OUIN
Clergé. — Le clergé s'est assemblé aux Auguslins pour ses affaires particulières. Le cardinal de Noailles a eu la douleur de voir tenir cette assemblée dans Paris et de n'y point présider. L'archevêque d'Aix est deuxième président, le cardinal Dubois est le premier président ; il y est venu, et a remercié le clergé de l'avoir associé, comme archevêque de Cambray, au clergé de France : le discours qu'il aifait est du nouveau style. Il a mis en pièces le sacerdoce et l'empire, et on n'a pas trop compris cette harangue, que les beaux esprits du temps louent comme un chef-d'œuvre.
Lettre des sept évêques, in-4.°, 48 pages (cette lettre a été supprimée par arrêt du Conseil du 19 décembre 1723). — On a distribué, au commencement de ce mois, une lettre au Roi, des mêmes sept évêques qui avoient écrit au Pape en 1721 une autre lettre, que le Conseil a fait supprimer par un arrêt du 19 avril 1722. Us répondent, dans cette dernière lettre, à tous les motifs de cet arrêt, font voir qu'ils n'ont rien fait contre le Roi et l'autorité royale, qu'ils ont pu s'adresser au Pape, sans permission du Roi, dans une matière spirituelle, et lui exposer les maux de l'Église : que la Constitution n'étant point acceptée unanimement, et n'étant enregistrée qu'avec restriction, ils ne sont point en faute, en demandant le jugement de l'Église universelle et en appelant; qu'ils violeroient les libertés de l'Église gallicane en faisant autrement, et qu'on n'a pu dire qu'il seroit procédé extraordinairement contre eux, à moins qu'il
n'y ait un corps de délit. Cette lettre est très-éloquente,
et ne fera pas pins d'effet que les autres.
L'archevêque de Reims a écrit une lettre à l'évéque de Boulogne, son suffragant, pour lui dire qu'il ne pouvoit s'empêcher de convoquer un concile provincial contre lui, à cause du mauvais gouvernement de son Église. L'évéque de Boulogne, qui est un ancien évêque, a fait au métropolitain une réponse où il lui a montré son ignorance dans les matières canoniques, et a appris à ce jeune prélat ses véritables devoirs et la distinction des matières contentieuses et des volontaires dans la juridiction épiscopale. Le nouvel archevêque doit être bien honteux de cette levée de boucliers que les Jésuites lui ont fait faire.
Mémoires de M'"'' de Mottbville. — Il a paru des Mémoires pour servir à l'histoire d'Anne (T Autriche, femme de Louis XHI, par M"'' de Motteville, sa favorite, en 5 volumes in-12; Amsterdam. Il n'y a jamais eu ensemble tant de faits secrets, tant de caractères bien marqués, tant de portraits ressemblants et une connoissance si grande de la Cour et des familles. Il falloit une historienne, pour bien dire tous les détails Je la vie d'une Régente, et il n'y a qu'une femme qui puisse bien savoir certains secrets des femmes. Tous les historiens de la minorité de Louis XIV n'approchent pas de ces Mémoires. J'ai lu les cinq tomes, qui m'ont été prêtés par M. l'ambassadeur de Hollande, homme fort aimable et de beaucoup d'esprit. 11 y a bien des traits singuliers sur Christine, reine de Suède, et sur ses deux voyages en France. Le dernier tome contient la mort du cardinal Mazarin et celle de la Reine, avec des circonstances très-particulières. Enfin, hors quelques réflexions un peu trop dévotes et quelquefois déplacées, on peut dire ces Mémoires excellents, et faisant grand honneur à celle qui les a composés avec une vérité qui brille partout et qui n'est point ordinaire. Ce qui est rare, c'est que M™** de Motteville
n'est de rien dans tout ce qu'elle raconte, et qu'elle n'a fait qu'écrire cç qu'elle a vu et eiltendu^ au lieu que tous les faiseurs de Mémoires sont toujours de quelque parti.
La Jonchére. — La Jonchère est mal dans ses affaires. Il a été- décrété de prise de corps par la commission^ à qui ou a donné pour nouveau pouvoir de juger criminellement, ce qui fait que les officiers militaires qui en étoient s'en sont départis, ne jugeant criminellement qu'au conseil de guerre. On crie fort contre ceux qui ont tiré l'argent de la caisse; et on renouvelle Tenlèvement du caissier assassiné.
lljwtn. — Aventure du For-l'Évéque. — Il est arrivé aujourd'hui, au For-1'Évèque, un cas bien nouveau. On a voulu transférer un prisonnier, par lettre de cachet, d'une chambre dans une autre. Il a résisté : on a fait venir des archers. Il a trouvé moyen de se saisir d'un couteau et d'une fourche et il s'est défendu contre eux. Le lieutenant tsriminel et le procureur du Roi sont arrivés, et n'ont point trouvé d'autre expédient, pour arrêter la rébellion de cet homme, que de le faire tuer. Ensuite, ils ont fait le procès au cadavre, l'ont condamné à être traîné sur la claie et pendu par les pieds, ont fait, dans l'instant, confirmer le jugement par un arrêt de la Tournelle, et le même jour, ont fait exécuter le jugement à la Grève, au grand élonnement de tout Paris, qui plaint ce pauvre malheureux, qu'on pouvoit désarmer de cent manières différentes sans le tuer. Il s'appelle Chevet. Il étoit arrêté par ordre du Roi, comme ayant connoissance de certains agioteurs qui prêtoient sur les actions, et qui ont fait banqueroute. Dans cette affaire étoit intéressé un maître des requêtes, nommé Saint-Aubin, à qui on a filouté une liquidation de 180 actions qu il avoit données à ces agioteurs en nantissement avec une mention au dos, qu'ils ont couverte d'encre, et ensuite ils ont fait couper la liquidation et s'en sont emparés. Chevet, qui
éloit (le rintrigue, ne peut plus parler : on soupçonne qu'on Ta tué, pour lui ôter la parole, et pour lui mieux faire garder le secret. M. de Saint-Aubin crie : le ministre a envoyé Rouillé, maître des requêtes, informer dans la prison, pour savoir le fait. Le lieutenant criminel et le procureur du Roi sonttrès-blâmés. On les veut prendre à partie aux Requêtes de l'Hôtel, où l'affaire du prisonnier et des banqueroutiers se traitoit. On nomme, entre ces fripons, le chevalier de Novion, propre frère du président à mortier, qui a toujours été un mauvais garnement, enfermé à Saint-Lazare, puis au château de Saumur, et enfin, passant sa vie avec les filous, les archers et les gens de mauvais aloi. On dit qu'il avoit bu avec eux, le matin, dans des cabarets proche le For-l'Évêque. Il a été décrété d'ajournement personnel. Il y a aussi un M. de Miromesnil, colonel, qui a été cassé, et qui est en fuite. Le jugement de Chevet, qui a été crié par les rues, porte : « Dûment atteint et convaincu de la rébellion par lui faite à justice dans sa prison du For-l'Évèque, tenant un couteau d'une main et une fourche de l'autre. » On pouvoit lui faire son procès comme rebelle, mais il ne falloit pas le tuer, et personne n'a le droit de vie et de mort sur les sujets du Roi. Mais les officiers et archers, accoutumés au sang, ont méprisé la vie d'un homme qu'on devroit leur faire payer bien cher. ,Le premier ministre, qui n'entend pas raillerie et qui est ferme, veut qu'on fasse justice sur cette affaire.
M"** HouEL. — Il y avoit trop longtemps que le duc d'Orléans étoit sans maltresse, au moins publiquement ( car secrète Aent on lui donnoit M'"' de Sé?ur, qui n'est que sa fille bâtarde). On lui en a fait venir une de Provence, M"® Houel, nièce de M"" de Sabran, très-jolie, qui n'a point fait la difficile, et qui est maltresse déclarée : il commence par lui donner 20,000 écus de meubles ; il y fait le mieux qu'il peut, et ce mieux-là est très-peu de chose, mais la pucelle s'en contente.