne doit rester que trois jours à Guermande, et que de là, il a l'ordre d'aller à Effiat, où il sera gardé. Mais celte garde est fort équivoque , car elle peut être aussi bien pour lui que contre. Sa fille eut encore l'impudence de paroltre dimanche 15 à l'Opéra, mais un garde du corps du Roi donna un soufflet à son petit nègre, et un coup de pied dans le cul à la petite fille, qui voulutse récrier ; mais sa gouvernante, plus sage, lui dit qu'elle a voit été pressée par la foule.

Les Paris sont niandés : ce sont les gens du Garde des sceaux. Us ont dit qu'il leur falloit un ordre J on le leur a envoya et ils vont revenir, hors un des quatre, qui, pour être trop grand, car ils ont la taille gigantesque, s'est cassé la tête à une porte.

Samuel Bernard. — Le contrôleur général a mandé Samuel Bernard , qui a dit qu'il ne vouloit ni qualité ni intérêt dans la Compagnie; qu'il donneroit son temps, ses avis et ses mémoires pour examiner l'état des choses,

DÉCEMBRE i7S0. 35

mais qu'il ne feroii rien pour se déshonorer ni se ruiner.

Mardi 17. — Le Parlement rappelé de Pontoise, — Enfin l'exil du Parlement est fini^ et Law^ chassé^ ramène les beaux jours de cette Compagnie^ qui ne vouloit pas rentrer dans Paris tant qu'il y seroit. Ce matin ^ on a enregistré à Pontoise une déclaration du Roi qui ordonne ce retour. Aussitôt^ tous les HH. ont quitté et sont revenus^ et Ton doit rentrer vendredi au Palais. On ne peut guère douter qu'on ne leur ait sacrifié Law, puisque l'époque de leur retour et de son exclusion est la même. Cette énigme politique s'expliquera par la suite des temps. Il est toujours glorieux à la Compagnie de ne plus rencontrer à Paris ce malheureux étranger qui, ne connoissant ni les lois , ni les ordres de la France , disoit qu'il falloit chasser cette vermine de Parlement^ et que les Rois étoient maîtres de décréer ce qu'ils avoient créé. Nous verrons bientôt la déclaration et les motifs.

M"' Dacier. — M. Burette (1), médecin de la faculté de Paris, académicien de l'Académie des sciences et des belles-lettres, et qui travaille au Journal des savantSy m'a envoyé un Éloge qu'il a fait de M"** Dacier. Il est trèsbeau et très-circonstancié; il rapporte les ouvrages qu'elle a faits et leurs éditions différentes, et laisse une idée bien singulière d'une femme qui a tant travaillé pendant toute sa vie (née en 1651, morte le 17 août 1720, âgée de soixante huit ans), qui joignait les grâces du style aux sciences , et qui a fini par les traductions de V Iliade et de V Odyssée d'Homère (2). Il y a un bel endroit d'une lettre de la reine de Suède à cette savante : a Par quel charme secret, dit elle, avez- vous su accorder les

(1) Pierre- Jean Burette, médecin et antiquaire français, de l'Académie des inscriptions et l>elles-lettre8, né à Paris le 2t novembre l€6ô, mort le 19 tnai 1747. V Éloge de Mn>« Dacier fut publié en 1721, in-4''. Voir sur Burette, auquel la science de Tantiquité doit beaucoup, son Éloge par Fréret, Mémoires de V Académie des inscriptions, etc.^ XXI, 217.

(2) V. sur M«»e Dacier, Saint-Simon, XI, 331.

Muses avec les Grâces ? Si vous pouviez attirer la fortuné à cette alliance^ cè'sferoitxin a^orliment presque iàas exemple, et auquel on ne pourroitrieïï souhaiter de pluîsr; si ce n^est la coûiioîssaiice dtj la vérité, qui ne perut^tffe longtemps cachée à tine fille qui peut s'entretenir avec les saints autéurë'd^ni^leui's langues naturelles. » — ^ Riëri n'est plus noble et plus sensé que eè cotnpliment. L'É/ogrrf ne parle point dîi mariage- du libraire et des autres aven -» tures dont il ei^ parte ci-dessus jatte^ uti éloge est*^ éloge , mais un journal historique demande plus de siiiôérité, et puis la Foiilaîne a fort bien dit :

Tout faiseur de journaux doit tribut au malin.

Cet Éloge finit par quelques vers d'une élégie latine de Fabbé Fraguier (2) sur la mort dé ni^tee «avante ; pièce achevée en son genre et digne, du siècl e d'Auguste :.

Vicino egreditur sallu proè stantis Homeri ' Placato specles aôqm paranda Jovf Dextra gerit sceptrum, velaotur tempora laurp . .,

Tota s^bit yatum pooesecutsecob^ :, Haec esit Anna laborum, inquit tutela mec^rum Anna cornés fama subsidiumque meœ Quod vici regnoque tuuni est nec Zoîhis ultra ^ ^ *

' Nomen ab opprobrio ^ùser-et iàcrùe Tia(3o. '

Tu veri custos , rectœ tu régula mentis Et sapit iogeuio G^llia^tota tuo, etc. , , ., ^^ ..

M. de la Monnoye a fait Tépitaphe suivante i ' ^- ^ -

Conjure Dacerio, Tanatjuillo diffna parente ^ . •

Hîc, par ambabus quaefuit Anna jacet.

Haec et Aristophanem doctiftlatiuràque'MénândrUiW;* ' ^' ^J

Hsee et Mœniden gallica verba loquf, '' *■ ^m

Hanc igitur meritis pro talibus Attica posthac

Hanc Latia , hanc semper Gallica Musa canant

LAWi —* Le- bruit est public que Law-e»i perdu sa»s

( 1 ) Claude-François FraguieH érddit' et moraliste fratiçais, he à PaVis éh VièftisV mort en 1728. • "' -'^'^ ■■' • "'^-' '-<"• ■>' '■ ■ " v'.

ressoiipce, que tous ses pi<étectëurs Fabandonnent, éi qu^on découvre mille -friponneries ^tt'il a faites. ^

Mercredi 18. — pARLBMEîn-. -^ On a publié la Déclaration du lîot (Elle est du 16, registrée le 17 à Pontoi^eji portant rétablissement du Pafrlement à Paris. Les motife en sont simples. Il est dit : «que oéHdnéâ considérations avoient porté le Roi à transférer la Gour de Parlement de ParisàPontoise , maisquecesraifens ayant cessé, et étant persuadé que tous lesoffitiers qui lâi composent s'ertipres-^ seront à donflcr de nouvelles marques dé leur zèle et de leur attachement à nôtre service et d'é leur soumission â nos intentions, etd. A cescauses, etc.. Nous avons tramfiré et rétaèli , transférons et rétablissons notre dite Cour de Parlement, séant de présent à Pontoise, en notre* bonne ville de Paris , en laquelle nous entendons qu'elle fasse ses fonctions ordinaireë,èomîne avant la déclaration du 21 juillet dernier. Voulons néanmoins que tout ce que notre dite Cour de Parlemêlit transférée à Pontoise a arrêté et ordonné sorte son plein et entier ef-^ fet. » La déclaration est registrée le 17 décembre, pour être exécutée- selon la forme et teneur. On a remarqué,* dans le public, les termes de soumission à nos instructions, qui > ne conviennent pas au Parlement ; et ceux de tran^^ fèréei transférons à Paris, ne pouvant pas y avoir de translatioUr^ddAfô te' Vî^àii^ége -du Parlement. Mais on a' pris les termes de T^dit <le rétablissement de 1652, et on y à suivi jusqu'à la clause de : a Voulons néanmoins » qui étoit bonneiènde'temps-Wjet qui étôit inutile en celui-ci, le Parlement entier ayant' été à Pontoise, au lieu qu'en 1642 , il n'y en avoit q«*àne partie . '

Jeudi 19. — Law (1)^' — On a su qu^l y a eu un pas^ seport expédié pour permettre à Law de sortir hors du

(1) Voir sur celte fuite de Law, Saiut-Simoii, XI, 349, les Mémoires secrets (le Dudos, Barbier, I, 93, et les Mémoires du marquis d*Argen9on, édit. Ratliery. '

28 mii:moires de mathieu marais.

royaume. Cela fait tenir bien des discours. On dit qu'il va suivre l'argent qu'il a emporté. Il doit la plupart des terres qu'il a achetées. U est venu à Paris aujourd'hui, où il a passé trois heures avec les principaux commis de la Banque, puis il est parti avec des gens de la livrée de H. le Duc. Dieu le conduise et ne le ramène pas ! Sa femme et sa fille sont restées à Paris.

Vendredi 20. — Le Parlement est rentré, sans beau-* coup de cérémonie. On a appelé une cause du rôle qui a été plaidée. Pendant l'audience, sont arrivés le greffier en chef de la Chambre des Comptes et celui du Grand Conseil, pour faire le compliment. Ils ont passé auprès des secrétaires de la Cour. Pour éviter le conflit entre ces deux Cours ou leurs greffiers, il a été réglé, en opinant sur Ja cause plaidée, que le premier entré parleroit le premier. C'est le greffier de la Cour des Comptes qui a parlé. On a fait retirer l'autre derrière le barreau, puis on Ta fait revenir, et quand il a voulu parler , il a été si troublé qu'il n'a pu ouvrir la bouche et s'est retiré sans rien dire. Les avocats, le bâtonnier (M. Babel) à la tète, ont été chez M. le Premier Président, qui a dit que les avocats avoient été parfaits en tout, et qu'il faudroit être difficile pour n'être pas content d'eux. Le président Chauvelin a dit : « Nous revoyons les avocats avec amitié, et ils la méritent bien, y) Je me suis trouvé au Palais , où il ne m'a pas paru que la foule fût bien grande pour un jour comme celui-là.

Université. — Le Recteur nouveau et la Faculté de théologie sont venus, à l'audience du premier Président, lui faire compliment. On a appris que M. Rollin (1), recteur, a été dépossédé par lettre de cachet, parce que, dans l'assemblée du 12, il avoit invité l'Université à persister dans son appel au concile, et aie renouveler. Son dis-

(1) Le célèbre Rollin.

cours a été registre au greffe de l'Université, pour perpétuelle mémoire. M. Coffin a été élu à sa place; et c'est celui-là même qui a déjà appelé , et publié les motifs de l'appel.

Law. — On dit que Law va à Bruxelles; d'autres disent qu'il va à Rome, et il pourroit bien aller trouver Angelini , son secrétaire italien, qui a tant emporté d'argent. Le maréchal de Villars a dit que s'il alloit à Bruxelles, l'Empereur le feroit arrêter, pour le payement de tous les billets de banque qui ont passé dans les pays de sa domination et sujets à TEmpire.

Noblesse. — Trésoreries de Frange. — Il a paru un édit, registre à Pontoise le 12 décembre, qui maintient les officiers et trésoriers de France, de Paris, dans la noblesse au premier degré , comme les officiers de la Cour des comptes et Cour des aides. Elle leur avoit été accordée par l'édit d'avril 1705, mais elle avoit été révoquée nouvellement, par édit d'août 1715, qui avoit révoqué plusieurs anoblissements, ce qui ayant décrédité leurs charges , ils ont été rétablis par ce dernier édit, qui a été donné à cause de l'attention particulière qu'ils ont pour la conservation du domaine. On maintient jusqu'aux veuves et enfants des décédés pendant la révocation.

Chartreux. — On m'a donné des vers faits par les Chartreux à l'occasion de la visite que le Roi leur a rendue le 3 décembre.

Ad RR. PP. CartusianoSy pro officioso Régis ad eorum eventum aditu.

K, Patri Jacobo (1) Dionisio Cartusiano HuDc Patres memorate diem : delabitur hospes X E cœlo vobis, irradiât quœ domum

Advenit ut primum supplex accedit ad aras Sanguine quo genitus sic pietate probat

(1) Le P. Jacques- Denis, ancien religieux. Fils d'un huissier du conseil.

J30 MÉMOIRjïS: DE MATHIEU MARAIS.

Illi prœposîtua vestei facit ore rotundo Verba quibusmentiscandida sensa pat^t.

Tu Jacobe tamen debes memor amplius esse. ' Hospite quod tanto cellula plena fuit lû partem laudum veniat Bonigallius (1), esto. Cui regem Improbulo fas recreare datur ^inc inde inc^uto^ subito dunsL^rolult jiobr^ Qui latet exiguus fons salientis aquae.

Urbanus (2) noster veniat quoque principe teste Jussa operi fœlix applicnisse manum.

Ast dilecto qui pomum mirabile visu Acceptum régi mui)us «mioe fadisi Tu multo majore reor, eumularis honore Quod donas régi nec daret ipse Regens ■ Quod Veneris donum Paris obtulit illud amori Das et sumet amor sic Paris œquus eris. Scilicet ambigu!' Dea non qucecumqueprobavit .Tudicium. Laodat ^ed beue quisque tuum.

R, P J^cobo Cartusiano. A Martino (3) dicuntur Pyra nomen habere Tu Pomis nomen Cartusiane dabis lUa quidem fuerant ah'as oblaià tyranno I : .Tu Benus at régi das-bonamalaBono (4). ;

Samedi 21, dimanche 22, lundi 23. -rL? 22, il y aeu 4ea ^fpnûssaii^^i npra,més |«)m? l'examen des affaires de 4a. Compagnie, et dç la BanqyÇ;. ^., Trud^ipe, ancien prévôt des marctiands et conseiller de M. de Machault, ancien lievitçngî,nt général (^q police etoonseilteçdeJI.^Feryijpd ,.ipaltr,e dçs reqvièl^. . . ,., „ . . .^ .,

Bourgeois, Fromaget a la Bastille. — (Ce même joiir ont été mis à la Bastille, M. Bourgeois^ trésorier de la Bknqnef Durevest contrôleur, et Fromaget, un des di-

(1) Le p. fioDîgol, 6l8d'un maître des comptes, qui a des jets d'eaux dans sa cellule et son jardin, et dont il mouilla les pages du Roi.

(2) Le P. Urbain qui toui:ne, travailla devant le Roi.

(3) Le P. Jacques avait une pomn^e à un ^()re (fui était monstrueuse. Il en fit présent au Roi.

(4) On dit qu^Altila demanda une poire à Saint-Martin et qu'elles furent appelées p^f lui ; Poires, de bons Chrétiens. ■ ^

;., M DÊGEM9KE 1790. 31

repteurs (1)4 Qa cherche deux millions qui ont été portés depu^SipeUy 4c Js^ J^açpoyc 4 la Banque, et dont Fromaget a donné son récépissé à Grossin, directeur de I9. Monnoye* Law.ei^ ^, employa une partie, ava^it^pn, départ, à payer le^.pqjçcipji^, qui n'avpient poip,t, éjé payés depuis longtemp^*;()n parle d'autres richesses bien plus considérables et d'aj^geut transporté 4ans les pays étrangers. Ce Ço^rgepiç ja des bidji^s immenses ; il es]^ de Lyop, est venu àJParis, depuis sejPi^'c^u huitans^ et n^ayqit i^ien quand il est aurivé.Il a épousé la fille de Francine Grand-Maison, procureur de rUe de France. Je l'ai vu un très-petit compagnon. Sa for^fiQC) qu^ Von dit de ÇO mil^ons, l'a voit fort enorgueilli. llaai)|iet^,,plusieurs terres, et^ efitre, autres celle de Qoyi^e 1 ,':^&0^000^ par décret adjugé à Pontoise le 4 septembre dernier. M<I>urevest est un gentilhomme provençal, attaché à l,a maison, de Bouillon, qui a de belles filles, et par quiâl atoit obtenu cette: commission de con- 4ç0lear^fromagfii«st \m homme d'a<faires,qui est devenu direeteur. j,

Le 23, ils ont été amenés de la Bastille à la Banque et à: la Jtopnôye, pour assister à, la reconnaissance des papiers et à la ooofrootation des officiers de ia Honnoye. Personne ^e les plaint. » . . . ;

; On continue de porter à la Banque les 150 liv. par actiott et oet^rg^nt j^rlA payer,lies rentes de jia Ville; il n'y m a point d'autre. On ne sait où en j)rendre pour payer les troupes et les aut|:'e& .dépenses.. Le Hoi n'en a point du toutd^iissa<?a56e!kte, pour .p^yerles pensions qui y sont assignées* < - •»> rt. :.

Ballbt ou Roi, — On faitdesrépétitionç du ballet du Roi dans la grande s^le des M^QhineS; Le Roi y danse trè^Tbie(n> C^.baUeVfte YAUjk ri^p .pour l^ paroles, qui sout de Coypeî le jem:ie,f,fttviliest trop, tris^te, pour un

(l) V. Barbier, T. I. p. 92.

jeune roi. Où êtes- vous, Quinault et Lully? Bonnes gens, je ne vous vois plus; j'ai beau chausser mes lunettes. 0 François !

La princesse d'Auvergne. — La princesse d'Auvergne, épouse du prince d'Auvergne, appelé autrefois le chevalier de Bouillon, «st accouchée d'un fils le 20 de ce mois. Ce chevalier, qui aime beaucouple vin et les femmes, n'étoit pas fait pour le mariage, mais il a trouvé une mademoiselle de Trente, Angloise, d'une naissance assez bonne, qui a voit beaucoup gagné aux actions, et il Va épousée sans en être plus riche, à cause de la chute de tout ce papier (1). Ce qui lui a fait dire : ce De tout cela, il me reste une femme et un enfant. » La demoiselle, qui s'étoit mêlée de bien des choses depuis qu'elle est en France, a tant fait qu'elle a pour mari un Bouillon, à quoi elle ne devoit point s'attendre. Elle avoit accompagné la reine d'Angleterre, femme du roi Jacques,

La duchesse de Fallari continue toujours d'aller au Palais-Royal. Elle soutient son poste par son esprit. Le Régent lui dit qu'elle n'est paa belle et qu'il ne l'aime pas, et elle répond qu'elle est bien sûre qu'il Taimera un jour; sur quoi elle reste et elle l'amuse.

Law. — Son PORTRAIT. — Law, avant de partir, aadressé un Mémoire à l'abbesse de Chclles, fille du Régent, qui est à Paris, au Val-de-Grâce. Il le finit par dire que si on n'exécute pas son Système jusqu'à la fin, la France est ruinée; mais elle se trouve ruinée dès à présent et il n'y a donc plus rien à faire. Le malheureux qu'il est eût bien mieux fait de demeurer joueur, et d'aller piller les banques de jeu des Génois et des Vénitiens, comme il faisoit autrefois, que des' attacher à détruire un si beau royaume. Il n'y a pas dix ans qu on l'a vu tenir un jeu à VUôlel de TransylvaniCj où, par la connoissance de ses calculs, il gagnoit beaucoup. Il s'est insinué peu à peu chez le Ré-

(1) V. sur ce mariage Sainl-SImoii, \1, 187.

gent, qui aime les choses singulières; il en a faitson ministre et son confident) et il a été le fléau de la France.' En Angleterre, il n eu une affaire pour laquelle il aurait été pendu, s'il ne s'é toit échappé de sa prison. Sa femme n'étoit point sa femme; elle avoit un mari, qui n'est mort que depuis un an et demi, et les deux enfants qu'il a d'elle sont venus pendant celte parenthèse qu'elle a faite à son mariage. L'origine de cethonime, qui faisoit le seigneur, est très-basse. Il est fils d'un orfèvre d'une ville d'Ecosse, mais il n'a pas manqué de généalogistes qui l'ont monté bien haut. (Voyez, en 1721, l'extrait d'un livre anglois fait il y a dix ans) (1).

25 Décembre. — Law. — Le bruit s'est répanda que le prince de Horne, gouverneur du Haynaut, frère du comte de Horne, supplicié et roué à Parisdepuis peu, avoit faitassassiner Law, à son passage sur ses terres ; mais cela ne s'est pas trouvé vrai, et l'on a su, au contraire, qu'il couroit la poste à plusieurs chevaux du côté de Bruxelles, et qu'il avoit passé à Valenciennes, où le lieutenant du Roi et l'intendant, qui est fils de M. d'Argenson, l'ont arrêté pendant quinze heures, sous prétexte de visiter ses passe-ports et de lui faire honnêteté. Il avoit deux passe-ports, l'un du Roi, l'autre du Régent. Ces MM. de Flandre espéroient qu'il y auroit quelque contre-ordre, qui n'est point venu, ce qui a fait qu'il est parti le lendemain, à porte ouvrante, et continue sa route vei's Bruxelles.

H. deFénelom. — M. de Fénelon, inspecteur de la Banque, n'a point été arrêté. Il dit que lescomptes de Bourgeois sont si exacts que, de tant de millions, il ne se trouve d erreur qu'un billet de 1,000 livres; et qu'il a toutes les décharges nécessaires de Law, directeur général.

(1) Voir, sur Law, Saint-Simon, VIIT, 393; XI. 349, et Leinontey, ffist. de la Régence, l. |e«*. Voir aussi, sur cet lionune célèbre, LQw;\m M. Tiiiers, ei les ouvrages de MM. André Cocliul et Levasseur, 1853*1857. , . T. 11. S

14 MËMOIHES DE MATHÎEtJ niARÂlS

La Hodssaye. Les Paris. — On a su que M. de la Houssaye a été travailler chez M. Desmarets, ancieu contrôleur générai, comme le plus habile hoiàme de France pour les finances. Il est vieux et infirme, mais il a la tête fort bonne, et on ne doute pas que si les affaires lui éloient restées, la France seroit quitte à présent par ses épargnes, au lieu qu'elle est ruinée sans ressource. Les Paris arrivent, et ils vont reprendre l'administration des finances, qu^ilsavoient, et dont on étoii assez content. >

- Le cardinal de Polignac, que Ton altendoit, est resté à Anchin. On veut (Ju'il écrive une lettre salisfaetoire, où il r^connoisse qu'il s'étoit témérairement engagé dans une entreprise contre TÉtat; mais il ne veut point écrire cette lettre, et acheter son rappel au prix d'une soumission qui le rendroit coupable d'un crime qu'il soutient n'avoir point commis, disant qu'il n'a rien fait contre le Roi.

Law. — La femme de Lav^ et sa fille sont à Paris dans leur maison. Elles vendent leurs meubles inutiles. Les ouvriers, comme les selliers et autres, ont repris leurs carrosses en nature. C'est une petite consolation pour Paris que de voir tout ce remue-ménage, pendant que cette disgrâce djevroit produire des punitions exemplaires.

Conseils. — On tient des conseils fréquents, et nous allons voir éclore quelque arrangement nouveau sur toutes les affaires, qui sont en si mauvais état que les meilleures familles manquent de tout, et qu'on netrouveroit pas un écu à emprunter. Personne ne veut donner le peu d'argent qu'il a, à 2 pour-cent de rente, et dans la crainte de quelque nouveau papier, qui sera le remboursement. On tremble pour les actions, qui se vendent seulement 200 liv., argent cortiptant, quoique estimées 13,500 hv. Actions, 200 liv. argent, 4,000 billets.

26, 27, 28. — Pendant ces fêtes de Noël, on a chanté

plufiieate NoiUmt l'état présent des affaires et sur plusieur&>p6rsoxib«s de la couru II y en a de bons et d'autres médiocres. Autrefois M"* de la Force (t) en fit d*ex6ellènte^iqu'oii àigwdés >dah9 les Recueils ou Sottisiers. Ces pièces sont toujours bonnes à' ^avoir, parce qu'elles déoi^toent^en peu dé paroles^ les personnes et les choses. Où a foit aussi une satire^ sous-lêtitrcde : La Qualité dés litns^ comme on faisoit des Logements, J'ajouterai ces deux pièces^à la fin du Journal de cette année, qui sera bien dose par cet épilogue digne du temps. (Je ne les ai pas nrnis dans le temps, elles sont perdues). . Comptes ^Baïïque RÉVOQUÉS. -^Le26, il y'à eu un eélèiire arrêt, rendu ausujetdes comptes en Banque, que Law^^'iei^^voiïlu soutenir, et dont M^ le Duc avoit fait une grande provision depuis peu. Ces coin ptes en Banque, ou Virements de parties,- interrompaient le commerce intérieur et extérieur du royaume, ils sont tout à fait supprimés, du joftr delà publication de Tarrèt, sauf à ceux qui en sont porteurs à les convertir, à leur choix, en rentes^ viagères, ou enrentessur les tailles ou actions et dixièmes d'actions, jusqu'au ^''^ mars. Après quoi, elles deviendront actions rentières, et toute la grâce qu'on a faite, le^est qu'au lieu que, par Farrèt du 15 septembre, on en avoit diminué les- trois quarts, les- porteurs pourront felire tes emplois dutoutsans^dîniinution. Les consuls feront droit sur ceux qui auront été valablement consignés ou offerts avant l'arrêt. Le Rôi^ permet toutes stipulations en or et argent, même enîre marchands et négociants, et on ne payera plus les entrée» et sorties en écritures. Ainsi' vKÀlii line sorte dé liberté rendue au commerce, et les marchands sont débarrassés, pour les lettres de change; d'un payement qui empèchoit les traités du de-

(1) Chariotte-Kose-Canmont de la Force, morte en 1724, à l'âge de soixante quatorze ans, après une existence galante et aventureuse, auteur d^in certain nombre d'ouvrages qui dénotent de ) Mmagi nation ^t de l'esprit.

dans et du dehors. C'est la première opération du nouveau ministre^ elle est bonne^ et fait attendre encore de meilleures suites. •

Cet arrêt du 26 a été publié le 28 au matin par tout Paris^ qui en a été bien aise. ^

Extrait DE LA Gazette de Hollande du 21, de Bruxelles LE 23 DÉCEMBRE. — Law. — Hier, à 9 heures du matin/ H. Law et M. son fils arrivèrent en cette ville^ et allèrent loger à rhôlellerie du Grand-Mirair, et après avoir entendu la messe aux Jacobins, ils reçurent la visite du marquis de Poncalier, qui les conduisit chez le marquis de Prie (1). S^ E. les reçut fort gracieusement, et leur fit porter^ le soir, des rafraîchissements à la Comédie, où ils étoient allés avec M. de Poncalier. Ils dînent aujourd'hui cKez le marquis de Prie, et ce soir, on joue la comédie extraordinaire à cette occasion. On dit qu'ils feront quelque séjour en cette ville, et que madame son épouse: et mademoiselle sa fille doivent le venir trouver incessamment.

Cette même Gazette parle de l'ouverture du Parlement d'Angleterre, et del'étatoù est ce royaume par les actions. Il y a plusieurs écrits sur le crédit public. Ce pays est encore plus ruiné que le nôtre, mais il y a des ressources.

Les actions à 2 sceaux sont à 2,750, et à 3 sceaux, elles sont à 3,700 en billets. Actions rentières perdent 60, billets de 100 action 11 liv. 5.

Le duc de Lorge, a acheté le carrosse de la fille de Law, pour la duchesse de Lorge, sa femme.

La peste est un peu cessée à Marseille, mais elle a gagné Saint-Remy, où étoit le Parlement de Provence, d'où le premier président s' étant enfui avec sa femme, (mademoiselle de la Briffe, fille d'un procureur général du Parlement de Paris), elle est accouchée, dans le

(1) Ambassadeur de France.

DÉCEMBRE t7«0. 37

carrosse^ d*un fils, qui se porte bien et la mère aussi!

Incendie A Rennes (1). — On a appris, pendant les fêtes, que le feu avoit pris dans la ville de Rennes, la veille de Noël, par la fatite d'un menuisier ivre ; que la ville est presque toute brûlée, à cause des grands vents , et que, sans le secours des domestiques et officiers de guerre, il n'en auroit été rien sauvé, tous les ouvriers bretons s'enivrant pendant les fêtes. La jeune marquise des Coetmadec, fille de H. le comte de Blansac de Roye, qui étoit partie avec s6n mari pour aller voir, pour la première foià, M. de Coetmadec, son beau-père, est arrivée justeinent le jour de l'incendie, et lorsque sa maison, qui est une des principales de Rennes, venoit d'être brûlée.

Lundi 30. — Banque assbbiblée. — Il y a eu une assemblée générale à la Banque, où se sont trouvés le Régent, les princes, le contrôleur général, les directeurs et beaucoup d'actionnaires. Le contrôleurgénéral a dit que son nouveau ministère ayant voulu rechercher les revenus du Roi, il avoit trouvé qu'ils étoient entre les mains de la Compagnie, et que, pour s*en faire payer, il étoit obligé de requérir la contrainte par corps,, tant contre les directeurs que les actionnaires, si mieux on n aimoit faire la désunion des Fei^mes et Recettes générales et du profit des monnoyes. Cette alternative a étonné l'assemblée. Le Régent a dit : « Pour moi, je n'aimerais pas être directeur à ce prix-là. Hais il faut recueillir les voix.» Et il a dit à H. le Blanc de passer dans une autre chambre, et que ceux qui ne seroient pas d'avis de la désunion Tiraient trouver. 11 y a été un quart d'heure, personne n'y estvenu, et, sur cela. Te Régenta dit : « Voilà donc la désunion accordée, et je n'ai plus que faire ici. » 11 s'en est allé au ballet du Roi. H. le Duc est resté quelque temps encore

(I) Voir, sur ce mémorable incendie. Barbier, t. I, p. 94 et Lemonfey, 1, 313f.

38 MÉMOIRES DE If ATHIEU MARAIS.

après lui. On a proposé de mettre des gens de qualité & la tète de la Compagnie, comme, directeurs houomres. ^p marchand de fi), nommé Mac, a dit tout haut : a Noua . allons donc bien voir d'honnêtes gens à la tète de la Compagnie. » M. le Blanc a dit à M. le Duc : a Monseigneur, cet hommerlà ne vous Tenvoye pas dire, il le dit bien lui-même. )> M. des Bonnelles^ maître des requêtes, avoit beaucoup parlé en présence du Régent, qui lui dit : (( Votre discours est bea^j, mais il ne conclut rien. » -^ En tout cela, on a vu quelle partie étoit faite pour dépouiller la Compagnie de tout ce qu'on lui a accordé, et pour remettre les choses au courant ordinaire des finances, quoique le profit des monnoyes eût été, accordé pour 9 ans, et le bail des fermes pour six ans. L'ass^emblée. a été remise, à jeudi il janvier 1.721. I^eis.QctionjMiîces ont commencé à flése^érerd^ leurs actions; cependant, on continue à payer les 150 liy. par action, et on se tue pour la conserver par ce. pafiem^nt^ qui se fait en foule, à cause de la diminution <Jes espèçejsau 1" janvier. .

Ballet dij Rqx- — Cardmav-r-l'enïêmejoui:>on a JQué le ballet du Roi, .fiyep Jaicoinédie Folies dç Cardenio (1), dans la salle des ipa,chinesau Louvre. La pièce a paru longue et enni^yeus^iies, paroles mauvaises, la musique mçdioére, Toute.la/^WP J étoit, et la salle :brilloit plus (jle pierreries que d^ }>o.Mgie$. Les» lustres ont parji trop petits. pour la.§^lle,^qtfi e$t grande, magm-. Gque^ et où on a entendu, peu .les açtettrs..LeJloi y a d^nsc deux foi^ trè^t^ien, et plusieurs seigneurs, ;aMec lui. Baron faispit le rôle de Cardenio» • ^ ^ «» .'

(ï) Pîchon avait, pour son coup d'essai, traité en 1629 ce sujet, qui est tiré de Don Quichotte. Pehdànt h miiloriVê dû Roi, Ch. Ccypel' ddnnà une autre comédie ^Je Car(/entQ^ eolroâs acte» avee des intermèdes, deiifc lè-mésique étaitde La Lande, et les ballets de Sallon. Elle fut représentée sur le théâtre de la salle des Tuileries, le 30 décembre 1720. Le spectacle en était des plus beaux, et des plus magnifiques. Im I^i ydans^ sei|l,|Uu«ieura eati^ées, ^(\e& jeunes seigneurs de la Cour y figurèrent. .'wiO

DÉCEMBRE i7«0. ^ tt

Noms des sbignbobs.

MM. Le duc de Chartres. MM. De firancas.

Le maréchal de Villeroy. De Maulevrier.

De Coigny. De Gondria.

De Mirepoix. De St-Florentin.

De Cossé. Rupelmonde.

De fiezon. De La Suze.

De Croissy. De Villars.

De Revel. De Lorge.

De Langeron. Le prince de «Tureane.

De Tonnerre. De Chambonas.

Le duc de la Trémouille. Duc de Montmorency.

Duc de Boufflers. ' . Marquis d*Alincourt.

DeCrussoI. Francine.

De Ligny.

' MM. de Langeron et le marquis de Villeroy ont dansé mieux que les autres. Les officiers des gardes du corps placèrent, parce que le ballet étôit hors de Fapparlement^ sinon les premiers gentilshommes de la chambre àuroient placé, parce quéf touteâ les fêtes appartiennent à leurs charges.

On a imprimé les paroles du Prologue et Entrée chez Ballard, qui ont paru mauvaises, sur le papier comme éh chant.

Le Pape se porte bien mieux. 11 a tenu chapelle et dit ha messe. Il a feint d'être plus malade qil'il n'étoit, pour faire revenir le prince Alexandre, son neveu, qui est à Vientie, et qui y fait 'bien des sottises. Là feinte a réussi. Les cardinaux ne partent plus.

Le cardinal de Polîgnac est revenu à Paris, et n'a point écrit la lettre qu'on' lui démandoit.

Marseille, peste. — On à su de Marseille que la peste n'y est plus; que les médecins en sortent et font leur quarantaine, et qu'un grand embarras est venu dans la ville, par 7 otu BOO enfants, qui sont si jeunes, qu'ils n'ont pu dire leur père ni leur mère. La ville les a adoptés et déclarés enfants de la conïmutie de Mai^iile, qui s'est

chargée de leur nourriture et éducation. Le Roi a confirmé cette délibération, et a accordé à la ville^ par des leltres patentes, toutes les déshérences qui se trouveitint par la mort des pestiférés. Il est mort 80,000 hommes. La peste est lonjours à Arles et à Salon, patrie de Nostradamus. M. Chicoineau, médecin de Montpellier, qui a été longtemps à Mai*seille, y communiait tous les matins, et cela a tellement édifié M. de Verny son confrère, médecin protestant, qu'il a fait abjuration publique, et a communié de môme jusqu'aujourd'hui qu'ils sont sortis..

Ckuta. — Il est venu nouvelle que les Espagnols^ après avoir fait le siège de Ceuta, qui duroit depuis plus de vingt ans, et avoir pris tout le camp des Maures, au commencement de ce mois , les ont battus de nouveau^ et en ont défait ^0,000 dans une bataille. C'est le marquis de Lêyde qui a fait toutes ces merveilles (le même qui a défendu la Sicile jusqu'à la fin contre Fempereur.) , Le comte de Clermont, troisième frère de M. le Duc, a obtenu la coadjutorerie de l'abbaye de Harmont et du prieuré de Saint-Martin des Champs, dont est tributaire le vieil abbé de Lyonne. On éteint pour 30,000 livres de rentes de prieurés dans Marmont , pour les réunir à la manse abbatiale. Ce prince n'a pas fort le goût de l'état ecclésiastique (1) et on lui en donne toujours les revenus, qui seront bons.

Parlement d'Angleterre et de Paris. — Le chevalier Windham a dit, dans le Parlement d'Angleterre, qu'il fallpit faire la recherche des auteurs de leurs maux, et qu'ils avoientun bel exemple dans le Parlement de Paris, qui, quoiqu'il ne fût que Torabre de celui d'Angleterre, q'avoit voulu reprendre son siège à Paris qu'après avoir su que l'auteur des maux de la France en avoit

(1)11 le prouva suffigaromeDt par le nombre de ses maîtresses,

été chassé. Cela fait beaucoup d'honneur au Parlement, mais on ne peut pourtant pas convenir que le fait soit absolument vrai. Ce qui est sûr, c'est que Law étoit parti quand ils sont rentrés, et on m'a dit qu'un commis de M. de Là Vrillère (Lesaché) ayant porté à Pontoise la déclaration du rappel, le Premier Président mit lé paquet^ur une cheminée, et ne l'ouvrit que quand il eut su de ce commis que Law avoit été renvoyé.

Souris, filles de l'Opéra, chassées (1). Les deux Souris, filles de rOpéra, sont chassées, pour certaine galanterie (2) qu'elles ont donnée au comte de Charollois , qui les avoit vues sur la persuasion de son frère , et qui a dit qu'il n'avoit pris ce mal que par avis de perdus.

(1) Voir sur ces «œurs Souris les Mémoires de Richelieu,

(2) Galanterie est indiqué ici pour un de ses inconvénients. C^est la cause pour Teffet.

FIN DK l'année 1720.

jauvier.

Dieu nous donne une année plus heureuse que la dernière !

Mercredi y i'^ janvier. — Le conseil nous a donné, pour nos étreones, quatre arrêts, qui ont été publiés aujourd'hui.

Le premier continue le prix des espèces jusqu'à ce qu'il plaise.au Roi en ordonner autrement, sur quoi le Roi fera un règlement dans peu. Elles dévoient aujourd'hui diminuer d'un sixième.

Le deuxième continue jusqu'au 31 janvier le payement de 150 livres pour le prêt des actions, et les 100 livres d'argent seront reçues sur rancien pied de 5i livres le louis et le louis d'argent de 3 livres.

Le troisième proroge, pendant le mois de janvier, l'emploi des billets de 1,000 ei de 10,000 livres en actions et dixièmes d'actions , après quoi nuls et de nulle valeur. Exceptés ceux déposés par autorité de justice, suivant l'arrêt du 8 novembre.

Le quatrième prorc^e, pendantle même temps, la conversion des billefs de 100, 60 et 10 livres en rentes sur les tailles et autres impositions, suivant l'arrêt du 21 novembre (après quoi deviendront actions rentières).

Jeudij 2 janvier. — Ce jour on a publié deux arrêts importants pour la religion, du 31 décembt^ 1720.

. L'un qui ordonne lai suppression de- trois mandements conforaoes^ de TévèquedeSenez du 16 wtobre, de l'évêque de Montpellier du 26, et de l'évèquef^e Boulogne dtt 30, et des actes d'appel y joints, comftie injurieux à

N. S. P. le Pape et aux évéques de France, et comme contraires à la paix de l'Église et à l'autorité royale. Veut que ces actes et mandement soient regardés comme nuls et abusifs, défenses dont le Roi se réserve la connois-v sance et à son conseil de l'exécution de Tarrêt. Les motifs sont de la malade M. le Chancelier. Ils portent que ces mandements attaquent les Explications, qui sont devenues le litîn de la paix, et qui ont été approuvées par plus de cent évèques de France (nous n'avons pas encore vu cette approbation), môme par un des prélats dont le nom paroit à la tête du nouvel acte d'appel (apparemment on veut dire M. de Hirepoix, qui est -mort); qu'il étoit dû des actions de grâces au Roi et à H. le Régent, pour avoir prévenu un schisme funeste; que cette déclaration pacifique conserve les règles et les maximes de FÉtat , et que ces évéques veulent persuader contre Tautorîté des exemples, anciens et récents, de ce qui s'est passé dans l'Église en de semblables occasions , que les disputes sur la bulle Unigenilus ne peuvent se terminer que par un concile général. Il semble, dit-on, parces mandements, que l'Église soit réduite à un état si déplorable qu'il ne resteroit plus que trois évèques qui eussent conservé le dép6t de la saine doctrine dans toute son intégrité ; et comme le premier devoir des souverains, en qualité de protecteurs de l'Église, est de prévenir avec soin tout ce qui en peut troubler la tranquillité, etc. C'est donc comme protecteur de l'Église que le Roi donne cet arrêt, et pour prévenir un schisme, ce qui est dans les règles. Les autres motifs pourroient être contredits.

Arles. — L'autre arrêt supprime le mandement de l'archevêque d'Arles, du 22 octobre, comme contraire, dans plusieurs points de son Exposé, à la Déclaralion du Roi, du k août, et aux usages du royaume, défenses, etc. Le Roi se réserve la connoissance , etc. Les motifs sont de la même main, et disent, entre autres choses, que ce prélat, uniquement occupé du malheureux état où une

JANVIER I7ai. ' 45

partie de la Provence est réduite par le mal contagieux qui l'afflige , n'a pas assez senti la conséquence des expressions dont il s'est servi pour en faire une triste peinture ; qu'il a mêlé des objets étrangers , qu'il a parlé, sans nécessité et sans ménagement, des affaires publiques, qu'il s'est expliqué avec encore moins de précaution sur celles de l'Église, qu'il ne pouvoit ignorer la déclaration du 4> août, qui étoit enregistrée au Parlement d'Aix, qu'il parolt avoir oublié les maximes du royaume, en rendant publique, sans l'agrément et la permission du Koi, partie d'un bref qu'il dit avoir reçu de S. S., dont les expres- •sions bien entendues n'autorisent point les conséquences qu'il en tire ; et qu'enfin , il parle , en termes aussi peu mesurés, de la puissance temporelle que des libertés de l'Église gallicane. Et comme il est de la religion et de la sagesse du Roi de ne rien souffrir dans ses Étals qui puisse ou donner des prétextes pour troubler la paix qui vient d'être rendue à l'Église gallicane , ou affoiblir les maximes du royaume , ou diminuer le respect qui est du à

l'autorité royale, etc — Voilà une critique bien forte

et bien juste de ce mandement qui est ridicule et dont j'ai parlé, sur le mois de novembre 1720.

Le Parlement s'est formalisé de ces arrêts, prétendant que la connoissance de cette affaire leur a été. attribuée par la révocation des lettres du grand Conseil. Mais, l*de ces quatre évêques, il y en a trois qui ne sont pas de son ressort ; il n'y a que Boulogne qui en est , et il n'auroit pu séparer son mandement, qui est avec les autres. 2* On a éprouvé que les évêques ne se soucient pas beaucoup des arrêts du Parlement. Le cardinal de Mailly en a eu un cbapeau à Rome. 3** Que le Roi agit comme protecteur dans la crainte du schisme , ce qui est personnel au Roi. 4° Il y a un exemple pareil d'arrêt donné contre un mandement de l'évoque de Metz, du 2 juillet 1714, qui subsiste encore; et ce fut le premier ouvrage de H. le chancelier Voisin.

Dimanche, 5 janvier, — Compagnie des Indes. — - Ce jour a été rendu le célèbre arrêt qui résilie le traité fait, avec la Compagnie des Indes, pour le profit des monnoîes^ qui la décharge du don gratuitde vingt raillions, offert par l'arrêt du 2(> octobre; qui annule les baux de la ferme générale qui lui avoient été farts; qtii lui ôteradministration des recettes générales des finances; qui ordonne que lesdirecteurscompteront pardevant les commissaii-es du Conseil, sans pouvoir être tenus de compter ailleurs, et qui les réduit à la ferme du tabac età leur commerce, suivant leurs privilèges et les autres qui pourront leur être accordés. Cet arrêt ne parle d'aucune délibérationdelà Compagnie, quoiqu'il y ait eu une assemblée ;il conunence par ces mots : ci Le roi ayant jugé qu'il convient à l'ordre de ses finances et à l'utilité de la Compagnie des Indes de résilier les traités... » Ainsi, le Roi résilie, par son autorité, les traités faits avec une Compagnie, ce qui pàroit contre les règles, et contre la réciprocité synallagmatique des engagements.

Lundi. 6 janvier. — Le bruit s'est répandu d'une réforme générale dans les troupes: M. le Blanc, ministre de la guerre. Ta annoncée à tous les officiers, partie des dragons à pied, six. cavaliers par compagnie, etc. Gela a été promis par le Régent, à qui on a fait voir que le Roi n'étoit point en état de payer tant de gens de guerre, et d'avoir tant d'hommes sur pied.

Mercredi, 8 janvier, — Arrêt. — On travaille à remettre les choses sur l'ancien état. Les receveurs généraux des finances, qui avoient été supprimés, sont rétablis dans l'exercice de leurs fonctions et offices, à commencer du jour de l'an (2 et 26 octobre 1719 et 10 septembre 1720, suppressions) avec les mêmes gages, droits et taxations. Les receveurs des tailles leur remettent les deniers pour Tavenir, et à l'égard du passé , les receveurs des tailles les recevront > et remettront aussi aux reoevéàrs généraux, sauf à en compter avec la Compagnie des

j>MNyi£ii irai. ; 47

Ind^s. LWrèjt,4^ iirét(^lis$0méûty qui est dece jour, révoque tous les arrôt^ préoédeats .m

Ily a/^Uf le 9^ janvier, uiie deuxième assemblée de la Compagnie ( 1) où il n'a ^té , question que des changements de directeurs et du payement du prêt des actions. On vouloit changer les billets, qui étoient au poids et au titre* M. de Landivisiau a voulu soutenir cette forme. M. le maréchal d'Estrées a dit courageusement que Ton n'étoitpius dans le temps de l'illusion et que les François ne connoissoienlque les tournois et les livres.

Arrêt du 8, qui ordonne que lesbillets, pour l'emprunt des actions, ne seront signés que de deux directeurs, au lieu de 3, à cause que leur nombre est diminué.

Jeudi, 9 janmer. — Arrêt, au sujet de l'emprunt des actions, qui ordonne qu'on ne payera plus que 105 livres, au lieu de 150 livres; mais les 105 seront en argent, la Compsfgnie n'ayant plus besoin de billets de Banque , mais d'argent, pour soutenir son commerce (cela fait bien voir que le billet de ^ livres n'est guère estimé). Les espèces ne seront reçues sur le pied fort que jusqu'au 15 de ce mois. ]jes nouveaux billets seront de 36 louis et demi d'argent. Les actions timbrée^s du troisième sceau seront encore rapportées dans quinzaine, à peine de nuUiiiy et il en sera donné d'autres, sur-le-champ^ qui seront visées par les commis nommés. C'est qu'on a su qu'il y avoit des gens qui contrefaisoient ce troisième sceau.

Vendredi j 10 janmer. — Dom Japhet. — On a joué devant le Roi la pièce de Dom Japhet (2) de Scarron, qui est fort plaisante, et qui l'a fait rire. Il y avoit eu sur cela une quereJle que le Roi a décidée comme un nouveau Salomon. Le duc d'Aumont , premier gentilhomme de la chambre, qui sort d'année, et qui avoit ordonné le ballet de CardeniOf prétendoit que si on continuoit de le

(1) Barbier, I, 105.

(2) Voir Rtrbier, t. I, p« 102.

jouer, il devoit aussi continuer d'en ordonner, nonobstant Tannée finie. Le duc de Hortemart, qui est entré en 1721, disoit au contraire qu'il étoit du devoir de sa charge d avoir ce soin et qu'on ne pouvoit usurper sur sonterops.il y a eu sur cela de grosses paroles entre eux. Le Régent leur a dit qu'ils s'accommodassent, et qu'il avoit bien d'autres affaires à régler que leur ballet. Ils ont été au Roi, qui a dit que pour les mettre d'accord, il ne vouloit plus qu'on jouât Cardenio, quîTavoit trop ennuyé, et qu'il vouloit qu'on jouât Dom Japhety qui le fait rire. Ainsi la dispute, qui n'étoit pas trop sage, a été justement décidée par un enfant.

Réforme. — Le Régent ayant promis la réforme comme une chose nécessaire, on lui en a rapporté le plan dans le Conseil. Il a dit : « J'ai fait mes réflexions, cela sera bon pour Tété prochain. » Le Chancelier lui a voulu remontrer sa promesse et la nécessité. Le contrôleur général en a fait autant, et lui a dit qu'on ne pouvoit rien arranger sans cela. Il les a très-mal reçus, et leur a dit qu'il étoit bien malheureux de n'avoir autour de lui que des contrôleurs de ses actions. Ainsi voilà la réforme arrêtée. Il n'y a plus qu'à savoir avec quoi on payera les troupes.

M"*^ DE Pababère. — Il y a de nouveaux changements dans les maltresses. La duchesse de Fallari est tout à fait renvoyée ; madame de Parabère ne veut plus avoir affaire au Régent, depuis qu'il voit des filles d'Opéra, que l'on croit gâtées, et il a été prêt à la battre, après un souper, parce qu'elle n'a pas voulu faire sa volonté. Il lui a écrit une lettre menaçante ; elle lui a répondu fortement. Il cherche à placer son amour ailleurs, et il y a des dames de qualité assez indignes pour briguer cette place, et se porter pour héritières des chassées. On les nommera bientôt.

Law. — Law a passé à Cologne le 28 décembre. Il est parti de Bruxelles le 26. Le 29 , il a passé à Borm, où il

a été reconnu. Il court à deux calèches et à quatre chevaux. Il continue son chemin vers Gênes et de là à Venise. On dit qu'il a acheté Thôtel Mancini à Rome. Sa femme et sa fille sont toujours à Paris.

Bourgeois, Durevest et Fromaget sont sortis delà Bastille, dès le 8 de ce mois. On ne leur a trouvé aucun crime. Us ont été tenus là pour faire une espèce de justice, mais tout cela n'est que figure.

M. LE Doc. — H. le Duc est abandonné de tout le monde, parce qu'il a pris hautement le parti de Law , qu'il lui a donné ses livrées pour sortir du royaume , et un homme à lui qui ne Ta quitté que sur les frontières. C'est le capitaine des chasses de Chantilly , M. de Sarrobert. M. le prince de Conti a profité de ce contre-temps , et a reçu, à File-Adam, quarante personnes, des plus distinguées de la Cour, qu'il a régalées pendant huit jours.

Samedi 11. — Mort de la duchesse de Luynes — La jeune duchesse de Luynes, âgée de vingt-quatre ans (1), belle, bien faite, vertueuse, aimée partout pour son esprit et son mérite, est morte, en trente heures de temps, d'une colique d'estomac; elle a été saignée deux fois en quatre heures. On Ta laissée reposer, elle s'est endormie ; en se réveillant, elle a fait un cri horrible ; sa tèteétoit attaquée, elle n'a plus eu de connoissance jusqu'à sa mort. Elle est fille du prince de Neufchàtel , autrement le chevalier de Soissons, héritière de madame la duchesse de Nemours, dont elle avoit de grands biens, et elle laisse un fils et deux filles. On croit que, comme elle aimoit fort à monter à cheval, elle se sera blessée sans le dire.

Le même jour, on a publié la liste des évèchés, abbayes et pensions sur les bénéfices donnés par le Roi. 11 y a longtemps qu'on n'a vu une si grande nomination. C'est

(I) V. Saint-Simon» XI, 37».

50 MÊMOIRES''ftÉ* M Vf rtftti MARAIS.

c<^rtftoe*4l#dtei^é rdflouvelé. Il y a* kéiie*év5SchéV^e'l cinquante-trois abbaj^es 'et plusieurs pensions. Les évêchés sont : V L'archevêché de Vienne à Tabbé d'Auvergne, qui étoit nommé à l'archevêché de Tours. !! a mieux aimé Vienne que Tours, ^arce qu'iVy a été granà vicaire) qu'il y è^t contiu iet aimé 'par le cliapït^e, et que celui de Tours se ^éj^aroit â le fatiguer' sur là Constitution, àont le chapitre de Tours est appelant. '

2^ Tours à Tévéqué de Tôuf, qtiVeàt'fcâmiïiyV grand théolo^en, inaîis lîQôlîtiiste, et qui trouvera, à tours, à qui parler. " ^^ •• n. - - . - * - ^-^ . ^ .

3* Châlons-sUi*-Maïtlfe, à î'abbë de ta vannes, grand vicaire de Pon toise, nevexi du Chancelier.

V Grenoble, à Té Vêqué de Sà:rM.

5*^ Sarlat, STabbë de Valbelle. "''/^^ ' ' ' " ' ' ; *

'Ô* Verdun, à l'éVêqtie d'Àulun (deDromèsnil).

'T Autun , à l'abbé de Moncley, grand vicaire de besaiiçon. C'est^ un trâfic-Coiiitbfe, nëVeu des Defresnoy.

8* Cout'ances, à Tabbé de MatigWon.

9* Périgueux, à l'abbé d'Argouges, frère du lieutenant civil. '•■'':•-■ •' ' = ■ ■';^:

10* Lectoure, à l'abbé de Beaufort.

' iV Le Puy en Yélay , à J'abbé de Côriflans {c'est Con*- Uans de Picardie;, premilér gentilhomme du Régent).

12** Saint-Brieuc â l'abbë de La VîeuvlUe, grand-vicaire deNantes. C'est là VifeuVille^Ltuillier.' » -^

13*Taul, àTabbé Begon, grand vicaire de'^Beàuvais,^ fils de M. Begon, intendant de marine.

Ik^ Alais, l*abbé Donejoy 1 ' /

15" Glande ve, l'abbé de Crillon.

16* Mîrepoix, à l'abbé de Manîban. ' * < ■ Abbayes. — Au chevaliei* d^rléans, Gi^ànd-priçur de* France^ Tabbaye d'Hautvillers.'t'est celle qui produit le' bon vin de Champagne , et le Régent, qui le veut boire, ne l'a pas voulu mettre hors sa famille. Saint-Évroult à l'abbé de Saint-Abbin; c'est un autre>fîls du Régent, qui

ri'ëki jiîîîrierecorinlitéf "qiî^l 'îi'ëtf Sëla ^6réKbé, côiiiédienne.'Savigny à'Févèijfué dé Clèpiriottti' qui est le Père Mâssilioiï,dontil é^j^la]^lésub*ràAnéë ItSfO. Ham au commandeur de Chàteauthier. Bdlboûnëaiî' chevalier de Làhgerôn/Mâuîîeu dix chevaïîer de ÉhvalV'Ge isèntr 3 chevalîefe de Malte, quî oliV secouru' Màrfeeiîle pendant la pësW. 'Saîrit-Lîgôît'è âTàfibëf de Laftire-Lôpis , qui a porté à'srèWéi' le Corps dé dàctHne. parlée êvêchés de France. Sâîù<-«^rànàràî)biè Py^'ô^/quî estréfcteur du Roi', etc.

Voyez îaliyteîiiipriméè?* '^''

^ksiiàm: -^"^tivGi^n^XQ^^.iSiHiXn, aucheVàlier de Keomërsan, '^t 2,W0 liv. au chevalier de MarèîeiV. Sut Verdun 4,000 Hv. au èhevaliër dé' Lorraine, 3f,000'lîv. au che%^aliér de Conflans, l,500^1iv. au sieur^ Postel, censeur 'de livides, ami dés Jésuites, etc. 11 y en à pour 15,000 liv'. ^ sïrr ce sëtil ' èvêché, q^î vaut 5O,6î001iv. de rëùtès. Sùi» Lectbute, ftOO au Pèkte* Làrdy, de la Uïercy, et' 1,000 au Pèi^e^ Miramont, teûillari t. Sur l'abbaye du mont Saint-Michel , 6,000 liv;^âiî' coriâté'de Hbttetnbodrgi enVôyé'dii ïSoi'préfe le Rdi dé Prusse. Ce*lte abtà^ë'èst do/nitèé à'râbbSê' de Brogtré;'%ent du clergé, quiy eii lâ demkhdàrit, dit au Régent ^i « Ne m'oubliez pks élit Vôti^é' liste, je suis un b6h diable. » Le Régent Iui*drt^qtPîî étoit tourmenté par dés diables plus mëéiiântS(jiîeluî.1l lui Répondît : « Donnez-moi huitaine W^e^sèriiî fiîui lïiéchaiH qu'eux yi. Il envoya, aussitôt sa ncminatton faite, i l^'abbaye Sàint-Germaiii, savoir le révenu de cette abbaye, tjui'est de Bénédictine. •■ TL'âïrbé d^'Àrilin; qui espéîfoit'aMr Ëhàtons, n*a rien eu , et l'abbé Tencin, convertisseur de Law, a été ra^é. Son dîscîpTeTuP4era ^enir qtielqtfeg itfdulgences de Rome,

s'îlîy v^.' '■'•"-• * <- -

L'^Vè'(^ué dé Citasse, ca*|f)ncîn, a [révoqué la signature du^c^^i Se dacii^mef'ét dit (Jli^il l'a signé trop rapidement; lorsquMl Itil fut présenté par Tabbé de La Faretopièi^ë jeudi saint. * . ^

Dom Lonvart , religieux de Saint-Denis , exilé pour avoir protesté contre l'accommodement. Le cardinal a révoqué ses pouvoirs. Voilà la troisième fois qu'il est exilé pour la Constitution.

Deux notaires (Chèvre et Billeheu) étant allés au Palais- Royal, chez M. l'archevêque de Cambrai, pour le sommer de donner son visa au brévetaire pourvu, par le joyeux avènement, d'uncanonicat de Cambray, ce prélat, furieux, leur a dit qu'ils étoient bien hardis de venir chez lui ; que s'il faisoit bien, il les feroit mettre à la Bastille, et qu'ils n'avoient qu'à passer sa porte. Les notaires lui ont répondu doucement qu'ils faisoient leur charge, que c'étoit l'usage de sommer les ordinaires refusants, qu'ils ne craignoient point la Bastille, et que, par leur office, ils alloient jusqu'à la porte du cabinet du Roi, Il s'est emporté contre eux en jurant : Mordieu! deux fois, et les a chassés de son antichambre, enfermant la porte avec une si grande roideur qu'il Ta pensé rompre. Voilà nos ministres et nos évèques.

Arrêt du 9 janvier qui ordonne que les contestations, au sujet de la suppression des comptes en Banque, seront jugées, en premier ressort, par les conseils, et par appel au Conseil par les commissaires nommés, au nombre de cinq au moins; l'appel sera instruit sommairement, par requête communiquée, et une simple sommation de fournir réponse. On a beau avoir rappelé le Parlement, on le dépouille tous les jours de sa juridiction. Amelot, Desfors, Saint-Contest, Ferrand, Machault, Roujault, Landivisiau, Baudry, Beaussan, La Granville, Angran, Signy. (Commissaires).

Actions a 3 sceaux, 3,400 ; a 2, 2,400. Actions rentières, 60 p. cent. — Dans l'assemblée, faite à la Banque le 2 janvier, M. le Duc a été nommé vice-gouverneur de la Compagnie, et pour commissaires honoraires ont été nommés MM. de Vendôme, Gramont, Chauvel, d'Ântin, d'Ëstrées, de Mézières, Lassay, Landivisiau, et chacun un

JANVIER i72i. 58

adjoint (1). La Gazette de Hollande dit que la Compagnie peut espérer, par les retours, un fonds de 60 à 70 millions, et que le dividende de Tannée sera aussi fort au moins que les rentes de la Ville. Dieu le veuille, mais il ne le voudra pas, parce qu'il ne veut pas l'impossible.

Le congrès de Cambray reprend vigueur. Les plénipotentiaires partent incessamment. MM. de Sainl-Contest et de Morville sont sur leur départ. Ils disent que tout est d'accord, et qu'ils ne vont que pour signer. Mais le public pense autrement, et qu'à ce congrès les nations demanderont justice de ce qui s'est passé en France depuis deux ans. Ce sera une belle affaire du droit des gens.

12,13, 14. Duc deNevers. — M. le duc de Nevers (2) a été reçu au Parlement le 14, en qualité de Pair de France. Il y avoit eu dans les jours précédents quelques contesta-' tions sur son billet de visites, où il avoit mis; Monsieur le duc de Nevers vous prie, etc. On prétendoit qu'il n'avoit pu mettre le titre de Duc, n'étant pas encore reçu. Un autre conseiller se plaignoit de ce que, dans le billet, on . n'avoit pas mis le nom de Monsieur eu quelque endroit, en s*adressant au conseiller visité, mais quelqu'un lui dit qu'il y étoit, et que Monsieur^ qui commençoit le billet comprenoit cette qualité comme s'il y avoit Monsieur^ et ensuite le duc de Nevers; à quoi le sénateur n'eut rien à répondre, quoiqu'il y eût beaucoup à dire. On a remarqué qu'à celte réception, M. le Duc n'étoit accomj^agné que de peu de gens de sa maison, et le prince de Conty, au contraire, accompagné de plusieurs seigneurs et gentilshommes de distinction.

M"" DE Parâbère. — On a su que le Régent est allé chez M"** de Parâbère, dans le carrosse du marquis de Biron,

(1) Barbier, I, 102.

(2) Barbier, I, 105. -^ Philippe-Julen- François Mancini Mazarini, duc de Nevers, né'en 1676. H étoit ÛU de Philippe-Julien Mancini Mazarini, duc de nevers, et de Mite de Tliianges.

â4 MÉMOIRES DE BIATHIEU MARAIS.

^vec un seul laqu^is^^ qu'il est entré par surpirise dans sa maison }.gu'il l'a trouvée. /ayfJC quatre jeunes gens, et entre ^tp^, le chev^tei: de Beri^çgl^pn) ipnt il est jaloux; qu'jil a, bajtu sa ppaUrflsspiet l'a jetée ;par terre^; qu'elle s'est relevée et lui a fçlifui^ pQuille, et qu'il -fst revenu au Palais-Royftl, où, il a vqi^lu engager Noeé à le rfc- Gomraoder ; ;«ais ^ n'a pas voulu s'eij cjiapge;'. Il l'aime à la rage. V ;:',-,.

M. le D.uc s'est fait çjélivr^f 40,000 liv. pour sespc^u-? sions et celles de, M'"* lat Duchesse. .Cet, argent étoit réservé pour le payemqnt des trou pj5s,,ma^s ce prince fait le inaitçe |B|i,|Veut régenter le Régent^ I^es mipfsti^es se plaignent,, on ffe les écoute pas. , ^^ . , . j

^ 15 jqnvief^.TT-^ÇlQPftfles MoNarpiES. — Leprocureurjg4*i néral.^ela Ç9^^(Jes^fJpnQoyesest.eptrédan CUapbpe^

^ a fait^jm r^viij^i{9ire> ^^^ S^^ V^''A\^ ^WP^^f^\^^ ^W* du Cour^^i^jy^a^ un é^jific^ç^propre.4Ja, Honnpi^^^ d^ j^^^tils et de^ instruments et up^ mo^Jin, le jjlv^s be^u. ^ff'ilj ait dans a^ciinejMoïjpoye de F^rapce^. Il a, ^m^ndé .permission d'informer çont;*e^ c^ijx qui l'ont constrt^it, de faire des^eipbler le mpulip^ jîulçyer.^le^ instruments^ et faire \\ïf^ jpropèsrvepl^aljjde .rçta}t^^<*s lieu^f.,^ La, Chambre |ui a j^o^i^trp^ que. q' étoit i^n, édifice public b^ti depuis la hégençe, et (pa'^e^.fa^loit ppjejf^^u jRégent. U,^ dit luiçn.avoiç.parj^, et^ qu'il lui a r^épon^u ,^^u'pn gquvoit faire toyt ce qu'op voydroit^ ^u'iï ne prepoit poipt ç|e part, et qu'ils fissent leurs charges. Suf, cela, il aj é,té I^en,du arrêt qui a permis d'eplev^r les içsstruments et oi^tils^gt; commis deux Conseillers de la Mçnnoye, povjr l^jï-e^la description. Cet édifice avoit été élevé par J^aw.,ft ^us ses prdres; c'était là où. il youloit fî^ire son billon^ et on a été bien étonné que le Régent ait renié cet ouvrage^ qui n'a pu être fait quelle son consentement et qui a coûté beaucoup. Il n'est pas encore achevé. Ce ^r<?it jai^ :J;r^f bien sing^ulier de» voir la èPur des Monnoles teVetfir sur ce Law qui n'a pu être décrété par lé Parlement.'

Il est venu nouvelle d'une seconde, et à'^ifô 4tomème batailles çagnée^,$^i: les jWor^s p^ le roi d^Ëspagne^^ sous le çqrnmandçiaeiit di|i marq^Ude teyde. Voilà trois batailles gjagnée^en un mois. Ce ni^rqui^ de Leyde. est, un Flamand petite gros e^ bossu, qui. est d'une grande- b^aviour^^ et la ebi^onique 4it qu'il estfilsçlu marchai de Luxembourg, qui aimoU jsa mère, Il tient de lui la bosse, le courage jet l'art de gagner; des baJtaiUes. Soi) nom de famille est ^etb^.,gpi est uqe bonne maison de Flandj^s.

Il y a une lettre d^ cachet qui ordonne à la Sopbonne de rétsJ^lip les vipgtndçux docteurs qui a voient été «exilés pogfla^ cause de la Constitution; de ne faire aucune délibéç^tjon sur cela, et 4e mettre tout cç qui a été fait ài cet j^gard dsgds up oul^iéterp^l-^Oaeraint que c^a ii!ei^ .yçjoppe l' f^ppel auj /Concile, et que la Sorbonpe : ne aoit la dupe de Tenregistre^ni cjt aç^ptaiti.on qu'elle fera de CÇttmpttçe.t , ..,, .., ..J H.».u;-M -. -.. N '/

,.,|]IL,de JUa^m^pas (l)Jr^l^ 4^ M*, de Bontchartrain> a été redem^uçideç la IpttR^. d^^ftchet qui a été révoquée. Le syndfPj ayant ^t jrfifusd§, la rê^4rQ, le secrétaire dîÉtat a mq^]^ré,^e ^'jScépipsé:qja;'il eai^^voit donné,; et, sur le cli(^p, el^çja été,, rendue par |e syndic; à qui il a remis /son récépisffé* Q^.ena^ttenjd.^nei^triB, qui. sera peut-être jdps fqrte, • , ..;.., . i , :.,■-.

^) M. 4e Mavrçpaf, grAee>à k^ affamé auqwel il panriot, pot ^tce suécesftiyement mini&tre du Régent el de Louis XYI. Il touche d'ii^ c6té à Loui^XIV, deFautreàla RévoliiUon française. C^esl ainsi quePho^çime qui Tésumellé mletix peut-éfreïe dlx*lkuiliéme siècle a p^ le Voir'^lehfier. M. de Maure(Hi9, fctvole^ sceptIqilQ, ^ani) s|Hrituel etiiarqiioi!i^|)erftoiuiitie cette t>0(lilique étroite eit.égo](s^«»^y|)^itf(^iiçd'if^^rJ^ue et d^.fnan^giç ^t^MC, ^ui sjobstilue la connaissance et le mépris des hommes el Tinfluence des femmes aux grands principes nationaux. Celui qui mit si lestement en terre. la monarchie française méritoit d'aller jusqu'au bout. Mais il mourut à temps pour ne pas suivre leconvoi^ Sa biographie et celle de M. de Chois^ul sont les deux biograj^bV^s ijfpiques 4eA mipi^fres au <iixrUuitième. siècle. Voir Saint-Simon, Barbier^ le^ Mémpii-^ de Riçlydieu^ det MiMirepa$„d'Arg^soii, Griiom, Collé» Baç^^pioi^t» . iifiris^ ^na^ dft iM\ià^^ elp; i . , .

Vendredi^ 17 janvier. — Malezibux. — Le sieur Maiezieux (1), intendant du ducdu Maine, et sonfils, qui avoient été mis à la Bastille, et qui avoient fait tous les écrits publiés eji Espagne contre le Régent, ayant osé se présenter au Palais* Royal sans être amenés, le Régent a dit au fils, qui se présëntoitle premier : « Vous êtes bien insolent de venir ici. Je ne sais à quoi il tient que je ne vous fasse mettre dans un endroit où il ne soit plus parlé de vous; sortez, et que je ne vous voye jamais. » Ils sont sortis, et on a été bien étonné de leur impudence.

Ollier. — L'abbé OUier de Verneuil, avocat général au grand Conseil, a fait banqueroute de 12 à 1,500,000 liv. Il s'est absenté, on a mis scellé chez lui. Il est d'une très-bonne famille de robe, et qui ne devoit pas faire des banqueroutiers, mais le Système a fait bien des miracles, et c'en est là un.

ANGLETERRE, DÉSORDRE. — Lcs nouvcUes d'Angleterre sont que tout y est dans un affreux désordre ; que les banqueroutes y sont fréquentes; qu'on distribue plusieurs écrits où le Roi n'est point marchandé, comme ayant profité de la déroute de la Compagnie du Sud, et qu'un membre du Parlement a dit : a On nous a promis 50 pour cent de dividende. Si le fonds en étoit certain, il faut savoir ce qu'il est devenu, et punir ceux qui l'ont détourné. S'il ûe l'étoit pas, c'est une friponnerie qui mérite aussi punition, » Ces Anglois raisonnent et exéciitent. Pour nous, nous faisons des chansons, et on n'exécute rien.

Le Régent est malade d'un gros rhume, qui ne l'empêche pas de boire du vin et de contenter ses autres désirs. Les médecins ne gagnent rien sur lui. On dit qu'il

(1) Voir sur Malezieux, les Mémoires de Af»»« de Stùal, du président Hénault et Letiiontey . Voir aussi Vatout {Conspiratioti de Cellamaré) el les Lettres de Madame, II, û3, 73 — Nicolas de Malezieux, in-écepteur du duc du Maine, de l'Acad. Française en 1701. Né à]Pari8 en 1650, mort en 1727.

a eu des absences, et qu'il a dit qu'il vouloit aller au sacre du Roi. On est obligé de prier pour sa conservation, car ce qui le suit ne le vaut pas, et le public craint de tomber aux mains de M. le Duc, qui ne connolt point de lois et qui n'a jamais rien su, que la chasse.

Samedi 18. — Parabère. — Le raccommodement est fait du Régent et de M™* de Parabère. Il se porte mieux. Cet amour est nécessaire à sa santé et à son repos, et même aux affaires, qui en vont mieux quand il n'est pas brouillé. On lui a présenté M'"* de Pramnon, qui est Chabanes- en son nom, sœur des marquis et chevalier de Chabanes, capitaine aux gardes, et femme d'un gentilhomme du Lyonnais, qui est riche, et qui est depuis un an mal avec elle. Elle est venue à Paris et auroit bien voulu desservir ce bénéfice, mais quoiqu'elle soit belle, elle n'a pas plu au Régent, qui l'a, une seule fois , menée dans sa petite loge à l'Opéra ; et elle a toute la honte sans en avoir le plaisir. Maynon, conseiller au Parlement, fils de Maynon, fermier général, lui avoit fait une promesse de mariage pendant qu'elle éloit fille. Il ne l'a voulut pas tenir; cela fit un procès, et par arrêt, rendu en 1712, il fut condamné en 60,000 liv. de dommages etintérêts, qui ont servi à la marier, car elle est de grande maison, mais elle n'est pas riche.

La ferme générale ayant été ôtée à la Compagnie, on a mis les fermes en régie, par arrêt du 11 janvier, pour un an seulement, et on a nommé quarante régisseurs.

Par arrêt du 15, le prêt de 105 livres par action est prorogé jusqu'au V février prochain avec la hausse de l'argent.

Law court toujours. — On n'a plus de ses nouvelles. Le mylord Londonderry, à qui il doit une grosse prime, est venu à Paris trop tard pour le trouver. Il a demandé au Régent d'être payé sur ses biens. On lui a répondu que ce seroit après que le Roi seroit payé, a S'il de voit au Roi, a dit le mylord, vous ne l'auriez pas laissé aller. » Et

i8 MÉMOIRE^ rJDC; MAT^JEU MARAIS.

sur cela^ il est allé en poste après lui , mais Law a, bien de Tavance et ne le craint guère., ,

Le cçQdtte de Laval^ qui étoit à la Bastille depuis longtemps^ pour une ri^quète, de la nojblesse qu'il avoit signée^, en est sorti le i& de ce niois* ^ .

. Les fi^ction§ à 5 sceaux sont,À,3^(M). Celles à a sçpaux i^3,!800 bi^lel;, de lOi» liyres/à tQ livres. ^ I]!fjc:E]$[];>iE DE REiyNEs^ -^ L'ipcendie de Rennes^ d^ la nuit du dimanche 22 déceçabre, est une chose affreuse. Ce çt'est plus Reanes. Il y a trente-deux ru€;ft consumées, les mfiisons des procureurs^ avocats, marchands de draps ^ de soie, et des orfèvres sont toutes brûlées, Tou^rles meubles perdus. On ne sait où se coucher^ c'est la plus grande désc^lation que l'on ait jamais vu^.(l).

Le ïellier, capitaine cassé dans, Toulouse^ a attaqué M. de Haupequ, inspecteur, qui Ta fait causer il y a trois ans. Ils se sont battus, ont été séparés* Le TelUer mis à la Bastille pour la règle et la subordination,!

21 janvier, r— Arrêt pour les anciennes esp^es, qui seront décriées au 1" février, et prises seulemept aux Monnoies et pour les droits du Roi. ^ , i : . m

^utre arrêt du .30 décemlpre publié ce jourd'hui, qui dit que toutes les anciennes dettes du RqI a.vant i^2fi seront payées en billets, et celles de 1720 en argent^ mais les payeurs ne donneront de l'argent qu'à ceux qui rapporteront preuve qu'ils ont été payés, Jes appels pyéçéjdentes, en billets, .^insi, qiif pique le )?illetspi,t çf^floffuie nu)^ on ne laisse pas d'en idonner pour payer^l^es, de,ttç^ du, ï^oi.

.1 — ' ' > ■ • t i . 'j — . . r : ■ i " t' t,ii irj ii)(^ '/ ■ .fj

(1) « Neuf cents maisons furent coi^sumés. On découvrit, sons les décomtt tirésV^s'scories," brîilaftàes et Variées, sSftiès/'èViJinfe' Hàfiiiii éè*Co- «•^rkittiei deB côtnbînftiSont^ ibrliiite^ de ia «pMtmii^oà.^ Lè'4ijx«'!ÛMç^*na,>4i ^iO^oi^eir^pfnc^it t'es J^pnei^^ble^ d^ris, Çe.,f^t.p9r;de.sfarfr^ j)^ i^fàf^ « et par quelques futile^, bijoux que la plupart des Français apprirent la des- « tructien de la càpltafe d'une jgràhdè' {)roviftce î» (LemoUtéy,' Ëist'oîr'i^ dé 'ta Këgênc&V, 310^)^-^ La Gazette de Ftance\ seul jonrmil du^ tefnp«, ne m%^ tÀ^mtxv^m ^as^r^yé^pçiest., ^ ; ,^^ , ^, ^ ^ ^^, ,.^ ;^: ,. ^^^/i

JANVIER t7âl. ,, .. 39

Le désespoir est dans tpules. Jie^ bonnes familles; on n'a plus ni rentes, ni reven.^s. Qn est, chargé de billets et d'actions qui ne rapportero^trie^. Tous les jours , ce sont des histoires nouvelles de gens morts désespérés, ou réduits à Ja charité des paro^sçs. La France n*a, jamais été en cet état, et le tout pour. aypir cru ce misérable Anglois. Lçi robe est tout à fait ruinée par les remboursements qui lui ont éjé faits. Ceux qui coqptoient sur les retraits sont trompés, (far Jes, billets ne sontpo^nt admis dansles consignations, q^ui se doivent faire,en espèces qui ont cours^ ^^^^^ lerjBirait est jug^é;\ On déclare aussi i|iuiles toutes les c^fresen billets^ pour la moindre petite faute. Ainsi le^ préancier et le propriétairi^ sont favorisés le plus qu'on peut, naais le débiteur est accablé, et ne sait plus avec quoi payer. . ^ .,

Jeudi 23. — ^ Plusieurs . personnes avoient porté leur argent aux Monnoies, au lieu de la Bapque, et avoient tiré des récépissés des directeurs des Monnoies , qu'ils con^ptoient se faire payer en argent. Par arrêt de ce jour, il est di\ qu'ils en seront payés en rentes sur la Ville , et que lesrécépissés3eront rapportés avant le V^ mars, après quoi seront nuls.

Il y a eu un autre arrêt de ce jour qui interprète celui du 26 décembre 1720, qui ^ supprimé les comptes en Bppqpe. 11 ^ij'y en aura plus d^ans le commerce , même (^jgré à gré, mais op ne pay|er$^ les lettres et billets payables en cooiptes en Banqpe^ que sur le pied que les comptes perdo^ènt wi JQur de la lettre ti^ée, par Rapport aux espèces d'or et ^'argent d'alors ; pourquoi il en sera fait évaluation par des négociants, banquiers ou agents de change , qui seront convenus ou nommés par le juge; et le payement se fera, en espèces ayant eoursy^ de la somme à laquelle la valeur du compte en Banque aura été fixée par ladite évaluation. — Cela a été réglé pour établir, autant qu'il estpossible, une juste égalité entre le débiteur et le créancier, et cette règle parôlt assez l)onne

L*emploi du compte en Banque, qui restera au débiteur, se fera en rentes viagères, rentes provinciales et actions rentières sur la Compagnie, dont S. M. sera et demeurera garante.

On a eu nouvelle de Rome que le mardi, 31 décembre, la Reine d'Angleterre (que Ton appelle la femme du che- . valier de Saint-Georges) y est accouchée d'un fils, en présence de neuf cardinaux , de six princesses, de plusieurs prélats du sénat de Rome et des Conservateurs du peuple romain. Il a été baptisé par Tévéque de Montefiascone et nommé CarlO'Odoardo-LuidgùCasimirchPhilippo (1). Cet enfant a droit à la couronne d'Angleterre , mais s'il n'est pas plus heureux que son grand-père (2) qui en aété chassé, ou que son père (3) qui n'y a jamais pu entrer et que l'on a fait sortir de France après lui avoir donné asile , ce n'est pas la peine de naître. On a pris à Rome toutes les précautions nécessaires pour assurer sa naissance, parce qu'en Angleterre on les avait négligées à celle de son père. La famille de Stuart se pourvoit d'héritiers, pour les donner aux Anglois, qui n'aimeront jamais un prince né à Rome, quand il voudroit prendre leur religion. Ce sera toujours un épouvantail pour le peuple (4).

Dimanche 26. — On a tenu un grand Conseil de Régence pour les finances. On y a fait entrer M. d'Armenonville, qui n'y avoit point entrée depuis la Régence. On veut régler les actions , les billets de Banque, et tâcher de donner un arrangement au désordre où on est, ce qui est bien difficile. Il y a eu un grand débat (5) entre le. Régent et M. le Duc, au sujet de Law, que M. le Duc a dit

(1) Voir Saint-Simon, XI, 873.

(2) Jacques II.

(3) Jacques-Edouard-François Stuart, connu sous le nom de chevalier de Saint- Georges.

(4) Charles-Edouard mourut en effet à Florence, le 31 janvier 1788, sans avoir régné, mais non sans avoir combattu.

(5) Voir Saint-Simon, XI, 353.;

être Fauteup de tout le mal. Le Régent lui a dit qu'il Favoit fait accompagner lui-même par ses gens hors du royaume. M. le Duc a dit qu'il étoit bien aise de se justifier, puisqu'on Taccusoit : que c'étoit le Régent qui avoit donné le passe-port^ et qui Ta voit engagé à le faire conduire. Voilà un bel éclaircissement entre ces deux princes, pour savoir qui des deux a protégé le destructeur du royaume, qui s'en rit, et ne craint point d'être , puni.

Le bruit s'est répandu que H. le Duc et plusieurs seigneurs ont rapporté leurs actions , et que Ton va faire une recherche d'où proviennent les actions , les billets, les rentes, et critiquer toutes les fortunes nouvelles, qui ont fait tant de tort au public. Ce sera matière à bien des faveurs injustes et un bon temps pour les femmes de la Cour(l). ^

L'abbé de Broglie. — Il y a bien des mécontents sur les bénéfices. On a fait une nouvelle histoire de l'abbé de Broglie. Il avoit loué au Régent un vin qu'il avoit bu, le Régent en voulut boire. Il lui en envoya 300 bouteilles, que le Régent prit, mais il dit à Fabbé qu'il les vouloit payer. L'abbé lui envoya un mémoire par articles : le vin , les bouteilles , les bouchons , la ficelle , la cire d'Espagne, les paniers, le port, et à la fin il mit : Total : Vabbaye du Mont Saint^Michtl; et c'est l'abbaye qu'il a eue. Les mécontents disent que les bénéfices n'appartiennent qu'aux diseurs de bons mots et aux faiseurs de bons tours.

27. Billets au porteur. '— Les billets payables au porteur avoient été supprimés par l'édit de mai 1716. On les a trouvés nécessaires, pour la circulation de l'argent, et ils ont été rétablis, par déclaration du Roi du 21, registréeau Parlement le 25, et publiée ce jourd'hui. L'arrêt

(l)y. Umontey, t. 1, p. 349 et &5.

63 MÉMOIRES *fiË M^imÉ^ MARAIS.

dé 'l é73 lii? a aj^proiivés'.' Lès^ casuîstfes crlèdï contre , à cause de la facilité de l'usure, mais ce commerce ne peut se faire'saàâ <iela, et il faut que les càsuistes vireàt comme les autres. Atiud hœc sacra non constant. Nous avons un livre de Là pratique des Inllels entre les négociants, qui a (été hiéti censuré, et cèfpendant il avoit pour auteur le sieur Le G. docteur de Sôrbbnne, Homme d*une •doctrine sévère.

Arrêt du 23 janvier, qui ordonne que tous les propriétaires'dé^ droits è( dffîôes suppritiifié et leurs créanciers seront tenus de faire liquider d*ici au l'^'^mars, pour jouir des intérêts et arrérages du 1**^ jèt'ïivier 1720, sinon ne jouiront que du jour de la quittance de finance.

Autre arrêt du 18, qui ordonne que les rentiers de la Ville recevront tout ce qui leur est dû jusqu'en 1720, avant le mois de juillet, sinon déchus.

Mandementdu CARDiiiAL D^NoAiLLEs Dxr 24 janvier; pour assister les pauvres de Rennes qui ont souffert dans l'incendie. — Il commence par : « La misère qui augmente fous les jours sous nos yeux et qui se multiplie parmi nous, est un des objets que nous "ne devons point perdfe de vue, etc. »

Samedi 1*^*". — On âvoif reporté en Sorbonneùhef lettre de cachet pour rétablir les vingt-deux docteurs exclus. Ils savoient la teneur delà lettre. Ils sont entras avant que l'on ait délibéré , ce qui était contre l'ordre ; le syndic a rompu rassemblée, et ainsi ils n'ont point été rétablie'. La lettre étoit la même que celle qui avoit été retirée , si ce n'est qu'on en avoit ôté ces mots : « sans délibérei*;* yr et ces autres ; .cçsoua peine de désobéissance au Roi. » (Voyez Gaz. de Hollande, il février).

Dimanche^. — M. Bouret,turé de Saint-Pàul, est mort

profeissé en SorliWtinë l]Éferitui!^'sainte pendant vingt-sept alàd. on di< tfe^lÉtt^trè^àëfitffâ sàirtt ïérôûie, personne ne Fà si bteîi!lBnfétaàné:>ll'' ëèt mort fort régirèné; il donnÔit'tôutaur^]aHlvres/(?fet-pâr ses grades qîiMl avoit eu cette cure. S'il étôit morl^éiii j'èurs plni^tôt, elle auroit ap{mt*tenU àwt gradués etau{$liïsali)n^n,'à'6igiuse du mois de rigueur. Le pliisancièh ésf M. de Cbtftbns, le premier des vingtdéùk cobètitutionnàires exclus, qui est dans des sentiments Ûen opposés à M. Bouret, appelant, et qui est mort dâii sdri'filpi[)el.'On lui j;)roposa, sur la fin de janvier, de fee déihéttrê de sa cure , afiil quWle ne tombât pas au gt^adùé; M.de Châlons répondit: «11 ne m'appartient pas à moi 'qui vais être jugé devant Dieu, dans quelques joUrs; dé critiquer les mœurs -et l'a doctrine de mon confifêre. La* Providence de Dieu est grande, elle en ordonnera comme* il lui plaira. r> Et en effet, il n'est pas mort dans le moisxle -gradué.' Le 31 janvier ati ^oir, plusieurs personnes de distinction de la paroisse vinrent dans sa chafnbi^e pour être téihoins-de son état. Elles y r'estèrent jrisqiï'à* une heure après minuit, et ont été témoins qu'il li'esî pas mort en janvier. L'archidiacre (M. Perochel, grand cbnst!) n'a pas voulu faire Foffice, le jour de l'enterrement, quoique cela fût de sa charge, mais il envoya demander le carrosse et les chevaux qui lui appartiennent par son droit, ce qui lui a été donné.

Lundi 3. — Le ballet du Roi n'a pas été joué, parce qti'îLest malade et enrhumé.

Mardi i, -^ J'ai été à l'enterrement de M. le curé de SaintrPaul. Il y'avôit un mondé infini, et toute la paroisse étoit en larmes. C'est le curé de Saint-Hilaîre (M. JoUain, syndic de Sorbonne) qui a fait l'office, à la plaéé âe l'archidiacre .

Ce même joui^, oïi à pfubîi'é les deux célèbres arrêts rendus le 26 janvier, qui sont le règlement général pour tout le papier. •

Visa. — Le premier ordonne que tous les contrats sur In Ville, quittances et récépissés pour en expédier: actions, dixièmes d'actions^ reconnoissances d'actions déposées : comptes en banque, actions rentières, dixièmes des dites actions : rentes viagères, billets de la Banque — seront représentés pardevant des commissaires du conseil, à Paris; et, dans les provinces, aux intendants, par l'entremise des notaires, avec un bordereau contenant le détail des effets, et un mémoire pour déclarer à quel titre ils possèdent lesdits effets, et d'où provenoient les deniers qu'ils ont employés à les acquérir. Le tout sera visé et paraphé par les commissaires, qui rendront les effets. Et ce dans deux mois ; après quoi, faute de ce faire, les effets seront nuls. Tous dépositaires publics, receveurs des consignations, saisies, etc.. seront tenus à la représentation. Défenses de prèterson nom,àpeinedeconfiscation des effets, et de l'amende du double payable en argent, moitié au dénonciateur, et l'autre moitié à l'Hôpital général. Du jour de la publication, sursis au Trésor royal à la conversion des récépissés, pour rentes perpétuelles ou viagères, ou provinciales, en quittances de finances. Les autres rentes seront payées à la Ville, soit sur les contrats expédiés, soit sur les quittances de finance. Voilà le visa général de tous les effets de l'État (jusqu'aux actions et billets de banque) qui se va faire. Personne n'en sait l'événement et tout le monde le craint. Cela peut durer très-longtemps et peut-être jusqu'à la majorité. Ce qui désespère bien des gens, c'est que ceux qui ont payé Iç prêt des actions et ceux qui ne l'ont pas payé se trouvent d'une condition égale; et beaucoup de gens ont tout vendu pour satisfaire à ce prêt. On dit que depuis un mois on a porté à la Monnoye pour 1 ,800,000 li v . de cuillers et de fourchettes, grande preuve de la misère de Paris.

Le deuxième (Arrêt contre la Compagnie) est incompréhensible, et est, à ce que Ton peut dire, le déshonneur du Conseil et de la Régence.. 11 est rendu sur la re-

quête des directeurs de la Compagnie des Indes^ qui montrent, par des raisons évidentes et invincibles, que depuis Farrèt du 23 février 1720, qui a uni la Banque à la Compagnie, ils n'ont point eu la régie de cette Banque, que le Roi en a disposé, nonobstant cette union, et a agi en maître- par plusieurs arrêts postérieurs ; et cependant il est ordonné que les directeurs, dans leurs comptes, se chargeront de tous les billets de la Banque, et que toutes les négociations qu'ils ont faites seront à leurs risques et pour leur compte, et qu'ils dresseront un état de tous leurs effets, pour y être pourvu par S. M. Ainsi, 1' La Compagnie se chargera de billets de banque qu'elle n'a point eus et assurera vérité un compte faux. 2* Les négociations sont à leurs risques, et elles ont été faites par Law, en vertu d'un arrêt du Conseil, du 5 mars, qui a permis Tachât et vente des actions à 9,000 livres, à quoi la Compagnie n*a point eu de part. 3" Il y a eu pour 1,756 millions de billets de banque faits sans délibération de la Compagnie. 4^ L'état des effets ne se prépare que pour en mettre en possession le Roi, à qui on dit qu'il sera, dû des sommes immenses par ce compte, ce qui sera bien facile, mais très-injuste. C'est cette injustice qui révolta M. le Duc dans le conseil du 26 janvier, mais il n'a pas été le maître, et l'arrêt a paru, contre lequel on dit qu'il a protesté. La protestation est dans l'arrêt même, qui contient très-nettement les raisons des directeurs, auquel il n'y a rien à opposer qu'une autorité despotique, qu'on emploie pour le Roi contre tous ses su^ jets et à leur ruine. On ne devroit pas lui faire ainsi commencer son règne.

Par arrêt du 30 janvier, les commissaires pour le visa général sont :

Conseillers ctÉtai.

MM. BignoD. MM. Fagon. MAf. Ferrand.

Trudaine. Courson. De Machault.

La Rochepot. Le Guerchois.

T. II. ô

Maîtres des requêtes.

MM. D'Herbigny.

MM. Poncher. MM

. Lajot.

Gourgues.

Rouillé.

BIgnon.

Moran^. '

La Vigerie.

d'Argenson. '

Maapeou.

Bertin.

Fontaiiieu.

Hébert.

Vattan.

Talhouet.

De Baussan.

Rossigaol.

Aubert de Toumy.

DeBerulle.

Le Feron.

PÎDond d'Avaur.

Orry.

Villayer.

Angran.

Pelletleir de SIgny.

5 janvier. — ^it enregistré le 5 février, qui crée trente payeurs de rentesfaisant, avec quatorze déjà cféés, qqar rante-qu^tre qpi seront quarante-quatre parties, dont trente pour les rentes perpétuelles et quatorze pour les pentes viagères et tontines.

On a fait la chap:^oii suivaid;6 sur Tarrét du 36 janwer et sur ce qui s^ passa au conseil de Régence.

Sur Pair : f^otrejeu fait beaucoup d^ bruit, . .

Le Régent sans contrition, ' Nous a fait sa confession. ' ^

Il idit au conseil de Régeûce : ■ '<> '

J'ai fait trois milliards de billets, Et yaisi vous dire en confidence, . , Messieurs, cpn^e ils ont été faits.

* J'en^^iftlt, par arrêts conûus, ■

/ Pouc^ quatre canJB millions d'éeus..

, . Pari|rrêt;,sousla cheminéç, . . t

Au^ïït ODt été débités j Le resté doit sa destinée A dès arrêts antidatés.

, j ., J'^ai,prisççttç,préc^tion .. ,^ > ; . h

Pour sauver la punition

Que Law méritoit en faussaire.

Je veux Weti ravooétauRoi, . Contre lui qu'auroit-on pu faire , Qui riè fût retombé sur moi.'

Chanson contre deux darnes^ sur Tair de Thésée : <nOn ne peut porter les chaînes, »

, L^ De:JPKie est la plus maigre

Des câlins de notre temps.

Elle a Tesprit par trop aigre, Et trop de pertes de sang.

Polignac (1) est la plus belle Des catins de notre temps, ^

On ne peut boire pour elle ' Ni trop fort ni trop longtemps.

Law est a^Ué au carnaval à Venise, qui étoit le 25 janvier, sous le nom de M. Dujardin.

Le livre des Hexaples, ou Les Six colonnes sur la Cons- Htuiion paro^ ^fort augmenté à Amsterdam, chez Portgiète. 7 vol, in-4.%. Le prix 4^0 florins. C'est un livre d'un grand travail et ^ui va immortaliser la dispute.

I^Vb^f^édictins de iSaint-^^^^^ Cham-

pagne , ont appelé de raccommodement et ' rendu leur appel public.

Le prieur a été déposé, et dom Thierry de Viaixnes, secrétaire, banni hors (du royaume. H à été longtemps à la Bastille et à Vincennespoui» le jansénisme.

.Actions, BILLETS. — Actions avec le bulletin 2,400 billets de banque. Billet dé 1,000 liv. rend 63 à 64 liv. en argent. Le billet de 100 liv. rend 7 liv.

Le sieur Robert Knigs, trésorier de la Compagnie du Sud en Angleterre, s'est évadé, pendant qu'on faisoit le procès aux directeurs, et il a très-tien fait. On court après, mais il n'y a pas d'apparence qu'on l'attrape. (Il a pourtant été attrapé à Anvers, mais il n'a pas été livré).

6 février. — Duc dé la Fobce. — On a saisi, dans le couvent des Augustitts, plusieurs marchandises d'épice-

. (4} Voir sar cette dame «t ses iticroyablos débauclies, Madame (II, 14, 231 , 320» 366, 368) el les Mémoires de Maurepas, II, 210.

rie et des porcelaines et paravents de la Chine, qui y ^ avoient été mis par un nommé Orient, dans des chambres que ces religieux lui avoient louées et dans leur bibliothèque. On les a enlevés parce qu'Orient les vendoit en détail. Il a été depuis arrêté, et il a déclaré, dans son interrogatoire, que ces marchandises appartenoient au duc de la Force, ce qui a arrêté les poursuites du lieutenant de police, qui ne peut pas connoltre de ce qui regarde un Duc et Pair (1).

Le duc de la Force esttrès-décrié. Le jour que le duc de Brissac a été reçu, personne ne lui a voulu parler. Le duc de Mazarin (2), qui est plaisant, courut fort vite dans la buvette. On lui demanda ce qu'il avoit; il dit : « Je suis poursuivi par un apothicaire (c'étoit le duc de la Force qui le suivoit), mais Messieurs ce n'est pas un apothicaire sans sucre. » Quand il fut à Taudience, les Ducs qui étoient auprès de lui tournèrent le dos. 11 a couru un bruit qu'il y avoit une cause au rôle contre lui sur une saisie de marchandises, et que Isabeau, greffier, qui a soin du rôle, l'avoit dit. Le Duc s'est fait donner une lettre par Isabeau, où il dit qu'il n'en est rien, et le duc a fait courir cette lettre, qui n'a fait que faire parler le monde davantage. La saisie des Augustins est venue depuis, et on a fait graver une figure qui représente un crocheteur

(1) Voir, sur ce scandaleux procès du duc delà Force, une des grosses affaires de la Régence, SaînlSimon, Xî, 379 et Madame (II, 250, 299, 301,308). On en trouve toutes les pièces dans les Mémoires de la Régence ( lU, 82 ), l'appréciation dans Lemontey, et les détails dans Marais seulement, qui s'y est étendu avec une maligne complaisance. Voir aussi Barbier (I, 89, 109, ill, 112, 115, 119, 137, 138). Leduc de la Force, persécuteur du protestantisme qu'il avait abjuré, fils ingrat, ''fourbe courtisan, bel esprit plagiaire, agioteur rapace, est le premier qui ait appris au peuple le mépris des grands. La Régence, à ce point de vue, serait pour beaucoup dans la Révolution.

(2) Paul-Jules de la Porte-Mazarini, duc de Relhel Mazarini, fils du duc de la Meilleraieetde Hortense Mancini, si célèbre par ses aventures. Il mourut en 1731. Il tenait de sa mère et était d'un esprit facétieux et de mœurs relâchées.

FÉVRIKR 1721. 69

courbé sous le poids de plusieurs ballots d'où sortent de la cire^ du café et autres marchandises, et on a mis au bas : Admirez la Forcey (j'ai celte gravure). La duchesse du Maine envoya chercher à minuit le commissaire Labbé, qui avoit fait la saisie aux Augustins^ pour en savoir le détail^ et il lui parla beaucoup de quinine et de gayac, dont il y avoit grand amas. Elle lui demanda à quoi cela servoit : Il lui dit : « C'est pour guérir une maladie qui n'est pas dans votre chambre, mais qui peut être dans votre antichambre. » On ne s'entretient dans Paris d'autre chose que de ce monopole, et le Parlement doit s'assembler sur la procédure du lieutenant de police où le duc de la Force a été dénoncé. Son frère dit qu'il veut quitter le nom de la famille. Le Régent lui a dit : « Votre frère veut en faire autant, parce qu'il dit que vous le déshonorez.» Voilà les descendants du maréchal de la Force.

7 février . — M. Foucault. — M. Foucault, conseiller d'État, est mort âgé de soixante-dix-sept ans (l).Iléloitfils de Foucault, greffier de la chambre de justice de M. Fouquet, et ce greffier fils d'un ^apothicaire. C*étoit un homme très-curieux d'antiques, de médailles, de bronzes , de livres , et de toutes sortes de raretés qu'il avoit déterrées partout. Il y en a une infinité dans le recueil du P. Montfaucon (2), qu'il adonnés à ce père, qui les a fait graver. Il avoit vendu tout cela avant sa mort à différentes personnes, parce qu'il a été mécontent de son fils, qui a été obligé de se retirer en Espagne, pour une impertinence faite chez madame la duchesse de Berry. Il étoit introducteur des ambassadeurs; la princesse donnoit un repas magnifique, où il n'étoit point marqué

(1) Voir sur ce Foucault, qui a laissé des Mémoires inédits, curieux pour l'Iiistoire de Tadminislration française, ol dont on trouve des extraits à la suite des Mémoires du marquis deSourches, Saint-Simon, 111,291; X, 438; XI, 381.

(2) VAntiquiié expliquée et représentée en figures, lalin. français; Paris, 1719. 24, 15 vol. in-folio,

pour entrer : il y entra malgré la défense. On le mit à la Bastille; depuis il a passé en Espagne, où il a été fait majordome des Infants. Le père a toujours été n^al^ depuis ce tempS'là^ et s^est défait de toutes ses curiosités. H n'a gardé que quelt[ues tabl^ux des beautés illustres comme de Marion Delorme^ Ninon de l'Enclos, etc. Il avoit le Bréviaire ou Calendrier original, où Bussy ayoit fait peindre tous les cocus de ta Gour, avec un bymne pour chacun ; c'est ce livre dont Boileau a dit :

Me mettre au rang des saints qu'a célébrés Bussy.

il a un tableau particulier d'un duc de Roannez (1) qui bêche la terre, pendant qu'un apothicaire avçc sa seringue ramasse un chapeau de cardinal. Cela dénote le cardinal Mazarin, disoit-on, fils.d'qn apothica^ire. Leduc, mécontent de la Cour, fit faire ce tableç(u, dont l'origini^l eçt sur la cheminée de la terre d'Océron^ vendue par M. de la Feuillade à M. le duc d'Antin.

Par la mort de M. Foucçiult, M. Meliand est nommé conseiller d'État ordinaire et un d'Ormesson est entré au Conseil. M. de Harlày de Céli a une expectative de la première place- Il étoit retourné à Metz exercer son intendance, quoiqu'il en fût rappelé, et avoit dit qu'il n'en sortiroit point qu'il ne fût cpuseiller d'État.

PuET. -—M. Huet, ancien évêquç d'Avr/qinches, sousprécepteur de monseigneur le Dauphin , est mort dans Je même temps (2) . Il étoit doyen de l'Académie françoisp. 11 demeuroit dans la maison professe des jésuites et leur a donné sa bibliothèque. 11 est célèbre par sa Démonstration évangélique{3)y et par plusieurs autres livres. Surla fin de ses jours, il a fait Thistoire de sa vie : Commenla-

(1) Le duc de Roannez, ami de Pascal (V. Pascal, éditioD Paugëre) et frère de cette Cliarlotte, qui fut l'unique et mystiqqe passion du grand et pathétique penseur.

(2) Né le 8 février 1630, naorl le 26 janvier 1721, V. S, Simon, XI, 378.

(3) Demonstrado EvangeHca; Pari?, 1779. IV,.in-ft)l.

FÉVRIER im. 71

musdevita $ua{l), qui est un livre tri^s-làtinetQÙii a iuis réloge de tous les gens qu'il a connus* On est scaUr -dali^é d'y voir Bmieau< le satirique ti»aité comme le .dernier des homQies ^rce qu'ils avoient eu un démêlé ensemble suf cet adroit delà Genèse : Que la lumière se fasse et ia lumière se fit^ que Longin trouve subliâie et que Boileau, tradui^ntLongin^ avœt trouvé sublime aussi; au lieu que M. Huet a prétendu qu'il n'y avoit là qlïe de ia simplicité sans sublime aucun. Il a été appUyé par Le Glérc de Hollande (2). Boileaua répondu àl' un etàl'autre, et l'évoque s'est vengé, dans sa propre Vie, du grand sa<firique qui étoit mort. On sait qu'il a eu part à beaux^oup d'àventin*es galantes/ qui se laisoient chez Mademoiselle de Hotttpensiei^ eiauœ Porlrdilsde laCoM, où est aussi le siân.'Son grand ami^ Segrais, l'engagea à faire VOrigine dès romans pour mettra à la tète de îmdei II pade fbrt^ dans sa Fie> contre les^ médecins et là jnédecine.;*Q^ pendant il leur avoit grande obligfiLtion , ei y avoit re^ cours quand il étoit malade. La dernièjpe année deiSa vie, on ne le voyoit plus, parce que son efepril étoit fort baissé. U est mort âgé de quatre-vingt-sept ans (3). L'abbé Henaudot et lui ont emporté la sbience des langues orientales. Les savants, ou plutôt les théologiens, ne trouvent pas sa Démanstrationbien démontrée, lia donné sa bibliothèque aux jésuites de la maison professe, où il est mort. Il a laissé un manuscrit de lui, Hik&tiaua. U au été imprimé, depuis (4). Ce n'est pas grand'chose, mais cela est bien écrit

(1) Traduit et publié par M. Nisard (Cli.), chez Hachette;* 1853. La l'"" édition dont parle Marais est intitulée i Pet, Dan, Hue{%i, Commentariu^ de rébus ad eum pertinentibus. Amstelod., H. Sauzel, 1718 in-12.

(2) Voir tome X de la Bibliothèque choisie de Lecierc.

(3) Marais de?ail dire : quatre-viogt*onze ans.

(4) Ituetiana, ou Pensées diverses Ae M. Huet, (pubUéfs par l'abbé d'Olivel); Paris, Jacques-Etienne 1722 in-12. Sur Huet, évèque d'Avranclies, un des prélats dé cette famille galante et teltrée des Godeau, des Fléchier, des ^éneloB , ¥«ii: «ne curiettse <et finâ éUide^e Suiote-Beuve {Causeries du^undi).

Fallari. — Le duc de Fallari, ayant appris la faveur de sa femme auprès du Régent, est revenu en France , s'est mis à jouer à Bordeaux, à emprunter, et même , diton , à voler ceux qui lui gagnoient son argent. Il venoit à Paris avec le comte et la comtesse de Valançay (mademoiselle Amelot de Chaillou) pour jouir de sa nouvelle fortune, quand il a été arrêté à Chartres par ordre du Roi. L'hôtellerie a été investie : on l'a enlevé et conduit à la Bastille, d'où on le doit transférer, pour le reste de ses jours, dans une autre prison. On ne doute pas que sa famille n'ait fait faire le coup : elle craignoit les folies de cet homme-là, qui en a fait toute sa vie, et qui en auroit peut-être fait d'autres plus importantes. La bonne fortune de sa femme, qui n'a guère duré , lui avoit du moins servi à la délivrer d'un tel mari, et ce n'est pas peu. 11 a pour frère M. Gorge de Reyre ,• conseiller au Parlement, qui est un très-honnête homme, et pour sœur madame d'Ancenis, belle-fille du duc de Charost, aussi sage que son frère Test peu. '

9 février. — Arrêt de ce jour, qui remet la peine de nullité des actions à ceux qui n'ont pas payé l'emprunt de 150 livres. Permet à la Compagnie de le continuer, sous la peine seulement de la privation du dividende d'une ou plusieurs années, pour ceux qui n'auront pas payé, dans le délai fixé par la Compagnie. Cet arrêt tranquillise ceux qui n'ont pas payé , et fâche fort ceux qui ont payé. La privation du dividende est une peine chimérique.

On ne travaille point au visa des papiers , aux déclarations des rentiers et actionnaires. Le public dit que l'opération en est impossible et feroit mille injustices, en rejetant mille honnêtes gens, qui n'ont point de preuves de l'origine de leurs actions, et admettant des fripons qui, après avoir réalisé leurs contrats en or, achètent pour rien des billets et actions sur la place, et les soutiennent provenir de ces contrats dont la réalisation ne parolt

point. Les notaires ne veulent pas se charger de ces iniquités en portant les déclarations. On cherche quelque antre expédient, mais il n'y a point de remède contre la ruine universelle.

Jeudi 13. — On a plaidé à la Grand'Chambre l'appel d'une sentence de police, quia déclaré valable la saisie d'un amas de charbon de terre fait par un agioteur. La sentence a été confirmée, et la confiscation donnée moitié à l'Hôtel-Dieu et l'autre à l'Hôpital Général (1). On a lu la saisie faite aux Augustins , et l'avocat a dit qu'on avoit employé dans cette affaire l'adresse, Tartifice, la chicane, la force, etc.. Jouant sur le nom de la Force y ce qui ne peut être relevé que par ceux qui se croient cachés sous ce nom. Le Palais ne retentit que de ces saisies et monopoles nouveaux.'

On rapporte qu'un duc demandant à un juge si la peine du monopole étoit capitale et emportoit peine de mort, le juge répondit qu'oui, sur quoi le duc dit : c( Ne pourroit-on pas adoucir cette rigueur et la réduire à la peine du pilori? Il me semble que cela suffiroit. » Cela veut dire que les ducs voudroient voir le duc de la Force au pilori. Je remarquerai ici qu'il n'y a point en France de peine pour le monopole des particuliers. Deux ordonnances seules en parlent, l'une du 20 juin 1539 , qui défend à toutes sortes de personnes de faire des amas de vivres et marchandises préjudiciables au bien public , et il n'y a aucune peine. L'autre, du mois d'août 1539, ne regarde que les compagnons, maîtres et serviteurs de tous métiers à qui il est défendu entre eux de faire des monopoles {LoiscivileSy t. IV, 220,221, vide 1. 3. Cod. de commerce et mercat. . . — Traité de la noblesse par de la Roque, ch. 88, p. 355. Ord. d'Orléans art. 109, 127. Èdit d'août 1669, vérifié le 13).

(i) Aujourd'hui la Salpétrière.

74 MÉMOIRES .DE MAimBU MARAIS.

Vendredi i 4^i r- Il a été ipofté^ des bUleto cbez^ tous les ducs et p^jirs^ pour sç trouver damaiu au,P4laip à Jl^asse/nbléequi s'y doit faire. Le billet porte en substance : c( Jf IsàbeaUy greffier du Parlement, a{iassé^(;A«Zr vQH$:pour avoir J'bonneur de vofls ppier, 4^ la p^irt de la Com», d'assister demain à. l'assemblée qui se doit faire au PacClen^^nt pouï" examiner des procédures où M. le duc de la Force se trouve coi;npris. Et comme pela.peut;fegarder la pairie^ elle vous prie dç n'y. p$^9 paHqquer*,.»€'p5tJLe billet d'invitation que le Parlement envoie aux ducs à présent.

Samedi 15. — Les princes dp. sapg et les.ducs et pairs se sont trouvés ce matin au Pala^s^ ,où il y avoit une grande assemblée de toutes les Chambres^ On es|; entré à sept heures et demie^ et on est i^esté jusqu'à onze heures et demie. M. Feirrand à rapporté les procédures et les saisies faites par le lieutenant de polpe et Tinterrogatpire du nommé Orient^ qui a dénoncé M. le duc de la Force. L'affaire a paru grave. M. le maréçbAl dp V^Uars a dit que c'étoit avec «douleur qu'il étoit oblige dç domier sa voix cpntre un homme du rang^ de la naissance et de la dignité de M. ^e duc de la Force, etqv'qfl ne ppuvoit trop tôt approfondir fictte affaire, afin. qu'U se pût justifier. Le duc de Noa^lles,n'a f^s voulu opiner. Enfin ^ à la pluralité des voix ,il a été décrété d'assigner pour être ouï, et le nommé Bernard, son intei^dant, §Yec un autre (Duparc, tailleur) qui e§t spn beaurpère, pnt,,été décjîétés de prise de corps. Cette nouvelle^s'e^t répandue daiws Paris avec joie et Ton a admiré la fermeté des du^ et d^ Parlement, qui ont rend^ une justiqe proqaptept rigoureuse ^ansune affaire qui intéressé tout J'État. SI. le duc 4e,,]a JfeijiUade est le prç^îer„ entrç ,^^ç dp^? (m^^aq^uvert Tavis dp ra^^népourétrp ouï, et qui^pour y d^o^^ lieu, a dit qu'il falloit q^et M. le duc 4^ l^jîiftrc^ P^* être ouï par sa bouche, dans le même lieu où il avoit été accusé. H y a eu sept voix pour laisser continuer la procédure du Châtelet. M. Feydeau , conseiUepji a été. le gre-

mier de cet ftvis. Orient avoit déjà été décrété^ par le lieutenant de police^ de prî$Q ^ eo^ps ^t pris prisonnier. L'arrêt ordonne qu'il sera transféré à la Conciergerie. L'arrêt confirme aussi le dë^çret d'assigné pour être oui contre le chevalier Landais.

Dimanche 16. — Visa. — Le ConseU de. Régence s'esit assemblé, et a fait un règlenjient ppyr ]a vérification des effets^ dont la représentation a été ordonnée par les arrêts des 26 et 30 janvier. Dans 1^ 4^cla|*ation/ on sera obligé de dire qu'il n'en a été fait s^pun emploi ni usage, soit pour acquérir des terresj maisons ou autres effets, soit pour le payement des dettes. Cela* est fait pour éviter les fraudes que le public, craignoit/ Il doit y avoir plusieurs bureaux et des bureaux d'expéditions subordonnés; et les coQimiss<iires remettront des; notes et observations sur les mépioires de ceux qui ne seront pas fidèles^ on siir lesquels il restera des doutes. Il y a un arrêt de Ce jour qui contient ce règlement.

Lmdin. — Languedoc. — Peste. — On a publié un ar^ rôt, du 1 1 février, .qui déclare le pomineroe des provinces de Languedoc, Lyonnoiset Dauphiné libre, et permet aux marcband^ de Tours de faipe venir des soies dç ces. provinceâ, en rapportant des lettres de voitures, visées des officiers municipaux des lieux de Tenlèvement. C'est que la crainte de la peste empéchoit tout le commerce avec ces pays-là, mais on prétend que les précautions portées par l'arrêt du 14 septembre sont suffisantes.

13 février. — M"'1)eSaint-Sulpicbbrulée. — Il est arrivé le jeudi 13 un accident singulier à M""* de Saint-Sulpice, qui est une jeune veuve fort aimable, qui ne quitte point M*"* de Prie et M. le Duc. Elje étoit avec eux, H. le cqmte de Charolois et autres, dans une maison du faubourg Saint-Germain à souper (petite maison de M. le Duc, près Vaugirard). Elle se leva de table pour se masquer, et alla dans une autre chambre, où, étant debout auprès du feu, un pied sur un chenet, son paniet; poussa sa jupe dans

le feu sans qu'elle s^en aperçût d*aborcl (1). Le feu ayant pris à la jupe et au panier, elle vint retrouver la compagnie^ qui fut fort (étonnée de la trouver en cet état toute brûlante. On ne savoit comment la secourir. Elle se jeta par terre. Le comte de Senneterre se jeta sur elle, et voulant étouffer le feu, le panier qui n'étoit point flexible, et où il y avoit du fil et des baleines, empêcha qu'il ne «'éteignit, en sorte qu'elle fut brûlée, à beaucoup d'endroits, fort dangereusement. On la déshabilla à la fin et on la remena chez elle, où, ayant été visitée par la Péronie (2), fameux chirurgien, il la trouva très-mal. Cette ridicule et triste aventure a donné lieu à causer à tout Paris. La jeune dame en sera longtemps malade, si elle n'en meurt pas, et après sa guérison, elle sera bien honteuse. Elle est veuve de M. deSaint-Sulpice, intendant de marine, qui lui a laissé de grands biens, et vivroit très-agréablement (elle s'appelle Ragot de la Coudraye et est fille de l'intendant de M. le Chancelier de Pontchartrain), si elle ne s'étoit pas adonnée aux princes, qui Taiment, mais qui en font leur jouet. Elle étoit amie de Vergier, qui fut assassiné Tannée dernière.- 11 avoit son portrait, fait par Boulogne, qu'elle a retiré depuis sa mort, et qu'elle m'a donné. Son esprit est tourné à la plaisanterie, elle a été autrefois dans une grande dévotion. Elle

(1) Voir sur cet accident deMni« de Saint-Sulpice, dont Marais, peut-être par indulgence (il était son conseil et son ami), fait la chose la plus simple et la plus naturelle du monde, la version de Barbier et celle de Madame, beau* coup plus scabreuses, et qui ne sont à Thonneur ni de la victime ni de celui que la clironique regardait comme son bourreau, soit M. le Duc, soit M. de Cliarolaifl. Cette aventure, où la férocité se mêle si brutalement à la débauche, est de celles qui indiquent jusqu'à quel degré de démoralisation était descendue la Régence. V. Barbier (i, 113), Madame (II, 307, 317), les Mémoires de Maurepas et les Mélanges de Boisjourdain (II, 10). Elle s'appelait Ragot de la Coudraye, lille d'un intendant de M. de Pontcharirain, veuve de Veret de Saint-Sulpice, commissaire général de marine. Cette femme aimable et galante était Tamie de ce pauvre Vergier.

(2) Fr. Gigot de la Peyronie, né à Montpellier en 1678, premier cUirur^en et médecin consulteur de Louis XV.

a le meilleur cœur du monde ^ et il ne lui manqueroit rien pour plaire trop, si elle n'étoit malheureuse par des ridicules que ses ennemis lui donnent, et que les acci* dénis imprévus comme celui-ci augmentent encore.

CHANSON FAITS SUB CE QUE LES PBIIICES SE SONT FAIT AGCOM- PAGNEB AU PARLEMENT.

Tout le Palais tremble

De voir à grand bruit

Arriver ensemble

Bourbon et Conti ;

Les polissons chantent

C'est le borgne et le bossu^ lanturlu.

Princes, la cohorte Vous enfle le eteur.

Croyant que l'escorte Au Régent fait peur Les polissons chantent, etc.

A la pauvre France Rendez ses écus.

Servez la Régence Et par des vertus Empêchez qu'on chante Cest le borgne et le bossu, etc.

Lundi 17. — La Forge. — On a fait une perquisition dans une maison qui appartient au duc de la Force^ et où on dit qu'il y a un magasin de marchandises. Cela s'est fait de la part du lieutenant de police^ qui y a envoyé deux commissaires du Chàtelet, en vertu d'une ordonnance générale^ qui permet de visiter tous hôtels, communautés et autres maisons, pour découvrir les marchandises déposées. Cette maison est dans la rue Saint- Dominique ; le duc de la Force y a son Suisse de sa livrée, ses équipages et sa bibliothèque. On y est entré, on a visité partout, on n'a rien trouvé. Le duc de la Force, qui demeure rue Taranne, a été averti : il est venu; il a trouvé les commissaires en chemin, qui revenoient dans

un fiacre. Oii a parié de carrosse à carrosse, fl a demandé Tordolinanfce; on là lui a donnée * il Ta lue et emportée au Palais-Royal. Un de ses gei^s à un peu houspillé un des assistants des commissaires. Yoili le fait, tel qu'il est dans un Mémoires des Ducs.

J'ai appris que Ton a décréta d'assigiié pour êti^e ouïi au Parlement le chevalier Landais ^ qui est un Malouin^ chevalier de l'ordre de Saint-Michel, qui a lait venir bien des marchandises d'un vaisseau vendu àSaint-Malo^etce sont celles trouvées aux Augustins. Il a pris avec lui, par amitié, un avocat au Conseil, nommé Thierry, qui étoit, il y a un an, intende^nt du maréchal d'Ëstrées, ce qui fait soupçonner que le maréchal a part au monopole, par le moyen de ce Thierry. M. le Chancelier, qui a voit fait cet avocat censeur de livres, avec pension sur les sceaux, l'a fait rayer hier du nombre des censeurs. Tout cela ne dit rien de bon pour les seigneurs de la Cour et pour ceux qui se sont mêlés de leurs af£airei&. Il y a dans le droit une loi (t. III, De com. et mercM.). Nohiliores nalalibus et honorum luceconspicuos et patrîmoniodittoresperniciosum urhibus matrimonium exercere prohibemus^ ut inlerplebeios et negociatores facifim sU vendendi emmdique commer- £ium. (Lois civiles, t. IV, 220-221. Zonaye, HisL Annales.)

On cherche la manfère" de signifier Tarrêt d'assigné pour être ouï aii dtïc deia Force. On a trouvé des usages très-anciens, qui sont : que la signification se fait en présence de 4eux ducs et pairs, ou de deux chevaliers; mais cette présence peut être peu honorable pour léis ducs. En attendant, le duc de la Force a promis de subir Pinteritogatoire sans assignation. Voyez le Mémoire du duc' de Richelieu^ qui rapporte la forme d'ajournenieiit et de jtigetiient en forme de pairie. Dans les premiers temps; c'étoit deux ducs ou deux barons. Du temps de OiarleS VIïI, S' y a- e:i^mplè d'tm ajournement à un pair- par leprévM de Pat4s, tui conseiller du Parlement et le premier huissier. ' ' • : : bo *

*' Mèfcrêdi 4fr* *^' Le duc de la Force s^est présenté pardé^aftt tes^cteux: tap{K)rteur8 V MM. Férrdnd et dé Paris, pTOtrintéMogatoirè; itaïs il n'a voulu ttev ni. son chapeau trî'âOtt ëpée; qùoîqtfil le àài faire, étant en état d'a<kiussé; cè;t(uiâ fait que rih1err;agàtoire a été remis, et il doit f y^Voit une assembléa des Chambres sur cette dif^ ûtulté. - !' ^>

' Prince CttARtiE^. — Le môme» jour, on a appris avec i^r{]Msë qui$ Uiâdianie la ptinbesse d^Arma^nac, qui n'a pas sèiW^^sl iâ quitté M.* le prince Charles, son mari (l). Elle s^ëst retirée hier, 18 février, le matin, dans le couvant AifeMla Visitatioi}, ^ue du Bad (2). Paris parle sur cette sépa#ati6i^sans en riensavovr ; knais jesais, pour avoir été consulté, que c'est une affaire de famille et d'intérêt contré M. te duc de Noailles qui lait cette séparation. Le âu'6 de ïtMIIes, mariait sa fille^ étoit convenu degardët^ 200;«00 iiv. dcmt irpisiyeroit 10^000 liv. de rente attpfftûfeé'CbàrifeS,iet qui ne' pduvoient être payées qu'en fi4i5t%ei^V^môî*îé au jour dei sa mort, et l'autre moitié âû^joun^^la môrt*>Âe' fa tJucHesse de Noailles, ou plutôt du sôtvivtott'^ÎUoique cela fût stipulé ainsi, le '03 octobre dernier, îl à payé ces 200,000 liv., en billets de banque, au prince Charles, qui ayant placé sur le clergé, iti'ên a plus qœ 4,000 liv. de rentes, ce qui est bien différent. La dot n'étoit point en rentes, elle ne

( (1) Ou plutôt qjne son naari rnquitfée. Oette séparation, pour cause de simple dégoAt/ïe la yie commune, ou plutôt pour cause d^économie, est un des traits caractéristiques de la Régence, où il se reoou?elie du reste aussi soiivéàt ifù» les'ttiAria^'d'argenftetix-mémès: ri n'était pas difficile de tlénouer des liens queTintérèt seul avait formés et dont la fragilité tenait à celle de la fortime elle-même. Sur ce renvoi de sa femme par le prince Charles, qui va trouver de nombreux imitateurs, voy. Saint-Simon, XI, 397. Correspondance deJ^fédamé^m ^99i, i^,(^B«riilftr, ,li11^. Le prince. Charles de Lorraine, comte dîArmagan^ gVMi4éoufeK^eFràÉe^iiéen 1684; avait épousé, en 1717, Françoise^Âdélaïde deHoaiUes. i

(2) Cette communauté avait été établie en 1673, me du Bac, sur l'emplacément occupé aujourd'hui par le passëge Sainte-Marie.

pou voit être remboursée ; elle ne diminuoit pas même par redit de réduction des rentes à deux pour cent^ parce que c'étoit une constitution dotale, à quoi on ne pouvoit toucher. Le remboursement, fait comme d'une rente^ est une sortede surprise, dont le prince Charles s'est plaint et dont sa femme, mineure, peut se relever. Elle ne le peut, selon bien des gens, qu après la dissolution de la communauté (quoique je sois d'avis contraire). Et pour opérer cette dissolution, elle se peut faire séparer. On a donc commencé cette séparation par le couvent, le prince Charles disant qu'il n'est plus en état de faire pour sa femme les dépenses qui conviennent. Ensuite , viendra la séparation de biens, et la restitution contre la quittance. Le public parle de quelque mécontentement du mari sur la conduite de la jeune dame, mais il paroit que ce n'est que l'affaire d'intérêt (1), car le prince s'est en même temps défait de son équipage de chasse, qui étoit considérable, et qu'il ne peut plus soutenir, par la réduction de son bien. Il faut remarquer que les 4-0,000 liv. de rente de sa dot ne produisent plus que 16,000 liv. de rente . Le prince m'est venu voir le même jour, et m'a dit qu'ayant parlé au duc de Noailles, le duc lui avoit dit qu'il n'y avoit point entendu finesse, que sa quittance étoit bonne et qu4l lasoutiendroit, à quoi le prince lui a répondu : a Je crois que vous n'entendez pas plus les affaires que moi, mais on m'a dit que cela ne se pouvoit pas. » Il a consulté Pillon, ancien procureur au Châtelet, très-habile, qui a été de mon même avis, et que la femme pouvoit se pourvoir, sans se faire séparer, en se faisant autoriser par justice au refus de son mari. Il doit

(1) Nos réflexions précédentes 8*appKquent moins à Taffaireda prince Charles, dont les explications de Marais atténuent beaucoup la signification, qu'aux nombreux faits, du même genre, qui n'ont pas les mêmes excuses à offrir, et dont la Taleur, pour Tappréciatiou morale de la Régence et de la décadence de la famille qui la marque, demeure intacte.

remettre toutes les consultations au lieutenant civil (1) qui, étant ami des deux parties, tâchera d'accommoder l'affaire.

Jeudi 20. — On a publié un arrêt du 12 qui ordonne que la commission des récépissés pour rentes perpétuelles, viagères ou provinciales, sera continuée par les gardes du Trésor Royal en quittances de finances, nonobstant la surséance portée par l'arrêt du 26 janvier dernier. C'est une petite espérance pour les rentiers, mais ce n'est qu'une forme pour le Trésor Royal.

Vendredi 21.. — Il y a eu une assemblée des ducs et du Parlement sur l'affaire du duc de la Force. Il y est venu, en habit de cérémonie, a pris place , et a même opiné dans une affaire qui a été plaidée. Ensuite, il a voulu parler et a dit qu'il venoit pour se justifier. La Cour n'a pas voulu l'écouter, et lui a dit que c'étoit dans son interrogatoire qu'il de voit proposer ses défenses. Il s'est trouvé 18 ducs, outre les princes. Les ducs d'Antin et de Noailles n'y étoient pas. Les gens du Roi ont voulu parler ; il les a interrompus. Ils lui ont remontré qu'il ne pouvoit pas les interrompre, non pas même le Premier Président, et qu'ils, avoient à parler d'*un procèsverbal de rébellion qui le regardoit et qu'il ne pouvoit pas demeurer en place. La Cour lui a ordonné de se retirer; il s'est retiré, en protestant de nullité de tout ce qui seroit fait contre lui , attendu qu'on ne gardoit pas les formes de pairie dans son affaire, et qu'il devoit y avoir une assemblée de pairs au Parlement par lettres palenleSy etc. On a remarqué que quand il est sorti de la lanterne il pleuroit à chaudes larmes. M""*^ de Nesle dit qu'il avoit pleuré, parce qu'il s'étoit souvenu en ce moment qu'il étoit duc de la Force. Après qu'il a été retiré , les gens du Roi ont lu le procès-verbal de rébel-

(OD'Argouges.

T. lî.

lion qu'il a faite le 18 février, dont j'ai parlé à ce jour. Sur la lecture de ce procès-verbal, et sur ce que la visite se de voit faire dans une maison étrangère, où le lieutenant général de police pouvoit exercer sa juridiction, ce qu'il n'eût pu faire dans la maison d'un duc et pair, il a été décrété d'ajournement personnel, presque tout d'une voix. Ainsi, cette affaire Vaccrolt tous les jours, et le voilà interdit de toutes les fonctions de pair et du conseil de Régence, parce que l'ajournement personnel emporte interdiction. Il étoit venu au Palais avec plusieurs carrosses et douze personnes de sa livrée

Dictionnaire CRITIQUE de Bayle, 3°*® édition. — M. Fagon, conseiller d'État (1), m'a fait présent aujourd'hui des k volumes du Dictionnaire de Bayle de la 8"* édition, où d'abord j'ai remarqué la vignette qui est audessus deVÉpîlre dédicatoirean Régent, et son portrait au milieu. Au côté gauche est la France, triste et affligée, qui porte une corne d'abondance vide, dont il parolt qu'il est sorti des billets, avec cette inscription : Billets de monnoie^ billets de banquey billets d'État. Au côté droit sont représentés lés bâtiments de la Banque avec ce titre : Banque royale. II parolt un «uisse à la porte avec sa hallebarde et une foule de monde qui veut y entrer. La France y parolt triomphante et paye avec des Génies qui tiennent une corne d'abondance d'où il sort des espèces d'or et d'argent en quantité , et au bas est un sauvage qui tient une carte du Mississipi, d'où il parolt que toute cette abondance est venue. Cette vignette a été gravée parle fameux Picard. Elle a été faite dans le temps que la Banque étoit florissante; mais aujourd'hui qu'elle est détruite, l'éloge est tourné en satire, et voilà une satire immortelle. Le Régent en est très-fàché, a donné son exemplaire dès qu'il Ta eu, et a voulu empêcher qu'il n'en

(1) Fils de Fagon, premier médecin de Louis XIV.

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entrât d'autres^ mais il n'en a pas été le maître^ et il n'eût jamais dû accepter cette Èpitre didicalairey qui est aussi très-ridicule, et faite par M. de La Mothe^-del' Académie, où il lui dit : c< Les grands hommes regardent les louanges comme la récompense de la vertu , mais il semble que pour vous elles n'en soient que l'inconvénient. » 11 dit, dans un autre endroit : h( Votre justice et votre bonté vous ont fait trouver, pour acquitter les dettes de l'État, et pour y répandre de nouveaux trésors, ces prodigieuses ressources qui étonnent les nations, et dont elles seroient jalouses si votre équité et celle que fait attendre le jeune monarque qui s'élève sous votre exemple ne les rassuroient contre votre puissance. » Cela ne vient-il pas bien à propos en ce temps-ci, et ne voilà-t-il pas un beau style?

Recueil DE 1716. — La protestation du duc de la Force est inutile et contraire à la Déclaration du Boi du 10 mai 1716. Rég. le 22 mai, qui a ordonné que Ton suivroit le dernier état tel qu'il étoit au jour de la mort de Louis XIV, pour tout ce qui regarde les usages pratiqués à l'égard des pairs de France, jusqu'à ce qu'il y ait été autrement pourvu par le Roi par un règlement général.

L'assigné pour être ouï lui a été signifié dans le Palais, en parlant à sa personne, le jour qu'il est venu pour se faire interroger et qu'il ne Ta point été, à cause de l'épée qu'il a voulu garder. La signification lui a été faite, sans tant de façons, par Choulx, huissier de la Cour, et on lui a signifié de la même manière l'ajournement personnel lorsqu'il a été rendu.

Mal du Roi. — Le Roi a eu un mal fort plaisant et qu'il n'avoit point encore senti : il s'est trouvé homme. Il a cru être bien mal^yde et en a fait confidence à un de ses valets de chambre , qui lui a dit que cette maladielà étoit un signe de santé. Il en a voulu parler à Maréchal, son premier chirurgien, qui lui a répondu que ce mal-là n'affligeroit personne, et qu'à son âge il ne s'en plaindroit pas. On appelle cela en plaisantant le mal du Roi, comme

on disoit de la fistule do feu Roi^ qui ne s'appelle point autrement et à la Cour et à la ville que le mal du Roi, encore aujourd'hui.

On a 6té à M. Landivisiau , maître des requêtes, la direction de rOpéra , et on Ta donnée à M. de Francine^ maître d'hôtel du Roi , gendre de LuUy, qui Ta eue autrefois. 11 y a des chansons faites à ce sujet qu'il faut avoir, car ce maître des requêtes mérite bien d'être chanté.

Dimanche 23 . — Dimanche gras. — Prince Châeles. — Le Prince Charles m'est venu voir et m'a ouvert son cœur sur l'affaire de sa femme. 11 alla, dimanche 16, trouver le duc de Noailles, à qui il dit, après avoir parlé de l'affaire d'intérêt, que l'humeur de sa femme étoit incompatible avec la jsienne; qu'il n'y pouvoit pas vivre , et qu'il falloit se séparer. Le duc de Noailles, embarrassé, dit qu'il falloit consulter quelque personne d'âge. Le prince répondit qu'il ne comptoit point sur Vàge , mais sur l'honneur, la vérité et la probité. On proposa le cardinal de Noailles; le prince dit qu'il étoit digne d'être à la tête de la famille de Noailles, qu'il entendroit ses sermons, et lui feroit sa confession. La conversation se tourna en ami, et le prince lui dit : ce Voulez-vous que je vous donne conseil en ami , reprenez-la chez vous sous prétexte de la diminution des revenus , et que je ne puis plus survenir à sa dépense. Elle y a déjà été depuis le mariage , le public la reverra sans être étonné , peut-être les humeurs se raccommoderont. Voulez- vous un autre expédient? vous allez aller à Saint-Germain en Laye passer cinq ou six mois, vous l'y avez menée l'année passée prendre le lait, menez-la encore cette année, et d'ici que vous partirez , je la verrai et mangerai avec elle à l'ordinaire. » Ces deux partis n'ont point plu au duc de Noailles, qui a dit qu'il falloit examiner cela. Le prince s'est retiré , et n'a point entendu parler du duc de Noailles pendant toute la journée ni le lendemain. Il arriva seulement que le lundi après midi, madame la princesse envoya prier son mari

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d'aller chezelle. Il y alla; il la trouva seule, etlui ditqu'ilse rendoit à sesordres. Elle lui dit d'abord : ((Monsieur, voilà bien du tracas. » Il lui demanda : « Madame, avez-vous vu monsieur votre père? » — ce Non, répondit-elle, je ne l'ai point vu, mais je ne veuxpointaller àThôteldeNoailles. » <( Vous Favez donc vu et il vous a donc parlé de quelque chose? » — « Non je ne l'ai point vu, dit-elle une seconde fois, et je ne veux point aller à l'hôtel de Noailles. » Le prince ne lui dit autre chose , sinon : ce Madame, je veux parler à monsieur votre père, et il me doit une réponse. » Le prince a dit, en me faisant ce récit : a Vous avez ouï dire dans le monde qu'elle avoit pleuré, qu'elle s'étoit jetée à mes genoux, qu'elle s'étoit évanouie (1). Il n'y a rien de vrai, et il ne s'est passé autre chose que cela. Peutêtre , si son père y avoit été et si elle avoit répandu quelques larmes, j*aurois eu de la faiblesse. Il m'a dit encore qu'en parlant au duc de Noailles, il lui avoit dit : « Je ne veux être ni tyran, ni précepteur, ni valet, m Le prince s'étant retiré de l'appartement de sa femme, n'entendit pliis parler d'elle ni du duc de Noailles dans le reste de la journée et étoit fort surpris dece silence. Le lendemain, mardi 18 février, à neuf heures du matin, un gentilhomme nommé Bailly , qui étoit écuyer de la princesse , entra dans la chambre du prince et lui dit : a Monseigneur, je viens vous dire que madame la princesse est retirée à la Visitation. Elle y est allée ce matin avec mademoiselle de Montègre et moi et une de ses femmes. Elle est entrée dans le couvent, a retenu la femme, et nous a renvoyés, mademoiselle de Montègre et moi. (Mademoiselle Montègre est une fille d'honneur qui lagardoit.) » Le prince répondit : « Ils m'ont servi suivant mes souhaits; » et cependant il fut fort piqué de n'avoir pas entendu parler du duc de Noailles, et que ce parti n'ait pas été pris avec lui . 11 appelle

(t) Voir le récit touchant de Madame (11, 299, 300).

une désertion et m'a dit : a Ma femme m^adéserié, » Ûeux jours après, elle lui écrivit un petit billet sans signature, où elle lui marque qu^elle est à la Visitation, comme il a souhaité ; qu'elle espère que cela lui plaira, et elle finit par ces mots : « toute ma vie, je serai digne de votre estime , malheureuse de n'avoir pu être digne de votre' amitié. » Le prince a été fort fâché d'un billet si faux et si court dans une telle occasion. Il semble qu'il ait approuvé la retraite dans le couvent dont il n'a jamais parlé , et il dit que c'est une phrase de roman ou de couvent que la fin, parce qu'on ne peut avoir de l'estime pour une personne sans avoir de l'amitié, principalement quand cette personne-là est sa femme. Il parolt que la famille de Noailles a pris, dans cette affaire , un parti très-singulier; que M. de Noailles ne pouvoit pas se dispenser de répondre pendant les deux jours, et que la famille assemblée pouvoit prévenir tout cet éclat par des tendresses envers le mari, qui se seroit fléchi, quoiqu'il m'ait dit que sa résolution étoit prise , et qu'il s'étoitdonné parole à luimême de n'en point changer. M. le maréchal de Villeroy, oncle du prince, a été fâché de n'avoir point été averti par lui de toute cette discorde , et reçoit M. le duc de Noailles chez lui comme à l'ordinaire. Il est capitaine des gardes du corps en quartier chez le Roi, il est tous les jours au Louvre avec le maréchal, qui est gouverneur du Roi , et il lui a fait entendre tout ce qu'il a voulu.

Lautrec. — Depuis que l'on a vu cette dame renvoyée, il a pris en gré [à d'autres maris d'en faire de même, et M. deLautrec, gendre de M. le Premier Président, a remis la sienne entre les mains de son père, qui la garde et ne la remettra pas dans un couvent. Ils n'ont point d'enfants. Le mari vivoit mal avec elle; c'est un homme de grande qualité, mais sans mérite parmi les gens de guerre : la dame est assez belle et a un esprit lent, mais naturel. Elle n'a point acquis beaucoup de réputation à Pontoise. Elle

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est rousse et on dit qu'elle en a les défauts (i). U y a aussi H. et H'"'' d'Estaing qui se sont quittés. Enfin la mode vient de quitter les femmes eomme on quitte une maltresse infidèle. Tout le monde cherche la raison de la hrouillerie du prince Charles; on devine quelque galanterie avec le chevalier de Lorraine ou le duc de Richelieu. Bien des gens prennent le parti de la dame; mais c'est ici où on peut dire ce que disoit cet empereur : <« Vous voyez bien mon soulier, mais vous ne voyez pas où il me blesse. )> On a voulu dire que H*"^ de Lanjamet, ma parente, fort amie du prince (2), a eu part à cette hrouillerie, et qu'elle l'a conseillée ; mais elle a rapporté une lettre contraire de la princesse elle-même, à elle écrite le dimanche, joua que le prince avoit parlé au duc de NoaiUes, où il parolt que M"^ de Lanjamet Pavertissoit

(1) Les questions de séparation, soùrent peu claires pour les juges, le sont encore moina pour les chroniqueurs, qui ne peuvent attraper que des apparences souvent contradictoires. Alors ils prennent parli les uns pour la femme, les autres pour le mari, et, comme à Duclos, ce qui est malin leur parait suf* fisamment vrai. H y a plusieurs versions sur la séparation du prince Charles «t de sa femme, kilt selon qu'on écoute Marais ou Madame, on donne à Tun ou à Tautre tous les torts. Il en est de même de l'affaire de Lautrec. Saint- Simon Texcuse, ou du moins le plaint, et Madame le flétrit. L*un en fait la victime, Tautre le bourreau de sa femme. Que conclure? L'un et Tautre. La théorie des torts réciproques est encore la nu)ins embarrassante. {Saint-Simonf \ïl, 330. Madame, II, p. 306.) Madame dit le mari horriblement débauché et assure que le père, le vieux marquis d'Ambres, mourut de chagrin en demandant pardon à M. de Mesmes et à sa fiUe de leur avoir donné un tel gendre et un tel mari. Saint-Simon ne dit rien de tout cela.

(2) Voir sur cette dame, qui par l'intrigue et l'esprit, veuve d^un procureur et femme en secondes noces d^un lieutenant aux gardes, dont on contestait la noblesse, s^éiait fourrée dans les plus grandes maisons et était parvenu à une sorte d*influence, Saint-Simon, qui ne l'aime pas, et qui dit d'elle : « Elle avait eu de la beauté, mais de Tesprit et de l'intrigue comme quatre démons, de la méchanceté et de la noire scélératesse comme quatorze diables^». Il l'accuse formellement d'avoir excité et favorisé la zizanie du ménage du prince de Lorraine, cequi aurait fini par être reconnu et par la faire chasser (IV, 146). — Ce n fort amie du pnnce», de Marais, et quelques autres faits concordants et con comitants^ comme on dit au Palais, donneraient à penser, rapprochés de ce que dit Madame : «c il éi^it fort épris d'une dame qui est à présent devenue veuve», serait-ce M"^ de Lanjamet?

depuis très-longtemps de ce qui pouvoit arriver et vouloit l'engager à s'éclaircir avec son mari et à lui parler sur son éloignement, ce qu'elle a toujours négligé et dont elle se fait des reproches à elle-même. Cette lettre a été montrée à M. le maréchal de Villeroy, qui l'a trouvée bonne pour justifier M"* de Lanjamet, et lui a dit de la garder. Cependant, il lui a dit qu'elle devoit lui parler de ce qui se passoit ; mais elle a répondu qu'elle n'avoit jamais eu le secret du prince ; qu'elle avoit averti la princesse par bonne amitié; qu'elle s'étoit même servie de M"^ d'Arcy pour lui donner des avis , et que si elle avoit le secret du prince, ellen'avoitjamaisdùle trahir. Voilà l'état de toute cette affaire jusqu'à présent. Nous en verrons les suites.

J'ai soupe le soir avec le prince Charles , M. de Brillac, capitaine aux gardes , son ami, et M""* de Lanjamet. On a beaucoup parlé de toute cette grande quitterie, et principalement des bruits qui couroient sur ce que le maréchal de Villeroy avoit envoyé quérir M"*^ de Lanjamet et lui avoit fait de grands reproches, même l'avoit fort maltraitée de paroles. Le prince dit qu'il ne voudroit pas pour 100,000 écus qu'elle n'eût pas sa lettre. Elle a résolu d'écrire au maréchal pour faire cesser ces bruits et lui rendre justice sur ce qui s'étoit passé entre eux deux, qui s'étoit terminé par bien des honnêtetés ; elle m'a envoyé le lendemain une grande lettre où étoit tout le détail pour l'examiner; mais je n'en ai pas été d'avis et je lui ai mandé qu'on ne se justifioit pas envers le public, qu'il ne se taisoit qu'avec le temps, que dans trois jours ces bruits cesseroient, qu'elle ne feroit que les renouveler; qu'il n'y avoit qu'à montrer la lettre de la princesse à tous ses amis et qu'elle se feroit des tracasseries en nommant les personnes qui répandoient ces bruits. On a su que H. le prince de Conty a dit tout haut chez lui que M"' de Lanjamet n'avoit aucun tort et qu'elle en avoit usé à merveille. Je l'ai entendu dire depuis à plu-

sieurs gens de la cour, et il est certain que si la princesse l'àvoit crue, ce malheur ne lui seroitpas arrivé.

La Force. — Ce môme jour, dimanche , il y a eu une assemblée de ducs chez M. le cardinal de Mailly, archevêque de Reims et premier pair ecclésiastique. Ce ne sont pas les ducs qui ont été au Parlement contre le duc de la Force ; ce sont d'autres ducs qui n'y ont pas été et qui font un parti séparé de leurs confrères. Ils ne veulent point aller au Parlement à cause de la dispute du bonnet que le Premier Président ne veut pas leur ôter en demandant leur opinion; on les appelle bonnetiers à cause de cela (le cardinal de Mailly, le duc de Saint-Simon^ la Rochefoucauld, de Chaulnes), et qui a été sursise pair la déclaration du 1 9 mai 1716, qu'ils ne veulent pas exécuter. U a été résolu dans cette assemblée de donner une requête au Roi, au nom de ces ducs, pour demander que tout ce qui a été fait au Parlement contre le duc de la Force soit cassé comme contraire à la forme de pairie. JT'ai voulu examiner le crime du duc de la Force ; ce ne peut être un mo- Yîopole (1), puisqu'il n'a pas amassé toute une marchandise nécessaire à la vie; il a seulement contrevenu aux ordonnances qui défendent le négoce et trafic aux gentilshommes, mais il n'est pas défendu en gros (Traité de la noblesse^ 372), et il y a un édit d'août 1669 qui permet à la noblesse le commerce de mer sans déroger. Quand le ducauroit vendu en détail, ce ne seroit pas une matière criminelle, et il semble qu'il y a dans tout ceci une procédure irrégulière qui cache quelque vengeance se-

(1) Ces réflexions de Marais, d*accord sur ce point avec Saint-Simon et Ducios, ne réliabilitent pas le duc de la Force. Mais elles sont, au point de vue juridique, pleines de sens et de raison. El elles eussent eu plus d'autorité k propos d*un homme moins livré que le duc de la Force à la malignité publique, et qui n^eût pas comme lui justifié en quelque sorte jusqu'à Tiujustice. Le duc de la Force^ zélé bonnetier, et par suite odieux au Parlement, fut le bouc expiatoire du Système et de ces rancunes aveugles que la fuite de Law laissait sans vengeance. Mais, en pareil cas, u'est-ce pas déjà un déshonneur que d*è(re choisi pour victime?

crête (1). Le Régent lui a dit : a Que n^allez-vous à vos terres et que n'abandonnez-vous toutesces marchandises?» Il a demandé depuis à ses amis si cela vouloit dire qu'il étoit exilé dans ses terres^ et on a dit dans le monde qu'il rétoit.

Milord Stanhope^ qui a tant travaillé à la Quadruple- Alliance avec l'abbé Dubois^ est mort subitement en Angleterre, après avoir parlé avec trop d'ardeur dans le Parlement contre les directeurs de la Compagnie du Sud (2). C'est une grande perte pour les affaires du Congrès de Cambray, dont il avoit le secret. Il n'avoit que quarante-huit ans: il laisse des enfants et une fort belle veuve.

Jésuites. Câen. — Les Jésuites de Caen ayant joué une pièce de théâtre où ils ont représenté les docteurs de rUniversité, sous diverses formes, jusqu'à leur mettre des mitres de travers et à dire qu'ils feroient des docteurs aussi bien que d'autres el à demander un cierge pour l'excommunication, TUniversité a donné un décret, du 16 janvier 1721 par lequel elle a déclaré les Jésuite^ déchus et privés du privilège d'agrégation à l'Université de Caen, séparés et étrangers pour toujours du corps de ladite Université, eux, leurs collège et écoliei*s, et tous ceux qui dans la suite pourront y professer et étudier. Défenses de recevoir aux degrés ceux qui étudieront dans le collège, et privés les Jésuites de tous les droits d'agrégation accordés par l'acte du 25 octobre 1608 et défenses de se dire : Celeberri mx Academide Cademensis, L'insulte étoit grave , publique , et mérite bien cette exclusion.

(1) Barbier, qui n'ose pas se prononcer sur la culpabilité du duc, convient de cette haine du Parlement, qui ne fut pas sans influence sur sa décision, à une époque où le Parlement était plus un corps politique que judiciaire.

(2) Voir Saint-Simon, XX, 377 et Madame (U, 311). Madame attribue sa mort aux suites d^me orgie. D^autres historiens disent aux suites d'une violente discussion avec le duc de Warton.

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Constitution. — Les évéques appelants ne se taisent pas, quoique le silence soit imposé sur la Constitution. Il parolt une requête au Roi des évéques de Senez , de Montpellier et de Boulogne, au sujet de Tarrét du 31 décembre 1720, qui porte suppression de leurs mandements. Cette requête a été présentée au Roi le 16 de ce mois, il y a dans cette requête plusieurs lettres de Tévéque de Mirepoix, qui justifient qu'il ne les avoit point abandonnés avant sa mort, et qu'il n' avoit accepté le Corps de doctrine y quoiqu'il eût dit qu'il contenoit une doctrine orthodoxe. Ils prétendent prouver que la paix qu'on vient de faire n'est ni durable, ni solide, puisqu'il ne peut y en avoir de telle entre la vérité et le mensonge. Us établissent, contre l'arrêt, la nécessité des conciles en certaines occasions, qu'il s'agit ici de la doctrine de l'Église et de la conservation des expressions de la tradition. Ils montcent que les mandements supprimés ne sont point injurieux ni au pape, ni aux évéques de France, ni contraires à l'autorité des souverains. Ils disent au Roi : Tibi Deus mperium tradidit, nabis ecclesiastica concredidit, et quemadmodum qui tibi imperium subrepit Deo imperanti répugnai, ita metue ne lite ad ecclesiastica pertrahasy magni criminis reus fias.,., neque igitur nobis terrœ imper are hincy neque tu adolendi habes potestatem. Ce sont les paroJesd'Osius, évêque de Cor doue, à l'Empereur, rapportées par saint Athansise [adolendi vient d'ado/cre, encenser, mettre la main à l'encensoir). Ils disent que la doctrine qu'ils combattent est une doctrine « selon laquelle nous n'aurions pas^ Sire, le bonheur de vous avoir pour Roi et qui est la cause des malheurs que nous éprouvons depuis la Bulle. ^ — (Ce qui est fort et bien malin, car cela fait entendre qu'on auroitpu faire mourir le Roi, s'il n'y avoit pas eu des évéques appelants, et que les jésuites l'auroient fait assassiner.) Ils finissent leur requête par un long éloge qu'ils font de plusieurs ecclésiastiques qui se sont joints à eux, et disent au Roi qu'il n'a point de sujets

dans son royaume plus recommandables par leur piétés plus célèbres par leur érudition, plus zélés pour les maximes de TÉglise gallicane, et plus fidèlement attachés à S. M.

Liste des appelants nouveaux. — En même temps, on a distribué une Liste imprimée de 300 ecclésiastiques, par ordre d'alphabet, qui ont signé un acte du 21 novembre 1720, où ils déclarent que le mandemeiit du cardinal de Noailles, du 2 août, leur donne lieu de s'expliquer de nouveau et de dire qu'ils ne prennent point de part à l'acceptation de ce cardinal, et qu'ib se tiennent aux appels interjetés et à belui des quatre évéques, du 10 et 12 septembre 1720, etc. Cette liste commence par la lettre A et par Tabbé d'Asfeld, et ainsi de suite. En sorte que , quand la Cour voudra trouver ceux qu'on appelle jansénistes, et les éloigner, par lettres de cachet ou autrement, il n'y aura qu'à prendre cette liste et choisir qui on voudra. J'en ai fait parler à quelques-uns de mes amis qui y sont; mais ils disent qu'ils s'attendent à tout, et qu'il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes. La fin de la requête des évéques exprime cela bien fortement, et ne feint pas de dire qu'ils sont exposés à des ennemis violents et artificieux, qui sont habiles dans l'art de l'intrigue, qui font de leurs calomnies mêmes un de leurs plus puissants moye.ns; à qui une certaine régularité devient une note, et qui ne respirent depuis longtemps que les menaces et les persécutions.

Traité de là Grâce. — On a aussi vu en même temps un Traité de la grâce efficace, par feu M. de la B;*oue, évêque de Mirepoix , imprimé à Paris avec privilège , chez Barrois. C'est un in-12. M. de Mirepoix en parle dans ses lettres. Le privilège est du 19 novembre 1720, postérieur à la déclaration du Roi. On l'avoit surpris au sceau. Le livre a été supprimé dès qu'il a paru.

Bals. — Les jours gras se sont passés avec beaucoup de joie dans le peuple. Il y a eu de beaujc bals publics

au Palais-Royal. A Tordinaire, on en donnoit à cent sols par personne. Le Régent, les princes et leurs maltresses y ont paru. Il faisoit très-froid, et il geloit bien fort partout. On croyoit n'avoir point d'hiver, et il y en a eu un assez rude. Il y avoit 1,200 personnes au dernier bal.

Mercredi 26. — Les Cendebs. — La Forge. — Les ducs contraires au duc de la Force ont demandé communication de la requéle des autres ducs. Le Régent l'a donnée, et ils ont, au nombre de 17 ou 18, signé un écrit portant désaveu de cette requête, qui éloit signée au nom de tous les ducs.

Jeudi 27. — Sur ces différentes requêtes , il y a eu un arrêt donné secrètement, par lequel le Roi a ordonné qu'il auroit communication du procès du duc de la Force, et cependant a fait défenses au Parlement et à tous autres juges d'en connoltre et d'en continuer Tinstruction. L'arrêt porte évocation de l'affaire à la personne du Roi. Les: princes n'ont point su cet arrêt, et il n'en a point été parlé au conseil de Régence tenu ledit jour 27. C'est une grande époque pour l'État.

Vendredi 28. — L'arrêt a été signifié le matin par un huissier du Conseil à H. le procureur général, qui en a aussitôt donné avis à la Cour. En même temps, la Cour a envoyé des billets d'invitation aux princes du sang et auxducs, pour se trouver à dix heures trois quarts au Palais. 11 y a eu des billets qui n'ont pu être portés qu'à onze heures, et cela a fait que bien des ducs y ont manqué. M. le prince de Conti est arrivé le premier; on étoit à la buvette ; il y a été , il a offert ses services à la Cour dans toutes les occasions qui se présenteroient et a bu un coup à la santé de Messieurs. On est revenu dans la Grand'- Chambreauprès delà cheminée. H. le Duc est arrivé, qui a offert aussi ses services, et promet son attachement pourtoujoursà la Compagnie. Plusieurs ducs sont venus,

les Chambres se sont assemblées. On a lu Parrét qui a été pris pour un arrêt définitif d'évocation à la personne du Roi et à son conseil et un dessein de renvoyer Taffaii'e à des commissaires et d'en priver le Parlement, contre l'usage de ne point invoquer les affaires criminelles, et encore moins- celles des Pairs, qui ne peuvent être jugées que par le Parlement, qui est la cour des Pairs. Les commissaires ont fait peur. Ces princes ont dit que le Régent pourroit faire faire le procès à qui il voudroit de cette façon. On a été aux opinions, et on a été d'avis qu'il falloit faire des remontrances au Roi sur cet arrêt. Les gens du Roi sont allés demander l'heure du Régent y qui n'a pas trop bien reçu le procureur général. L'heure a été donnée pour le lendemain samedi, à k heures, et on a résolu de dresser les remontrances l'aprèsdlnée. Les princes ont dit qu'ils y vouloient être présents, parce que c'étoit leur affaire, et la cour les a bien remerciés.

L'après-dlnée on s'est assemblé : les trois princes sont venus ; les remontrances ont été dressées sur le fondement que l'arrêt étoit rendu contre le droit des princes du sang, des ducs et du Parlement. On parle toujours au nom de tous. On y insinue que l'arrêt du 27 n'a point élé , vraiment rendu le jour de sa date , puisqu'il n'en a point été question au conseil de Régence, où étoient les princes, que les princes du sang, en qui coule le sang du Roi, ont intérêt d'empêcher que les règles de la justice ne soient violées, et que le Régent lui-même, en qui coule ce même sang, doit autant qu'un autre veiller à la conservation de • celte autorité et du droit des Pairs et du Parlement; ce qui a été mis exprès pour lui faire entendre qu'il pourroit craindre sa justice, dans le compte qu'il doit rendre de sa Régence. Les princes ont dit qu'ils se trouveroient aux remontrances avec le Parlement et les ducs et en habit de pairs, mais comme on leur a fait entendre qu'ils ne pourroient aller qu'après les Présidents à mortier, s'ils

étoient en habit de pair, il a été convenu qu'ils y viendroienl à l'ordinaire.

Samedi j V mars, — Rbmohtrancbs bu Parlement. — Les remontrances ont été faites par M. le Premier Président, qui les a lues. Comme il est fort baissé et dans un état très-foible^ il les a mal lues^ et le comte de Charoloislui souffloit les endroits qu'il ne pouvoit prononcer. Elles ont paru bonnes, quoique longues , mais on a'avoit pas eu le temps de les abréger. Tous les présidents à mortier y étoient ; les présidents des enquêtes^ plusieurs conseillers de la Grand!-Chambre^ trois conseiller^de chaqueChambre et presque tous les ducs. Le Roi a dit qu'il étoit bien aise de voir son Parlement ; qu'il recevoit les remontrances en bonne part, que son Chancelier lui diroit sa volonté. M. le Chancelier a dit que l'affaire étoit assez impor* tante pour l'examiner^ que le Roi n'avoit pas encore pris de parti de retenir l'affaire ou de la renvoyer au Parlement, et qu'il étoit surprenant que de si habiles gens eussent pris l'arrêt pour une évocation, au lieu que ce n'est qu'une communication, qui ne peut point être refuséeau Roi, et qu'il peut prendre, quand il veut, dès qu'il s agit d'un pair de France.

M.* de Blancmesnil (1) ^ avocat général , a parlé ensuite au nom des gens du Roi sur la signification qui a été faite de V arrêt el a dit, que quand le Roi voulait faire savoir sa volonté à ses gens, il la leur donnoit de bouche; qu'ensuite , ils la rendoient à la Cour , et qu'il étoit contre la dignité de leur place de leur envoyer un huissier. Le Régent

(1) Georges de Lamoignon de Blancmesnil, né en 1683, successivement avocat général, président à mortier du Parlement, premier président de la Cour des aidesen 1746 et chancelier en 1750. Il mourut en 1772.

a dit : a Voilà un jugement subtilisé. » Le Chancelier a répondu aux représentations qu'il pourroit bien y avoir de certaines occasions si pressantes qu'on ne pouvoit pas toujoursgarder les règles, et que le procureur général ne représentoit pas le Roi en cette affaire , mais étoit accusateur et partie publique, et qu'en cette qualité, la significalion pouvoit passer pour bonne.

Le Régent est très-fâché de voir les trois princes et la plus grande partie des ducs unis avec le Parlement. Cela ne s'est point encore vu depuis la Régence. Le duc de la Force a causé cette brouillerie ; il a donné une requête en son nom pour l'évocation, et prétend qu'il ne demande autre chose que ce que tous les ducs ont demandé en 1716 par les requêtes qu'ils ont données dans l'affaire du duc de Richelieu , où. la forme de pairie est établie. Par redit de 1711 sur les duchés et pairies, le Roi a réglé que quand il s'agiroit des rangs , dignités et prérogatives des pairs, on se retireroit vers sa personne, et qu'il renverroit l'affaire au Parlement de Paris, s'il ne trouvoit à propos de la juger lui-même, et que s'il survenoit quelque incident, il faudroit toujours s'adresser à sa personne, et que les affaires renvoyées ne pourroient plus être évoquées. C'est sur cet édit que l'arrêt peut être fondé : il y a un mot d'Henri IV qui dit qu'il étoit « le premier président des Pairs et qu'on ne pouvoit rien faire sans lui contre un pair de France. » La déclaration du mois de mai 1716 ordonne que le procès sera fait au duc de Richelieu par toute la Grand'-Chambre assemblée, ce Nous réservant de convoquer les pairs au jugement définitif enlamanière accoutumée. » C'est donc le Roi qui convoque les pairs et non pas les pairs qui vont d'eux-mêmes comme juges. — Cette grande matière est bien éclaircie dans le Mémoire (de 1716) du duc de Richelieu. Le Parlement y oppose son titre de cour des Pairs et cour du Roi. Les Pairs, ainsi que les princes, craignent les commissaires et l'autorité du Régent. U y a bien des exemples de part et d'autre.

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pour et contre. H. le Chancelier^ si habile dans notre histoire^ est bien capable de les démêler ; mais cette affaire devient politique et d^État^ et les suites peuvent être trèsimportantes.

Les ducs du parti du duc de la Force ont distribué un Mémoire manuscrit où ils demandent justice au Roi sur cinq griefs. 1** Le Parlement pi*ocède contre un pair sans commission particulière. 2*" Il convoque les pairs sans permission du Roi et par ses greffiers. 3*" Il veut obliger un pair de répondre sans épée sur un assigné pour être oui. i*" On l'empêche de parler dans la cour des Pairs , quoiqu^il soit en fonction^ et qu'il vienne d'opiner. 5' 11 est décrété d^ajournement personnel pour avoir demandé justice au Roi d^ une insulte qui ne seroit pas faite à un particulier. Ce Mémoire rapporte le fait du duc d'Épernon y arrivé en 1614^ qui purgea un décret d'ajournement personnel assis et couvert au Parlement^ et plusieurs exemples qui sont dans l'ancien Mémoire du duc de Richelieu. (Girard, Vie d'Épernon. Vie de Louis XIII, Paris, 1716 en plusieurs tomes, 1. 1, voyez ce fait.)

Le Régent a demandé aux ducs du parti contraire une réponse. Ils ont dit qu'ils n'en avoient point à faire et qu'ils s'en tenoient aux remontrances.

Dimanche, 2 mars. — La matière des Pairs ayant été agitée au conseil de Régence, il a été arrêté que les différents mémoires, requêtes et remontrances seroient remis es mains de M. le Chancelier, pour, sur son rapport, être fait droit.

Lundi, 3 mars. — Le Parlement s'est assemblé. On y a fait rapport de ce qui s'est passé aux remontrances, et la Cour a remis son assemblée à la huitaine.

Il y a bien des partis pour et contre : mais les princes et le Parlement entraînent bien des gens, et on se souvient de ce qui est arrivé Tannée passée en Bretagne, où, par une. commission d'un conseiller d'État et quelques maîtres des requêtes, on a fait couper le cou à quatre gen- T. II. 7

tilshommes trës-(|uatifiés de la province^ sur unie Accusation de crime d^JÉtat^ sans que pebsonne en ait jàûiais rien dit (1). On se réveille suivant le$L bocàfiions. Les princes .qui veulent se brouiller sont bien 'aises de s^aissurer du Parlement et de son autorité. • ., . ■ J

ÀBJOBATiON. -t i'ai reçu, nouvelle t de ,M"" deiYa?-. renne ^ mon amie ^ que son mari a &it abjuration du calvinisme , s'est confessé et a uéçu les sacrements le l"*' mars à La Queue , proche Dreux , '0Ù« il a une maison; Cela s^est fait en présence de cinq curés, du tiaron de La Queue ^seigneur du lieu^ et de presque tous les ha-^ bitants qui en ont été bien édifiés. Il étoit •très-^iûaléde^ et depuis ce temps-là il a repris sa santé.

Mercredi^ 5 vnan. — SAiNTrSctPiCE brûlée; -?- M"* de Saint-Sulpice ( dont J'ai parlé sur le /Il . fidvrier ) a été confessée par le P, Gaillard, jésuite, et a reçu Notre- Seigneur en viatique. Le cardinal de Noailles avoit refusé au P. Gaillard , qui est interdit de confesser, comme tous les autres jôstiîtes , là pèraîlssioa de le faire , mais M""® la princesse de Carignan l'a obtenuç. M- Pain.j vicaire de Saint-Eustache, qui a. rapporté les sapr^ments, n'a pas vu ce père d'un bon œil. Le père, qui étoit àger noux, lui a dit : ce 11 ne faut pas lui donner Textrèmeonction.» Le vicaire lui a dittrès-rudem^pt :,<( Pourquoi parlez-vous, lotsquô je »e. parle point? »

Ensuite le. vicaicei.a fait sou exbprtatioQ t?îès-bien. La malade.a depaandé^si M^*' Ja» comtesse de Liyry^n'étoit pas là. On a dit que oui, et aussitôft^jQUâ-a dit ; «Je lui demande pardon des mauvais exemples que je lui ai donnés> » et apoursuix^i ui^ discours assez long et d'une voix très-forte et assuj^ée, où elle a fait une satisfaction publique. Ensuite. elle a dit : ce A ma mère, je lui demande

(1) V. s. Saint-Simon, XI, 277. Voir aussi^ sur cette affaire de la conspiration de Bretagne, Lémôntey, Histoire de là Régence, et \ik Revue de Bretagne et Vendée, hûi'^étxt du procès sont à It'bitsUotKèque de l'Arsenal^

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quelque moment.que^ce.soit, préjudicier aux droits des princes et pairs et autres ayant séance en la Cour, de n'être jugés qu'en icelle, et sera le procès du duc de la Force continué suivant les derniei*s errements et conformément aux arrêts précédieuts delà cour et procédé en exécution d'iceux. »

Un président des enquêtes m'a dit que c'étoit M. le prince de Conti^qui avoitfeit ajouter à la fin : Et sera le procès continuéy patcé que cette continuation marque que c'est toujours le même procès, qu'il n'est point censé interrompu, et qu'il sera jugé en exécution des arrêts de la cour, et non des arrêts du conseil ou déclaration du Roi. Les princes ne vouloient point cette déclaration, mais on l'a donnée pour conserver raùtôrité du Roi dans les affaires des pairs, et aiûst il semble que chacun gagne sa cause. Voilà où se terminent toutes ces grandes contestations, dans Içsquellçfi les exemples servent de peu. Toutes les autres préteûtip:^s .diçs ducs sont renvoyées au règlement que le Bîôi aréservé «de faire par sa déclaration du ,10 mai 1716.

Le même jour, le duc de la Force a subi interrogatoire par-devant M. Ferrand, pour purger son décret.

On a aussi ouvert le même jour, au vieux Louvre, les bureaux pour faire le visa des papiers et effets publics. Cela se fait par l'entremise des notaires. Il y a eu cent cinquante parties expédiées le 'matin. On remet les effets au notaire après le visa, et afin qu'il n'y ait pas de mécomptes,' on les donne enlacés et cachetés, sur le lacet, du sceau du propriétaire des effets.

CHANS01!V SUR LE DUC. d'OBLÉANS ET H. LE Hit, BORGMES.

Borgnes maudits et détestables A tout lé tiionâe abominables, Le public dans son désespoir Vous pardonneroit sa misère, Si Tuo de vous deux de» ce soir De l'autre vouloit se défaire, i

rager à signer un nouvel appel , et à faire paroUre les noms de ceux qui signeront, dont on a déjà donné une liste. Ils disent (p. 29) : a On croit volontiers des témoins qui se font égorger. )> (1) « Multipliez les souffrances^ et la lumière se multipliera » (p. 27). On cite cet endroit de Daniel après avoir dit : Les fidèles souffriront-ils tranquillement qu'on dise de toutes parts qu'il n'y a plus de religion sur la terre ; ne s'en trou vera-t-il point qui dise avec David : Nunc vadam et auferant opprobrium populi, nam quisesl iste PhilippâBus incircumsistis qui ausus est maledicere eœercitui Dei viventis? On peut appliquer ces paroles ou au Régent ou au Chancelier ou au Cardinal^ et quoique cette pièce soit fort dévote, elle est pourtant séditieuse et sent le tocsin.

23 février. — Interrogations des appelants. — LISTE sup. — Le même jour, H. Baudry, lieutenant de police, a envoyé quérir dix de ceux qui ont signé la liste du nouvel appel, savoir : l'abbé d'Asfred à la tète, Tabbé Duguet ou le père Duguet de l'Oratoire, le père Bernard de l'Oratoire et un autre, trois chanoines de Saint-Honoré, le curé de Sainte-Marguerite et ses deux vicaires, le curé de Sarcelles, exilé à Vienne en Dauphiné. C'est un des 300 de la liste. Il a fait un procès-verbal de ce qu'ils ont dit, et leur a demandé qui lesavoit excités à cet appel. Le père Duguet a dit qu'il avoit quatre-vingt-un ans, qu'il n'étoit excité par personne, mais par la religion et la vérité, et qu'il le feroit encore si cela étoit à faire. L'abbé d'Asfeld a répondu avec la même force, et sur ce qu'on lui a dit que tout ce qu'il diroit seroit écrit, il a répondu qu'il en diroit encore davantage, et que la vérité ne craignoit rien ; que recevoir la Bulle c'étoit apostasier. Les autres ont fait de même, et ils ont signé le procèsverbal. Cette procédure a paru extraordinaire en matière

(1) C'est le root de PasctI.

de religion ; mais on la traite comme matière d'État, depuis la déclaration du Roi, et le lieutenant de police a agi comme commissaire des matières extraordinaires.

Guet. — Le soir de ce jour, sur les neuf heures , trois officiers : l'un, enseigne aux gardes, avec son habit d'ordonnance et son hausse-col, jeune gentilhomme breton, nommé Lesek, l'autre la Mark et le troisième Savary, fils de M. Savary, receveur général du Lyonnois, ayant voulu entrer par force dans un cabaret , le guet est survenu. Ils ont voulu l'attaquer, le guet a tiré et Lesek a reçu trois balles dans lecorps. 11 est mort le 7 mars. Il est filsunique. Les autres s'en sont enfuis. On demande, sur le point d'honneur, s'ils ont bien fait de s'enfuir et de laisser tuer leur camarade. Le guet a tué, il y a six mois, le fils de M. Bignon, intendant de Paris, qui éloit aussi officier aux gardes, dont la mort a passé pour maladie de petite vérole. Voilà bien des morts funestes; mais le guet fait sa charge, et tue pour n'être pas tué.

M"' de Sainte-Hermine , sœur de M*"* de Hailly et de M"*^ Panier d'Orgeville, épouse le milord André, fils du comte de Melfort, Anglois. Us n'ont rien ni l'un ni l'autre.

Richelieu. — Ce jour, 6 mars, M. le duc de Richelieu, étant âgé de vingt-cinq ans, a été reçu au Parlement (1). Tous les princes et le duc de Chartres même y étoient. Le Duc avoit tout son habit, manteau et chausses, d'une étoffe d'or très-riche et qui coûtoit 260 liv. l'aune. 11 ressembloit à l'Amour. Personne n'a poussé plus loin que lui à la Cour la magnificence et le bon goùt^des habillements. On va voir quel parti il prendra dans l'affaire des ducs, et s*il sera d'un autre sentiment que celui qu'il avoit en 1716. (Il en a changé.)

Samedi y 8 mars. — Ambassadeur turc. — Mehemet- Effendi, ambassadeur du Grand-Seigneur, est arrivé à

(1) V. Barbier, I, lis, Vie privée rfc Richelim (par Fanr), 1, 203,

Paris avec uafe grosse suite. Il vient coniplimenter le Roi sur son aVéoament à la couronne. 11 est fils d^un renégat français^ est homme poli et savant^ et a été employé comme plénipotentiaiire dans le traité de Carlowitz. Tout. Paris le va voir dans une maison du faubourg Saint-Antoine^ où il est en attendant son entrée. On conte une histoire d'une galanterie qu!il a eue eti chemin, qu'il a partagée avec son fils, son interprète et son maître d'hôtel, et où on a nombre follement jusqu'à quatre-vingt-sept retours de leur passion amoureuse en quatre jours. La Fontaine dit:

Tout homme est Gascon sur ce point.

On fait dire aux coquettes :

Je voadrois bien, avoir ce qui s*en manque (1).

Dimanche, 9 mars. — On a traité au conseil de Régence l'affaire des ducs, du Parlement et du duc de la Force. Il y a eu grand débat en présence des princes. On ne sait pas encore la décision ; on la saura demain au Parlement. i .

Lundi, 10 mars. ^— La Fobce. Parts. — Les chambres se s^nt assemblées. Les trois princes^du sang y étoientet quatorze pairs. Le Roi a envoyé une déclaration qui renvoie l'affaire dii duc de la Force au Parlement et qui l'en i*end juge. Comme le Parlement a craint que cette déclaration ne passât pour lettres patentes et commission, elle a été enregistrée avec la modification qui suit : « Registre ouï et ce requérant le procureur général du Roi, sans que du présent enregistrement on puisse inférer la nécessité d'aucunes lettres, pour les procès criminels des princes et pairs de France, ni que le contenu en ladite dédaration puisse (directement ou indirectement) en

(1) Voir sur ce curieux voyage de l'ambassadeur turc à Paris, Saint-Simon* XI, 382, 402, 404.' Barbier, I, 116, 118, 120, 121, Madame, II, 7, 270, Les Mémoires de la Régence, lll^ 81 et suiv. et surtout Lemontey, t. I, 451 et 8uiv.

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