‹ Journal et mémoires de Mathieu Marais, avocat au Parlement de Paris, sur la régence et le règne de Louis XV (1715-1737) (volume 3)Chapitre 19 sur 19 · JUIN I7M · texte numérisé non relu

JUIN I7M

En même temps^ ce prince a satisfait un autre goût. Il avoit vu au sacre^ à Reims^ de beaux tableaux originaux dans l'église cathédrale. Il n'a pas eu de cesse qu'il ne les ait eus et qu'il en ait dépouillé cette église^ comme il a fait de celle de Narbonne. Le chapitre lui a accordé un Titien de quatorze pieds de long, un Corrége, etdesta^ bleaux d'autres grands maltre;3> dont il leur donnera de belles copies, qui seront encore trop bonnes pour des Champenois, et il donnera au chapitre sa protection pour le surplus. Il a quitté sa nouvelle maîtresse à Saint-Cloud pour venir voir ces tableaux à Paris, et on ne sait pas quelle est la plus forte des deux passions. Les connoisseurs sont étonnés de ce qu'avec ce goût pour la peinture, il n'en ait aucun pour l'arrangement, mettant un tableau de dévotion auprès d'une nudité, un tableau de grande architecture auprès d'un paysage, et ainsi du reste. Il ne se plait qu'à en amasser beaucoup. On m'a dit qu'étant en Espagne, il eut la permission de faire copier un original excellent qui étoit à l'Escurial, et qu'il eut dessein de faire mettre la copie à la place de l'original, mais que les religieux s'en étant aperçus, ils firent arrêter le peintre et le mirent à Tlnquisition.

15 juin. — Dictionnaire db gohmergb; Paris, 1723, chez Etienne.— M. l'abbé Sa vary, chanoine de SaintMaur, m'a fait présent du Dictionnaire de commerce, en 2 volumes in-folio, commencé par M. son frère et fini par lui. C'est un ouvrage merveilleux et sans exemple en France. Il met à la tête une préface historique sur le commerce, où il y a une belle description du commerce des Hollandois et de celui que le czar fait aujourd'hui, et qui mérite d'être au nombre de ces cinq ou six préfaces qu'on regarde comme des chefs-d'œuvre. On trouve dans ce livre la fabrique des cent vingt-quatre métiers qui sont à Paris, les outils, les statuts, etc. Ainsi, on peut apprendre le métier que l'on veut : il y a une recherche curieuse du commerce dechaque province et villede France, et une en-

core plus curieuse de tout le commerce, éti^Dgérqui se fait par chaque nation dalois les quatre parties du monde. On y a fait entrer les prescriptions de Colbert sur les tiaras et les chevaux ; enfin, il y a une abondance de choses nouvelles et presque inconnues. Le style en est pur, facile, agréable, intelligible et déchargé de mille crédulités populaires et des faussetés des voyageurs. La France est bien ornée d'un pareil livre. 11 a été imprimé par souscription.

Mirliton. — Il s'est répandu un nouveau vaudeville qu'on appelle le Mirliton. On y fait des couplets de toutes les sortes, et il y en a sur toute la Cour, qui y est fort maltraitée, sans épargner les princesses. Un'poëte en a fait sur le Jugement de Paris. En voici quelques couplets, que faisoit entendre la fin de ce Mirliton , qui est fort impertinent et licencieux :

Le berger aux trois déesses Fit ôter les cotillons ;

Il vit trois paires de f

Et trois paires de t.. . . ,

Et; trots mirlitons, mirlit^e,

Et trois mirlitons, ton ton.

D'une pareille corvée , Paris ne s'épouvanta, Mais il fut tête levée

Et tour à tour feuilleta

Chaque mirliton, etc.

Juuon promet la richesse Au jeune berger Paris, Pallas vante la sagesse.

Mais qu'offrit dame Cypris?

Un beau mirliton, etc. . . .

— A cette douce parole On vit le combat cesser, Car Paris étoit un drdle Qui se faisoit dul fesser Pour un mirliton, etc.

Un homme de la Cour, qui a voulu venger outies les darnes^ a fait un couplet contre l'auteur inconnu, qu'on soupçonne pourtant être M. de Meuse :

Les sottises que tu craches, Auteur anonyme et plat.

Sentent de loin le bardache - Qui voudroit qu'on laissât là Tous les mirlitons, etc.

On fit contre Bussy un pareil cpuplet :

On ne fait pas sur Monglat

Des chansons de débauche ;

Savezvous pourquoi cela ?

C*est que Bussy Fauteur la chevauche,

Chevauche, chevauche.

Il y a un cpuplet sur la nouvelle maltresse du duc d'Orléans :

La Sabran, pourquoi produire Houel au défunt Régent.^ Ne devais-tu pas l'instruire Qu'il rate depuis longtemps Tous les mirlitons ? etc.

HouEL. — On sait qu'il lui a donné 12,000 francs de rentes sur la ville, qu'il est content de dormir auprès d'elle, et qu'elle en est aussi très-contente. A peine avoit-elle une chemise, et à présent elle a les plus belles garnitures du monde. Elle est grande, bien faite, possède de belles dents^ mais elle est brune et n'est pas belle de visage. Elle n'a que seize ans.

Le cardinal Dubois. -^ Le cardinal a toujours son même mal; il jette du pus par les urines. Les uns disent qu'il ne peut pas vivre; d'autres disent qu'il vivra, et cependant, il vit et jouit de toute son autorité. Les cardinaux de Richelieu et Mazarin n'en étoient pas moins ministres, quoique malades. On lui vient dejdonner l'abbaye

de Saint- Bertin de Saint-Omer, qui étoiten règle, et qui est de 100,000 francs de rente.

Cardinales os apertum habent ad omnia bénéficia.

32 juin. — On a publié une déclaration du Roi qui permet à ceux qui ont des quittances de finance produisant intérêts y de prendre des lettres de ratification au grand sceau, et que les créanciers pourront s'y opposer comme pour les rentes de la ville et augmentations de gages, et qu'il en sera usé comme pour les offices dans la distribution, suivant l'édit de 1683. Ainsi, voilà un immeuble nouveau en France.

Arrêt du 7 juin, qui met toutes les dettes dues aux communautés, supprimées, sur les rentes des tailles. Et notez qu'on ne paye pas ces rentes.

Foins. — Ordonnance du 29 mai, qui permet de faucher les foins avant la Saint -Jean, sans en demander permission aux seigneurs ni aux capitaines des chasses et aux officiers, à cause de la sécheresse de l'année et l'espérance du regain. Ordonnance remarquable à cause des pontes de perdrix et des chasses.

Cardinal Bissy. — Le Parlement, ayant voulu prendre connoissance de Vlnsiruction pastorale du cardinal de Bissy, dénoncée par les écrits anonymes de l'abbé Mainguy, le conseil a nommé des commissaires, qui ont examiné l'Instruction et les écrits, et sur cet examen il a été rendu un arrêt du' conseil, le 23 mai, qui condamne les deux écrits comme libelles diffamatoires , calomnieux, remplis de déclamations fausses et scandaleuses, injurieuses à la personne du cardinal de Bissy et même au Saint-Siège et à l'ordre épiscopal, séditieux, tendant à révolteet contraires aux bon nés. mœurs : en conséquence, les supprime. L'arrêt ordonne encore qu'il sera procédé extraordinairement, tant contre ceux qui ont composé que contre ceux qui ont imprimé. Dans le Vu de l'arrêt, le Roi déclare que, bien loin que Vlnsiruction pastorale

contienne rien qui puisse donner le moindre fondement aux accusations formées par les deux écrits, elle s'explique, au contraire, en plusieurs endroits, très-clairement pour les maximes les plus conformes au droit de la couronne et aux libertés de l'Église de France, et S. M. voulant réprimer l'abus de semblables libelles, et rendre en même temps à V Instruction du cardinal de Bissy le témoignage qu'elle mérite : ouï le rapporteur, etc. » Ainsi, on a vu'le conseil juger la matière des libertés gallicanes, et décider sur l'instruction d'un évèque que Ton déclare bonne, pendant que le Parlement la soutenoit absolument contraire aux libertés. Exemple bien nouveau et bien périlleux en France : Rome nous domine plus que jamais. Nos libertés s'en vont, et nous allons tomber dans rinfaillibilité. Toutes ces qualifications doivent bien fâcher l'abbé Mainguy, qui est le vrai auteur de la dénonciation, et contre lequel il est dit, en général, qu'il sera procédé extraordinairement.

Il a paru, quelque temps après, une dénonciation de VInstruction pastorale de M. le cardinal de Bissy et de plusieurs autres écrits, pernicieux à TÉglise et à l'État, contenant 94 pages in-4*. Elle est bien écrite, sans doute de la main d'un jurisconsulte, hors la conclusion, qui recommence l'ouvrage et marque une aigreur qui ne peut finir. Les endroits de VInstruction sont cités au long, et on est bien surpris de l'arrêt qui Ta trouvée bien gallicane, car tout y est romain, italien; le pape y est infaillible et nos plus grands usages et les plus communs au Parlement, sont violemment attaqués. Cette nouvelle dénonciation est enveloppée dans la condamnation qui condamne les ouvrages semblables.

En parlant de la 1" dénonciation, elle dit : « L'illustre auteur de cet ouvrage », et démasque ainsi l'abbé qui a voulu se cacher.

Les gages des offices municipaux se prenant sur les octrois des villes, arrêt du 7 juin, qui ordonne qu'ils y se-

ront pris, nonobstant tous autres mandements des maires et échevins ; on n'en excepte pas une seule des dettes qui se prélèvent sur ces octrois.

Arrêt du Parlement, du 22 juin, qui a condamné un laquais à être mis au carcan avec cet écriteau : Laquais insolent etséditieuwy pour avoir fait rébellion, lors du transport de deux prisonniers voleurs. — C'est une terrible race que celle des laquais à Paris.

SÉGUiER. — Le chancelier Séguier avoit eu autrefois Taliénation des aides de Romorantin ; le Roi les a réunis^ et on donne aux ducs de Sully et deCoislin, ses héritiers, 12^000 livres de rentes liquidées par arrêt du 8 septembre 1722, qu'on a rendu public ces jours-ci. On s'attache fort à remettre le Roi dans tous ses droits : on n'y souffre pas la moindre contravention, et comme les élus favorisent quelquefois le peuple contre les commis^ le conseil évoque tout, sans passer par la cour des aides, eï prononce avec rigueur la confiscation et les amendes, suivant l'ordonnance. H y en a vingt arrêts dans ce mois de juin et celui de mai.

Arrêt du 22 juin, qui renouvelle les défenses d'imprimer dans le royaume aucuns livres ni livrets, sans permission. (Défenses inutiles.)

Ordonnance du Roi, du 21i juin, qui augmente le prix des postes à 30 sols par cheval, pour un an, à cause de la rareté des foins.

Gbages du sacre. — Le Roi a accordé plusieurs gr&ces au sacre. La règle est de les faire enregistrer dans les trois mois, ce que plusieurs n'ayant pu faire, il y a eu une déclaration du 15 mai , régularisée le 26, qui donne encoretrois mois du jour de l'enregistrement de cette déclaration, pour présenter les lettres aux cours et juges à qui elles sont adressées. Cela apprend l'usage de ces grâces du sacre que l'on ne savoit point. J'en ai parlé dans le temps.

Droits du Roi. — Lettres patentes du 4 mai, régis-

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trées en la cour des Aides^ le 12 juin^ qui défendent de mettre en liberté les rebelles pour les droits du Roi avant le jugement définitif. Ces lettres sont données sur deux arrêts, dont l'un, du 26 mars 1720, rendu au rapport du S' Law, contrôleur général des finances. On a donc vu encore le nom de ce misérable, dans les registres de la cour des Aides et dans le public, au lieu qu'il en devroit être effacé pour toujours.

Avignon. — L'Université d'Avignon ayant entrepris de donner des licences en droit, contre les règles, et sans observer les temps, arrêt du 12 juin, qui ordonne qu^elle se conformera à la déclaration de 1679, et que les licences contraires seront punies dans les tribunaux de France. Entreprise du Conseil sur le Parlement. L'arrêt cache les lettres patentes de juillet 1650 et avril 1698, qui confirment les privilèges de. cette Université, et dit que tous ses suppôts jouiront des privilèges de celle de France, pourvu qu'ils soient naturels françois ou natifs de la ville d'Avignon et Comtat Venaissin.

Sainte-Maure. — Le prince Cliarles, grand-écuyer, étant obligé de faire quelques remèdes à Paris, le jeune comte de Sainte-Maure, reçu en survivance de la charge de premier écuyer de la grande écurie, l'a représenté à la Cour. Un de ces jours derniers, ne s'étant point trouvé dans le moment que le Roi montoit à cheval, le S^ de Goyon, commandant de la grande écurie, a monté le Roi, et dans le temps qu'il étoit près de l'asseoir sur son cheval, est arrivé le jeune comte, quia déplacé Goyon, quoique le service commencé ne s'interrompe jamais : le Roi en a pensé tomber ; Goyon a dit au comte : « Vous êtes bien vif.» Le Roi, qui ne cherche qu'à s'amuser, dit à M. de Brissac, lieutenant des gardes du corps, de se mettre à côté de lui, et qu'ils joueroient au 30 et 40, tout en allant à la chasse. Le comte, à qui il appartient d'être auprès du Roi potlr sa charge, a voulu faire retirer Brissac, qui a eu une bonne excuse dans l'ordre du Roi : ensuite

le comte a passé aux officiers des gardes du corps, à qui il a disputé leurs places : il n'y a pas plus gagné : à la fin delà chasse, ila dit à Goyon de venir prendre son ordre ; il s'en est moqué; enfin, cinq ou six jours après, le jeune comte s'est avisé d'appeler Goyon en duel, par une lettre bien écrite : il Taltendoit dans Tavenue de Versailles à Saint-Cloud. L'autre, ayant répondu qu'il n'acceptoit point de rendez-vous, mais qu'il sortoit tous les jours tout seul et qu'on pou voit lui parler, le comte a envoyé un laquais à Goyon, lui dire qu'il l'attendoit : même réponse, hors qu'il dit au laquais qu'il jouoit à se faire envoyer aux galères, et qu'il l'eût fait arrêter s'iln'avoit la livrée du Roi. Le comte s'étoit vanté le matin, à Versailles, .qu'il se battroit dans le jour, Téouyer étant venuàMeudon, d'où le Roi envoya un exempt, M. de Menou, arrêter M. de Goyon chez lui. Le lendemain, Goyon remit entre les mains du prince Charles la lettre d'appel, et le prince la remit entre les mains du comte de Sainte-Maure, oncle, en présence du neveu. Ainsi s'est terminée cette affaire, étourderie d'un jeune homme qui a pensé se perdre. Son oncle dit au prince : « C'est que mon neveu est brave, » mais on A'a pas trouvé de bravoure dans tout cet éclat.' Il étoit même, lui, sixième, dans l'avenue, à ce qu'on a su. Cela a ramené une histoire de l'oncle qui, ayant voulu se battre contre M. de Chamarante, ne s'y trouva poiïit. Il envoya un autre homme à sa place, que Chamarante tua.

Après tout , cette affaire n'a pas fait non plus d'honneur à Goyon, qui a montré lalettre. Un des premiers officiers des gardes du corps m'a dit à l'oreille : a Ce sont combats d'écuyers cavaleadoiirs. »

Le Blanc. Breteuil. — Le 2 juillet, H. Le Blanc, ministre de la guerre, a été exilé, et l'on a mis à sa place

M. de Breteuil, intendant de Limoges. Tous les officiers isont affligés, mais il y a longtemps qu'on songeoit à ce déplacement^ et que le successeur étoit désigné^ pour les services secrets qu'il a rendus au premier ministre. On ne , doute pas que l'affaire de la Jonchère n'ait grande part à cette disgrâce. M. de la^ Vrillière a porté la lettre de cachet à M. Le Blanc chez l'archevêque de Vienne, chez qui il dlnoit. Son exil est dans la terre de Doux, proche Coulommiers, qui est une terre du marquis de Tresnel, son gendre. Il a trouvé proche Meaux, à six heures du matin, le 3, le comte d'Évreux, qui venoitde Mousseaux à Paris, et qu^ ne savoit point la nouvelle. Le comte d'Évreux, qui n'étoit pas son ami, n'a pas laissé de lui faire bien des honnêtetés et de lui offrir bonne compagnie qui étoit restée à Mousseaux. L'ex«ministre a cru qu'on se moquoit de lui ; mais cela étoit tout naturel, et voilà un des premiers maux de son exil.

Breteuil. — Tout le monde est surpris du successeur, qui ne sait rien de la guerre, mais il a de l'esprit et de la politesse, et on croit qu'il réussira. Sa femme est Charpentier, fille du boucher des Invalides, que sa mère lui a fait épouser malgré lui : et on a déjà dit en riant que, sous son ministère, l'es Invalides auroient de bonne viande. Les railleurs ne dévoient pas manquer ce mot.

Belle-Isle. — Le fameux M. de Belle-Isle, qui gouverneroit tout, tombe aussi dans la disgrâce. Il étoit de part avec M. Le Blanc et la Jonchère. On dit qu'il y avoit un écrit entre eux, portant que la Jonchère aruroit une indemnité, au cas que les événements fussent malheureux. Adieu la belle maison qu'il élevoit, cpmme rivale du Louvre, sur le quai de Saint-Gratien, et qui lui a tant coûté d'argent, adieu tous ces échanges et ces domaines, et apanages de Brie qu'on lui a donnés pour Belle-Isle. On dit que le Roi a dit qu'il falloit le loger à la Bastille, en attendant que sa maison fût achevée, et on fait déjà son décompte sur Belle-Isle. Il a joui de grands revenus

des domaines, il a tiré plus de deux millions de la caisse de Textraordinaire des guerres. Le voilà payé, et il faut qu'il rende tous les domaines qui lui ont été aliénés^ et Belle-Isle restera au Roi. Il y a soixante-dix ans que son grand-père pensa périr pour ce même Belle-Isle. Le bruit se répand qu'il est arrêté et assigné pour être jugé par la commission de la Jonchère : cela n'honore pas le mestre de camp général des dragons ; personne ne le plaint, et' tout le monde plaint M. Le Blanc, qui a rendu service à tous les officiers. Ce dernier sort peu riche en apparence; il n'a qu'une fille, mariée au marquis de Tresnel, homme de condition et fort riche. Cette fille étoit arrogante, et les femmes ne sont pas fâchées de la voir déchue.

On a ôté l'intendance de Bordeaux au président Boucher, de la cour des Aides, beau-frère de M. Le Blanc, qui Tavoit eue contre la règle de n'en donner qu'aux maîtres des requêtes. On parle de je ne sais quel abus sur la Monnoie, qui est affaire bien délicate. Les deux autres frères de M. Le Blanc sont évêques, l'un d'Avranches, l'autre de Sarlat, mais on n'ôte point des évèchés, et ils restent évêques.

BissY. — A propos de l'arrêt du 23 mai qui justifie Vlnstmclian du cardinal de Bissy, un père de l'Oratoire, vieux prédicateur et diseur de contes, a dit : ce C'est comme si le Roi nous ordonnoit de croire que M. le Duc a deux bons yeux, que le prince de Conti n'est point bossu, et que le duc du Maine a de bonnes jambes. »

Inès en mirliton. — M"*® du Deffand, qui a de l'esprit et du badinage, s'est avisée de mettre la tragédie d'Inès en mirlitons (l). L'idée en est plaisante, et tourne doucement en ridicùlecette pièce tant vantée, qui est plutôtuuf roman qu'une tragédie. La Mothe se console, et dit qu'on a bien mis V Enéide en vers burlesques, et il ressemble du moins

(1) Cette pièce se trouve au Recueil Maurepas, et est imprimée dans les Pièces intéressantes peu connues, (Delà Place.)

à Virgile par cet endroit-là. On continue toujours de pleurer à cette pièce , sans s'apercevoir du faux qui y règne partout^ et que c'est Baron qui fait pleureretnon les vers, qui ne sont point des vers, mais une prose cadencée de roman où on a mis des rimes, que Baron fait sonner comme les meilleurs vers du monde.

MIBL1T0N SUR LE CÀBDINÀL.

L'autre jour La Pyronie, Eq sondant le cardinal, Dit : Monseigneur, la vessie Est atteinte d'un grand mal, Et le mirliton, etc.

Mercredi^ 1 juillet. — Talhouet. — Les commissaires de M. de Talhouet se sont assemblés : Talhouet a été décrété de prise de corps, et en même temps on a aussi décrété l'abbé Clément, conseiller honoraire du Grand- Conseil, qui a travaillé aussi au Visa, et il a été arrêté surle-champ et mené à la Bastille. Cet abbé est fils de Clément, fameux accoucheur, qui ne le délivrera pas de cette prison : •elle n'est pas facilipara : on a découvert qu'il étoit marié et a voit quatre enfants. Il a donné démission de ses bénéfices, dont l'un a été confié à l'abbé Venido, bénédictin défroqué, et créature du cardinal. L'abbé avoit l'esprit si libre, quand on l'arrêta, qu'il amusa M. d'Argenson, pour lui montrer un poulet qu'il faisait éclore. Il aime la physique, la chimie et a quelque part un fourneau où il a mis les actions en charbon.

8 juillet. — MaItres des requêtes. — Les maîtres des requêtes se sont assemblés le 8, pour demander que leur confrère fût jugé parle Parlement, avec qui ils font corps. Le Grand-Conseil en a fait autant pour juger l'abbé, qui est de leur compagnie, mais ils n'obtiendront rien et le Roi évoquera tout, et renverra aux commissaires qu'il a nommés. Il y a un beau prétexte sur ce qu'on ne jugeroit pas les d^ux criminels pn 4§ux juridictions diffé-

rentes; c'est que le Parlement n'a pas voulu connoltre des actions.

Taluouet. — Talhouet n'a pas voulu répondre aux commissaires ; a clécliné leur juridiction ^ et demandé d'être renvoyé au Parlement. Cette procédure lui donnera quelque temps pour méditer sa défense.

Clément. — L'abbé Clément a répondu, mais il a dit que c'étoit sans préjudicier à son privilège. Il est convaincu du fait et des actions qu'il a prises, et des billets de liquidation qu'il s'est appliqués. J'ai vu dans les Opusr cules de Loysel (p. 710), les conclusions de M. Dumesnil, avocat général, contre un président AUaman, de la Grande Chambre des comptes, qui étoit accusé de crimes à peu près semblables, concussion, péculat, etc.; elles sont trèssingulièrement travaillées; il conclut à la mort; mais l'arrêt n'ordonna que l'incapacité de posséder des charges, avec une amende de 60,000 livres et une réparation publique àM. Dumesnil en l'audience de la Grande-Chambre (en 1569).

Bëlle-Isle. Billet. — On dit que M. de Belle-Isle a donné à la Jonchère un billet en ces termes, qui a été* trouvé sous les pelles : « J'ai reçu de M. de la Jonchère la somme de 1,800,000 livres en espèces, pour laquelle somme je lui ai donné des billets de banque dont je lui r8rai tenir compte par ses supérieura. » Voilà un mauvais billet pour le trésorier et pour la partie prenante. On conte de la fameuse Ninon qu'elle avoit donné un billet au marquis de la Châtre, où elle lui promettoit de n'avr^ir jamais d'amants; elle manqua bientôt de parole, et f'icrioit au milieu de ses plaisirs : « Ah ! le bon billet Zo'a. la Châtre. » On en pourroit dire autant du billet de Belle-Isle ; il ne se montre plus à la cour, et le duc d'Orî^ans a dit qu'il ne lui eii vouloit pas, parce qu'il n'avoit rien de bon à lui dire.

HouEL. — La nouvelle maltresse du duc d'Orléans est si neuve que, se promenant avec lui, et ayant rencontré

Mitton , l'intepdant de Toulon, qu'elle salua , elle dit au prince : « Saluez-le donc, c'est notre intendant. »

Inès. — J'ai vu la tragédie d'/nés, qui fait pleurer tout Paris : je n'y ai point pleuré : les situations sont assez touchantes^ mais les vers lAches, plats, allongés. Il n'y a ni force, ni élégance, ni précision, et c'est à Taction de Baron et de la Duclos qu'est dû tout ce succès.

Petite vérole. — H y a plusieurs malades de la petite vérole. Beaucoup en meurent. L'abbé de Saint-Gervais, le comte de Bissy en sont morts, et M"' de Lunati ; mais on dit qu'elle a péri dans le combat des deux sœurs qui l'ont emportée en même temps : la grande et la petite.

Le duc de Chartres a dit qu'il ne vouloit point travailler avec le nouveau ministre de la guerre, parce qu'il faudroit un tiers entre eux deux pour les instruire; à la fin, il a cédé.

Indiennes. — Toutes les femmes ayant recommencé à porter aux Tuileries et aux spectacles des robes d'indienne, quoique cent fois défendues, il a fallu renouveler les défenses par un arrêt du 5 juillet , dont on se moquera dans trois mois.

Or. — Il y a un désordre extraordinaire sur les espèces ; on ne voit que de l'or et point d'argent blanc , et sur les ports et dans les marchés, on ne veut point d'or. C'est que les billonneurs ont démarqué les anciens louis, les étrangers les ont altérés, et pour cinq sols par livre, ils ont trouvé moyen de faire d'un louis de 36 livres un louis de 45. Voilà où le rehaussement des monnoies nous a mis.

Dijon. — On m'adonne l'arrêt du 27 septembre 1722, qui a jugé le grand procès de l'Université qu'on vouloit établir à Dijon, et que les jésuites ont perdu. Voici ce qu'il porte : Le Roi étant en son conseil, de l'avis M. le duc d'Orléans, régent, n'ayant aucunement égard aux représentations des Universités de Paris, Besançon et autres, a or-

donné et ordonne que rétablissement d'une Université en la ville de Dijon n'aura lieu que pour la Faculté de droit seulement, et seront à cet effet toutes les lettres nécessaires expédiées.

Maîtres des requêtes. — Il se répand un bruit sur ce que Ton pourra encore décréter d'autres maîtres des requêtes pour l'affaire du Visa, qui sont ceux dont on a parlé d'abord. Cependant ils font bonne mine dans le public, et je me suis trouvé avec un d'eux à un souper où il ne me parla que de cette affaire et des friponneries de Talhouet et de Clément. Je le nommerai si on le décrète.

Moisson. — Les ouvriers soiit si rares pour la moisson, qu'il a fallu donner un arrêt le 28 juin, pour faire cesser plusieurs manufactures en Normandie, depuis le 1" juillet jusqu'au 13 septembre prochain : il est très-remarquable qu'on travaille aux habits qui couvrent le corps et on néglige de le nourrir.

Dimanche 11. — J'ai encore fait une petite pierre qui m'a fait assez mal au passage.

Mercredi, 14 juillet. — Bklle-Isle. — Les commissaires pour l'affaire de la Jonchère s' étant assemblés, on a décrété M. de Belle-Isle d'ajournement personnel, et son autre frère, appelé le chevalier de Belle-Isle,qui se mèloit de ses affaires. M. Le Blanc a pensé l'être aussi d'assigné pour être ouï : il y avoit huit voix pour le décret contre lui, mais un des huit étant revenu, a passé aux six, ce qui a fait partage, et il n'y a point eu matière criminelle. On est venu à choisir le plus doux et il n'a point été décrété. Mais il n'en est pas quitte. On dit que le cardinal n'est pas content de ce partage, ni de celui qui l'a causé. On l'attribue à M. de Rouillé, maître des requêtes, qui a beaucoup d'esprit et de capacité. C'est celui qui est dans les postes.

Talhouet. — M. de Talhouet continue à ne point répondre et à persister dans son privilège. Il a été ordonné

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que son procès lui sera fait comme à un muet : on lui a fait les trois sommations de Tordonnance, et l'instruction se fait en cet état. H. Fouquet fit de même, et on ne laissa pas de lui donner un conseil et de juger les récusations. Dans son interrogatoire sur la sellette, il ne voulut pas prêter serment, ni dire son nom; il n'en fut pas moins jugé.

L'abbé Fleury. Lavignb, avocat. — M. Tabbé Fleury, ci-devant confesseur du Roi, auteur de Y Histoire de VÈglise, dont ily adéjà vingt volumes in-4* et dont le vingt et unième est prêt à paraître, et de plusieurs autres excellents ouvrages, est mort. Il étoit de TAcadémie françoise. C'est une grande perte. 11 a écrit avec fidélité, sincérité, et dans une sublime simplicité. Les dissertations qu'il a insérées dans son Histoire de F Église sont admirables. Son Institution du droit ecclésia^ti^e est un chef-d^œuvre. Il a parlé dans son testament d'un traité sur les libertés de TÉglise gallicane, commencépar M. de Heaux (Bossuet), et qu'il a achevé. Il y a eu une] lettre de cachet expédiée pour tirer ce manuscrit des mains de H. de Lavigne, avocat, un de nos plus illustres confrères, exécuteur testamentaire. H. de Lavigne a répondu à M. d'Argenson qu'il ne Tavoit pas. Ce dernier lui a demandé ce qu'il en avoit fait. M. de Lavigne a dit que la lettre de cachet ne portoit pas qu'il seroit interrogé. On a fouillé chez lui et on n'a rien trouvé. On ne veut plus entendre parler de noslibertés, qui sont sacrifiées auPape (1) .

AuBRY, AVOCAT. ( 3^ Chambre des Enquêtes). — Aubry, avocat y qui plaide très- bien, ayant plaidé une cause contre l'abbé d'Armaillé el^dit quelques traits qui n'ont pas plu à Tabbé, quelques jours après, l'abbé l'a rencontré dans la salle du Palais et dit, passant près de lui, et parlant à un de ses amis : ce M. icn te{ a bien étrillé un

(I) Voir sur ce fait Barbieri t. !«', p. 289, 290.

Ci avocat, qui a mal parlé de lui, et lui a donné bien des « coups de b&ton, en voilà un à qui il en faudrait faire « autant; » ce quil ^t^ en montrant Âubry.

Sur-le-champ , Aubry alla se plaindre au Parquet de cette insulte. Messieurs les gens du Roi sont entrés à la Grand-Chambre^ et ont demandé qu*il en fût informé, et l'information a été faite dans le moment. M. d'Ârmaillé, conseiller de la Grande-Chambre, frère de Tabbé, a été faire satisfaction à M. Aubry, chez lui, et l'affaire s'est accommodée par son désistement, moyennant que Tabbé ira aussi chez le bâtonnier lui faire une satisfaction pour tout le corps.

ViLLARS. — M. le maréchal de Villars a été fait grand d'Espagne. Il est environné de toutes sortes de dignités et d'honneurs, sans compter ses batailles qui l'accompagnent toujours.

Vendredi 16. — Duc d'Estrées. — Le duc d'Estrées est mort presque subitement chez un de ses amis. C'étoit un mauvais sujet. Il n'a point d'enfants. Il s'étoit épuisé avec une femme, le jour de sa mort. Il se trouva mal : on le saigna, ne sachant point son état, et sa duché-pairie passe au maréchal d'Estrées, quiTauraen la payant aux sœurs et aux créanciers.

Lundi 19. — Talhouet. — Un de Messieurs les commissaires de la chambre de l'Arsenal qui doit jugerM. de Talhouet et les commis , m'est venu demander mon avis sur cette affaire. Je l'ai examinée : j'ai trouvé que la fonction du commissaire étoit cessée au 15 septembre 1722, qu il n'y a point eu de renouvellement pour M. de Talhouet, que c'est par une pure confiance du contrôleur général, et sans ordre , ni commission par écrit, qu'il a travaillé au supplément des actions et billets de liquidation ; qu'ainsi il n'a point prévariqùé dans une fonction publique, et qu'il n'y a ni péculat ni concussion, mais un vol ou larcin qui a ses peines à part ; que même le péculat n'emporte point peine de mort naturelle, maisseu-

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lement de mort civile^ suivant un Mémoire que j'ai fait autrefois^ où toutes les autorités du droit et des ordonnances sont rapportées. J'ai voulu aller plus loin^ et voir s'il n'y avoit point de fausseté, car il y a un édit de mars 1680 contre les officiers faussaires^ qui porte peine de mort^ et une déclaration du 9 mars 1720, qui porte aussi peine de mort contre les faussaires des papiers royaux ou publics. Ce magistrat m'a dit qu'il y avoit fausseté^ en ce que M. de Talhouet a retiré toutes les anciennes feuilles de liquidation et en a mis de nouvelles^ qu'il a antidatées du temps qu'il étoit commissaire. Ainsi^ voilà une fausseté effective qui le rendroit coupable de mort, et il s'est fait commissaire ne Tétant point. Mais l'accusation n'est pas instruite sur ce fondement : c'est un faux principal qu'il faut instruire par vérification d'experts^ et il n'y en a point eu. Les pièces ont été représentées à l'accusé qui, 'persistant dans son privilège^ ne les a voulu reconnoltre. U a été arrêté dans la Chambre que cette représentation , à lui faite comme à un muet^ vaudroit reconnaissance, parce que l'ordonnance veut que tout subsiste comme si l'accusé avoit parlée ce qui est bien extraordinaire^ si le corps du délit est le faux, et ce ne peut être là Tesprit de l'ordonnance, parce qu'on pourroit faire passei; pour vraie une pièce fausse. Cependant^ cela a passé à la plu* ralité des voix. Ce magistrat m'a montré sa commission^ qui est de mai 1723^ imprimée au Louvre. On la leur a distribuéechacun iàpart. Le Roi dit qu'il nomme des commissaires^ a attendu qu'il n'appartient qu'à nous de cona noltre de pareil crime, qui est un divertissement des m finances et un crime d'État. » Us peuvent juger en dernier ressort, au nombre de dix, et il est dit : « Déroc( géant pour cette fois à ses privilèges généraux et «; particuliers et sans tirer à conséquence. » Quand on a lu cette dérogation à M. de Talhouet, il a dit qu'il falloit une dérogation spéciale pour lui, tout au moins pour le corps des maîtres des requêtes, et il a toujours per- T. II. 3t

sisté. Ensuite de cette commission^ est itnprimé 1-arrèt d'enregistrement^ pois Tarrèt qui permet au procureur général d'informer, et qui ordonne qu^ les six commis déjà prisonniers, Daudé, contrôleur des^ caisses^ Février, Sanson, Nisple, Gally ^t Morin ^ lieront ^arrèt^s et recommandés à la Bastille. La plainte du procureur général m'a paru mal rédigée. Le cardinal, qui est fort malade, presse le jugement, et voudroît, avantde mourir> voir l'effet de son autorité. [

Dimanche, 18. — M. le premier président a ét4 faire les représentations au Roi, sur le privilège des maîtres des requêtes. Le Roi, qui étoit seul avec M. de Fréjus, a répondu qu'en autre chose il cons^veroit les privilèges du Parlement, mais que c'étoit une affaire d'État et qu'il falloit que la commission eût lieu. Ce qui va être porté ce matin 19 au Parlement. Il n'y a donc plus qu'à juger. Mais hors du jugement, il faudra voir si la procédure est' bonne, ou la refaire, et s'il y a fausseté bien prouvée, gare à la tète du maître des requêtes qui s'est exposé follement à cette prison qu'il pouvoit éviter, et au crime d'un gueux, lui qui est riche.

Mardi 20. — Bblls-Isle. — H. de Belle-Isle s'est présenté au greffe de la commission, et a pri^ acte de comparution sur l'cgoumen^ent personnel : il 'faudra ^u'il se fasse interroger. On dit qu'il est aussi décrété d'ajournement personne au parlementde Rouen/ sur des violences qu'il a faites dans se^ terres. Il fai^t le petit tyran parce qu'il avoit la faveur des ministre; mais la justice' le tient, et il est question d'en édiapper. (C'est son frère qui est décrété à Rouen.) . *

La. Jonguëre. — La Jonchère a été mené chez lui pour travailler sur ses registres et paj^ers. Sa femme lui avoit fait préparer un potage, mais on ne Fa pas voulu ^souffrir, de crainte qu'il n'y eût du pinson, et il n'a eu que le dîner qui a été apporté de la Bastille. Il ne /ait que pleurer du matin au soir. Il fait pitié à ses commissaires.

Clergé. Rbntes. Quarante ans pbrbus. — On a publié la déclaration concernant les ancieiines rentes du Clergé. Elle est du SI mai 1733, enregistrée seulement le 17 juillet. Le Clergé^ gui a gagné le ministre^ a obtenu tout ce qu'il a voulu. Le procè3 des quarante années qui étoient en arrière et qui intéréssoit tant de &milles est enfin jugé. Le Clergé s^en est déchargé tout à fait, et au lieu de rentes au denier 20 qu'il paypit en vingt mois, il payera en douze mois au denier kO, à commencer en 17S&. Ceux qui avoient consenti réduction au denier 60 ont crié grâce. Ils retournent au denier kO. Le Parlement a fait des remontrances inutiles. La déclaration est enregistrée ce du très-exprès commandement du Roi, sans tirer à conséquence, sans approbation des choses énoncées qui n^àuroient été eUTegistrées en la Cour, et sera le seigneur Roi très-humblement supplié, en tout temps et en toute occasion, de vouloir bien avoir égard aux droits des rentiers et au préjudice qu'ils peuvent souffrir de l'exécution de ladite déclaration. >> Cependant, elle s'exécutera, et le Clergé n'a pas conscience de ruiner ses rentiers. Voilà le fruit de l'association de l'archevêque de Cambray au Clergé» Il l'a bien prouvé dans sa harangue en disant : « Tout ce que peut l'autorité d'un ministre, « elle le doit à vos intérêts. i>

21 juillet. — Arrêt qui réduit le louis d'or de 45 livres à 44, et qui ne diminue rien sur l'argent. Permis de porter à la Monnoie un huitième en certificats de liquidations, et les sept huitièmes en anciennes espèces de louis à 36 livrés et d'écus à 6 livres, et l'on payera le tout en argent de la nouvelle réforme. Mais qui portera ces sept huitièmes en argent ancien , pour faire passer un huitième de liquidation? On n'a point d'argent, et voilà la liquidation perdue. Cet arrêt donne ordre aux intendants et subdélégués de clore sur-le-champ tous les registres des payeurs et receveurs des deniers du royaume, et défaire des procès- verbaux de leurs caisses^ afin qull n'y ait plus

de friponnerie sur Fespèce diminuée^ et qu'on n'en fasse passer à personne. L'ancien louis, porté à la Monnoie sans liquidation, sera de 37 livres 16 sols^ et Técu de 6 livres 6 sols. La disette d'argent blanc est toujours très-rare^ et cet arrét^ qui ne le diminue point, le fera encore resserrer. Rbuis. Boulogne. — Il parolt une lettre de Tarchevéque de Reims àl'évèque de Boulogne, où il lui explique ce qu'il a entendu par les dérèglements de son diocèse ; il persiste à dire qu'il poursuivra avec le clergé pour obtenir du Roi un clergé provincial^ et il a joint à cette lettre une lettre de l'évéque d'Amiens y qui parle d'une mission faite sur les confins du Boulonnois^ où tous les habitants sont venus recevoir de lui la confirmation et les autres sacrements, parce que leur évéque est schismatique. Cette lettre est d'un emportement saQs exemple et a l'air bien faux.

La Ueilleraye. — Le duc de la Meilleraye^ jeune étourdi^ menant une chaise lui-même, a renversé une pauvre femme vendant des fruits au coin d'une rue. Il a encore battu la femme. Un prêtre de Saint-Sulpice, en bonnet et en surplis, a voulu secourir la femme battue et faire quelques remontrances au duc : il s'est mis à jurer contre le prêtre, lui a donné plusieurs coups de son fouet. Grande plainte. La populace prend le parti du prêtre : le duc s'enfuit. Le prince de Rohan, son beaupère, veut accommoder l'affaire, qui est très-importante, et peut avoir des suites. Le curé de Saint-Sulpice veut que le duc fasse réparation au prêtre devant tous les prêtres de sa communauté. On ne sait encore ce que cela deviendra : mais tous ces cochers d'office devroient être interdits. On n'en voit, tous les jours, arriver que des malheurs.

. L'afEaire de l'homme tué dans le For-l'Évêqué, puis pendu, est renvoyée au Parlement pour en connaître.

/etuîi, 22. — La Heilleraye. — Le duc de la Meilkraye a été arrêté, par ordre du Roi, et mené à la Bastille

par un exempt et quatre archers, pour l'affaire du prêtre battu. C'est tout ce que Ton a pu obtenir; cela le tire des mains de la justice. On dit que le duc d'Orléans a dit à sa famille : ce J'aimerois mieux que vous eussiez affaire à toute une armée qu'à tous ces prêtres. » Quand l'affaire est arrivée, le duc sortoit de souper, à midi, d'avec le comte de Charolois, et cela n'étoit point du tout de sang-froid.

Belle-Isle. — M. de Belle-Isle a été interrpgé pendant cinq heures et a fort bien répondu. 11 a beaucoup d'esprit et sait bien son affaire. Le commissaire qui l'a interrogé, a dit : « Celui-là n'a pas besoin de conseil. »

Talhouet. — On continue la confirmation à M. de Talhouet, qui ne dit mot, et qui est traité en muet volontaire. Un des témoins a rapporté qu'il est affreux à voir, tout décharné, et qu'il ne fait que lever les yeux au ciel. Il a bien à se reprocher son vilain crime, et la bassesse de son association avec des commis qui l'ont découvert.

Inès. — Critique. — On vend publiquement c( les 5entmenls d'un spectateur français sur la nouvelle tragédie d'Inès de Castro. » L'auteur ne fait presque que rapporter la conduite de la tragédie, et ce récit seul la rend ridicule. 11 attribue le succès à l'action de Baron ; il dit que cette pièce est son triomphe, et qu'il n'a jamais mieux joué en sa vie; que H"* Duclos a joué Inès avec un pathétique tendre et touchant, auquel il est difficile de refuser des pleurs ; qu'on lui reproche de crier un peu, mais que cela est nécessaire pour le parterre ; que H^**^ Lecouvreur a joué le rôle de Constance avec dignité et délicatesse : qu'on lui reproche la monotonie, mais que cela vient de ce qu'elle ne joue parfaitement que les endroits ou le sentiment domine. « Dans ces morceaux, dit l'auteur, elle est au-dessus de tout ce que j'ai jamais entendu ». Il dit de Dufresne qu'il prévient par son air noble et aimable ,^ mais qu'il pousse la vivacité trop loin ; que la pièce est pleine de défauts, mais que ces défauts n'ennuient pas, parce que l'intérêt règne dans toute la pièce. Il conseille

à La Hothe de ne pas faire imprimer sa tragédie. Il dit qu'il a de l'invention, et qu'il écrit en prose avec précision et justesse (chose dont je ne conviens pas), mais qu'il n'a jamais connu cette harmonie touchante, ce choix heureux de mots, cette élégance, en un mot, la beauté poétique, et qu'il a travaillé dans un art avec un instrument qui ne lui étoit pas propre. Il dit que lia Mothe a cherché à écrire beaucoup, plutôt qu'à bien, écrire. Voilà les raisons du mauvais succès de tant d'ouvrages qu'il a donnés au public. Son style déshonore son esprit, et je suis fâché de voir le même homme penser quelquefois si bien, et écrire presque toujours si mal. Je conclus donc que les vers d'Inès sont durs et mal construits ; que les expressions sont vicieuses et louches, que la conduite est pleine de défauts essentiels ; que cependant la pièce est intéressante et qu'elle ne doit pas absolument son succès à l'action des comédiens qui la représentent. La Mothe , académicien françois, ne doit pas être content de ce, spectateur qui lui dit si bien ses vérités. Lk duc de Savoie. Code. — Le duc de Savoie a fait publier un Code nouveau, tant civil que criminel : c'est un volume de ^k-k- feuilles, en deux colonnes, italien et françois, qui renferme une collection de toutes les lois, édits et constitutions des prédécesseurs, touchant le civil et le criminel, avec divers changements et additions qui tendent à la promptitude et à l'abréviation de la justice. Il doit commencer au 16 novembre. Il est divisé en cinq parties. Il y en aura une sixième pour les douaires, fiefs, etc., dont on réserve lapublication.

Discours du cardinal Dubois au Clergé assemblé aux âugustins.

« Messieurs, j'ai attendu avec impatiepee le jour ou Je pourrois marquer à cette auguste assemblée la vive reconnoissance de la grÀce que vous m'avez faite. Vous m'avez bien voulu associer au clergé de France, et Je sais à combien de mérites et à

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quelle gloire vous B;i*asgociez. Mais j'ose dire queee qui est glorieux pour moi, l'est aussi pour vous-même. Vous auriez pu craindre un ministre qui, quoique honoré du sacerdoce, eût pu être disposé, en quelques occasions, à le sacrifier à l'Empire. Ce penchant n'est quQtrop grand, à croire les intérêts de l'un plu^ pressants que ceux de l'autre. Mais votre zèle pour l'État ne vous a pas permis une crainte qui pou voit paroitre légitime , et en m'admettant dans l'intérieur de vos délibérations, vous prouvez, de la manière la plus authentique, la droiture et la sincérité de vos intentions pour le service du Roi. Je sais, de mon côté, à quoi m'engage cette confiance. Il faut qu'un ministre à qui le clergé fait l'honneur de ne le redouter pas, s'en rendre digne en redoublant ses soins pour les avantages du Clergé. Tout ce que peut l'autorité d'un ministre, je le dois à vos intérêts. Ainsi, loin que les devoirs dont j'étois chargé, et ceux que vous m'imposez de nouveau, viennent jamais à se combattre, la place que j'occupe dans l'État mefournirades moyens de satisfaire à celle que vous me donnez dans l'Église. Je suis sûr, Messieurs (et je vous outragerois par le moindre doute)^ que vous ne me donnerez à porter au Roi, dans le cours de l'assemblée, que d'anciennes ou plutôt d'éternelles preuves de l'attachement des églises du royaume pour leur protecteur; que des gages nouveaux et certains du dévouement du Clergé à la couronne, et de sa tendresse respectueuse pour la personne de S. M. Tandis que je ne vous porterai que de précieuses assurances de l'attachement du Roi à la religion, que des maximes dont il est instruit et pénétré sur le respect dû au sanctuaire, que ses sentiments en foveur des prérogatives et des privilèges (1) delà plus illustre portion de l'Église universelle, que des témoignages de la préférence qu'elle lui donne au-dessus de tous les autres objets de son affection.

« Je n'aurai rien de part ni d'autre h dissimuler, ni à affolblir ni à exagérer : je ne dois m'étudier qu'à être précis et à transnxettre si fidèlement les sentiments du Roi et de son Clei^é, qu'il ne reste aucun doute de ce que le Souverain doit attendre du zèle et jde la fidélité de ses sujets, et sur ce que le Clergé peut espérer de la religion, de la prudence et de l'affection du Roi. »

(I) On a depuis 6té ces mots. {Note de Vauteur,)

En juin 1723^ le journal de rassemblée du Clergé se trouve dans le Mercure avec toutes les harangues. Celle ci-dessus s'y trouve.

Lbttbb DsMsr l'Archbvêque dbToubs a M^*^ db Ghelles (l).

Madame,

J*ai différé à répondre à celle que Votre Altesse Royale m*a fait Thonneur de m'écrire au sujet du chapitre général des Bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur. Le R. P. de Sainte-Marthe^ qui a été continué général , vous en rendra un fidèle compte. Je me suis renfermé, pour tout ce qui a regardé ma commission, dans les termes que S. M. et S.' A. R. Ms^ le duc d'Orléans m'ont prescrit, et j*ai eu une grande attention à ce que V. A. R. avoit eu la bonté de me marquer. Je lui avouerai cependant, naturellement, que j'aurois fort souhaité que le chapitre général eût donné à Notre Saint-Père le Pape, aux évéques de France et à S. M. même, la satisfaction qu'ils en attendoient, en se soumettant à la Constitution, étant bien persuadé que le bien spirituel et temporel de la Congrégation en dépend. Je les y ai exhortés de mon mieux par le tendre attachement que j'ai pour un corps aussi savant, et aussi exact dans la discipline. Cet ouvrage est réservé à V. A. R. qui leur rendra par là un signalé service, ainsi qu'a l'Église même. J'ai l'honneur d'être avec un très-profond respect, Madame,

de Votre Altesse Royale,

Le très-humble et très-obéissant serviteur,

Faançois, archevêque de Tours.

RÉPONSE DE M"*^ L'AbBBSSE DE ChELLES.

J'ai reçu votre lettre. Monsieur, qui m'a doublement surprise. Vous avez été si longtemps à me faire réponse que je n'en attendois plus. Mais je l'ai été bien davantage de la manière dont vous m'écrivez. Croyez-vous me tromper? J'ai su les intentions du

(I) Voir notre livre Les Confessons de Vabbesse de Chelles, fille du Régent, Paris, Dentii, 1863.

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Roi et celles de M. le duc d'Orléans, et c'est parce que je les al sues, que j'ai été surprise que vous les ayez si peu suivies. Mais ce que Je ne puis souffrir, c*est que vous vous vantiez d'avoir fait attention à la lettre que je vous ai écrite. Vous l'auriez dû faire, puisque je vous y mandais les propres termes de M. le duc d'Orléans et même ceux de M. de Fréjus. Vous avez agi si différemment, que j'en serois surprise, si je ne savois vos vues et votre ambition. Il n'a pas -tenu à vous que notre congrégation n'ait été perdue. Le sacrifice auroit peut-être plu à quelques personnes et vous auroit avancé. Vous en auriez rougi avec plaisir. Mais Dieu, qui garde les siens, les a soutenus contre les brigues. C'est lui, sans doute, qui les a engagés souvent à refuser constamment l'acceptation de la Constitution. Je suis leurs sentiments, n'ayant, comme eux, rien à désirer que le ciel. Nous tournons le dos à la porte qui mène aux grandeurs ecclésiastiques , et si, des évêques de France acceptant la bulle, on retranchoit ceux qui ont eu des vues comme les vôtres et humaines, tant ceux qui ont été récompensés, que ceux qui ont espéré de Tétre, le nombre en seroit bien petit. Mais nous ne voyons que ce qui s'est toujours vu dans tous les siècles de TÉglise. N'attendez donc pas. Monsieur, que je presse nos pères d'accepter la bulle. Je ne les reconnoitrois plus pour mes frères s'ils la recevoient. Si je pensois en moliniste, je vous injurierois; au moins, vous rendrois-je de mauvais services. Mais tout ce que je désire pour prouver la pureté de ma foi, c'est de trouver l'occasion de vous rendre service et de vous faire plaisir. Je la rechercherai même pour vous marquer caque je dois à votre caractère, et les sentiments que le christianisme m'inspire pour vous. Monsieur.

( Cet archevêque est mort en octobre 1723, et son archevêché donné à Tévèque de Tulle. )

23 juillet. — La Meilleraye. — Le duc de la Meilleraye a été transféré de la Bastille à Vincennes, afin qu'il soit plus éloigné des seigneurs^ qui seroient venus boire avec lui dans la'prison. Personne ne le plaint, et il est à s'ennuyer et à pleurer tout le long du jour à Vincennes.

27 juillet. — Mort de Tenangb et de Dufay. — J'ai perdu deux amis en même temps, H. le baron de Tenance^ gendre de M""^ Rolland mon amie^ qui est mort

d'apoplexie à quarante ans^ dans son salon de Sévigny^ en Bourgogne, proche Tonnerre', le 23 de ce mois. Il laisse une jeune veuve très-aimable et trois enfants. L'autre est M. du Fay, ancien capitaine aux gardes, qui est mort à Saverne, le 23 juillet, chez M. le cardinal de Rohan, où il étoit allé en sortant des eaux de Bourbonne, après une apoplexie de cet hiver. Il avoit un grand goût pour les livres, et laisse une bibliothèque des plus curieuses, qui vaut bien 100,000 livres. Son esprit étoit un peu caustique, et on Tappeloit le Diable boiteux, parce qu'il avoit une jambe de moins qu'il avoit perdue au bombardement de Bruxelles. Il avoit été à Rome, il y a deux ans, et en avoit rapporté de bons livres. V Histoire naturelle de Pline lui servoit d'évangile.

Talhodet. — Un de MM. les commissaires de la commission de M. de Talhouôt est revenu une seconde fois me consulter. J'ai vu tout le secret du procès, c'est-àdire toutes sortes de friponneries, de faussetés, de suppositiçns de personnes et de noms, et tous les partages faits entre M. de Talhouet, l'abbé Clément, Février, Gally et Daudé, chefs des caisses. M. de Talhouet a eu 267 actions pour son partage; l'abbé Clément 103, et ainsi des autres. Il y en a eu au nombre de 908, ainsi faussement fabriquées, et Gally a volé à lui seul 176,866 livres, en une feuille de liquidation, qui étoit acquittée et qu'il a renouvelée. On fait deux mémoires, l'un sur le péculat et la qualification du crime, et l'autre sur \e faux. Si l'affaire est instruite sur le faux, ils méritent tous la mort sans rémission. Mais la procédure n'est pas tournée de ce côté-là. Les commissaires ont jugé que les pièces représentées à M. de Talhouet, qui ne parle pas, demeureroient pour reconnues, ce qui ne vaut rien, puisqu'il s'agit de faux, et il falloit en ordonner la vérification. Le procureur général a voulu être opposant à cet arrêt et la requête n'a pas passé ; il en veut donner une autre pour servir de plainte du faux, et employer la procédure qui

a été faite. Autre requête mauvaise. Tous ces Messieurs ne sont pas bons criminalistes, et ce n'est pas tant pis pour les accusés.

M"' de Talhouet a débité un Mémoire sous son nom , où elle dit qu'après avoir bien pleuré, son devoir est de parler pour son mari qui ne se défend point; elle prétend qu'il n'y a ni concussion ni péculat dans ce que son mari a fait^ et que la Compagnie des Indes n'est pas une compagnie publique. Il y a plusieurs citations de lois, mais tout cet ouvrage ne sert de rien, ni pour le mari ni pour la femme. Il est imprimé, signé de Regnard, avocat au Conseil, et fait par Boucherat, notre confrère, qui a fort mal employé son temps à un mémoire mauvais et inutile.

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