VERS 8UB LB MARÉCHAL DB VILLEBOY
Villeroy, tou exil met le comble q nos maux. Pour nous en consoler je demande aux échos : Qui plaidrons*noUs le plUs, TÉtat, ou Villeroy? ( . . j Heieurs mourantes vorx ils répondent : le HoL
DimMfih€,% septembre. — Édits nouveaux. — On a ppblié dans Paria Tédit portant rétablissement des officiers municipaux, qui sont^ : les. gouverneurs, lieutenants durRoij ;majbrs des villes closes du royaume, maires, lieutenants de maires, etc. ... ancitfns, alternatifs et triennaux, pour en être la finance payée en contrats de rentes sur la Villej rentes pravincialefe, finances d'office supprimées et autres. créances cle TÉtat liquidées; et la déclaration du Koi portant révocation de la survivance, attribuée, par Tiédie ;de décembre 1109, et rétablissement du droit annuel des offices et charges, du 9 août i7'22. L'enregistrement de l'édit porte : « Regifitrées,^ ouï et ce requérant le P.) G. du Roi, pour être exécittées, selon leur forme et ten^u^y du trdsr^xprès commandement du Roi, contenu ^i\ la (i^ponaa aux rcunontrances \de la Cour À elle^don• né à^entendre par le ministère des gens du Roi et depuis reitéré par les;. lettres de jus^i»n à icelleiCour, et sera ledit seigneur Roi très-humblement supplié, «Ur tout ieia]^ et an tout«. oecask)n,^de %'Quloir bien avoir égard ayx, conâé({uenûes d'une icréation^ d'offices aussi onéreuse à ses sujets, sans approbation de ce qui est contenu au présent édit quin^auroit été ejaregietré à la Cour. » L'enregist,remwJi A^lj^ décJLa««^tion est de même, hors
qu'il y a : « Et sera, ledit seigneur Roi, très-humblement supplié en touttemps, eten toute occasion, de vouloir bien laisser jouir les officiers de la survivance qui leur a été accordée par l'édit de décembre 1709. » Notez : 1" que l'édit des maires porte qu'il n'a point paru d'expédient plus sûr pour payer les dettes de l'État, et moins onéreux aux peuples que le rétablissement de ces charges, et l'arrêt dit au contraire que cette création est très-onéreuse aux sujets. Ainsi le Roiet son Parlement sont en contradiction. Maissîc vivitur, etonvendraleschargesqui n'auroient point été vendues si le Parlement n'avoit pas enregistré.
2** La clause : sans approbation est tombée sur ce qu'il est parlé dans l'édit de rentes provinciales et de dettes de l'État liquidées , toutes choses que le Parlement n'a point connues ni registrées. On lui vouloit ainsi faire approuver le visa indirectement, mais le piège a été aperçu.
3** Voilà la Paulette rétablie, malgré le refus qui en a été fait, mais on a dû s'y attendre , les charges étant un bien dans les mains du Roi, et dont il fait et tire tout ce qu'il veut. On tiendra compte du rachat, en déduisant ce qui auroit dû être payé par l'annuel depuis 1709 et le denier 25.
4** Les Cours supérieures , les Chambres des comptes, les maîtres des requêtes, intendants des finances, gardes du Trésor-Royal, et percepteurs des revenus casuels sont exceptés de la Paulette : chacun a travaillé pour soi. Les intendants des finances qui travaillent au Conseil se sont exceptés. Paris, quiestTun des gardes du Trésor royal, a fait pour ses confrères, et le trésorier des parties casuelles a fait aussi pour lui, quoique cet édit soit un grand profit à sa charge.
5*" La suppression de toutes les charges municipales avoit été faite en grande connoissance parce que c'est la ruine des petites villes et bourgs du royaume, et on se ruine de nouveau pour empêcher la r.uine.
Die mihl quis furor est ne moriare mort
On va revoir les syndics des paroisses et les greffiers des rôles et tailles, mangeurs de gens et du pauvre peuple.
— Crozat. . — Le sieur Grozat, célèbre négociant, qui a tant gagné de bien dans le commerce et aussi dans la finance (car son bien n'est pas tout pur) (1), marie son fils aîné à M"' de Gouffier, de l'ancienne maison de Gouffier-Boisy, et dont la mère est Luynes. Il donne à son fils 130,000 livres de rentes; la fille ne lui apporte que sa qualité et est boiteuse. Le douaire est de'l 2,000 livres de rente, habitation 4,000 livres, préciput 50,000 livres et il rèconnolt avoir reçu200,000 livresqu'il n'a point reçues. Ce fils est colonel d'un beau régiment, et est estimé dans les troupes. Crozat a marié sa fille aînée au comte d'Évreux , colonel-général de la cavalerie , qui l'a quittée , a consenti à une séparation de biens, et lui a rendu sa dot. C'est le sort de tous ces mariages inégaux (2). On appeloit la comtesse d'Évreux, dans la maison de Bouillon, lepelit Lingot. Elle avoit apporté 500,000 écus, que son mari lui a aisément rendus pendant le règne du papier, et par des dons que le Régent lui a fait sur les taxes de son propre beau-père. La comtesse est retournée chez son père, leste, jeune, et trop heureuse d'avoir retrouvé sa chambre de fille.
Le comte d'Évreux, homme singulier, a fait bâtir une maison magnifique au faubourg de Saint- Honoré, où il fait venir tous les officiers de cavalerie, qu'il traite hautement. Il a obtenu le don de Monceaux, qui est au Roi, et dont il a la capitainerie. Il y passe sa vie à la chasse,"et il ne cache point son attache pour la duchesse de Lesdiguères, qui le suit partout, et qu'il trouve meilleure que la petite Crozat.
Lundi, 7 septembre, — Le Parlement a cessé. Il y avoit
(1) Il a été taxé à six millions à la Chambre de justice {^oU de Marais),
(2) Elle est morte. La séparation a été cassée et cela a fait beaucoup de procès qui durent encore en 1735 (Note postérieure de Marais),
846 MÉMOIRES i)E MATHIEU MARAIS.
quinze jours qu'on ne parloit, à la viUe et à la Cour, que du lit de justice, qui devoit être tenu à Versailles, où on devoit déclarer le Ragent lieutenant-général du royaume, de la couronne,, et a^utres grande^ nouveautés. Mais tout cela est venu à rien, «t le Parlement ^tant finiy adieu le lit dç justice ! On en a tiré T^nregistretpent des édits, et c'est tout ce qu'on vouloi*. ,
Il y a çu un démêlé entre le cardinal D.ubois^t le Garde des sceaux. Celui-ci ayant dit qu'il alloit demander au Régent quels maîtres des requêtes iroien tau sacre, le cardinal lui a dit qu'il devoit lui en parler auparavant, que cela étoit dû à sa place et qu'il le devoit savoir. L'affaire s'est passée doucement. Les raaUriBS des requêtes ont été nomméç. Ce sont MM. Lambert, d'Horbigny, Bernard, fils du célèbre Samuel Bernard, Fontnieu, Tulhouët, la Granville.
TÉNANCE. — J'ai reçu des lettres de M'"^ R. mon amie, et d^ M. de Ténance , son gendre, qui m'ont appris que M"'®deTénancey étoit accouchée, le 1" de septembre, d^Une fille j après un travail de %k heures., Elle est à Sévigny, en Bourgogne. . .
Mardi y ^septembre, — ^ J'ai vu chez M. Bernard un écrit qui a pour titre : Mémoire sur V effet que produit la liqm^ dc^tion dans le public. On y veut prouver que cet effet est merveilleux # la liquidation très-juste. Il est facile d!y recônnoUre cette fausse éloquence qui déclamoit autrefois pour Je Système du papier, et quidisoit quelles billets d€S banque ne pouvoient perdre leur crédit sans entraîner ia ruine totale de l'État, et qu'ainsi on^devoit s'y &^^ (Juia 1720) Il faudroit ôter la plume à, ces sophistes qui ne persuadent personne, et qui veulent nous faire croirequenou/s ^e, somniies pas ruinés qUieiB(d nous lesenions et l'éprouvons tous les jours. Misérables pensionnaires des Paris, qui louent leur esprit et le mettent à gages pour prêcher le grand effet des liquidations, et ces liquidations perdent les Irois quarts sur la place! Voilà une réponse bien courte
à ces beaux écrits des La Motte et des Terrasson. La li* (juidation de 100 liv. est à 27 liv. La nouvelle création ne les a point augmentes.
Caisse du Visa. — » J'ai vu aussi deux grandes tables arithmétiques concernant : Tune^ la caisse générale du visa jusqu'au 5 septembre 1722 pour les renies de la Ville, où j'ai trouvé que les contrats conservés en entier montent à 65>568,289 liv. Le tout faisant ensemble 385,557,74-5 liv. > dont la Ville payera les rentes en entier. Ce qui fait environ 10 millions de rentes au denier 40.
L'autre contient la caisse des effets retirés jusqu'au 5 septembre.
Récépissés des receveurs des tailles. . » . 10,352,750
Récépissés du trésor Royal 4,048,211
Receveur des charges * 44,688,6
Récépissés des monnoies :204,382
Comptes en banque 21,963, 575,12
Récépissés des directeurs de C. en B. . . 82,000
Billets de banque 128,200,950
. Rentes viagères sur la comp. des Indes. 38,079,525
Actions rentières n*» 3,238, sommes. . . 32,388,000
Total 235,364, 063.3
Actions intéressées n' 41,032.
Sommes. • 128,133,087
Certificats délivrés d'actions. 20,721
Dixièmes. 7
Marquise de Charost, ^— Le Roi a donné à la marquise de Charost, belle-fille de son nouveau gouverneur, 6^000 livres de pension. G*est une dame de mérite que le papier a maltraitée.
M""* DU Dëffand. — M™'' du Deffand a obtenu 6,000 liv. de rentes viagères sur la Ville par ses intrigues avec M*"*" d'Averne et les favoris du Régent. Tantôt bien tantôt mal avec eux, elle a pris un bon moment, et a attrapé ces 6,000 livres de rentes, qui valent mieux que tout le papier qui lui reste. Son mari l'a renvoyée et n'a
pu souffrir davantage ses galanteries avec Fargis, autrement Delrieux, fils du partisan Delrieux, qui se fit appeler de Rieu, et qu'on dîsoit qui avoit tant volé qu'il en avoit perdu une aile. — Voilà les gens qui ont la faveur de la cour. Fargis est un des premiers courtisans du Régent et est de ses débauches.
— Ilm'esttombé entre les mains un manuscrit de M. de Boulainvilliers, qui est le Journal de Vhisloire de Saint- Louis, fait autrefois par Aubery, avocat au Parlement, sous les ordres de M. Colbert, augmenté par le S' Pean et corrigé par M. de B. Il y a mis à la tète une Préface, des plus curieuses qui se puissent lire, et qui est un morceau rare de notre histoire, où il traite des plus grandes matières, commedelasuccessionàlacouronne, delà part qu'y avoient les seigneurs des grands fiefs, de la régence des Reines, des guerres privées' qui se faisoient contre le Roi , de la justice et des citations et appellations, tout cela avec une liberté et une franchise qui ne se trouvent que là, aussi l)ien que la beauté du style. Il critique fort Mezeray^ il méprise fort le P. Daniel, qui n'a écrit que pour écrire et non pour nous instruire. 11 loue fort le Recueil de Duchesne et des autres historiens, qui n'est cependant qu'un ouvrage du hasard, et qui est dû au travail de ses généalogies, où il découvrit plusieurs manuscrits qu'il a depuis ramassés en recueil (1).
Il élève beaucoup le Recueil que Rymer a publié en Angleterre, où on voit publiquement ce qui étoit le plus caché. U fait remarquer que saint Louis a changé le premier la constitution de la monarchie, et a introduit tous les changements contre la noblesse et les grands, et censure aigrement ceux qui croyoient que nos temps et ceux-là se ressembloient. «Misère de nos jours, (dit-il) de voir que l'on veut ôter la liberté dont ont joui
i) Le cardinal de Richelieu lui permit de le faire, parce quMl lui avoit fait une fausse généalogie {Note postérieure de Marais),
SEPTEMBRK 1722. 849
ces anciens temps, et les réduire à Tesclavage où nous vivons. » Rien n'est plus fort et plus hardi que tout ce discours, rien de plus recherché, etquoiqu'on n'en puisse pas user dans ces temps-ci, cependant il semble que l'autorité devroitagir et empêcher le cours de ces manuscrits, qui apprennent des choses si curieuses et si contraires à la souveraineté qu on est presque criminel en les lisant.
Sacre. — Le marché est fait pour la viande du festin royal du sacre à Reims àOOOliv., pour le lard 300 liv. et il en coûterapour faire piquer cette viande seule 3,400, liv. parce qu'il n'y a dans Paris que 80 hommes qui sachent piquer. Il les faut payer et nourrir pendant leur voyage, et cela reviendra à cette somme. Je lai su d'un contrôleurgénéral de la maison du Roi. Ce détail peut entrer dans un Journal.
— Il n'est pas certain que les ambassadeurs aillent au sacre. Ils veulentavoir dans leur craie le Pour qui est une distinction, — Pour l'ambassadeur d'Angleterre, — Pour f ambassadeur de Hollande: au lieu qu'ils n'iront point si on ne le leur donne point : on ne veut dire simplement que Lambassadeur d'Ànglelerre, etc. Je tiens cette dispute de l'ambassaçleur de Hollande lui-même. C'est une dure loi que le cérémonial et les anciens usages, qui n'ont souvent de raison que l'ancieiweté.
Bref nu Pape au Roi pour se chercher un confesseur. — A notre T. C. fils en Jésus-Christ y le Roi très-càrétieny Innocent XIII, pape.
« Très-cher fils en Jésus-Christ, salut et bénédiction apostolique. Le bon naturel de Votre Majesté, sa piété envers Dieu, son attachement pour le Saint-Siège, et quantité de vertus dont le Très-Haut vous a comblé , demandent de nous que par une bonté paternelle nous lui procurions selon son désir tout ce qui peut contribuer à sa consolation et au bien spirituel de son àme. C'est pourquoi, ayant égard à la demande de Votre Majesté , nous lui accordons par ces présentes, de notre volonté apostolique, le pouvoir de
se choisir pour son confesseur notre très-cher fils Claude Bernard de Liniires, prêtre régulier, profés de la compagnie de JésuSy dont la foi, lasci^nce, la prudence, rihlégrité et le zèle pour la religion nous sont parfaitement connus. Lequel pourra vous entendre en confession , vous absoudre de tous les péchés et délits, quels quHls soient , même des cas r éservésànouselauSainl'Siége,conienxxsdaxïsla.h\xïieIncœna Domini, vous relever des censures et peines ecclésiastiques, de quelque manière que vous les ayez encourues, après vous avoir imposé une pénitence salutaire, et changer en d'autres œuvres pieuses les vœux que vous pourrez avoir faits, excepté ceux de chasteté et de religion. Donnant par ces mêmes présentes un plein pouvoir audit Claude Bertrand pour l'exécution des choses ci-dessus , nonobstant toutes oppositions qu'on pourroit former au contraire.
Donné à Rome, à Sainle-Marie-Majeure, sous Vanneau du pêcheur, le dix-neuvième mai an 1722, et de notre pontificat le second.
Sacre. — Prisonniers. — Je me suis informé de la forme des abolitions du sacre. M. Samsoo , secrétaire du Roi, qui travaille au sceau, m'a dit que le criminel doit se rendre à Reims prisonnier, et s'y faire écrouer, qu'il faut qu'il prenne l'extrait de son écrou.,.et l'attache à un placet ou mémoire contenant le fait de son cri m cet conforme aux informations, ftue ce placet sera distribué à* un des maîtres des requêtes qui sont députés aùsacl^* Laquelle rapporte au grand- aumônier de France, dont le droit est de prononcer ces abolitions ou de les refuser. Quand elle est accordée, ce qui se fait de l'acte du maître des requêtes, on donne au criminel un brevet appelé bulletin de respit, contenant sa grâce, et suivant lequel il doit, dans six nuits, obtenir des lettres en chancellerie et les faire entériner devant les juges ordinaires, avec satisfaction à partie civile et les autres formes accoutumées.
Quand elle est refusée, on donne au criminel une pen-
SEPTE*fBRE 17112. 361
sion, pour se retirer où bon lui semble, afin que le sacre ne sôit pas un piège pour lui.
On n^admet pas les grands criminels , comme assassinat, rapt, viol et duel, mais beaucoup d'autres crimes qui ne font pas matière des rémissions ordinaires, et c'est en cela que l'abolition du sacre est utile. Il est parlé de ce privilège du grand aumônier de France dans V Histoire ecclésiastique de La Cour, imprimée à Paris, in-tol. en 16&'5, livre 1, cbap. 67. L'auteur est Guillaume de Peirac, ancien aumônier du Roi, qui dit, dans sa Préface ^ qu'il a été longtemps substitut de M. le procureur-général, feu M. de. la -Gqesle, procureur général, et MM. Serven etLeBrct, et M. Marion avocat-général. Jl rapporte, dans ce chapitre, deux rôles de prisonniers délivrés, Tun par M. Jacques Amyot grand-aumônier de France, le26 février 1569, àTentréede Charles IXà^Metz, l'autre parle P. de la Vallière, Fun des aumôniers duRoi, représentantle grand aumônier àCalais en 1601, sous Henri IV. Celui de M. Amyot finit par ces mots <c auxquels tous, après leur avoir remontré le grand danger auquel ils se seroient remis, d'encourir une mort ignominieuse pour avoir perpétré tels crimes, les admonestant de s'en abstenir dorénavant, évitant les occasions de querelles, et s'adonner à meilleures actions et honnête vie , avons fait ouverture desdites prisons et mettre hors d'icelles, baillant à chacun d'eux, ainsi que nous avons accoutumé, le bulletin de respit de trois moiSj dans lequel lisaient à obtenir lettres de rémission ou pardon des cas dessusdits. »
L'auteur, qui est savant, remarque, à la fin du chapitre, un arrêt du 23 juin 1518, raîpporté dans Papon, livre 24^, kiT arrêt, ^ui porte que les rémissions du Roi, pour soTi joyeux avènement ou entrée en une ville, se doivent lever dans six mois de la date du brevet dii grand-auraônier, autrement, lè terh()s passé, sont les impétrans déchus des rémissions et dit :. « C'est toujours trois mois davantage queue porte le procès-verbal. »
Chartreux. — Le procureur général des Chartreux a fait un trou à la lune, et a emporté tout l'argent qu'il a pu après avoir escompté les billets de la maison de Paris^ et vendu les chevaux des frères des environs. Ce qu'il a dit faire par ménage, parce que les chevaux seroient chers au sacre, et seroient après à bon marché, puis il est passé en Angleterre, dit-on, avec une femme, car ces sortes de banqueroutes de moines ne se font point sans cela.
Il a surpris du cardinal Dubois un passe-port qu'il avoit demandé pour son frère, qui alloit négocier en pays étrangers, et cela pour mieux faire son coup , car il s'est servi lui-même de ce passe-port. On a arrêté son frère, qui a été mis à la Bastille ; l'affaire étant regardée comme crime d'État. L'ordre des Chartreux fait de grands mouvements pour le réclamer, mais ce n'est pas grande perte qu'un mauvais moine.
13 septembre M autres jours, — Arrêt du 13 septembre, qui a ordonné que les arrérages des rentes viagères cqurront du l*"" janvier 1722 pour ceux qui porteront leur liquidation avant le 1'*^ octobre.
Le inême jour, autre arrêt qui a fait cesser les fonctions de tous les commissaires du visa, parce que leur travail est achevé.
• Du 14. — Arrêt qui ordonne qu'il ne sera plus reçu aucune représentation ni remontrance contre les liquidations, et que Ton sera tenu de retirer ses certificats des effets liquidés dans le courant d'octobre pour Paris, et le dernier novembre pour les provinces, sinon nuls, à la réserve des contrais de rentes.
Le même arrêt autorise les notaires, huissiers et dépositaires publics et particuliers, les tuteurs, les maris, etc., à rapporter les effets visés et retirer les certificats, avec lesquels leur sera délivré une note des réductions. Sinon, ils seront responsables de la valeur entière.
Le 15, il a été publié un arrêt du 29 juillet qui a été tenu secret, par lequel il est dit qu'il serafait une imposition
SEPTEMBRE i7M. 353
à titre de capitalion extraordinaire sur ceux qui ont fait des fortunes considérables à Toccasion du commerce du papier depuis le 1" juillet 1719, qui sera payable en rentes sur la ville, rentes provinciales et certificats de liquidation^ qu'elle sera réglée à proportion de Taugmentation de la fortune et qu'on n'y pourra comprendre que ceux qui ont un grand nombre d'actions qu'ils n'ont point représentées au visa, ou en actions ou en autres effets , et ceux qui, d'une condition abjecte pu de l'état d'une fortune médiocre, ont passé depuis le 1" juillet 1719 une fortune considérable et fort au-dessus de leur condition. 11 estdit que l'on payera huitaine après la signification du rôle moitié, l'autre moitié huitaine après, ou, faute de payer, que l'on donnera une soumission pour payer dans un mois. Sinon, contraints par toutes voies dues et raisonnables.
Le titre de capitalion extraordinaire et de supplément a paru nouveau, mais on a voulu éviter le nom de Taxe, parce que plusieurs arrêts ont promis qu'il n'y en auroit jamais contre ces fortunes du papier, qui ont suivi la foi publique. On a travaillé secrètement au rôle pendant les mois d'août et de septembre, et il a paru aussitôt que l'arrêt qui l'a ordonné. Plusieurs familles innocentes, et plutôt pauvres que riches, se sonttrouvées taxées par des erreurs et des méprises qu'il faut faire réformer.
Une de mes parentes, veuve de M. de Retz, avocat, est taxée à 99,579 livres, quoiqu'elle n'ait jamais eu qu'une action. Tout le monde crie et se plaint de cette taxe , les uns, comme ayant perdu plutôt que gagné, les autres pour avoir déjà souffert des réductions par la liquidation et ayant déjà été jugés, d'autres pour avoir gagné par des voies licites.
La désolation est partout, et on a ajouté dans le rôle la contrainte comme pour les propres deniers et affaires de Sa Majesté, qui n'est pas dans l'arrêt. Le sieur Fénelon, ancien directeur de la Banque, a été taxé à 1,400,000 li-
vres et demande, par un placet Irès-iouchant, que le Roi lui donne une place k THôpital pour y pouvoir finir ses jours. On dit que le Régent, en signant ce rôle, dit : a Je
suis fà-ché de signer cela, car il n'y a que les p qui
en profileront. »
Le sieur Virlois a été commis par ordre du 15 septembre pour recevoir les taxes, et le sieur du Harlay pour contrôler ses quittances.
Du il septembre. — Rentes viagères. — Arrêt qui ordonne que ceux qui ont des rentes viagères sur la Compagnie des Indes, dont ils doivent jouir sur d'autres tètes, en consentiront l'extinction, en faisant leur soumission d'en faire remploi en rentes viagères sur la Ville , sous les mêmes conditions, sans que la Compagnie soit tenue d'en suivre l'emploi. Ainsi, les rentes viagères de la Compagnie vont la plupart sur la Ville, et le Roi s'en charge.
Rrulemënt DES PAPIERS DU VISA. — Duâl Septembre. — Arrêt célèbre qui règle la manière en laquelle il sera procédé au récolement et au brùlement de tous les registres et papiers qui ont servi pour les diverses opérations du visa. Il y aura 27 commissaires du visa qui travailleront au récolement et feront tout brûler. Les registres, les journaux, les états fournis par les notaires, les extraits, les dépouillements de ces ^tats, les tomes des dictionnaires, les grands-livres, les listes, les registres et feuilles des décisions, tant de la commission générale que des conseillers d'État. Ce brûlementj car on s'est servi de ce mot, se fera .après une vérification exacte, article par article, sur tous les livres et journaux de la nation, de la déclaration de chaque particulier et sur la liquidation. Après, on fera huit paquets qui seront brûlés l'unaprès Tautre, et ainsi, après le jugement universel du royaume, viepdra la conflagration générale. Le bon de tout ce travail, c'est que s'il y a des erreurs contre le public, elles ne seront point réformées et que tout aboutira à brûler, à peu près comme les cham-
pignons qu'il faut bien choisir^ peler, fricasser, puis jeter par les fenêtres. Polyphème, dans sa caverne disait à Ulysse : «Vous me paraissez bon homme, je vous mangerai le dernier. » De même, il y aura de Tordre dans le brûlement et on y gardera le cérémonial,' mais tout sera toujours brûlé, et les commissaires pourront s'appeler contrôleurs des papiers brûlis. Pour cette belle opération, on a fait construire une grande cage de fer, afin que les curieux ne tirent point des papiers du feu, et que Tair même n'en puisse détourner aucun. On ne veut pas qu'il reste rien de tout cet ouvrage, et on a bien raison de détruire parle feu un travail si injurieux et si ruineux à la nation, afin qu'il n'en reste point de mémoire. On brûle même jusqu'aux décisions du conseil. Mais ces décisions sont imprimées et entre les mains de bien des- gens qui les feront passer à la postérité. Il est permis, par l'arrêt, à chaque particulierde retirer sadéclarationdansquinzaine, sinon elles entreront dans le brûlement général.
Du 29 septembre, arrêt qui fait un débouché des papiers en rentes provinciales au denier 50 créées par édit de 1720 et à jouir du 1*' janvier 1722.
17 septembre. — Le mercredi 17 au soir, j'ai été attaqué d'une grande colique qui m'a duré quatre jours avec des douleurs ^rès-vives, et qui ayant redoublé le dimanche au soir, je fus étonné qu'après quelque difficulté d'uriner, je fis une pierre grosse comme un grain de blé, et entourée de gravier. Je ne croyois pas pouvoir être attaqué de ce mal dont je ne me suis jamais senti. Mais Pline dit bien ; c( Quam multa latent in majestate naturae. ! r> On m'engage à un régime exact et il faut bien le garder pour ne pas souffrir. Voilà le fruit du travail du cabinet.
Garde des Sceaux. — Monsieur d'Armenon ville. — Le vendredi 18, dans les intervalles de mon mal, j'ai eu une grande conférence, seul à seul avec M. le Garde des sceaux, au sujet d'une grande affaire de Bretagne, où il convient casser un arrêt rendu contre le sénéchal de Cha-
teaulin. Il m'a traité très-gracieusement, m'a accordé le relief du laps de temps pour la cassation, et a dit qu'il pendroit arrêt pour ordonner que le P. G. du parlement examinerait les motifs, et cependant sursis à toutes poursuites contre ce juge. Sur ce que je lui ai proposé de signer un arrêt à propos du visa pouriine personne de mes amis, il m'a dit : c( C'est un arrêt de finance, je n'en rends plus; j'en ai assez renduset voudrois bien les rétracter, je n'en rends plus que de justice et il est beau à un homme comme moi d'en finir par là. » Il est ensuite entré avec moi très-familièrement dans plusieurs confidences sur les affaires de TÉtat. Il me dit qu'il lisoit tous les arrêts qu'il scelloit et qu'on lui présentoit, et qu'il ne signoit jamais rien qu'après Tavoir lu. Le travail ne lui coûte rien, il est très-poli, reçoit bien le monde dans ses audiences, et fait rendre exactement des réponses par lettres. Je lui ai dit qu'il étoit fort aimé, et cela lui a fait plaisir. Il m'a fait entendre qu'il avoit plusieurs desseins de réforme envers des abus dans l'administration de la justice. Avant, M. le chancelier d'Aguesseau en avoit eu l'envie et m'en a demandé des mémoires que je lui ai promis. Je l'ai vu encore une seconde fois le vendredi 25 , à son voyage de Versailles à Paris, car il y vient tous les vendredis tenir le sceau. Il n'y a amitié qu'il ne m'ait faite en particulier, et il avoit accordé le matin l'arrêt sur la cassation dont fai parlé, l'ayant dicté lui-même à M. Maboul, maître des requêtes. Il fut question, dans cette visite, du procureur général de Bretagne : il me dit que c'étoit un des méchants officiers que le Roi eût, et qu'il venoit de faire rendre un arrêt, en Bretagne, pour défendre au sieur de Lespine-Danican , son beau-père, de se remarier, mais que le conseil avoit cassé cet arrêt.
Université a Dijon. — Dans ce mois. Ton a beaucoup agité l'affaire d'une érection de deux Universités, l'une à Dijon, l'autre à Pau. C'étoit une affaire intriguée par les Jésuites, qui vouloient s'emparer de ces deux universités.
SKPIEiMBRE 1782, 857
MaisTUniversité de Paris y aforraé opposition, et à elle se sont jointes celles de France, qui sont : Poitiers, Nantes, Angers, Reims, Caen, Toulouse, Bordeaux et Aix.
Les moyens d'opposition sont très-bien expliqués dans deux requêtes, qui ont été imprimées et données au public. Le Recteur, qui est M. Gobert, a fait merveilles. Il a été entendu en particulier par le Régent dans son cabinet pendant deux heures, et en public, au bureau des commissaires du conseil, où il en a parlé éloquemment et fortement et à la fois V opposition des Universités a éléreçuey Véreclion rejetée, et il a été seulement accordé qu'il y auroit une faculté de droit à Dijon, en faveur de Monseigneur le Duc, qui l'a demandé pour la commodité des Bourguignons, qui prennent presque tous à Dijon le parti de la robe. Ainsi, les Jésuites ont échoué dans leur entreprise.
Les magistrats de la ville de Dôle étoient intervenus, et demandoient que l'Université de Besançon fût remise à Dôle, où elle a d'abord été fondée,^ et ces gens de Dôle avoientintelligenceavecrUniversité. Mais il a été découvert que les Jésuites agissoient sous main pour les Dôlois qui leur auroient remis l'Université, s'ils l'avoient obtenue, et qui reportoient aux jésuites tous les secrets de l'affaire, que ceux de l'Université, qui les croyoient de bonne foi, leur communiquoient.
11 y a à la fin de la requête de l'Université un arrêt du 17 septembre 1624 contre l'Université que les jésuites vouloient établir à Tournon, et un autre du Grand Conseil du 19 septembre 1625, qui rejette aussi l'Université d'Angoulême. Ce sont deux pièces curieuses. Les requêtes sont écrites d'un style plein de nerf, de précison et de courage, et la vérité y est dite avec hardiesse. Les maximes de politique contre la pluralité des Universités sont tirées du Testament politique du cardinal de Richelieu^ qui dit : « Qu'un corps qui auroit des yeux en toutes ses parties seroit monstrueux. » Ensuite on explique les maximçsdenos
pères avec égard, et les véritables intérêts de TÉtat. Il y a une raison dans la requête des élus de Bourgogne pour Dijon, c'est que la province françoise se trouve surchargée de plusieurs millions de papier ^ et que les habitants sont hors d'état d'envoyer étudier leurs enfants ailleurs. L'Université répond à cela : a Quelle est la province et la ville de ce royaume qui ne se trouve pas dans le même état? Quelle est la province qui n'est pas surchagée d'un papier inutile à présent et dont on attend la valeur. Si Votre Majesté, Sire, doit jeter quelques regards de compassion, ne seront- ils pas mieux employés sur le grand nombre? L'intérêt général ne doit-il pas l'emporter sur l'intérêt particulier? »
Premier ministre. — Dubois. — On a mis dans la Gazelle de Hollande du 22 septembre la harangue de l'évêque de Soissons au cardinal Dubois, premier ministre, au nom de l'Académie française. 11 lui dit en parlant de l'Académie : c< Formée sous les auspices du Cardinal premierministre, elle en voit avec plaisir reparaître l'image et elïe se flatte de voir bientôt dans la même dignité les mêmes prodiges. Elle se flatte de trouver en vous un second Richelieu etdanslesactionsetdans les bienfaits, etc.» Enfin, cette harangue est pleine de Richelieu. Mais. le ministre n'est pas la dupe de ces flatteries. Il sent bien qu'il n'a plus rien à faire pour humilier les grands, qui s'humilient assez d'eux-mêmes, et qu'il n'a point de digue à construire à la Rochelle.
— J'ai su que le poète Arouôt, prenant congé de lui (pour aller à Bruxelles où il est allé voir Rousseau et tenir avec lui une conférence pacifique sur les coups de bâton des poètes), il dit au ministre : «Je vous prie, Monseigneur, de ne pas oublier que les Voiture étoient autrefois protégés par les Richelieu, » se mettant ainsi hardiment au niveau de Voiture^ dont il est bien loin. Le cardinal lui répondit : c< Il est plus facile de trouver des Voiture que des Richelieu ► »
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BiGNON, ABBÉ. — On a appris que le cardinal avoit eu un démêlé avec Tabbé Bignon qui, pour la survivance de la garde de la Bibliothèque n'a pas été à lui, mais au Régent. Il pouvoit bien aussi y entrer quelque chose des estampes détournées dont j'ai parlé. Enfin, Tabbé a eu ordre de ne point aller à la Cour, et comme il est conseiller d'État, cet ordre est d'une grande conséquence.
La marquise de Charost, qui n'étoit pas bien avec ce ministre, ayant obtenu une pension, il lui a dit : « Voilà comment je me venge j » et elle lui a répondu : a II ne vous manquoit plus qu'un cœur dans le royaume et vous le venez de gagner. »
. Depuis le 20 jusqu'au 30 septembre, — Attaque du fort. — Le Roi et la Cour ont été occupés pendant ces dix derniers jours à Tattaque d'un fort construit entre Monlreuil et Versailles. Le régimentdu Roi, dont M. de Pezay, favori du Roi, est colonel, a fait l'attaque et la défense. On y a pratiqué tout ce qui se fait dans un véritable siège, tranchées, bombes, canons, attaques et prises des pièces différentes, le chemin couvert, les convois surpris, les mines , les secours et entin la capitulation. Le sieur d'Esclavelles, officier du régiment du Roi, qui a rendu le fort, et qui a dit au Roi qu'il vouloit servir dans ses troupes, a été fait grand cordon rouge.
Ce jeu militaire, fait pour instruire le Roi, a fini le 30 septembre. Tout Paris y a été. Quelques gens du conseil ont eu leurs cheveux brûlés des bombes de carton. Dans la grande foule, il y a eu quelques blessés. On en fera des relations dans le Mercure et ailleurs. Mon journal ne se charge point de ce détail. Je ne sais si l'on dira qu'un espion ayant été pris, on lui fit son procès, et qu'aucun soldat du régiment du Roi n'ayant voulu pendre Thomme de paille habillé de leur habit, on prit un artisan de Paris qui fut forcé d'être bourreau, et à qui on donna un louis d'or pour sa peine et l'habit du pendu , de quoi l'artisan n'étoit point content du tout. J'ai ouï
dire à un grand prince qu'on eût pu se passer de cet espion, et que le Roi lui devoit faire grâce, parce qu'il ne convenoit pas de faire un bourgeois de Paris bourreau malgré lui. Cela est plus fort que jeu. I Paris. Halte. — Le grand-maltre de Malte a fait une belle réponse au commandant de la flotte ottomane qui lui demandoit les esclaves turcs. Il a dit que cette proposition lui étoit tout à fait agréable, que le dessein en étoit pieux, louable et plein de charité, et qu'elle excitoit en lui le même désir pour les esclaves chrétiens, et il lui a proposé le rachat et l'échange usités entre les princes de sa communion, parce que l'institut de Malte n'est pas de faire des esclaves. Mais quand ils prennent des pirates par la voie militaire, ils deviennent prisonniers et c'est une grande charité de les rendre de part et d'autre, comme étant la voie la plus usitée et la plus commode. Sur cette réponse le Turc s'est retiré. Elle a été écrite le 2 août 1722 et est dans le Supplément de la Gazette du 22 septembre. Elle est jolie, fine, et ne peut être trop admirée. Il seroit beau que les Turcs l'acceptassent, mais ils reviendront l'année qui vient et seront toujours Turcs avec Malte qui les battra.
Le marquis de Courtanvaux. Duels. — Le marquis de Courtanvaux a été blessé à Versailles de quatre coups d'épée, on ne sait par qui. C'est quelque duel. On parle aussi d'un autre duel entre M. de Coigny et le duc de Mortemart qui s'est fait à Rambouillet, chez M. le comte de Toulouse. M. de Coigny affectoit toujours dépasser devant le duc, jusque-là qu'il monta dans une calèche oùétoient des dames et où le duc devoit avoir place. Le lendemain à la chasse ils se sont battus avec des couteaux de chasse et se sont légèrement blessés. M. le procureur général a commencé les informés. Je viens d'apprendre que le marquis de Courtanvaux s'est battu avec un M. delà Baume, capitaine de cavalerie réformé. Celui-ci, étant au souper du Roi devant M"® de Maillebois, elle se plaignit
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qu'elle ne voyoit rien. M. deCourtanvaux, arrivant, poussa rudement le capitaine et lui dit que c'étoit sa place. Le capitaine lui dit : « Je crois, Monsieur, que vous n'avez pas ici plus de place que moi, car si vous en avez quelqu'une c'est dans la salle des Suisses, a Après le souper, le capitaine, qui avoit été poussé, suivit M. de Courtanvaux , le fit sortir de sa chaise, le fit mettre l'épée à la main et lui donna les quatre coups d'épée , dont on dit qu'il ne mourra pas. Il fait toujours bon ne point pousser ou frapper.
Dagier mort. — M. Dacier, de l'Académie française, est mort le 18.11a beaucoup travaillé, étoit grand grec, plein de littérature et a traduit Horace, Plutarque et plusieurs autres auteurs. Sa femme écrivoit et traduisoit mieux que lui. (Voyez le 1^'' article de la Bibliothèque française y 1723, in- 12, Amsterdam. Il y a un article trèscurieux sur lui et sa femme.) Despréaux dit que ce n'étoit qu'un grammairien. Il a bien soutenu le parti des anciens. Mais ses commentaires sur leurs ouvrages, où il a vu tout ce que bon lui a semblé, lui ont attiré bien des critiques; et surtout ce joli ouvrage de Mathanasius ou Le Chefd*œuvre (Tun Inconnu, ou par le commentaire sur une chanson de Pont-Neuf, il a été tourné en ridicule nouveau, qui a mis les rieurs de côté des modernes, quoiqu'ils n'y dussent point être.
Voyez la mort de Madame Dacier au 19 août 1720.
30 seplembre. — Massieu mort. — Mort de l'abbé Massieu, aussi de l'Académie française, excellent génie, grand orateur et qui, dans la Préface des œuvres de ïoureil , qu'il a données depuis peu, a osé attaquer la Mote son compère, pour blâmer ses expressions nouvelles, précieuses et affectées, et ou, annonçant la décadence de notre langue il a dit : « que comme les grands hommes qui nous ont précédé en ont été les Cicérons et les Virgiles, il est à craindre que nous n'en soyons aux yeux de la postérité les Sénèques et les Lucains. » Il est difficile de réparer
la perte d^un tel homme. Il y a dans le Recueil de TAcademie des Belles-Lettres plusieurs dissertations de lui qui ne respireat que la tendresse, la vérité et les grâces. Il est mort sans confession. On mit dans son éloge : « Honestè vixit^ honestè mortuus est; quid habet quod « queratur? »