‹ Journal et mémoires de Mathieu Marais, avocat au Parlement de Paris, sur la régence et le règne de Louis XV (1715-1737) (volume 3)Chapitre 10 sur 19 · VBBS SUR LE VISA · texte numérisé non relu

VBBS SUR LE VISA

Je siiis enfant de quatre frères (les Paris)

Qui m'oDt logé dans ud palais

Où je fais souffrir à grands frais

Les tortures les plus amères.

Cent robins se livrent à moi

Pour faire exécuter la loi.

Qu'un seul « Nous flouions » autorise,

Et sous prétexte d*un tableau

Je ne laisse que la cbemise

A ceux qu'épargne le tombeau.^

Enfin la guerre ni la peste

r^'engendrent rien de si funeste

Que les horreurs que je répans.

Grands et petits, rien ne m'échappe,

Et des moindres coups que je frappe

Leurs neveux saigneront longtemps.

J'ai vu un homme de qualité qui a été trois jours à Villeroy avec le maréchal. Il y est venu beaucoup de monde le voir avant son départ pour Lyon. La duchesse de la Ferté n'y a fait que pleurer, quoique personne n'y pleurât. M"' la marquise de Lambert et sa fille, M"* de Saint- Aulaire^ y sont venues débiter de beaux sentiments. Le duc de Charost lui ayant fait part de son élévation, le maréchal a dicté sur-le-champ une réponse très-belle ,

OÙ) après les civilités ordinaires^ il lui dit qu.'!! n^ peut se tt réjouir avec lui de ce qu'on lui a donné la place de gouverneur, parce que lui, maréchal , tenait cette place de la main du feu Roi, à qui . il avoit promis de ne jamais abandonner le Roi tant qu'il seroit au monde , et que se voyant hors d'état de tenir une si nol^le pa|x>^ donnée à un grand Roi mourant , il ne pouvoit prendre par{i à Télévation de M. deCharost, qui le privoit de cetta gWire et le faisoit manquer à sa parole. » Cette lettre n'est point du tout une radoterle, c'est une belle exposition du coeur et des sentiments héroïques. Il a fait voir à tou^je mondô le brevet de son commandement pour Lyon, et ayant voulu montrer à M"* de GourtanvQiiiix sa lettre de cachet, elle a dit qu'il la falloit déchirer, et lui a dit en riant qu'il la gardoit comme nn titre de noblesse. Enfin, il est parti le 14 pour Lyon avec Du Libois, gentilhomme ordinaire, qui ne le gêne point du tout. Il a soixante-dix-neuf ans passés du mois d'avril dernier.

Le Roi a dit : «Depuis qu'on m'a 6té M. de Villeroy, on m'a donné deux gardes du corps, M. de Fréju^etle père de Linières. On lui a apporté des figues, il en a envoyé à M'"*deVentadour et a dit : ce Je veux en envoyer au pauvre ducde Villeroy. cc^Cela marque toujours sa sensibiUté.

15 et 16. — Le Roi a fait sa première communion le 15, dans la paroisse de Versailles, par les mains du cardinal de Rohan.

J'ai été à Busagny, près Pontoise, où j'ai appris que le P. de Linières étoit allé à Saint-Cyr confesser le Roi. On m'a dit qu'on ne leur avQit.4onaé,;pour avpir logé Ife parlement pendant les cinq mois de. son exil, qu'up billet de 1,000 francs qui a été réduit d'un tiers au.visft.

Lundi 17. — Évêque de Fréjus. — il s'est répandu un bruit bien singulier, que l'évèque de Fréjus, précepteur du Roi, s'est retiré à quatre heures du matin on ne sc^t pas où, et a laissé deux lettres, l'une pour M. le l>uc, l'autre pour le Régent, où il explique les caïus^ dese^ i^tr^ite.

D'autres assurent qu'il a été arrêté et enlevé. Cela sera bientôt éelairci; le précepteur n'étoit pas bien avec le gouverneur, et cependant les voilà tous deux disgraciés : belle devination pour les politiques. (1)

Le prince de Conti a envoyé à Pothouïn son avocat, qui a plaidé sa séparation, un carrosse, deux chevaux et un iM^vet de 1,500 livres de pension pour . l'entretenir. C'est payer en prince.

Mardi 18. -^ M. de Fréjus. -^ M. de Fréjus n'a point été arrêté. 11 est parti en chaise sans rien dire à personne : on ne s'est aperçu de^ son départ qu'à la leçon. du Roi. On a éivoyé sur sa piste et il a été trouvé à Courson, chez M. de Bouille. M; Des Fors, qui lui a été envoyé, a rapporté une lettre que le prélat a écrite au Roi, où il lui marque qu'il est parti à cause d'un mal de tête qu'il avoitet qu'il craigttoit qu'on ne lui donnât pas de congé. Le Roi lui a écrit de se guérir promptement de son mal de tête, parce qu'il a voit affaire de lui.

Cette retraite est généralement blâmée et soupçonnée de mauvais desseins. Il veut faire croire qu'il n'a point eu de part à la disgrâce du maréchal de Villeroy et cependant on sait le contraire. On croit aussi qu'il veut^ par malignité, rendre le Régent odieux, et que le public dise que le précepteur n'a pas voulu rester auprès du Roi après qu'on lui a ôté son gouverneur, parce qu'il ne veut point prendre part à tout ce que Ton pourra entreprendre. Le public, en effet, parle ainsi, et le ftégent esttrèsfà(^é de cette malice. S'il punit l'évèque, on dira qu'il 6te au Roi tous ceux qui le pouvoient instruire et avoient sa confiance. S'il ne le punit pas, on dira ou qu'il le craint, ou qu'il est d'accord avec lui. Embarras de toutes parts.

Mais le Régent, espère que la vérité se découvrira bientôt et que la honte en reviendra au précepteur, qui a fait

(1) Voir sur cette habile frasque de Fleury, Lemonfey, T. H, et Duclos. Voir aussi les Mémoires de Maurepas et de d*Ai%enson.

là un tour d'écolier. M. de Belle-Isle , petit-fils de Fouquet, qui est un grand savant/ a été aussi envoyé à Courson, et on croit que Févêque reviendra au premier jour. Le cardinal Dubois a dit à un grand seigneur qui me Ta dit : « Voilà ces gens que l'on dit qui ont tant d'esprit, ils ne font que des folies. » Il s'est expliqué aussi sur la malice noire qui étoit dans cette retraite. Et ce n'est pas sans dessein que l'on avoit répandu le bruit qu'il avoit été arrêté. M. le prince de Conti lui-même l'a été dire par les maisons.

Ce soir mardi, 18 août, sur les neuf à dix heures du soir, l'évêque de Fréjus est revenu à Versailles; il a été deux jours dehors et a bien fait parler de lui pendant ce temps-là.

Mercredi 19. — - M. de Fréjds revenu. — Ce matin, M. de Fréjus s'est présenté au lever du Roi à son prie-Dieu et a fait ses fonctions ordinaires. Je sais qu'il a dit à M. le cardinal de Rohan qu'il s'étoit trouvé dans une agitation si grande qu'il n'étoit plus à lui, et qu'il avoit besoin de ce repos pour faire des réflexions sur l'état où il se trouvoit*. Le public ne s'est pas payé de cette raison, qui est celle d'un homme qui n'auroit plus de raison.

Laon. — ' Mandement Saint- Albin. — Le mandement de M. de Laon fait du bruit, parce qu'il contient plusieurs propositions contraires aux libertés de l'Église de France. Et entre autres il dit gue l'appel est nul de droit, et il ne parle point du Corps de Doctrine et de la déclaration du Roi. M. le pifocureur général a fait entendre au cardinal Dubois qu'il y avoit quelque mouvement sur cela dans le Parlement. A quoi le cardinal a répondu : «C'est donc là le fruit des leçons que vous allez prendre à Fresnes chez M. le Chancelier; nous l'enverrons si loin que vous n'aurez pas occasion de le voir si souvent. »

Samedi 22. — Cardinal Dubois premier ministre. — Le cardinal Dubois a été déclaré premier ministre d'État et en a fait le serment entre les mains du Roi. Le cardinal

de Richelieu a été fait ainsi premier ministre par lettres du 21 novembre 1629, qui portent : c< Nous vous avons choisi pour être un de nos conseillers en nos conseils et notre pmcijja/ ministre de notre État, pour, en cette qualité, assister à tous nos conseils et garder la séance. « Ces lettres lui furent données pour lui conférer la préséance dans le conseil, et on en fait autant pour le cardinal Dubois, qui en fera aussi d'autres usages.

Il y a dans la Gazette de France : Principal ministre, et qu'il prêta le serment le 23, entre les mains du Roi, en présence du Régent.

BÈOLES DU JEU DE LA GOMSTIXUTION.

Sur Tair : du Branle de Metz.

Voici le jeu qu'on appelle Delà Constitution, Jeu 6n dont riuvention r^'est pas tout à fait nouvelle.

Et qui gagner y voudra Au concile appelle, appelle, Et qui gagner y voudra Au concile appellera.

Pour appeler au concile On suit la tradition.

Et par la succession Des apôtres Ton défile, Mais qui neuf d'abord fera Aura le gain trop facile, Mais qui neuf d'abord fera A l'un des appels ira.

Qui, par six et trois commence A vingt-six va se placer, C'est là qu'on a fait tracer L'appel où s'ouvrit la danse,

Et qui cinq et quatre fait Au second appel s'avance, Et qui cinq et quatre fait A cinquante-trois se met.

A six Un point se ptésente :

Point des Eœplicat^ns »

Où par des contorsions Pour passer on se tourmente»

Et pour né se pas noyer A douze on fait sa descente, Et pour ne se pas noyer, Certain prix il faut payer.

Quand on est au nombre douze Là, c'est V Acceptation , Dont nulle précaution N'empêché qu'on ne s'y blouse, Le grand nombre qui suivra Quelque parti' qu'on épouse.

Le grand nombre qui suivra De mal en pis conduira.

D'un à deux le plus grand nombre

C'est le deux : on le jouera.

Et par là l'on tombera

Dans le labyrinthe sombre,

Puis on rétrogradera

Comme au cadran d'Achas, l'ombre ,

Puis on rétrogradera

Vers l'un d'où l'on reviendra.

Lorsque par trois dans le Schisme On se voit précipité, Oq retourne à X Unité :

C'est là npire ca;téchi^me, Mais on paye en retournant Le prix de ce catéchi^ptiç,

AOUT 17««. dSÔ

Mais on paye en retournant Le même prix qu'en entrant.

Quand la règle générale Vous conduit au cabaret , De V accommodement fait Par la vertu cardinale, Les joueurs vous régalez , Et deux fois ils oAt la )>dlle.

Les joueurs vous régale;, Et puis vous vous en allez.

Le six dans la tour Vous jette , Tour de la confusion, Où chacun parle un jargon Que n'entend nul interprète ; Vous payez en attendan't.

Que quelqu'autre vous radièté , Vous payez en attendant Que quelqu'autre en fasse autant.

Quand vous ouvrez la barrière Du triple Avertissement , Far un double mouvement Vous faites vôtre carrière.

Va le dé moindre en avant Va le plus graoïd «n arrière.

Va le dé moindre en ayant Ainsi Languet fait souvent.

Dans le pays de Démocrite Si le sort voîis a jeté, ' -Vous cherchez la vérité S^ns espoir et sans.^ . mérite, Mais dès qu'un autre y viendra

Payez

Mais dès qu'un autre y viendra Il vbtis en délivrera.

Lorsque par un cas bizarre, En allant ou revenant, Votre dé va rencontrant La mort dessous la tiare, Il faut, je n'y puis penser, O que la mort est barbare !

Il faut, je n'y puis penser^ Payer et recommencer.

Qui point sur point accumule Et croit faire son chemin, En approchant de la 6n Doit craindre le ridicule^ Au cardinal il viendra Et reçu reçu... recule, Au cardinal il viendra Et reçu reculera.

23 août. — Un officier, qui avoit entendu dire que le cardinalDubois, premier ministre, avoit des gardes, s'est offert pour en être le capitaine. Le cardinal lui a répondu : a J'ai mon bon ange y je n'ai besoin queHe lui pour me garder. » Cela a paru d'un homme d'esprit et de courage.

23. — L'abbé de Rohan, sacré archevêque de Reims par le cardinal de Rohan, assisté des évêques de Senlis et de Soissons, au noviciat des jésuites.

J'ai été le 23, 24, 25, 26, à la campagne auprès de Pontoise, et j'ai trouvé que dans le diocèse de Rouen on ne fétoitni Saint- Barthélémy, ni Saint-Louis, quoique Saint- Louis ait fait beaucoup de fondations à Pontoise, où il a même établi un archidiacre et un grand vicaire.

25. — L'évêque de Soissons dit la messe au Louvre de Paris, pour l'Académie françoise.

26, 27. — On a envoyé au Parlement deux édits, Tun

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pour le rétablissement delà Paulette (1), Tautre pour rétablir les maires et officier3 de ville. Us ont été refusés et il a été résolu de faire des remontrances. On leur a fait dire de ne pas venir à Versailles et de faire les remontrances par écrit : elles seront faites^ et les édits ou seront registres par Tordre du Roi ou resteront revisés de plein droit, suivant le règlement du lit de justice de 1718. Ainsi, toutes ces remontrances ne sont plus que de vaines protestations qui ne guérissent de rien. Mais cela sert toujours à conserver les droits de la Compagnie et les libertés de la France.

La comtesse de Livry a gagné 300,000 liv. au vicomte de Ta vannes, en jouant avec lui tête à tête au pharaon. C'est une grande folie, car la comtesse, qui a un mari, n'auroit pas payé, ni son mari pour elle, si elle avoit perdu. Le vicomte de Tavannes a épousé. Tannée dernière. M*'* du Breuil, fille d'un receveur-général des finances, et en a eu cent mille écus. Voilà la dot jouée et les honneurs du gros jeu. Le joueur et la joueuse sont également blâmés. On s'est entremis pour cette affaire, et on a su que la dame avoit perdu d'abord 500,000 écus, que Tavannes Ta racquittée,etqu'ayantfait valoir les jetons jusqu'à 50,000 écus la dame a prétendu à la fin qu'elle en gagnoit, deux sans le trop bien prouver. L'accommodement est qu'on Ta fait contenter de 20,000 liv. comptant, qui est plus qu'il ne lui fâlloit.

Falconnet. — Le cardinal Dubois a fait donner à Falconnet, médecin du Roi, et assistant du premier médecin, la survivance de cette place pour son fils, avec la pension de 9,000 liv. qui y est attachée, et une pension sur un bénéfice pour un autre fils, qui est ecclésiastique. Falconnet père est de Lyon, et étoit médecin de Villeroy, qui lui avoit fait avoir cette place auprès du Roi. Mais le ma-

(l) Voir sur la Paulette, Chétufi\,ï)k\\onnh\Tt des Institutions françaises, T. II.

réchaln^avoit jamais voulu demander cette surviTaoce, et Téloigôoit toujours jusqu*à la JOiB^opît^. A peine a-tnil âté partie que Falconnet Ta obtenue, et arasHe cardinal se fait des créatures de celles mêmes du maréchal*

Le 27 août, Ife cardinal Dubois a travaillé pout Ifli première fois ^vec le Roi. . ; J i ' l.'

LETTRES DE PREMIBR Mim^tRB. 28 AOUT.' — LeS lettl»S

de Premier Ministre ayant été présentées au Grand-Conseil, la compagnie a dit qu'elle n'enteodoit rien à^Jette vérification j. et que, la lettre dé c^bet' étant adi^esaée au Premier Président, c'étoit à lui à y répondre. (Il ©sA certain que les lettres du cardinal de Richelieu n'ont pointiété vérifiées; elles sont adressées au Garde des scegiux de JM^rillac.)

QuiNOT. -^ Le siêur Quiuot, bibliothécaire du Collège Mazarin, est mort,.et laisse beaucoup dedetles et peu de bien . C'étoitun théologien appelant et delà société de Sôr bonne- Il avoit l'abbaye de Beaulieù, Pendant sa maladie, qui a duré quelques mois, le Président de Blamont l'a sollicité de se défaire de cette abbaye, ce qu'il, a fait, et le président Ta obtenue pour .son fils. Il y ayoit ^n^ pension dç t,600.1iv. qui nfa point été payée, parce qu'on a fai1,»scri|pule.^u sieur Quinot qu'elle étoit trop forle. Et après sa mort, le président a suscité les écQnonies en titre pour faire gfiisir le peu de bien de lasucce^ion, à cause djes,réparatiopsqae le défunt abbé n'a point faites. Ainsi, il a eu Tabbaye, sans pension j ; jsur l^ déiQpi^iOfi , vplo^tairç, ^ et ii^ft fait tomber, encore le^ ; rép/QJ^tions m^*] la spoce^$ipp de çaa bieipfaiteur. C'e^t;ce. i^êfl^^ président, exilé, qui:opinoit si durement contre la Régence, dans les assefiiblées du Paçlemeût et des évéques^) mais qui s'çst toi^rné du ç0té de la cour p6ar avancer sa É^milla. Il e^t déshonqré dans le Parlement, .et il n'est p^n^ie^^ m pu)?liA>p^r,q^tte.dernièçejiçtion^qui le déclare ingrat, après qu'il s'est déclaré traître.

On a fait courir un petit manifeste pour justifier la dis-?

grâce de M. de Villeroy. Il est de la façon de M. de Fontenelle, de FAcadémie Françoise, et il n'en est pas meilleur pour le style. Il commence comme le manifeste contre VEspagne, et Tautenr montie par là sa stérilité. Le style ti^a pas la dignité nécessaire en ce cas. Voici le manifeste.

Manifeste sur l'exil de Monsieur de Villeroy. — « L'autorité royale n'est comptable qu'à Dieu etde ses desseins et de l'exécution de ses projets. Cependant, les rois et les dépositaires de leur puissance veulent quelquefois par bonté manifester les raisons qui les font agir. Il est de certaines circonstances où la sagesse les sollicite de renoncer à leurs droits, pour confondre les malintentionnés et ne pas scandaliser les faibles. Telle est la conjoncture présente. Le maréchal de Villeroy, gouverneur de Sa Majesté, vient de recevoir un ordre pour aller dans son gouvernement. Il seroit triste qu'à Foccasion de son éloignement le public pût soupçonner le zèle et la fidélité du maréchal pour son maître. Il faut rendre justice à la droiture de ses intentions, mais en même temps le gouverneur présumoit trop de la dignité de son emploi. Il affectoit un air d'indépendance que l'autorité royale et souveraine, et ceux qui en sont dépositaires, ne peuvent pas tolérer. Ses prétentions ne convenoient point à Sa Majesté ni aux princes de son sang. 11 vouloit, pour ainsi dire, s'élever un trône particulier pour s'opposer à la Régence , comme si l'autorité royale pou voit être divisée. Sans toutes ces indiscrétions, qui n'attaquent point la prolrité du. maréchal, nous aurions encore la satisfaction de le voir auprès du Roi, mais les bonnes intentions ne suffisent pas dans les places importantes, il faut encore mesurer ses démareheSy et se soumettre à Tesprit d'un gouvernement qui ne se propose que la gloire du Roi et le bonheur de ses sujets. » Le manifeste d'Espagne commence par ces mots : c^ Les rois ne sont comptables de leurs démarches qu'à Dieu môme, dont ils tiennent leur autorité. »

Cartouche. 37 aggcsés. — Arrêt du 22 août, contre trente-sept accusés de la compagnie de Cartouche , dont il y en a de roués, de pendus, d'autres fouettés, fleur-delisés, aux galères, bannis, et deux ou trois hors de Cour. Cet arrêt est très-bien dressé. Il y a beaucoup de femmes qui sont bannies hors du ressort du Parlement, à perpétuité, et leurs biens confisqués.

ViLLEROY. — Le maréchal de Villeroy coucha à Mont le 15, le 16 à Villeneuve-la-Guyard, le 17 à Joigny, le 18à Auxerre. 11 a passé le 22 à Arnay-le-Duc en Bourgogne, qui est une dépendance du comté de Chavry, qui est une terre du P. Charles, son neveu. Le clergé et les officiers Pont harangué ; il a demandé si on n'avoit point reçu d'ordres de Paris et si Ton savoit la raison de son voyage. On lui a répondu que non. Le 23, en montant dans son carrosse, il dit à un des officiers de justice de Chavry : a Je suis bien fâché de faire un si grand voyage, je m'en serais bien passé. »

— Le 20 août, on a fait les funérailles du duc de Marlborough, à Londres, avec une pompe singulière. La description est dans la Gazette de Hollande du 28 août.

Septembre, samedi 5. — Remontrances du Parlement. — Les remontrancesdu Parlement ayant été portées par M. le président d'Aligre, il y a été répondu que le Roilesrecevoiten bonne part, maisqu'ilvouloit être obéi; sur cela, on s'est assemblé, et il a été arrêté qu'il seroit fait d'activés remontrances, ce qui a été trouvé fort mauvais à la Cour. Les gens du Roi n'ont pas été bien traités : on leur a dit qu'on enverroit au Parlement des gens qui le feroient bien obéir. Cela s'est fait ces jours passés.

Édits registres. — Aujourd'hui, samedi 5, il a été envoyé une lettre de jussion, et les édits de laPaulette et du

rétablissement des maires et autres officiers de ville ont été registres, de V exprès commandement du Roi. Nous les verrons au premier jour.

Comte d'Évredx. — J'ai appris aujourd'hui, par un seigneur de la Cour, que le comte d'Évreux, colonel -général delà cavalerie, ne va point travailler chez le premier ministre, et que le Régent lui a dit : a Vous ferez comme par le passé, il n'y a rien de changé pour vous. » Le comte d'Évreux a dit à ses amis qu'il n'y avoit d'autre parti à prendre que de se défaire de sa charge, ou d'aller chez le ministre, si le Roi le vouloit.

Le cardinal Dubois a la feuille des bénéfices. C'est une belle porte pour faire des grâces.

. Premier ministre. — Députation. — Tous les Corps et Compagnies ont député au premier ministre ; entre autres, on a remarqué l'Académie françoise :1e compliment lui a été fait par l'évèque de Soissons. Le cardinal de Rohan, qui est de l'Académie, étoitdeladéputation,eton a vu le cardinal chez l'autre cardinal, ce qui a bien surpris. On dit que le cardinal Dubois lui a dit : a Monseigneur, vous m'avez fail rougir deux fois. » Ce que l'on a interprété de la première, lorsqu'il lui a apporté de Rome la calotte, et la seconde, qu'il l'a fait rougir de le voir parmi les académiciens.

Cela est vrai, je l'ai su de l'évèque de Rennes, qui étoit présent, et qui m'a dit qu'en sortant du conseil, le cardinal de Rohan avoit dit au cardinal Dubois qu'il alloit entendre la harangue de l'Académie, qu'il étoit du corps et èx-chancelier. L'évèque de Soissons a toujours lu sa harangue, qui étoit dans son chapeau. Le cardinal Dubois a assez mal répondu, et ce fut en repassant près du cardinal de Rohan, qu'il lui dit, en lui frappant sur sa bedaine, qui est assez grosse : « Monseigneur, vous m'avez fait rougir deux fois. »

M. de Marcieux, qui est dans la confidence du Régent, a été mandé de Dauphiné pour commander à Lyon sous

les ordres du maréehaL C'est une garde honorable qu'on lui donne.

— L'abbé Bignon a obtenu pour M. Bignon de Blanzy, maître des requêtes, son neveu, la survivance de sa charge de garde de la bibliothèque du Roi, qui est une très-belle place. Le nom de Bignon porte respect avec soi. Depuis Jérôme Bignon, le célèbre avocat- général, ils n'ont point dégénéré. Il y a trois frères conseillers d'État et un capitaine aux gardes. L'abbé, qui a beaucoup d'esprit, n'a pas avancé du côté des prélatures, parce qu'on lui a trouvé les mœurs un peu trop gaies, et il aime mieux être conseiller d'État qu'évêque. On lui reproche d'avoir dissipé les estampes du cabinet du Roi, qui se donnent en présent aux ambassadeurs. Mais il y a apparence que c'est une calomnie, et si cela étoit, on ne lui auroit pas donné la survivance pour son neveu.

Cette dissipation d'estampes a été renouvelée en 1735, et un.abbé^de Chancey qui en avoitla garde à la Bibliothèque du Roi, autrefois jésuite, et rais à cette place par l'abbé Bignon, en a été renvoyé, et mis à la Bastille où on lui a fait son procès en août 1735l. L'abbé Bignon ne paroit point et est à sa tour de Mantes : il est fort soupçonné dans cette affaire. (Note postérieure de Marais.)

Il m'a été dit que leur mère, Sœur du chancelier de Pontchartrain, qui faisoit la dévote, nei'était point du tout, qu'elle avoit des amants , qu'elle voyait dans un très-grand particulier, et entre autres, un évèque d'Autun et un Duvivier, officier aux gardes, qu'elle appeloit Le Milord, avec qui elle s'enfermoit dans un oratoire où personne ne voyoit qu'elle faisoit tout autre chose que de prier Dieu ; qu'à sa mortelle ne voulut point se confesser,, qu'il y avoit très-longtemps qu'elle n'avoit reçu ses sacrements, et enfin que cette dévote avoit toujours trompé Dieu et les hommes pendant sa vie. Mais à sa mort, ayant fait remettre à Duvivier une cassette de lettres, il y en trouva d'un évèque et d'un autre qui lui reprochoient

SEPTfiMBRE i7tt2.{ 843

soa .aiii6ar pour Duvivier, et Duvivier a fait celte confidence à la personne qui me l'a redit, étant enragé dV . voir découvert la coquetterie de cette femme qui se flat« toit de lui i avoir sacrifié )sa piété, sa vertu et tout son honneur. £t voilà comment tout se sait et que les faits les plus anecdotes se découvi^ent.

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