‹ Journal et mémoires de Mathieu Marais, avocat au Parlement de Paris, sur la régence et le règne de Louis XV, 1715-1737 (volume 4)Chapitre 34 sur 55 · JA^VIF.R · texte numérisé non relu

JA^VIF.R

adjoint (1). La Gazette de Hollande dit que laCompatinie peut espérer, par les retours, un fonds de 60 à 70 millions, et que le dividende de l'année sera aussi fort au moins que les rentes de la Ville. Dieu le veuille, mais il ne le voudra pas, parce qu'il ne veut pas l'impossible.

Le congrès de Camhray reprend vigueur. Les plénipotentiaires partent incessamment. MM. de S lint-Contest et de Morville sont sur leur départ. Ils disent que tout est d'accord, et qu'ils ne vont que pour signer. Mais le public pense autrement, et qu'à ce congrès les nations demanderont justice de ce qui s'est passé en France depuis deux ans. Ce sera une belle affaire du droit des gens.

12,13, IV. Duc deNevkus. — M. le duc de Ne vers (2) a été reçu au Parlement le li, en qualité de Pair de France. Il y avoit eu dans les jours précédents quelques contestations sur son billet de visites, où il avoit mis; Monsieur le duc de Mevers vous prie, etc. On prétendoit (ju'il n'avoit pu mettre le titre de Duc, n'étant pas encore reçu. Un autre conseiller se plaignoit de ce que, dans le billet, on n'avoit pas mis le nom de Monsieur en quelque endroit, en s'adressant au conseiller visité, mais quelqu'un lui dit (|u'il y étoit, et que Monsieur^ qui commençoit le billet comprenoit cette qualilé comme s'il y avoit Monsieur ^ et ensuite le duc de Nevers ; à quoi le sénateur n'eut rien à répondre, quoiqu'il y eût l>eaucoup à dire. On a remarqué qu'à cette réception, M. le Duc n'étoit accompagné que de peu de gens de sa maison, et le prince de Conty, au contraire, accom[)agné de plusieurs seigneurs et gentilsbommes de distinction.

^jmc j^j, Pahabèrk. — On a su que le Régent est allé chez M'"''de Parabère, dans le carrosse du marquis de Biron,

(1) Barliier, I, 102.

(2) Uarbier, I, lOô. — Philippe-Julr-;- François .Mancini Mazarini, duc de Nevers, né en 1076. Il j'iolt fiU de Philip|M? Fulien Mancini Mararini, duc de rïevers, el de Ml'*" de TliianKes.

44 MFMOIHI S DK MATHIKC M UIAIS

«vec un seul laquais, qu'il est entre par surprise dans Ml maison; qu'il l'a trouvée avec ijuatre jeunes -eus, et entreautrcs, le chevalier de Bennj^hcni dont il est jaloux ; qu'il a l>attu sii maili-esse et Ta jetée par terre, (lu'elle s* est relevée et lui a chanté pouille, et qu'il est revenu au l»iiJais-Koyal, où il a voulu engager Noce à le raccouiMioder; mais il n'a pas voulu s'en charger. 11 l'aime

à la rii^e.

M. le Duc s'est l'ait délivrer '1.0,000 liv. pour ses pen- )»iou& et celles de M'"' la Duchesse. Cet argent étoit réservé pour le payement des troupes, mais ce prince fait le maître et veut régenter le Kégent. Les ministres se plaignent, on ne les écA)ute pas.

iô janvier. ^r-iîoun uns Moxnoiks. — Le procureur général de la Cour des^Moonoyes est entré dans la Chambre, et a faitun réquisitoire, sur ce (pi'il a appris qu'au bout du Coui-s il y a un éditioe propre à la Monnoie, des outilfc et des instruments et un moulin, le plus beau qu'il y ait dans aucune Mounoye de France. U a demandé permissiou d'iul'ornier contre ceux qui l'ont construit, de faire desseud)ler le moulin, enlever les instruments, et faire un procés-verbîd. de Tétiit des lieux. La Chambre lui a reumntré que c'étoit un édifice piddic bAti depuis la llégence, et qu il-en falloit parler au Kégent. Il a dit lui en avoir parlé, et qu'il lui a répondu qu'on pouvoit faire tout ce (ju'on voudroit, (]u'il ne prenoit point do part, et qu'ils hssent leurs charges. Sur cela, il a été rendu arrêt qui a permis d'enlever les instruments et outils, et commis fleux Conseillers de la Monnoye pour faire la deîk'riplion. Gît édilice avoit été élevé par Lnw et sous »h ocdiew; eétoit là où il vouloil faire son billon, et on a elc bien étonné cpie le Uégent ait renié cet ouvr.ige, qui n'a pu Mrt' fait (pie de son consent(;ment «1 «pii a coûté Uîaur^Mip. 11 n'est pas encore achevé. Ce Sfr<-)it un trait bien «in;^nilier de voir la cour des Monnoies revenir iur ce Law qui n'a pu être décrété par le P.irlement.

JANVIKR 1724 à5

Il est venu nouvelle d'une seconde et d'une troisième batailles gagnées sur les Mores par le roi d'Espagne, sous le commandement du marquis de Leyde. Voilà trois batailles gagnées en un mois. Ce marquis de Leyde est un Flamand petit, gros et bossu, qui est d'une grande bravoure, et la chronique dit qu'il est fils du maréchal de Luxembourg, qui aimoit sa mère. Il lient de lui la bosse, le courage et l'art de gagner des batailles. Son nom de famille est Beth, qui est une bonne maison de Flandres.

Il y a une lettre de cachet qui ordonne à la Sorbonne de rétablir les vingt-deux docteurs qui avoient été exilés pour la cause de la Constitution ; de ne faire aucune délibération sur cela, et de mettre tout ce qui a été fait à cet égard dans un oubli éternel . On craint que cela n'enveloppe l'appel au Concile, et que la Sorbonne ne soit la dupe de l'enregistrement et acceptation qu'elle fera de cette lettre.

M. de Maurepas (l);fils de M. de Pontchartrain, a été redemander la lettre de cachet qui a été révoquée. Le syndic ayant fait refus de la rendre, le secrétaire d'État a montré le récépissé qu'il en avoit donné, et, sur le champ, elle a été rendue par le syndic, à qui il a remis son récépissé. On en attend une autre, qui sera peut-être plus forte.

(1) M. de Maurepas, prâre à Page avancé auquel il parvint, put être sticcessivenient nunij-lre <lu Rt'genl el «le Louis XVI. Il lou( lie d'un côlé à Louis XIV, dcTaiitie à la Révolniion liançaise. C^esl ainsi <]ue l'hoMune qui résuiue le inifux peiit-tMre le dix-huiliènie siècle a pu le v<»ir tout enlier. M. de Miurepa*, frivole, sceplique, ual uit, s()iritu('l el narquois, personuitie celle polilique étniitu et é^^oist»*, |K)lili<|ued'inlrigue et de luaui^ede cour, qui substilue la connais^ance et le mépris des lionnue^ el rinduenc»' des ftMuuirs aux i;randt» priuci)>es nalio»au\. OUû qui utit t^i lesteineiil eu terre la niouaicliie française niéritoil d'allrr jusqu'au bout. Mais il uiourut a l»'inps pour ne pas »ui?re le convoi. Sa bio^^apllie el celle de M. de ( lioiseul sont les deux biji^rapliies typiques de* iiiini^lres au «lix-liuitieme siècle. Voir Sainl-Sinion, IJarbier, les Mémoires de Ricbelieu, de Maurepas, d'Argenson, Grinim, Coll<', Bacbauiuont, Levi», Senac de Meillian, etc.

un MFMOmUS l)F MAIHIKI MARAIS.

Vendredi, 17 janvier. — Mai.kzikix. -- Le sieur Malerieu.\(li, iiitenilant diiilucduMaine, etsonlils, quiavoient étt^ mis A la Baslille, et (|ui avoient fait tous les écrits publit's «Ml Kspaijne ooDtre \v Récrent, ayant osé se présenter au Palais Royal sans être amenés, le Kénent a dit au (ils, qui se présentoit le premier : u Vous êtes bien insolent de \enir ici. Je ne sais à quoi il tient (|ue je ne vous tasse mettre dans un endroit où il ne soit [)lus parlé de vous; sorti'Z, et (jue je ne vous voye janiais. » ils sont sortis, et on a été bien étonné de leur impudence.

Ollikk — l/aljl)é OUier de Verneuil, avocat général au i:rand Conseil, a l'ait banqueroute de 12 X l.r»0(KOOO liv. Il sVst absenté, on a mis scelle cbez lui. 11 est d'une très-bonne famille de robe, et qui ne devoit pas faire des banqueroutiers, niais le Système a fait bien des miracles, et c'en est là un.

Angi.ktkrrk, Dksordrk. — Les nouvelles d'Angleterre sont (pu* tout y est dans un affreux désordre; que les ban«jueroutps y sont fréquentes; qu'on distribue plusieurs écrits où le Roi n'e-t point marcbandé, comme ayant protité de la déroute de la Compagnie du Sud, et qu*un membre du Parlement a dit : u On nous a promis 50 pour cent de dividende. Si le fonds en étoit certain, il faut savoir ce qu'il est devenu, et punir ceux qui Tont détourné. S'il ne Tétoil pas, c'est une friponnerie qui inérit*' au«i«»i punition, n Os Anglois raisonnent et exécutent. Pour nous, nous f.iisons des chansons, et on n'e.xérute ri«*n.

Ijf Régent est milad»- d un gio^ rhume, qui ne Temp^che pas de boire du \\n et de contenter ses autres désir». I>e<i médecinH ne gagnent rien sur lui. On dit ((u'il

l, Sittr *ut '•' ■ ,v, \r% Mrnmiiriflr S/""^ dr SfadI, i\\t fit rsulent H(^

maufl riljttutu *u%*t \ iàlnu\i< ontitiKtdondr ('iU(iintire) vl les I.et-

tr9J de itadamf. 11, j3, 73 — Picola» de Male/icux, prciepUiir du dur. du Maint, «le ÏKtMtl Fr«sçAite eo I70l. N** *]l'ari» en I6:>0, mort en 1727.

lANVIKR 1721. 07

a eu des absences, et qu'il a dit qu'il vouloit aller au sacre du Koi. On est obligé de prier pour sa conservation, car ce qui le suit ne le vaut pas, et le public craint de tomber aux mains de M. le Duc, qui ne connolt point de lois et qui n a jamais rien su, que la cbasse.

Samedi 18. — Parabkre. — Le raccommodement est fait du Régent et de M'"'' de Parabère. Il se porte mieux. Cet amour est nécessaire à sa santé et à son repos, et même aux affaires, qui en vont mieux (juand il n'est pas brouillé. On lui a présenté M'"^ de Pramnon, qui est Chabanes en son nom, sœur des marquis et chevalier de Chabanes, capitaine aux gardes, et femme d'un gentilhomme du Lyonnais, qui est riche, et qui est depuis un an mal avec elle. Elle est venue à Paris et auroit bien voulu desservir ce bénéfice, mais quoiqu'elle soit belle, elle n'a pas plu au Régent, qui l'a, une seule fois, menée dans sa petite loge à TOpéra ; et elle a toute la honte sans en avoir le plaisir. Maynon, conseiller au Parlement, fils de Maynon, fermier général , lui avoit fait une promesse de mariage pendant qu'elle étoit lille. il ne Ta voulut pas tenir; cela lit un procès, et pararrèt, rendu en 1712, il fut condamné en 00,000 liv. de dommages et intérêts, qui ont servi à la marier, car elle est de grande maison, mais elle n'est pas riche.

La ferme générale ayant été ôtée à la Compagnie, on a mis les fermes en régie, pararrèt du 11 janvier, pour un an seulement, et on a nommé quarante régisseurs.

Par arrêt du 15, le prêt de 105 livres par action est prorogé jusqu'au 1" février prochain avec la hausse de l'argent.

Law court toujours. — On n^a plus de ses nouvelles. Le mylord Londonderry, à qui il doit une grosse prime, est venu à Paris trop tard pour le trouver. Il a demandé au Régent d'être payé sur ses biens. On lui a répondu que ceseroit a[)rès que le Roi seroit payé. uSil devoit au Roi, a dit le mylord, vous ne l'auriez pas laissé aller. » Et

sa MKMOIHFS DK MATHIKU MARAIS.

sur cela, il rst i\\\é en posto après lui , mais Law a bien lie Favanoe et ne le craint uutM'C.

Le coniletle Laval, qui étoit à la Bastille depuis longtemps, |>our une reijuiMe tle l;i noblesse (juilavoitsif^née, en est sorti le 15 de ce mois.

I^s actions à 3 sceaux sont à 3,200. Celles à 2 sceaux À i,800 billet, de 100 livres à 10 livres.

In<:kniuk m: ÏU:»ks. — L'incendie de Kennes, de la nuit du dimancbe 22 décembre, est une cbose affreuse. Ce n*e>t plus Hennés. Il y a trente-deux rues consumées, les mai>onsdes procureurs, avocats, marcliandsdedraj>s, de soie, et des orfèvres sont toutes brûlées. Tous les meubles perdus. On ne sait où se coucber; c'est la plus i^rande désolation que Ton ait jamais vue (1).

Le Tellier, capitaine cassé dans Toulouse, a atta(|ué M. (le .Maupeou, inspecteur, qui l'a fait casser il y a trois ans. Ils se sont battus, ont été séparés. Le Tellier mis à la Bastille pour la règle et la subordination.

21 janvier. — Ai'rét pour les anciennes espèces, qui seront décriées au 1" février, et prises seulement aux Monnoies et pour les droits du Boi.

.\utre arrêt du 30 décembre publié ce jourd'hui, (|ui dit que toutes les anciennes dettes du Boi avant 1720 seront payées en billets, et C(dles de 1720 en argent, mais les payeurs ne donneront de Targent (ju'à ceux (pii rapporteront preuve qu'ils ont été payés, les années précédentes, en billet.s. Ainsi, quoique le billetsoit comme nul, on ne lai.sse pas d'en dunner pour payer les dettes du Boi.

t <l) m >>u(renU inai<^ai rur<>Dl aimum<'H, On dérx^uvril, miu.Iak Uécom-

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Le désespoir est dans toutes les bonnes familles; on n'a plus ni rentes, ni revenus. On est chargé de billets et d'actions qui ne rapporteront rien. Tous les jours , ce sont des histoires nouvelles de cens morts désespérés, ou réduits à la charité des paroisses. La France n'a jamais été en cet état, et le tout pour avoir cru ce misérable Anglois. La robe est tout à fait rainée par les remboursements qui lui ont été faits. Ceux qui comptoient sur les retraits sont trompés, car les billets ne sont point admis dans les consignations,qui se doivent faire, en espèces qui ont cours, lorsque le retrait est jugé. On déclare aussi nulles toutes les offres en billets, pour la moindre petite faute. Ainsi le créancier et le propriétaire sont favorisés le plus qu'on peut, mais le débiteur est accablé, et ne sait plus avec quoi payer.

Jeudi 23. — Plusieurs personnes avoient porté leur argent aux Mon noies, au lieu de la Banque, et avoient tiré des récépissés des directeurs des Monnoies, qu'ils comptoient se faire payer en argent. Par arrêt de ce jour, il est dit qu'ils en seront payés en rentes sur la Ville , et que les récépissés seront rapportés avant le l*^"" mars, après quoi seront nuls.

Il y a eu un autre arrêt de ce jour qui interprète celui du 26 décembre 1720, qui a supprimé les comptes en Banque. Il n'y en aura plus dans le commerce, même degré à gré, mais on ne payera les lettres et billets payables en comptes en Banque, que surle pied que les comptes perdoient au jour de la lettre tirée, parrapport aux espèces d'or et d'argent d'alors; pourquoi il en sera fait évaluation par des négociants, ban(juiors ou agents de change, qui seront convenus ou nommés par le juge; et le [)ayement se fera, en espèces ayant cours, de la somme à laqu<dle la valeur du compte en Banque aura élè fixée par ladite évaluation. — Cela a été réuh* pour établir, aut;mt qu'il est possible, une juste égalité entre le débiteur et le créancier, et celle règle paroit assez bonne

•0 MFMOIUKS DK >I\TliIKl! MAKAIS.

L'emploi du compte en Banque, (|ui restera au tlél)ileur, se fera en rentes viagères, rentes provinciales et actions renti^i'cs sur la Compagnie, dont S. M. sera et demeurera garante.

On a eu nouvelle de Rome que le mardi, .'U (h'cemhre, la Heine d'Angleterre ipie Ton appelle la lennue du chevalier de Saint-(ieori;es) y est accouchée d'un lils, en présence de neuf cardinaux , de six princesses, dephisieurs prélats du sénat de Kome et des Conservateurs du peuple romain. Il a été baptisé par révécjue de Monteliascone et nommé Curlo-Oiloarilo-Luidgi-Cusimiro-J^hilippo (1). Cet enfant a droit à la couronne d'Ani^leterre , mais s'il n'est pas plus heureuxqueson grand-père (2) qui en aété chassé, ou que son père (3) (jui n'y a jamais pu entrer et que Ton a fait sortir de France après lui avoir donné asile , ce n'est pas la peine de naître. On a pris à Kome toutes les précautions nécessaires pour assurer sa naissance, parce qu'en Anirleterre on les avait négligées à celle de son [H*Te. La lamille de Stuart .se pourvoit d'héritiers, pour les donner aux Anglois, qui n'aimeront jamais un prince né à Kome, quand il voudroit prendre leur religion. Ce sera toujouI«^ un «'pou vantail pour le peuple (k).

Dimanche -26. — On a tenu un grand Conseil de Kégencepour les finances. On y a fait entrer M. d'Armenonville, (]ui n'y avoit point entrée depuis la Kégence. On veut réu'ler les actions, les billets de Kan(jue, et tAcher de donner un arrangement au désordre où on est , ce qui l'si bien dillicile. 11 y a eu un grand débat (5) entre le Ré;rent et M. le Duc, au sujet de Liw , qu(; M. le Duc a dit

a Voir Saint-Simon. XI, 8/3.

{7, )»n\urA II.

(3) Ja(f|ur4K4r>u«rd-FraDçoi» Sluarl, roiinii kou« le nom de chevalier de

:> ' I Miard mourut »*n cffrl à llorfnr*-, li il iinvii-i 17RR, sans

avoér rëKfW', tiiai« ooo «an» aroir lomliattu

H) Voir haiol-SénMNi, XI, 3:»3.;

être l'auteur de tout le mal. Le Régent lui a dit qu'il Tavoit fait accompagner lui-même par ses gens hors du royaume. M. le Duc a dit qu'il étoit bien aise de se justifier, puisqu'on l'accusoit : que c'étoit le Régent qui avoit donné le passe-port, et qui l'avoit engagé à le faire conduire. Voilà un bel éclaircissement entre ces deux princes, pour savoir qui des deux a protégé le destructeur du royaume, qui s'en rit, et ne craint point d'être puni.

Le bruit s'est répandu que M. le Duc et plusieurs seigneurs ont rapporté leurs actions, et que l'on va faire une recherche d'où proviennent les actions, les billets, les rentes, et critiquer toutes les fortunes nouvelles, qui ont fait tant de tort au public. Ce sera matière à bien des faveurs injustes et un bon temps pour les femmes de la Cour (1).

L'abbé de Rroglie. — H y a bien des mécontents sur les bénéfices. On a fait une nouvelle histoire de l'abbé de Broglie. Il avoit loué au Régent un vin qu'il avoit bu, le Régent en voulut boire. Il lui en envoya 300 bouteilles, (]ue le Régent prit, mais il dit à l'abbé qu'il lesvouloit payer. L'abbé lui envoya un mémoire par articles : le vin , les bouteilles, les bouchons, la ficelle , la cire d'Espagne, les paniers, le port, et à la fin il mit : Total : L'abbaye (in Mont Saint-Michel; et c'est l'abbaye qu'il a eue. Les mécontents disent que les bénéfices n'appartiennent qu'aux diseurs de bons mots et aux faiseurs de bons tours.

27. RiLLKTS AU PORTEUR. — Lcs billcts payables au porteur avoient été supprimés par ledit de mai 1716. On les a trouvés nécessaires, ])our la circulation de l'argent, et ils ont été rétai)lis, par déclaration du Roi du 21, registréeau Parlement le 25, et publiée ce jourd'hui. L'arrêt

(1) V. Lemontey, t. l, p. 349 et 56.

es Mf^M0IKF5 DE M VTHIFU MARAIS

de 11)73 les a approuvés. Les casuistes crient contre, à cause de la facilité de l'usure , mais ce commerce ne peut se faire sans cela, et il faut que les casuistes vivent comme les autres. ÀHud hœc sacra non constant. Nous avons un livre de Fm pratique des billets entre les négociants, qui a été bien censuré, et cependant il avoit pour auteur le sieur Le C. docteur de Sorbonne, homme d'une doctrine sévère- Arrêt du '13 janvier, qui ordonne que tous les propriétaires des droits et offices supprimés el leurs créanciers seront tenus de faire liquider d'ici au 1'' mars, pour jouir des intérêts et arrérages du 1" janvier 1720, sinon ne jouiront que du jour de la quittance de finance.

Auti*e arrêt du 18, qui ordonne que les rentiers de In Ville recevront tout ce qui leur est di\ jusqu'en 1720, avant le mois d»* juillet, sinon déchus.

Mandkmentdu cardinal deNoaillks du 2 V janvier, pour assister les pauvres de Rennes qui ont souffert dans Fincendie. — Il commence par : «La misère qui augmente tous les jours sous nos yeux et qui se multiplie parmi nous, est un des objets que nous ne devons point perdre de vue, etc. »

Samedi 1". — On avoit reporté en Sorbonne une lellre de cachet pour rétablir les vingt-deux docteurs exclus. Ils savoient la teneur de la lettre. Ils sont entrés avant que Ton ait délibéré , ce qui était contre Tordre ; le syndic a rompu l'assemblée, et ainsi ils n'ont point été rétablis. Li lettre étoit la même que celle qui avoit été rr'tirée , si ce n'est qu'on en avoit 6téces mots : « sans délibérer; » el CCS autres : u sous peine de désobéissance au Uoi. » (Soyai Gaz. de Ilollfindr^ 11 février}.

liimanchel. M. liourel, cun'' de Saiiit-Pjiul, fsl mort

FEVRIKII 172 i. 63

à dix heures du soir, âgé de soixante-douze ans. Il avoil professé en Sorhon ne l'Écriture sainte pendant vingt-sept ans. On dit de lui que depuis saint Jérôme^ personne ne l'a si bien entendue. Il est mort fort regretté : il donnoit tout aux pauvres. C'est par ses grades qu'il avoit eu cette cure. S'il étoit mort deux jours plus tôt , elle auroit appartenu aux gradués etau plus ancien, à cause du mois de rigueur. Le plus ancien est M. de ChAlons, le premier des vingt-deux constilutionnaires exclus, qui est dans des sentiments bien opposés à M. Bouret, appelant, et qui est mort dans son appel. On lui proposa, sur la fin de janvier, de se démettre de sa cure, afin qu'elle ne tombiU pas au gradué. M. de Châlons répondit : « Il ne m'appartient pas à moi qui vais être jugé devant Dieu, dans quelques jours, de critiquer les mœurs et la doctrine de mon confrère. La Providence de Dieu est grande, elle en ordonnera comme il lui plaira. » Et en effet, il n'est pas mort dans le mois de gradué. Le 31 janvier au soir, plusieurs personnes de distinction de la paroisse vinrent dans sa chambre pour être témoins de son état. Elles y restèrent jusqu'à une heure après minuit, et ont été témoins qu'il n'est pas mort en janvier. L'archidiacre (M. Perochel, grand const.) n'a pas voulu faire l'office, le jour de l'enterrement, quoique cela fût de sa charge, mais il envoya demander le carrosse et les chevaux qui lui appartiennent par son droit, ce qui lui a été donné.

Lundi 3. — Le ballet du Roi n'a pas été joué, parce qu'il est malade et enrhumé.

Mardi ^. — J'ai été à l'enterrement de M. le curé de Saint-Paul. Il y avoit un monde infini, et toute la paroisse étoit en larmes. C'est le curé de Saint-llilaire (M. Jollain, syndic de Sorbonne) qui a fait l'oflice, à la place de l'archidiacre.

Ce môme jour, on a publié les deux célèbres arrêts rendus le 2G janvier, qui sont le règlement général pour tout le papier.

64 Mr.MOIRF^ DE MATHIEU MAUAIS.

\ 1^^ l^. nrtMiiier nrdoiiiie (jue tous les contrats sur

In Ville. nuittaiKt> vi ivcépisi^és pour en expédier .-actions, dixiènies d'actions, reconnoissances d'actions déposées : comptes en l)anipie, actions rentières, dixiènies des dite^iactiiUis: rentes viagères, billets de la Bancpie — seront rt'procntes pardevanl des commissaires du conseil, î\ l*an>;et, dans les provinces, aux intendants, par Tentreniise des notaires, avec un bordereau contenant le détiiil des effets, et un mémoire pour déclarer à tpiel titre ils possèdent lesdits effets, et d'où provenoient les deniers (ju'ils ont employés à les acquérir. Le tout sera visé et parapbépar les commissaires, tpii rendront les effets. Et ce dans deux mois ; après quoi, faute de ce faire, les effets seront nuls. Tous dé[)Osilaires publics, receveurs des consii:natiuns, saisies, etc.. seront tenus à la représentation. DéiVnsesde prèterson nom,àpeinedeconfiscationdes effets, et de l'amende du douljle payable en argent, moitié au dénonciateur, et l'autre moitié à T Hôpital général. Du jour de la publication, sursis au Trésor royal à la conversion des récépissés, pour rentes perpétuelles ou viagères, ou provinciales, en quittances d(^ finances. Lesautrt»s rentes seront payées à la Ville, soit sur les contrats expédiés, soit sur les (piittances de finance. Voil;\ le visa général de tous les effets de TKtat (jusqu'aux actions et billets de iiancpie) qui se va faire. Personne n'en sait l'é- \énfment et tout le monde le craint. Cela peut durer trèvlongtemps et peut-être jusquW la majorité. Ce qui déM'Spère bien des gens, c'est que ceux cpii ont payé le prêt des actions et ceux qui ne l'ont pas payé se trouvent dune condition égale; et beaucouj) de g(;ns ont tout vendu pour satisfaire i\ce prêt. On dit que depuis un mriisonaportéàlaMonnoyepour 1 ,H00,()0() liv. de cuillers et de foiirclielles, grande j)n*iive de la mi>èie de, Paris.

1^ (biixièine Arrêt contre la Coujpagnie) est incom- |>réliensd>ie,elest, à ce que; l'on peut dire, le déshonneur du Con«<fil et de la Kégenci*. Il ist rendu sur la re-

quête des directeurs de la Compagnie des Indes, qui montrent, par des raisons évidentes et invincibles, que depuis l'arrêt du 23 février 1720, qui a uni la Banque à la Compagnie, ils n'ont point eu la régie de cette Banque, que le Roi en a disposé, nonobstant cette union, et a agi en maître par plusieurs arrêts postérieurs; et cependant il est ordonné que les directeurs, dans leurs comptes, se chargeront de tous les billets de la Banque, et que toutes les nég-ociations qu'ils ont faites seront à leurs risques et pour leur compte, et qu'ils dresseront un état de tous leurs effets, pour y être pourvu par S. M. Ainsi, 1" La Compagnie se chargera de billets de banque qu'elle n'a point eus et assurera vérité un compte faux. 2° Les négociations sont t\ leurs risques, et elles ont été faites par Law, en vertu d'un arrêt du Conseil, du 5 mars, qui a permis l'achat et vente des actions à 9,000 livres, à quoi la Compagnie n'a point eu de part. 3° Il y a eu pour 1,756 millions de billets de banque faits sans délibération de la Compagnie. V L'état des effets ne se prépare que pour en mettre en possession le Koi, à qui on dit qu'il sera dû des sommes immenses par ce compte, ce qui sera bien facile, mais très-injuste. C'est cette injustice qui révolta M. le Duc dans le conseil du 20 janvier, mais il n'a pas été le maître, et l'arrêt a paru, contre lequel on dit qu'il a protesté. La protestation est dans l'arrêt même, qui contient três-nettement les raisons des directeurs, auquel il n'y a rien à opposer qu'une autorité despotique, qu'on emploie pour le Roi contre tousses sujets et X leur ruine. On ne devroit pas lui faire ainsi commencer son règne.

Par arrêt du 30 janvier, les commissaires pour le visa général sont :

Conseillers d'État.

MM. BignoD. MM. Fagon. MM. Ferrand.

Triidaine. Courson. De MaclicUilf.

La Hochepot. Le Guerchols.

M MKMOIKKS DK M \ I HIKl MARAIS.

!\t(iUrts des requêtes.

MM inii'rt»ipi>. MM l'i»iulur. MM. I^jol.

iiouruiu'.'s. IU)mll«'. Bipiion.

Morjiif;is. La Viporit*. (l'Ar}j;onson.

Mnu|HH>u. Bertin. Foiitanieu.

Helnrl. \att.nn. Talhotut.

\W Banssin. Rossijznol AuhcrI tlo Tonrny.

IV Bniill»'. Le Fi'roii. Pinoiul irAvaur.

Orn N illayer.

Aiigran. Pelletier de Siguy.

5 janvier. — Édit enregistré le 5 février, qui crée trente |>aveui*s de rentes faisant, avec (juatorzo déjà créés, quarante-(juatr<' (jiii seront (juarante-quatre parties, dont tivnte pour les rentes perpétuelles et quatorze pour les rentes viagères et tontines.

On a fait la chanson suivante sur l'arrêt du 26 janvier et sur ce qui se passa au conseil de Régence.

Sur r.iir : /Otre jeu faif beaucoup de bruit.

Le Hégeut sans coutritiou.

Nous a Tait sa confession.

Il dit au conseil de Hegence:

.l'ai fait trois milliards de billets, VA vais vous dire en conlidence, Messieurs, comme ils ont été faits.

JVn ai fait, par arrêts connus, l'onr quatre cents niilli(>nK d'é<-us.

Tar arr^t sous la cheminée, Autant ont cté dcbitc^s; Le reste doit sa destinée K d(*8 arrêts antidatés

J'oi prifi r^ttt! pn^'aution Pour s;unrr la piuiition (Juc Imiw mcritoit eu faussaire.

Je %eu\ i)ien Ta vouer au lloi.

Contre lui <|irauroit-oii pu faire Qui n<' rOt retornlx! sur inui .^

Chanson contre deux dames, sur l'air de Thésée ■• « On ne peut porter les chaînes. »

La De Prie est la plus maigre Des catius de notre temps.

Elle a l'esprit par trop aigre, Et trop de pertes de sang.

Polignac (1) est la plus belle Des catins de notre temps, On ne peut boire pour elle Ni trop fort ni trop longtemps.

Law est allé au carnaval à Venise, qui étoit le 25 janvier, sous le nom de M. Dujardin.

Le livre des Hexaples, ou Les Six colonnes sur la Constitution paroit fort augmenté à Amsterdam, chez Portgiète. 7 vol. in-i". Le prix kO florins. C'est un livre d'un grand travail et qui va immortaliser la dispute.

Les bénédictins de Saint-Pierre de Chàlons, en Champagne, ont appelé de raccommodement et rendu leur appel public.

Le prieur a été déposé, et dom Thierry de Viaixnes, secrétaire, banni hors du royaume. Il a été longtemps à la Bastille et à Vincennes pour le jansénisme.

Actions, BILLETS. — Actions avec le bulletin 2,i.00 billets de banque. Billet de 1,000 liv. rend 63 à 6i liv. en argent. Le billet de 100 liv. rend 7 liv.

Le sieur Robert Knigs, trésorier de la Compagnie du Sud en Angleterre, s'est évadé, pendant qu'on faisoit le procès au.v directeurs, et il a très-bien fait. On court après, mais il n'y a pas d'apparence qu'on l'attrape. (Il a pourtant été attrapé à Anvers, mais il n'a pas été livré).

♦) février. — Duc de la Force. — On a saisi, dans le couvent des Auguslins, plusieurs marchandises d'épice-

• (1) Voir sur colle dame et ses incroyable-^ débauches, Madame (II, i i, Ml, 3-^0, 3G6, 3G8j el les Mémoires dr Maurepas, H. ?i(».

6fl MKMOIRKS l>K MVIIIIIU M AIWIS.

rie et des |K>rcclaines vi paravents de la (Ihinc, (jui y avoieiit v\v mis par un iionniK' Orient, clans dos chambres tiue ces religieux lui avoicnt louées et dans leur bibliothèque. Ou les a enlèves parce qu'Orient les vendoit en détail, il a été depuis arrêté, cl il a déclaré, dans son interrogatoire, que CCS marchandises appartcnoicnt au duc de la Force, ce qui a arrêté les poursuites du lieutenant de police, qui ne peut pas connoltre de ce qui regarde un Duc et Pair (1).

I^ duc de la Force est très-décrié. Le jour que le duc de Brissac a été reçu, personne ne lui a voulu parler. Le duc de Mazarin {-2), qui est plaisant, courut fort vite dans la buvette. On lui demanda ce qu'il avoit; il dit : « Je suis poursuivi par un apothicaire (c'étoit le duc de la Force qui le suivoit), mais Messieurs ce n'est pas un apothicaire sans sucre. » Quand il fut à l'audience, les Ducs qui étoient auprès de lui tournèrent le dos. Il a couru un bruit qu'il y avoit une cause au rôle contre lui sur une saisie de marchandises, et que Isabeau, greffier, qui a soin du rôle, Tavoit dit. Le Duc s'est fait donner une lettre par Isiibeau, où il dit qu'il n'en est rien, et le duc a fait courir celte lettre, qui n'a fait que faire parler le monde davant«'ige. La saisie des Augustins est venue depuis, et on a fait graver une figure qui représente un crocheteur

(I) Voir, tur ce ftcan«ialeiix procès du duc delà Force, une des gro<iKes afïair«^ dr la R.'gMirf, Sainl Sinioii, XI, 371) el Mad une (II, T'.O, 9î>î», 301, .lOH). Om rn trou»»' toMti'<i Ii-n pirces dans jen Mémoires de la Hryeme ( ill, «'2 ), TâiiprrcJalioa dan<t l.eiiiontey, et les dflails dans Marais seulement, qui s'y est Hmdu »«er. nue inali^iw (om|daisanr<'. Voir aussi IJarbirr (I, h«), lO'J, IH, 117, M'a. ir», l.^T, ) iHi. I.edn* d»* la Force, persi-ruli'ur dn prolcstaidisme qu'il avait abjur^^, i\\% ingrat, fourbe courtisan, M esprit plagiaire, af;ioteur t*\ ' ' : rt-riiirr (|ui ail dpprin a'j p<'ii|il«? 1** iii«'-pris d)'^ ^iaii<is. Fa Hi'*-

R' • I df \itc, H^rait pour lM'aii<oii|) dans la Hrvoliilion.

(7; l'4ul Jule* de la Porte- Mazarini, duc de Kelliel Ma/^rini, fils du duc de U MnWrt àn- v{ Af liorlfUM* Maiirini, si ri-U'Iin* par s«'s avnilures. \\ mourtil m \'%\. Il tenait dr «a luere et '^tail d'un e«ptil facelieu.v et de iiueurs r '

FÉVRII'K 17Î21. (59

cuurbé sous le poids de plusieurs ballots d'où sortent de la cire, du café et autres marchandises, et on a mis au bas : Admirez la l'orce^ (j'ai cette gravure). La duchesse du Maine envoya chercher à minuit le commissaire Labbé, qui avoit fait la saisie aux Augustins, pour en savoir le détail, et il lui parla beaucoup de quinine et de gayac, dont il y avoit grand amas. Elle lui demanda à quoi cela servoit : Il lui dit : « C'est pour guérir une maladie qui n'est pas dans votre chambre, mais qui peut être dans votre antichambre. » On ne s'entretient dans Paris d'autre chose que de ce monopole, et le Parlement doit s'assembler sur la procédure du lieutenant de police où le duc de la Force a été dénoncé. Son frère dit qu'il veut quitter le nom delà famille. Le Régent lui a dit : « Votre frère veut en faire autant, parce qu'il dit que vous le déshonorez.» Voilà les descendants du maréchal de la Force.

7 février. — M. Foucault. — M. Foucault, conseiller d'Ktat, est mort âgé de soixante-dix-sept ans (1). Ilétoilfîls de Foucault, greffier de la chambre de justice de M. Fouquet, et ce greffier fils d'un apothicaire. G'étoit un homme très-curieux d'antiques, de médailles, de bronzes, de livres, et de toutes sortes de raretés qu'il avoit déterrées partout. Il y en a une intinité dans le recueil du P. Montfaucon (2), qu'il adonnés à ce père, qui les a fait graver. Il avoit vendu tout cela avant sa mort à différentes personnes, parce qu'il a été mécontent de son fils, qui a été obligé de se retirer en Espagne, pour une impertinence faite chez madame la duchesse de Berry. Il étoit introducteur des ambassadeurs; la princesse donnoit un repas magnifique, où il n'étoit point marqué

(Ij Voir sur (0 l-oncaiilt, (|uia laLssr des .V('/;j6/rfs inédits, curieux (kiiii l'Iiistoire de Padminislratiuii française, el dont on trouve des extraits à la suite des Mémoires du marquis deSourches, Saint-Simon, ni,2yi; X,^i38; XI, 381.

(?,) LWntKfUitc csplif/we ef rcprvsentée en figures, lalin-franrais; Pmis, ITIî)''!, l.) >ol. in-folio.

70 MKM(^inKS HK M V miKr MAR\1S.

[Knir enlror : il y entra iiiali;ré la ilét'enso. On le mit à la lki>(ille; depuis il a passé en Kspai^iie, où il a l'Ié fait luujtirtiome lies Infants. Le pt^re a toujours été mal, depuis ee lemps-lè, et s'est défait de toutes ses curiosités. Il n'a ^'aixlé que (juelques lahleauY des ))eautés illustres comme d»* Marion Deloiine, Ninon de THnclos, etc. Il avoil le Hréviaire ou (^dendrier orit;inal, où Hussy avoit fait |H.*indre tous les cocus de la (lour, avec un hymne |H)ur chacun ; c'est ce livre dont Boileau a dit :

^I.• m. 'tin' ;iii r.iim dos s.iiuts (ju'a célébrés Bussy.

Il a un taliieau particulier d'un duc de Koannez [\ qui Ik'che la terre, pendant (ju'un apothicair<' avec sa seringue ramasse un chapeau de cardinal. (]ela dénote le cardinal .Mazarin, disoit-on, lilsd'un apothicaire. Leduc, mécontent de la Cour, lit faire ce tableau, dont Toriginal est sur la cheminée de la terre d'Océron, \Hîndue par M. de la Feu Iliade à M. le duc dWntin.

Par la mort de M. Foucault, M. iMeliand est nommé conseiller d'Ktat ordinaire et uu d'Ormesson est entré au Conseil. M. de Harlay de Céli a une expectative de la première place. 11 étoit retourné à Metz exercer son intcndancf, cpioitpi'il en fût rappelé, et avoit dit (pi'il ucn soilirr>it [)oint (pi'il ne fût cons(;iller dKtal.

liiKi. — M. Huet, ancien évé(pH; dAvranchcs, sousprécepteur de monseigneur le Dauphin, est mort dans le même temps 2). Il étoit doyen de l'Académie françoise. Il demeuroit dans la maison professe des jésuites et leur a donné sa hihliothèquc. Il est céléhre par sa Ifrmons- Iration étuiujéliiiue .'V, et [»ai* plusieurs autres livres. Sur la fin de ws jours, il a fait l'histoire de sa vi«' : (\)minfnln-

ili Xjt dur. il*' RfMnnc/, ami <l« l'aval (V. Pascal, «'«lilion Kaiigère) ni U^' '•'• "■•'#! Cliarlollr, qui fut riini(|ii(^ et iny*li<|«io passion du grand «-f palli 'iM'iir.

li .V W. h f#«rirr lo.M), mort le 7.0 janvier 1771. V. S. Simon, M, 37H.

^J> iJfmonttrnho hvangrUrn: l'ari*, ITTîl IV, in-fc»!.

FÉVRIKR 1721. 71

riusdevita sua[i), qui est un livre très-latinetoù il a mis réloge de tous les gens qu'il a connus. On est scandalisé d'y voir Boileau le satirique traité comme le dernier des hommes parce qu'ils avoient eu un démêlé ensemble sur cet endroit de la Genèse : Que la lumière se fasse et la lumière se fil, que Longin trouve sublime et que Boileau, traduisant Longin, avoit trouvé sublime aussi; au lieu que M. Huet a prétendu qu'il n'y avoit là que de la simplicité sans sublime aucun. Il a été appuyé par Le Clerc de Hollande (2). Boileau a répondu à l'un et àl'autre, et l'évèque s'est vengé, dans sa propre Vie, du grand satirique qui étoit mort. On sait qu'il a eu part à beaucoup d'aventures galantes, qui se l'aisoient chez Mademoiselle de Montpensier et aux Portraits de la Cour, où est aussi le sien. Son grand ami, Segrais, l'engagea à faire VOrigine des romans pour mettre à la tète de Zaïde. Il parle fort, dans sa Vie, contre les médecins et la médecine; cependant il leur avoit grande obligation , et y avoit recours quand il étoit malade. La dernière année de sa vie, on ne le voyoit plus, parce que son esprit étoit fort baissé. il est mort ùgé de quatre-vingt-sept ans (3). L'abbé Henaudot et lui ont emporté la science des langues orientales. Les savants, ou plutôt les théologiens, ne trouvent pas sa Démonstration hien démontrée. Ha donné sa bibliothèque aux jésuites de la maison professe où il est mort. Il a laissé un manuscrit de lui, Huetiana. Il a été imprimé depuis (i). Ce n'est pas grand'chose, mais cela est bien écrit.

(1) Traduit et publié par M. Nisard (Ch.), chez Hachette, 1833. La l"" édition dont parle Marais est intitulée : Pet. Dan. lliiedi, Commentarius de rébus ad eum pertinentihm. Atnsfelod., H. Sauzet, 1718 in-12.

(2) Voir tome X de la Bibliothèque choisie de Leclerc.

(3) Marais devait dire : qualre-vin^l-onze ans.

(4) Huetiana^ ou Pensées diverses de M. Une!, (piibh»'fs par rahhé d'Ohvel); Paris, Jacques-Etienne 1172 in- 12. Sur Iluel, évoque (l'Avraïulies, un des prélaLs de ( ette famille galante et leltrée des Godeau, de.s Fle( liie r, «les F«'nelun , voir uue curieuse et (ine étude de Sainic-Beuve {Causeries du lundi).

7î MKMOIHKS !)K MXTHIKll MAK AIS.

Fai.i.ari. — I.o duc lie Fallari, ayani appris la faveur de sa foinme auprès du lU'ueiit, est revenu en France, s'est mis i\ jouer i\ Bordeaux, à emprunter, et même , diton, A voler ceux (pii lui gagnoient son argent. Il venoit A Paris avec le comte et la comtesse de Valançay (mademoiselle Amelot de Cliaillou) pour jouir de sa nouvelle fortune, rpiand il a été arrùté à Chartres par ordre du Roi. L'hAtellerie a été investie : on Ta enlevé et conduit à la Biistillr, d'où on le doit transférer, pour le reste de ses jours, dans une autre prison. On ne doute pas que sa famille n'ait fait faire le coup : elle craignoit les folies de cet hou)me-h\, qui en a fait toute sa vie, et qui en auroit peut-être fait d'autres plus importantes. La bonne fortune de sa femme, qui n'a guère duré, lui avoit du moins servi î\ la délivrer d'un tel mari, et ce n'est pas peu. 11 a pour frère M. Gorge de Keyre , conseiller au Parlement, (jui est un très-honnète homme, et pour sœur madame d'Ancenis, belle-lille du duc de Charost, aussi sage que son frère l'est peu.

0 février. — Arrêt de ce jour, qui remet la peine de nullité des actions à ceux qui n'ont pas payé rem[)runt de l.'iO livres. Permet à la Compagnie de le continuer, sous la peine seulement de la privation du dividende d'une ou plusieurs années, pour ceux (pii n'auront pas payé, dans le délai lixé par la Compagnie. Cet arrêt tranquillise ceux <pii n'ont pas payé , et fAche fort ceux qui ont payé. La privation du dividende est une peine chiméricpie.

On ne travaille point au visa des papiers , aux déclarations des rentiers et actionnaires. Le ]>uhlic dit cjuc rojMTatidn en est impossible et feroit mille injustices, en rejetant fnille honnêtes gens, qui n'ont p<Mnt de preuves de l'origine de leurs actions, et admettant des fripons qui, après avoir réalisé leurs contrats (îu or, achètent pour rien des billeU et action» sur la place, et les soutiennent provenir de co« contrats dont la réalisation ne paroU

FKVRIER 1721. 73

point. Les notaires ne veulent pas se charger de ces iniquités en portant les déclarations. On cherche quelque autre expédient, mais il n'y a point de remède contre la ruine universelle.

Jeudi 13. — On a plaidé à la GrandChambre l'appel d'une sentence de police, quia déclaré valable la saisie d'un amas de charl)on de terre fait par un agioteur. La sentence a été confirmée, et la confiscation donnée moitié à l'Hôtel-Dieu et l'autre à l'Hôpital Général (1). On a lu la saisie faite aux Augustins , et l'avocat a dit qu'on avoit employé dans cette affaire l'adresse, l'artifice, la chicane, la force, etc.. Jouant sur le nom de la Force , ce qui ne peut être relevé que par ceux qui se croient cachés sous ce nom. Le Palais ne retentit que de ces saisies et monopoles nouveaux.

On rapporte qu'un duc demandant à un juge si la peine du mono[)ole étoit capitale et emportoit peine de mort, le juge répondit qu'oui, sur quoi le duc dit : « Ne pourroit-on pas adoucir cette rigueur et la réduire à la peine du pilori? Il me semble que cela suffiroit. » Cela veut dire que les ducs voudroient voir le duc de la Force au pilori. Je remarquerai ici qu'il n'y a point en France de peine pour le monopole des particuliers. Deux ordonnances seules en parlent, l'une du 20 juin 1539 , qui défend à toutes sortes de personnes de faire des amas de vivres et marchandises préjudiciables au bien public, et il n'y a aucune peine. L'autre, du mois d'août 1539, ne regarde que les compagnons, maîtres et serviteurs de tous métiers à qui il est défendu entre eux de faire des monopoles [Lois civiles, t. IV, 220,221, vide 1. 3. Cod. de commerce el met cat... — Traité de la noblesse par de la Koque, ch. 88, p. 355. Ord. d'Orléans avi. 109, 127. Édit d'août 1009, vérifié le 13).

(l) Aujourd'hui la Salprlrière.

74 MÉMOIRKS DK MA rillM' MAUAIS.

yetulietli 1 ». — Il a été porté des billets chez tous les ilucs et paii*5i, pour se trouver Jeinaiii au Palais i\ l'asseuil)léo(iui s'y doit faire. Lo billet porte en substance : .. }t lsnbe(iu,(jrrffier du Parlement, a passé chez vous pour avoir rhonncur de vous prier, de la part de la Cour, d'assister ilt'inain à l'assemblée qui se doit l'aire au Parlement j>4)ur evamiiu'r des procédures où M. le duc de la Force se trouve compris. El comme cela peut regarder la pairie, elle vous prie de n'y pas man(|uer. « (Test le l)illet d'invitation (jue le Parlement envoie aux ducs i\ présent.

Samedi l"». — [.es princes du sang et les ducs et pairs se sont trouvés ce matin au l\ilais, où il y avoit une grande assemblée de toutes les Chambres. On est entré à sept heures et demie, et on est resté jusqu'à onze heures et demie. M. Ferrand a rapporté les procédures et les s»'nsies faites par le lieutenant de police et l'interrogatoire du nommé Orient, (|ui a dénoncé iM. le duc de la Force. L'affaire a paru grave. M. le maréchal de Villars a dit que c'étoit avec douleur qu'il étoit obligé de donner sa voix contre un homme du rang, de la naissance et de la dignité de M. le duc de la Force, et qu'on ne pouvoit trop tôt approfondir cette affaire, afin qu'il se put justifier. Le duc de Noailles n'a pas voulu opiner. Enfin, à la pluralité des voix , il a été décrété d'assigner pour être uoT, et le nommé Bernard, son intendant, avec un autre ^Diiparc, tailleur) (|ui est son beau-pére, ont été décrétés «h* pri.se de corps. Cette nouvelle s'est répandue dans Paris avec joie et l'on a admiré la fermeté des ducs et du Parlrment, qui ont rendu une justice prompte et rigoureu.sc dans une affaire qui intéresse tout l'État. M. le duc ,dc la Feuillade est le pnimier entre les ducs (pii .1 ouvert l'avis de l'nssigné pour être ouï, et qui, pour y donner lieu, a dit fpi'il falloif que M. h' duc (h; la Force put «'•tre ouï par sa bouche, dans le même lieu où il avoit été accuM*. Il y a eu Mîpt voix pour laisser continuer la pro- C4;dure du Chàtelel. M. Feydeau , coiisrilln-, ,1 ('fi' le pre-

FEVRIKR i72l. 75

mier de cet avis. Orient avoit déjà été décrété^ par le lieutenant de police, de prise de corps et pris prisonnier. L'arrêt ordonne qu'il sera transféré à la Conciergerie. L'arrêt confirme aussi le décret d'assigné pour être ouï contre le chevalier Landais.

Dimanche 16. — Visa. — Le Conseil de Régence s'est assemblé, et a fait un règlement pour la vérification des effets, dont la représentation a été ordonnée par les arrêts des 26 et 30 janvier. Dans la déclaration, on sera obligé dédire qu'il n'en a été fait aucun emploi ni usage, soit pour acquérir des terres^ maisons ou autres effets, soit pour le payement des dettes. Cela est fait pour éviter les fraudes que le public craignoit. Il doit y avoir plusieurs bureaux et des bureaux d'expéditions subordonnés; et les commissaires remettront des notes et observations sur les mémoires de ceux qui ne seront pas fidèleS;, ou sur lesquels il restera des doutes. Il y a un arrêt de ce jour qui contient ce règlement.

Lundi il. — LANGrEDOC. — Peste. — On a publié un arrêt, du 1 1 février, qui déclare le commerce des provinces de Languedoc, Lyonnoiset Dauphiné libre, et permet aux marchands de Tours de faire venir des soies de ces provinces, en rapportant des lettres de voitures, visées des ofOciers municipaux des lieux de l'enlèvement. C'est que la crainte de la peste einpêchoit tout le commerce avec ces pays-là, mais on prétend que les précautions portées par l'arrêt du IV septembre sont suffisantes.

1 3 février. — M""^ dk Saint-Sulpice imi lée. — Il est arrivé le jeudi 13 un accident singulier à M""' de Saint-Sulpice, qui est une jeune veuve fort aimable, qui ne quitte l)oint M™'' de Prie et M. le Duc. Klle étoit avec eux, M. le comte de Charolois et autres, dans une maison du faubourg Saint-Germain à souper (petite maison de M. le Duc, près Vaugirard'. Elle se leva de table pour se mas(pier, et alla dans une autre chambre^ où, étant debout auprès du ieu, un pied sur un chenet, son panier poussa sa jupe dans

76 MK.MOinKS DK MArinil' MARAIS.

h» feu sans (jif elle s'en apeiviM d'alK^rd (1). Le feu ayant pris à la ju|>c et au panier, elle vint retrouver la compairnie. «lui fut fort étonn(^e de la trouver en cet état toute brûlante. On ne savoit eoniinent la secourir. Elle so jela par terre. Le eonite de Senneterre se jeta sur elle, et vendant étouffer le feu, le panier ([ui n'étoit point flexil)l«\ et où il y avoit du fd et des haleines, empêcha iiu'il ne sVteiirnlt, en sorte qu'elle fut hrùlée, ;\ heaucoup d'endroits, fort dangereusement. On la déshahilla ;\ la tin el on la remena chez elle, où, ayant été visitée par la IVronie (2), fameux chirurgien, il la trouva trés-mal. Cette ridicule et triste aventure a donné lieu à causer à tout l*aris. La jeune dame en sera longtemps malade, si elle nVn meurt pas, et après sa guérison, elle sera bien honteuse. Elle est veuve de M. deSaint-Sulpice, intendant de marine, qui lui a laissé de grands biens, et vivroit trrs-agréablement elle s'appelle Uagot de la Coudraye et est lille de l'intendant de M. le Chancelier de Pontchartrain' , si elle ne s'étoit pas adonnée aux princes, qui l'aiment, mais qui en font leur jouet. Elle étoit amie de Vergier, <pii fut assassiné Tannée dernière. 11 avoit son jK)rtrait,fait par Boulogne, qu'elle a retiré depuis sa mort, el (prelle m'a donné. Son esprit est tourné à la plaisanterie, elle a été autrefois dans une grande dévotion. Kl h;

(I) Voir Mir wt accident de M"" de Saint Siil(Mce, dont Marais, |)enl-ôtie jar indulgi-rwe (il fiait Mm «unseil et fioii ami , fait la diose la |iliis sim|tlr ri la plinnaliirrlkdii monde, la version de IJarhitr «-l vei\e de Madame, Immii crMjp \Au* M-abreus«ft, et qui ne mmiI à l'Iionneur ni de la victime ni de celui qur U clironiqm' re(;ardail connue son bonrrcan, soil M. leDnc, soil M. d»; Cliarolai*. (jetlf awntiire, on la f.rocitt- .-e nnMe si l)inl.d<ment à la dtlj.in» lie, r*l de celle* qui indiquent jn^ju'à quel dearr de d<inorali<iation Ma\i descendu*'la n.Kemi-. V. lUrl.icr/l, II.'»;, Mailain.' (II, :i()7, .ir i, Ick Urmo/rrï de Mautrpai el \r% Mitmnjn de /loiajourddtn (II, 10). Klle h'apjMl.iil Hii^ot de U Coiidrafe. iille d un intendant de M. de Pontrliarlrain, veuve de Veret de . romnii^Mire \irnérn\ de marine. Crtte femme aimable et gA- , :. . :.: . jujïe de ce pauvre Vrruier.

(7) Fr. Oigot de U re)runie, im- a Moni|»ellit'r en iu'v,, pieiiiier diirur^jim H lllMed«Con«iilleiir de l,oiii4 XV.

FÉVRIER 172i. 77

a le meilleur cœur du monde, et il ne lui manqueroit rien pour plaire trop, si elle n'étoit malheureuse par des ridicules que ses ennemis lui donnent, et que les accidents imprévus comme celui-ci augmentent encore.

CHANSON FAITE SUR CE QUE LES PRINCES SE SONT FAIT ACCOM- PAGNER AU PARLEMENT.

Tout le Palais tremble

De voir à grand bruit

Arriver ensemble

Bourbon et Couti ;

Les polissons chantent

Cest le borgne et le bossu, lanturlu.

Princes, la cohorte Vous enfle le cœur. Croyant que l'escorte Au Régent fait peur Les polissons chantent, etc.

A la pauvre France Rendez ses écus.

Servez la Régence Et par des vertus Empêchez qu'on chante C'est le borgne et le bossu, etc.

Lundi 17. — La Force. — On a l'ait une perquisition dans une maison qui appartient au duc de la Force, et où on dit qu'il y a un magasin de marchandises. Cela s'est fait de la part du lieutenant de police, qui y a envoyé deux commissaires du Chàtelet, en vertu d'une ordonnance générale, qui permet de visiter tous hôtels, communautés et autres maisons, pour découvrir les marchandises déposées. Cette maison est dans la rue Saint- Dominique; le duc de la Force y a son .Suisse de sa livrée, ses équipages et sa bibliothèque. On y est entré, on a visité partout, on n'a rien trouvé. Le duc de la Force, qui demeure ru«; Taranne, a été averti : il est venu; il a trouvé les commissaires en chemin, qui revenoient dans

:r MKMOIKKS DK MUimi ÏMAIIAIS.

lin liacrt'. l>ii a parlé de carrosse à carrosse. 11 a demaiulc ruriloniKince; on la lui a donnée; il l'a lue etemporlcf au Palais-lU»yal. Un de ses gens a un peu houspille un des assistants des commissaires. Voilà le fait, tel t|u"il e>l dans un Mémoires des Ducs.

J'ai appris ipie Ton a décrété d'assii^né pour être ouï au Parlement le chevalier Landais, qui est un Malouin, chevalier de Tordre de Saint-Michel, qui a fait venir bien des marchandises d'un vaisseau vendu àSaint-Malo, etce si>nt celles trouvées aux Augusliiis. 11 a pris avec lui, par amitié, un avocat au Conseil, nommé Thierry, qui étoil, il y a un an, intendant du maréchal d'Estrées, ce qui l'ait soupçonner que le maréchal a part au monopole, par le moyen de ce Thierry. M. le Chancelier, qui avoit fait cet avocat censeur de livres, avec pension sur les sceaux, Ta fait rayer hier du nombre des censeurs. Tout cela ne dit rien de bon pour les seigneurs de la Cour et pour ceux qui se sont mêlés de leurs affaires. 11 y a dans le droit une loi t. 111, l>e com. et îtiercal.). Nobiliores naUilibus et hononnn luceconspicuos et palrimouio diliores peniiciosum urbihus nmlrimofiium exercere proliibc'niuSj ut inlcr plebcios et uf(j(jcialores favilius ait vendeitdi emcndiquc commercium. {Lois civiles, t. IV, 220-221. Zunaye, Hist. Annales.)

On cherche la manière de signifier l'arrêt d'assigné pour être ouï au duc de la Force. On a tronvé des usa^'cs lr«*s-anciens, qui sont : que la signification se fait en présence de deux ducs et pairs, ou de deux chevaliers; mais cette présence peut être peu honorable i)our les ducs. Kn attendant, le duc de la Force a promis de subir l'interrogatoire sans assignation. Voyez le Mémoire du duc de liichelieu, (jui rapporte la forme d'ajournement et de jugement en forme de jiairie. Dans h.*s premiers tenq)s, e'éloil deux ducs ou deux barons. Du temps de Charles VIII, il y a exemple d un ajournement à un |>air |Mir le prévôt de Paris, un conseiller du Parlement et le premier huissier.

FÉVRIKR 1721. 79

Mercredi 19. — Le duc de la Force s'est présenté pardevant les deux rapporteurs , MM. Ferrand et de Paris, pour l'interrogatoire; mais il n'a voulu ôter ni son chapeau ni son épée^, quoiqu'il le dût faire, étant en état d'accusé; ce qui a fait que l'interrogatoire a été remis, et il doit y avoir une assemblée des Chambres sur cette difficulté.

Princk Charles. — Le môme jour, on a appris avec surprise que madame la princesse d'Armagnac, qui n'a pas seize ans, a quitté M. le prince Charles , son mari (1). Elle s'est retirée hier, 18 février, le matin, dans le couvent de la Visitation, rue du Bac (2). Paris parle sur cette séparation sans en rien savoir ; mais je sais, pour avoir été consulté, que c'est une affaire de famille et d'intérêt contre M. le duc de Noailles qui fait cette séparation. Le duc de Noailles, mariant sa lille, étoit convenu de garder 200,000 liv. dont il payeroit 10,000 liv. de rente au prince Charles, et qui ne pouvoient être payées qu'en héritages, moitié au jour de sa mort, et l'autre moitié au jour de la mort de la duchesse de Noailles, ou plutôt du survivant. Quoique cela fût stipulé ainsi, le 23 octobre dernier, il a payé ces 200,000 liv., en billets de banque, au prince Charles, qui ayant placé sur le clergé, n'en a plus que 4,000 liv. de rentes, ce qui est bien différent. La dot n'étoit point en rentes, elle ne

(1) On plulùt que son mari l'aïquittée. Cette séparation, pour cause de simple <l«'';4orit «le la vie commune, ou plutôt pour cause d'économie, est un des traits caractéristiques de la Réj^ence, ou il se renouvelle du reste aussi souvent que les mariages d'argent eux-mêmes. Il nVtait pas dillicile de dénouer des liens querint<rôt seul avait formés et dont lii frngililé tenait a celle de la fortune elle-même. Sur ce renvoi de sa femme par le prince Charles, qui va trouver «le nombreux imitateurs, voy. Saint-Simon, XI, 397. Correspondance de Madmne.W, 299, 300, et Barbier, I, 113. Le prince Charles de Lorraine, comte d'.Xnnagnac, grand écuyer de France, né en losV, avait épousé, en 1717, Fran(;oi><e-Adélaule d»* Noailles.

(2) Cette communautt' avait éti» établie en 1G73, rue du Hac, sur l'emplacement occupé aiijonr<rhni par le [lassage Sainte-Marie.

M M! MOIRK.S OK MATHIKH MARAIS.

i>ouvoU l'tiv riMiihoui^sce ; elle ne diminuoit pas même iiarFéilit lie iviluction des rentes à deux pour cent, parce que c'étoit une constitution dotale, à quoi on ne pouvoil toucher. Le remboursement, fait comme d'une rente, est unesortede suri)rise, dont le prince Charles s'est plaint et dont sii femme, mineure, peut se relever. Elle ne le peut, selon bien des gens, (pi'après la dissolution de la communauté (quoique je sois d'avis contraire). Et pour opérer cette dissolution, elle se peut faire séparer. On a donc commencé cette séparation par le couvent, le prince Charles disant qu'il n'est plus en état de faire pour sa femme les dépenses qui conviennent. Ensuite , viendra la séparation de biens, et la restitution contre la (piittance. be public parle de cjuelque mécontentement du mari sur la conduite de la jeune dame, mais il parolt que ce n'est que l'affaire d'intérêt (1), car le prince s'est en même temps défait de son équipage de chasse, qui étoit considérable, et qu'il ne peut plus soutenir, par la réduction de son bien. 11 faut remarquer que les 40,000 liv. de rente de sa dot ne produisent plus que 16,000 liv. de rente. Le prince m'est venu voir le même jour, et m'a dit qu'ayant parlé au duc de Noailles, le duc lui avoit dit qu'il n'y avoit point entendu finesse, que sa quil- Uiiice étoit bonne et (ju'il lasoutiendroit, à quoi le prince lui a répondd : » Je crois que vous n'entendez i)as plus les affaires (pie moi, mais on m'a dit (pi<î cela ne se pouvoil p;is. » Il a consulté IMllon, ancien procureur au ChAleU-t, tr»s-habile, <iul a été de mon même avis, et que la femme pouvoit se pourvoir, sans se faire séparer, en se faisant autoriser par justice au refus de son mari. Il doit

(I) ?îo»r«'fl»'*i'»n« |»r*'c<<Ipnt<*j»H'apiilif|iipnt moin«>.'» l'affaire 'lu prinrp Charles, dost k«rtH'<'^'*"^'^'''^ Marainallirniieiit (M'aiiroiip la signification, ({ii'aiix noinbrcoi faiU, flii iiM-iiH' iiftiTf, (|iii n'ont pa^ Irs nK'line.*! excubcs à offrir, et <lont U «alrur, |Hiur ra|)|»ri-ci4lion ntoialirde la Urgence «l <lu la décadence de lu ImbiUc qui l> rnar<|u<>. denn-un- intactf».

remettre toutes les consultations au lieutenant civil (1) qui^ étant ami des deux parties, tâchera d'accommoder Taffaire.

Jeudi 20. — On a publié un arrêt du 12 qui ordonne que la commission des récépissés pour rentes perpétuelles, viagères ou provinciales, sera continuée par les gardes du Trésor Royal en quittances de finances, nonobstant la surséance portée par l'arrêt du 26 janvier dernier. C'est une petite espérance pour les rentiers, mais ce n'est qu'une forme pour le Trésor Royal.

Vendredi 21. — H y a eu une assemblée des ducs et du Parlement sur l'affaire du duc de la Force. 11 y est venu, en habit de cérémonie, a pris place, et a môme opiné dans une affaire qui a été plaidée. Ensuite, il a voulu parler et a dit qu'il venoit pour se justifier. La Cour n'a pas voulu l'écouter, et lui a dit que c'étoit dans son interrogatoire qu'il devoit proposer ses défenses. Il s'est trouvé 18 ducs, outre les princes. Les ducs d'Antin et de Noailles n'y étoient pas. Les gens du Roi ont voulu parler; il les a interrompus. Ils lui ont remontré qu'il ne pouvoit pas les interrompre, non pas même le Premier Président, et qu'ils avoient à parler d'un procèsverbal de rébellion qui le rcgardoit et qu'il ne pouvoit pas demeurer en place. La Cour lui a ordonné de se retirer; il s'est retiré, en protestant de nullité de tout ce qui seroit fait contre lui, attendu qu'on ne gardoit pas les formes de pairie dans son affaire, et qu'il devoit y avoir une assemblée de pairs au Parlement par leltres palenteSj etc. On a remarqué que quand il est sorti de la lanterne il pleuroit à chaudes larmes. M""^ de Nesle dit qu'il avoit pleuré, parce qu'il s'étoit souvenu en ce moment qu'il étoit duc de la Force. Après qu'il a été retin- , les gens du Roi ont lu le procès-ver IjîiI de rébel-

(1) FVArfiOiijîPM.

g2 MKMOIllKb 1>K MA lima: MARAIS

lion i\ui\ i\ faile le 18 février, dont j'ai parlé à ce jour. Sur la U'oturc tle cv proctVvtM'hal, et sur ce que la visite se iievoit faire ilaus une maison étrangère, où le lieutenant général de police pouvoit exercer sa juridiction, ce qu'il n'eût pu faire dans la maison d'un duc et paii', il a été décrété d'ajournement personnel, presque tout d'une voix. Ainsi, cçtte affiiire s'accroît tous les jours, et le voilà interdit de toutes les fonctions de pair et du conseil de Uégence, parce que l'ajournement personnel emporte interdiction. Il étoit venu au Palais avec plusieurs carrosses et douze personnes de sa livrée.

DlCTIONNAlHKCUITlUl E DK BaVLK, 3""' ÉDITION. M. Fa-

gou, conseiller d'État 1^, m'a fait présent aujourd'hui des V volumes du Dictionnaire de Bayle de la 3'"*^ édition, où d'abord j'ai remarqué la vignette qui est audessus deïE pitre dédi cataire nu Kégent, et son portrait au milieu. Au côté gauche est la France, triste et affligée, «jui porte une corne d'abondance vide, dont il paroU cju il est sorti des billets, avec cette inscription : Billets de monnoiey billets de banque^ billets d'Etat. Au côté droit sont représentés les bAliments de la Banque avec ce litre : liaiujue rof/alc. 11 parolt un suisse à la porte avec sa hallebarde et une foule de monde (jui veut y entrer. La France y parolt triomphante el paye avec des (iénies qui tiennent une corne d'abondance d'où il sort des espèces d'or et d'argent en quantité , el au bas est un sauvage «jui tient une carte du Mississipi, d'où il parolt que toute cette aliondanc^ est venue. Cette vignette a été gravée parle fameux Picard. Elle a été faite dans le temps que la B;inque étoit florissante; mais aujourd'hui (ju'elle est détruite, l'éloge est tourné en satire, et voilà une siitire imuiorlelle. \At Kégent en est très-fàché, a donné son i.»«.fM).! »if»- dèscpi'il Ta eu, et a voulu empècherqu'il n'en

(I) Fltode Fa«Hi, prenier roédocio de Louis XIV

FÉVRIER I7îil. 58

entrât d'autres, mais il n'en a pas étélemaitre, et il n'eût jamais dû accepter cette Èpître dédlcatoire, qui est aussi très-ridicule, et faite par M. de La Motlie, del'Académie, où il lui dit : a Les grands hommes regardent les louanges comme la récompense de la vertu , mais il semble que pour vous elles n'en soient que l'inconvénient. » Il dit, dans un autre endroit : « Votre justice et votre bonté vous ont fait trouver, pour acquitter les dettes de l'État, et pour y répandre de nouveaux trésors, ces prodigieuses ressources qui étonnent les nations, et dont elles seroient jalouses si votre équité et celle que fait attendre le jeune monarque qui s'élève sous votre exemple ne les rassuroient contre votre puissance. » Cela ne vient-il pas bien à propos en ce temps-ci, et ne voilà- t-il pas un beau style?

Recueil DE 1716. — La protestation du duc de la Force est inutile et contraire à la Déclaration du Roi du 10 mai 1716. Rég. le 22 mai, qui a ordonné que l'on suivroit le dernier état tel qu'il étoit au jour de la mort de Louis XIV, pour tout ce qui regarde les usages pratiqués à l'égard des pairs de France, jusqu'à ce qu'il y ait été autrement pourvu par le Roi par un règlement général.

L'assigné pour être ouï lui a été signifié dans le Palais, en parlant à sa personne, le jour qu'il est venu pour se faire interroger et qu'il ne l'a point été, à cause de Tépée qu'il a voulu garder. La signification lui a été faite, sans tant de façons, par Choulx, huissier de la Cour, et on lui a signifié de la môme manière l'ajournement personnel lorsqu'il a été rendu.

Mal du Roi. — Le Roi a eu un mal fort plaisant el ([u'il n'avoit point encore senti : il s'est trouvé homme. Il a cru être l)ien malade et en a fait conlidence à un de ses valets de chambre, qui lui a dit que cette maladielà étoit un signe de santé. Il en a voulu parler à Maréchal, son premier chirurgien, qui lui a répondu que ce mal-là n'affligeroit personne, et qu'à son âge il ne s'en plaindroit pas. On appelle cela en plaisantant le mal du Hni, comme

64 MKMOIHKS 1)1. MATllIiai MARAIS.

on ilisoit tle la lisUilo ilii iVii Koi, (lui ne s'appelle point iiutriMnent el à l;i ('oui- <( à la ville que le mal du lioi , oiicore aujourtl iiui.

On a iMc à M. Landivisiau , niailre des requêtes, la direction de l'Opéra , et on Ta donnée à M. de Francine, maître d'IiAtel du Koi , gendre de Lully, qui l'a eue autrefois. 11 y a des chansons faites à ce sujet qu'il faut avoir, car ce maître des requêtes mérite bien d'être chanté.

Dlmimche 'l'^. — Dimanche gras. — PiunckCiiaulks. — Le Prince Charles m'est venu voir et m'a ouvert son cœur sur l'affaire de sa femme. Il alla, dimanche ii\, trouver le due de Noailles, î\ (pii il dit, après avoir parlé de raffaire d'intérêt, que l'humeur de sa femme étoit incompatible? avec la sienne; qu'il n'y pouvoit pas vivre , et qu'il falloit se séparer. Le duc de Noailles, embarrassé, dit qu'il falloil consulter quelque personne d'âge. Le prince répondit qu'il ne comptoit point sur l'âge , mais sur l'honneur, la vérité et la probité. On proposa le cardinal de Noailles; le prince dit qu'il étoit digne d'être à la tête de la famille de Noailles, qu'il entendroit ses sermons, et lui feroil sa confession. La conversation se tourna en ami, et le prince lui dit : « Voulez-vous que je vous donne conseil en ami , reprenez-la chez vous sous prétexte de la diminution des revenus, et que je ne puis plus survenir à s;i dépense. Elle y a déjà été depuis le mariage , le [)uhlic la reverra sans être étonné, peut-être les humeurs se raccommoderont. Voulez-vous un autie expédient? vous allez aller à Saint-Germain en Laye passer cin(j ou six m'»is, vous l'y avez menée l'année passée prendre hélait, nieiicz-la encore cette année, et d'ici cpie v«)us p.irtirez, je la verrai et mangeiai avec elle; à l'ordinaire. » (ies deux partis n'ont point plu au duc d(î Noailles, (jui a dit qu'il f'illoit examiner cela. Le prince s'est retiré , et n'a point eritindu parler du duc de Noailles pendant toute la journée ni le lendemain. Il arriva seulement (pie le lundi npr«*'H midi, madame l.i \n\i\i'.cHHC envoya prier son mari

bl^:VRlKR 1721. 85

d'allerchezelle.Ilyalla; il la trouva seule, et lui dit qu'il se reudoit à sesordres. Elle lui dit d'abord : «Mousieur, voilà bien du tracas. » 11 lui demanda : « Madame, avez-vous vu monsieur votre père? » — « Non, répondit-elle, je ne l'ai point vu, mais je ne veux point aller à l'hôtel deNoailles. » {( Vous Tavez donc vu et il vous a donc parlé de quelque chose? » — « Non je neTai point vu, dit-elle une seconde fois, et je ne veux point aller à l'hôtel de Noailles. » Le prince ne lui dit autre chose , sinon : « Madame, je veux parler à monsieur votre père, et il me doit une réponse. » Le prince a dit, en me faisant ce récit : a Vous avez ouï dire dans le monde qu'elle avoit pleuré, qu'elle s'étoit jetée à mes genoux, qu'elle s'étoit évanouie (1). Il n'y a rien de vrai, et il ne s'est passé autre chose que cela. Peutêtre, si son père y avoit été et si elle avoit répandu quelques larmes, j'aurois eu de la faiblesse. Il m'a dit encore qu'en parlant au duc de Noailles, il lui avoit dit : « Je ne veux être ni tyran, ni précepteur, ni valet, jj Le prince* s'élant retiré de l'appartement de sa femme, n'entendit plus parler d'elle ni du duc de Noailles dans le reste de la journée et étoit fort surpris dece silence. Le lendemain, mardi 18 février, à neuf heures du matin, un gentilhomme nommé Bailly, qui étoit écuyer de la princesse, entra dans la chambre du prince et lui dit : « Monseigneur, je viens vous dire que madame la princesse est retirée à la Visitation. Elle y est allée ce matin avec mademoiselle de Montègre et moi et une de ses femmes. Elle est entrée dans le couvent, a retenu la femme, et nous a renvoyés, mademoiselle de Montègre et moi. (Mademoiselle Montègre est une fille d'honneur qui lagardoit.) » Le prince répondit : « Ils m'ont servi suivant mes souhaits; » et cependaiil il l'ut tort picpié de n'avoir pas entendu parler du duc de Noailles, et que ce parti n'ait pasété pris avec lui. 11 appelle

(l) Voir le récit toucliant de Madame (,11, 'IW, aoo;.

•i MK.M0mF3 DE MATHIKr MARAIS.

une désertion et m'a dit : «Ma femme m'a déserté. » Deux joun» aprt's, elle lui écrivit un petit billet sans signature, où elle lui nianjue (|u'elle est à la Visitation, comme il â souhait»' ; qu'elle esp» re (]ue cela lui plaira, et elle tinit par ces mots : u Toute ma vie, je serai di^iie de votre estime, malheureuse de n'avoir pu être digne de votre amitié. » Le prince a été fort l'Aché d'un billet si taux et si court dans une telle occasion. 11 semble qu'il ait approuvé la retraite dans le couvent dont il n'a jamais parlé, et il dit que c'est une phrase de roman ou de couvent que la lin, jKirce ipi'on ne peut avoir de l'estime pour une personne sans avoir de l'amitié, principalement quand cette personne-là est sa femme. 11 paroit que la famille de NoailK's a pris, dans cette affaire , un parti très-singulier; que M. de Noailles ne pouvoit pas se dispenser de répondre pendant les deux jours, et que la famille assemblée pouvoit prévenir tout cet éclat par des tendresses envers le mari, (]ui seseroit tléchi, quoiqu'il m'ait dit que sa résolution étoit prise, et qu'il s'étoitdonné parole à luimême de n'en point changer. M. le maréchal de Villeroy, oncle du prince, a été fùché de n'avoir point été averti par lui de toute cette discorde , et reçoit M. le duc de Noailles chez lui comme à l'ordinaire. Il est (capitaine des gardes du corps en quartier chez le Hoi, il est tous lesjoui'sau Louvre avec le maréchal, (jui est gouverneur du Hoi , et il lui a fait entendre tout ce qu'il a voulu.

Laitrkc. — D<q)uis ipie l'on a vu cette dame renvoyée, d a pris en gré )\ d'autres maris d'en faire d<î même, rt M. del^utrec, gendre de M. le Premier Président, a remis la sienne entre les mains de son père, (pii la garde et ne; la remettra pas dans un couvent. Ils n'ont point d'enfants. Le mari vivoit mal avec <dle; c'est un homme (hî grand<î qualité, mais sans mérite parmi les gens (!•• guerre : la dameenl a«isez belle et a un esprit lent, mais naturel. Kl le n*a [>oint acquis i>eaucoup de réputation ù Pontoise. Elle

est rousse et on dit qu'elle en a les défauts (1;. Il y a aussi M. et M"^ d'Estaing qui se sont quittés. Enfin la mode vient de quitter les femmes comme on quitte une maitresse infidèle. Tout le monde cherche la raison de la brouillerie du prince Charles; on devine quelque galanterie avec le chevalier de Lorraine ou le duc de Richelieu. Bien des gens prennent le parti de la dame; mais c'est ici où on peut dire ce que disoit cet empereur : « Vous voyez bien mon soulier, mais vous ne voyez pas où il me blesse. » On a voulu dire que M'"^ de F^anjamet , ma parente, fort amie du prince (2), a eu part à celte brouillerie, et qu'elle Ta conseillée ; mais elle a rapporté une lettre contraire de la princesse elle-même, à elle écrite le dimanche, jour que le prince avoit parlé au duc de Noailles, où il paroit que M™^ de Lanjamet l'avertissoit

(1) Les questions de séparation, souvent peu claires pour les juges, le sont encore moins pour les chroniqueurs, <jui ne peuvent attraper que des apparences souvent contradictoires. Alors ils prennent parti \vs uns pour la femme, les autres pour le mari, et, comme à Duclos, ce qui est malin l«Mir parait sul- (isaminent vrai. Il y a plusieurs versions sur la s»'par<»tion <lu prince Charles et de sa ItMume. Kt selon qu'on rcoute Marais ou Madame, on donne à l'un ou à l'autre tous les loris. Il en est de même de l'affaire de Lautrec. Saint- Simon l'excuse, ou du moins le plaint, et Madame le llrlrit. L'un en fait la victime, l'autre le bourrrau de sa femme. Que conclure? L'un et l'autre. La théorie des torts n-ciproques est encore la moins embarrassante. {Sainf-Shiion, VII, 330. Madame, 11, p. 306.) Madame dit le mari horriblement débauché et assure «pie le père, le vieux marquis d'Ambres, muurul de chagrin en demandant pardctn à M. de Mesmes et ;t sa (ille de leur avoir donne un tel gendre et un tel maii. Saint-Simon ne dit rien de tout cela.

(•>' Voir sur celle dame, cpii par l'intrigue et l'esprit, veuve d'un procureur et femme en secondes noces d'un lieutenant aux gardes, <lont on contestait la noblesse, s'était fourrée dans les plus grandes maisons et était parvenu à une .sorte d'influence, Saint-Simon, qui ne l'aime pas, et qui dit «l'elle : « Elle avait eu de la beauté, mais de l'esprit et de l'intrigue comme quatre démons, de la méclianceté et de la noire scélératesse comme qualor7.e diables ». Il l'accuse formellement «l'avoir excité et favorisé la zi/anie du ménage du prince de Lorraine, cequi aurait fini par être reconnu et par la faire chasser (IV, I iO). — Ce « fort amie du prince», de Marais, et quelques autres fàll?. concordants et concomitants, comme on dit au Palais, donneraient à penser, rapprochés de ce que dit .Madame : < il était fort épris d'une dame qui est à présent devenue veuve «, serait-ce M"^ de Lanjamet!*

88 MKM()lHt:S PK .MATlIlKr M.\HAIS.

depuis triVlou^Memps de ce qui pouvoil arriver et vouloit IVuiratrer à sWlaircir avec son mari et à lui parler sur son ôloitrneuienl, ce qu'elle a toujours négligé et dont elle se fait des reproches à elle-niùnie. Cette lettre a été montrée à M. le maréchal do Villeroy, qui l'a trouvée bonne pour justilier M™' de Lanjamet, et lui a dit de la garder. Ci'jHjndant, il lui a dit qu'elle devoit lui parler de ce (lui se passoit ; mais elle a répondu qu'elle n'avoit jamais eu le secret du prince ; qu'elle avoit averti la princesse piir bonne amitié; qu'elle s'étoit même servie de M""" d'Arcy pour lui donner des avis , et que si elle avoit le secret du prince, elle n'avoit jamais dû le trahir. Voilà Tétai de toute cette affaire jusqu'à présent. Nous en verrons les suites.

J'ai soupe le soir avec le prince Charles , M. de Brillac, capitaine aux gardes, son ami, et M"''' de Lanjamet. On a !)eaucoup parlé de toute cette grande quitterie, et principalement des bruits qui couroient sur ce que le maréchal de Villeroy avoit envoyé quérir M'"*^ de Lanjamet et lui avoit fjiit de grands reproches, même l'avoit fort maltraitée de paroles. Le prince dit qu'il ne voudroit pas pour 100,000 écus qu'elle n'eût pas sa lettre. Elle a résolu d'écrire au maréchal pour faire cesser ces bruits et lui rendre justice sur ce qui s'étoit passé entre eux deux, qui s'étoit terminé par bien des honnêtetés ; elle m'a envoyé le b'ndemain une grande lettre où étoit tout le détail pour l'examiner; mais je n'en ai pas été d'avis et je lui ai mandé cpi'on ne se justifioit pas envers le public, qu'il ne se taisoit qu'avec le temps, (ju(; dans trois jours ces bruits cesseroient, qu'elle ne feroit cjue les renouveler; qu'il n*y avoit qu'à montrer la lettre de la princesse à tous ses amis et qu'elle se feroit des tracasseries en nommant les personnes qui répandoient ces bruits. On a su que M. le prince de Conty a dit tout haut chez lui que M"' de Lanjamet n'avoit aucun tort et qu'elle en avoit usé à merveille. Je l'ai entendu dire depuis à plu-

sieurs gens de la cour, et il est certain que si la princesse l'avoit crue, ce malheur ne lui seroit pas .arrivé.

La Force. — Ce même jour, dimanche , il y a eu une assemblée de ducs chez M. le cardinal de Mailly, archevêque de Reims et premier pair ecclésiastique. Ce ne sont pas les ducs qui ont été au Parlement contre le duc de la Force ; ce sont d'autres ducs qui n'y ont pas été et qui font un parti séparé de leurs confrères. Ils ne veulent point aller au Parlement à cause de la dispute du bonnet que le PremierPrésident ne veut pas leur ôter en demandant leur opinion; on les appelle bonnetiers à cause de cela le cardinal de Mailly, le duc de Saint-Simon, la Rochefoucauld, de Chaulnes), et qui a été sursise par la déclaration du 19 mai 171G, qu'ils ne veulentpasexecuter.il a été résolu dans cette assemblée de donner une requête au Roi, au nom de ces ducs, pour demander que tout ce qui a été fait au Parlement contre le duc de la Force soit cassé comme contraire à la forme de pairie. J'ai voulu examiner le crime du duc de la Force ; ce ne peut être un monopole (1), puisqu'il n'a pas amassé toute une marchandise nécessaire à la vie; il a seulement contrevenu aux ordonnances qui défendent le négoce et trafic aux gentilshommes, mais il n'est pas défendu en gros {Traité de la noblesse, 372), et il y a un édit d'août 1GG9 qui permet à la noblesse le commerce de mer sans déroger. Quand le duc auroit vendu en détail^ ce ne seroit pas une matière criminelle, et il semble qu'il y a dans tout ceci une procédure irrégulière qui cache quelque vengeance se-

(I) Ces rélhîxioiis de Marais, d'actonl sur ce point avec Saint-Siinoii et Duclos, ne r«'l»ahjlilent pas le duc de la Force. Mais elles sont, au point de vue juridique, pleines de sens et de raison. El elles eussent eu plus d'autorité à propos d'un lionune moins livré (|ue le duc de la l'-orce à la malignité publique, et qui n'eût pas cuniuic lui justifié en (pielque sorte jusqu'à l'injustic»'. Le duc de la Force, zclé bonneliery et par suiti' odieux au Parlement, fut le bouc expiatoire du Système et de ces rancunes aveugles que la fuite tle Law laissait sans vengeance. Mais, en pareil cas, n'est-ce pas déjà un déshonneur que d'être cliuiai pour victime?

90 MKMOIRES DE MATHIKU MARAIS.

crt'te ^1). Le Kéî;enl lui a dit : a Que n'allez- vous à vos terrest'tquen'aiKuulonnez-vous loutcscesmaiThaiulises?» lia deinamlô iK'puis i\ ses amis si cela vouloit dire (ju'il iHoitexil»' dans ses terres, et on a dit dans le monde qu'il IVloit.

Milonl Staidiope, qui a tant travaillé à la Uuadruple- AJIiancc avec l'abbé Dubois, est mort subitement en Angle»eri*e, après avoir parlé avec trop d'ardeur dans le Parlement contre les directeurs de la Compagnie du Sud ^2). C'est une grande perte pour les affaires du Congrès de Cambray, dont il avoit le secret. Il n'avoit que quarante-huit ans: il laisse des enfants et une fort belle veuve.

JÉsriTES. Caen. — Les Jésuites de Caen ayant joué une pièce de théîUre où ils ont représenté les docteurs de rUniversilé, sous diverses formes, jusqu'à leur mettre des mitres de travers et à dire qu'ils feroient des docteurs aussi bien que d'autres et à demander un cierge pour l'excommunication, Ttlniversité a donné un décret, du 16 janvier 1721 par lequel elle a déclaré les Jésuites déchus et privés du privilège d'agrégation à l'I'niversité de Caen, séparés et étrangers pour toujours du corps de ladite Université, eux, leurs collège et écoliers, et tous ceux qui dans la suite pourront y professer et étudier. Défenses de recevoir aux degrés ceux qui étudieront dans le collège, et privés les Jésuites de tous les droits d'agrégation accordés par l'acte du 25 octobre 1 (iOS et défenses de se dire : Celeberri m<v Academ'ur Cademensis. L'insidte étoit grave, [)ubli(jue, et mérite bien cette exclusion.

(I) Barbier, qui n'rw* pas te. pronoric^r «iir la cnl|iahilitr du duc, (^onviont dr cellr \utat du Parlcfnpnt, qui ix* fui pas vin» inlhH-nri» sur sa <|<''cisiui), à oae épo'ior où le ParUincrit «lail plu-i un for[>s politiqm* >\\u' judiiiairp.

(1) VoirS*inlSinK>o, XX, 277 et Madame (M, Ml}. Madame allribue xa iDOrI aut Mjil<*s d'une or^ie. D'autres liinlorien^ disent aux suitpfi d'une \io Mole dMco«aioti avec le duc de Warlon.

Constitution. — Les évèques appelants ne se taisent pas, quoique le silence soit imposé sur la Conslitution. Il parolt une requête au Roi des évèques de Senez, de Montpellier et de Boulogne, au sujet de l'arrêt du 31 décembre 1720 , qui porte suppression de leurs mandements. Cette requête a été présentée au Roi le 16 de ce mois. Il y a dans cette requête plusieurs lettres de l'évêque de Mirepoix, qui justifient qu'il ne les avoit point abandonnés avant sa mort, et qu'il n' avoit accepté le Corps de doctrine, quoiqu'il eût dit qu'il contenoit une doctrine orthodoxe. Ils prétendent prouver que la paix qu'on vient de faire n'est ni durable, ni solide, puisqu'il ne peut y en avoir de telle entre la vérité et le mensonge. Ils établissent, contre Tarrêt, la nécessité des conciles en certaines occasions, qu'il s'agit ici de la doctrine de l'Église et de la conservation des expressions de la tradition. Ils montrent que les mandements supprimés ne sont point injurieux ni au pape, ni aux évèques de France, ni contraires à l'autorité des souverains. Ils disent au Roi : 776/ Deus imperium tradidit, nabis ecclesiastica concredidit, el quemadmodum qui lihi imperium suhrepil Deo imperanli répugnât, ita metue ne lite ad ecclesiastica pertrahas, maqni criminis reus fias.... neque igitnr nobis tcrr.v imperare hinc, neque tu adolendi liabes potestatem. Ce sont les parolesd'Osius, évèque de Cordoue, à l'Empereur, rapportées par saint Athanase [adolendi vient cVadolcre, encenser, mettre la main à l'encensoir). Ils disent que la doctrine qu'ils combattent est une doctrine « selon laquelle nous n'aurions pas, Sire, le bonheur de vous avoir pour Roi et qui est la cause des malheurs que nous éprouvons depuis la Bulle. " — (Ce qui est tort et bien malin, car cela fait entendre qu'on auroitpu faire mourir le Roi, s'il n'y avoit pas eu des évèques appelants, et que les jésuites l'auroient fait assassiner.) Ils finissent leur requête par un long éloge qu'ils font de plusieurs ecclésiastiques qui se sont joints à eux, et disent au Roi qu'd n a point de sujets

UJ MKMOIRKS l)K MATHIKU MARAIS.

dans son roynuinr plus recoininaiula])les par liiir pitHé, plus côlMucs par leur rruilition, plus zélés pour les maximes lie lÉglise uallieane, et plus fidélenient attachés à S. M.

LiSTK l»KS API'KLAMS .NOIVKAI X. Ku IIU'IIU' toiUpS,

on a ili>tril)ué une Liste imprimée do 300 ecclésiasliipies, par ordre iKalphahel, (pii ont siiiué un acte du '2i novnnhre 1720, où ils déclarent que lemandemeut du cardinal de Noailles, du 2 août, leur donne lieu de s'expliquer de nouveau et de dire qu'ils ne prennent point de part à l'acceptation de ce cardinal, et qu'ils se tiennent aux api)els interjetés et à celui des (juatre évéques, du 10 et 12 septembre 1720, etc. Celte liste commence par la lettre A et par laljbé d'Asfeld, et ainsi de suite. En sorte (]uc , quand la Cour voudra trouver ceux qu'on appelle jansénistes, et les éloigner, par lettres de cachet ou autrement, il nV aura qu'à prendre cette liste et choisir qui on voudra. J'en ai fait parler à quelques-uns de mes amis qui y sont; mais ils disent qu'ils s'attendent à tout, et qu'il vaut mieux obéira Dieu qu'aux hommes. La lin de la requête des évéques exprime cela bien fortement, vA ne feint pas de dire qu'ils sont exposés A des ennemis violents et artificieux, qui sont habiles dans l'art de l'intrigue, qui font de leurs calomnies mûmes un de leurs i)lus puissants moyens; à qui une certaine régularité devient une note, et (jui ne respirent de[)uis longtem[)s (jue les m»'naces et les persécutions,

Traiti-: dklaCkack. — On a aus.si vu en in«'ine lenjps un Traité de la (jràcc efficace, par feu M. de la IJroue, évé(|ue de .Mirepoix , imprimé à l'aris av<'c, privilégr , chez IJarroi». C'est un in-12. M. (h* Mirepoix en parle dans ses lettres. ÏAi privilège est du 19 novcnïbre 172t), postérieur à la déclaration du Koi. On l'avoit surpris au sceau. Le livre a éié supprimé dès (pi'il a paru.

Bals. — I>«s jours gras se sont pass«'s avec beaucoiq) de joie dans le peuiile. Il y a eu de beaux bals publics

FÉVRIER 1721. 9:j

au Palais-Royal. A l'ordinaire; on en donnoit à cent sols par personne. Le Régent, les princes et leurs maîtresses y ont paru. Il faisoit très-froid, et il geloit Lien fort partout. On croyoit n'avoir point d'hiver, et il y en a eu un assez rude. II y avoit 1,200 personnes au dernier bal.

Mercredi 26. — Les Cendres. — La Force. — Les ducs contraires au duc de la Force ont demandé communication de la requéle des autres ducs. Le Régent Ta donnée, et ils ont, au nombre de 17 ou 18, signé un écrit portant désaveu de cette requête, qui éloit signée au nom de tous les ducs.

Jeudi 27. — Sur ces différentes requêtes, il y a eu un arrêt donné secrètement, par lequel le Roi a ordonné qu'il auroit communication du procès du duc de la Force, et cependant a fait défenses au Parlement et à tous autres juges d'en connoitre et d'en continuer l'instruction. L'arrêt porte évocation de l'affaire à la personne du Roi. Les princes n'ont point su cet arrêt, et il n'en a point été parlé au conseil de Régence tenu ledit jour 27. C'est une grande époque pour FFlat.

Vendredi 28. — L'arrêt a été signifié le malin par un huissier du Conseil à M. le procureur général, qui en a aussitôt donné avis à la Cour. En même temps, la Cour a envoyé des billets d'invitation aux princes du sang et auxducs, pour se trouver à dix heures trois quarts au Palais. 11 y a eu des billets qui n'ont pu être portés qu'à onze heures, et cela a fait que bien des ducs y ont manqué. M. le prince de Conti est arrivé le premier; on étoit à la buvette ; il y a été, il a offert ses services à la Cour dans toutes les occasions (pii se présenteroient et a bu un coup à la santé de Messieurs. On est revenu dans la Crand'- Chambreauprès delà cheminée. M. le Duc est arrivé, (jui a offert aussi ses services, et promet son attachenn'ul pour toujours à la Compagnie. IMusieursducs sont venus,

04 MF.M01Rt:S Dt M\rHIKlJ MARAIS.

les Chainl»n.*s so sont asseinhlées. On a lu TarrcH qui a été nris pcuir un arrtH ikMînitif d'évocation à la personne du Hoi et à son conseil et un dessein de renvoyer l'affaire ;\ des cominissaii'es et d'en priver le Parlement, contre Tusatre de ne point invoquer les affaires criminelles, et encore moins celles des Pairs, qui ne peuvent être jugées que par le Parlement, qui est la cour des Pairs. Les commissiiires ont fait peur. Ces princes ont dit que le Réirent pourroit faire faire le procès à qui il voudroil de celte façon. On a été aux opinions, et on a été d'avis qu'il falloit faire des remontrances au Uoi sur cet arrêt. Les gens du Roi sont allés demander Theure du Régent, qui n'a pas trop bien reçu le procureur général. L'heure a été donnée pour le lendemain samedi, à 4 heures, eton a résolu de dresserles remontrances l'aprèsdlnée. Les princes ontditqu'ils y vouloient être présents, parce que c'étoit leur affaire, et la cour les a bien remerciés.

L'après-dlnée on s'est assemblé : les trois princes sont venus; les remontrances ont été dressées sur le fondement fjue Farrèt éloit rendu contre le droit des princes du sang, des ducs et du Parlement. On parle toujours au nom de tous. On y insinue que l'arrêt du -27 n'a point été vraiment rendu le jour de sa date , puisqu'il n'en a point éléquestion au conseil de Régence, où étoientles princes, que les princes du sang, en qui coule le sang du Roi, ont intérêt d'empêcher qu<3 les règles de la justice ne soient violées, etque le Régent lui-même, en qui coule ce même sang, doit autant qu'un autre veiller i\ la conservation de celle autorité et du droit des Pairs et du Parlement; ce qui a été mis exprès pour lui faire enlendn; (pTil pourroit craindre s<'i justice, dans le conq)te (ju il doit rendre; de sii Régence. Les princes ont dit (ju'ils se trouveroient aux remontrances avec le Parlement et les ducs et en lialiilde |*airs, mais comme on leur a fait entendre qu'ils ne |Kjurroient aller (ju'après les Présidents à mortier, s'ils

MARS 172i. 95

étoient en habit de pair, il a été convenu qu'ils y viendroient à Tordinaire.

Samedi f 1" mars. — Remontrances du Parlement. — Les remontrances ont été faites par M. le Premier Président, qui les a lues. Comme il est fort baissé et dans un état très-foible^ il les a mal lues, et le comte de Charoloislui souffloit les endroits qu'il ne pouvoit prononcer. Elles ont paru bonnes, quoique longues , mais on n'avoit pas eu le temps de les abréger. Tous les présidents à mortier y étoient ; les présidents des enquêtes, plusieurs conseillers de la Grand'-Chambre, trois conseillers de chaque Chambre et presque tous les ducs. Le Roi a dit qu'il étoit bien aise de voir son Parlement ; qu'il recevoit les remontrances en bonne part, que son Chancelier lui diroit sa volonté. M. le Chancelier a dit que l'affaire étoit assez importante pour l'examiner, que le Roi n'avoit pas encore pris de parti de retenir l'affaire ou de la renvoyer au Parlement, et qu'il étoit surprenant que de si habiles gens eussent pris l'arrêt pour une évocation, au lieu que ce n'est qu'une communication, qui ne peut point être refuséeau Roi, et qu'il peut prendre, quand il veut, dès qu'il s'agit d'un pair de France.

M. de Blancmesnil (1) , avocat général , a parlé ensuite au nom des iicns du Roi sur la signification qui a été faite (/e r arrêt et a dit, que quand le Roi voulait faire savoir savolonté à ses gens, il laleur donnoit de bouche; qu'ensuite, ils la rendoient à la Cour , et qu'il étoit contre la dignité de leur place de leur envoyer un /iut5.s/er. Le Régent

(1) (ieorgeâ de Lainoignoii de Blancmesnil, ne en IG83, successivement avocat général, préi>ideDt a iiiurtiiT du Parlement, premier président d*- la Cour des aidesen 17i6el clianceller en 1750. Il mourut en 1772.

9C MKMOIRKS I)K MATIIIKIl MARAIS.

a dit : « Voilà un jlI^cnJ«Mll sul)tilisé. » Le Cluincelier a répondu aux repivst'utations qu'il pourroit bien y avoir de certaines occasions si ])i'essantes qu'on ne pouvoit pas toujours ira rd»'r les rèi;Ies, et que le procureur général ne reprêsentoil pas le Roi en cette affaire , mais étoit accusateur et partie [>ul)li(|ue, et qu'en cette qualité, la siynl/ication pouvoit passer pour bonne.

Le Ké^aMit est très-fàché de voir les trois [^rinceset la plus 1,'rando partie des ducs unis avec le l^arlenient. Cela ne s'est puintencorevudepuis la UéL;ence. Le duc de la Force a causé cette brouiUerie ; il a donné une requête en son nom pour l'évocation, et prétend qu'il ne demande autre chose que ce que tous les ducs ont demandé en I71(» par les recpiétes qu'ils ont données dans l'affaire du duc de Hichelieu , oïl la forme de; pairie est établie. Pai' ledit de 171 i sur les duchés et pairies, lé Roi a réglé (]ue quand il s'agiroit des rangs, dignités et prérogatives des pairs, on se retireroit vers sa personne, et qu'il renverroit l'affaire au Parlement de Paris, s'il ne trou- \(iit à propos de la juger lui-même, et que s'il survenoit ipit'hjue incident, il faudroit toujours s'adresser à sa personne, et que les affaires renvoyées ne pourroient plus êtreévoquées. C'est sur cet édit que l'arrêt peut être fondé : il y a un mot d'Henri IV (|ui dit qu'il étoit « le premier président des Pairs et (|u'on ne pouvoit rien faire sans lui contre un pair de France. » La déclaration du mois de mai 171(i ordonne «pie le procès sera fait au duc de Hichelieu par toute la (irand'-Chand)re assemblée, « Nous réservant de corivo(pieileh pairs au jugement définitif en la manière ftccMMitumé»;. » (^est donc le Koi qui convoipie les pairs et non pas les pairs (|ui vont d'eux-mêmes comme juges. — Olte grande matière est bien éclaircie dans le Mémoire (de 1710) du duc de Richelieu. Le Pailem(;nt y oppose son litre de cour des Pairs et cour du Roi. \a'.s Pairs, ainsi que les princes, craignent les commissaires et l'autorité du R»''tr**nl. Il y a }»ien des exemples de part et d'autre,

pour et contre. M. le Chancelier;, si habile dans notre histoire, est bien capable de les démêler ; mais celte affaire devient politique et d'État, et les suites peuvent être trèsimportantes.

Les ducs du parti du duc de la Force ont distribué un Mémoire manuscrit où ils demandent justice au Roi sur cinq griefs. l°Le Parlement procède contre un pair sans commission particulière. 2" Il convoque les pairs sans permission du Roi et par ses greffiers. 3° Il veut obliger un pair de répondre sans épée sur un assigné pour être ouï. i° On l'empêche de parler dans la cour des Pairs , quoiqu'il soit en fonction, et qu'il vienne d'opiner. 5° 11 est décrété d'ajournement personnel pour avoir demandé justice au Roi d' une insulte qui ne seroit pas faite à un particulier. Ce Mémoire rapporte le fait du duc d'Épernon , arrivéen 16H, qui purgea un décret d'ajournement personnel assis et couvert au Parlement, et plusieurs exemples qui sont dans l'ancien Mémoire du duc de Richelieu. (Girard, Vie iVÉpernon. Vie de Louis XIII, Paris, 1716 en plusieurs tomes, t. I, voyez ce fait. )

Le Régent a demandé aux ducs du parti contraire une réponse. Ils ont dit qu'ils n'en avoient point à faire et qu'ils s'en tenoient aux remontrances.

Dimanche, 2 mars. — La matière des Pairs ayant été agitée au conseil de Régence, il a été arrêté que les différents mémoires, requêtes et remontrances seroient remis es mains de M. le Chancelier, pour, sur son rapport, être fait droit.

Lundi, 3 mars. — Le Parlement s'est assemblé. On y a fait rapport de ce qui s'est passé aux remontrances, et la Cour a remis son assemblée à la huitaine.

Il y a bien des partis pour et contre : mais les princes et le Parlement entraînent bien des gens, et on se souvient de ce qui est arrivé l'année passée en Bretagne, où, par une commission d'un conseiller d'État et (pielques riKiUn'sdes requêtes, on a fait couper lecou à quatre i:»'n-

îwi mi:m()II\ks df. mmhiku mviwis.

tilshominrs tr^s-(|Uftlitii''s tlo la province, sur une accusation de crime il'Ktal, sans que personne en ait jamais rien dit it*.On se r«^ cille suivant les occasions. Les princes qui veulent m* brouiller sont bien aises de s'assurer du Parleujent et de son autorité.

AiuiRATiON. — J'ai reçu nouvelle de M""' de Varenne, mon amie, que son mari a fait al\iuration du ealvinisme , s'est confessé et a reçu les sacrements le V mars à La Queue , procbe Dreux , où il a une maison. Cela s'est fait en présence de cinq curés , du baron de \a\ Queue, seigneur du lieu, et de presque tous les habitants qui en ont été bien éditiés. Il éloit trés-malade, et depuis ce temps-là il a repris sa santé.

31ern'(di, ô mars. — Saixt-Sulpice huulée. — M""" de Saint Sulpice (dont j'ai parlé sur le 17 février) a été c<mfessée par le P. Gaillard, jésuite, et a reçu Notre- Seiîrneur en viaticpie. Le cardinal de Noailles avoit refusé au I*. Gaillard , qui est interdit de confesser, comme tous les autres jésuites , la permission de le faire , mais >!"■ la princesse de Carignan Ta obtenue. M. Pain, vicaire de Saint-Eustache, qui a rapporté les sacrements, n'a pas vu ce père d'un bon œil. Le père, qui étoit à genoux, lui a dit : « 11 ne faut pas lui donner Textrémeonclion. » \Ai vicaire lui a dit très-rudement : a Pourquoi parlez-voas, lorsque je ne parle point? »

Ensuite le vicaire a fait son exbortîdion très-bien. La malade a demandé si M""" la comtesse de Livry n'étoit pas 1;\. On a dit (pie oui, et aussitc'ït elle a dit : a Je lui demande pardon des mauvais exemples que je lui ai donnés, » et a poursuivi un discours assez long et d'une voix trèb-forte cl jLssurée, où elle a fait une satisfaction [)ublicjue. Kn^uite file a dit : a A ma mère, je lui demande

,1; \. > >.itnl-SiiiK>n, Xi, '.'., \ tjir auM^i, Kiir ctUc allairc dt! la conspiration tl<- itrpla^jc, l^-inoiiU-y, Histoire de la llcyence^ et la Hcvue de liretagne et VendéÊ. \jf% pieCAt du prr>fè« «ont h la hthliotlièque de rArsenal.

pardon de n'avoir pas profité de la bonne éducation (lu'elle m'a donnée, etc. » J'étois présent à tout cela, et toute l'assemblée en a eu une grande satisfaction.

Le public,, qui est malin, a répandu une histoire sur cette brûlure, que Ton dit avoir été faite exprès par les princes, ce qui est très-faux , car j'ai su toute l'affaire d'un boutc\ l'autre, par les vrais témoins, et voilà comme il ne faut pas croire tous les bruits qui courent. On a cependant fait la chanson suivante sur ce faux bruit.

Sur liiir : Que Mariane éioit coquette.

Le grand portail de Saint-Sulpice, Où Ton a tant fait le service, Est brûlé jusqu'aux fondements. Chacun s'afflige avec justice Que les Condés, par passe-temps, Détraisent un tel édifice (1).

t J'ai appris que Polichinelle la jouoit à la foire, et disoit

à son compère qu'il étoit venu des grenadiers voir sa femme qui lui avoient mis un pétard sous sa jupe et l'avoient brûlée. lia dit aussi : a Compère, je suis en décret et cela me fâche beaucoup. » — « Tu e.s en décret, il n'y a qu'à te purger, » a dit le compère. — « Oh ! s'il ne tient qu'à me purger, répond Polichinelle, j'ai chez moi bien de la casse et du séné, et je me purgerai tant que je me guérirai du décret. » — Ainsi , les marioanettes ont joué les princes, le duc de la Force, et cette dame, dont l'aventure triste a été tournée en ridicule.

CoNSTiTiTio.x. — Mkmoikk tkès-fout. — Jcudi, 6 mars. — On m'a apporté unMcmoire in-'*" de '4.8 p. imprimé, où l'on établit le devoir de parler en faveur de la vérité par rapport à ceux qui ne reçoivent ni la Constitution ni lacrominodemenl. Ce mémoire est très-fort, bien écrit, orné de plusieurs passages et exemples, et fait pour encou-

(l)V. dans narliier. |. n',, h.,, !.■> Ihmn coniil.'t^.

100 MKMOIIU.S l)K MATIIII r MARAIS.

rager à sitrner un ikhincI i«i>pol, il ;\ taire paroitre les uoms de ceux qui sii^noront, dont on a di\y\ donné une lisle. Ils disent \^i). '29) : uOn croit volontiers desténioins nui se fontêt:ori:^er. » [i) <* Multipliez les souffrances, et la hnnière se multipliera » (p. 27). On cite cet endroit de Daniel après avoirdit : Les lidèlessouffriront-ils tranipiillenit'ut qu'on dise de toutes parts (|u'il n y a plus de reli- L'ion sur la terre ; ne s'en trouvera-t-il point (jui dise avec havid : yunc viulam el auferanl opprobrium populi, nam quisest isie l'hilippcVus inrircumsisus qui aufius est maledicere e^rercilui Dei viventisP On peut appliquer ces paroles ou au Régent ou au Chancelier ou au Cardinal, et quoicpie cette pièce soit fort dévote, elle est pourtant sétlitieuse et sent le tocsin.

'2'.\ février. — Intkruogations dks appelants. — LISTK srp. — Le même jour, M. Baudry, lieutenant de police, a envoyé quérir dix de ceux (]ui ont signé la liste du nouvel a[)pel, savoir : l'abhé d'Asfred à la tète, l'ahbé huguet ou le père Duguet de Tl^ratoire, le père Bernard de rOratoire et un autre, trois chanoines de Saint-llonoré, le curé de Sainte-Marguerite et ses deux vicaires, le curé de Sarcelles, exilé à Vienne en Dauphiné. C'est un des 300 de la liste. Il a fait un procès-verbal de ce qu'ils ont dit, et leur a demandé qui lesavoit excités à cet appel. \je père Duguet a dit qu'il avoitquatre-vingt-un ans, (pi'il nV'loil excité par personne, mais parla ndigion et la vérité, et rpi'il le feroit encore si cela étoil h faire. L'abbé d'Asfeld a répondu avec la même force, et sur ce (ju^on lui a dit que tout ce qu'il diroit seroit écrit, il a répondu qu'il en diroit encore davantage, et que la vérité ne craigiioit rien ; que recevoir la Bulle c'éloit aposlasier. \jc% autres ont fait de même, et ils ont signé le procèsverlial. (ielle procédure a paru extraordinaire en matière

. I Cr^ \f ttutl «Uî Pascal.

MARS 17'il. 101

de religion ; mais on la traite comme matière d'État, depuis la déclaration du Roi^ et le lieutenant de police a agi comme commissaire des matières extraordinaires.

Guet. — Le soir de ce jour, sur les neuf heures, trois officiers : l'un, enseigne aux gardes, avec son habit d'ordonnance et son hausse-col, jeune gentilhomme breton, nommé Lesek, Tautre la Mark et le troisième Savary, fils de M. Savary, receveur général du Lyonnois, ayant voulu entrer par force dans un cabaret , le guet est survenu. Ils ont voulu l'attaquer, le guet a tiré et Lesek a reçu trois balles dans lecorps. llestmortleT mars. Il est fils unique. Les autres s'en sont enfuis. On demande, sur le point d'honneur, s'ils ont bien fait de s'enfuir et de laisser tuer leur camarade. Le guet a tué, il y a six mois, le fils de M. Bignon, intendant dé Paris, qui éloit aussi officier aux gardes, dont la mort a passé pour maladie de petite vérole. Voilà bien des morts funestes; mais le guet fait sa charge, et tue pour n'être pas tué.

M"* de Sainte-Hermine, sœur de W"*^ de Mailly et de M*"*" Panier d'Orgeville, épouse le milord André, fils du comte de Melfort, Anglois. Ils n'ont rien ni l'un ni l'autre.

UicuELiKi. — Ce jour, ti mars, M. h' duc de Richelieu, étant Agé de vingt-cinq ans, a été reçu au Parlement (1). Tous les princes et le duc de Chartres même y étoient. Le Duc avoit tout son habit, manteau et chausses, d'une étoffe d'or très-riche et qui coùtoit 260 liv. l'aune. Il ressembloit à l'Amour. Personne n'a poussé plus loin que lui à la Cour la magnificence et le bon goût des habillements. On va voir quel parti il prendra dans l'affaire des ducs, et s'il sera d'un autre sentiment que celui qu'il avoit en 1716. (Il en a changé.)

Samedi y 8 mars. — Ambassadki r rriic. — Mehemet- Effendi, ambassadeur du Grand-Seigneur, est arrivé à

(1/ V. Uarbiei, I, lib. Vie pmee de Hichelieu \m Fanr). I, 203.

102 MF.MOIRKS Dh MAllllI l MAUAIS.

Pans avec une grosse suito. Il MiMit conii)liinenter le Roi sur son avènement i\ la couronne. Il est lils d'nn renégat français,est honnnepolicl s.ivant, et a été enii)l()yé comme plénipotentiaire dans Ui traité de Carlowitz. Tout Paris le va voir dans une maison du faubourg Saint-Antoine, où il est en attendant son entrée. On conte une histoire d'une galanterie qu'il a eue en chemin, ({u'il a partagée avec son lils, son interprète et son maître d'hùtel, et où on a nombre lollemenl jusiju'à quatre-vingt-sept retours de leur pa>sion amoureuse en quatre joui s. Lu Fontaine dit :

Tout hoinine ist riaseon sur eo point.

On fait dire aux coquettes :

I.' \ iiiiilrois liii'M .i\ oir ci' qui s'i-ii iiKiiKjm' i, I).

iJtnuiiulte. 1» mars. — (Jn a traité au conseil de Kégence lalïaire des ducs, du Parlement et du duc de la Force. H y a eu grand débat en présence des princes. (hi ne sait pas encnic 1;» décision ; on la saura demain au Pailement.

Lundi, 10 mars. — La Forck. Pakis. — Leschambresse sont assemblées. Lestrois princes du sangy étoientet (piatorze pairs. Le Koi a envoyé une déclaration qui renvoie l'affaire du duc de la Force au Parlement et qui l'en r«'nd ju;:e. (lomme le Parlement a craint que cette déclaration ne passât poui* lettres patentes et commission, elle a été enreiristrée avec la modilication qui suit : « Uegistré ouï et ce requérant le procuicur général du Koi, MUS que du présent enregistrement on j)uisse inlén^r la inM:**ssi!<'' (rancunes lettres, pour les procès criminels des priiHfs et pairs de France, ni que le conteiiu«(ii hidite déclaration pui*>se directement on indirectement) en

(l)Voir Mirce cuneut «u^a^rde raii]ba<i*iaileiir turc a l'ari», haint-Simun, %i,m,kn, kitk. BêrWwr, f, HA. 118, n.Ù, 121. Madaino, fl, 7, 270, Left Jêémoèrei de la Régence, III. 81 et «^iiiv. el «iirloiit l.ftwmU'\\ t. I, 4âl et iofv.

quelque moment que ce soit, préjudicier aux droits des princes et pairs et autres ayant séance en la Cour, de n'être jugés qu'en icelle, et sera le procès du duc de la Force continué suivant les derniers errements et conformément aux arrêts précédents de la cour et procédé en exécution d'iceux. »

Un président des enquêies m'a dit que c'étoit M. le prince de Conti qui avoit fait ajouter à la fin : Et sera le procès continué^ parce que celte continuation marque que c'est toujours le même procès, qu'il n'est point censé interrompu, et qu'il sera jugé en exécution des arrêts de la cour, et non des arrêts du conseil ou déclaration du Roi. Les princes ne vouloient point cette déclaration, mais on l'a donnée pour conserver l'autorité du Roi dans les affaires des pairs, et ainsi il semble que chacun gagne sa cause. Voilà où se terminent toutes ces grandes contestations, dans lesquelles les exemples servent de peu. Toutes les autres prétentions des ducs sont renvoyées au règlement que le Roi a réservç de faire par sa déclaration du 10 mai 1716.

Le même jour, le duc de la Force a subi interrogatoire par-devant M. Ferrand, pour purger son décret.

On a aussi ouvert le même jour, au vieux Louvre, les bureaux pour faire le visa des papiers et effets publics. Cela se fait par l'entremise des notaires. 11 y a eu cent cinquante parties expédiées le matin. On remet les effets au notaire après le visa, et afin qu'il n'y ait pas de mécomptes, on les donne enlacés et cachetés, sur le lacet, du sceau du propriétaire des effets.

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