PREMIER JOUR DE SON RÈGNE
Du 1" septembre 1715. — Le Roi Louis XIV est mort à Versailles, le dimanche l^"" septembre 1715, à huit heures et un quart du matin, âgé de soixante-dix-sept ans moins cinq jours et dans la soixante-treizième année de son règne. 11 étoit né le 5 septembre 1G38 et avoit commencé à régner le 14 mars 164-3.
Louis XV, son arrière-petit-fils, lui a succédé : il est né le 15 février 1710 : il a commencé à régner à cinq ans, six mois, quinze jours.
Le jour de la mort, M. le duc d'Orléans, premier prince du sang, fils du frère du défunt Roi , a été saluer le nouveau Roi avec les princes du sang; il s'est mis à genoux, et a dit : Je suis le premier et le plus soumis de tous vos sujets.
Ensuite, il a présenté la noblesse du royaume, avec laquelle étoient mêlés les ducs et pairs. Les ducs avoient voulu une distinction; mais la noblesse ayant remontré ses droits par un Mémoire donné parle marquis de Conflans, et fait entendre que les ducs ne faisoient point de corps avec le F^arlement, dans lequel ils faisoient parlio du tiers état, ils ont été tous ensemble porter leur serment de fidélité.
Le môme jour, M. le duc d'Orléans a fait avertir M. le cardinal de Noailles, archevêque de Paris, de la niort du Roi. Il y avoit plus d'un an et demi (ju'il étoit disgracié à cause de la constitution donnée par le pape (la lettre de cachet qui lui défend de paroitre à la cour est du 7 février 171 V) sur le livre du P. Uuesnel (ju'il n'a pas voulu accepter. 11 n'avoit pas vu le Roi depuis, ni mênie
178 MKMOIRF-S DK M ATIIIFT^ MARAIS.
|KMulant Sii maladie 1]. Il est venu à Vei-sailles sur le midi. M. le duc d'Orléans Ta très-bien reçu : il a jeté de l'eau bénite au roi défunt, et a salué le Roi vivant. Le iH^re Le Tellier, jésuite, confesseur du Uoi opposé au cartlinal, étoit dans la cluunbi'c du mort (jui prioit Dieu.
Il V a une lettre de cacbel du 1" septembre 1715, donnée par le nouveau Roi au Parlement, à la chambre des comptes et autres cours pour continuer leurs séances et la fonction de leurs charges nonobstant la mutation.
'î septembre 1715. — Ce jour, M. le duc d'Orléans est venu au Parlement au sujet de la Régence qui lui appartient [Kir droit de sa naissance, et pour faire ouvrir le testament du Roi, qui avoit été déj)Osé au Parlement, le 29 août 171 '*, suivant l'édit registre ce même jour 29 août. lia amené jivec lui dans son carrosse M. le ducde Chartres son lils, M. le duc de Bourbon, M. le comte de Charolais, M. le prince de Conty, M. le duc du Maine , M. le prince de Dombes son fils, et M. le comte de Toulouse : ils ont
(I; I-a rivalilr du cardinal de Noaille.s et du P. Le Tellier, confesseur du Roi, (ut, \>Uï*> encore que le livre du V. Quesuel, la cause de ces longues dis- •mtion» qui ami^iTenl et affaiblirent TÉ^lise. Dans celte lutte int'gale contre un homii ■ ux, qui avait roreille du Koi et r«'';inait sur sa (onsciencc,
rârrli«^i\l . Jii a^oir le dessous. Lue preiuicre fois, Port-ltojal paja pour
lai. Il (âillit payer lui-ni^me d'une déposition une contradiction que l'orgueil «lo coofe»"v«*ur remaniait connue iiisol«*nte. Dans les derniers jours de sa vie (le W) le carduial avant fait demander au Uui la permission de h* voir: » Je « proHl^ Dieu à témoin, dit-il, que je n'ai jamais liai M. l'archevêque de
• 1'' ir» «Ir fàclif de ce que j'ai fait contre lui, mais on ma dit
• q<. , - faire. Kn entendant ce» paroles, son inrdecin Fagon et riion-
• nHe Marrclial, «on cliiruruien, dirent à demi-voix, comme r'jIh se parlaient
• eoire eux : fie laio^rra-t on pas au moins le Hoi voir son arclM'v^^fjur avant
• de OKiunr .' • l^uu \I\ le^ entendit, et s'rcria «ju'il le recevrait lùen \o-
• loolien et qu'il lierait fâclu* de mourir hrouillt* avec lui. H ordonna mùnw.
• i Vi^Mn dr |#' faire venir; mais il aperçut Le TelliiT et Ich cardinaux f|ui
• gardaient le liieiir^, et il ajouta comme restriction : Si ces Messieurs, (oiite- « kàà n'y voécat pa^ d'ob»tacles. ■ Ces Mesftietirs y virent dvA obstacles et le Roi Moorol »«M revoir l'iionncl»- homme qu'il aimait ' K. Moret, t. III, p. iV/. — Durlrn, Vrnuures, «d. Michaiid, p. /«»0).
tous pris séance comme ils avoient accoutumé du vivant du Roi , et les ducs et pairs ecclésiastiques et laïques suivant l'ordre de leurs pairies.
M. le duc delà Rochefoucauld a été reçu le même jour duc et pair au Parlement avant toute la cérémonie.
D'abord, M. le duc d'Orléans (l)a demandé la Régence qui lui appartenoit par le droit de sa naissance; il a dit que le Roi la lui avoit accordée dans les derniers jours de sa maladie, et qu'il lui avoit dit qu'elle lai appartenoit d'autant plus^ qu'il étoit l'héritier de la couronne si le jeune roi venoit à mourir. ( Voyez le discours de M. le duc d'Orléans qui est ci-joint). M. de Fleury, avocat général, a parlé et a demandé l'ouverture du testament. Elle a été ordonnée, on l'a ouvert, on Fa lu, et il s'est trouvé avec le testament, qui est du 2 août 171V, deux codicilles sous une enveloppe séparée, l'un du 13 avril 1715, l'autre du 23 août, aussi 1715, fait pendant la maladie du Roi. C'est M. le duc d'Orléans qui a porté les codicilles.
Le testament établit un conseil de Régence sans régent. M. le duc d'Orléans, chef de ce conseil, est assujetti à la pluralité des voix. La garde du Roi est donnée à M. le duc du iMaine avec le commandement de la maison du Roi et d'autres dispositions désavantageuses à M. le duc d'Orléans et à son droit naturel de régent. {Voyez l'extrait du testament). Le maréchal de Villeroyest nommé gouverneur. Le codicille du 13 avril 1715 contient encore d'autres dispositions en faveur du maréchal de Villeroy qui devoit commander la maison du Roi jusqu'à l'ouverture du testament, il ordonne que le Roi ira à Vincennes parce que l'air y est bon, et nomme M. de Sommery et de (ieoffreville pour sous-gouverneurs. Le codicille du
(1) Cette relation contenant quelque» détails nouveaux et étant il'nn tour l»liis libro. plus ^if, plus personnel «^uc la première, noiH l'insrrons, qn<>i<|n(' faisant, enquel(|uesoite, douMc emploi.
IfiO MKMOIIIKS 1)1. MATUlKr ÎMAUAIS.
i.'laoùl 1715 ni' contionlauhvoliosequele noiiulr' rahhi'; Floury. ancien t^t^quode ImvJiis, pour précepteur du Koi, cl du I*. IcTellier pour couresseur.
M. le iluo (l'OrliVins a paru très-mécontent, et on assure qu'il a (lit : il in a trompé. Puis , animé d'une juste colère, ' il adrMuandé la régence, qui lui a été accordée tout d'une voiv.
M. ral>l)é lii)l>crl, conseiller de la grand chaniiirc, a dit en opinant, (jue le conseil de la Héi^ence étal>li sans réL'ont, étoit une aristocratie inconnue en France, où il devoil y avoir un seul chef qui représent;Vt le monanpie. M. l»' duc d'Orléans a proposé de faire un conseil de Kégence dont il nommeroit les sujets au Parlement, et de faire plusieurs autres conseils, subordonnés au conseil de Kéirence dont il nommeroit aussi les membres, et que tous auroient voix délibérative de son consentement.
Il avoit donn»' un Mémoire sur ses prétentions, avant d entrer, à quelques-uns du Parlement , et dans ce mémoire, il s'élève fort contre le commandement de la maison du Koi, qui lui étoitôté, et dit que si on savoit qui avoit donné ce conseil, il mériteroit d\Mre puni, parce que c'est lever l'étendard de la guerre civile. Il semble qu'il ait eu connoissance de ce qui étoit dans le testament. 'Voyez le Mémoire.)
II a été cp.iestion de la garde et tutelle accordée î\ M. le duc du Maine avec ce commandement. M. le duc d'Orléans a accordé la garde, j)(>urvu (ju'il n'eiU que le commandement sur le guet de la garde pendant l'exercice actuel : M. le duc du Maine a voulu avoir tout ou rien. Cela a fait une grande contestation cpii a été remise à l'apnVdlnéc.On a aus.si remis la remontrance de M. b; Duc comme grand-maltre de, la maison du Roi , A cause des fonctions de sa charge, et ce qui regardoit la (jualité de surintendant de l'éducation du Hoi donnée aussi parle te^tximenl à M. le duc du Maine , qui est une qualité dislimle de la trarde.
SEPTEMBRE 171u. 181
Ainsi, le matin , on n'a réglé que la régence qui a été donnée à M. le duc d'Orléans.
M. le premier président lui a dit qu'on ne lui délivroit pas son arrêt, parce que ce n'étoit pas l'usage, et qu'il 't'cilloit qu'il fût prononcé solennellement parle Roi dans son lit de justice , par la bouche de M. le chancelier .
Du 2 septembre de relevée. — Les princes étant revenus et les chambres assemblées, il a été réglé qu'il y auroit un conseil de Régence dont M. le duc d'Orléans seroit le maître de nommer les membres avec voix délibérative, qu'il a consenti et proposé, et qu'il y auroit plusieurs autres conseils qu'il a promis aussi de proposer au Parlement, et que dans le conseil de conscience un de MM. du Parlement, nommé par le Régent, y auroit entrée. On a résolu que le Régent auroit la disposition libre des charges , des bénéfices de toutes les grâces. Le confesseur du Roi sera choisi par le Régent et le Parlement, lorsque le Roi aura l'âge.
Arrêté que M. le duc du Maine aura la Surinlcnclancc de l'éducation du Roi.
Sur la Garde, M. le duc d'Orléans a persisté à avoir le commandement de la maison du Roi, et que M. le duc du Maine n'auroit que le guet; M. le duc du Maine a dit que cela ne suifisoit pas pour la garde, qu'il n'en vouloit point à cette condition, qu'il deniandoit acte de son désistement, et d'en être déchargé. MM. les gens du Roi ont demandé à se retirer pour délibérer ensemble, ce qu'ils ont fait, ensuite ils sont revenus et ont dit que cette matière militaire n'étoit point de leur connoissance et passoit leurs lumières. M. le Nain, doyen du l*arlement, a dit en opinant qu'il étoit d'avis dos conclusions, et comme M. le premier président lui a dit (pi'il n'y en avoit point, il a dit qu'il le savoit bien. Pendant (<• temps, M. le duc du Maine persistant toujours à son désistement, M. le duc d'Orléans a dit : «MM. Il ne faut point faire de violence àMonsifuir. » Kt aussitôt, par unr espèce
m MKM(>II\K> Ml MAIHIKI1 MAll AlS.
d'acclanîatioii univorsello, il ;i et»'- arrêté que M. le duc du .Maine aurait acte de son désislement , et en conséquence déchari:é de la garde.
On a entendu une voix qui a dit que l'on n avoit pas pris tous les avis. Il a fallu les reprendre, et M. l'abbé B:>un*t, conseiller de la première des Enquêtes, après avoir dit que cVtoit de lui qu'on n'avoit pas pris l'avis, a 'dit : « Nous voyons bien î\ cpii on ôte la c^arde du Uoi , mais nous ne vovons pas ;\ qui on la donne. La personne du Koi est assez précieuse pour l'assurer. » Sur cela, M. le duc d'Orléans a dit : Je m'en chanje. Et M. le premier président a dit à M. Bouret : c( Ne trouvez-vous pas que la personne du Koi est bien entre les mains de M. le Régent : dès qu'il a le commandement de la maison du Koi, il a la carde, et cela marcjuc votre (d'autres disent Jio^re) ignorance dans lesfiits militaires. » Cela n'a pas été plus avant : on a été partagé sur cette opinion, (jui a paru très-sensée à ceux qui savent l'ordre judiciaire, et, dès le premier jour, on dit au Palais-Koyal ([ue M. le duc d'Orléans en avoit été très-content, parce que, ne prononçant point précisément sur la garde, cela laissait une (jueuc à l'arrêt et matière à contestation , au lieu (lue cela lui avoit donné occasion de se charger de la garde.
MM. les ducsont renouvelé uneancienne(|uerellc contre le Parlement, sur ce (|ue M. le premier président ne leur «Me pas son bonnet en demandant leur avis: M. L'arch(î- \<'-que duc de Heims a lu une protestation, et M. le dur de Saint-Simon en a demandé acte. M. b; président fie .Novion lui a dit : « Vous nous reconnaissez donc pour vos juges n et il a dit cpie non. Cela s'est échauffé : M. h; maréchal duc de Villars a dit «pie h* Hoi lui avoit dit plus de vingt fois, cpi'il vouloit juger cette contestation et la finir. M. le premier président lui a répondu : « Et;l moi, Monsieur, il m'a dit plusieurs fois le contraire fi qu'il ne s'en vouloit point mêler. » Lesdu(;s ont dit (pi'ils si'f} rapiKjrloient à M. le Ké^^^ent; il s'est offert d'être le
médiateur. iM. le président de Novion a dit qu'il prenoit la liberté de lui remontrer que le Roi seul pouvoit ùtre juge de ce différend : on a enfin convenu que cela se régleroit une autre fois.
La séance a fini par l'examen des droits de M. le Duc comme grand-maitre. Et il a été arrêté qu'il en feroit les fonctions indépendamment de M. le duc du Maine.
11 faut remarquer que le matin le Palais avoit été entouré du régiment des Gardes Françoises et Suisses au nombre de plus de 3,000 hommes, qui avoient chacun plus de dix coups à tirer (1). M. le duc de Guiche, colonel du régiment des gardes , étoit dans la lanterne en habit d'ordonnance avec son bâton de commandement. Le Parlement ne savoit pas qu'il y avoit des troupes qui l'entouroient : l'après-dinée il n'y en eut point.
Le matin, chacun des Princes s'en retourna en parti-
(1) Le Régent avait prisses précautions, et Saint-Simon avoue que celle-là était bonne. « Tout se prépare, dit Lemontey, ou {»lulôt, tout était prêt « [>our la .séance (lu lendemain. Les Gardes Françaises el les Gardes Sm'sses « environnent le palais. Villoroy, de Guiche, Contades, Reynolds et Saint-Hi- « laire dirigent en faveur du duc d'Orléans toutes les mesures que Louis XIV « a prescrites contre lui. D'Agiiesseau et Fleury ont composé les haranj^ues. « L'ambassadeur d'Angleterre étale dans une tribune l'apparence d'un crédit « (|u'il n'a pas. La grande salle et les vestibules sont inondés d'iine foide <( d'odiciers déguisés, de militaires réformés, et de ces aventuriers dont les « grandes villes sont le rendez-vous. La plupart portent des armes cacbées « sous leurs babils. » (Voy. aussi Duclos, p. 'i<)7. Saint-Sicnou, Mil, 117.) Les Mémoires de la Régence , qui sont d'un ob.servateur superliciej, ne disent rien de ces mesures militaires, qui furent du reste prises assez discrètement pour que l'appareil légitinie de la cérémonie déguisât la précaution sous l'bonneur. L<' Parlement non plus ne vil rien ou feignit de ne rien voir. U'Aligre constate avec plaisir 'que durant la séance de l'après-midi (la cause était gagnée) il ne parul point de troupes, ni dans l'intérieur, ni dans les cours du palais, bors les gardes de M. le duc d'Orléan^. Mais le susceptible magistrat avait remarqué le matin « que les debors du palais par les (juais, des deux ' côtés, depuis le Pont-Neuf jusiju'au [)ont Saint-Micbel et au P-ml-au- « Cbange, se trouvèrent le matin environnés de soldats aux gardes liann çaises et (non gardes suisses), <î double rang, les ofliciers à leur lèle avec « le bausse col, ce qui fut désapprouve de bien des gens. J'appris néan- <« moins, ajoute-t-il, que ce n'était point par rapport au Parlement. »
184 MKMOIKKS DK M ATIUKU MARAIS.
culier, et M. \o ilur d'OrU^aiis jeta de l'argent en assez gniiuU' cpianlitt^ au peuple, qui s'étouffoit A le voir passer; el qui erioit vive le Koi, croyant que le Roi y ëtoit. CVloit M. lie (ianillac qui «'toit dans son carrosse avec lui qui le jeloit.
Va: nit^me jour, M. le duc d'Orléans donna ordre de faire sortir de Vincennes M. ral)l)é Servien, qui y étoit prisonnier depuis 10 mois par ordre du Roi. Il avoit dit A M. le due de Sully, neveu de l'abbé, lorsqu'il lui vint faire deseonipliments sur sa régence : «Je n'ai pas oublié Ta bbé», et, en effet, il sortit le soir du lundi j\8 heures (1).
M. le cardinal de Noailles a donné un mandement ce m«^ine jour |)our faire prier Dieu pour rî\me du Roi dans toutes les églises de son diocèse. 11 est court, beau, élevé el touchant. Il commence par ces mots : Dieu le seul et immortel, qui a condamné tous les hommes à la mort, vient de faire subir au Roi cette loi juste et terrible.... el ensuite il dit (jue \v, !\oi a passé ses dernières heures î\ instruire son petit-lils des plus sages maximes de régner el, en attendant qu'il ait atteint l'âge de les mettre en pratique, assume le gouvernement du royaume à un prince à cpii Dieu le donne par sa naissance et X (jui les iuunmes Tavoient déjà donné par leurs vœux. Voilà une preuve publicpieque M. le duc d'Orléans avoit été nommé Kégent par le Roi sur la fin de ses jours.
Mardi, .'J seplemhre 1715. — Il y a eu un service solennel a .NoIre-DariH- pour l'Ame du Roi, et le mandement de M. le G'irdiiiMl. rjui ('toit de la veille, n'a vir publié que ce jour.
I>î clergé a lait une harangue au Roi A Versailles sur son avém-menl A la couronne et sur la mort du Roi. C'est
'D C>t abhr K«>rvirn, til« dn fkiirintf-ndant, «-lait un liomiiK; irt^prif, perdu ée BKi-tif», lin roiii' m \m'\\{ rollct, tr«*»-frond«*iir par-diîssiift W marclir. Voy. 4«iM S4itirSiin<*D, t. X, p. 'n'i,c{ XI, ?H, l'algaradr ticK ainlacieiisc qui le lit m^Urr • Vinrrnnrt. - Il riioiiriit, comnip il avait v»ci), d'iin« niiwrable façon, rliri uo d«ownir de l'Opt-ra ou il fut ftiirpris. » Voy. ausKJ Dnriofl, p. b\l\.
SEPTEMBRE I71o. IR5
iM. l'archevêque de Narbonne, la Berchère. président de rassemblée générale du clergé, qui a prononcé cette harangue. Elle a été imprimée et publiée. Il dit du roi mort : « il fut le plus redoutable ennemi de Thérésie ; vous achèverez delà détruire; » il parle au jeune Roi de son esprit vif et de son cœur droit qui est le premier présent qu'il a reçu du ciel. Il remarque que tous les prélats de France tiennent du feu Roi leur dignité et plusieurs du second ordre.
Le même jour, M. l'évéque d'Angers (1), accompagné des autres députés du clergé, a fait une harangue à M. le duc d'Orléans sur sa qualité de régent du royaume. Elle a aussi été imprimée. Il dit : « Le clergé espère surtout que rÉglise alarmée trouvera dans V. A. H. un juste et zélé défenseur, etque^ par votre religion, l'erreur, étouffée ou vaincue, renoncera pour jamais au funeste triomphe qu'elle se prépare depuis soixante ans. » Remarquez que le nom de Réfjcnt n'est point dans toute la harangue, on ne l'a mis que dans le titre. Il finit par dire : a La France, ravie de vous sentir le dépositaire de sa force et de sa puissance, s'attend déjà avec justice à voir réunir sous votre sage administration tout l'éclat de sa première gloire, et tous les charmes de son ancien repos. » — On ne sait de quel temps il veut parler; car le dernier règne a eu l'éclat de la plus grande gloire, et on est dans une paix générale.
La harangue au Roi a trois pages. — Celle du Régent n'a que trente lignes.
Les entrailles du feu roi ont été portées à Notre-Dame sur les onze heures du soir : on les attendoit à Saint-Denis le même jour. L'aumnnier qui les portoit voulut haranguer; mais M. le cardinal de Noailles lui dit (pie cela ne se faisoit point à la mère église, et que c'étoit à lui
(I) Midiel Poncet de la Rivière
186 MIMDIULS l'I. MVTHIKU MARAIS.
à rt-udre coinple de la religion où lo Koi vAn'ii mort,
connue son arolievtViue (1).
Mrrcredi.ï septembre 1715. —M. K* i'haïui'lier.avci' les nouveaux sc«'au\, a scellé une Déclaration pour i)roroi;er K-s séances du Parlement jusqu'au 21 septembre pour les affaires des particuliers, et juscpiau 1" octobre exclusivemenl iK)urles affaires publiques : elle est donnée : a de l'avis de notre trAs-cher oncle et Régent , le duc d'Orléans et de notre très-cher cousin le duc de Bourbon et autres grands et notables personnages de notre royaume, signée parle Hoiy Le duc d'Orléans régent présent, PhcUpeauXy donnée a Vei^ailles le V septembre 1715, de notre règne le premier. » C'est la première déclaration du jeune Koi. il y est dit ipie les séances du Parlement ont été employées à lire les dernières dispositions du Koi et à assurera notre très-cher oncle, le duc d'Orléans, la Régence qui est légitimement due à sa naissance et à ses vertus. Il semble que Ton ne devait pas dire dans la clause : « de ravisde notre cher oncle et liéfjeiU^ » car il n'est pas régent du Koi, il est rép^enl du royaume. On reconnoit par cette déclaration que l'on a besoin de l'autorité du Parlement pour assurer la régence à celui î\ qui la naissance la donne. Cette déclaration a été (piebjue tem[>s tenue secrète; elle n'a été registre»' que le 7 septend>re et publiée dans Paris le 10 septembre.
M. le Kégc'ut a été voir madame de Main tenon à Saint- Cyr,etlui a [)orté V, ()()() IV. pour nu mois de su pension (2).
(i I,»- •III Wo] iiirnit |Mtrl<<-» »ifi^ .un iim- cmMiionie à Xolre-
• IlAfrir . ; iiiin«»ni«'r>i «lu iloi , flan^ un <l** s»*s carrosses, saii» por-
<>nifiit. Klle)i le devaient être à Saint- DenJA, inaiit cela * ' I «jnc (it I»' cardinal «le Noaillea (\uc U'^ oni IoijIps a Nutrr-Danic. » i Saint-Simon,
T. Alll. p. Ul
l.t-.I.NSiis son intlipnation. Ce inAmo jour, • Ir [Aw. ♦•\(|niH,M la >iie de Dieu IVùl cun-
SEPTEMBRE 171o. 187
Les anciens sceaux ont été rompus et donnés à l'abbaye de la Saussaye qui est un couvent de filles près Paris à qui ils appartiennent par un don du roi saint Louis.
Jeudi, 5 septembre m ô. — 11 y a eu un service solennel pour le Hoi à l'abbaye Saint-Germain-des-Prés, parM. le cardinal de Bissy, abbé de Saint-Germain et évèque de M eaux (1).
Le soir, le cœur du Roi a été porté dans l'église de la maison professe des jésuites^ rue Saint-Antoine, où il avoit désiré qu'il fût mis avec celui du roi Louis XllI, son père, qui y est. Il n'a été porté que le 6 au soir. Celui de Henri IV est aux Jésuites de la Flèche. L'abbaye du Val de Grâce espéroit avoir le cœur du Roi, parce que le cœur de la Reine mère , de la Reine et de tous les princes et princesses du sang royal y ont été portés depuis sa fondation, au nombre de treize ou quatorze. Mais il a fallu exécuter la volonté du Roi, quia a'ouIu être aux Jésuites. Le curé de Saint-Paul a prétendu qu'il devoit avec son clergé recevoir ce cœur, et le remettre aux mains des Jésuites, parce qu'ils sont dans sa paroisse et qu'ils ne font point d'office. On a réglé qu'il seroit reçu par le supérieur des Jésuites, et c'est lui qui l'a reçu.
Vendredi, 6 septembre 1715. — Le Roi devoit venir au Parlement tenir son lit de j ustice ; mais les dames de la cour firent entendre que cela ne se pouvoit point, parce 'qu'en France,^on n'entreprenoit et on ne faisoit rien de grand
« (luit, maisd»' la dernière misère parce que la religion n'y eut aucune part, et '« qu'alors il se «levait garder plus de respect à soi-même et n'afliclier pas au « moins si subitement avec quelle srcuritô il «'tait permis «h* le p«MS«'Cut( r «I«î << la m.init'ri' la plus opiniàtr<- <t la plus cruillf. 11 alla a huit heures du ma- « tin voir M"'* d«' Maintenon à Saint-Cyr. Il fut près «l'une lunue av«fr c«'tt«'
« «'nn«'mief|ui lui avait voulu faire pi^drc la t«Mo, etc » (T. XIII, p. l.'lî).
Nous n'aimons pas plus M""" «h' Maint«>non «ju«' Saint-Simon. .Mais n«»us n«' voyons dans la visit*' «lu R«''g«'nt qu'un act»* de haute politiipu' et de convenanc»'. Qirant à la pension, nous n«' saurions, comme l«' jaloux et implarable duc«'t pair, la td\«'r «le pr«)«ligalit«^. (I) Succ«'S8eur immédiat «le Bossuet.
188 MKMOIKIS OK MATIIIKI' MARAIS.
ni de si^loinu*! le vriulrtuli, (|in j»a^s«>il pour un JDur inalheurtnix. On a eu cette complijisance pour les dames et jwur cette siiperstili(Mî. Ainsi l.i sranc»» l'nl n'iniseau Icnflemain . 7 se[)ternl)r(*.
Samedi , 1 septembre 171."). — Tout l'ioit pivpaiV! pour recevoir le Koi au Parlement, le 7 sei)leml)rc, le lit de ju»»tic«* dressé, les princes du sani; placés, hors M. le Kri:«*nt, les ducs et pairs du royaume, et tout le Parlement assemblé en robes rouges dus le grand malin, les gardes posés sur les chemins, et dans la ville depuis la porte de la Conférence, tout le long du Louvre et le Pont-Neuf jusqu'au Palais; M. le duc deTresmes, le gouverneur de la ville, le prév(M des marchands (M. Bignon ) , les échevinsel autres officiers de la ville dans la demi-lune du cours avec les clefs de la ville; mais sur les dix heures, onapprit «pie le Koi étoit indisposé , qu'il avoit eu la nuit une fonte (Teau A laquelle il étoitsujet et un dévoiement, et qu'il iHî viendroit point tenir son lit de justice , ce qui pendit tous ces préparatifs inutiles, et un peuple innombrable assemblé poui' le voir passer, fort étonné. M. le Régent vint descendre au Palais-Koyal, lit dire au Parlement rindispositi(>n du Uoi , et demanda M. le procureur général et <pi«*l(jues (lé[>utés du Parlement. M. le Premier président hit député avec M. le procureur général (pii vinrent au Palais-Royal, où M. le Urgent leur donna la déclaration du V sj'ptemhn; pour la prorogation des séances du Parlement, qu'ils portèrent au Parlement et ;\ toute Possemblée qui les ath-ndoit. La déclaration fut regisiréc sur-le-champ, et rassemblée congédiée, A qui M. premier président dit que le roi avoit une maladie qui ne se poiivoit nommer en si bonne compagnie. Il ne vouloil pas dire un dévoiement.
M. le <iue d'Orléans dîna A Paris, ou il lec ut beaucoup de monde, et retourna à Veisailles. On dit ((ue ce jour, quatre jésuites m; présentèrent à lui entre l(;s(juels étoit le P. le Tellirr. ronf.ssour du Koi. Il les reçut dans son
SEPTEMBRi: iTIiî. 189
antichambre; ils attendoient d'cMre introduits dans la chambre; celui qui parla le premier lui dit plusieurs lois Monseigneur, et puis : le P. de Trévoux ne se porte pas bien (c'est le confesseur du Régent). Il répondit : Je le savais bien. — Ensuite, Monseigneur, voilà lé recteur delà maison Professe. M. le régent lui fît Tinclination, et ne disant plus rien , il leur dit : Mes Pères, j'ai bien des affaires; je me recommande à vos prières, et les quitta ainsi. On en a fait un dialogue, où les Pères retournés parlent de leur réception dont ils sont mécontents, elle P. le Tellier dit : Avez-vous entendu ses dernières paroles : Je me recommande à vos prières. — Prières de jésuites. — Ce n'est pas la grâce efficace. — C'est la première pasquinade qui a été faite. — Ce ne sera pas la dernière (1).
On en a fait une autre sur ce que pendant la maladie du Roi on a publié une déclaration, qui a réduit les billets de la caisse des emprunts à la moitié, et ordonné une constitution au denier 25 pour l'autre moitié. On feint le roi enterré dans la caisse des emprunts.
Icy Louis quatorze emplit Ce que si bien il désemplit :
AUTRE ÉPITAPIIE Dl ROY.
Ce roy dont les exploits ont ctr si vantez Aujourd'liuy sans llalteurs expost' dans Versailles Fut l'auteur innocent de nos calamitez Il clu'rissoit son peuple , il estimoit Noailles Qu'il a tous deux |)ersecutez.
(I) L«' perc Lt' Trilicr fut disgracié, sans que personnt' osiit drsap|troiivtr ni déplurrr un rliàlimt'iit qui parut bien inféritur à st'S fautes, même datis sa compagnie, ou il était détesté, et que son ambition avait plutôt compromise que l'ortiliée. Lr père Le Tellier fut, avec <pielques-mn «le ses adidé-^, renvoie de la cour. M alla d abord a Amiens, puis a la Meclie, uii il mourut au bout de six mois, de cette .terrible maladie, b' dése<^|>oir de n'être plus rien, qui tue si vile 1rs anciens ministres el les anciens cunfes«^eurs (voy. Saint Simon, t. XVII, t48. Voy, aussi la Vie de l'/nlippe d'Orléans, par un jeMiite, qui se montre pe«i indiili^eni pour un confrère, T. I, p. If.J.).
190 MKMOIRRS DK M VriIIKH MARAIS.
Plus gr»ml jMir sa vertu «|ii«' |»ai son ili.ultMiu' Il «»t rt.' jKirfail s'il fiist veu par lii> -mesme. IV tout rari> sa mort o>l lo seul ontrelien G«-iniNS()as lies iiulhouis ou la France est réduite Il «"st mort en monaniue, en héros, en clir«'tien . Quoi.jue ilans les hras d'un Jésuite.
I)itHanche,>> septembre 171."). — M. le Réffent, ï\ché du contre-toinps arrivé le samedi , qui avoit fait nuuKjuerla pul)licaliou de sii Hégeuce, qu'il avoit fait indirectement publier par renregistrement de la déclaration de prorog^alion du Parlement où il est nommé et reconnu Hégent, fil assembler les médecins de Paris et de la Cour, au nombre de neuf, pour donner leur avis sur la préférence (ju'il y avoit à donner à l'air de Vincennes ou à celui de Versailles pour transférer le Roi ou le laisser. Le samedi, on l'avoit mené en sortant du Parlement c\ Vincennes suivant les dernières intentions du Koi ; mais son indisposition lit murmurer les dames et les médecins de la cOur, ce qui oblii^eaM. le Régent de faire cette assemblée. Les médecins de la cour étoient M. Poirier, devenu premier médecin du Roi, parce qu'il s'est trouvé en place médecin du Daupbin, Boudin, médecin ordinaire et Oodart, médecin de madame la princesse de Conty. Les médecins de Paris étoient M. Terray, médecin de Madame, Dumoulin, médecin du Roi, Falconet lils, llelvétius lils, Burrtte, de l'Académie des médailles, et (ielly. C'étoient les m»Tnrs (jui avoient été appelés (juatre fois dans la maladie du Rr)i. M. b* Régent Icsenvoyacliercber î\ Paris, et ils arrivèrent sur les cpiatre beures et demie à Versailles. \U trouvèrent M. le Régent dans la galerie qui leur dit c|u'ilH dévoient opiner sur l'air de Vincennes ou de Vernill(f«i. Que le feu roi avoit désiré Vincennes et que les affaires le demandoient, njais que ces motifs ne dévoient pas leii déterminer et qu'on demandoit leur avis en honneur et en conscienc<*. On ne les laissa jxunt parler aux médecins de la cour. Ils entrèrent dans le cabinet do W^ la ducbesM* de Ventadour, gr)uvrrnantr du Roi , on
SEPTEMBRE 17li5. 191
étoient iM. le Régent^M. le duc du Maine^ M. le maréchal de Villeroy, gouverneur du Roi, nomm<; par le testament et madame de V^entadour. Les médecins de Paris opinèrent les premiers et furent tous six pour l'air de Vincennes. — Ils dirent que c'étoit un air médiocre , dans un terrain uni, où il n'y avoit ni montagnes, ni vallées, que la rivière étoit assez loin , qu'elle étoit couverte par le bois de V' incennes , que le feu roi y avoit été élevé et y avoit acquis uneforte constitution qui l'avoit fait vivre soixantedix-sept ans, au lieu qu'à Versailles l'air étoit épais, marécageux, plein de brouillards entre des montagnes, parmi des eaux forcées et croupissantes , et que nos princes y étoient morts. — Les trois médecins de la Cour furent pour l'air de Versailles comme air natal, et dirent que l'automne étoit dangereuse pour transporter le Roi, et qu'il y avoit des petites véroles, mais on répliqua que tous les Parisiens ne sortoient de Paris qu'en automne et transportoient leurs enfants sans danger. Madame de Ventadour insistoit beaucoup pour Versailles ; M. le duc d'Orléans, le duc du Maine et de Villeroy étoient pour Vincennes. La pluralité des voix de six contre trois remporta et il fut résolu d'amener le lendemain le Roi à Vincennes (1).
Lundi, 9 septembre 1715. — Le roi partit sur les deux
(1) Saint-Simon tt Diiclos nous r<;\ùl(nt les mobiles secrris de cette diversit«'* d'opinion entre les médecins d«; Paris et ceux d<' la cour. Il est piquant et triste à la fois il'apprendie que dans ce débat sur une sant«* si précieuse, qui faillit dégénérer en conflit, cliacun vota sous Teuipire de considérations égoïstes et personnelles. - Le RégeiJt, qui était importuné du séjour de Ver- « sailles, parce quil ainiait à dt.'nieurer à Paris, où il avait tous ses |)laisirs « sous sa main, et trouvant de Topposition dans les mé<lecins de la cour, « tous logés commodément à Versailles, au transport de la personne du Roi « à Versailles sous prétexte d'un petit rhume , Ht venir tous ceuv de Paris « qui avaient été mandés à voir It feu Roi. Ceux-là, «pii n'avaient rien à yan gner au séjour de Versailles , se moquèrent îles ujedecirH de la cour, et M sur leur avis, il fut résolu qu'on mènerait le lendemain, lundi D septembre, le • Roi à Vincennes ou tout était prêt à le recevoir -» ( Saint Simon. Mil, p. I.M — Uuclos, p. 4a8.).
192 MF.MOIKKS Dl. MAllUKr MARAIS,
hennis de VtM-sailK'Silans SOU carrosse oùétoitMit M. le Rék'enlaviv M^'dc Ventadour, dans lo fonds, (jui avoient le Uoi entre eux deux. Sur le devant, M. le duc du iMaine et M. d«' Villerui.Uiïelques carrosses de suite. La garde ordinaire. Il passii le Cours et ensuite par dessus tous les Iwulevards de l*aris jusqu'à la porte Saint-Antoine et de li\, iKir le faubourg Saint-Antoine à Vincennes, où il arriva sur les six heures. Le Uoi étoit habillé de violet, et fut clans tout le chemin des boulevards sur les genoux de M"* de Ventadour pour être mieux vu du peuple qui l'ioil infini et tpii crioit : Vive le Uoi ! Le jeune Uoi ci ioit lui-niènie : Vive le Uoi. comme on dit qu'a fait le roi son père en pareille occasion : il parut beau, bien l'ail, portant son chapeau de bon air, mais un peu pâle. Il ne se peut rien ajouter aux tendresses et aux acclamations des Parisiens.
\je soir il y eut un autre spectacle du Uoi mort, et on put comparer li joie et la tristesse. On amena le cor[KS du Uoi en grande cérémonie de Versailles à Saint-Denis. Il n'entra point dans Paris, mais il passa par Montmartre et par les derrières. 11 partit î\ minuit de Versailles et arriva à Saint-Denis sur lescpiatre heures. L'illumination étoit magnilique de la plus grande partie de la maison du U'ii, et outre cela tous les carrosses de Paris bordoient les chemins avec d'autres flandieaux. Le peuple regarcîoil cela comme une fête, et, plein de la joie d'avoir vu le Uoi vivant, n'avoit pas toute la douleur (pie devoit causer la mort d'un si grand Uoi (1).
L'évèquede Castres (Quiqueran de Ueaujeu ; est nommé pour faire l'oraison funèbre à Saint-Denis, et l'évèipie dWlcz Maboul y à Notre-Dame.
t.rrii/-mf; jour, le corp^t «K* Louis XIV fut porlt* à SaiiitiJi'iiis. L'af-
.... nn- ( ■' •■ -v-p (lan% la plainr. On y v<'ii<lail loiiU's sorlcs <lc iiiels
• rt 4* fâ( . On voyait <l« loiil»'* \\atU W ppiiplt; «lartsrr, rlianter,
•',»*• li%f»^ m unf joiiî M-aiirlalpiKf» ; vt pliiHi«MirH nirriil l'indlKnit*^ i\e vo- ... ; dr» tnjitr.-. .- \'.\,iii| pasM.'r \c rli;ir «pii rciilt'riii.iit le corps. " Onrlot, p. 49fl )
Le corps du Roi a été exposé dix jours à Versailles dans un lit à ciel magnifique; on a remarqué que ce lit à ciel est celui que M™^ de Montespan avoit fait faire pouilui et que le portrait de cette dameest dans le ciel du lit ; à quoi on n'a pris garde que depuis qu'il a été tendu, de sorte que le Roi a été dix jours sous ce ciel et sous ce portrait. L'usage est d'employer dans ces occasions les plus beaux lits et les plus belles tapisseries. On a l'ait des estampes de cette représentation (1).
M. le Régent est revenu de Vincennes à Paris, où il a reçu les hommages de toute la France. 11 a fait sortir tous ceux qui avoient des logements au Palais-Royal. Il a donne le Luxembourg à iM'"'^ la duchesse de Berry, veuve du duc de Berry, sa fdle, et en a fait aussi sortir ceux qui y étoient logés, hors M. et iM""' de Beauveau, M'"^ de Kélus, M""^ de Langeais et M"^ de Laigle. M. Robert, conseiller au grand Conseil, n'a pas voulu sortir, parce qu'il a son logement par don, et qu'il y a fait beaucoup de dépenses , qu'il a dit au moins qu'il remporteroit. Mais on lui a envoyé des saisies pour le faire sortir, et lui fain* laisser ses embellissements.
M. le Régent a donné à M. le grand écuyer le pavillon des Tuileries qu'avoit M. Bontemps gouverneur. M. Bontemps s'est plaint : M. le Régent lui a donné Tautre pavillon qui est plus petit , et lui a dit qu'il ne l'abandonneroit jamais parce qu'il savoitle bien(iu'il avoit dit dr lui au Roi. C'est qu'un jour, le Roi ayant parlé à M. le duc d'Orléans, dit à Bontemps à qui il vouloit bien parler familièrement, qu'il avoit trouvé beaucoup d'esprit au duc d'Orléans; sur quoi, Bontempsdit : ((Vraiment oui, il en a, et plus qu'honmie de votre royaume, et d»' la valeur, et toutes sortes de mérites; mais comment voulezvous le savoir, il est votre neveu oi vous ne lui jiaile/.
(i; On |i(Mit voii la rrprtxliK lion (rniip •!«' ces «*slain|M»s, y. .'Jo? du lonn- Il Af\'tlisfnnp (le Fmnrp d»* MM. Ili'nri Hr)rili«'r et Ktloiiard Cliatloii T. I. i:i
191 MhMOIUKS OK. MAHIIKI' MARAIS.
jamais, i*e ii'esl j»as Ifinoyen <l«' l<' coimoltre. » Cela est revenu i\ M. \o dur d'Orléans» (|ui <'n a S(Miti la recon naissance dans lUuitenips.
On a recueilli plusieurs mots et actions du jeune Uoi (1 ). On lui a appris le discours qu'il doit dire au Parlement où il n'y a que trois paroles k : MM., je viens vous assurer de mes affections, mon chancelier vous ira le reste. » Il croit tnion veut le traiter en enfant, et a dit qu'il diroit bien ti>ut , qu'on n'avoit (ju'à lui apprendre , et qu'il ne vouloit i>as (jue son chancelier dise le reste.
I) Lt> bons mots vl les t'spie^leiits «l«^ Louis XV rnlant forment tonte une Ir^roile que la nai\c admiration et te crcclul«3 engouement des l'urisieus, pas- >ioani nt^nl épris lie ce Irt'Ie et dernier rejeton, miraculeusement sauvé, de la '; ■ ro\ale. ont popularjs»'»'. rha(|up luatiii le «leruier caprice on la dernière . .. a,'j.li- du |Htil Kui taisaient la nouvelle de la cuur et de la ville. Cet amour «raniirnl remari|uable du peuple de Paris pour son souverain en lisière, trou- «jil une inre».>aiite excitation dans les craiiite> tiop l»^j;ilimes (pTiuspirait son •*lat malailif. On s'expliipie, du reste, cet attachement pioveihial quand on se |i> (i;:ure tel qu'il apparaissait alors aux >eux ravis des bourgeois et des comiii>i<o, a\ec sa ligure aii^'litpie et soullraute, iilununee d'un pûle sourire. Le «it m: de* femmes m serrait a la pensée de le perdre, et uni.* émotion involon* taire alteiidrKsait les vi\at. « Vous ave/, vu à Versailles le petit Roi. Le joli « trioniplied*' la ^râce enfantine dans l'hermine et la [tourpre; ces yeux lumineux •■ ri noir « et hourieur*, « ces longs (ils qui Irisent, ce joli teint, celle char- « mante p«'tit'* bouche, cm petites joues routes » tout cela dont nous parle
• iiiad4ine la diirheste d*()rleans en ses lettres, et la finesse, la délicatesse, l'Iinr-
- n»oiu«- d'un viHagf de lennne en celle fietite mine ronde, la inignonnes.se et le
- rliarme d'un Joao, la fare lnMirhontenue en .sa Heur et sa luinièit; dernière!
• l'oe vie 4(|iiritutlle court sous cett«* chair rose et rayonnante ; une malice s'é-
• teille i>ur c*tle petite levie cliainue et de race, deux pelilrs lossettes s'ap-
• ptHrtil a rire au nnlieu de cxs joiie.s mémeii ; vous n'imaginerie/ Pfis aulre-
• ment I e^piegh'rif < oiironnéc dont le |K)rtrail dit bien le bon plaisir (riin
• ro^al enfant terrible ... .\msi le (teignent très-resseiiihlant , quoique un peu lro|i pim|iaiil, et rn<^ et trop (épanoui, leii ingénieux et délicats portraitistes du «iix-liuiiifnie «kcle, MM. de (ioncourt. C'est a eux qu'on doit la publication •lu Irt-vcurieiix, quoique un |>eu puéril. Journal du Dangeaii de Louis W rttl«nl, U" marqUK de Calviere ( /'orhfiifs intinws du dix-huitième siècle. T. Il, p. Ilj;. M. .Nie! |KMfté<le an manuitcrit plus complet de ce journal qu'il pfil»<irra «ar» doiili*. I^e^ détails qu'on trouve dans M(i(i<imr et surtout «lans MaraM,«onl, axei. r.r journal, tout ce que posi^ède de matériaux riiistoire intime rfr |>»iii* \\ , qu'on peut ainni étudier ,non sans profil, dans l'insouciant abanà*m <U rrnfanci-
SEPTKMBHK I7I;Î 195
Il ne veut pas (|ue M. le Duc le serve connue prand riiaitre : il a mis les mains derrière son dos pour ne point |)rendre la serviette; il n"a pas voulu s'asseoir devant lui parce qu'il ne dinoit pas avec lui , et il a fallu que M. le Duc soit sorti. Le lendemain, M. le Duc étant entré pendant qu'il étoit à table, le Roi l'a aperçu le premier, a jeté son chapeau au milieu de la salle et n'a pas voulu rester couvert devant M. le Duc.
M. Bontemps étant venu heurter à la porte de son cabinet vitré et étant entré, le Roi en badinant lui a craché au visage, et a dit : Retirez-vous, je suis avec mon chancelier : il étoit avec un petit houssard, fils d'un pauvre habitant de Versailles , qui a été élevé avec lui, et qui le réjouit par son esprit.
Il a demandé à M. de La Vrillière qui il étoit : il a dit qu'il étoit son secrétaire d'État et qu'il auroit l'honneur de travailler avec lui. Le roi l'a lait entrer dans son cabinet, et lui a donné, pour travailler, des noisettes à éplucher : on remarque en tout un esprit vif, attentif et plaisant.
Le jour des harangues du clergé . il vit un chapeau de quelqu'un qui tomboit, il dit : « Ah ! le voilà tombé! » et puis , il ne put pas bien dire sa réponse au clergé. Sur quoi, M. le Régent dit: «Je m'étonne qu'il n'ait pas bien dit, car il y avoit là de bons souffleurs. »
On l'a vu pleurer comme un homme raisonnable sur la mort du Roi et cacher ses larmes à toute sa cour. Il dit à un officier qui l'appeloit Monseigneur, au lieu de Tappeller Sire : «Nous ne sommes pas encore accoutumés. »
Mardi , 10 septembre 1715. On a publié aujourd'hui el crié dans Paris la déclaration du Roi du V septembre registrée le 7 pour la continuation du Parlement. — Les harangues du clergé. — Lu arrêt du conseil du 1 V août 1715, sur les droits du contrôle et des petits sceaux qui sont réunis au domaine et un autre arrêt du conseil du 17 août 1715(pii nommele sieur Moreau De Sechelles poui-
IIMÏ MKMOIIUS l>l M VI Mil I M VK VIS.
\iî»erlovl>illet.s ilo l ixlraordinaire des guerres, les hilli'ls de Mil»si>lance elles aneiennesassigiialioiis, et(|ui comluel lies commissaires ihi conseil pour en laire les vérilicatiiMis et donner leur avis sur la distinction nécessaire |K)ur le remboursement entier î\ ceu\ (jui n«; les ont pas m'-::iK*i»''S. Ces deu\;irrùts sont antérieurs à la mort du Koi.
M. le Kégent est venu au Palais-Koyal , où il a parlé à tous ceux qui se sont présentés, avec une bonté et une grâce extraorilinaire. Il a dit aux marécliaux de France quau lit de justice ils seroient placés dans un banc devant le clergé : ces MM. lui ont dit qu'ils espéroient en récouïpense avoir [)art à la première promotion des bénéfices, et il a dit à M. d'Huxelles : a Vous avez été tonsuré, je Vous donnerai une abljaye. m
On a dit que M. Desmarets , ct)ntrùl«*ur général des finances, (pli n'ctoit p.»s bien avec M. le Uégent , s'étoit réconcilié avec lui depuis quelques jours, et (pTil n avuil ri**!! à craindre pour sfi place.
On mVmi a pas dit de même de M. le (lliancelier. On craint qu'il ne soit dépouillé de sa charge de secrétaire d'fctal de la guerre et des sceaux. M. le Kégent est mécontent de lui, il ne lui a pas voulu dire, depuis la mor du Koi, cetjue contenoit le testament qu'il devoit voir le lendemain au Parleuient (Ij.
(I) Ia- ifiir il'Orli^an^ avait étf oldigr de promrMtr»' a Villcmy pour \o\mii •Ml mauiUrn rn fonclioii«> , ru éclianK<? de la lï^velation tlii («'slaiiicnl <li' l>MiM MV. Mai* irHr promrMM* lui ;»«*)»ait, rar il liaiHAait Voynin, liomiiti; rude ri impft trtix , Imtl txMdli df sa donhle i(ii|Kirtancc , et )|(ii, a force ir<)f4ii«-il, loue liait au rldifulf.Sr»r/)nM»iller>»intune», Saiiil Simon Mirloiit, k d«'t»'stait'iil rnroff fduft, r^Kardaiifit vm impunih* roninie un acandalr, IWrtris!>aieht sa t*a«*^>ftr, dont on avait (irolilf, et riiinai»'tit < liaipie jour d.ixaiil.i^r foii rn'<lit *i Htrank. I*e» ïtmttn tlt- roiir ri dr »ille t\iu' rr'i)^!»' Marais mu la «lis^rAn* licrM-liaiiK d^ rv minî«lr^ %i rompromis et ni allaqiir ('•talent UuuU^. Mnirt nu igyir>rail la raiiw d#> rrtl« *U •^nr iir et on l'alIrilMiait liirii a lort à Min rcliiK dr ^tMei9^ Utodi* qu'il faut raltriliucr bien plus M'ircriiciil àws MTtiieK iii<^iii(">, dont VkÊiUtl^Hé dégoûta dr loi «-n montrant à la foi* na raililcftiu- rt %si Yi^nalilr C*r*t rn rffM. %ieUtn toti» Ir^ aiilrura, a Vojfcin, loni pjiilôt (pi'a >oaill<*ii ou a M**' 4«- Maini^n<i«i. •im* Ir diM d'Origan* dut df roniiailrc d'a^aiicr vv tf*rraiM
sp:i*rEMBKi: i7io. 19:
M. le duc du Maine est à Vincennes a\ec le lioi el logé dans le double de son appartement, comme surintendant de l'éducation.
Merci'ediy 11 septembre 1715. — M. Fagon, qui par la mort du Roi, a perdu sa place de premier médecin, a demandé de se retirer au Jardin Royal, quoiqu'il appartienne au premier médecin en exercice. M. Poirier, à présent premier médecin, y a consenti, et M. le Régent lui a accordé cette retraite. On se plaint beaucoup de la manière dont il a traité le Roi , à qui on a trouvé le corps en dedans et tons les viscères d'une intégrité admirable et d'une construction à pouvoir vivre cent ans. Mais il a eu une fièvre pendant deux mois qui a été négligée et qui a causé la gangrène. Il seroit mort sans aucun secours, si M. Maréclial, son premier chirurgien, n'en avoit demandé (1).
insidieux on le plaçait l«^ tostamont. Saint-Simon est torinel (T. XH, 37u, 381. Lrmontey, 1, 28. t. Moret, Hl, p. 431.)
(I) Saint- Siinun et Madame sont d'accord pour rendre Fapon responsable (le la mort du Roi, dont il ne vit point l'élat et qu'il persista à soi;;ner contrairement à son régime et à son tempérament. « Tant d'eau et de fruits, dit " Saint-Simon, sans être corrigés par rien de spiritueux, tournèrent son sang « en gangrené à force d'en diminuer les esprits, et de l'appauvrir par ces " .>ueurs forcées des nuits et furent cause de sa mort, cunuiio on le r^connul - à l'ouverluro de son corps. Les parties s'en trouvèrent toutes si belles et si « saines, (pj'il y eut lieu de juger (pi'il aurait passé le siècle de sa vie. Son es- M tomac surtout étonna et ses boyaux par lem- volinue et leur étendue au « double do l'ordinaire, d'où lui vint d'être î>i grand ujangeur et ^i égal. On ne u songea aux remèdes que quand il n'en fut plus temps, parce que Fagou .' ne voulut jamais le croire malade, etc. >> (Saint-Simon, t. XIII, 315, .T13 314.; Madame accuse plaisamment encore l'ignorance intéressée du médecin (T. Il, p. iTo.) Les curieux spéciaux trouveront dans la Revue médicale de 1820, T. III, p. 3f)I à 390, le Prncès-oeibal d'onrerlure du corps des rois de France. Celui de l'ouverture du corps «le Louis Xl\ , rédigé sou» forme de rapport à ses confrères par le doyen et un ancien de la l'acidté de Paris, investis par l'usage du privilège de l'autopsie, se trouve a la page 373 37â, et <oiifii me par le témoignage de la scieueu les allégations de Saint Simon sur la vigueur de la constitulion du Roi, et l'elat d'iiilégrilé des reins, du foie, (le la rate, de reslomai , de la vessie, du c(pur, des poumons «t du <rr\e;iu. || ( on^tale seiilefiient l'etaf uaiiyreneux des rnis*es el d« s infestins
|t|^ MIMOlUl-.s 1)1. MUIIIKI MAKAIS
«>ii a iv>olu, dans Icconsi-il icuu à Paris, de lairc \cnir If Uoi ji'iuli au Parlfiiu'iit tenir son lit de justieo, qui esl le \1 septenilne. Il doit partir ;\ une heure do Vincennes et «icra sur les deu\ heures ou deux heures et demie au Palais.
M. le Kétrent a donne à M. le due d'Alhret la charge de jrrand ehand»ellan, sur la démission de M. le duc de IJouillon son [M>re, avec 800,000 francs de brevet de retenue. Cela remet en irrAce eette maison, que le cardinal de lUuiilloii avoit brouillée avec la cour (1).
\jc Koi a Niuné le contrat de mariai^e du comte de ToriLTUv. Iil> de M. de Matignon, avec M"'' de Monaco, lille du prince de Monaco qui se brassoit depuis longtemps (2). CV.sl le premier contrat de mariage ([ui lui a été présenté. Il si.Line très-bien son noui.
La marquise de la Vieuville (3), dame d'atours de M"" de Berry, étant morte, on a donné sa place à M""' de Pons, l'une de ses dames du Palais, et celle de dame du Palais à M™' de Beauveau.
On a vu aujourd'hui de la monnoie frappée au coin du jeune \\o\. Son portrait est au revers avec la légende Lud \V. h. (;., l'Yanc. et Nav. Rex. Kt de Tautre^côté IVcu est Irappé comme Pam ienne monnoie 171 ô (4).
Le hiaréthal d'Kstrées a l'ceu ordn^ du KégenI d'écrire il rarciievèque de Tours (5), qu'il pouvoil soi-tir dr son <ln>«;rsr quand il voudroit. ('/est un des huit [uélats qui Mi stmi opposés pid)li(iuem(Mit avec le cardinal de Noailles à la récepti«>n «le la constitution. L'acte d'opposition est du 1-2 janvier 171'». il est dans la préface hisloricpie des k'xditles. Il a^"!' •■''• eiisnv»' -.wrc les anli'»'^ d.tn^ jcnis
■A Mihoti, I. \IV, 10»,
(l) Mèfrile M-^ dr l'aralière. \uyt't Saiul-Slmon, t. XIII, p. \M\. '*) Oo IriHife U ^r•*llr•••^^ln•• pUîCiî Louis W, a la p. :i:»M •!.• Vllistinre d* Fraïuêàr MM, Bonlifr et ( liaitun, t. H.
* %l«lhtrii |«orr fl'Hmaiill. Vnir >on v\o%v ilansSainl -Simon, I \l V. p. «j
SEPTKMBRE 171o. 199
diocèses par lettre de cachet avec ordre de n'en point sortir. Le marquis de Plumartin^son neveu, a été présenté au Régent et a obtenu d'abord cette grâce. L'évèque de Chàlons, frère du cardinal de Noailles, qui étoit un des huit, est déjà revenu à la cour : le cardinal est tous les jours au Palais-Royal. On dit que quand il arriva à Versailles après la mort du Roi, le cardinal de Bissy alla à lui, et lui dit qu'il avoit beaucoup de joie de le revoir en ce pays-là : à quoi M. le cardinal de Noailles répondit : « Ce n'est pas le temps de la joie, » et passa.
Jeudi, 12 septembre 1715. — Le Roi est parti à une heure après-midi de Vincennes pour venir à Paris tenir son lit de justice. Il a passé par le faubourg Saint-Antoine, la rue Saint-Antoine, la Grève, le quai Pelletier, le pont Notre-Dame et est entré au Palais par la porte qui est devant la rue de la Vieille-Draperie. 11 éloit accompagné des chevau-légers, des gendarmes , des deuxcompagnies de mousquetaires, des Cent-Suisses et des gardes de la police à pied, les Cent-Suisses entourant son carrosse. Il n'y avoit que deux autres carrosses avec lui. Le Corps de la Ville suivoit de loin les archers et les gardes du gouverneur de Paris; ils avoient été au-devant de lui porter les clefsde la ville. Il est arrivé à trois heures au Palais. Il est monté à la Sainte-Chapelle, où M. le comte de Charolais, M. le prince deConty et M. le prince de Bombes l'attendoient depuis longtemps. Ils ont pris la queue de son manteau, et M. le prince Charles de Lorraine, i^rand écuyer de France, l'a pris entre ses bras. On lui a envoyé au-devant de lui à la Sainte-Chapelle quatre présidents à mortier et six conseillers. 11 y avoit déjà longtemps (jue le Parlement étoit assemblé, les princes du sang et ducs et pairs laïques à droite sur les hauts sièges, les ducs ecclésiastiques à gauche , aussi sur les hauts sièges, avec les gouverneurs et lieutenants généraux de provinces à leur suite. Dans les bas sièges étoient M. le chancelier le premier, ensuite M. le premier prési-
-M. MlMOlKIShl M\imil M M\ MS.
fleiilVt les pri'M«UMits à mortit^r, et (l.iiis plusieurs l>ancs tous lis l'onseillers eu mhes routres. OiiJnul le Roi est enliv «lans la irrantleliainlu»' , il a été pris par le duc de Trifsmes, prcuiier Lreuliliioiuuie de la chaïuhre, qui l'a |M»S4« sur sou lit lie justice; à côté et uu peu plus bas étoit niatlauie la duchesse de Ventadour, sa gouvernante, et de r.iulrecôté étoit M. le maréchal de Villeroy, gouverneur. t>ii a appt)rté un fauteuil au pied du lit de justice où M. le chancelier s'est mis, ce fauteuil couvert d'une même étoffe que le lit. M. de Tresnies a ôté le chapeau du Roi Imis fois et le lui a remis, qui est la salutation qu'il fait au Parlement. Le Roi a fort bien dit son petit discours, cl a paru d'un air ferme et assuré.
Knsuile M. le chancelier s'est levé, s'est mis à genoux devant le Roi pour lui demander la permission de parler, puis s'est mis à couvert, et tournant lo dos au Roi dans son fauteuil, il a prononcé un discours sur la perte que la France venoit de faire du Roi qui avoit été Tadmiration de tout l'univers pendant sa vie, et qui avoit encore paru plus grand dans sa maladie et dans sa mort. 11 a fini par un éloge de M. le duc d'Orléans A qui la Rétrence avoit été déférée. Ensuite, M. le premier président s'est mis à genoux, puis s'est levé et a parlé de- Ik)!iI et découvert, et a demandé si MM. les gens du Roi n avoient rien à dire. M. de Fleury s'est mis à genoux et s'est levé, et a fait un discours cpii a paru fort long, où il a fait le portrait d'un grand Roi. Il a parlé de feu M. le duc de Rourgogne dont il a fait un grand éloge, el a dit que le Roi avoit devant hii de grands exemples dewii'esse et de gloire. Il a enfin œnclu à la Régence telle qu'» lie avoit été arrêtée. M. l)f)nL'^ois, ^-^rcfficr, a lu l'arrêté loul haut. Après cette lecture, M. le chancelier s'est levé, n monté aux hauts sièges, et a pris la voix de M. le duc d'Orléans, des prinr^es du sang, et des ducs et pairs laïque*^, et ensuite a rcpa.s.sé de l'autre côté et a pris les voix i\e% ducH et pairs ecclésiastiques, il est descendu aui
SEPTKMBKK 171;;. •.Mil
bas sièges, où il a pris les voix de M. le [)reiiiier président, des présidents à mortier et des conseillers qui se sont trouvés dans le parquet et a fait une inclination à tous les autres. Puis il s'est assis et couvert, car il avoit pris toutes les opinions découvert , et il a prononcé l'arrêt de la Régence qu'il a lu dans un papier que M. le premier président lui avoit donné en arrivant.
Pendant toute cette séance, qui a duré une bonne heure , le jeune Floi n'a point paru embarrassé ^ il a toujours été tranquille et ferme dans sa place, seulement il avoit grand chaud et s'essuyoit de temps en temps avec un mouchoir que madame de Ventadour lui donnoit et qu'il lui rendoit, paroissant avoir attention à tout ce qui'se disoit et se faisoit dans l'assemblée. Le Roi est sorti par le grand banc, où étoientles pairs laïques et par la lanterne au bout, et on lui est allé changer de linge, et faire manger un morceau dans le cabinet de M. le premier président. Pendant ce temps-là, la compagnie est demeurée en place. Le Roi est revenu, a passé derrière les barreaux et s'en est allé à Vincennes environ sur les quatre heures et demie , et la compagnie s'est levée. Le Roi étoit accompagné comme en venant. On a tiré le canon de la Bastille en allant et en revenant. Un officier des gardes du corps à cheval jetoit de temps en temps de l'argent au peuple. Toutes les rues sur son chemin étoient bordées de gardes françoises et suisses en très-bon ordre. La plupart des boutiques étoient fermées dans Paris dès le matin. Le Roi étoit habillé de violet, avec un rabat, et un chapeau tout rond. On ;i délivré plusieurs petits oiseaux suivant la coutume dans la cour du palais (1 ,.
(1) Charles VI, «laiis les lettres par lesquelles il confirma aux marcliands (l'ois«'an\ ou oi^flirrs (\r l'aris W pri\il<;4e de sp t«'nir les jours <!«' ft^le <;ur le Pont au Change, leur imposa la coudilion de baillt'r «t délivrer (|iialn' «ciil^ oiseaux lors du sarre des rois de France, el ({iiand les Rois et l«'s Reines tai-
2ii- MI MOiRKs 1)1 MA mil II MAKAIS.
L'apiKirU'intnl île la IUmiu- dans les Tuileries a été destiné à M. le due et à niadanie la duehesse du Maine.
13. 1 ». i."». — Le Kui a reeu toutes les Coiupat^uies, qui lui ont fait des liarauf;ues sur sou avéueuieut à la eourouue. L'Acadéuiierrau«;oise,qui a tant loué le Koi pendant sa vie, l'a lrè:>-nial loué après sa mort. Le discours de Tabbé Dangeaua été trouvé trés-uiauvais. Celui du recteur de TUniversité a paru bon. Voici celui de M. de Saint-Port, avocat général au grand conseil, qui a compris (ju'il ne lalloit pas parler longtemps à un enfant.
Nous nous présentons au trùne de Votre Majesté pour renouveler le serment de notre lidélilé. Nous espérons revoir en vous la sagesse de M. le Dauphin votre p« re, la mansuétude de votre aïeul et la gloire du» feu « Koi, vutre bisaïeul, à qui vous succédez. Les exemples '« du Prince Kégent raniment déjà leurs cendres, sa sa- « gesse formera votre cœur et la main de Dieu fera le « reste, a
Le vendredi 13, M. le duc d Orléans a envoyé au Parlement la forme des Conseils, qu'il a proposés le 2 septend)re. On les a envoyés dans toutes les cliandires pour les evafniner et en dire leur avis.
\(i sipleinhre 171.^. — Le Kégenl a envoyé au Parleujentdeux édits, Tun puui révoquer les articles des ordonnances de 1667 et 1673 (jui ôtent au Parlement le
•«irat Iriir prciiiièri; riitrée dann ParU. A IVntrri' de Luuis XI a ParU, en I îOi , li-% liiM'inirs làrlicrciit (iliis df d«ii\ relit •loii/.iiiics «roisraux. Barbier, (II, b2,) ftrio* apprend (prou *-n lit aiiUiit turs dr rcntin' à Paris de Marie I.cc/inska. Au di\lMiitiem4! Mécle, l'usage »V(ait KcnéraliM* au point qu'il recevait &oii ■fpliolion ciiaqiM- foin ipie passait l<> Koi On voit dans Itarhier, (III, 'M)7. V, 101.) pluururs ixrin|i|r^ df ceUr nai\t; vl populaire cérémonie. On voyait là MM «loair un o>ndMj|<; de juie et de délivrant'. « C'est, dit Harhier, un droit • ri un** oMiualKin drn jur«'«v oi«wliern, symbole de la liherl»* rpie les Uois et 4 \r% Rnnr* douent donner aux priiioniiierK. » Cette dernieie partie «le la ci'!rèiwjoir »'acniinpli^Mit-e|lc, «rt le syiulMile, de liburlé ne réalisail-il pour quel* t^ort pruoiini<'r«?iUrbier ri(;nor(;et M'mble en douter l.a Heine, dil-il, » a passé nne «rruDilr loi* Miu<« l<- l'rlit-CbAlelet ; /e fie sais potnl si un a délivré det pttsonuirrs. -
SKVIEMBRK I71a. L»u:i
droit des rcnionirances (1) . l'autre [joui* i étal)lis^emeiit des conseils par lesquels le royaume doit être gouverné. Les chambres ont été asseml)lées, et les deux édits ont été enregistrés, mais ils n'ont pas été publiés, et les membres des Conseils n'ont point encore été nommés. On les attend avec grande impatience.
Dès le 15, M. le chancelier a remis au Régent la charge de secrétaire d'État de la guerre, qui lui étoit restée avec la place de chancelier, et il a remontré qu'il avoit un brevet de retenue de iOO,000 fr.; mais on lui a fait entendre l'invalidité de ce brevet, et que les charges de secrétaires d'État, de la manière dont on régloit les conseils, ne seroient plus d'un si grand prix ni d'une si grande dignité (2).
Les trois autres secrétaires d'État ont aussi été remerciés, et on verra ce qu'ils seront dans les conseils (3).
Les maîtres des requêtes sont rétablis dans leur institution , il y en aura deux dans l'antichambre du Uoi, de
(I) Le Parh'ment sVmpara «lu droit de remoiitrauces dès le quinzième .siècle, en même temps nue du droit d'enregistrement. L'ordonnance de Moulins (I56f> , tout « n coulirmaut an Parlrnirut le droit de remontrances, dédata qu'elles ne pourraient surseoir à l'exécution des é<lits. L'ordoimance de 1667 (art. 3), confirma celle disposition. Par sa d»'tlaration du '.î4 février 1673, Louis XIV réj;la la forme dans hi(|iie||e de\ aient «"Ire enregistrés les édils e| lettres patentes émanés <le l'aulorile royale. Le parlement ne conservait le droit de remontrances que pour les actes qui concernaient les particuliers. Jiisiprà la fin du ré^ne de Louis XIV, le droit de remontrance lut suspendu. Mais la déclaration du 15 septembre 171 j le rendit a ces corps, et les lettres patentes du 26 août 1718 en réglèrent l'usage.
(2; Celte démission du Ciiancelier delà diarj^e de secrétaire d Liât de la guerre avait él«' convenue entre le maréchal de \illeroy, son inlermédiainauprès du Régent, et celui ci. Il devait être rembourse du |)ri\ en entier. Selon Saint-Simon, il aurait eu les 'iO«),000 livres demauJées ( SamtSimon, petite édition llacliette, que nous citerons dorénavant, t. VIII. 73, '.UJ.) 3) De ces secrétaires <rLtat, le ,^eul qui n'eût aucune compensation et qui en était peul-èlre le |)lusdi^ue, lut Desmarels, dont l'Iiuiueur Apre (aisail oublier le.-» services. Ponlcliai train, La Vrilliere et Torcy lurent du rtuised de Régence, les deux premiers >ant. \oi\, le dernier avec*voi.\ deliberalive. Le clianceliei Voysin en tut aussi (Saint-Simon, t. NUI, 22. > à 230.)
Jot Mnionus PK MAiMiir mvhais
ceuv (in tjiiartirr, cjui recevront (l(Ui\ lois la semaine Ions le» placets. Ils en feront les extraits et les renvcneront à ceux tle> eons«*ils où l'alfaii'e se devi'a traiter.
17 srpiembrf 17 lô. Denx jésuites se sont présentés |K)ur entrer ehezIeHéirent. Lei^arde les a arriHés et a demandé s'ils avoif nt un billet du capitaine des gardes. Ils ont dit que non. Ils ont été renvoyés. On en use ainsi à l'égard de tous les religieux. On les craint depuis Jacques Clénjent, jacobin qui assassina Henri III.
On a fait une chanson sur la mort du Koi , contenant plusieurs couplets (1). M. d'Argenson , lieutenant de police, est venu trouver le Régent et lui a dit qu'il étoit scandalisé des discours qui se tenoient dans le public contre la mémoire du feu Koi. « Mais encore que dit-on? dit M. le duc d'Orléans. » M.d'Argenson nevouloitpointparler. lia L*té pressé de dire le mal pour apporter le remède. Enfin il a dit (pi'on traitoit le feu Koi de banqueroutier, de voleur, d'homme qui avoit emporté le bien de tous ses sujets, et qu'il falloit empêcher ces sortes de discours en donnant ordre d'arrêter ceux qui les tiennent. «Vous n'y entendez rien, a dit M. le Hégent, il faut payer les dettes du défunt et tous cesgens-làse tairont... » ('.ette réponse a arrêté les proscriptions, qui étoient au goût du dernier règne.
M. Crojwit (2^ a acheté la charge de grand trésorier de lordre du Saint-Ksprit moyennant V2(),00() fr.; elle étoit vacante parla mort de M. (^hauvelin, avocat général : on Ta fait passer d'abord sur la tête de M. Terrât (3) chan-
M \«ir II- firrutil Mnuiepnx, où il y en a bien d'aiitrrs.
C, ( riitit, un (l«'«|)|iM uramts finaiiners du l»'iii(H, avrr Satiun'l HcriiaKl, l'I Ir |il«M rtriM! lioinin<f «k Paris M'Ion SaiiilSiinori, ^!,r^c('. a la liaii'iiir, aux armiiiiiuU, 4 riiikrdlaïKu; «lu dur. dt* Vt'iidAine, an |»osl« de receveur du f^Wr, »i iarrtiif, airail g('<n«>reuM>inent pi^U- Iniin nnllion«, sans l*'sque|H le mrnimu ff^trtnemrnt ut-ùl pu niarrlier. (V. Saint Simon, VHI, ?.ï't el Le- ■••f^t, I, ii.j
(3f Voir Mjf TrrraC*, < luin<:4'lM'r el hUiiiilfiKhtil <l«s aflairru i-l linanrrs du <tmr 4*Chlrsn«. SdinlSimon, I. XI, m.
SKPTEMBRK I71it. :205
celier de M. le Kégent, à qui le cordon l)leu restera ^ et ensuite elle retourne à M. Crozat, qui sera honoré du cordon bleu. 11 prùte aussi un million à l'État. Il est beaupère de M. le comte d'Kvreux, à qui il adonné sa fille, qui vient d'être établi dans sa charge de colonel général de la cavalerie, et on a cru qu'ayant par le commerce étranger fait entrer dans le royaume tant d'argent , on devoit lui donner l'agrément de cette charge.
Par le rétablissement de M. le comte d'Évreux, tous les inspecteurs de cavalerie sont supprimés. On supprime tous les commandants et les doubles emplois dans les provinces el dans les villes.
JOIHWL \)ES AIIAIUKS PI BLIQIKS
ntHI"» lï I" Jll> t*l~ JLS^^l Al 10 SKPTKMHRK 1717.
Juui 1717. — Histoire de ce qui s esl passe dans (affaire des princes depuis le 17 juin 1717 ius(juau (> et H juillet, jours de ledit de publication ; 1 1.
Le* i'î juin 1717, il a été signifié à M. le procureur général el à M. Dongois, greflier, un acte signé de 39 genliUhoinmes, par lecjuel ils protestent de nullité de tout ce i|ui s'est fait ilans TatTaire des Princes au conseil de Hé- ^nce et de tout ce qui sera fait sans l'assemblée des états généraux, attendu qu'il s'agit de la succession à la couronne el que le droit d'y nommer appartient à la noblesse. Cet acte a été signifié p.ir un luiissier nommé L«'*i:uisses.
ÏAi m juin, le Parlement s'est assemjjlé; il y a eu plusieurs \oix pour décréter TLuissier de prise de corps t\ faire biffer la protestation. Mais l'arrêt a seulement ordonné que les deux signatures seroient supprimées, rbuissier inU-rdit pour six mois, et défenses à toutes personnes de faire des as.semblées sans permission du Hoi. Larrèlaété imprimé et publié le 2*2 juin 1717. Le Parlement ne s'est pas cru offensé par la noblesse, qui lui a fait savoir ses prétentions. L huissier a seulement élé interdit, parce rpi il ne pouvoil pas, (xunm(" iiuissier du CbMelt't, exploiter dans le l\ilais. L'original de la signiliration esl re.slé es niuins de ceux qui l'ont fait faire.
(1) Voir diMMat-Almon rhi»toire pisnionn^ de rcXU'. lortuiM; iIoh hàtardA, «Mitre biHtfirttM *le U MMiilc idolâtrie de Louin XIV el de Inir drclicanci*. il ' le IoikImt apre^ lui, iim'^iim* |M»nr !<• rt-Hiimer, u rt' (traiid
lUIN 1717 207
Le idjuin. — M. le Rég'entci fait arrêter six des principaux nobles qui avoient sig-né cet acte, parce qu'il est en quelque sorte contraire à un arrêt de la Régence du ik- mars 1717, qui fait défense à la noblesse de signer aucune règle à peine de désobéissance, et parce que la noblesse ne peut faire corps ni signer des actes en commun sans la permission expresse du Roi. Les six arrêtés sont ceux qui sont nommés notamment dans Texploit de signification : les autres ne sont point nommés. Ces six sont iMM. de ChéUillon, de Vieuxpont, de Rieux, de Polignac, deBeaufremont et Clermont (Gallerandei gendre de M. d'O. On en amenétroisàVincennes, trois à la Bastille. Il y en a un septième, qui est M. de Mailly. 11 n'a point été arrêté , parce qu'il est beau-frère de M. de La Vrillière , secrétaire d'État.
Le même jour, samedi 19, M. le duc du Maine et M. 1(' comte de Toulouse ont été au Parlement porter une protestation de nullité contre tout ce qui sera fait dansd'affaire des Princes par les commissaires nommés par la Régence et au dit conseil de Régence, jusqu'à ce que le Roi soit majeur, ou que les États soient assemblés. Les commissaires sont MM. des Coutures, rapporteur, Amelot, Nointel, Labourdonnaye, d'Argenson, Pelletier de Souzy (1). Ils ont demandé acte de cette protestation par une requête, mais le Parlement n'a pu y faire droit, parce que, ce même jour, le czar de Moscovie, qui est en France depuis un mois, est venu au Parlement et a assisté dans une lanterne A Taudience, qui a été tenue en robes rouges et en grande cérémonie pour lui.
Le lundi 21, les chauibres étant assemblées sur la protestation du 19 des légitimés, M. le Duc et M. le prince de Conty sont entrés et ont lu, par la bouche de M. le prince de Conty, un mémoire pour empêcher que la
(Ij Les Memohis de la Hcuencp «li-^fnl .!.• Saint-Conl«"Jt . r.i|i|M»rt.'iii (l. I, .141).
SOft Ml MOIUKS DF MATHIKU MARAIS.
luolesuaioii lies princes léuiliinés ne soit reçue, ayant soulenu qu elle éloil allentatoire à raiitorité royale. Ils sonl sortis. Ou a pris les voix, et ou a été d'avis de faire venir les gens du Koi ; ou aiuis : soit montré sur la requ»*te des princes lé^itiuiés. Ou l'a portée sur-lo-chauii) au panjucl avec le mémoire des princes du saiiu. Les giMis du Koi sont entrés, et M. de Lau)oiguon portant 1(» parole a été d'avis que TalTaire lût coniuinuiquée au Bol, à qui nn rcudroit compte de tout ce cpii s'étoit
passé.
il y a eu plusieurs avis : M. le Nain a été d'avis non de recevoir, mais d'enrcî^istrer la protestation dans les reLMslres du l»arlement, et il a aussi pris Tavis des gens du |{oy, parce (ju'il lui est libre d'en prendre deux. D'autres ont été d'avis de rendre la requête, parce qu'il n'y a rien de pendant au IVirlement et que l'alfaire est au trône du l{oi ; d'autres de miîttre hors de cour (piani à présent; d'autres de mettre tout X fait hors de cour. L'enre^'istrement des protestations a paru dangereuse, parce qur !»• l'.irlement ne peut pas conserver dans ses registres une protestation contre un jugement que peutêtre il rendra, h^nlin, de -iOV voix, il y en a eu 13V pour ordonner ipi'il sera fait une simple déi>utation au lloi pour lui rendre compte de tout ce qui s'est passé dans celte affaire au sujet desdites protestations. (Vest l'arrêt. On doit aller au Louvre et non au l'alais-Koyal. L'as- N4Midilée a duré (juatre lieures.
Le même jour, MM. les geii^ du iioi ont été au I*alais- Roynl pour prendn.' l»- joui- (pie la députation peut t'Ire faite, et M. le Kégent les a remis à huitaine;, à cause de plusieurs fêtes où le l*arh'ment ne doit point entrer. \jt liuitaine est au mercredi M) juin. On dit que h; piirii *'s{ pris dr juu'er l'affaire incessamment.
|Vn«lanl toute ta s(Muaine l'affaire a été examinée par \m romnii*>s;iires eliez M. le iNdletier de Sou/y.
L«^ pniie#H4 1éf:iliinés ont donu' im Liand mémoiie
JUirS 17i7. 20»
intitulé : Cinquième proposition pour prononcer qu'il ni/ a aucun tribunal existant qui puisse juger celte affaire . parce qu'il s'agit de juger rautorité du Roi, et que h R(h seul majeur peut se juger . Us ont aussi donné unabréijié dr ce mémoire sous le titre de Lettre d'un avocat de province à uti avocat du Parlement de Paris. Ils ont aussi lait imprimer le mémoire qui avoit été lu au Parlement !»• 21 juin par M. le prince de Conty, qui contient six ;irticles, avec une réponse à côté aussi en six articles.
Les princes du sang ont distribué un mémoire intitulé : Réflexions sur la nécessité de juger, qui étoit t'ait il y a quelque temps, avec lequel se trouvent les lettres de don de la succession de M. de Vermandois à M™* la princesse de Conty^ quoiqu'ils eussent des lettres de succession réciproques, ce qui prouve que les bâtards ne succèdent point, même ceux d'une personne libre.
On a continué d'examiner Talfaire, MM. les commissaires chez M. le chancelier, et ensuite au conseil df Régence.
Le mercredi 30 juin, le Parlement s'est assend^lé et a nomméles députés, qui sesont trouvés au nombre de vingtcinq : six de la grand'chambre, les premiers présidents des enquêtes, deux commissaires de chaque chainbrc. Ils ont été au Hoi. M. le premier président à la tète lui a remis les Protestations, la Requête des légitimés et le Mémoire des Princes du sang. Le Roi a répondu de sa bouche avec dignité qu'il étoit très-content de la sagesse de son Parlement et de la manière dont il avoit agi dans celte alïaire, etqu'il en avoit beaucoup de reconnoiss.mce. M. le chancellera dit la même chose, et que le Roi rendroitsa réponse au premier jour sur les protestations. M. le Régent a aussi parlé, et a fort loué la conduite du Parlement.
910 Mf.MOmiS DP MATHIKll MARAIS.
Les«'ïmedi 3 juillet, le Roi, a mandé le Parlement pour le lundi 5» afin d'avoir sa réi)onse. Le lundi 5, assemblée des chambres.
Lv r» à midi, les menus députés ont été au Roi, qui a dit que l'affaire étoit décidée et qu'il enverroit le lendemain un édit. .M. le chancelier a parlé.
{je 6, ledit a été envoyé avec la lettre de cachet au Parlement, comme il est d'usage. Les chambres se sont assemblées ; on a résolu que ceux qui n'auroient pas Tàge n'.iuroient pas de voix : cela a retranché plus de 30 voix. Il y en avoit encore 187. Donc It.'^ ont opiné à enreirislrer TéJit purement et simplement, et7i i\ nommer des commissaires pour l'examiner, môme quelcjuesuns à envoyer ledit dans les chambres de l'enquête et d'autres encore ^ nommer des cominissaires des enquôt4fs La pluralité des voix l'a emporté, et l'édita été enrej:islré purement et simplement.
M. le premier président a Iule discoursque M. le chancelier lui avuil tenu la veille, dont il avoit une copie. Il est fort beau. M. de Vienne a lu Tédit. M. le Nain, doyen, avoit commencé par o[>iner aux commissaires; mais M. le preinitT président lui ayant dit (pi'on ne l'entendoit pas et <pï'on If prioit dr parler plus haut, il a sur-le-champ changé d'avis et aopiné pour l'enregistrement. M. Broyer de la grand'chambre a le premier ouvert l'avis des commissiiires. M. le président de Blamont a fait un grand dibcoun» pour l'examen de l'édit (jui a pain un discours pré|>arr et a conclue renvoyer l'édit aux charubres.
P.ir l'édit, le Roi révo(|ue et annuité l'édit de 171V et la décl nation de 1715, conserve les honneurs et la •éanre ;iii Parlement a .M. le duc du Maine et à M. le comte de Toulouse; sans tirer f\ ronséjpienre, et sans qu'il* pui!»!>ent prendre la (jualité de princes du sang,
Jl'lT.LFT 1717. oil
S. M. se réservant à pourvoir au prince de Donibes et au comte d'Eu, ainsi qu'il avisera : déclare les protestations nulles et comme non avenues.
L'édit a été enregistré après que M. de Lamoignon, avocat général, a parlé, qui a dit que ces matières ne se délibérant qu'en la Cour, qui est la seule cour souveraine où les affaires d'État se traitent (il a cité un Roi qui l'a dit ) , il siéroit qu'il fût envoyé un duplicata de l'édit et de l'arrêt aux autres Parlements pour y être lus, publiés et enregistrés, et l'arrêt ainsi ordonné, et que l'édit seroit publié l'audience tenante
Le jeudi 8 ledit est publié A l'audience de la grand' chambre.
Le réquisitoire pour le duplicata avoit été fait de la même manière lors de Tenregistrement de Téditde 17i V par M. de Fleury , alors avocat général et à présent procureur général, et cetéditde 1714- avoit été enregistré de cette manière sur le duplicata par les autres parlements.
M. le duc du Maine avoit encore publié un mémoire le i juillet, intitulé : Deuxième proposition pour prouver que la loi commune n exclut point lea léyilimés (tes successions, pure question de droit inutile à l'affaire et même insoutenable dans l'état présent de la jurisprudence. Il a encore donné deux autres petits mémoires sur la matière des protestations.
Ainsi a fini cette grande affaire; il n'y a point eu de lit de justice. M. le chancelier n'est pas même venu au Parlement. Les commissaires du conseil ont rapporté l'affaire au conseil deKégence, que M. le Régent a composé comme il a voulu et comme il lui est permis : l'édit a été résolu et il a été envoyé à l'ordinaire.
Les mouvements des protestations de la noblesse et des princes légitimés ont précipité le jugement de cette grande contestation.
Jeudi, S juillet 1717. — L'édit pour les princes du sang a été publié A l'audience. M. de Lamoignon , avocat géné-
:iî Mr\i(Hi;i> hi m \ i iiim m M'» vl^
rai, a l>i»'n pari.-. Il \ a «mi tli>i)utt' pour la pivsôann» fiilre li»s coUM'iIltTs «riioniu'ur et K'S prt'siclriils (l«'s rui|iuMt's. \as |>ivsiil«M)ls l'ont t'iuporlt'^ et MM. les pn-si aoûts à mortiiT, en robes rouges, ont été ol)li^«^s dr sr inellro dans les \ms sièges.
L'êdit a été nnpriinè de l'imprimerie royale. On ne l'a I>astTié, maison Ta vendu puhliiiacuienl.
le coinlt d Eii. — Le même jour, M. le comte d'Eu ayant urosenlé laservielle au Koi couime il l'aisoil à l'ordinaire, M. deMorlemart, premier gentilhomme de la chambre de service, s en est plaint et a dit i\ l'ollicier qui avoit présrnté la serviette au comte d'Eu cpi'il Tinlerdisoit ; il a dit lam«Mneclu)M-au valet d(; chandjre pour la chemise qui s<donne par les princes du sang, quand ils sont présents. et en leur absence par le preniier gentilhomuîe de la cliandin' : en vorte(iue,le soir, M. le comte d'Eu, ne s'est point présent»*. C'est une première dilliculté que ledit a fait parce que les entants sont [irivés des honneurs (ti.
La Maiùui(]ue. — On a appris la révolte arrivée à la Martinique et à la Guadeloupe : les habitants se sont mutines et ont pris les armes pour ne pas payer les droits de dispense, capitation et autres droits nouveaux. Ils ont pris le jiouverneur ^M. de la Varenne), capitaine de vaisseau.\, et .M. de Kicouarl, intendant, qu ils ont « inbarqués dans un vaisseau et les ont envoyés en France, où ils sont arrivés à la Kochelle, et les habitantsont «n un lur Irnqi^ envoyé un mémoire pour expliquer leurs prétentions.
Ce mémoire est Irés-bien écrit; il s'agit d'avoir la li- ÏH'sié de faire des sucreries, de vendre leurs biens et autre» choses qu'on a voulu leur interdir»' -il.
(Il i. <iiir (|'()rli-40<. IniijdtirH rlruiciil, e\ a i|iii S-iiiit-Siinon n'iuoclif ;ipi«fil (Ir ttf \tMS Uher de m tir luire, ordonna (|U iU (us^eiii IrailiK m |>iim(«'àm «aux ' l'ordiruirr rt roiiiniif avant l'arrêt ; ce qui fut «•xrriilc. fSainl-Siiiinii. IX. IT*.
iVt Voèf U% drlaiU de «l'tli' «(fair»' «lain 1rs Mtutoinx île lu luyeiur, «"lil. > %Tn,%. I. p. .161, lA*». et dan<t SainlSimon, |V. 'Mi:> et Mii«.,el l\, 7r»4..
ILILLKI 1717. ■2\:\
Vendredi *J. — Cailly. — Ce jour la gfdnd'chfuiibie a décrété de prise de corps le commissaire Cailly exempt, et le Couvreur et le Roux, inspecteurs de police. Sur-lechamp ils ont été arrêtés et menés à la Conciergerie. Ils y étoient à huit heures du matin, et on a apposé scellé dans leurs maisons. C'est la suite d'une affaire de la chambre de justice qui a été renvoyée à la grand'chambre. Cette rdïaire.peut être de conséquence, parce que ces gens n'ont agi que par Tordre de M. d'Argenson (1).
La marquisedeCesvres, femme du marquis de Gesvres, est morte. C'est elle qui avoit intenté ce célèbre procès d'impuissance dont on a recueilli deux volumes très-curieux *2 .
Samedi 10. — Lt comte d'Eu. — L'affaire de M. le comte d'Eu a été réglée : il s'est présenté de nouveau pour servirle Roi. Le souper du roi a été retardé. M. le maréchal de Villeroy, gouverneur, a été trouver M. le Régent, qui a dit que M. le comte d'Eu et les princes légitimés avoient des brevets particuliers pour avoir les honneurs de la chambre, qui leur auroient été accordés par le feu Roi, et que ces brevets n'étoient point révo- (|ués : et qu'ainsi M. de Mortemart n'avoit pas raison de contester. M. de Villeroy est revenu, qui a dit : le Roi/ ordonne qu'il sera servi à son ordinaire; et M. le comte d'Eu a donné la serviette. On a été surpris que M. de Mortemart
(1) La ch.'imhre dejiistire, instrument des rancunes parleuit'utaires vu cette circonstance, avait profit»* de (j>i*'l<pies faits rt''v«'*l.'S dt; canaillerie >nl) illnn»* pour essayer «l'incriminer, on tout au moins «l'éclaboiiss^'r d'Argenson , qu'on «ùl aim<^ à rendre responsable des exactions de <|ucl(pies-uns «le ses a;;enls. .Son sanj;-froii| et sa O'inieté «lé( ou'i'rliMetit rot orai^e, 'pii cn'vt iidi« uh'mcnl.
12) Saint Simon, t VII, p. iTjl, donne «le curieux détails sur (c procè-^, K> diN<^en<iions domestiques «pii le firent éclater, le ridicule «jui Tenvironua et l'accommodemeid et di''.ist<Mn<'nt «pii y mit fin trop tard pour riionneur «les parties. Lis deux volume> auxqiii-U Marais fait allusion , s«uit inlitnlcs :
RecueV général des pièces contenues au procès de M. le marquis de ilesvns et de M''^ Mnscranntf sn femme par Rrjon . Hnffrrdnm, t"l4,
' ^ , in f
314 MKMOIRKS DK MUHIKl MARAIS.
ait fait celle diriirulté, étant proche parent de M'"' de MontesiKUi. Mais c'est un homme ferme, qui a prélVh'é les honneurs de si charge à une alliance dont il ne seroit peul-t^ti*e pas honoré.
On a ajouté dans les cdits le terme des Princes du sang apnS les (pialilés de M. le Duc et de M. le prince de Conty qui sont lrail»'"< de cousins, et on a laissé à M. le duc du Maine et à M. le comte de Toulouse la simple (jualité d'oncles : c'est juiçer tous les jours le proc(>s. Cela ne s'est \ms trouvé dans les édits qui ont paru en public , quoi- «ju il M»il vrai (jne le conseil l'eût arrêté. C'est un fait anecdote. Il n'a paru que dans la déclaration du 31 juillet, resristrée le 20 août, pour les gages du Parlement pour la première fois.
Vemiredi, \ij juillet. — MM. de ChAtillon , de Hieux , de Puliî-'nac, d«' Hca u Ire mont , de Vieuxpoiit, de (ilermont, les six i^enliihommes qui avoient été emprisonnés à la Bastille et à Vincennes ont été élargis : ils ont été présentés à M. le Hégent par M. le duc de Chartres, qui avoil demandé la grâce de leur élargissement : il s'est dit peu de choses de part et d'autre, et ils étoientsi étonnés, qu'après cette audience, ils ont oublié de reconduire M. le duc de Chartres à son appartement (1;.
(^MATiLLON. — Liî mêmejour, M. le Kégent a otéà M. de Chàtdlon 2j le logement (pi'il avoit au Palais-Koyal et unt* |>ensiou (pi'il lui doiirioit de 0,000 fr. M) On a demandé iniitih'iiicnt qu elle ïùi rétablie. C'étoil lui qui •iloil le chef de cette petite conjuration de la noblesse : il en fnisoit faire les assemblées au Palais-Hoyal méme.ef n'a |>oint considéré l'attachement parlicidier (|u'il devoit
(I) V. îMunlSmuHi, I. I\, |i. 178.
(t) Voir MIT ce Cliàtillon, <|iii devait tout aux hi^nfail* <l<* la maii^n d'Or- T "" ■ / • *iir M irxdi'M rili-, SaiiitSiriioti, IX, iT'.i ri l.i Cnnr^pnnfftimr ' .1. I, 7i:>. Il {h\U\{ i\ue •^tii iii(tratilii<Jf lui Uwn gMnd»' pour (|iir
Inmt *• MtNMc la «mlli , rt %'eo indi^n^'
M> Mifit'^nvMi dit i7.nAo livre*
JUiLLtT nn. 215
avoir pour iM. le duc d'Orléans, son bienfaiteur. On dit même qu'il avoit fait entendre aux autres que cela se faisoit du consentement de son S. A. R.
jW"* de Gacé. — On a parlé d'une insulte faite à M""" de Gacédansun sou perchez M™'* de Nesle. Lesjeu nés seigneurs qui étoient à table avec elle la firent boire du vin et toutes sortes de liqueurs, dont elle s'enivra. Ensuite elle dansa presque nue, puis ils la livrèrent dans une anti- • chanibre à des valets qui en firent à leur plaisir. On l'entendoit dire : Ab ! la bonne journée! M. de Gdcé a donné deux gardes à sa femme qui ne la quittent point : c'est la fille du maréchal de Chàteau-Regnault qui l'appeloit : Vigouieuse. Entre les seigneurs étoit le jeune prince de Soubise, amant de M""^ de Nesle, d 'puis lacjuitterie de M. le Duc: il a disparu pendant quelques jours, et le bruit a couru de quelques coups qui lui ont été donnés, les uns disent par ordre de M. de Gacé, les autres par ordre de M. le Duc lui-mêmC; qui a été mécontent de ce qu'il lui avoit pris sa maîtresse (1).
Lundi 19. — De Uarlay. — M. de Harlay, conseiller d'État, est mort. 11 étoit le fils de feu M. le premier président [2). Sa fille est mariée à M. le prince de Tin-
(1) On trouve de curieux dc'Iails sur cette Madame de Garé, une de ces épouses(on[»ables qui, comme Madame de Poli^^nac ou M""*? de Retz, »''t(nmèrcnt la Réj^ence elle-iiiêine et taillirenl la taire rougir, — dans la Correspoudduce de la marquise de La Cour, manuscrit de la l)ibiioiliè(iiie Mazatint' que M. Ph. Cliasles va puldit-r a\pc noire conconts , ♦•! d.uis lis Mt/nnrjes de M. de lioisjottrdohi. Ce di^rnier recueil dorme la supplique qu'elle adiossa au Roi en 1726 [)our lui demander la lin de cette vie d'alfionls et d'avfulures par laqurlle elle expiait trop cruflltMni'Ut ses fautes. |I vij sans dire qu'elle ue ménage |)as son mari. Jamais feunue ne se djleudit sans attaquer.
(2) « Harlay, dit Saint Simon, (édit. Cliéniel, t. XV, p. 29), mourut comme « il avait vécu. Il avait une i)iinue et nnmlin'use hil)liolliéqiie, avec quantité K de manuscrits >ur dinéreutes matièie> Il b's donna à Cliauvclm, d< puis m lîarde des sceaux, qui eu sul faire un é('lielou à sa foi lune ». CVst d*Arj{on-on f c<l. Ralli»ry, t. I, p. 7#) qui nous apprcnt qufl parti «'n sut tirer riial>ilf et aniliitit'ux légataire. « Feu M. d'' Harla> lui av.iil l.'^U' »es nom- •« breux el précieux manuscrits t>ur le droit public. Le Cliauvelin en lit des
)U MKMOIUKS l)K MAlHIKl MVKAIS.
prv «1\ Il a iloFini' par donation entre vifs tons ses manuscrits qni sont trtVonrieux à M. Clmuvelin, avocat général, r/e-l le recueil de plusieurs des premiers présidents et un tivsor de matières publiques cpii ne se trouve que U. Il > a plus de -2,000 volumes.
La place de conseiller d'État a été donnée à M. le tiuerchois, beau frère de M. le cbancelier.
l>otigoi$. — M. DoniTois, erel'tier en chef du Parlement, est mort ;\i:é de quatre-vingt trois ans (2\ Il a été enterré
télU'< «Ml li'N mctt^iut tn orilre, celi s';»rianii,o;ùt sur ^U' pelil«'s cartes de la plus joie façon ilii iiioikIc. Il y oin|)lo\ait tous ses amis; rahlx' de Laii-
- brière y travailla l)eaiicoiip et en a ou l'iAéchc de Soissons Il résulta de
• toiilc« ces rarles rcriles au dos nn ^;ros livre de tal»lc universelle du droit
• public. On puldiait que l»- pn^^ident Chauvelin ne travaillait qu'au droit
- public. Il nVlait pas à sa chaise percée qu'on ne dit d'al>ord qu'il travaillait
- Ji ce droit Ou fil accroire au vieux cardinal (de Fleury ) que M. Chauve-
• Im a\ail tout appris dans ses cartes. ... Le cardinal (iiiiçiit une forte reso- > liilion de mettre nn tel homme en place et de signaler son ministère en dou-
n;«nt au Roi un bras droit si nerveux. » D'Ar^enson revient souvent \hde^ns, holainiiMiit a la date d avril 1737 (l. I, p. '^74.). Plus tard, il est vrai, ilaclierclié à adoucir ce |>ortrait, tout plein d'une humeur caustique. Il y .iiirail PU (pielqiie in;;ra(itude à ne pas le faire, It; narde<les sceaux ayant élé •«on bienfaiteur, et lui ayant lib ralemenl ouvert l'accès de ces tré.sors de la traililion [>arlemenlaire. D'Argenson sut en profiter a son tour, pour son instruction, liinoii ()Our sa fortune. Quoi (pi'il en soil, il demeure avéré, le mérite lienwMiiyl iU' l'homme misa part, el hors de q'ie«.lion, (pie Cliaiivelin , qui •ou» la Regenre, avait en vain essayé de parvenir aux affaires par l'affectation, 1 mode, de la p.danlerie et de la fiivolid-, dut plus tard à l'affectation son élévation lapide, suivie d'une < hule plus rapide en<ore. .M. de Ifarjay nVlait |»a4 le seul |»osiwdé de cette manie de collectionneur érudit. Le Alftàtàe^ nnnii-f f ils de la Rihiiolhrque impiriaie doil encore à cette heureuse paMiun, Iradilionnelle dan-i la haute m.tj;ihtrature depuis le M-iïième siècle, le licite et pfenrux fonds de Mesnies, (|ui com|>osail six cents voIuiiich, lors de son ■n, «-n f.vrier l".M (l,e Prince, Essai histor. sur la fiibUoth. du Hoi, ! iik ParÏH, lH:>fi, p. 17.1.) (I) Il bViiI qu'une lille unique • qui efiouHa le dernier liU de M. de Luxem-
• liourtf, <W>nl le premier («rinident t-lail IMme damnée, et ce (ils ehl devenu
• mariflial d*» France. » ^ Saint Simon, t. W, p. 29.)
(3) Ce IVifigoi« était le (iU d'une htrur de lloileau I)e^préaux. " Il mourut.
• rlil SmoI Simon l. XV, p. 29. \ a quatre vinut-lrois an*, et fut iiniverselle-
• m^nt truttUr Celait un Irethonni'le hoinin»', tic^ droit, exliémemenl ins-
- Inril H rapat»!^ , qui faÏMit lrè4>-sup/'rieuremeiit sa diurne; fort obligeant. . Ut^rtm^t'tr du l'arlrmftit, qui avait rerour» en »e* lumière», en l)e«ucouf>
lUILLKT 1717 î)|7
flans la basse Sainte-Chapelle. Dans le billet d'enterrement , il va protonotaire et iireftier en chef. Tout le Parlement y a été en corps, M. le premier président à la tête et tous les présidents à mortier. 11 laisse deux millions de biens à sa fille unique , mariée au président Gilbert, de la 2" des enquêtes, qui a un fils conseiller au conseil des finances, et un autre reçu en la charge de greffier en chef et autres enfants
SaiUant'Céli. — M. de Saillant, commandant à Metz, qui avoit eu un démêlé avec M. de Harlay-Céli, intendant à Metz, a été réconcilié avec lui. Ils se sont embrassés. Ils ont été longtemps à la cour pour cette affaire , mais on ne compte pas beaucoup sur ce raccommodement.
Letlre du Régent. Celte lettre a été imprimée, avec une petite histoire au bas qui masque le changement. — Il a paru une lettre du 13 juillet 1717 (1) de M. le Régent aux évêques du Royaume, par laquelle il leur marque qu'il a travaillé à l'affaire de la constitution pour la terminer par la voie de la douceur : qu'il espère que le pape entrera dans ses vues; qu'il va envoyer M. le duc de la Feuillade pour ambassadeur auprès de Sa Sainteté; qu'il prie les évêques d'empêcher qu'il ne se passe rien dans leurs diocèses qui puisse retarder l'effet de ses bonnes intentions, et que de sa part il donnera ordre dans les Parlements pour que l'honneur et la dignité de l'épiscopat soient conservés et maintenus, que le second ordre se tienne dans la subordination et qu'en cas que rpielqu'un interjette des appels au futur concile, on n'aura qu'à l'en avertir et qu'il employera l'autorité souveraine' pour les réprimer et les pnnii'. Cette lettre a été circu-
' d'occasions, el <|iii av.iil ;iii diliois et (larini !♦•.•% Mii5n»'iii> cl a la cojir beau " coii|» «l'ainis. »> On |t»Mit cncor»; voir sur lui • La Coirrspondancr de liotleau Desprcaux nvfc lirnxsette publier par M \ I ivt'nli't. . t I»-; %ft*ninirr% fies grands jours dWuverrjnr, par MccliiiT.
(1) Lc^ Memnii'PS de In Hioenvr ;ii>riil ilii IH luillfl.
aih MKMOIKKS OK M V THII r MARAIS.
lairtî, vi envoyée \m\v les évoques aux curés : on l'a rélormée sur les appels et on y a ajouté le mot sans uécesaité , en sorte iju'on n'a pas voulu ôter cette voie aux ecclésiastiques ()ui sert>ienl lroul»lé«. Dans la lettre au cardinal de Bis>y, évèque de Meaux, le mot réformé ne se trouve pas 1).
Lnirersilf. — I/l niversitéa fait imprimer un mémoire iju'ellea présenté à M. le Kégent pour répondre à un mémoire que 28 prélats avoient présenté contre elle le 28 mars 1717. 11 est si^'-ué de Montempuy, recleur, et paroit avoir éiv donné à S. A. R. le 7 juin 1717. Il est écrit très- fortement , contient plusieurs de^ faits historiques, et des propositions do^'matiques sur le pouvoir du P.ipe et desévèqurs et du second ordre très-bien exposées. C'est un excellent ouvraire, où on a recueilli tout ce qui est à la gloire de 1 Université et ce qu'elle a fait pour l'épiscopat, et contre les Jésuites et Us ordres religieux. Il y a j\ la fin un arrêt du conseil du 8 juillet ir>31 (|ui maintient l'Université dans ses privilèges, facultés, exemptions et innnunités, et qui casse des lettres patentes du H décend)re Hrli) (|ui lui avoient défendu et à ses suppôts d'agiter, disputer ni résoudre aucune proposition ni question concernant la sainte Écriture, la foi catholique, apostolique et romaine, la doctrine de l'Église et la théologie et qui les puisse toucher princijialement ni par conséquence et de composer, tiail(;r et disput<tr, terminer ni résoudre aucune chose touchant l'aflirnialive ou négative des pro[KJsitions concernant le pouvoir et autorité souveraine de la couronne et roi.s de France, ni des autres rois et souverains, siins l'expresse permission de S. M. A peines, etc.
(I) O bit «lonn» Iïimi a «n# iu»fle d** fM»lcmi«|ii« el a une leltr»' rerli(ij;alivr ^ranliMl«Sr lii->>, a Ia<|ii«||i' \ff{-(t,enl rt'[M>nilil par une nouvelle rirnilairc 4m I7wiél. qui trMiiiUiMil !•• mol *nn% inrr%%êfr, ajoiilr. iiiH;iit.il, par Kon or<lrr H êftt^ mflrp d lib.faliitfi. rr qui (HTiiiiHUil la voit* dv. i'iippcl daiin Ira cas fuk |0 nÊénàm mttmmn^ ( V. iiémotre* de ta Rf^fjrnce, I, .i<JOj
JUILLET i717. 219
Ces lettres sont dans le 2^ tome de la Bibliothèque canonique de ^ouchei ^ p. 552, édit. de 1689. Elles avoient été données à Toccasion d'un décret du 26 novembre 1626, fait contre une thèse de Frère Jean Testifort, dominicain, qui avoit égalé les Décrétâtes à l'Écriture sainte.
Vers le 15 juillet 1717, on a publié un mémoire in-12 de 195 pages, sans nom d'imprimeur qui a pour titre : Dissertation sur l'appel interjeté de la constitution Unigenitus au concile général , etc. On dit que M. le maréchal d'Huxelles a fait faire cet ouvrage par M. l'abbé Leroy. C'est une réponse au mémoire des quatre évèques appellanfs , où on prétend faire voir que leur appel n'est point dans le cas de tous les exemples qu'ils rapportent, et que la constitution est acceptée par tout le corps des pasteurs. Cela est écrit poliment et avec ordre, mais on y peut facilement répondre, et même dans les mémoires des curés et chapitres de Rheims, cette matière a été entièrement épuisée. Cette dissertation promet une 2*" partie qui sera sous le titre à' Examende l'appel; on y examinera l'.ippel en lui-même, ses motifs et ses caractères, et on insinuera les moyens les plus convenables pour arrêter le progrès du trouble et rendre le calme à l'État et à l'Église. Dans la p. 17V, l'auteur dit que l'on ne peut pas regarder dans nos rois comme une usurpation, l'usage où le concordat les a établis constamment de présenter aux bénéfices : « Persuadés que nous sommes en France que tous les droits de la nation et les suffrages de tous les ordres sont dévolus au Uoi et renfermés dans sa volonté... » L'édit des Princes ne parle point ainsi et dislingue fort bien les droits de la nation d'avec la volonté du Roi (^1).
(1) Voici le<i termes très-remarquahlrs, en effet, de IV-lit du 2 juillet 1717. ' >oiis e*.iM'roiis que Di»*!!, (|iii coiiservf la nalioii de France depuis tant de " sieilt'S, Vl i]iii lui a doniu' dans lMn> l«'s tiMn|K d«'s nianincs si ••« lai inl«'> dr ^ sa jtiolection, ne lui sera pas ni(»in> favorable a l'avenir, ri (pie la fai>aiil dn- - rer autant <pie la monart hie, il d 'lonrn'Ta par s.i hontf U* ni.dlM'ur qui avoit " »'U' l'otijet d»' la prévoyance du feu Roi. Mais m la nation Irançoise épiorivoil
ÎÎO MFMOIKKS l>K MA mur MAKAIS
Samedi 1\. — Hvèijuc d'Orlcdns. — .\ir«'t à la Toiirnello onminelle, qui déclare ahiisiTs le décret de prise de corps et toute la procédure ciiininelle faite par l'évéqiie d'Orléans contie un curé d'Orléans tpii n'avoit pas voulu accepter la Constitution , et qui condamne Tévêque en .'lOO fr. de donunages et intérêts envers le curé, et aux dépens. \a' même arrêt ordonne qu'une lettre anonyme conti*€ l'évèipieet un libelle intitulé : Relation de la désoiatiou de la ville d'Oriéaus, seront déi)()sés au grelïe et >upi»rimés, et cpi'il sera informé de leur publication. M. Julv de Fleury, procureur général, a parlé dans cette aflaire à cause de la récusation des deux avocats généraux. Chevalier, avocat, a parlé pour l'évêque d'Orléans, lui (pli avoit parlé pour les curés et chapitre de Rheims en plusieui*s occasions pareilles contre Tarchevèque de Rheims. Cela n'a point été ap[)r()uvé du barreau, (pii n'a pas cru que la liberté de la profession dût être portée au point de prendre dilférents partis dans une cause de religion et d'Ktat, et où même le sieur Chevalier avoit prononcé contre l'archevêque de Rheims.
Arrêt de Metz. — Le 28 juin 1717, il avoit été rendu un pareil arrêt au Tarlement de Metz, au profit de M. hrnuillet , prêtre, curé et doyen de Mouzon, contre M. l'archevêque de Rheims, (jui déclare un décret et procédure criminelle abusifs, et condamne rarchevêque en 500 francs de dommages et intérêts et aux dépens. Cet arrêt a été imprimé à Metz avec le plaidoyer de M. le Fébure, substitut «lu procureur général, (pii est plein d'esprit et de bons principes, et où il distingue la pul)lication, tonimc sinq»le notilicalion , d'avec la publication , re-
cr iiMllieur.re mtoU .i U nation nif-tuf. nn\\ apparlicndioit d« le ri-
|Mrrr (lar U M^f*»«' (!#• M>n rlioix clr . . ' Voir Mfinonrs rtr In firgcnrr,
I, ITI". ("rtl M-if4H «|iii non» p'ifflr U main «un a ^Tril ri- ni.i;;iiiil<|iu; ina-
mUtaU: *i ntAtr lionnetrirnl rr%^ , niai" n«»it noln .clmiialion. (''••«>! l'on-
lUIIA-Ki 1717. 221
garcîée couiine acceptation. Ce curé avoit accepté et depuis sMtoit rétracf»^ par une lettre écrite à l'archevêque.
Témoignages de^ curés de Paris. — On a tait imprimer un gros recueil in-'*" de toutes les lettres écrites par les curés de la ville et du diocèse de Paris à M. le cardinal deNoailles au sujet de la constitution, intitulé : Le témoignage de MM. les curés, etc. et membres du clergé séculier et régulier. 11 y a plusieurs lettres de pasteurs particuliers. Tous déclarent qu'ils ne peuvent accepter la constitution , et qu'elle ne peut être regardée ni comme dogme de loi ni comme règlement de discipline.
26 Juillet. — yégocianls et armateurs. — Ce jour, il a été rendu un arrêt célèbre au conseil de Régence en fa veurdes armateurs et de tous les négociants du royaume, par lequel ils ont été reçus opposans à deux arrêts du Conseil des 19 et '10 août 1715, rendus sur la fin de la vie du Roi, qui imposoient des droits d'induit très-considérables sur teus les vaisseaux qui avoient été à la mer du Sud , et qui permettoient aux armateurs de faire contribuer tous ceux qui avoient intérêt à ces vaisseaux. Tous les négociants et intéressés ont été déchargés de ces droits. J'avois fait les règlements et mémoires dans cette affaire, qui intéressoit la plus grande partie des familles du royaume.
Saint-Edme. — 27 Juillet. — Arrêt de la Tournellequi a déchargé Marie Duchemin, femme du sieur de Saint- Edme, d'une accusation de supposition d'enfant : l'affaire étoit difficile ; il y a eu 8 voix pour l'admonester et 7 pour hors de cour. Les 7 l'ont emporté et ont passé in miliorem. M. Chasse[)ot deReaumont, rapporteur, étoit d'avis de confirmer la sentence duChàtelet, qui prononçoit un bannissement de trois ans, 5,000 francs de dommages et intérêts et 50 francs d'amende. L arrêt ordonmî qu'il sera transcrit sur les registres de Saint-Sul[)ice à côté dit l'extrait ujorluaire d'un enfant qu'on avoit dit
nj MKMOIHKS DK M ATIIIK13 MARAIS.
mort «i i|ui ftiut Mvant. M. IJt'iion, avocat, a écrit pour la Siiiiit-Kdiiuv l.«»s raust's il'.ippol sont imprinuH's.
Alberoni. — l^i iirnivelh' est vrnue cpie l'ahlx'' Alhéroni , qui est en Espaicne, a Hé fait cardinal. C'est un hounn<' trintriuucs, (pii éloil autrefois dans la contidcnce de M. le duc de Vendôme, qui a fait le mariage de la reine d*£spai:ne d'A présent (la princesse de Parme), et cette reine a si Inni lait (prelle a eu un chapeau de cardinal pour lui. Il a été aussi fait grand d'Espai^^ne en même teuq>s. Otte élévation est un grand exemple des jeux de la fortune.
Mole. — On a plaidé aux requêtes du Palais une affaire f(»rt singulière. Une femme se présente (pii se dit être Thérèse Mole et être lille de M. Mole, conseiller de la grand' Chambre, et de sa femme avant d'être mariés : qu'ils ont caché cette faute : que depuis , elle a été élevée chez un chirurgien et ailleurs, avec si peu de soin, qu'elle a eu deux enfants d'un nommé Dan jou qu'elle a épousé, mais «pi'elle a enfin appris le secret de sa naissîince et qu'elle u une lettre de M™' Mole où elle lui dit qu'elle pourroit hien'èlre lille de M. Mole, capitaine aux gardes. Elle a fait plaider (pie M. le présid<Mit Moléavoit fait mettre son tils à Sainl-Lazare quand il sut l'amitié qu'il avoit pour .M'" df Luynes,qui a depuisété sa femme, et qu'il vouloit épouser malgré sa famille. M. Mole, (jui n'est pas bien avec sa fenmie, convient (ju'il a eu cette tille d'elle avant non mariaiie, <t il dit cju'en conscience il est obligé de la reconnollre. M"" .Mole dit que c'est une calomnie et une injure. 11 y a d'eux une autre lille, connue dans le monde sous le nom de M"" Mole, (pie M. le marquis de l>*noncourl a recherchée en mariage, mais M. Mole a dit qu'il ne la pou voit marier comme fille unicpie et a em- |h'« hé que le mariage ne sa soit fait. Tout ce [irocédé est III» onipréheiisibb'. Peui-on ainsi déshonorer sa femme, sa famille, son nom?Etsi cette fille est de lui, pounpioi l'avoir aUiiidoiinée, uu point d'être devenue fille publnpie