‹ Journal et mémoires de Mathieu Marais, avocat au Parlement de Paris, sur la régence et le règne de Louis XV (1715-1737) (volume 3)Chapitre 4 sur 19 · CHANSON SUR MADAME DE SAINT-SULPICB · texte numérisé non relu

CHANSON SUR MADAME DE SAINT-SULPICB

La pauvre dame Saiot-Sulpice, Seule et sans penser à malice, Se chauffoit etmettoit son fard; Le feu prit à sa cheminée.

Le monde s'en étonne , car Elle avoit été ramonée.

ou Elle étoit fraîche ramonée.

Jeudi 20. — L'abbéTencin. — Vessières. — On a plaidé à laGrand'Chambreune cause pour Tabbé Vessières, secrétaire de M. le Chancelier, contre l'abbé Tencin, pour le prieuré de Merlou. M*' Julien de Prunay, avocat, a orné son plaidoyer de plusieurs plaisanteries contre l'abbé Tencin, et on y a fait entrer Tabjuration de M. Law, qu'il a reçue , parce qu'il s'est trouvé un voyage qu'il a fait comme grand vicaire de Sens dans son affaire, et c'étoit à deux ou trois jours de l'abjuration. Le système nouveau des bénéfices y a joué son jeu. Quelqu'un a dit chez M. le Chancelier, qui n'a pas approuvé l'appel de la sentence de Tabbé Tencin, qu'il y avoit des gens qui étoient faits pour ne pas perdre une miette de honte. L'affaire est remise à jeudi prochain. On se prépare à venir entendre plaider cette cause comme à. voir jouer une comédie , et la famille des Tencin en est au désespoir. Hais on ne les plaint pas, non plus que le duc de la Force , et le Parlement n'est pas fâché d'avoir à les juger.

Vendredi 21. — Ame. Turc. — L'ambassadeur turc a BU son audience du Roi. Il est venu avec le même cortège qu'à son entrée, et est entré aux Tuileries par le Pont-Tournant. Toute la maison du Roi étoit à cheval audevant du pont, et les gardes françoises et suisses en haie le long des Tuileries. 11 a paru d'un air libre, gracieux, et comme si le Louvre étoit sa maison. Les dames étoient dans la galerie, sur des gradins, très" parées. Mademoiselle de Manère y a emporté le prix de la beauté. Le compliment a été long et fort beau. Il répond avec beau-

coup d'esprit à ceux qui lui parlent^ Il est enchanté des honneurs qu'on lui fait. Son fils est aussi très-gracieux et très-bien élevé. On l'a reconduit avec les mêmes troupes de l'entrée àrHôtel des Ambassadeurs^ où il loge. M. le prince de LambescTa mené chez le Roi au lieu du maréchal d'EstréeS) qui étoit à Tentrée. Ce prince a été à côté de lui pendant toute la marche. C'est qu'il n'appartient qu'aux princes lorrains de mener les ambassadeurs chez le Roi. Samedi, 22 mars. — Revue du Roi. — Le Roi a fait une revue du Régiment du Roi et de la cornette blanche^ dans les allées de Vincennes. On vouloit en même temps faire la revue du régiment de dragons d'Orléans y mais M. le comte d'Évreux, colonel général de la cavalerie de France,' ayant prétendu les commander comme cavalerie, M. deCoigny, colonel-général des dragons, s'y est opposé. Cette dispute s'étant passée le matin au Palais-Royal, H. le Régentn'a voulu rien décider, et larevue des dragons s'est faite séparément à Charenton. M. le comte d'Évreux a dit à M. le Blanc de les faire poster si loin qu'on ne les aperçût pas, car il y commanderoit , et cela a été exécuté. Le Roi, en voyant la cornette blanche, a dit au comte d'Évreux : « Il me semble que cette cavalerie devroit être sur trois rangs. » a Cela est vrai. Sire, a dit le comte d'Évreux, mais c'est qu'il nous manque bien des cavaliers. » Tout le monde a admiré la bonne grftce du Roi dans cette revue, où il y avoit beaucoup de princesses et de dames à cheval. HM. de Bussy et de Cartigny ont été mis hors de la Bastille.

Prince Charles. — Ce samedi, au soir, j'ai eu une grande conférence avec M. le lieutenant civil, sur l'affaire de M. le prince Charles. M. Ducornet, mon confrère , y étoit pour H. le duc de Noailles, père de madame d'Armagnac. Nous y avons traité Taffaire dignement, et il a été résolu entre nous : 1* Qu'il n'y avoit point de lieu à la séparation de biens parce que la dot est subsistante , substituée et qu'on n'y peut toucher. 2* Qu'il n'y avoit point d'autre

expédient que de faire une séparation de corpsj ceqm se fera de cette manière : Madame d^ Armagnac fera sa plainte à M. le lieutenant civil par une requête. Le prince sera assigné ; il ne répondra point ; on fera utie procédure au Chàtelet dont il appellera. Sur l'appel^ transaction^ qui contiendra la séparation de corp&et de biens, eiqui sera homologuée au Parlement, et ensuite de cette transaction, la dot sera restituée à la famille de laprincessei. Ces transactions sont usitées -dans les grandes famille el approuvées par le Parlement. Il y en a plusieurs exemples dans Louet et Brodeau , lettre S^ N. 16. L'auteur du Traité de la Communauté en parle. Nous n'avons point trouvé de meilleur expédient. Je suis revenu à onze 3ieures du soir chez moi, et j'ai écrit une grande lettre au princeCharies, qui contient notre résultat.

Lundi 28. — Prince Charles. — Le prince Charles m'est venu voir, et m'a dit qu'il approuvoit notre déhbération et ne me dédiroit pas d'un mot. Il a été chez. M. le lieutenant civil lui dire qu'il Tacceptoit et lui a montré ma lettre. M. le duc de Noailles y a été \e înème jour, et a approuvé notre avis. Ainsi l'affaire va se terminer de la façon que nous l'avons projeté. La femme aura un état certain , et le mari n'aura plus les hiens ni pouvoir sur le corps de sa femme. C'est une grande extrémité, mais nous n'avons pu faire mieux^ efc le prii^e a ce qu'il souhaite. Il a aussi montré ma, lettre à M. le maréchal de Villeroy et à M. le Blanc. C'est UM grande affaire.

Duc DE LA Force . -*- llparolt un Mémoire 4 tcçâsiCQl«ni9ifcs pour le duc de la Force. Dans la première sont les requêtes du duc deRichelieu et des pairs en 1716, où ilssoutanoient la commission expresse du Roi. Dans la troisième sont les exemples tirés du Mémoire du duc de Richelieu, du même temps. Dans celle ^du milieu s6d| les* dernières remontrances du Paurlement, avec des notes critiques. J'y ai remarqué deux exemples de gens de qualité qui n'oîkt

MAAS i75li<

pas souffert dans leurs maisons des exécutions de justice; l'un de M. de Montrevel, qui n'étoitpas encore maréchal de France, et qui tua deux archers de sa main, voulant saisir ses meubles. Il eut sa grâce dès le soîp, et le lieutenant civil lui fit des excuses. L'autre est du duc de Sully, qui ne voulut pas souffrir, depuis la Régence, une visite dans sa maison pour les viandes de carême. U y eut une grande émotion, et le commissaire lui fit satisfaction. On dit contre le Parlement qu'il a eu besoin en J652 d'une abolition de tous tes excès commis pendant la minorité, et qu'il ne rend pas îa justice aussi exactement, puisque les faralilles de Richelieu et^ de Hazarin ont été obligées d'obtenir une évocation générale de toutes leurs affaires au Grand Conseil (cependant aujoiïrd'hui les ducs de Mazarin et Richelieu tiennent le parti du Parlement). On finit par dire que le Roi' nepeiit paS donner des commissaires aux Pairs pour les juger , mais qd'ils doivent être jugés au Parlement, néanmoins avec une commission expresse du R6i.

Ducs pour le duc de la Force.

D'Uzès,

La Force,

De Tresmes,

De Charost,

d'Antin,

De Ghaulnes,

L'évéque de Beauvais ,

L'éyêque de Noyoa ,

De MontbazoD ,

Tallard,

Layiies, ^

SaiDt-Simon,

Mailly, Arche?, de Rheîms,

DeRoban,

D'Albret,

De Louvigny,

Mortemart,

Berwick,

Rohan-Rohan.

Ducs pour le Parlement.

La Trémoille (qui a onze ans), L'évéque de Laon , De Sully, De Brissac, De Richelieu,

Villeroy,

Noailles,

Goislin,

D'Aumont, *

De Villars, maréchal.

Ducs pour le Parlement.

{Suite.)

La Rochefoucauld, d*Harcourt,

De Luxembourg, De Melun,

D'Estrées^ De la Feuillade,

MazarÎD, De Vaientinois,

La Meiileraye (seize ans), De Nevers.

r Jeudi 27. — Tencin. — La cause de l'abbé Tencin a encore été plaidée et n'a point fini ; il y avoit huit ducs. Les avocats ont lâché de bons traits. La veille, cet abbé m'étoit venu voir avec son frère , président à mortier à Grenoble, et m'avoit proposé un désistement. Je n'en fus pas d'avis parce que c'étoit donner une preuve de la confidence.

Vendredi 28. — Pape mort. — On a appris aujourd'hui la mort du Pape, qui n'a été que deux jours malade, et qui est mort sans confession (1). 11 est mortà Rome le 19. C'est l'envoyé de Parme qui en a appris la première nouvelle. Le Régent envoya quérir Tabbé Dubois, qui fut fort surpris, et changea de couleur, et qui vit bien queson chapeau étoit perdu. Les cardinaux de France devroient partir pour le conclave. Lecardinalde Polignac n'a point d'argent et doit 200,000 livres à Rome ; le cardinal de Noailles n'a garde de partir dans l'état où il est et presque excommunié. Le cardinal de Mailly ne se porte pas bien, et est menacé de la fistule. Il n'y a que le cardinal de Rohau et le cardinal de Bissy en état de partir. Le cardinal de Gesvres est trop vieux.

L'Ambassadeur turc a été chez le Régent et chez Tabbé Dubois.Il regarde cet archevêque comme le grand visir. Ses carrosses ont été chercher l'ambassadeur, et on a vu, par un cas assez extraordinaire, la Croix conduire le Turban.

(1) Clément XI.

AVRIL I7fii. lis

Avril 1". — SoRBONNE. Pape. — Au prima-mensis en Sorbonne, les syndics ont proposé de faire célébrer un service pour le Pape, et ont dit que dans l'état où étoit rappel de la Constitution il falloit montrer plus que jamais que Ton étoit uni au Saint-Père. Les docteurs contraires se sont opposés à ce service sous prétexte que ce n'étoit pas nécessaire, et ne vouloient pas qu'on priât Dieu pour le Pape, mais lesappelants Tont emporté, et on a fait le service malgré les autres. Et de plus, on a enregistré le discours du syndic qui fait mention de Tappel et qui en est comme un renouvellement.

On nomme renouvelants les docteurs compris dans les listes imprimées, et cette liste s'appelle Le régiment d'Asfeldy parce que l'abbé d'Asfeld est à la tête. Quelqu'un a dit que Ton avoit mal fait de l'interroger le premier, parce que cela n'avoit servi qu*à donner le ton aux autres. On ne continue plus ces interrogatoires; mais le Cardinal a refusé de renouveler les pouvoirs à ceux qui sont dans les listes, et de les recevoir aussi à l'ordination.

Jeudù3, — Tencin, arkét. — On a plaidé la cause de l'abbé de Tenoin. M. de Lamoignon, avocat général, a ires-bien parlé, et a montré qu'il n'y avoit point d'union et qu'il y avoit confidence entre Voncle et le neveu ; qu'ainsi ni l'un ni l'autre ne dévoient avoir le prieuré. Sur ces conclusions, le prieuré a été adjugé çiu sieur Vaissières, par l'arrêt qui a été rendu tout d'une voix (1).

(1) Saint-Simon raconte les incidents vraiment dramatiques de ce procès mémorable où Tabbé de Tencin reçut de ses propres mains une si terrible le* çon, avec des détails où il pourrait bien avoir ajouté de sa malice. Marais ne cite pas l'incident du faux serment et du démenti immédiatement donné au parjure par un marché tiré par Âubry de sa manche. Il était ci'pendant à Taudieuce et adversaire de Tencin. Saint-Simon attribue à Aubry, avocat de rablié de Veyssières, ce coup de Jarnac oratoire. Marais prétend que c'est < Julien de Prunay qui plaidait contre Tabbé de Tencin. De plus* Barbier nous T. n. 8

114 MÉMOIRES DE MAtHltDU MARAIS.

le prince de Conti y étgit ^t six dues; on s'attendoit que les gens du Roi prendroient des conclusions sur le fait de la confi4ençe pour Tintérôt pubfej nwis le H^ent leur avoit fait parleri. •> ......

L'abbé Tencin Q$t allé à^Rom^ avec le cardinal de Bissy et est parti d'hieic*. JU Régent a demandé à 6. Ë.y comme par amitié^ de le prendre pour son conekviste. Il a dit qu'il ne le pouvait pas^, parce qu'il rav<^ii promis à Tabbé de Vauréal depuis, longtemps. Le R^ent lui a ordonné comme son maître^ et 1^ cardinal $ dit qu'il pouvpit venir, mais qu'il rnsi seroit pas spn conclaviate. On s^im^giiioit qu'il pourroit av<;ûr des lett^esi d'État et an?èter< le procès, mais cela n'a pu se faire, et le procès a été j*igé à sa honte. Il va trouyer son prosélyte. M, Law, en Italie.^ On le dit chargé de; quelque négociation secrète (1), et s'il fauttromper, il estsùr du succèst :.

Vendredi k. — Compagnie des Indes. — ^ M. Façon. — Il y a eu un grand conseil au Palai&-Royai, au sujet d'une requête donnée par la Compagnie des Indes, où elle demande d'être reçue opposante à l'arrêt du 26 janvier, qui la condamne à compter de la Banque et à^ demeurer garante de toutes les négociations. Cette requête a été imprimée et donnée au public. Elle est très-nette, précise et éloquente; matis le parti est pris de la rejeter. M. Fagon a parlé contre pendant^n^ heure et demie, et a fait voir que l'opposition n^est pas recevable; H. le Duc lui a dit

affirme qu'Aubry avait plaidé pour Tencin. U y a là une omission et des contradictions qui sont à l'avanta^ de Tabbé de Tencin que, dans ce doute, il est permis d'absoudre d'un crime aussi bête que celui de nier par serment un marché qu^jl saVait avoir signé.' I^aibt-Simon, ennemi implacable de Tencin, pourrait bien avoir brodé au Oel tin canevas qui ne s^y prêtait que trop. (V. S.-Simon, XI, 184. — Barbier, I, 35.)

(1) Henri de Thlard'di feîssy, evêque ie'toul de 1692 à 1704 et de Meaux de 1705 au ^6 juillet 1737^ 'daté de sa mort. II était' ultramontain ardent et fougueux codstitutionnatre.

• (2) II s'agissait du chapeau , de Pubois. Tencin slacquitta à merveille de cette délicate ''mission, temohtey, lïî'sV, '"' ' '

AVaiL 179Î. '^ 115

en sortant que' ces liaisons ravoient ptrsàa(ïé, et quMl étëit prèï (fe quitter le jJôrti de teCémpagtrte. l\ a ajouté qu'il ràur(»t aidé, i^il avôit Voèlii/'à^ipô 'et>ntr6leiir généraiquairiairàvéît'èti^e^èitt de Tétr^.' M. Fagow lui a répondu qu'il ^ti'y ttv<^t>maià= j^ëiiséV qu'il rt'aVoit ni le niéfitë nfla salité nécessaires^ pdur Une telle charge, et ûa*îl av6it dit êoû aviiô ten hotoeûr et en coniScience pôùA'intéMtdukôietdérÉtàt. '

*M: le grince de Cortrtis'es^ présenté pour entrer à ce conéèil. Mv de Simîané Wi a reffîsé' là poirte parce quHl n'ëtmt ^pàs Sur la liSté ée ceux qqi dévoient entrer. Le prince. s'est Hiché et Fa été dire au maréchal de Villars, qm, ïe lèndèmaiil, en a parlé au ttégent, et le Régent lui a dit : c( Mdnsietir le Marécihal, vous vous chargea toujours de nrtLUVàîs pàqliéts; jé^àîs bien ce qti^ j'ai fait qtiand j'ai exclu le prince de €onti de ce consèij; ma Régence durera encore' assez longtemps pôur^^me, réssenlirde ceux qui fM'ennent parti c6htre moi^ e< po«;ies faille mettre dans un endroit qui we^ leur plairoifc pas. )i'

Tout le inondée' est alatttlé dé k jpésôl^tio» prise dans le conseil de supprimer 'lafCompagnie^ et de la rendre débikibe de ce ijîi'ëUe riè d^it pas. rQue 'Vont devenir les actionnaires ^ ^^ -^ -^ ^ -^

fjHàài 7.'^-^> Ktièi qui suppriâle la * Compagnie des Indes. Arrêt célèbre au conseil de Régence) qui a débouté là Compag'nie de Isa requête et ordoftaé. que dans un mois les 'directeurs dompteront de la Banque et de la Compagnie par état au vrai au Conseil, sinon qu'ils y seront contraints par le contrôleur- des rentes.

Autre arrêt, duf'méme^jour,quî^omçiet MM. Trudaine Fagon, Fèrrand et de MachauH, pour faire Tinventaire des papiers et effets de la Compagnie' et Banque y jointe, pour ensuite être régies par- personnes expérimentées au faitdecomuieiHîe/ qui seront proposées par S. M. jus* qu'ï ce que, par la connôissance plus exacte de l'état des affaires de la Compagnie^ de yimpossibilitéd'aequilter

son débet; S. H. puisse pourvoir à la sûreté et à Fintérèt des actionnaires légitimes par rétablissement d'une nouvelle Compagnie^ en la forme qui sera jugée la plus convenable. Voilà la vraie fin du Système et tous les actionnaires renvoyés aux calendes grecques.

On a donné au public ces deux arrêts. On a inséré dans le premier la grande requête de la Compagnie tout entière, et le public y a vu avec étonnement l'évidence établie^ et en même temps condamnée. 11 parolt qu'il y a eu trois arrêts qui ont nommé des commissaires pour l'examiner, et que M. d'Armenon ville ayant été nommé par les deux premiers, il en a été ôté par le troisième, qui a nommé M. Bignon, Vaubourg, Trudaine, la Bourdonnaye, Fagon et Hachault seulement. On a su que M. le Duc a protesté contre ces arrêts; mais tout cela n'est qu'une figure, et il n'est plus question de Compagnie. Ainsi a disparu sur la face de la terre cette immense fortune qui a tant étonné le monde, et elle est rentrée dans le néant, d'où elle étoit sortie.

M™® de Parabère, qui a toujours été dans le parti opposé, s'est raccommodée tout à fait avec le Régent et on dit que les Paris, à qui se fait ce grand sacrifice, l'ont bien payée. C'est une intrigue de cour et une faveur de maltresse qui ruine une partie des siyets du Roi. Cunnus telerrima belli causa.

Madame d'Armagnac. — M""*^ d'Armagnac a été ce matin cbez le lieutenant civil, pour faire sa plainte et comparoir sur la demande en séparation. Le prince Charles n'y a point été. La requête est pleine de faits qu'on n'y auroit pas dû mettre, et entre autres, que le prince Charles avoit dit que les petits sermons du cardinal de Noailles seroient inutiles. Cette requête n'a point été communiquée au prince Charles auparavant, quoique, d'honneur, on l'eût dû faire; mais on a manqué beaucoup du côté de la famille de M. de Noailles dans toute la suite de ce procédé.

Le comte de Laulree, gendre du Premier Président, s'est raccommodé avec sa femme, plutôt que de souffrir une plainte et une enquête. — Note postérieure. Cela s'est encore rompu, et on a fait la séparation comme celle du prince Charles. Quelqu'un l'ayant dit au prince Charles, il a répondu : «Me prenez-vous pour un Lautrec? »

Le cardinal de Noailles. — On continue de se moquer du cardinal de Noailles et de l'acceptation qu'il a faite de l'accommodement. Ilparoltun projet de mandement où il rétracte cette acceptation, et il n'est composé que de tous ses mandements précédents, où on n'a fait qu'ajouter quelques mots. En sorte que c'est lui-même qui se condamne. C'est une satire des plus cruelles et qui n^a pas coûté beaucoup, et on a mis à la tête : « Ex verbis tuis jmlificàberis. Ex verhis tuis condemnàberis, ^

L'abbé d'Asfeld. — La Relation de l'interrogatoire de l'abbé d'Asfeld, faite par lui-même, a paru imprimée. Elle est en quati*e feuillets in-V et mériteroit d'être conservée comme un modèle d'héroïsme chrétien et de profession de foi digne des confesseurs de l'ancienne Église. On pourroit lui reprocher qu'il parle avec trop d'orgueil , pour un particulier, de la science et de la théologie de nos évêques, qu'il fait passer pour des ignorants, et qu'il y parle de sa famille peut-être un peu trop vainement; car elle ne vient pas de bien loin (1), et dans les lettres de Patin à Spon (édit de 1718), on trouve à l'année 1658 la banqu eroute de Bidalet Bastonneau (2),» marchands, rue aux Fers;» et ce Bidalëloit le père de tous les d'Asfeld. Quand on a une telle tache .dans sa famille , il n'est pas prudent de relever titres, parce que le premier jésuite peut le rendre chaudement.

(1) Le père du marécbal» Pierre Bidal^ fut résident de France à Hambourg en .1675, 1683 el 1699. Son titre est suédois et fut dû à un prêt d^argent. H convenait, du reste, noblement, de la bassesse de son extraction.

(2) Pèrt>de la femme du maréclial.

aussi bien que le premier évèque qui ae trouvera fàohé.

Mardi 9^ — Ambassadeur turc. — Des mousquetaires s'éiant l)attus daus le,. quartier de Tambaissadeur turc^ un Turc a voulu h^ séparer à coups de bâton . La querelle s'est tournée sur le mahométaJ9^ qui a reçu un grand coupd'épée. L'ambfissadeur a dit qua cela ne le regardoit pas, qu'il avpit défenduA ses gens de SjBmèlei: d'aucune affaire publique, et que cela rendroit les autres plus sages. Ce procédé a éjté,fort approuvé à la coiîr.

Cardinal de Maili^Yv — ; Le cardiqal de Mailly ne va pas à Rome. Onlui a fait, l'opération de la fistule. Il avoit reçu 50,000 liv. du Régent^ qu'il a rendues. On dit que son chirurgien a été gagné pour précipiter cette opération, quiteût pu êt^ retardée. On a f^it entendre au Régent que c'^tûitun ^ourdi quigàteroit tout à Rome.

M. Cbauvelip, présidente mor^ier^ ajtçnula séance au Chàtelet, et n'a pas yophi entendre les avooats^ du Chàtelet, parce qulls, put plaidé pepdant la relégation . dç Pontoise, li . ,

Mercredi 9. — TispBBJs^, «^ Il y a eu des Ténèbres en musique au Temple, où tout Pa^is a couru poiu* entendre les belles voix^ de la musique du. Roi, et un Miserere de la Lande (1) qui est un çhjBf-d'œuyrejde l'art et où il. a mis tout ce qu'il sait. ^

Jeudi 10, 11, 12. ^r- Semaine sainte. — ^ Modëne. — Le bruit s'est répandu d'une nouvelle extraordinaire. La duchesse de Modènp, .fille du Régent^ se trouvant très^ gênée avec son beawrpère et sa belle-ru^ère , a persuadé à son mari de les quitter. II& ont pris le prétexte d'un pèlerinage à Notre-Dame deLorette pour avoir des enfants (2).

(1) Micliel- Richard de la Lande, surintendant de la musique de Louis XIV et Louis XV, né à Paris le 15 décembre 1657 /et mort à'Versàitles, le Id juin 1726.

(2) Voir sur cette princesse originale, qui rapporta en Italie quelque chose de ces bouillants défauts qui y atiiietot assuré à la grande*doclieësé de Toscane une si fâcheuse célébrité, la curieuse notice de Lemontey. {Kevue Rétrospective:,!, 209.) ' ' .1 . ...

Les Italiens superstitieux ont danné dans o^te détotion^ et les deux époux sont venus incognito, jusqu'à Strasbourg, d'où ils ont donné avis de leur arrivée au Régent, qui a. été bien surpris de se revoir sur les bras sa fille dont il croyoit ôtre défait. On a envoyé courriers sur courriers pour les empêpher dépasser outre, et on ne sait pas encore ce qui arrivera de cette belle équipée, qui jetteroit la France dans de nouvelles dépenses, si on les recevoit. 11 est dangereux pour eux de retourner et de ne pas/retQurner., S'ils riatQurnent^;il§ seront gaïdés de bien près et seront comme esclaves. S'ils ne retournent point, il£ficourent risque de leuFs.États. Madame la grande^ duchesse a dit : « Je ne lui ai pas dit adieu, car j'ai bien cruqu'^llç n'yspi^it.paplpngtemp^, non plus que^ moi, qpi n'ai jamais pu me faire à ce pays-^là. » i

Vendredi sainti IJ. r-M., de Varennes, monami^ est iport à la Queue. J'ai ueçu ije Si^medi t2 une lettre qui m'apprenojit samoaçt^ ej^ j'fii fait ipettrjB un scellé chez lui par le çommissfi^lre Damin^is, ,au nom de la veuve,

Dimc^çheiS^. — Paqcç^. -^ LeR^ent est venu à Saint- Eustaqhe, sa paroisse, en grand équipage, entendre la messe, et faire ses dé votions^

Mardi 15. — Je Tai vul^ soir chezniadame de Parabère, à la place de Vendôme,, dans une chambre toute illuminée et toute ouverte. U est pai^jux que jamais avec elle depuis 1^ chui;e qLela Çapapagnie4cs Indes.

Merored(i iQ. — ;Mort dçM. de Chamiixaud |1) , an* cien mifiistre de la gi;ierre ^et des fina^icçs, enterré à Saint-Eustacjhe le 15 au soir. C'étqit un pajivre ministre, qui.s'étoit avancé par le.billard, ou il jpuftit avec le feu Roi. , : .- ^ .•-,-..

. (1) Michel de Cbamillard^ né è^ 1651, cepti^leur des finiiaces en 1699 et ministre de la guerre en 1701. Cétait un.honnétç homme^ mais sans aucune des qualités d^un nàinistre. Son talent au billard avait fkit sa fortune. Voir SaiAt-Sinion sur ce personnage ,- un -de ceux sur lesquels il s^est le plus

Je stiis parti ce jour pour aller à la Queue voir M"** de Varennes, et j'y ai resté huit jours avec elle. Je suis revenu le mardi 22 août.

En passant à Versailles^ au retour, la nouvelle étoit publique de la mort de M. le Duc, arrivée à Chantilly ; mais en venant à Paris j'ai appris le contraire, qu*il avoit seulement été malade pour s'être échauffé à la chasse , qu'il avoit été saigné deux fois , et qu'il se portoit mieux

23 avril, — La Force. — Il paroit quatre Mémoires pour les particuliers accusés dans l'affaire de M. le duc de la Force, dont trois sont prisonniers. 1* Le sieur Bernard, secrétaire de M. le duc de la Force. 2^» Le sieur Duparc, son frère utérin. 3** Charles Orient, marchand mercier. 4° César-Pierre Landais, chevalier de Tordre de Saint-Michel, directeur de la Compagnie de la Chine, qui est assigné pour être ouï. Us réduisent ce fait à dire que le chevalier Landais, armateur de Saint-Malo, a acheté des porcelaines , des paravents de la Chine et quelques drogues venant de la Chine, sur le. vaisseau Comte de Toulouse y à la vente publique de ce vaisseau , qu'il avoit armé; qu'il a envoyé ces marchandises au sieur Bernard , à Paris, pour les mettre dans un magasin ; qu'il en a fait louer un aux Augustins par le sieur Duparc, son frère, qu'étant revenu à Paris, le chevalier Landais les a vendues à Orient, reçu marchand le 22 janvier 1721, 157,500 livres; que les gardes épiciers les ont saisies; qu'il n'y a rien que d'innocent dans cette affaire, puisque l'un a pu acheter et l'autre a pu vendre ; que ce n'est point là matière de monopole , que le monopole e§t une conjuration contre le public, pour les choses nécessaires à la vie , que ces marchandises sont choses superflues, et que le décret de prise de corps dans ce cas est injuste. Il y a un autre fait : un commis de bureau du RouUe, qui a visé les lettres de voiture de ces marchandises, a dit, dans l'extrait de son registre, que partie

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avoît été adressée à M. le duc de la Force, et l'autre sans adresse , ce qui est faux , car les lettres de voiture sont rapportées, dont cinq sont adressées à M. Bernard, secrétaire de M. le duc de la Force, et une au S' du Puy. Voilà tout le fondement de l'accusation. Le public, qui a été longtemps abreuvé de monopole , commence enfin à sortir d'erreur, et on ne doute pas que la Cour ne voie aussi l'inutilité des recherches faites sur ce crime, qui n'a jamais existé que dans l'imagination du peuple, accoutumé à ne rien voir et néanmoins à croire tout voir. C'est ainsi que commence le Mémoire du chevalier Landais, fait par M. Begon.

On a publié des monitoires et des avis graves que Ton dit qui n'ont rien produit. Les prisonniers restent toujours en prison , et les marchandises saisies. Le duc de la Force commence à respirer, et son monopole ne m'a jamais touché un moment, mais on lui en veut d'ailleurs, et il se souviendra d'avoir opiné à la relégation de Pontoise. Les Compagnies ont de longues vengeances ; elles ne meurent point, et les particuliers meurent.

NoviON. — HiÂNE. — MM. les maréchaux de France ont reçu la plainte d'un gentilhomme retiré en Languedoc, contre M. de Miane, gouverneur du cliàteau de Nantes, qui ne veut pas payer à ce gentilhomme 2,000 livres qu'il lui doit, et qui a fait écrire que c'étoit une vengeance d'un reproche qu'il lui avoit fait d'avoir fui à la guerre dans une occasion. Le fait vérifié s'est trouvé faux. Ce gentilhomme s'appelle Novion et est de la famille de Novion de robe. J'ai appris par un officier qui étoitàcette occasion, qu'elle fut malheureuse, que tout le monde y fuit malgré soi , et que M. de Miane lui-même, qui commandoit le régiment détaché, n'y fit rien qui vaille. Cet officier en a parlé à M. le Blanc, le 14 mai de cette année, et M. le Blanc lui a dit que H. de Miane avoit grand tort et que quand on devroit à un j. f..., il faut toujours le payer. MM. les maréchaux de France

122 MÉMOIRES p^-MA^J^IÇU MARAIS.

ont condamaé de Miane à payer, à faire satû^factionet à tenir quatre ans de prison, mais comme il est gouverneur pour le Roi, à Nanjtes, et ne peut être arrêté , ces messieurs ont été au Régent lui (^ire leur )ugement. Le Régent^ qui sou tient de Miane,. parce qu'il lui a beaucoup aidé, dans l'affaire de Bretagne, 4 arrêter et découvrir les conjurés , a 4it qu'il falloit faire justice, mais qu'à présent il avoit besoin de cçt officier pour l'intérêt de l'État; sur quoi les maréchaux de France ont arrêté que, tous les jours, deux d'entre eux irpient au Régent lui parler dç cette a^aj^ra> jusqu'à ce qu'il ait approuvé leur jugement. Ils le font, et le Régent les esquive.

Grande tracasserie au Palais-Rpyal entre le Régent et la Régente. La princesse se plaint q^e M"* de Parabère est venue dans son petit jardin, et dans sa garde.-robe, et qu'elle s'est moquée de ses pots de chambre. Elle a beaucoup pleuré et a pris le parti de se retirer à l'abbaye dp Monlmartre. Elle se plaint aussi du retour de M™*; de Modène, que Ton attend, et ne veut pas revoir sa fille, dont elle se croyoit défaite.

Réforme. — Enfin la réforme est annoncée dans tous les corps, Maison du Roi^ cavalerie, infanterie, dragoçs; et l'état de la guerre sera diminué de 2S millions. On ôte 16 cavaliers par compagnie, qui .sera réduite à 25 maîtres. De 40 dragons , on en met 20 à pied., Daus l'infanterie, on 6te 12 soldat3. Tous les officiers, à qui on avoit accordé la réforme depuis la paix, sont renvoyés saiis un sol, et les anciens réformé^ ne seront payés que lorsqu'ils seront présents. Les inspecteqrs ont leurs ordres pour faire la réforme dans le pois de mai. Tous les officiers vont à leurs régiments recevoir leur sort.

Ordçnnance du 28 avril 1721, portant réductiçjn des troupe^, tant d'infanterie que cavalerie et dragpnç. Cavalerie^ 25 maîtres. Dragons 41, 20 à pied. Infanteiîe de 81 à 69. Grenadiers sur le pied de 50 hommes : rester, ront. Suisses 200 hommes réduits à 169. Re^puçjjei^t à

AVRlL/i7W.. K, .123

leurs pays. Un mois desolcje, AUeijaandslOOàSO. Italiens 67 à 50. Qardes françoisçs 150 à 12Q. Grenadiers restent.

27 aivril. — Arrêt au sujet du. visa, qui ordonne que les rentiers qui n'ont point leurs contrats expédiés, pour^ ront comprendre leurs rentes dans Iqurs déclarations et que l'on cessera de payer les rentps delà Ville, jusqu'à ce que les contrats aient été visés, pour être payés aussitôt que le visa de chaque. contpa* sera fait. C'est pour faire avancer cette bçsogaie qui, ne marchçit point, et que l'on veut finir. , . . •,

ToDR DE Babel. — Qn a fait imprimer une carte intitulée : Tour dt Babely ou division des évéques de France sur la Constiiutiony depui$ 1714, jtÂsqtii'^ 1721, pour «er^ vir de plan à Vhi&ioire des variations arrivées sur cMe huile. Cela est très-ingénie«x. Oa,voit en Jirois classes les appelaats et opposants, les acceptants^ Içs^çcommodiuits et les évêques morts ; et œs classes opt beaucoup de subdivisions, en sorte que oeUe des accommodants a quinze classes. Le cardinal de Noailles se trouve seul de sa classe qui a refusé en 1714, qui a appelé et qui a reçu l'accommfMiement entier, et Ton dit que c'est un effet de la Providfâice que lui, qui vouloit tant réunir, et pacifier l'Église, soit tout seul qui ait fait certaines démarches sur la Bulle. Il y a au bas : « Diocii : Venite, descendamus et confundamus linguam eorum ut non audiat unusquisque voçemproxifniisui el^idfiircQ^voçatum est nomen ejus Babeh (Genèse, cap. 11). J'ai compté cent évêques qui ont signé l'acQomroodemen|i, mais daps des vues différentes, et cette jcarte historique sera un morceau bien curieux un jour. Les noms des évêchés et des familles y sont tout au long.

AsFELD. V Interrogatoire de l'abbé d'Asfeld se vend de tous côté?. Les évêques s'en sont plaints. On a dit au Palais-Royal : c( Que voulez-: vous que l'on fasse à des gens qui ne parlent que de l'autre vie et qui spnjt pi^êts à quitter tout ce qu'ils ont en celle-ci? »

L'abbé Dctbois. — Lecardinal de Rohan, qui est à Rome, a écrit à Tabbé Dubois avant le conclave, que Ton espéroit avoir un Pape favorable à la France, et qu'il travailleroit à lui faire retrouver le chapeau qu'il avoit perdu. L'abbé (ou cardinal) est venu au Régent, lui a exalté le mérite du cardinal de Rohan ; qu'il étoit homme de cour, orateur, théologien, politique, grand homme d'État et à comparer au cardinal de Richelieu* Le Régent lui a dit : « Tu n'es qu'un J... tu te connois mal en hommes, le cardinal m'a dit avant de partir que tu ne valois rien ; qu'il ne falloit point se fier à toi, et pour cela , il a donné un chiffre au maréchal de Tallard pour les affaires de Rome et voilà le maréchal qui sort, qui vient de m'apporter des lettres que je viens de déchiffrer avec lui. » L'abbé est tombé de son haut, et voit son chapeau bien loin.

États de Bourgogne. — M. le Duc a fait savoir de Chantilly au Régent qu'il n'iroit point tenir les États en Bourgogne à cause de sa santé. Ils devroient être tenus pour M. de Chasteautier, lieutenant général du Dijonois, mais il est en Auvergne, et ils seront tenus par M. le marquis de Ta vannes, lieutenant général du Maconnois. M. le Duc a envoyé tous ses gens et ses équipages et officiers pour faire la dépense du marquis. On prétend que cette absence est concertée, et que le surintendant de l'éducation du Roi ne doit pas s'éloigner si fort de sa personne. 11 est à Chantilly avec M"® de Prie qui ne le quitte point.

29 ÀvriL — Beringhëm fils. — Le Roi a volé ses oiseaux et y a eu bien du plaisir. M. de Beringhëm fils y a fait ses premières fonctions de premier écuyer. Il avoit derrière lui un page de la petite écurie, à cheval, avec un porte- manteau , ce que M. le prince Charles, comme grand écuyer, a trouvé mauvais. Il en a porté ses- plaintes au Régent, et on doit lui faire justice, parce que par ses provisions, il a seul le commandement, gouvernement et disposition de la grande et petite écurie; et ce page

de la petite écurie ne doit point de service au premier écuyer. Après la mort du Roi, M. de Beringhem père obtint^un arrêt favorable pour Piridépendance de sa charge, et pour la dépouiller de la petite écurie , mais H. d^ Armagnac fit des protestations publiques contre cet arrêt. Je les ai vues, elles sont singulières, car elles sont faites en forme de requête ou placet au Roi, et elles paroissent avoir été signées par deux notaires en présence du Régent, qui leur en a donné Tordre dans son cabinet. Depuis, il y a eu un arrêt, en 1718, qui a maintenu le grand écuyer dans ses droits, à coadition verbale qu'il laisseroit jouir M. de Beringhem père de ses usages pendant sa vie; mais voilà le fils, qui vient d^ obtenir la survivance, et qui veut s'établir dans ces usages. C'est ce que le prince empêchera de toutes ses forces, car il a raison, et il soutient la raison avec une fermeté inébranlable. M. le maréchal de Villeroi a donné une lettre de sa part au Régent, qui a dit quUl lui feroit justice. On l'attend.

Peste. — La peste est toujours en Provence en beaucoup d'endroits, et à Toulon et aux environs. On dit qu'un capucin, prêchant à Rennes sur les incendies, a dit qu'à Paris l'église de Saint-Sulpice avoit été aussi brûlée. Le bon père avoit pris sérieusement la chanson du Portail de Saint-Sxdpice ; et ainsi voilà ma pauyre amie chansonnée et sermonnée. Elle est toujours bien mal de sa brûlure, qui dure depuis soixante-dix-huit jours.

Peinture imprimée, secret nouveau. — Un François nommé Leblond, retiré en Angleterre et peintre de son métier, a trouvé le secret d'imprimer des tableaux peints en huile avec toutes les couleurs, et on en tire jusqu'à mille ou douze cents, comme on feroit d'une estampe. Ce secret est merveilleux ; il y a déjà eu plusieurs planches faites qui ont bien réussi. On en a fait une Compagnie et des actions, et le Roi d'Angleterre a accordé des Lettres patentes. J'ai vu des essais que M. Desmaizeaux a envoyés en France pour M. le Chancelier, qui les a portés au Ré-

126 MÉMOIRES IJE l^AtHlfatJ MARAIS.

gent. Il y a un chef d^N.-S. couronné d'épinôs ; un portrait du roi d'Angleterre et du prince et de la princesse de Galles^ et des copies d^anciefts tableaux^ comibe une Ariane dormante que j'ai vue. J'ai cette ^énan^f. Ce peintre doit faire aussi des figures anatomiques du corps humain, et il a déjà fait le pénis, pour mettre dîans le livre d'un chirurgien : Dé Gonorrhea. Il est dissé<Jué et coloré , et a été admiré ici. Le Régent, qui sait tout; et qui a beaucoup peint en sa vie, à dit efu'il sa voit bien comment cela se faisoit. Si ce secret est poussé loin '/la peinture et la gravure en pourroient souffrir^ et ce seroit domthage ; mais on dit que- ces tableaux sont chèrs, et c'est petit-étre comme la pierre philosophale, que Ton trouve après s'être ruiné à faire de Tor, qui revient plus cher ique le véritable.'M. le Chancelier a ordonné que la relation de ce secret soit mise dans le Journal des Sa/tunts. Ce François s'est instruit à Francfort, et a pias^sé en France; il y a cinq ou six ans, mais on ne.fli point de 6às de lui. Un Anglois m'a dit qu'il falloit' souvent retoucher aux planches, et qu'en Angleterre, où celaavott fait beaucoup dé bruit d'abord, on commençoit à Ven dégoûter. . '

9/ÊAt 17Î1.

Dimanche Ji^ maL — Moiçr de M. OES»fAREjrs. (1), ilfoi 1721. — r QjssMAi^Ti^» T:7-,M.,Degrn^.ret§yj Ancien contrôleur g-énéral , est très-inalad^, .C'étpit i^n .hpn^rae très-habile dans lesûp^^cj^s ^e France. l\ pi^i^eipandoit, après 1^ gUjBrre finie, que six ans de . paix et six ans de la via du Roi, ppur reudce la Frai^qe plus flprissa^^te que jaipaii^, et il e^ avoit fait le plan, pendant, la guerre mèm,e, Jelcî^siisd'un habile Anglpis, qu'il, consultoit^ouvei^t ^uîîJçsJina^nçes^'Ai^gletçrre,, m^is ^a;W est yenuy

(ï)V.'BarbieKl, <Î6.

'•' '^^''' '''MAÏiyai. 127-

qui 'rf4'énVersé tousses projets, et ijui a niis la pauvreté ôàratitré vouîoitiriettre des richesses- Chevalier, avocat, a dlf de LaM^, dans un plaidoyer à laGrarid'Chambre : tcque c'ètoit une comète qui avoit' paru sur l'horizon de U France, et qui, en disparoissant, y avoit laissé toutes sortes dé malheurs. »

3 maî. — D'Argenson. — M. d'Argenson, ancien garde des sceaux, dont la fortune a été si brillante et si traversée, et qui a passé par bien des états, dails le règne passé et dans la Régence, est très-mal et a reçu tous les sacrements. C^étoit Tenhemi juré de Law. lldevoit prospérer après sa jperte; cependant il n'eto a pas été mieux, et c'est un exemple de ce jeu de bascule qui gouverne le monde et les COUTS.' ». n.K> .. . ... . .

M. de Puységur, qui avoit les routes, remercie. Elles sonft donnéefeà M. le Blanc, et ajoutées à son emploi de la guerre. , , ;.

5 mat. -^ Le Parlémeiït s^est assemblé. Les princes y sont venus. M. le Duc, revenu de Chantilly, s'y estl!rotrvé; îr se porte bien mieux; On a parlé de l'affaire de M. le duc de la Force ^ et on a vu les requêtes des accusés^ d'An de liberté et de mainlevée des saisies. Par l'arrêt, les requêtes ont été jointes, ordonné que le procès sbroit instruit par récoletnent et confrontation, et qu'il sera fait description des marchandises létant aux Augustins. Ainsi voilà Taffaire tournée à l'extraordinaire et elle ne finira pas si tôt. Il y a toujours dans les affaires critnnielles un secret qu^on ne sait point. L'arrêt est dans la requête en cassation du 26 mai, dxi duc de la Force.

CHASTEAirrnER. — M. de Chasteautier est arrivé en Bourgogne, et prététld que M. de Tavannés ne peut tenir les États, On Ta dit au Régent qui a dit t Qu'ils s'accommodent. . • . '

Diligence de Lyon volée. — La diligence de Lyon a été volée. Le postillon attaqué a fait rompre la flèche, et a empêché qu'on n'ait mené la voiture dans les bèis; Les? voleurs

ont pris environ 100,000 liv. d'apgent, que des marchands envoyoient à Lyon pour avoir des étoffes, n'y ayant plus à présent de lettres de change ni de banquier. Ils ont laissé plusieurs sacs, n'ayant pu emporter que leur charge, et le vol s'étant fait sur le grand chemin, comme le Régent n'est pas aimé, on a dit que c'étoit^lui qui avoit fait faire ce vol pour en avoir encore l'argent, et la maladie de M. le Duc a fait dire aussi qu'on lui avoit donné le petit Boucon italien. Satires populaires et ridicules.

États de Languedoc. — Arrêt qui permet aux États de Languedoc d'emprunter au denier vingt, et les États, par délibération, feront ce même denier aux anciens rentiers pour leurs rentes, à condition d'entrer dans le prêt nouveau.

8 mai. — D'Argenson. — Mort de M. d'Argenson. Quand on Ta voulu enterrer à Saint-Nicolas, sa paroisse, les harangères ont voulu avoir son corps, et ont dit mille injures contre lui; on a apaisé avec beaucoup de peine cette populace furieuse, qui n'avoit jamais osé le regarder en face pendant sa vie, et qui vouloit arracher la barbe aii Lion mort (1). Je ne sais qui aura son âme; il doit y avoir un beau débat en l'autre monde comme en celui-ci à qui l'emportera. Il laisse trois enfants, l'un conseiller d'État et intendant de Maubeuge; l'autre intendant en Touraine et. qui a été pendant quelques jours lieutenant de police. Et le troisième est une fille mariée à M. Legendre de CoUandre, maréchal de camp, fils du célèbre Legendre de Rouen, l'un des plus grands négociants du monde, et dont tous les enfants, braves et fort estimés, sont entrés au service ei y ont acquis grande réputation.

L'abbé de Mesmes. — On a appris la mort de M. Tabbé de

(1) Voir, sur rémeuteque souleva le convoi, Barbier, 1, 120, 127 et les iï/dwi. de MaurepaSf I, 154.

Mesmes^ frère de M. le Premier Président. Il étoit tombé, depuis un an ou deux, dans une espèce de démence, et éloit retiré à Sainte-Geneviève. Le P. de la Borde, de rOratoire, est héritier d'un bon prieuré, qu'il lui avoit résigné^ à pension^ depuis un mois, et la pension n'a guère duré.

Samedi 10. — Ballet. — Fénelon. — Le ballet du Roi a été joué au l^uvre pour Fambassadeur turc. Il y est arrivé un Iriste accident. Le chevalier de FéneJon, enseigne de grenadiers du régiment des Gardes, âgé de vingtdeux ans (1), voulant ps^sser d'une loge à Tautre et abréger son chemin, le pied lui a manqué, et il est tombé sur des piquants de fer qui lui ont percé la veine cave. On Fen a arraché avec grande peine. H a perdu tout son sang, et est mort, deux heures après, chez Bellomère, chirurgien. Le Roi n'y étoit pas encore quand cela est arrivé, mais le sang étoit répandu dans la salle, et on n'a pus laissé de danser et déjouer le ballet, suivant la cruelle coutume des rois de ne pas faire grand cas des autres hommes, et de finir toujours ce qu'ils ont entrepris. C'est apprendre de bonne heure l'inhumanité an jeune Roi. Le Turc dira dans son pays que nous sommes plus barbares qu'eux {2).

Asfeld. — L'abbé d'Asfeld, avec sa belle Belalion, a été exilé à la Rochelle. On la débitoit non-seulement à Paris, en françois, mais elle avoit été envoyée en allemand à Vienne, et elle étoit tombée entre les mains du secrétaire de la cour de France, qui l'a renvoyée. Celte traduction, que l'on vouloit semer parmi les évèques d'Allemagne, a paru séditieuse. La famille de l'abbé demande sa grâce, qu'on ne lui a point accordée.

Prince Charles. — Le prince Charles a obtenu un ^arrét (il est du 6 mai) qui porte a que le Roi s'étant fait

(I) Neveu de (^archevêque de Cambrai.

(a) Voir sur ce funeste accident, Barbier, 1, 128. T. II.

180 MÉMOIRES DE MA rilIÉU MARAIS.

représenter les provisions de lacKargede Grànd-écuyer, qui lui remet le conimandement et disposition de la grande et petite Écurie, et S*. M. voulant continuer les marques d'estime qu'a voit le feu Roi pour M. de Beringhem père , premier ëcuyer, il est ordonné que ledit sieur de Beringhem demeurera dans les usages dont il jouit jusqu'à présent, s4ns que cette possession puisse être tirée à conséquence contre et au préjudice des droits de la charge de Grand-écùyer, par M. de Beringhem, fils survîvancier, dé son fils ni ses successeurs; ces usages n'étant accordés personnellement qu'au père.» Cet arrêt a été expédié sur celui que j'ai dressé. M. le duc d'Orléans l'a trouvé juste. M. le Chancelier l'a signé, et M. d'Arnûenohville eta a fait l'expédition. Voilà la justice rendue, et c'est à M. le marquis de Villeroy, qui l'a sollicitée, que le Régent ne l'a pu refuser. Cet arrêt est secret. ^ '

SoissoNS. — H. l'évêque de Soissons (1) a fait paroltre une nouvelle lettre pastorale sur la Constitution. Elle est pleine d'ei^reùris, età été dénoncée en Sorbonne, sur les endroits seulement qui blessent les libertés de l'Église gallicane, car sur la théologie , chacun soutient son opinion.

Dimanche 11. — Colonel-général de l'infanterie.. — Il s'est répandu aujourd'htii une grande nouvelle au Palais-Royal. M. le duc de Chartres, fils du Régent, a été fait colonel-général de l'infanterie françoise par commission. Il n'y en a point eu depuis le dernier duc d'Épernon, qui mourut le 25 juillet 1661, et là charge fût supprimée le 26. Elle avoit été érigée en charge de la couronne en faveur du duc d'Épernon, son père, favori d'Henri m, au mois de décembre 1584, par édit vérifié le 16 janvier 1585, et il âvoit fait son serment au Parle- ' ment le 22 janvier, comme on voit dans le Journal de ^ - ,

(l)Languet. -

MAI ISiat - ,, 131

Henri m f où il est pei$iarqué qu^il.^ut sa place sur les fleurs de lis etqueJa Gourluidit: icDacdiÉperoon, montez ici comme piair de* Franibe -ei non xxJMS^me coloael^ cav eo cette dernière Vitalité: vous n'^vvez. point ici de séance. » (Lestiprovisions de ^M. le duc, tde Chartres «ont dans le MercmreàQ mainaiwEllestsgnt tcès-cpriçuseç. V. Merc. de ^lai. i7Sll.)>Avant'luiy!ce.n'éV>itqu^'Une commissions qui it'a eommenoÀ qûe.:sM]& François T'. Cette charge, donne Tautorité sur. tous le^ gens^ de ]^ied françois^ et les ccdjonels nejsiontque les lieutenanl^-cplonels^du colonelgénéi^^ Upartage^en quelque sorte^.r^Mtorité. royale, caril:dispos0 de tous les emplois de Vinfanterie, et on bat; auxd]kamps pouclui comme pour Je. Roi. Tout. le monde. saîA^eie iraitode M.'d'Êpermoa quir entroit au LouTre avec Monsieur, fnère du Boi liOuis XIIL Le$ tambov^ ne battaient poîniauXinh(amps».0]i^leWidÂi^ qu'on ine batttoit' point pour MonsieaF^; ^\<h^ le^duc d'iÉpernon^e mitàlaportièreet dit,;^Icii$uis^ battez poqr moi. » Uy adans le livre.des Gr4v^X}f^ier^ de Dufourny (ou Ani8elrae)«n ehapitredes colonelô-généraux de l'infanterie françoise. On yncÂteBrantôoiei^tome^IV de ses Capitaines françois. Je Tai voulu life,»jan^ ai rien trouvé pour les prérogatives; de lar charge/ mais beaucoup d'écartésy commeBrafii6iûe en sait.faire. ie n'y ai lu qu'une chese remarquable^ qui» est qu'après la bataille de Cerisdles,^roi!Fraaçoi8f^voyapjb;|L,derChai3^ {fini^^ été le premier des colonels-généraux) accoo^^né d'un nomhreinfini d'officiers de^newe, dit :.« F^i degentilhooime, voilà Je plus bel état de eran rpyautneet aussi suffisant pour se faire aceompagn^c, .cmindore et pespe<^eiîi et m'étohi^e beaucoup de me^ petîAs aOts et fal^ «prânces de mon ro;fabi9cie, qui font tant des gramds let di^ glorieux et n'y ont^amais aspiré^iquiâe servontid^eux etde leurs moyens pour avoir des geuda et se faire auiytjp, craindre^et respecter : au lieu qu'à mes dépens et qui ne leur coûteroit rien du leur, ils seroient toujours mieux accompagnés

\n MÊMOIBES DE MATHIEU MARAIS.

que moi, et par ainsi épargneroient le leur pour remployer mieux pour leur service. Je ne sais s'ils le font pour craindre ou pour épargner leur peau, car l'état est fort hasardeux, mais pourtant ils en seroient bien heureux, honorés et respectés, et sont des petits sots qui le dédaignent. » Le Régent n'a pas voulu qu^on traitât son fils comme François I*' traitoit les princes de son temps, et il Ta fait colonel-général. Il ne commande pas au régiment des Gardes-Françoises, on l'a détaché de sa commission (le 7 décembre, M. le duc d'Orléans a remis cette commission au Roi), ni aux Suisses non plus, qui ont un colonel-général. Voilà un grand état, mais savoir s'il durera à la majorité. C'est ce que le temps nous apprendra. En France la possession fait beaucoup. PossessionaJi,

Mâillebois. — M. de Maillebois, maître de la garderobe, étant au lever du Roi, et s'appuyant contre la balustrade, ce qui ne se fait jamais, le Roi lui a dit : «Il faut que vous ayez joué quelque grande partie de paume ce matin, vous me paraissez fatigué. » Le Roi a été loué de cette réprimande polie. M. de Maillebois est fils de feu M. Desmarets, contrôleur général.

Law cadet. — Guillaume Law, frère du fameux Jean Law, a été mis à la Bastille (1) (il y est du 3 mai), pour quelques millions détournés de la Banque. Mais nous ne tenons pas l'autre frère, qui a ruiné la France. On a aussi arrêté La Motte, changeur, et sa femme, qui faisoieut partie des Mississipiens.

Sully. — Le duc de Sully a déclaré son mariage avec la comtesse de Vaux, veuve du comte de Vaux, fils aîné de M. Fouquet, surintendant des finances. C'est une dame de mérite, qu'il aimoit depuis longtemps, qu'il avoit épousée en secret, et la famille Sully en étoit fâchée, parce qu*elle n'est pas en état d'avoir des enfants. Elle s'appelle Guyon, en son nom, et est fille de la fameuse

(I) Barbier, 1, 127.

MAt 1721. 133

madame Guyon, quiélisle, qui a perdu M. deFéneton, Tarchevèque de Cambray, par les spiritualités qu'elle lui avoit inspirées. J'ai toujours été étonné qu'un si grand esprit ait pu donner dans les visions d'une folle. On ne peut soupçonner de l'impureté dans Tamour pur, mais l'esprit est souvent la dupe du cœur (1).

13 mat. — CouRTANVACX. — Le marquis de Courtanvaux, capitaine des Cent-Suisses, est mort à Arnay-le- Franc. C'est le fils aîné de M. de Louvois. Il n'y a pasgrande perte : j'ai étudié avec lui et, dès ce temps-là, ce n'étoit pas un grand docteur. Il étoit fort avare; il laisse 50,000 écusde rentes en terres. Son cadet, M. de Barbezieux, lui fut préféré par le ministre, mais il a bientôt précipité le cours d'une vie florissante, et a bien abusé de ses talents et de sa jeunesse. Le fils du marquis de Courtanvaux, qu'on appeloit le marquis de Louvois, est mort. Il y a un petit-fils qui n'a que trois ans et qui a la charge des Cent-Suisses.

Tartarës chrétiens. — 11 est venu une grande nouvelle pour le christianisme. 40,000 Tartarës des États du Czar se sont faits chrétiens et ont été baptisés. Le Czar y a envoyé des missionnaires pour les confirmer dans la religion. Ils ne feront pas comme les missionnaires de la Chine ; le Czar n'entend pas raillerie, et les fera marcher droit.

La princesse de Galles, en Angleterre, est accouchée d'un fils. Cela éloigne les princesses de la couronne.

SoissoNs. — ÉvÊQCE. — Le supplément de la Gazette (f Amsterdam du 1 3 mai contient une relation très-exacte de ce qui s'est passé en Sorbonne, le 2 mai, sur la dénonciation de la lettre pastorale de M. l'évèque de Soissons. Il faut la lire. Première proposition dénoncée : «Il est essentiel à l'exécution des promesses que l'Église subsiste dans la forme que Jésus-Christ lui a donnée, c'est-à-dire

(1) c'est le mot de la Rocliefoiicaulil.

ayant à sa tète Pierre, dans ses successeucsi \xnls à ses ap6treSy en$^%bant et pro&ssant en kuir nom la vérité^ et les y Gonfcd^mant jusqti!à la*c<>D6omaifa.tlan 4eS'8iècles par la solidité etila forâe^de^oa ministère exprimée tpar Le nom de Pierre. » Cequirônferme visiblement TinfailUbililé du Pape. Il y atuneeutré pro^jo^tion sur ce qiie l'on suppose qiie lies béréiiquei^ -seuls appeUeot au con^ilb; et une troisième) où. il parle des appelants comme schis^ itiatiques : KvVotiSrVotiS' efforcez de ^ossir votre, petite Église naissante du MjQoiïibre) des saints pères des siècles ^ssés.^ et vbus, ^chir^! leuir t&xieôn lambeaux peur couvrir [votre îpatovtfeté^ » H y ra eu seize^ commissaires nommé^^poikTJûxajïiinâr.ûes. propositions dénoncées, Les molinistes ^ui «ont neutres en SorbonnB se /sont opposés èi la délibétatibn'ât|.ttfit tant criéyqu'ddu D-à pu riea

Le, cardinal Alb^rooi e^ntra le.8 avril au conclave , et a été reçu à Rome (1) avec joie et beaucoup de complimtats; Ou a fait des vest^ ài^^m kual^ge, DansiiTijscrutia du*5, il y a eu. pluâieuj^ |syuffrages(ni6m«iiî«ii ce que les oardinlaux ont fait pour aeidontie* du^tamps. Le 12 avril, ii y avoit quarante-4e«3c aardinagx- au.<»ncl«iviâ*' :

^ L'ABBÉ T£N«lNi -r-T PB01^I8fI0N& J^ dQN.YitRTiSSÊlDa Eîf CHEF ETm PRiMAt DELA. LOUISiAKB BOGR HONSiBUE |.'aB8É DE TeNGIN^PAR le COMMANDANT du régiment de LA CALOTTE (2)*

Nous, général de la calodê^ ' ' ** ' "'

Poor empêcher par tous i^oyeas^ ' ' • - ' •

^ Que rerreméés' luthénehs — . . >.>a / \ — /: h.: h>- i

^£t df^,Ia,doctfinçhugufinotç.. . . -^

(1) Voir Saint-Simon, Xf, 387.

(2) Le Régiment delà èàlikte était une sotte d'as^Octalrôn burlesque dû quelques malin^^ jqtii en (urétltles- fondateursy firent; entrera leur suite, mm sans les pousser quelque, pey, tous ceux qui, Jt un titpe quelco|^que,' avaiei^t mérité un brevet de toqué. Le mot, dans son acception vulgaire et moderne, exprimeparfaitementteimtdexettefEicétiease' institution, que protégea pendant cinquante ans rinviolabiiité du rire, qui (H<*iidit aux plus ImMts personnages

lS*infecte notre régiment, D*un pernicieux sentiment Et pour remettre dans la voie Quelqu'un qui seroit fourvoyé Et seroit devenu la proie De rhérétique dévoyé ; A ces fins, vu Texpérience, Saintes mœurs, doctrine, scieqce, .

la témérité impunie de ses moqueries, dont Louis XIV, le Régent, Louis XY, en souTerains hommes d'esprit, encouragèrent les lazzis rimes, etqui se cliargea jusqu^en 1760^ où elle devint exclusivement militaire, delà police du ridicule, même sur les marches du trône. Voici au milieu de quelles circonstances prit naissance cette bizarre association de Toqués (de ceux à qui il faudrait une CO' lotie de plomb). Vers 1710, quelques officiers delà cour, dont Aymon, un des douze porte*manteaux du Roi et M. de Torsac, exempt des gardes du corps, ayant fait mille plaisanteries su rjquelques folies de Turt d'entre eux, apposèrent une calotte de plomb au malade. De là, mille inventions grotesques, et l'idée de créer, pour s'amuser, un régiment composé uniquement de personnes distinguées par une conduite singulière « leurs mœurs dépravées ou, par le ridicule. Un pareil dessein, confié à des tètes françaises, ne devait pas y dormir longtemps. Dès le lendemain, Aymon, qui avait l'esprit plaisant et abondait en saillie<«, était choisi pour généralissime, et le régiment commençait à se recruter avec une telle indépendance et un tel succès, que Aymon , interrogé par Louis XIV, qui lui permettait comme à beaucoup de ses serviteurs familiers une grande liberté de langage, sur l'époque à laquelle il ferait défiler son régiment devant lui , put lui répoudre impunément : « Sire, il ne se trouverait personne pour le voir passer. » Le Roi ayant ri de celte hardiesse de celui qu'on considérait comme le fou du Roi, il fut de bon ton et de bonne politique d'en rire aussi et d'imiter la tolérance souveraine. A partir de ce jour, les éclats de rire se succèdent perpétuellement , dans l'Olympe où tonnait Louis XIV, et la majesté un peu triste de cette cour d'abord théâtrale ,' puis monacale, se déride et s'anime. Chaque jour, c'est une nouvelle victime qui est vouée à cette Immolation satirique, et dont on passe fambition ou là vanité au fil de i'épigramme. Chaque jour, un brevet nouveau de calotin forme (a nouvelle attendue par l'impatience des médisants. Mais c'est sous la Régence, celte Fronde des mœurs, que le Régiment de la calotte, celte Fronde du rire, devait prospérer. Le Régent, tolérant par caractère ^ l'était encore plus par système. Il accorda une liberté illimitée aux faiseurs de brevets, s'amusa à 1^ lire lui-même à leurs titulaires, choisis phjs d'une fois parmi ses conirtisahs, et ne se fût pas offensé de recevoir le sien. Quelques grands personnages, qui se croyaient au-dessus de la satire, et qui ne répugnaient pas à la critique des autres, prirent l'institution sous leur officieuse proteÎDtion. Villars sauva plus d'une fois de la Bastille, conséquence inévitable d'un succès trop audacieux, les chefs du régiment. Les pliismleries faites à propo:^ sur le ï^ariement et

Et zèle que Tabbé Teucin A fait paroitre sur tout autre Pour le salut de sou prochain, Nous lui donnons lettres d'apôtre Et de convertisseur en chef, D'autant qu'en homme apostolique Il a rendu Law catholique.

En outre, par le présent bref,

sur les jansénistes, en liront d'ailleurs pardonner beaucoup d^autres. Les brevets, rédigés pari^éiile de la liltérature qu'on pouvait appeler déjà militante , Koy, Gacon, Grécourt, Desfontaines , l'abbé Mergon, Voltaire, Piron, M. de Maiirepas lui-même, réunirent (^attrait de la l)onne poésie à celui de leurs aUu< sions malignes. Personne n^étant épargné, il fallut bien se résigner à une policd qui atteignait tout le monde. £t les ministres eux-mêmes, Dubois en tête, durent faire comipe les |>articnliers et prendre leur mal en patience. Dubois affecta de mépriser ces traits qui pleuvaient sur son cynisme comme sur une carapace. Chose étrange ! celui qui s^<ist plaint le plus des calottes^ qui ne l'épargnèrent pas en effet, est celui qui en a peut-être le pins fait. C^est Voltaire, qui de bonne heure n'aima pas à rire à ses dépens et appela volontiers la médisance une calomnie. On trouve dans ses Œuvres plus d'une trace de ses rancunes. On trouve dans les Mémoires de Maurepas , t. III, une longue et diffuse mais intéressante histoire des principaux événements qui regardent le Régiment de la calotte. Marais et Barbier, qui, en leur qualité de curieux et de malins, faisaient leurs délices de la primeur des brevets, ont inséré les plus remarquables dans leurs Mémoires, Quelques-uns sont, en effet, d'une importance historique ou littéraire réelles. Il y a dans le fatras des éditions imprimées, auxquelles on pourrait joindre les 2 vol. in-4'' manuscrits de la Bibliothèque impériale, quelques perles véritables. Mais il faut remuer, pour les trouver, un véritable fumier. L'institution de la Calotte tomba d'ellemême, vers 1760, sous l'indifférence d'un public plus diflicile et plus blasé, auquel ne suffisaient plus les vains efforts de sa décadence, ,et que les pamphlets et les Nouvelles à la main nourrissaient d'aliments plus épicés. Mais cette association du ridicule, devenue caduque, littérairement et politiquement parlant, se perpétuadans Farmée, et y subsista jusqu'à la Révolution, non sans porter quelquefois atteinte à la discipline, un peu offensée de voir des lieutenants chansonner ainsi impunément leur colonel. — V. sur le Régiment de la Calotte t P'iTon et Voltaire, Œ«t;re5, les Mélanges de Boisjourdain , Barbier, I, 207, 447-11, 23, et surtout Marais, qui contient, sur les victimes et les bourreaux, sur les cérémonies de l'ordre, ses généraux, etc., de curieux détails. Voir aussi les Mémoires déSégur, et Paris ^ Versailles et les provinces au dix-huitième siècle ( par Dugast de Bois Saint- Just ), Léroontey et les Mémoires et Correspondances du cardinal Dubois ip^v deSevelinges); enfin les Curiosités littéraires. La 1" édition des Mémoires de la Calotte est de Bâle, 1725, 1 vol. in- 12. La dernière, en 3 vol. in-12, est de 1752.

Voulant illustrer sa soutane Et donner du poids aux sermons Dudit abbé^ nous le nommons Primat de la Louisiane :

. Voulons qu'en cette qualité Il puisse avec autorité Gouverner la susdite Église Sans que personne y contredise.

De plus, quoique Tabbé susdit Plein de Tévangélique esprit Méprise les biens de ce monde, Et que même contre eux il fronde , De notre libéralité Pour soutenir sa dignité , Lui déléguons dime et dixièmes Sur les brouillards dudit pays Qui font la gloire du système, £t que Ton dit être inûnis.

Espérons que la cour de Rome, Mère des nouveaux convertis.

En faveur d'un aussi grand homme Donnera les bulles gratis , Ajoutons à ce noble titre Pouvoir de porter sous sa mître Là double calotte de plomb :

Lui donnons notre grand cordon Comme ornement très-honorable, Très-illustre, très-convenable , Au col d'un aussi grand prélat, Et pour y donner plus d'éclat Y Joignons grelots et sonnettes.

Papillons, rats et girouettes Et tout Tattirail calotin ; Défendons à tout libertin De faire et chanter vaudeville Où le suppôt de l'Kvangile Soit chansonné malignement.

Fait au conseil du régiment.

L'abbé d'Asfeld a* obtenu un changement de son exil , et est envoyé à Saint-Florentin, au lieu de la Rochelle. Depuis, cela a encore été changé, et on l'envoie à Villeneuve-le-Roi, où Tair est meilleur. Le marquis d'Asfeld

a eu beau dire que son frère est toute sa consolation, s'il veut être consolé, il l'ira trouver à son exil. Les paroissiens de Saint-Roch , à qui il faisoit, toutes les semaines, des discours sur l'Écriture sainte , sont bien fâchés de le voir partir; s'il n'avoit jamais fait que de ces discours, il seroit encore à Paris.

Un conseiller au Parlement, nommé La Goupillière, de . la première des enquêtes, s'est donné un coup de pistolet dans la tète , et s'est tué de chagrin d'avoir vendu sa charge en billets de banque (1). Il laisse cependant beaucoup d'autres biens. On dit qu'il ,est d'une race folle et que sa mère est enfermée. Le iils de M. le président d'Aligres , conseiller, son ami , Fétoit allé voir le matin, et il lui montra cinq ou six paires de pistolets qui étoient dans sa chambre, ce qui lui fit peur, et il en avertit ses gens qui, peu de. temps après, entendirent le coup. Ce sont suites du Système.

Vendredi, 16 mai. — Pape. Conti. Innocent XIII. — Sur les huit heures du soir , on a appris la nouvelle de Rome qu'il y a voit eu un Pape élu le 8 mai, qui est le cardinal Conti (2), d'une très-ancienne famille d'Anagnia, dont étoient le Pape Innocent III, le célèbre canoniste , fait Pape en 1198; Grégoire IX, élu en 1227, qui est le collecteur des Décrétales; et Alexandre IV, fait .Pape en 1254. lia pris le nom d'Innocent XIII,, par reçonnoissance pour son parent Innocent III. C'est, un hoJbjime sage , qui a beaucoup de parents, qui leur fera du bien tant qu'il pourra, et dont le gouvernement se tournera, dit-on, suivant l'esprit de ceux qui le gouverneront lui-même. La faction allemande n'a point eu de part à cette élection. Le cardinal de Rohan s'est trèsrbien comporté au goût de la France , et on espère beaucoup de ce pontificat. Le

(1) V. Barbier, I, 128.

(2) Michel-Ange Conti, évèque de Viterbè, cardinal en ^707, élu pape le 8 niai 1721, sacré le 18 mai.

MAI 17514. f •' 139

cardinal Paniphile et le cardmai Albani out pensé se battre dans le conclave, suPiCe que le Paniphile disoit que le défunt Pape faiseit tout.àâatètey qu'il ne consultoit personne> et qu'il en falloit faire un tout contraire à celui-là. Le nouveau Pape a âoixante^six ans et se porte très-bien. ir

Pasquin a dit : « Si Conti est pape , ce sera le Saint- Esprit qui le fera; si c'est le cardinal d' Albani, ce sera Tempereur ; si c'est Alboponi; ce-sera le diable. »

Saint-Albin. — L'abbé de Saint^Albiu (1), fils naturel du Régent, non reconnu, est nommé à la coadjutorerie de l'archevêché de Cambray. Le Régeilt fait comme les Pàpes^ il songe' à so fataille pendant qu'il gouverne. On dit que Tabbé Dubois. se démettra bientôt de son archevêché, qu'il garde pour, le fils de soin maître ; mais il voudroit bien voir son chef couvert d'un chapeau rouge ou bien d'un vert, comme dit Philotcums.. .

.19 mai. — Miane. Maréchaux de Ebange. — Deux maréchaux de, France , suivant leur arrêté , vont tous les jours au Régent sur l'affaire de Miane , et ils lui ont dit à la fin qu'ils ne s'assembleroi ont. plus pour aucune affaire, puisque leurs jugements étoient inutiles. Nouvel embarras pour le Régent, qui se tire de, tout comme il peut, et qui voudroit bien ne point sacrifier son favoris De Miane i^8t venu à Paris, qui s'est mal excusé , et. qui sfeu' est retourné bien vite , car les prévôts étoient à ses trousses. < , *

PouGB» — PocxES, piûbons, ctc. — Par ordonnance du 9 mai du lieutenant de police , publiée le 45 , il est défendu à tous habitants de Paris d'avoir et nourrir en leurs maisons des porcs, pigeons, poules, lapins,

(1) Ciiaries de SaintrAlbin, fiis du Régent çt de Florepce , dan^use de repéra, abbé de Saint-Ouen , coadjuleur, puis évêqtie de Laon le 23 avril 1722, archevêque dé Cambrai en 1723 (17 octobre), jusqu'au 9 mai 1764, mort en 1774.

lièvres, etc. à peine de 300 liv. d'amende, pour la première fois, et de punition exemplaire en cas de récidive ; Tordonnance porte : que la puanteur est capable de corrompre la pureté de l'air, et de causer des maladies pestilentielles, parmi les citoyens de cette ville. — On craint la peste, qui s'approche de nous, et qui est, à présent, en Languedoc, suivant les nouvelles qu'on a eues par monsieur le duc de Roquelaure. La nouvelle s'est trouvée fausse.

Rentes du domaine. — Arrêt. — On a publié un arrêt du 14 mai, qui ordonne que les possesseurs des rentes, albergues et redevances aliénées du domaine , payeront un supplément de finance , savoir : ceux qui ont acquis sur le pied du denier douze, le double 'de leur finance , et ceux du denier 15 jusqu'au 24-. Et faute de faire leur déclaration et payer dans uh mois , la jouissance du denier 12 réduite à moitié, et pour ceux du denier 15, réduit à la proportion de 24. Voilà un commencement de taxe sur les engagements du domaine. Les autres engagements se suivront bientôt. Le contrôleur général ne se montre pas à découvert, et ne frappe que peu à peu.

Arrêt. — Vivres de la marine. — On n'a vu qu'aujourd'hui un arrêt', du 21 janvier 1721, qui regarde les billets des vivres de la marine , qui en retranche les deux cinquièmes, et met les trois autres cinquièmes dans les états du Roi, avec les intérêts au denier 50.

Notaires. — Les notaires se sont plaints du grand travail qu'ils étoient obligés de faire gratis pour le visa, et que toutes leurs autres affaires étoient cessées. On leur a envoyé à compte à chacun un sac de 1,000 fr., ce qui fait 113,000 fr. d'argent aux 113 notaires.

18 mai. — Visa. — Arrêt qui proroge le visa jusqu^'au 1^' juillet, duquel jour jusqu'au 16 juillet, les effets non visés seront réduits aux deux tiers; et jusqu'au 1" août à un tiers. Passé lequel temps, ils seront nuls et supprimés, sans espérance d'aucun autre délai.

Le Camus, Bretbuil. — Monsieur le Camus, P. P. de

la cour des aides, a obtenu la permission de vendre sa charge de prévôt de l'Ordre du Saint-Esprit. Il la vend à M. de Breteuil, intendant de Limoges (1), qui se parera bien du cordon bleu dans son intendance; car ces Breteuil sont fiers, quoiqu'ils ne viennent pas de bien haut. Ils s'appellent Tonnelier, et viennent d'un village auprès de Beau vais, appelé Breteuil, où on trouve encore une épitaphe en pierre d'un habitant du lieu , nommé Tonnelier, qui est de leurs ancêtres. L'intendant des finances la fit ôter, mais elle est chez le curé; où on la peut voir encore. Le baron de Breteuil a fait le galant de la présidente Ferrand, et on a imprimé les lettres qui lui ont été écrites; mais cela déshonore plus la présidente qu'elles n'honorent le baron. Il a acheté la baronnie de Preuilly, en Touraine, pour confirmer son titre. 11 a eu une affaire d'honneur avec le marquis de Plumartin, son voisin, sur un arbitrage, où ils s'en étoient rapporté à des gentilshommes pour des droits honorifiques , avec écrit portant parole d'honneur de se tenir ace qu'ils régleroient. Les arbitres ayant jugé contre' le bai^on, il en a appelé, et a cru pouvoir se moquer de sa parole. L'affaire a été portée aux maréchaux de France. Il disoit qu'on ne pouvoit pas rendre des arbitres souverains; je répondoi's qu'il avoit raison, mais qu'avant d'appeler, il falloit payer la peine du compromis qui étoit la perte de son honneur, comme il faudroit payer la peine d'argent s'il y en avoit une. Dans cet embarras, les maréchaux de France étant prêts à le condamner, il a acquiescé purement et simplement à la sentence arbitrale, et son honneur lui est resté malgré lui. Les maréchaux de France avoient résolu de le condamner à ne plus porjer d'épée.

Le cordon bleu de la charge de prévôt de l'Ordre

(1) Voir, pour le détail, et sur le service délicat quMI rendit, dit-on, à Dubois, SaiDt-SimoD, XIII, 30 et Barbier, 1,286,286.

passé sur la tête de M. de la Houssaye, <îontrôleur général, avant de venir* M: de Breteuil. On le voulait passer sur M. le Chancelier, mais cela ne s'est point fait. Il y a quelque tracasserie sur ce chapitre.

Gentilshommes ordinaii^es du Jloi. — La dispute de l'introducteur des ambassadeurs et des gentilshommes ordinaires, pour savoir qui doit tsondujre les ambassadeurs au ballet et autres fêtes chez le Roi, a été décidée en faveur des gentilshommes ordinaires.

âl mat. — Peste. — Le premier médecin a invité les médecins de la Faculté et des maisons royales à se trouver chez lui, pour leur communiquer quelque chose d'important delà part du Régent. Il se-sont assemblés le mercredi 21 mai, Taprès-dlnée, chez lui. Ils étoient vingt médecins delà Faculté etcinq des maisons royales : Chirac, premier médecin du Régent, Terray, médecin de Madame, Falconet, médecin ordinaire du roi, Dumoulin, aussi médecin du roi, et Sidobre, du régiment des gardes. lia été question de la police de la peste et non de la guérison. On a pj^oposé lequel étoit le meilleur, dès que la peste est dans une maison, delà murer, et d- empêcher toute communication dansJa ville, ou de prendre le malade et de le mettre, de quelque condition qu'il soit, dans une infirmerie ou hôpital destiné aux pestiférés. Ces^deux manières' ont été rejetées unanimement, comme contraires à Thumanité et à la charité. Par les lettres qui ont été lues, on a vu qu'à Marseille, dès que M. de Langeron a eu fait ouvrir les maisons et les boutiques, la peste a beaucoup diminué, et a enfin cessé; et qu'à Toulon v au contraire, où l'on a muré les maisons, on y meurt partout de désespoir et de misère. Il a donc été- résolu que les pestiférés dévoient être traités dans leurs maisons comrhe on traite des malades de fièvre maligne et petite vérole ; qu'on ne conduiroit aux hôpitaux que ceux qui le désireroient ou qui ne pourroient pas être en état d'être traités chez eux, et que les personnes noB attaquées

de peste, niais demeurant dans les maisons où il y en auroity pourroient communiquer avec les autres sans quarantaine, en se faisant seulement parfumer. Au surplus, le commerce ne sera point interrompu. Les boutiques et églises seront ouvertes , et cela a paru le seul moyen de conserver la santé avec la charité et Famitié entre les hommes. Le résultat a été dressé et refait à cinq ou six fois, et on a été depuis trois heures jusqu'à huit heures à cette assemblée, digne des soins d'un Roi. M. Burette, médecin de la faculté, professeur royal et de l'Académie des sciences, qui en étoit, m'a rapporté tout ce détail, et m'a dit qu'il étoit mort beaucoup plus de gens de misère et de farm que de la peste. Sur ce résultat, il y a eu un conseil du Régent, du Ghariceliei^, de M. Amelot, chef du* commerce, du premier médecin et de Chirac, et les ordres ont été envoyés en conformité en Provence.

Receveurs généraux. — La policé ne suffisant pas, sUl n'y a de quoi remédier à la misère publique, il avoit été résolu d'augmenter la capitation de trois sols pour livre pour secourir la Provence; mais comme on est accablé de tous côtés, les receveurs généraux des finances ont offert d'avancer k millions, sans intérêts, qu'ils ne retireront que dans quelques années, et d*envoyer cent mille écus par mois en Provence pendant que la peste y sera. Ainsi, on ne touche point à la capitation, et cette pauvre province désolée sera secourue par des gens qui, ne sont pas ordinairement bien humains.

BAPAtME. — Blansac. — Le gouvernement de Bapaume a été donné en survivance de M. le comte de Roye, qui est bien malade, à M. le comte de Blansac, son frère. Us sont de la maison de la Rochefoucauld, si illustre par ses alliances dans toute l'Europe avec les tètes couronnées. 11 ù'y a rieù de comparable à la douceur, à la botité et à l'humanité de toute celte famille, qui se fait aimer de tout le monde. C'est la branche de Roye dôht une Léonordc Roye ëpouSa le prince de Condé

144 MÉMOlRIvS DR MATHIKU MABAIS.

au seizième siècle. Le comte de Roye, leur père, se. retira en Angleterre pour la religion et sépara sa famille, dont il laissa une partie en France, qui s'est faite catholique, et Taulre partie, il Temmena en Angleterre où elle a vécu dans leur ancienne religion. M. le comte de Blansac a fait son abjuration à Rome entre les mains d'Innocent XI, qui l'aimoit fort, et qui le voulut faire cardinal ; mais il repassa en France, et se maria avec la veuve du marquis de Nangis ( mademoiselle de Rochefort, fille du maréchal de Rochefort) dont il a eu trois enfants. L'alné s'appelle le comte de Marton, colonel du régiment de Conti, et deux filles, Tune mariée au comte de Tonnerre, l'autre au jeune marquis de Coetmadec de Bretagne et porte le nom de Danges. Elle avoit eu de son premier mariage le marquis de Nangis, le chevalier de Nangis et M"^ de Nangis, qui a été la femme du duc de Fallari.

Massillon. — On a appris que le 26 avril, le P. Massillon, évèque de Clermont, ayant été donner la confirmation à Riom, qui est de son diocèse, il voulut visiter et faire ouvrir la châsse de saint Amable. Le peuple crut qu'il vouloit emporter leur saint, à qui ils ont grande foi, et qui guérit de la morsure des serpents. Ils s'assemblèrent dans l'église; ils étoient prêts de l'assommer, s'il n'avoit fui dans la sacristie, d'où on eut grande peine de le tirer, et il disoit bien en lui-même en sortant, qu'il croiroit de saint Amable tout ce qu'on voudroit, même la fable de ses gants et de son chapeau, que le soleil lui porta dans un pèlerinage qu'il fit à Rome à pied, et qui est peinte dans tous lés tableaux du pays. Il y a des superstitions respectables. Bayle [Dictionnaire critique, lettre A) a fait un article de ce saint, dont l'abbé Faydit, Auvergnat, a critiqué le culte.

SoissoNS. — A Soissons, on a voulu faire arrêter un bénédictin qui a prêché sur le renouvellement d'appel. Il s'est enfui. On Ta voulu faire sonner et* rechercher pour la contumace; le tambour de la ville n'a jamais

voulu, et a dit que son sermon étoit très-bon, qu'il l'avoit entendu^ et qu'il ne vouloit pas prêter son tambour à l'injustice.

SoissoNS. -r- On a fait supprimer le dernier mandement de l'évêque de Soissons, par ordre de la Cour, à cause des propositions contre les libertés de France ; mais on n'a pas laissé d'ejivoyer des lettres de cachet aux dénonciateurs.

Société du fed d'Enfer. — Angleterre. — En Angleterre, qui est un maudit pays, il s'est fait une assemblée qu'ils appellent la Société du feu d^ Enfer, où certains hommes abjurent toute religion, professent l'aibéisme, et prononcent toutes sortes de blasphèmes. Us se donnent le nom de Lucifer, de Memnon, etc. Ils y ont attiré des femmes et même des filles de condition, qui prennent le nom des déesses païennes. On éteint les lumières à la fin de leurs assemblées, et ils se mettent tous ensemble à la manière des anciens gnostiques et des anabaptistes modernes, qui disent : Qu'il y a un mariage naturel entre tous les hommes et toutes les femmes (1). 11 n'y arien d'abominable qui ne passe par la tête de ces Anglois, et la France se ressentira longtemps des conseils du misérable Law. Le roi d'Angleterre, qui veut faire supprimer cette nouvelle secte et abolir ces impiétés, y trouve de l'obstacle; qui le croiroit? Les Anglois disent qu'il y a des lois faites contre les impies, et qu'il est à craindre que l'on ne touche à la tolérance des religions.

Lettres de cachet. — Appel. — Les lettres de cachet volent partout contre les renouvelants. M. Lefèvre^ docteur de Sorbonne, est relégué à Tréguier, M. Begon, à Quimper, M. Rollin (dénonciateur de M. de Soissons), à

(1) Cette secte semble n'avoir pas tardé à se répandre en France. On la IroiiTe à Montpellier en 1723. Elle fut étouffée par une rigoureuse répression (V. Barbier I, 264, et Bois-Jourdain» 11, 309). Ils a'appelaient en France les Condormants ou Multipliants,

Tulle, M. Tabourin, à Luçon, M. Maillard, à Dol, le P. Goffard, de TOratoire, à Aire, le P. Boyer, aussi de l'Oratoire, à Rhodez.

Lettre de l'évêoce de Castres. — Il parolt une lettre imprimée d'un évèque, à M. le marquis dé la Vrillière, au 15^ février 1721. Le nom de Févèque n'y est pas, mais on sait que c'est Tévôque de Castres, .Elle est très-vive et très-touchante sur les malheurs publics. Il est question d'une quête que Ton demande à la Cour pour l'incendie de Rennes (1). «Qu'importe, dit-il, que nos maisons n'aient pas été réduites en cendre, si de tout ce que nous avons de plus nécessaire, il ne notis reste qu'une matière qui n'est propre qu'à jeter au feu? » Cest ainsi qu'il parle du papier. Il ajoute : « Plus de commerce, plus de travail, plus de confiance, plus de ressource ni dans l'industrie, ni dans la prudence, ni dans l'amitié, ni dans la charité même.» Il dit «que la charité est réduite à pleurer avec ceux qui pleurent, sans jamais avoir occasion de se réjouir avec quelqu'un ni les moyens d'essuyer les larmes des affligés et des pauvres. » Il parle de la peste qui approche du Languedoc. «En ce cas, heureux ceux queDieu appellera les premiers et qui n'auront pas le malheur de voir périr leurs frères sans leur être d'aucun secours. Ce ne sont point ici (dit-il) des exagérations, c'est .l'expression la plus simple d'une vérité connue de tous. » Comme l'ordre du Roi pour cette quête est qu'on ne prendra point de billets, il dit : « Quel surcroît d^affliction quand mes ouailles sauront que ce qui leur reste, de leur subsistance ne peut même être employé aux bonnes œuvres, et que leur bien ne leur peut servir ni pour la conservation de leur vie, ni pour le salut de leur âme ! » On ne peut pas faire une description plus pathétique de notre état, et quand on le voudra bien savoir dans l'histoire, il

(l>0n trouve cette lettre au ttime ' llf des Mémoires de la Régence ^ p. 107.

MAI i7!ll. 147

falidra le chercher dans cette lettre, qui est à garder.

24 mai. — Testament dd garde des sceaux d'Argen- SON. — Ou m'a consultésur le testament'de M. d'Argenson, garde des sceaux. 11 Ta fait dans le mois de novembre dernier. M. soïi fils, conseiller d'État/ intendant deMaubeuge , qui est son aîné , y est conservé dans tous ses droits d'aînesse, dans ses terres, sauf la légitime dans les autres biens. Puis il dit que Dieu ne lui ayant jamais donné le désir des richesses , quoi(jùe dans des places où il est aisé d'en acquérir, il croit que pour établir une proportion entre son fils aine et son second fils , il peut faire son secotid fils son légataire universel. Après cela, il propose à' ses enfants lin partage, pour ne point entrer dans la division des terres et des biens de la communauté de M""* d'Argenson. L'alné aura toutes les terres de Toûraine en propriété, avec les meubles et effets mobiliers qui y sont , et la charge de chancelier de Tordre de Saint-Louis, sous le bon plaisir du Roi, en donnant 40,000 liv. à M"^ de CoUandre , sa sœur (qu'il appelle toujours <ima fille », sans parler jamais de son mari). Le puiné aura la terre de Venil-Argenson en Berry et tous les autres biens, maisons, conquéts, acquêts, de quelque nature qu?ils soient, en donnant aussi 40,000 liv. à sa soeur. M. l'archevêque de Bordeaux, son frère , est nommé exécuteur. Il y a 56,000 liv. de legs,' entre autres : 15,000 liv. aux religieuses du Traisnel, et 500 liv. de pension à une petite fille qu'elles ont reçue charitablement religieuse. (On soupçonne que c'est une bâtarde.) Il donne 6,000 liv. aux Thêatins , qui lui ont accordé une chapelle dans leur nouvelle église. Il ordonne plusieurs* grandes messes dans d'autres églises, et ce testament parolt avoir été fait, avec mûre délibération, pour faire les deux mâles à peu J^rès égaux, et réduire sa fille à sa légitime, la croyant mariée très-richement et sans aucjuns besoins. On ne lui trouve point d'argent comp-

tantet il y a plus de 500,000 liv. d'égarées, que l'on croit

entre les mains de l'abbesse du Traisnel, qui en gratifiera qui elle voudra des enfants, ou qui le gardera bien pour elle (1) . Il s'est trouvé trois boursos de jetons d'or qu'il a eues, comme Garde des sceaux. Il n'en devoit avoir que deux; mais en 1721 , le Régent lui a envoyé cette bourse comme s'il avoit été en place.

Ce matin , il y a eu un grand service pour lui, aux Capucins de la rue Saint-Honoré, dont il étoit protecteur et père temporel. Le P. président y est venu, et a voulu voir les funérailles de celui qui auroit voulu voir enterrer tout le Parlement.

Listes de nouveaux appelants. — Malgré les lettres de cachet, il parolt deux nouvelles listes d'appelants. L'une est une troisième édition des appelants du diocèse de Paris, augmentée de quatre-vingt-douze, et où les noms et qualités sont plus exactement marqués. L'autre est une liste de ceux qui ont renouvelé leur appel en province au nombre de 380. A la tète est ce passage [Macchah,, 15, V. 18, 19,21) : Pro fratribus et cognatis minor soUiciludo ; maximus vero et primus pro sanctilate timor erat templi, Sedet eos qui in civitate erantnon minimasoU licitudo habebat pro his qui congressurierant. On y a joint l'acte du chapitre de Tours, du 31 août 1720 , qui porte qu'ils persistent dans leur appel et qu'ils ne peuvent aucunement recevoir accommodement, et qui finit par ces mots : c< Que si, pour le bien de la paix, et par le respect que nous avons pour les puissances , il nous arrivoit de gardera l'avenir le silence sur celte affaire, ce silence ne pouvoit jamais être pris pour un acquiescement de nptre part, y)

II a paru en même temps un écrit intitulé : Le Fana-

^ tisme dénoncé, à l'occasion de la Relation de Tinte rroga-

toire de l'abbé d'Asfeld (8 p. in-4°), avec ce titre : c< Nolite

(1) « J'ai Yu, dit Lemontey, 1, 334, la plainte des enfants d'Argenson contre l'abbesse du couvent de la Madeleine du Traisnel où leur père étoit oiort.

omni spirilui credere sed probate spirilus si ex Deo sint » {Joan, ep. 1, c. 4, 1). Le fanatisme y est défini un esprit d'illusion qui transporte comme hors de soi celui qu'il saisit, et en qui il imite, par une fausse piété, le langage et les opérations de l'esprit de Dieu. Cette définition est appliquée à la relation de l'abbé, dont il est dit que cette teinture d'orgueil, de plénitude de soi-même, de bonne opinion de sa capacité et de ses lumières et de mépris de celle des autres , principalement quand cela est porté comme ici à un degré extraordinaire, est un des plus violents préjugés qu'on puisse avoir du fanatisme et de Tenivrement où un homme est tombé, par rapport à l'idol&trie de ses pensées et de sa raison, et, si on l'ose dire, à l'adoration de son propre esprit, ce qui certainement ne vient point de l'esprit de Dieu. Pour preuve, on rapporte ces paroles de la Relation ; a II y a quarante ans que j'étudie la religion, et que j'y emploie constamment huit ou dix heures par jour, sans en avoir jamais rien soustrait, parla grâce de Dieu, ni pour l'intrigue, ni pour faire ma cour à ceux qui peuvent donner, ni pour la bonne chère, ni pour le plaisir; qu'ils en disent autant. » (Ces ils sont ' des premières personnes de l'Église et de l'État, des cardinaux et des évèques à qui il ose faire ce beau défi) . te Qu'ils en disent autant, et qu'ils produisent des preuves de leurs profondes connoissances dans l'Écriture sainte et dans la tradition : je suis du métier; nous nous connoissons; je sais ce qu'ils sont et ce qu'ils savent, et qu'ils me permettent en ceci de ne les point regarder comme mes maîtres, d On lui reproche a qu'il a dans la tète un certain système sur la proximité du retour des Juifs à la connoissance du Messie et à la vraie religion, qui lui fait dire quelquefois que le bruit que la Constitution vient de faire dans le monde est le dernier coup de cloche pour rappeler les restes d'Israël à l'Évangile » . Cela se voit assez clairement dans le livre qu'il a fai^sur l'Écriture sainte. Sur quoi , le dénonciateur dit assez plaisam-

ment qu'on fait dire aux cloches tout ce qu'on veut. Cela finit par direqv'il seroitd'un dangereux exemple délaisser librement et impunément lever l'étendard de la rébellion à un homme qui , avec un air de triomphe , dans un interrogatoire qu'il n'étoit nullement nécessaire d'imprimer, attache» pour ainsi dire, à son char, son archevêque et son roi. En effet, l'abbé pouvoitdire les mêmes choses qu'il a dites d'un ton plus humble et plus chrétien. Mais ces d'Asfeld (ou Bidal) sont glorieux, et Patin, en parlant de la banqueroute du père, dit que personne ne le plaignoit, parce qu'il y avoit beaucoup de gloire dans cette famille.

La GouçiLLiÈRE, CONSEILLER. — J'ai appris que le conseiller qui s'est tué s'appelait Bergeron de la GoupilUère, fils d'un intendant de «larine à Brest ; que le père, mort l'an passé , en Tabsence de sa femme , dit à sa fille qu'il avoit quelque chose d'important à dire à s^ mère. La mère, qui étoit à Paris, ne put être à la mort. Le secret ne fut point su, et on croit que c' étoit une révélation d'argent caché, ce qui tourna la tête à la mère, qu'on a fait sortir de Paris et envoyée en Bretagne. Le Gis, autrefois débauché, s^est mis à étudier beaucoup et gardoit encore une certaine fille chez lui pour ses derniers plaisirs. Le ciu'é de Saint-Séverin l'en avoit fait sortir à Pâques dernier. La fille le poursui voit partout, et demandoit qu'il nourrit des enfants qu'il avoit d'elle. Le papier est venu sur cela. Voilà bien des raisons pour perdre sa raison et pour se tuer quand on l'a perdue. Le Parlement a cessé tout d'un coup les procédures qu'il avoit commencées, quand il a su tous ces faits,

SoissoNS. — Petitfied. — Le nouvel ouvrage de M. de Soissons , dénoncé à la Sorbonne et supprimé par ordre de la cour, a engagé les appelants à faire paroltre un excellent ouvrage^ que M. Petitpied avoit fait , dès l'année 1719, contre les premiers avertissements de, cet évêque, et qui est imprimé en deux parties en cette naême

année 1719, quoiqu'il ne paroisse qu'aujourd'hui. Cela est précédé d'un Avertissement, de quatre-vingt-deux pages, écrit dans un style très-vif contre le dernier mandement de M. de Soissons^etoùon fait l'histoire de ce qui s'est passé en Sorbonne à cette occasion. Ce mandement n'est point un mandement, mais une copie de deux lettres écrites à M. de Boulogne, qu'il a jugé à propos d'adresser à son clergé. Ce n'est point, dit-on, un auteur qui parle avec précision et justesse , un auteur exact et judicieux qui porte la lumière dans lesprit de ses lecteurs, c'est un écrivain confus qui brouille tout, qui chicane partout et qui s'égare sans cesse. On ne vit guère en même temps plus de fierté et plus de foiblesse , une affecta tion^ de confiance plus excessive jointe à un égarement plus continuel. U en sera de ses écrits comme de ceux de feu M. l'archevêque de Cambray, auxquels ils ressemblent assez, par une certaine ^éloquence de sophiste qui en fait tout le prix , etc. On rapporte (p. 80) un endroit très-beau, tiré de La Perpétuité de la foi (t. I, liv. XI, ch. 8) , qui distingue les caractères de la vraie et de la fausse éloquence et qui mérite d'être lu et relu. — Pour l'ouvrage de M. Petitpied (1), qui suit cet Avertissementy c'est un chef-d'oauvrede critique, nette, simple, vraie , et qui ne doit pas faire plaisir à l'éloquent prélat ou à celui qui lui prête ces paroles nombreuses et abondantes, eices phrases recherchées ilont ses mandements sont remplis. J'ai appris qu'un M. Ericard, chanoine de Soissons, lui ayant fait . quelques objections sur ces mandements , après en avoir été bien pressé , jamais le prélat ne lui put répondre , et le chanoine connut bien qu'il n'étoit point l'auteur de tous ces ouvrages qui paraissent sous son nom. Cependant, il est juste qu'il en

(1) Nicolas Petitpied, docteur de Sorbonne, mort en 1747. Voir sur les persécutions que ses opinions jansénistes exaltées attirèrent à ce docteur les Afémoires de MaHrepa^^ II, 180» ; ; .

ait la honte ^ comme il en auroit la gloire s^ils étoient bons.

27 mat. — Arrêt. — Agents de change. — On a publié divers arrêts : l'un du 17 mai, qui rétablit les agens de change .en charge , comme avant Tarrét de suppression du 30 août 1720. Ils étoient créés par édits de décembre 1705, août 1708, mai 1713 et novembre 1714. (Droit 50 sous par 1 ,000 liv., 25 sous parle préteur, 25 sous par l'emprunteur, et pour les prêts en marchandises, demi pour cent de la valeur.

Autre arrêt du 18 mai, concernant les actions intéressées qui avoient été déposées dans les provinces aux directeurs des comptes en banque.

Billets visés. — Autre, du même jour, qui dtdonne que les récépissés des billets de 1,000 liv. et de- 10,000 liv. donnés parles directeurs des comptes en banque dans les provinces pour être convertis en actions et dixièmes seront visés par les commissaires.

Mercredi, 31 mai. — Le chevalier de Bretteuil. — Le chevalier de Breteuil s'est battu dans la rue de Richelieu contre le chevalier de'Gravelle (1), officier aux Gardes, qui a tué Breteuil d'un coup dans la gorge qui a passé jusqu'au cœur (2). Ils avoient eu , il y a trois ou quatre mois, un démêlé. Breteuil, mauvais plaisant, lui avoit dit que s'il alloit chez lui, il casseroit ses glaces comme celles d'un agioteur, et poussa très-loin cette plaisanterie. Gravelle alla chez Breteuil le lendemain pour lui demander satisfaction; il ne lui en voulut pas faire ni se battre. Sur quoi Gravelle lui donna quelques coups de canne dans son lit, dont Gravelle se vanta à qui voulut Ten tendre. Depuis ce temps, le chevalier de Breteuil n'étoit souffert dé personne ; il avoit été obligé de se défaire de sa compagnie aux Gardes; sa famille lui avoit fait faire ses vœux

(1) Ou Des Gravelles.

(2) Voir 8ur ce duel Saint-Simon, XI, 398 et Barbier, 1, 133.

JUIN i72i. 153

dans Tordre de Halte^ et enfin^ plus par désespoir que par courage, il s'est battu, a attaqué Gravelle, qui passoit dans un fiacre, qui est descendu de sang-froid, et qui, d'un coup d'épée, a envoyé Breteuil au pays d'où personne ne revient. Avant de mourir, il éloit plus d'à demi-mort; il ne sa voit ce qu'il faisoit, et est mort déshonoré à la grande honte des Breteuil. La maison qu'il occupoit s'est trouvée vide. Le curé de Saint-Sauveur l'a enterré, à la prière de l'abbé de Breteuil, son frère, maître de la chapelle du Roi, qui ne devroit pas occuper une place que Ton a vue remplir par un archevêque de Rheims, duc et pair de France, et par un cardinal de Polignac. JLe Parlement veut informer comme de duel, et les Breteuil ne seroient pas fâchés d'avoir un duelliste dans leur famille. Défunt poltron aimoit fort une mademoiselle de Chaige, ou Hamelin, fille d'un fermier général (dont la mère avoit épousé en secondes noces le comte d'Uzôs et n'avoit pas autrefois déplu à M. de Chamillard, dans le temps de son ministère). Cette fille, qui est riche et bien faite , avoit bien mal placé ses amours. Mais un mauvais plaisant est assez du goût des femmes, qui aiment mieux être amusées qu'aimées. — Note postérieure. Elle a depuis passé à Raffi-Desches , qui , après lui avoir fait un enfant, l'a épousée, et ils se sont donné tout leur bien par le contrat de mariages Mais après la mort de Raffi , cette donation a été cassée par arrêt de la Cour des aides, qui a paru singulier, et qui doit faire peur à ceux qui épousent leurs maltresses.

JUm 1721.

1" juin (2, 3, 4. ) — Camaldulbs. Grosbois. — J'ai été pendant quatre jours à Grosbois, chez M. Bernard, maître des requêtes, où je me suis reposé, et j'ai été voir la solitude des Camaldules, où j'ai vu les cellules et

maisons du prince Ragotzy (1), qui est retourné- en Hongrie, et du maréchal de Tessé qui a pris une retraite (2). La vie de ces bons solitaires est bien dure , et plus austère que celle des Chartreux. M. de Fieubet est enterré là. Il s'y étoit retiré sur la fin de ses jours (3). Les bois qui les entourent sont charmants. Dieu y est servi dans une grande simplicité.

20 mai. — P. Charles. — Séparation. — La transaction entre M. le prince Charles et M'"^ d'Armagnac son épouse, qui contient leur séparation de corps et de biens, a été signée par eux et par leurs parents des deux côtés. EUe est .par articles, comme un contrat de mariage. De la part du prince Charles, il y a eu pour témoins M. le maréchal de Villeroy, gouverneur du Roi, oncle maternel, M. le prince de Lambesc, neveu; et il y avoit encore la procuration de M. l'évèque de Bayeux, frère du prince, et de M. le duc d'Elbeuf , chef de la maison de Lorraine en France. De la part de M™® d'Armagnac, il y a eu M"® la maréchale de Noailles, aïeule, le duc et la duchesse de Noailles, père et mère, le cardinal de Noailles, archevêque de Paris, grand-oncle , le duc de Gramont, le maréchal d'Estrées et le marquis de La Vallière, oncles à cause de leurs femmes. Les notaires sont : Lefèvre et Ballot. Lefèvre a la minute. Je ne m'attendois pas que le Cai'dinal, qui a fait le mariage, signeroit ce démariage ; mais il signe tout ce qu'on veut pour et contre, et j'ai su du notaire qu'en signant et lisant l'endroit qui pocte la restitution de la dot, il dit : ce Chacun le sien n^est pas tropj » ce qui est une grande puérilité dans une affaire de cette importance. Nous avions mis la dernière main à cette transaction, M. le lieutenant civil et moi, la veille,

(i) Voir sur Ragotzy, le célèbre chef de la grande insurrection hongroise, Saint-Simon et Quinze années du règne de Louis XIV, par E. Moiret, t. II, eh. XI, (p. 19).

(2) Voir sur celle relraile du maréchal de Tessé, Lemonley, U, 181.

(3) Saint-Simon III, 36.

et il arriva que M""*^ la lieutenante civile accoucha, avec grande peine, d'un fils pendant que j'étois chez lui, 11 ne reste plus à cette transaction que la cérémonie de la faire homologuer au Parlement. Elle a été homologuée par arrêt du 30 juin suivant,

6 juin. — D'Argknson. — Estampe satirique. — On a gravé une estampe suV la mort de M. d'Argenson (1) . Il y est représenté en robe longue de Garde des sceaux et avec une perruque très-noire. Un diable avec une masse et un flambeau marche devant lui, et le mène aux trois juges d'enfer. Un autre diable avec une masse le suit et lui donne des coups de pied au cul et des coups de la masse pour le faire avancer; et un autre petit diable lui porte la queue de sa robe. Dans le fond , on voit sa bière renversée à coups de pierres par les harangères de la Halle. ,Pn le voit dans différents petits tableaux; tantôt assis^ avec des filles au-devant de lui qui lui comptent de Targent, avec ces mots ; Contribution des filles de joie ; tantôt en conversation avec des religieuses avec ce nom : Jf "?* du Trainel. En un autre endroit, Law, qui a sur son visage un as de pique, habille la France et l'Ombre la déshabille, et à côté, un diable avec ce titre : Faux arrêt. Et dans un fond, on voit des roues et des potences, et deux hommes avec une torche au poing faisant amende honoFable et leur nom au-dessus : Le Normand et Gruety qui sont deu;( hommes qu'il protégeoit, et que la Chambre de justice av.oit condamnés. Au bas, il y a J'Ombre inique condamnée par Minos, Eaque et Radamante. Cette estampe a été vendue publiquement, mais tout aussitôt supprimée , avec des ordres très-rigoureux. Voilà une vengeance publique qui ne lui fait pas grand mal.

Pape. — On dit beaucoup de bien du Pape ; il a bien des neveux et des nièces ; mais il ne veut pas que sa famille se mêle du ministère. Rome est bien aise de voir

(l) Voir Barbier, I, 134.

un pape prince et baron romain; elle neTavoit vu de loilgtemps. Il est cardinal du 7 juin 1706. Il a deux frères, le duc de Poli, et un religieux téuédictin ; une sœur, veuve du duc d'Aquasporta ; Irois neveux, fils de son frère; une nièce, épouse du duc Sforza Césarini; trois neveux, fils d'une sœur qui a épousé le prince Raspoli, et deux enfants ou neveux du duc d'Aquasporta. Matière de népotisme.

Voleurs. — On s'est saisi de plusieurs voleurs au faubourg Saint-Germain; le chef, nommé Cartouche (i), homme hardi, a tué deux ou trois archers, s'est dépouillé, a monté par une cheminée, et s'est sauvé, à dix maisons de là, par une porte qu'il s'est fait ouvrir par force. On le prenoit pour un diable qui voloit sur les tuiles, et il court encore.

Conseil de santé. — Il y a un conseil de santé établi au sujet de la peste. 11 se tient tous les lundis par les princes du sang, le maréchal de Villeroy, le chancelier, le contrôleur général, les secrétaires d'État et le premier médecin.

M. le P. Dodun et M. Lepelletier de Souzy, fils du contrôleur général, nommés commissaires des finances, avec MM. d'Ormesson et de Gaumont qui le sont déjà.

Prince de Modène. — Le prince de Modône et sa femme, qui avoient fait la belle équipée de sortir de leurs États, y retournent, et Taffaire est accommodée par la médiation de M. de Cbavigny, envoyé à Gênes, qui les remènera dans la maison de leur père. C'est un tour de jeunesse dont .ils se souviendront longtemps, et qui pourra bien leur coûter bon dans un pays où on ne se venge pas après la mort, comme en France.

Nouvelle tracasserie daçts les amours du Palais- Royal. — Le Régent a congédié M"*** de Parabère, et lui

(1) Voir, sur ce brigand céièbrp, Cartouche^ par B. Maurice, Paris, 1861.

a conté tout doucement le mot de Mahomet 11^ qui dit à sa maltresse : « Voilà une belle tète, je la ferai couper quand je voudrai. » Ce trait historique ne plut point à la dame^ qui est partie pour Beauran^ auprès de Beaumont (1), et quiy de là, doit aller dans une terre plus éloignée. On parle beaucoup de M"'' d'Averne (2), femme d*un officier aux gardes, qui est très-belle, et que le Régent voudroit avoir. Les articles sont proposés^ mais non encore acceptés. Cent mille écus pour elle, une compagnie pour son mari. Tout cela ne la gagne point, et elle s'en va à Averne pour Tété. A ce qu'elle dit, c'est un rocher ; mais La Fontaine dit :

Rocher fût'il, rochers aussi se prennent.

Ainsi le Kégent demeure veuf de maltresse. On dit qu'il a découvert que M"** de Parabère entretenoit toujours correspondance avec le chevalier de Beringhem, par le moyen de M. de Breteuil, intendant de Limoges, qui lui envoyoit les lettres du chevalier dans ses paquets. On trouve ces Breteuil partout ; mais ils ne se mêlent pas de bonnes affaires.

Bouillon. — Comte d'Évreux. — Le vieux duc de Bouillon, âgé de quatre-vingt-deux ans, est très-mal. 11 a envoyé quérir le comte dTÉvreux, son fils, à qui, après l'avoir fait attendre trois ou quatre heures, il a fait dire qu'il ne le verroi t point, àmoins qu'il ne lui donnât un blanc-seing pour accommoder l'affaire qu'il a eue avec le duc d'Albret, son frère, au sujet de la terre de Tancarville. C'est M"f de Bouillon et les dévots qui ont joué ce tour. Le comte a pris conseil du maréchal de Villeroy, qui lui a dit de ne point donner ce blanc-seing , que quelque moine pourroit remplir contre lui. L'affaire se plaide à la Grand- Chambre. Le duc d'Albret veut avoir par retrait cette

(1) Cette terre appartient encore à la filmUle.

{2) Voir, sur Madame d'àverne, Les Maîtresses du Régent, Uenta, 1861.

terre, qui n'est pas un propre, mais qui peut être retirée en Normandie comme acquêt. Le comte Ta vendue à Law. Le contrat a été résolu faute de paiement. Depuis la résolution, le retrait a été feit. Voilà le procès. Le comte d'Évreux ne veut pas perdre une terre de 35 à 40,600 liv. de rentes, que son frère lui veut payer en billets de banque, et la cabale se mêle pour la lui faire perdre dans le temps que le procès va se juger. On crié qu'il refuse son père à Tarticlede la mort, et il dit qu'il ne refuse pas d'avoir pour juge son père, qui ne le peut pas juger en l'état où il est. C'est une injustice de dévots et de courtisans mêlés ensemble. Depuis, le duc de Bouillon a vu ses enfants ensemble et ne leur a parlé de rien.

Dialogue des morts. — Les jansénistes, qui se voient exilés de tous les côtés, ont fait un Dialogue où ils font parler le défunt P. Le Tellier et M. Ravechet, syndic de Sorbonne, mort à Rennes. Us défient la Régence d'exiler ceux-là. La matière roule sur les appels au concile; il y a de bonnes autorités, tirées des CapitulaireSy et on y agite la question des appels interjetés avant le concile de Trente et que ce concile n'a pas jugés. On demande ce qu'ils sont devenus, et la réponse est qu'ils subsistent toujours et qu'il y en a plusieurs à juger au prochain concile. Cette matière est curieuse et nouvelle.

Duc DE LA Force, Cassation. , — Le duc de la Force, qui voit que le Parlement prend sérieusement son affaire, s'est pourvu en cassation au Conseil de toutes les procédures criminelles faites contre lui, et prétend qu'il y a plusieurs contraventions à l'ordonnance. Il y a un bureau pour cette cassation dont M. d'Armenon ville est le rapporteur. MM. de Labourdonnaye, Fagon, de Châteauneuf, comm., etc. La requête est imppimée et a été présentée au roi le 26 mai. On l'envoie dans toutes les maisons. La principale nullité est, à ce qu'il prétend, qu'il n'y a point de corps de délit, et qu'on n a point fait de procès-verbal des marchandises qui le constate.

et que ces marchandises^ ou le procès-verbal^ n^ont point été représentés lors de Pinterrogatoire. Il impute une animosité au Parlement, el dit que l'honneur que le Régent lui a fait de le choisir pour être du secret de ses conseils, ou la conduite du Parlement n'a pa$ toujours été approuvée, a mis le comble à cette animosité. 11 parle mal du P. P. Il critique les dernières remontrances, en ce qu'elles font mention des anciennes remontrances auxquelles le Roi n'a point eu d'égards. Il ne pense pas à Tétat où la France est réduite aujourd'hui, parce que la conduite du Parlement n'a point été approuvée, et que ses remontrances n'ont pas été suivies. Il ne pense pas aussi qu'on ne peut pas imputer une animosité à tout un corps, à tout le corps de la Cour. Et quant aux nullités sur lesquelles il demande la cassation et l'évocation au principal, sauf aux autres parties à procéder où et ainsi qu'il appartiendra, cela est contre l'ordonnance, qui défend de juger un des accusés sans l'autre, et la procédure ne peut pas être bonne et mauvaise en même temps. Le Mémoire pour consulter contient très- nettement, et par dates, toute l'affaire du duc de la Force. La consultation est d'avis de la cassation. Elle est signée : de Sacy, du Portault et Thierry, et datée du 18 mai 1721.

9 juin. 10-11. — Amours dd Régent. — Le Régent poursuit sa proie, et l'aura. Il a été chez Ariague, son trésorier, où il a trouvé madame d'Averne et son mari et d'autres dames qui étoient prêtes à souper. Il leur a fait compliment , a dit qu'il vouloit rester avec eux , et faire apporter son souper, ce qu'il a fait, et on s'y est fort réjoui.

Et Bacchus et Cérès, de qui la compagnie Met Vénus en train bien souvent, Furent de la cérémonie.

Le lendemain 10, la corbeille a été envoyée, comme pour une noce. Il y a voit des pierreries et de l'argent , et cela

a achevé la capitulation. On a appliqué à cette aventure rhémistiche de Virgile :

.Facilis descensus Avemiy

Et le rameau d'or que la sibylle montra à Enée , sans lequel on n'y pouvoit entrer :

Hoc tibi ptUchra suum ferri Proserpina munus

Instituit

Carpe manu namque ipse volens faciiis que sequetur, .

Le soir^ les deux amants se sont trouvés à la Roquette, dans la maison de Dunoyer, qui étoit autrefois dans les vivres, et on y a passé une partie de la nuit, et, le lendemain, le Régent dit à ses amis : « Je suis arrivé. » La dame s'appelle de Brégy , en son nom, est fille de condition, jeune, belle et bien faite. Son mari s'appelle Ferrand d'Averne, et est lieutenant aux Gardes. 11 a Tincommodité de tomber du haut mal; cocu de plus, non pas d'aujourd'hui, caria dame étoit maltresse du marquis d'Alincourt, qui est au désespoir de cette quitterie, et qu'on a entendu dire aux Tuileries au comte de Brégy, son frère ; c( La c... m'avoil promis de n*en jamais rien faire, el qu'elle aimeroil mieux coucher avec un Savoyard qu'çivec /wt, » en parlant du Régent. Le maréchal de Villeroy en a fait ses compliments au prince, et a dit que cela alloit renvoyer le marquis d*Alincourt (son petit-fils) à sa femme, M"*^ de Boufflers, qu'il a épousée depuis peu, et raccommoder un ménage en en brouillant un autre. Voilà comme la Cour se joue de la débauche. Le mari est trèscontent et a eu aussi sa corbeille. La famille de la dame est très-fâchée, mais c'est une affaire faite. Il en faut revenir à ce que disoit le duc de la Feuillade : « // n'y a si bonne famille oii il n'y ait des p.... et des pendus. » 12 juin. — Le marquis de Nesle (1) a été nommé pour

(1) Père des quatre sœurs mattresses de Louis XV.

JUIN I7«l. 161

porter la queue du manteau du Roi à son Sacre, auquel on songe déjà. Il ne la portera que le lendemain, à la cérémonie des cordons bleus. C'est le prince Charles qui la doit porter le jour du Sacre. Le marquis d'Alincouriespéroit avoir cet honneur, mais on lui a ôté tout, jusqu'à sa maltresse, et un malheur ne vient jamais sans Taulre, On a fait porter au marquis de Nesle d autres choses qui lui ont fait obtenir cette faveur, et celles de sa femme n'y ont pas nui. A cela est attaché de droit le cordon bleu.

Dimanche, ikjuin. — D'Averne. — Le Régent est allé à Saint-Cloud Taprès-dlnée avec sa nouvelle maltresse. Elle a paru publiquement dans les jardins avec lui, dans une chaise découverte, et la dame s*est bientôt défaite de toute honte. Madame, qui est à Saint-Cloiid, n*a pas îgnorécette promenade, quoiqu'on l'ait évitée. Les princes ne peuvent pas avoir de plaisirs secrets, et c'est un des malheurs de leur condition. On a dit que, de même que le Parlement n'a pas voulu rentrer dans Paris qu'après queLaw en seroit dehors, ainsi madame d'Averne n'a voulu se livrer qu'après que madame de Parabère seroit chassée. Ainsi elle a le triomphe entier.

16 juin. — Le mardi 16 juin, à l'Opéra, elle a paru, dans la loge du Régent , très-parée, à la face de tout Paris; elle avoit pour compagnie madame Dodun, qui est très-jolie, femme d'un des principau^c officiers du Régent, et qui sera sa complaisante. Elle a aussi des amants, et cela fera la partie carrée.

Habits de noeuos; — On a vu à l'Opéra et aux Tuileries des habits d'un goût nouveau. Ils sont tout brodés de nœuds de soie, que les dames ont fait tout cet hiver pour les hommes. Il y en a de toutes couleurs ; les vestes et les bas sont brodés de même. On demandoit aux dames à quoi servoient tous ces nœuds, que Ton regardoit comme un amusement d'enfant, mais elles avaient leur dessein, et puisqu'elles ont habillé les hommes , il faudra bien que les hommes le leur rendent. On a mis de ces

T. u. Il

nœuds jusque sur les harnois des chevaux et on en a vu à ceux de M. de Meslay , conseiller au Parlement, qui est superbe en équipages, et dont le mérite est borné là.

19 juin. — Procession de Saint-Sclpice. — Le jour de la petite Fête-Dieu , le roi a été voir passer la procession de Saint-Sulpice au Luxembourg. Elle a passé devant V Hôtel des ambasscuieurSf où est Tambassadeur turc, qui a vu la procession par les fenêtres^ avec toute la décence et le respect qu'on eût pu demander à des catholiques. Il n'a pas fait comme un prince de Hesse, luthérien , qui est ici , et qui s'est fait chasser de la «hapelle du roi pour n'avoir pas voulu se mettre à genoux au lever-Dieu (1).

18 juin. — La Force. — J'ai appris que le Duc delà Force a été débouté de sa cassation hier au bureau où elle a été rapportée, mais c'est encore un secret. Il n'a pas eu une seule voix pour lui.

L'ambassadeur turc doit donner un concert en musique turque, sur le théâtre de l'Opéra, avec des musicicDS qu'il a amenés de son pays, et ensuite il y aura un grand bal. Nous verrons ce que l'on dira de cette musique. Ils ont des castrats comme en Italie, mais je les crois plus employés au sérail qu'à chanter.

ÉPITAPHE DU GARDE DBS SCEAUX d'aRGENSON.

Ci gît ce chef de la justice, Lequel maltraitant les p....

£t vivant parmi les nonains A péri par la chaude p

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