OCTOBRE 1728. 3G
voulut prêcher dans son église de Soissons, le jour de la Toussaint, ne fit rien qui vaille. Toute la Cour trouva le sermon bas et ridicule^ et on ne reconnut point ce beau diseur, qui avoit fait les Avertissements sur la Constitution, dont il a gagné une place à l'Académie françoise.
A Soissons, le Roi monta au clocher qui est très-haut, oti l'y voulut suivre, et il disoitaux courtisans en riant : <( Gare les gras ! » On a remarqué qu'à la fête de Viliers-Colerets, ayant gagné des lots à la blanque, il lesenfermoit dans un petit cabinet de la Chine qu'il avoit gagné, et qu'il le réservoit très-exactement.
J'ai su que dans l'église de Reims il y avoit k ou 500 places de reste, et que beaucoup d'étrangers ne s'y sont pas trouvés, parce qu'ils craignoient de ne point être placés.
Un jeune seigneur allemand , nommé Zinzendorf, y étant venu avec d'autres seigneurs du même pays, ils trouvèrent le vin de Reims bon ; la veille du sacre, ils en burent toute la nuit, s'endormirent le matin, se réveillèrent sur le midi, et voulurent aller au sacre qui étoit fait. Ce qui les fit résoudre à remonter en chaise et sans voir le sacre à retourner à Vienne d'où ils étoient venus exprès pour le voir. Voilà une belle ambassade.
Médailles du sacre. — M. de Launay, directeur de la Monnoye et des médailles, m'a envoyé à Grosbois six médailles du Sacre, de trois moules différents dont trois d'argent et trois de bronze ou cuivre. D'un côté est une représentation du sacre avec ces mots autour : Celesti oleo unetus, et dans l'exergue : Remisy 25 octobre 1722. Au revers est le portrait du Roi avec ces mots : Lud. XK, Rex Christianissimus. Pendant le sacre, on en a distribué plusieurs du plus petit moule. On ne les trouve pas bien gravées. C'est qu'on a employé un autre que le graveur de la Monnoie des médailles.
Cartouche. — La Chambre des vacations a travaillé pendant le mois d'octobre au jugement de plusieurs com-
plices de Cartouche. Un arrêt du 14 octobre en juge 102, et un autre du 24 octobre en juge 64. Cela vide bien les prisons, mais non pas les fripons qui volent dans Paris.
Offices municipaux. — 11 y a aussi plusieurs arrêts rendus au conseil à l'occasion des offices niunicipaux de maires et autres qui viennent d'être rétablis. Ces arrêts règlent les enchères, le droit de marc d'or et de sceau, le droit annuel, le serment de tous ces offices.
D'autres arrêts ont été rendus sur les domaines engagés au sujet des remboursements des enchères, des engagements à vie. Et tout cela pour déboucher le papier de liquidation qui ne hausse pas d*un denier : parce que ceux qui travaillent à cette manœuvre le font baisser comme ils veulent pour vendre leur marchandise.
Arrêt pour la chasse. — Je remarque ici un arrêt célèbre pour la lîhasse, du 3 octobre^ qui fait défense d'affermer la chasse, ni dans les domainesdu Roi ni ailleurs, sous peine de 500 liv. d'amende. Dans le vu de l'arrêt il y a plusieurs ordonnances anciennes sur la chasse qui y sont rapportées, et un mémoire qui dit que cette défense est fondée sur deux motifs. L'un, que la chasse est un exercice noble pour les plaisirs des rois et de la noblesse, à qui les rois ont bien voulu le permettre pour en prendre le plaisir et non pas pour s'en procurer profit et deniers. L'autre, que les ordonnances maintenues sans interruption défendent expressément à tous gens méchaniques, fermiers et roturiers, d'user du port d'armes, ni de la chasse, et que les baux à ferme n'étant convenables qu'aux gens de cet état, ce seroit mettre les armes à la main des roturiers que de leur ouvrir la chasse.
Arrêt du 28 octobre pour le remboursement des anciennes charges des maréchaussées. Il est daté à Reims. Il y en a aussi des datés de Soissons et à Villers-Coterets qui sauvent des taxes des 26 et 31 octobre.
Prières pour le sacre. — Il y a eu des prières publiques avant le sacre, faites sur le mandement du cardinal
de Noailles/ publié le octobre, et depuis le sacre
le Roi lui a écrit une lettre datée à Reims le 26 octobre, pour faire chanter le .Te Deum en actions de grâces qui a été chanté le novembre.
NovEMBHE. — Le prince Charles. Le Roi ayant été jusqu'au 10 novembre dans son voyage du sacre, il ne s'est rien passé qui ne se trouve dans la relation, sinon qu'on n'y dit pas que M. de Grancey, est tombé à la chasse à Villers-Coterets, et s'est cassé le bras, et M. le prince Charles est aussi tombé à Chantilly et s'est blessé le poignet, ce qui lui a attiré depuis un érésypèle sur le bras et à la tête ; il a été saigné trois fois. Ainsi les meilleurs chasseurs tombenttous les jours, mais cela n'en guérira pas les hommes qui veulent de l'exercice et des plaisirs.
j|«nc d'Averne renvoyée. — Le retour du sacre n'a pas été favorable aux maltresses. Le Régent, dès le même jour, a dit à M'"*' d'Averne qu'il ne convenoit pas qu'elle restât à Versailles, que cela donneroit un mauvais exemple au Roi, qu'il seroit toujours de ses amis et son homme d'affaires, qu'elle pouvoit venir manger avec lui à Paris et même y coucher si elle vouloit, et d'autres discours qui sentoieni Tinconstance ou le dégoût.
On prétend que c'est un tour du premier ministre, qui n'a pas trouvé bon qu'elle eût des liaisons avec M. de Noce, qui étoit revenu pendant le sacre, et que l'on a bientôt renvoyé à Boran. On accuse aussi la dame d'infidélité avec le duc de Richelieu, qui s'est prévalu de l'absence du maître. Quoi qu'il en soit, la voilà renvoyée, son règne n'« duré que depuis le 12 juin 1721, qu'elle s'étôit livrée au Régent pour de l'argent. Son mari en reçut le poste de gouverneur deNavarrins et des cornes, et elle trèspeu de chose contre le déshonneur. Le Régent la faisoit
manger avec lui; elle n'y gagnoit, disoit-elle, que des indigestions, et à quelqu'un qui lui dit que cela alloit faire un grand vide dans sa vie d'être ainsi quittée, elle répondit que c'étoit tout le contraire.
Un courtisan a dit au Régent qu'il ne devoit pas jouer au trictrac parce qu'il perd toujours par Jean qui ne peut. Depuis la rupture, M"*^ d'Averne a soupe une fois avec le Régent, elle vouloit se contenir, mais elle parla, comme piquée, etluidit: «qu'ilalloitpassersa vieàivrognertousles soirs avec des p. ...» Il se plaignitde ces reproches, dit qu'il lui avoit laissé M. d'AlincourletM. de Richelieu, qu'il avoit eu toutes sortes de facilités el qu'il ne méritoit pas d'être maltraité, que le seul exemple dû au Roi le faisoit changer de manière. Sur quoi le prince d'Auvergne, qui étoit du repas, luichanta une chanson de Reler, qui finit par dire qu'il veut se retirer et être hypocrite ; ce qui ne plut pas tout à fait au Régent. Ce repas a achevé de rompre,, au lieu de renouer, et M'°^ d'Averne, qui veut faire l'esprit fort, s'est montrée tous les jours depuis à l'Opéra avec le duc de Richelieu et d'autres, dont le Régent ne se soucie guère.
Comme il est capable de tout; il est retourné avec M"^ la duchesse d'Orléans, sa femme ; il mange, parolt avec elle dans une très-grande liaison, et y couche.
C'est un Protée et une divinité fabuleuse, qui prend toutes sortes de formes, aujourd'hui amant transporté , demain mari galant, et toujours bien au-dessus de tous les courtisans qui l'entourent et qui ne le pénètrent pas. Un Italien arrivé depuis peu de Rome, qui ne le connoissoit pas, dit à la première vue : <( Questo principe ha la cera d'ingannar tutti questi equanti, »
Dangeville , COMÉDIENNE. — La Dangcvillc , comédienne, ayant osé présenter la comédie avec une robe de toile indienne défendue, le lieutenant de police Fa envoyée chercher, et l'a condamnée à 1,000 écus d'amende , malgré la recommandation du duc d'Aumont,
son amant, qui, tout apoplectique qu'il est, l'avoit menée par la main chez lui.
Le Roi va a l'Opéra. — Le Roi étant venu à TOpéra le 8 novembre à son retour, on a pris 7 livres 10 sous au parterre, et en proportion aux loges et à Tamphithéàtre, ce qui a été blâmé publiquement de tout le monde, qui dit qu'on vendoit au peuple la vue de son Roi. Fraucine, qui en a le profit, et qui a fait cette réforme, mérileroit encore une autre Francinade que celle que Rousseau a faite contre lui. On joue Persie, et le goût est si tombé qu'on ne trouve plus les opéras de LuUi bons , et qu'on leur préfère de petits ballets, propres pour la Foire ou les Danseurs de corde.
On s'est jeté aussi dans la musique italienne, et contre le goût de la nation. Et M"" de Prie, qui a été en Savoie ambassadrice, et qui a beaucoup aimé cette musique, tâche d^attirer dans son parti le plus de gens qu'elle peut. Elle protège déjà les la Motte et tous les autres censeurs d'Homère ; il ne lui reste plus qu'à nous dégoûter de Molière et de Lulli, et voilà la France dans un bel état, du côté des sciences et des lettres. Il ne faut qu'une femme pour tourner la tète à tout un siècle.
Histoire sur le contrôle des actes. — Voici le fruit de l'éditdu contrôle : la duchesse de Luynes est morte ; elle a fait son testament, et nommé pour exécuteur l'abbé Mainguy, conseiller de la Grande-Chambre. Entre autres legs, elle a donné deux petites croix d'argent, où il y a du bois de la vraie croix enfermé, à deux supérieures de couvent. Il a fallu faire contrôler le testament et inscrire les legs. Le secrétaire de M. Mainguy a porté le testament au commis, qui a dit qu'il falloit payer un nouveau droit pour les deux legset un nouveau droit pour la substitution ; qu'il n'y avoit point de déclaration, que le tarif régloit ces sortes de legs à une certaine somme et par la qualité du testament , en sorte qu'il fit payer 370 livres pour les deux legs. Le secrétaire revenu, M. Mainguy, fort
étonné^ porta les deux croix aux religieuses ayeo la quittance, pour s'en faire rembourser suivaut Véàit
Les religieuses dirent qu'elles n/e poxi voient; asccepter le legs avec cplte condition, que leur- couvent n'étoit pas en état de payer cette somme, et, q^'dM^ étoient bien fâchées de ne pou vok jouir de la bonne volonté fde M^^ la duchesse de Luynes, M. Mainguy^ î»egard.ant ce legs non • accepté comme caduc, renvoie an commis Jqi redemander l'argent. « Bon, dit-il, au coi| traire^ i^i!est\d^ieo<50Pe 370 livres, parce qu'il ne peut y avoir ;de4é^i5temeiit du legs que par-devant notaire. X'ao|e ()<^it étr§: contjN)lé, et on paye pour le contrôle du drésistQn^e^iviia même<$omiDe que pour l'acte et le legs. » >
Ainsi, voilà 740 livres qui sont cjues pour un legs* caduc, dont le fonds, sans 1^ relique/ ne vaut pa^ trente sols, et on meta pri}? la vraie croix comme Judas, qui tira de Targent pour livrer son maître et son Dieu*-Cette histoire sera bien contée. ^ns la Gra^de^.Gt^mbi'^^: quand il lauidra rétracter l'enregistrement, etee ridicule^ seulseroit capable de faire tomber l'édit, si on n'étoi4pas absorbé dans toutes sortes d'horreurs> et dç corruptions de caractère et d'esprit.
Roi. — Le Roi parle beaucoup depuis $onfSaere;!iLâit : Je veux, et dit que la volonté du Roi feât la loi. Il Oe veUt plus étudier, il se moque de M. de C^aro^t, son gouvèlvneur, et de M. de Fjî'^us,çon précepteurs.Il a un jour ordonné à tout le. monde de sortir ; Mvde Fréjus élaat resté; il lui dit que Tordre étoit pour lui. eor^me poiir les autres. Il monte à cheyal as$9z^ souvent, dl tia?â bien eiaîme beaucoup le fqu, il joue dès l6< matin- avant la messe. Il n'aime ni comédie, ni opéra,: i)iimu$iquei» est voilà les poètes et les musiciens mal à leuD^ise^ >i / »• « ^
Racine. — Poëme sqR la grâce. (Art^ 3de laa^fiiblio^ thèque françahe). — r Le jeunes Racine, fils du célèbre Racine, a laissé imprimer u^i po^meaur la gràtê^ qu'il acomposé,en quatre chant^^ dpnt les vers so^t (i^erireiUeux. Gela
NOVEMBRE I7M. 37t
est digne des plus grands poètes. Il y a trois ou quatre ans qu'il le lisoit dans Paris. On lui avoit persuadé de tra-^ vailler pour, le théâtre comme son père, mais il y a renoncé et a écrit une ÉpUre en vers à M. de Valincourt, qui est exilé^ et qui a été jointe au poème, M. d^Àrgenson, garde des sceaux^ lui avoit abordé un privilège pour Timprimer. Mais le chancelier d'Aguesseau, de retour, avoit révoqué ce privilège, ne voulant pas que la grâce fut louée si magnifiquement, et le système de saint Augustin si exalté, depuis qu'il s'est rangé du parti de la Cour. Mais comme le poème a été imprimé à Rouen en cachette, il a été permis à Coignard de débiter son impression de Paris, à condition d'ôter le privilège, le nom dulibraire et une Ode sur les disgrâces , qui est un éloge de la disgrâce du chancelier et de sa constance sous le nom d'Acante. Il dit, en parlant des dons de la grâce : « Et quandje les reçois, je les demande encore. » C'est une pepsè^ prise de la Fontaine, dans un sens bien éloigné de la grAce.^ La Fontaine dit qu'on ne croit jamais être assez aimé.
On ne le croit qu'au milieu des plaisirs. Qu'un tehdre amour accorde à nos désirs, Et sur ce point, un tel soin nous dévoce, Qu'en le croy,ant, on le demande encore.
Il y a aussi un endroit pris d'un sermon de M*' de Cambrai, que l'abbé Houtevillea aussi pris dans son livre de la Religion. Après tout, on ne peut trop louer la facilité des vers, la noblesse des expressions et des rimes, et les tours élégants et gracieux dont ce poème est plein. C'est avoir le moule des vers'que d'en faire de pareils , et les la Motte et Fontenelle, avec leurs odes et églogues, sont bien loin de là. On vient d'en»voyer Racine exercer une commission d'inspecteur des fermes à Marseille, afin de le détourner du goût du théâtre, et de ne point profaner sa muse. Mais ce n'eét pas un bon pays que la Provence pour dégoûter un poète. J'ai remarqué que sur l'impres-
sion de Rouen, il est dit sur la doctrine de saint Augustin : « lUolina seul^ jésuite, en ignore le prix, »
Et dans l'édition de Paris, il y a : « Et le seul M en
ignore le prix » (moliniste).
Comte d'Évreux. — M. le comte d'Évreux, colonel général de la cavaleriie, n'a point reçu Tordre du Régent d'aller travailler chez le cardinal Dubois. Il n'y va point, et ne va point aussi travailler chez le Régent. Cela a fait tenir n)ille discours. Le comte a été chez le cardinal, pour s'éclairer avec lui sur quantité de rapports, et on est fort content l'un de l'autre. Il n'a point été question de la charge. Le comte attend ses ordres, et est près d'y obéir sur-le-champ. Mais il y a quelque souterrain et quelque tracasserie en campagne : cependant toute la cavalerie souffre, et il y a plus de deux mois qu'on n'y a rien fait. Dans le temps du sacre, le comte d'Évreux a voulu se mêler de faire revenir Noce de son exil ; il en est revenu. Cela n'a pas plu au cardinal, sans qui cela s'étoit fait, et il se venge comme les Italiens, dont il a pris les manies.
27 novembre. — Don Carlos, M"*" de Beadjolois. — Contrat de mariage de dôm Carlos, fils du roi d'Espagne, avec M"^ de Beaujolois, fille du Régent, passé au Louvre. M. de Laulès, ambassadeur d'Espagne, a été nommé ambassadeur extraordinaire pour cela, et il a été traité trois jours à rhôtel des ambassadeurs extraordinaires. Cette princesse est Irès-jolie, bien faite, et a beaucoup d'esprit. L'Espagne nous pfend ce que nous avons de meilleur. La Reine qu'elle nous a envoyée est aimable, mais elle est trop jeune pour le Roi.
Infante Reine, son discours aux ambassadeurs — L'Infante Reine vit avec plaisir, au retour du sacre, revenir les ambassadeurs, eldità W^ de Ventadour, en mettant sa main sur son front, ce Je voudrois bien leur dire quelque chose, mais il ne me vient rien. » Et après avoir fait ce geste plusieurs fois, elle leur dit : « Je vous parlerai en trois points : le premier, que je suis fort aise de vous voir; le second,
que je serai plus aise de voir le Roi ; le troisième , que je ferai tout ce que je pourrai pour lui plaire et mériter son amitié. » Elle avoit entendu, quelques jours auparavant, un sermon en trois points qui lui donna cette idée.
La princesse accordée à dom Carlos est partie pour l'Espagne. Elle est conduite par M"* la duchesse de Duras, M°* de Saint-Germain, sous elle, M. Talon, undesévéques de quartier, et un détachement de gardes du corps. Dieu la conduise, et fasse d'elle un lien de paix avec sa sœur la princesse des Asturies ! Tous ces mariages se font pour gagner l'Espagne, mais peut-être nous la feront-ils perdre, et ces jolies princesses françoises redonneront au roi d'Espagne du goût pour le pays où il est né.
3 décembre, — M"' de Rieux est accouchée d'un fils.
4 décembre. — Le cardinal Dubois a été reçu à l'Académie française, à la place de M. Dacier. Il y a été traité de Monseigneur y contre l'usage d'égaliser tous les rangs entre les savants. Mais on a remarqué que M^ le cardinal de Rohan, ni W le cardinal de Polignac, académiciens, n'étoient cardinaux quand ils ont été reçus. Le premier ministre a bien prononcé son discours. Fontenelle lui a répondu comme directeur, et a commencé par dire « que le cardinal de Richelieu, fondateur de l'Académie françoise, seroit bien étonné d'y voir tant de dignités, cardinaux ou é vèques, ducs et pairs, premiers présidents, e te . , et jusqu'à des premiers ministres. »
La Mott<î, qui veut toujours faire des Fables et présenter le génie de La Fontaine, en a lu deux qui ont paru mauvaises, et une ode sur le sacre du Roi à Reims. L'assemblée étoit magnifique et célèbre. Il n'est pas agréable au cardinal Dubois de n'avoir été choisi que depuis qu'il est premier ministre, et d'avoir été négligé pendant qu'il T. II. 2r
étoit simple abbé Dubois. MaisTAcadémie dira qu'il ne l'a pas demandé plus tôt.
Madame malade. — Madame, mère du Régent, est trèsmalade, et l'a toujours été depuis le sacre. On n'en espère plus rien. Les médecins empiriques viennent de tous côtés qui lui promettent beaucoup. Mais elle leur dit à tous que ce sont des charlatans et qu'elle en mourra. Elle a bien du courage et de la force d'esprit. Elle a vu sa famille de Lorraine à Reims et ne s'est pas embarrassée du voyage, disant qu'on mouroit fort bien partout.
Le Régent l'a toujours aimée et respectée. Elle a dit àson fils : (c Pourquoi pleurez-vous? ne faut-il pas mourir ?» A une dame de sa cour, qui lui vouloit baiser la main, elle a dit : <( Vous pouvez m'embrasser, je vais dans un pays où tout est égal. » M. le duc de Charost lui paroissoit trste : il a dit que l'état où elle étoit lui donnoit cette douleur. Elle a répondu : ce Vous êtes aussi affligé que si M"^ de Cany se mouroit. » C'est qu'il auroit voulu l'épouser, et je vais dire ce mariage.
Madame de Cany. — M"*^ de Cany, qui est Mortemart en son nom, et qui avoit épousé le fils de M. de Chamillard, ministre de la guerre, reçu en survivance du secrétaire d'État et mort colonel en bonne réputation , épouse le comte de Chalais, grand d'Espagne de la première grandesse, capitaine des Gardes-Wallonnes du roi d'Espagne et qui a des titres en France. Sa grandesse est enregistrée au Parlement de Paris. La dame aura rang de duchesse et sera assise à la Cour et va se débarbouiller du nom.de Chamillard qu'elle avoit pour celui de Mortemart. Elle a quatre enfants de son premier lit et trente-sept ans. Son mari reviendra en France de temps en temps. Il est neveu de la princesse des Ursins, à qui il fait 12,000 livres de rente de douaire, qui lui reviendront bientôt, car elle a soixante-dix-neuf ans.
Le régent a bien changé pour lui, car il était dans la conjuration de 1718 , tout des plus avant.
M^ d'Aguesseau.de Valjoaan, conseiller au Parlement, frère duChanceliedr^à épousé la présidente deMarcille (1), veuve d^an président du Grand^Consëil de la même cour, qui étoit àOBurdu président Baillet. On a été surpris de ce mariage, caroeH. de Yaljouan est un philosophe, qurne se soucioit dei^ien^ etqui dit à son frère^ quand illui annonça qu'ilétoit chancelier ^ «Qu'avez- vous fait de l'autre?-^ (C'étoit le chancelier Voisin, qui étoit mortsubitement). — «Il est mort, d dit le nouveau chancelier. Le philosophe acheva une pipe qull fumoiiet dit : « J'ainde mieux que vous le soyiez que moi. » S'il a résisté à Tambition, il a cédé àFamour, et cela fait voir qu'il faut des passions aux hommes.
Le chevalier de la Rivière, homme de qualité de Bretagne^ bien «fait, mais peu riche, épouse une dame de Brissac, très-jolie, mais peu riche aussi ; ils mettront ensemble beaucoup d'amou^. EU© est-5«!>r« en son nom, fille d'un conseillerai Parlement^ quia fait un assez mauvais mariage en secondes noces, avec une petite Du Revest, dont la sœur vient d'épôueer Tabbé de Coetlogon. Brissac, son pretnierinai^i, étoit :t>fficier des gardes du corps et vieux. Le jeune est «chevalier de Malte, et quitte sa croix pour la jeune veuve, qui l'empêchera d'aller à Malte pour la citation. On ne parle plus d'amour à la Cour. Plm d'àmoury parlant plus de joie. On est fort employé à juger les taxés, et bien, des femmes y gagnent. On espère tirer cetit miUions de cette contribution en papier.
Vendredi Ifc. — ^ Comte d'Évreux. — Le comte d'Évreux s'e§t présenté au Palais^Royal, le Régent lui a fait dire qu'il n'avait rien à lui dire. Ainsi, voilà la cavalerie encore rossée. Le soir, il dit à souper à un homme de qualité qui mê Ta redit, qu'il ne savoit plus où il en étoit, qu'il étoit allé voir le cardinal et s'éelaircir avec lui, que cela n'avoit rien opéré; qu'il attendoit toujours les or-
(I) le mariage e»t du 5 décembre. Elle est morte le 9 janvier 1723. (Note
dres auxquels il obéiroit sur-le-champ pour aller travailler et porter son portefeuille chez le premier ministre, mais qu'il ne pouvoit y aller sans ordre, et qu'on pou voit le dire à tout le monde, afin que le Régent en fût instruit.
Le même soir, le Régent a donné deux brevets de colonel de cavalerie. L'un, au comte de Roussillon , jeune Franc-Comtois, amant nouveau de la maréchale d'Estrées, pour qui elle Va. demandé avant de partir pour les États de Bretagne, où elle est à présent.
L'autre, au jeune Coômadeuc, comte de Donges, qui a épousé M"" de Blanjet, et à la recommandation de la maréchale de Rochefort, dame d'honneur de la Régente et grand-mère de sa femme. Le comte d'Évreux n'a point eu de part à ces promotions; mais il faut avoir son attache, et la chose sera bien tout de même.
Monsieur le Blanc. — M. le Blanc , ministre de la guerre, penche beaucoup. On a donné des commissaires pour examiner les comptes de l'extraordinaire des guerres de la Jonché re. Il retiroit des quittances entières des officiers et donnoit des billets déclarant que le reste, qu'il ne payoit pas, étoit dû. Ces billets perdirent sur la place. On donnoit aussi des billets de banque au lieu d'argent, et des espèces dont on avoit fait le fonds. On dit que le ministre avoit permis cette manœuvre. Le ministre dit qu'il a des ordres du Régent, qu'il lui faudra montrer.
D'un autre côté il y a eu un caissier de la Jonchère (Sandrier) qui a été dépéché pour l'autre monde depuis, et qui a été trouvé noyé dans des joncs, sur un bras, de rivière, au bas d'une maison de la Jonchère. Tout cela ne vaut rien, et il n'en faut pas tant pour perdre un ministre. M. de Semblançay fut pendu du temps de François I" pour moins que cela.
Voleurs. — Pendant que le Parlement juge les cartouchiens et met dehors les voleurs contre qui la preuve manque, ces coquins vont sur les^ grands chemins et ont arrêté la diligence de Lyon depuis huit jours, tué
les postillons , et volé tous ceux qui. étoient dedans.
Il y avoit un musicien nommé Alarieux, qui jouoit trèsbien de la viole^ et qui alloit trouver chez le maréchal de Villeroy à Lyon, chez qui il est. Ils ont reconnu sa livrée, et ont dit qu'il ne falloit rien prendre à celui-là, parce que M. de Villeroy étoit un honnête homme. Tous les autres ont été pillés, et un seul officier a perdu 400 louis d'or qu'il emportoit en son pays. Ne seroit-il pas mieux de pendre tous ces voleurs dès qu'ils sont suspectés, puisqu'ils n'ont d'autre métier que de voler pour vivre?
ÂROCET. — Arouet va en Touraine, trouver M. d'Ussé à sa belle terre d'Ussé. lia vu en passant MilordBolingbrocke, qui est dans une terre en Anjou, avec M"™" de Villette, dont il est l'amant ou le mari. 11 a été charmé de Tesprit de cet Anglois, et en a écrit ici une lettre merveilleuse. Aussi a-t-il fort loué son^poëme de la LiguCy qu'il lui a lu, et qu'on imprime en Hollande, par souscription, avec de belles figures.
S'il est aussi beau que celui de Racine, nous aurons là deux grands poètes, mais deux petits hommes, car ce Racine, que j'ai vu deux ou trois fois, n'a qu'un esprit frivole et sans goût dans la conversation ; et l'autre est un fou qui méprise les Sophocle et les Corneille, qui a cru être de la Cour, qui s'est fait donner des coups de bâton, et qui ne saura jamais rien parce qu'il croit tout savoir.
8 décembre. — Mort de Madame. — Cette nuit, à trois heuresdu matin. Madame est morte àSaint-Cloud. Voilàun deuil pour toute l'Europe, non-seulement de Cour, mais de famille. Elle est bisaïeule du Roi, du moins, femme et veuve de son bisaïeul par la duchesse de Savoie, fille de Monsieur d'un premier lit dont est venue la duchesse de Bourgogne, mère du Roi. Elle est aussi sa grand'-tante. L'Espagne, la Lorraine, la Savoie, l'Angleterre, par le Hanovre, l'Électeur palatin et toutes les cours d'Allemagne, tout lui tient. Le deuil sera grand et complet de six mois entiers. Elle étoit sur sa soixante et onzième année. Le Roi
y gagne plus île 50,000 écus de pension, et il revient au Régent Fapanage de Hohtargis dont elle jouissoit
On perd ntfe -bonne princesse, et c'est chose rare.
M"* DE Chas-^elus ÀGCoùCHÉg. 3 — ta comtesse de Ghastelus, fille du Chancelier, est accouchée cette même nuit d*un fils. La Ch'ancelière est venue de poste en poste à Pai*îs. L'avocat général, son fils, a représenté son père au bapième et a nommé Tenfant pour lui. La marraine, la comtesse de Ghamant, sœur du comte dé Ghastelus. G'est un adoucissement à la disgrâce.
ACTIONS. — Les actions ont monté d'un coup jusqu'à 1,900 et 2ÎÔO0 liv., puis elles ont tombé. G'estque M. le Duc en a voulu vendre et que le maître de Tagio les a fait hausser ce jour-là^ et laissé quand il n'a plus voulu s'en défaire.
*«^ Un maître deé requêtes^ nommé Desbonnelles, qui doit 350,000 liv., àOursin, receveur-général des finances, taxé à 1,500,000 liv. a fait sa soumission de payer les 350,000 liv. en déduction delà taxe de son créancier, suivant l'arrêt qui le permet. Oursin a payé sa taxe de son fonds, et le maître des requêtes est demeuré débiteur eu argent et déshonoré.
Épitaphe DE Madame. — On a fait une épitaphe satirique contre Madame :
Ci-gît Toisiveté, la mère de tout vice.
Gela tombe sur elle, qui ne faisoit ni bien ni malàpersonnC) et sur le Régent, son fils, qui n'est pas de même.
— Il s'est fait une expérience devant les Invalides, d'une ^oomposUion qui éteint le feu et qui sera bonne contre les incendies. On a allumé tih grand feu de bois ; l'inventeur a jeté sa poudre dans une espèce de grenade^ elle à éteint la' flamme et concentré le feu, en sorte que l'on a jugé^par cette épreuve qu'il sera aisé d'apporter du secours^ aux maisons où le feu prendra, puisqu'on éteindra 4a flamme. Le premier ministre étoit présent, et on a
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tiré six coups de oanon à son arrivée. De là^ il est allé à rAcadémie Crançoise^ ou il a ratx^nté ce quMl venoit de voir, et il a été procédé à l'élection de l'abbé Houteville, à la place de Fabbé Massieu. C'est le cardinal qui Ta proposé y paroe qu'il en a ftdt son secrétaire, et on ne le croyoit pas sujet académique, depuis son livre de là Religion prouvée^ par Us faits, dont le style est de mauvais goût et d'un véritable précieux. Mais le nouveau ministre peut tout et ne doute de rien. Il a dit au Régent qu'il vouloit travailler sur la matière première afin dinstruif e le Roi, et qu'il vouloit • avoir et voir tout de la premièi^e main, sinon qu'il n'y avoit qu'à le renvoyer à Brive ou du moins à Cambrai; il fait le maître et il l'est.
L'abbé Hôuteville avoit un concurrent qui est l'abbé d'Olivet de Besançon, au^efois jéduite, sous le nom du pèreToulié, qui est son anagramme; Il a eu dix voix contre onze : le duc de la Force, qui lui avoit promis la sienne , a changé d'avis dès que le cardinal a paru incliner pour Tabbé Hôuteville , et six autres ont fait de même. Ce monsieur d'Olivet m'a dit avoir fait l'Histoire de l'Académie, depuis le temps où M. Pélisson a fini, jusqu'en 1720. Hardi quiconque le suivra. Il n'appartient pas à tout le/ monde d'être continuateur de Pélisson.
La harangue du cardinal et celle de Fontenelle ont été données au public. Celle du cardinal est bonne, d'un bon style et trè^noble. Fontenelle a parlé dans le style moderne ; il y a de l'esprit à chaque mot, et ce n'est pas là le bon. Voilà l'époque arrivée à la décadence de notre langue qui est dans la bouche des Sénèque «t des Lucain François. Dacier y est loué ironiquement, en disant qu'il avoit trouvé l'art de se rendre nécessaire à Horace, Platon et Plutarque. L'esprit de négociation y est assez bien développé, et il y a une heureuse application du cardinal d'Ossat, qui ne venoit pas de grand'chose, et qui a si bien manié la politique. Nos traités de paix des règnes [mssés
y sont déprimés comme des ouvrages de tromperie et de dissimulation, pour élever ce qu'a fait le cardinal, et ainsi les étrangers vont avoir gain de cause contre Louis XIV. Le cardinal est aussi loué sur ce qu'il a fait dans la Constitution, et il y a bien des subtilités sur l'esprit de religion. Le Roi est maigrement loué, et tout revient toujours au premier ministre qui l'instruit et qui travaille avec lui; on lui dit : « Vom vous rendez inutile le plus que vouspou* veZyï) c'est-à-dire en langage qu'on entend, qu'il apprend tout ce qu'il sait au Roi, et lui met dans la tète ces mêmes principes, en. sorte que le Roi paroit faire tout de luimême. Langage faux, précieux et guindé, si éloigné du naturel que les HoUandois ayant fait imprimer cette harangue dans la (raz6(ie, ils ont cru bonnement qu'ily avoit faute d'impression, et ont mis utile au lieu d'inutile.
Décembre. — Princesse et duchesse. — Au convoi de Madame, à Saint-Denis , il y a eu une grande discussion entre M'** de Charolois, princesse du sang, qui en faisoil les honneurs, et la duchesse d'Humières, qui l'accompagnoit. La duchesse a voulu marchera côté d'elle, la princesse a pris deux écuyers des deux côtés et a ainsi empêché l'approche de la duchesse. Lorsqu'il fallut s'agenouiller, la duchesse amis son carreau au même rang de la princesse, quiluiadit d'un ton très-haut: «qu'elle vouloit donc se mettre au-dessus d'elle? » elle a répondu qu'elle se mettoit à côté et que c'étoit son rang. On a appelé M. Dreux, maître des cérémonies, qui a dit que c'étoit la règle. La princesse n'a point été contente, elle a écrit au retour une lettre très-vive au Régent sur le respect qu'on perdoit à la maison royale et sur les usurpations des ducs. Cette affaire a renouvelé la querelle des gentilshommes et femmes de condition et des ducs et duchesses. Le comte de Charolois a dit que si quelque duc venoit chez lui, il le feroit jeter par les fenêtres. On ne parle pas de moins que d'ôter tous les honneurs aux ducs, le Roi en étant le maiire. Leduc de Saint-Simon n'est point venu au Louvre
faire les compliments au Roi sur la mort de Madame à cause de cela. M. dé Bauffremont et M. d'Alègrc ont demandé permission au Régent de draper comme les ducs ; il leur a dit : a Tous me ferez honneur et plaisir. » Il est certain que les princes du sang sont dans un ordre séparé des autres, et que, même dans les familles ordinaires, toute la famille passe toujours la première au convoi et sans mélange.
Fagonade. — Il a paru ces jours-ci une satire contre M. Fagon, qui a pour titre la Fagonade, Le poète y a mis toute la force et la vigueur de l'esprit satirique, et a fait un chef-d'œuvre de noirceur et de malice, qui doit bien irriter celui contre qui elle a été faite. Bien des gens croient que Rousseau en est auteur, et qu'on lui a envoyé 200 louis d'or pour la composer. Elle est de Tabbé Margon. Le Régent Ta lue, et a dit que c'étoit un diable qui Tavoit faite, mais que ce diable devoit être dans le corps de M. Fagon. C'est le bureau des taxes, qu'il préside, qui lui a attiré cette horrible poésie. Il y a dans les OEuvres de Rousseau une Francinade et une Picade du même goût, contre Francine et l'abbé Pic. Autrefois, on se pendoit de désespoir contre dépareilles pièces. M. Fagon ne fera qu'en rire, car, dans huit jours, il n'en sera plus question. Je la mettrai à la fin de cette année^ pour la conserver comme une pièce rare en ce genre, et pour montrer jusqu'où la fureur de l'esprit mordant et calomnieux peut se porter.
M. LE Blanc. — J'ai su que M. le Blanc se rétablit, que le duc de Chartres a dit qu'il ne pourroil travailler avec un autre, que le cardinal lui a fait une sorte d'excuse sur les lettres écrites aux trésoriers, et que' M. le Duc, qui est contre lui à cause de M"'' de Prie, fille de M""' de Pléneuf, que M. le Blanc aime toujours, et que sa fille n'aime pas, aura bien des afftiires s'il veut toujours être contre lui.
15 décembre. — Le cardinal de Bissy a publié trois volumes in-4° de mandements et autres ouvrages sur la Cons-
389 MÉMOIRE^ pÇ MATHIEU JiARAIS.
titution^ ouvrages obscups;, confus et sans lumières, mais il soutient toujours letpar^i 4e ceux qui y<Mïi fait cardinal et abbé de Saint^Gwmain des Prés. Un homme savant, qui a examiné ces livres, -y ai trouvé ^plusiéufç propositions contrerautoritéduRoi, les libertés deTÉglise Gallicane, le pouvoir des Parlements et*conti*e le Pape mênae. Il en a fait un écrit, portant dénoi^iation, en 4 articles différents, et cet écrit, dont on a tiré 300 exe^iplaires, in-^ trigue beaucoup Ifi^ Cour^ le clergé, le Parlement et Rome. 11 a été porté au prpcpreur général par un ecclésiastique, qui a offert de le^igneï?. Le procureur général Ta rendu et a dit qu'il ne se méleroit point de c§tlte affaire : il est devenu jésuite et infaillibiliste* Cette pièce est attribuée à H. Hainguy, conseiller de la Grand-Chambre; qui Ta dénié comme beau meurtre en publiô^mais je sais qu'en particulier i\ l'avoue, et qu!à un-^lopr à ripstiUition de rOratoire, il lui échappa de dire : «J'en trou verois encore bien d'autres,! si je youlois, à Ton verture du livre » . Ainsi, la guerre n'est pas encore finie^ et malgijé VélogedeFontenelle, lecardinal^ surcetteaffaire^à-ôpoorèàqui parler. On m'a dit que FonteneUe, quelqi;fês j ours avant sa harangue, lui dit : « Monseigneur^ dépèchez-vous de vous faire recevoir, car ma harangue ne vaudrait plus pien. » Il a Voit en vue ce qu'il dit de rençhcdnemerU de V Europe' que le cardinal avoit '$u retTtdre comme immobiké Et on a des avis qu'elle se : remue, à • Toecasion de Florence jet de Padoue, qui ne veulent pas s'en tenir au traité quif «les fait fiefs de l'Empire. L'orateur ne youloit pas êbne^dôns le cas deTabbé de Polignac, qui insultoi6dansisa:iNarairgueen 1704,- à sa réception, les Puissances AlUées. «.Vous voulez donc la guerre^ peuples insensés, eh bienl vous l'aurez, mais au fond de vos provinces sera la consternation et le carnage, disait*il » . Et ce n^ème an, nous perdîmes bi bataille d'Hpchstedt^ , ... M
I^Sdécemhm^ ^r M"\la duchesse d'Humières^ reçu ordre du Roi de faire, des excusQ^ 4 W^ de ChajTQlois, ce
DÉCEMBRE I7M. .. 3a?
qu^elle a fait d^uaç manière assez légère^ mais dont la princesse s'est conteniiée^ Gela ne finit pas Taffs^ire des ducs^ qui est toujours en balance^
État db ia Frange, 5 volumes. — Il parolt sur la fin de cette année un Élal de la France en 5 volumes in-^12 ; on y a fait enti*er l'histoire et la fonction de la plupart des cbarges, mais ce livre n'a pas été fait sur des iiiémoires bien exacts, et j'ai vu bien des fautes sur la charge de Grand écuyer^.sur lequel j'ai fait un Mémoire qui' servie roit bien à corriger cet article. C'est le père Ange,, augustin déchaussé ou Petit Père, qui a travaillé sur cet État de la France. Le 5^ tome* ip'est, presque qu'une ta^ ble alphabétique,qui est très-^commode, et ce goût: des tables rend utiles ces sortes de livres qui auparavant étoient hors d'usage. Ce même père travaille sur VHùtoire des grands Qfficier$y donnée par le père Anselme, son confrère, et augmentée par le sieur du Fourny. Hais nous ne verrons cela de longtemps. Bayle a bien remarqué qu'il est singulier qu'un moine retiré .du monde soU si bien informé des mariages, des enfants, desmorts^ de tant de généalogies.
M. le comte d'Esclimont (Gabriel-4én^me de Bullion), qui est revêtu delà charge de prév6t de Paris, m'est venu trouver pour lui faire un mémoire sur sa charge et prou-^ ver qu'il a droit de voix délibérative au Chàtelet et d'y présider quand il lui plait, et y opiner., t^ar le travail que j'ai fait, j^ai trouvé que cette charge est très-ancienne, très-noble, qu'elle a de très*;beaux droits, que proprement le Roi est le prévMde Paris, qu'elle ne cesse points puisque H. le procureur général est le garde de la prévôté, le siège vacant, qu'il a une séance «aux lits de justice aux pieds du chambellan, et qu'en enaiminant bien les ordonnances, il a le drdit d'opiner qu'il demande. Il y a eu des prévôts de Paris dans le règne de Hugues Capet» et il y en a toujours eu depuis. Nous en avons un catalogue fait par le Féron, augmenté depuis paij Godefroy. J'en ai vu
un exemplaire venant de la Bibliothèque de M. Baluse, qui étoit plein de notes manuscrites qu'on dit être de M. Hautin, conseiller au Chàlelet, et je l'ai aussi noté M. le lieutenant civil perdroit une partie des honneurs de sa charge, si le prévôt de Paris obtenoit ce qu'il demande. Le dais qui subsiste toujours au Chàtelet est trèsremarquable. Le parlement même n'en a point, et on n'en met au Palais que quand le Roi vient tenir son lit de justice. Ainsi le Châtelet est comme la justice ordinaire du Roi, et le prévôt de Paris est son juge. M. le comte d'Estîlimont n'est pas encore reçu, il s'est fait recevoir licencié en la Faculté de droit pour fortifier son droit d'opiner comme gradué, et à la Cour et à la ville on est bien aise qu'il réussisse. C'est un homme de mérite reconnu à la guerre, il est colonel du régiment de Provence, et il s'est instruit de tout ce qui tient à sa charge depuis deux ans, et est en état de l'exercer. J'ai fini mon Mémoire le 24 décembre.
15 décembre. — Arrêt qui commet le sieur le Fèvre, pour délivrer des quittances de finance» du rachat des boues et lanternes. Ce rachat avoit été ordonné par arrêt du mois d'août 1704. Il a eu son effets mais on n'a pas retiré les quittances de finance et on les veut donner aujourd'hui. Bien entendu qu'on payera un droit de contrôle de chaque quittance.
Autre arrêt du même jour, qui dit que les villes et corn- . munautés ne payeront plus les intérêts deleursdébitsqu'au denier 50, à commencer du 1" janvier 1721. Ce même arrêt porte que les deniers patrimoniaux et octrois des villes seront employés à payer : 1' ces arrérages ou intérêts : 2° les gages des officiers créés par Tédit d'août 1722 (ce sont ces nouveaux officiers municipaux rétablis ; on ne sauroit où prendre leurs gages, on les fait payer par les villes et il n'en coûte rien aii Roi) ; 3* le surplus au rembotirsemeiit des débits.
Autre arrêt du 15, qui permet de faire sortir des armoi-
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res^ parquets et lambris hors du royaume^ ne les ayant entendu comprendre dans la défense de faire sortir des bois.
20 décembre. — Deux arrêts. V\xn qui commet Simon Camery, pour le recouvrement des taxes de la Chambre de justice, qui n'ont point été payées en exécution de la déclaration du 18 septembre 1716, supprimée en mars 1717. Tout cela avoit tourné en taxes dont l'a plupart n'ont pas été payées. L'autre commet des commissaires pour la vente des biens des taxés, et permet d'acquérir et de payer les taxes en effets royaux.
Commissaires.
Conseillers d'État : Maîtres des Requêtes :
MM. DelaBourdonnaye, MM. Baussan, FagOD, Angran,
Macbault, La Vigerie,
d^Ormesson , Regnault,
de Harlay, Fontanier et Talhouer.
de Gaumont.
22 décembre. — Le président Le Camus, Premier président de la Cour des Aides, veuf depuis deux mois, vientde se remarier et a épousé M"' le Maître, fille du conseiller de la 4% unique et riche. Ils viennent du premier président Le Maître dont nous avons des traités de droit etqui l'étoit en 1551. 11 s'appeloit Gilles, et on dit d'eux que les le Maître s'en sont allés et que les Gilles sont restés; c'est qu'ils sont sans esprit. Il y a eu encore un célèbre président le Maître, du temps de la Ligue, qui fit rendre ce fameux arrêt du 28 juin 1593, par lequel la couronne de France fut conservée dans la maison de Bourbon, et la loi salique maintenue dans le royaume. (Blanchard, Des Présidents à mortier y 39 et 337.)
24 décembre. — Prince de Conti. — M. le prince de Conti et M"''' la princesse de Conti ont reçu chacun une lettre de cachet, pour demeurer dans l'état où ils T. lî. 25
sont jusqu'à la majorité. Auquel temps le Roi déclare qu*îl se fera instruire de leur procès qu'il évoque à lui, et qu'il leur rendra justice. Ainsi, le mari ne pourra reprendre sa femme, qui restera dans son cQuvent, et la femme ne pourra appeler de la sentence qui la déboute de la séparation. Le Roi peut bien être juge dans sa famille, et cela est juste. Le prince se préparoit à enlever sa femme, parce que les six mois du couvent étoient expirés, et elle disoit qu'elle se meltroit toute nue quand on viendroit pour la prendre, et qu'elle ne croyoit pas qu'aucun osât mettre la main sur elle. M. le Duc, frère de la princesse, n'a pas nui à ces lettres de cachet. Il y a justement un an que la querelle est arrivée, car la princesse se retira d'avec son mari le jour de Noël 1721.
FoNTENELLE. — La harauguc de Fontenelle n'est trouvée bonne nulle part, pas même par ses amis, les modernes et les guindés. Il compare, en un endroit, les lettres et dépèches du cardinal d'Ossat, que nous voyons, avec celles du cardinal Dubois que nous ne voyons point. Mais il dit que les siècles futurs les admireront et il lui dit : a Fiezvous-y, Monseigneur, etc. » et une femme d'e^^prit, en lisant cet endroit, s'écria sur-le-champ : Nage toujours et ne (y fie pas, »
Le marquis de Beaufremont, qui a été à la Bastille deux ou trois fois pendant la Régence, dit au cardinal Dubois, qu'il avoit trois choses à lui demander: cda première, permission d'aller en Espagne, où le roi d'Espagne faisoit des grands et qu'il étoi t de naissance à pouvoir en être. — F-.e cardinal lui ditqu'ilfaisoît un trop vilain temps pour voyager; il répondit qu'il ne craignoit ni les bains ni les mauvais chemins, — Eh bien ! dit le cardinal, vous n'irez point et je ne veux pas. Voyons la deuxième. — Je demande à Votre Éminence, puisque le Roi fait des cordons-bleus, à pouvoir être du nombre. Je suis de naissance à l'espérer. — Le cardinal lui répondit qu'il étoit vrai que sa maison étoit grande, mais qu'il y avoit cent personnes plus anciens
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que lui, et qui avoient des charges et des services à qui ce rang étoit dû, et (Ju'ainsi, il falloit remettre cela à un autre temps. — Accordez-môi donc la troisième, dit le marquis. Puisque je rie puis avoir d'honneurs, rendezmoi mon bien. J'ai été ruiné au visa, faites-moi donner des rentes pour celles que Ton m'a ôtées; à quoi le cardinal lui répondit : — Passez dans mon cabinet, vous verrez qu'il est plein de placets où on me demande la même chose, et je ne puis rien changer à ce qui a été décidé. Ainsi se départit le marquis, très-mécontent, d'avec le premier ministre, qui ne pouvoit répondre mieux à ses questions.
En travaillant au Mémoire du prévôt de Paris, j'ai trouvé que pendant la fjgue le duc de Mayenne avoit nommé pour prévôt deJParis, après Antoine Duprat, mort en 1590, Charles de Neuville^ baron d'Alaincourt, fils de Villeroy, secrétaire d'État, qui fut reçu en FUniversité le 13. juin 1592, où on lui donna les titres de « nobilissimus, etclarissimusetsanctaet^eligionis cath. acerrimus propugnator», et qu'ilavoitété reçu la veille, le 12juin, auparleraent et installé au Chàtelet le même jpvir. Cette réception ' se trouve tout au long «dans les registres de l'Université, mais elle n'est point ni au'Pariertient ni au Chàtelet, d'où l'on a ôtétoutce qui s^èst fait du temps de la Ligue. L'auteur du cnnQMx Journal d^ Hefiri UI et de Henri IV n'a pas manqué d'en parler^ avec son sel ordinaire. « Le vendredi 12 juin 1592, d'Alincourt, fils du secrétaire Villeroy, fit à la cour serment de prévôt de Paris et fut mis en possession par le P. de Hacqueville, accompagné de quatre conseillers. On disqit que son grand^père étoit un greffier. » Ainsi, l'Uni versiié ligueuse élevoit fort la noblesse de d'Alincourt, mais l'auteur n'en parle que comme du petit-fils d'un greffier du Chàtelet. Féron ne l'a pas mis dans le Catalogue des prévôts de Paris, et on a mis à sa place M. de LaGuesle, procureur général, le siège vacant depuis 1589 jusqu'au 1" octobre 169V, que fut reçu
JM. Jacques d^Aumont^ (ils du maréchal d'Aumont. Voilà une bonne preuve que les Villeroy étoient ligueurs et qu'ils ne viennent pas de loin.
La princesse desUrsinsest morte à Rome; son neveU; le comte de Çbalais^ qui vient d'épouser M"* de Cany, ayant encore s%>n père vivant, n'hérite pas du douaire. Le mari de cette princesse mourut très-pauvre^ dans un petit village proche Venise; on ne fit pas grand cas de sa principauté que le roi d'Espagne lui avoit accordée.
Fagonade (1).
Counoissant par sa prescience
Qu'un jour Thérétique licence
Rejetteroit avec orgueil
Un décret, lancé du fauteuil
Du pape Clément, ce saint homme.
S'il en fût au siège de Rome,
Et qu'on préféreroit Quesnel
Au vicaire de l'Eternel,
Dieu résolut dans sa colère,
Par la peste et par la misère,
De châtier cet attentat.
£t pour corriger l'apostat
Par un châtiment plus sévère,
Voyant égarés dans Paris
Et les pasteurs et les brebis,
Il Gt élever par avance
Un monstre au milieu de la France^
Qui pût devenir le fléau
De la colère du Très-Haut.
Un vieux médecin cacochyme L'engendra par l'ordre des cieux ; Il ne vivoit que de régime.
Exténué, bossu, hideux, La démarche d'un quadrupède^ Sa Ggure sembloit un zède ; "Une forêt de noirs cheveux.
(I) Celle pièce est de Fabbé Margon. {Note de Marais.)
Entourant son crâne et sa face,
Il effroyoit la populace.
Chacun croyoit à son abord,
Voir le. squelette de la Mort.
Son épouse^ plus hypocondre,
Craignant toujours de se morfondre,
Jamais n*entr*ouvrait ses châssis
Aux jours les plus beaux de l'année.
Et dans sa chambre renfermée,
Inaccessible aux vents coulis,
Ne vivoit que de Teau de riz,
Que de rhubarbe, que de manne.
Son corps éthique, diaphane.
Ne digéroit ses aliments
Qu'à Taide des médicaments.
Rarement lubriques symptômes
Animèrent ces deux fantômes ; ^
Dieu permit cependant qu'un jour.
Moins aiguillonnés de l'Amour
Que du désir d'avoir lignée,
Ils jouirent de Thyménée.
Et de ce beau couple amoureux
Naquit cet enfant malheureux,
Qu'à nos crimes toujours funeste.
Donna la colère céleste.
Tous les sels les plus corrosifs.
Les plus âpres, les plus actifs,
Sucs de toute plante en racine,
Élixirs de la médecine,
Et de ses infirmes parents
Les ordinaires aliments.
Passant dans leur progéniture,
La substance qui l'engendra.
Mixte de toute humeur impure,
Est déjà le fatal augure.
Des grands maux qu'elle répandra.
Au venin qui bout dans ses veines
Se joignit l'esprit d'Attila,
Et sur lui l'enfer exhala
Du souffle impur de ses haleines l
Les sept fameux péchés mortels,
Les sentiments les plus cruels
Des âmes les plus inhumaines.
Nulle vertu de ses ayeux, Ses parents dans un corps hideux Portant un cœur droit et siinçère ; Tous leurs soins ont été trahis^ Et les difformités du père Ont passé dans l'âme du fils ; Réprouvé, maudit dès l'enfance Par les auteurs de sa naissance, L'âge fit croître ses défauts.
Inhabile à toute science, On réleva dans les bureaux, Au grimoire de la finance, Car si par un fatal destin 11 fût devenu médecin, Pis que peste, famine et guerre, " On l'eût vu dépeupler la terre, Mais par le décret du Seigneur, Qui ne veut la mort du pécheur, Il le fit naître en cet empire.
Pour dépouiller, non pour détruire, Pour ces odieux tribunaux, Source de misère et de maux.
Chambres de taxe et dç jqstice.
Aux juges retrancher l'épice, .
Et le salaire au serviteur.
Rendre un créancier débiteur.
Mettre un innocent dans les chaînes, Favoriser les trahisons, De proscrits peupler les prisons.
Innover tortures et gênes, Récompenser les tours subtils Des délateurs, des alguazjls, ^ Donner des avis hpnaiçides, Pour accun^uler Içss subsides, Sur tout état, sur tout labeur.
Susciter collecteurs avides, Qu'on verra sur nos champs arides, Porter la faim et la terreur Dans ces cabanes ruinées.
Enlever des gerbes glanées, Prix de la sueur e^ du sang De ces veuves abandonnées, Qui nourrissent de leurs journées
Les truits malheureux de leur flanc.
Abusant du pouvoir suprême, Soutenir que par ce moyen, Le Roi rapportant à lui-même, Le quint, la dîme, le centième.
En prenant tout ne devra rien.
Que de maux fera-t-ii encore, Que de revers, que de malheurs !
Non^ de la botte de Pandore On vit exhaler moins d'horreurs.
Pour voiler aux yeux du vulgaire L'âme cupide et mercenaire De ce monstre exterminateur.
Dieu lui fit un front séducteur. Où, sous le masque d'hypocrite.
De mine basse, hétéroclite, Moins un homme qu'un embryon.
On voit l'esprit de faction, L'avidité, la fourberie.
L*air dissimulé, patelin.
Le ris sardonique et malin; Tout bonheur l'aigrit et le choque, Les jours qu'il passe sans époque De quelque désastre fameux.
Sont pour lui des jours malheureux.
Voit-on naître sur son visage Certain air de sérénité.
Tremblez, mortels, il vous présage La publique calamité ! ,
Se voit-il déjà sur les traces Des Colbert et des Desmarests, Arriver aux premières places.
Par les routes des Bourvalais ?
Dissimulé dans ses projets, Il aspire au temps favorable D'un gouvernement plus durable, Pour être par autorité Méchant avec sécurité.
Dans une si cruelle attente La rage éclate malgré lui, Tout l'agite, tout. le tourmente, .
Se voyant réduit aujourd'hui A faire le mal par autrui.
Regardez ce front anathème De fiel et de bile pétri, N'est-ce pas l'Envie elle-même, Au sombre regard, au teint blême, Qui dévore son cœur flétri?
Souvent, pour amener au piège,
Cachant ses funestes desseins.
Il flatte, recherche, protégé
Celui qui veut prêter les mains
Pour dépouiller tous les humains.
Mais, par un dernier sacrifice.
Tous ces fauteurs de maléfice.
Qui par lui semblent protégés.
Seront, pour prix de leur service.
De sa propre main égorgés.
Enfin, le ciel dans sa clémence.
Exauçant nos cris et nos.vœux.
Un jour délivrera la France,
De ce mirmidon furieux.
Si cette ville plus soumise.
Sans faire schisme dans l'Église,
Accepte d'esprit et de cœur
Le décret du premier pasteur.
Le bras céleste qui nous frappe.
Ne répandant que des bienfaits,
Trouvera son arc et ses traits
Contre l'avorton d'Esculape.
Et pour que les noires vapeurs
Des principes empoisonneurs.
Dont sa chair fut toujours empreinte,
Ne pestifèrent l'univers,
S'il étoit mis en terre sainte,
Qu'un démon sorti des enfers.
Quand il rendra son âme au diable.
Emportant soudain dans les airs
Cette charogue abominable,
La jette au fond du lac croupi.
Aux déserts du Mississipi. (Dec. 1722/