‹ Journal et mémoires de Mathieu Marais, avocat au Parlement de Paris, sur la régence et le règne de Louis XV, 1715-1737 (volume 4)Chapitre 33 sur 55 · I.AH, — i.e bruit est public que Law est perdu sans · texte numérisé non relu

I.AH, — i.e bruit est public que Law est perdu sans

(DCUa'le Franç/Hft Fragiiler, f riidil el moraliste français, w k Pari» en 1666,

DÉCKMBRE 1720. 27

ressource, que tous ses protecteurs Tabandonnent, et qu'on découvre mille friponneries qu'il a laites.

Mercredi 18. — Parlement. — On a publié la Déclaration du Roi (Elle est du 16, registrée le 17 à Pontoise), portant rétablissement du Parlement à Paris. Les motifs en sont simples. 11 est dit : « que certaines considérations avoient porté le Uoi à transférer la Cour de Parlement de Paris à Puntoise , mais que ces raisons ayant cessé, et étant persuadé que tous lesofliciers qui la composent s'empresseront à donner de nouvelles marques de leur zèle et de leur attachement à notre service et de leur soumission à nos intentions, etc. A ces causes, etc., Nous avons transféré et rétabli , transférons et rétablissons notre dite Cour de Parlement, séant de présent à Pontoise, en notre bonne ville de Paris, en laquelle nous entendons qu'elle fasse ses fonctions ordinaires, comme avant la déclaration du 21 juillet dernier. V'oulons néanmoins que tout ce que notre dite Cour de Parlement transférée à Pontoise a arrêté et ordonné sorte son plein et entier effet. » La déclaration est registrée le 17 décembre, pour être exécutée selon la forme et teneur. On a remarqué, dans le public, les termes de soumission à nos instructionSy qui ne conviennent pas au Parlement ; et ceux de transféré et transférons à Paris, ne pouvant pas y avoir de translation dans le vrai siège du Parlement. Mais on a pris les termes de Tédit de rétablissement de 1652, et on y a suivi jusqu'à la clause de : « Voulons néanmoins » (jui ctoit bonne en ce temps-là, et qui étoit inutile en celui-ci, le Parlement entier ayant été à Pontoise, au lieu qu'en 1652, il n'y en avoit (ju'une partie.

Jeudi 19. — Law (I). — On a su qu'il y a eu un passeport expédié pour permettre à Law de sortir hors du

(I) Voir sur cettr fiiile d.- Imw, SamlSiiiKm, \l,;(r.t, les Mimoires !>fciels df Diiclos, Barlt'er, I, it.'J, et les Mémoires du maiffuis d'Aigenson, oiJit. Ratlier\.

W MFMOIKKS PK MATIUKI MAIWIS

royaume. Cela fait lenir l>ien des discours. On dit qiril va suivre l'artreiit (ju'il a emporté. Il doit la plupart des terres (ju'il a arhettVs. Il est venu ;\ Paris aujourd'liui, où il a pasM' trois heures avec les principaux coniinis de la Banipie, puis il est parti avec des gens de la livrée de M. le lUic. hieu le conduise et ne le raniùne pas ! Sa femme et «i tille sont restées à Paris.

Vendredi -20. — Le Parlement est rentré, sans beaucoup de cérémonie. On a appelé une cause du rôle (jui a été plaidée. Pendant l'audience, sont arrivés le greffier en cliel" de la (Chambre des Comptes et celui du Crand Conseil, pour faire le compliment. Ils ont passé auprès des secrétaires de la Cour. Pour éviter le conflit entre ces deux Cours ou leurs greffieis, il a été réglé, en opinant sur la cause plaidée, (jue le premier entré parleroit le premier. C'est le greffier de la Cour des Comptes cpii a parlé. On a fait retirer l'autre derrière le barreau, puis on l'a fait revenir, et (juand il a voulu parler , il a été si troublé qu'il n'a pu ouvrir la bouche et s'est retiré sans rien dire. Les avocats, le bùtonnier^M. Babel) à la tète, ont été elle/ M. le i*remier Président, (pii a dit que les avocats a voient été parfaits en tout, et qu'il faudroil être difficile pour n'être pas content d'eux. Le président Chauveiin a dit : n Nous revoyons les avocats avec amitié. el ils la méritent bien. » Je me suis trouvé au Palais, où il De m'a pas paru que la foule fût bien grande pour un jour comme celui-là.

I'mivkrsitk. — Le lecteur nouveau et la Tacultéde théologie sont venus, à l'audience du premier Président, lui laiie compliment. On a appris que M. Hollin (1), recteur, a été dépo««M*dé par lettre de cachet, parce (\n(\ dans l'assemblée du 12, il avoit invité l'I'niversité à persister dan» wjn appel au concile, et à le renouveler. Son dis-

(I) U célèbre Eollin.

cours a été registre au greffe de l'Université, pour perpétuelle mémoire. M. Coffîn a été élu à sa place; et c'est celui-là même qui a déjà appelé , et publié les motifs de rappel.

Law. — On dit que Law va à Bruxelles; d'autres disent qu'il va à Rome, et il pourroit bien aller trouver Angelini , son secrétaire italien, qui a tant emporté d'argent. Le maréchal de Villars a dit que s'il alloit à Bruxelles , l'Empereur le feroit arrêter, pour le payement de tous les billets de banque qui ont passé dans les pays de sa domination et sujets à l'Empire.

Noblesse. — Trésoreries de France. — Il a paru un édit, registre à Pontoise le 12 décembre, qui maintient les officiers et trésoriers de France, de Paris , dans la noblesse au premier degré, comme les officiers de laCoui* des comptes et Cour des aides. Elle leur avoit été accordée par redit d'avril 1705, mais elle avoit été révoquée nouvellement, par édit d'août 1715, qui avoit révoqué plusieurs anoblissements, ce qui ayant décrédité leurs charges , ils ont été rétablis par ce dernier édit, qui a été donné à cause de l'attention particulière qu'ils ont pour la conservation du domaine. On maintient jus- (ju'aux veuves et enfants des décédés pendant la révocation,

CiiARTREDX. — On m'a donné des vers faits par les Chartreux à l'occasion de la visite que le Uoi leur a rendue le 3 décembre.

Àd liR. PP. Cartuaianos, pro ofpcioso Re(/ls ad eorutu eventutn aditu.

H. Patn' Jarofju '1) Dionisio Cnrtusiano Hiiiu* Pnlres nu'nioratc dJLMn : dclabitur hospes E carlo vohis, irradiât (jiia* doiuum Advcnit ut priiniim supplex accedit ad aras Sanguine quo genitus sic pietate probat

I) Le P. Jarqiie<>- Denis, finrien religieux Fil« «l'un luii«isi<»r <iu rmxeiL

ao MF.MOmKS I)F, MAIHIFU MARMS

llli prorposilus veslcr fnoil oro rotundo

Verbn iiuibiis me iitis iMiulida sonsa patent.

Tu Jacobe tamen debos ineinor amplius esse.

Hospile quotl tanto i-elliila plcua fuit

lu ikirliMU laudiim vt'iiiat Bonigallius ;i), esto.

(lui regt'm Improhulo fas recnaro datur

Hinc inde iiicatitos subito dum proluit imbre

Qui latel ovi^uus fous salienlis aquic.

Lrbanus T uoslor vcniat (juoque principe teste

Jussa operi fœlix applicuisse manum.

Asl dilecto (jui poniuni niirabile visu

Acceplnni régi niunus aniioe lacis

Tu niulto niajoro reor, euinularis honore

Quod donas régi ncc daret ipsc Regens

Quod Veneris donuni Paris obtulit illiid araori

Das et suiiu'l ainor sic Paris œcpuis eris.

Scilicot ainbigui Dca non qiiœcumque probavit

Judicium. Laudat sed benequisque tuum.

/{, /' Jarobo Cartusiano. A. Martine ^3j dicuuliir Pyra noinon liabere Tu Poniis nonjen Carlusiaue dabis Illa quidem fuerant alias oblaia tyranno Tu Bonus at régi das hona mala Bono (4).

Samedi 21, dimanche 22, lundi 2;i. — \ji 22, il y a eu (les couunissaires nouiinés pour l'examen des affaires de la Ccjuipagnie et de la Banque. M. Trudainc, ancien prévôt des marchands et conseiller de M. de Macliaull,ancifn lieutenant général de police et conseiller de M. Ferrand , maître des re<juétcs.

lioLRGKois, Fromagkt A LA lUsTiM.K. — Ce même jour ont été mis i l.i Bastille, M. Bourgeois, trésorier de la KincjUJ', Durevesl contrôleur, <t rnnudfjcl, un des di-

(ly Lr H. lUinij;;»!, flU d'un inaliro tl«« ronipten, qui a des jelA d'eaux dans «•r^llul<> <l win jar<lin, ft donl il inrHidlii l<'« [••|{<"< du Hoi

(î; 1^ I'. l.fbjin qii loiirni* , liavailU «l»*\.iiil !•• |{'»i.

(3) Le P. Jêa\w% avait une |>oniiM() il un arbre qui «'Mail uiooHlrueusc. Il in it pri-wnt au Roi.

• On dil iiu'Mlil;! diuiaii<l.i iinr puir.» .i s.mii-M.ii im ••! .|u'«ll«"» furent a^^cW« ptr lui : /'furet de bon» Chréhen».

recteurs (Ij. On cherche deux millions qui ont été portés depuis peu, de la Monnoye à la Banque, et dont Fromaget a donné son récépissé à Grossin, directeur de la Monnoye. Law en a employé une partie, avant son départ, à payer les commis, qui n'avoient point été payés depuis longtemps. On parle d'autres richesses bien plus considérables et d'argent transporté dans les pays étrangers. Ce Bourgeois a des biens immenses; il est de Lyon, est venu à Paris, depuis sept ou huit ans, et n'avoit rien quand il est arrivé. 11 a épousé la fille de Francine Grand-Maison, procureur de nie de France. Je l'ai vu un très-petit compagnon. Sa fortune, que Ton dit de 60 millions, l'avoit fort enorgueilli. 11 a acheté plusieurs terres, et, entre, autres celle de Boyne 1,750,000, par décret adjugé à Pontoise le k septembre dernier. M. Durevest est un gentilhomme provençal, attaché à la maison de Bouillon, qui a de belles lilles, et par qui il avoit obtenu cette commission de contrôleur. Fromaget est un homme d'affaires qui est devenu directeur.

Le 23, ils ont été amenés de la Bastille à la Banque et à la Monnoye, pour assister à la reconnaissance des papiers et à la confrontation des officiers de la Monnoye. Personne ne les plaint.

On continue de porter à la Banque les 150 liv. par action et cet argent sert à payer les rentes de la Ville ; il n'y en a point d'autre. On ne sait où en prendre pour payer les troupes et les autres dépenses. Le lioi n'en a point du tout dans sa cassette, pour payer les pensions ([ui y sont assignées.

Ballet du Roi. — On fait des répétitions du ballet du Koi dans la grande salle des Machines. Le Hoi y danse très-bien. Ce Ijallet ne vaut rien pour les paroles, qui sont de Coypel le jeune, et il est trop triste pour un

(l) V. Barbier, T. I. p. 92

» MÈMoiurs m MAiniEr marais.

jeune mi. Ouates- vous, t^ninault et Lully? Bonnes cens, je ne vous vois plus: j'ai beau chausser mes lunettes. 0 Framoisî

La pri.nckssk d'Aivkuone. — La princesse d'Auvergne, épouse du prince d'Auvergne, appelé autrefois le chevalier de Bouillon, est accouchée d'un lils le 20 de ce mois. Ce chevalier, qui aime beaucoup le vin et lesfeuimes, n'étoit pas fait pour le mariage, mais il a trouvé une mademoiselle de Trente, Angloise, d'une naissance assez bonne, qui avoit beaucoup ^agné aux actions, et il Ta épousée sans en être plus riche, à cause de la chute de tout ce papier 1). Ce qui lui a fait dire : « De tout cela, il me reste une femme et un enfant. » La demoiselle, qui s'étoit mêlée de bien des choses depuis (jumelle est en France, a tant fait qu'elle a pour mari un Bouillon, à quoi elle ne devoit point s'attendre. Elle avoit accompagné la reine d'Angleterre, femme du roi Jacques.

La duchesse de Fallari continue toujours d'aller au Palais-Boyal. Elle soutient son poste par son esprit. Le Régent lui dit (pi'elle n'est pas belle et qu'il ne l'aime pas, et elle répond qu'elle est bien sûre cju'il laimora un jour; sur (juoi elle leste et elle l'amuse.

L.\w. — Son pokikait. — Lnw, avant départir, aadressé un Mémoire à î abbesse deChelles, lille du Régent, qui est î\ Paris, au Val-de-(irAce. Il le finit par dire que si on n'exécute pas son Système jusqu'à la lin, la France est ruinée; mais elle se trouve ruinée dès à présent et il n'\ a donc plus rien A faire. Le malheureux cpi'il est eût bien mieux fait de denieurer joueur, et d'aller piller les banques de jeu desCiénois et d<îs Vénitiens, comme il faisoit autrefois, que de s'attacher à détruire un si beau royaume. Il n'y a pas dix ans qu'on l'a vu tenir un jeu à \ Ilùtel dv irainylvauie, où, par la connoissance de ses calculs, il gagnoit l)eaucoup. Il s'est insinué peu à penchez \v. Ré-

I \ Mir r^ mnriaitp SamI-Siinoii, M, ih)

DÉCKMBRK 1720. 33

gent, qui aime les choses singulières; il en a faitson ministre et son confident, et il a été le fléau de la France. En Angleterre, il a eu une affaire jDOur laquelle il aurait été pendu, s'il ne s'étoit échappé de sa prison. Sa femme n'étoit point sa femme; elle avoit un mari, qui n'est mort que depuis un an et demi, et les deux enfants qu'il a d'elle sont venus pendant cette parenthèse qu'elle a faite à son mariage. L'origine de cet homme, qui faisoit le seigneur, est très-basse. Il est fils d'un orfèvre d'une ville d'Ecosse, mais il n'a pas man(jué de généalogistes qui l'ont monté bien haut. (Voye?, en 1721, l'extrait d'un livre anglois fait il y a dix ans) (1).

25 Décembre. — Law. — Le bruit s'est répandu que le prince de Horne, gouverneur du Haynaut, frère du comte deHorne, supplicié et roué à Paris depuis peu, avoit fait assassiner Law, à son passage sur ses terres; mais cela ne s'est pas trouvé vrai, et l'on a su, au contraire, qu'il couroit la poste à plusieurs chevaux du côté de Bruxelles, et qu'il avoit passé à Valenciennes, où le lieutenant du Koi et l'intendant, qui est fils de M. d'Argenson , l'ont arrêté pendant quinze heures, sous prétexte de visiter ses passe-ports et de lui faire honnêteté. Il avoit deux passe-ports, l'un du Koi, l'autre du Régent. Ces MiM. de Flandre espéroient qu'il y auroit quelque contre-ordre, qui n'est point venu, ce qui a fait qu'il est parti le lendemain, à porte ouvrante, et continue sa route vers Bruxelles.

M. deFknklon. — M. de Fénelon, inspecteur de la Banque, n'a point étéarrèté. Il dit que lescomptesde Bourgeois sont si exacts que, de tant de millions, il ne se trouve d'erreur qu'un billet de 1,000 livres; et ipi'il a toutes les décharges nécessaires de Law, directeur général.

(1) Voir, sur Law, Saiiil-Simmi, MU. .}•.»;{; XI. .Tii», t't l.emonte>, ///>7. dr la Hcycnce, t. I^r. Voii aussi, hur ti'l lioiniiie célèbu-, Imw, |»ai M lliirrs, el les ouvrages <!•• MM André Coclinl el Levaswtir, (8.%3-fH."

T. II. :j

S4 MF>HMUr.S DK M \THIKli MAUAIS

La HoissAYK. Lys Paris. — On a su (|ue M. de lu Houssayc a vie travailler chez M. Desinarets , ancioii ^olîtl^^leur i;ôm''ral, comme le plus habile houiiue df Franco pour les liiianccs. Il est vieux eliulirme, uiais il a la tète tort bonue, et on ne doute pas que si les affaires lui étoieut restées, la France seroit (piilic j\ présent i)ar ses épari;nes, au lieu qu'elle est ruinée sans ressource. Les Paris arrivent, el ils vont reprendre l'administration destinances, qu'ils avoient, et dont on étoit assez content.

Le cardinal de Polignac, que l'on atteiidoit, est resté à Anchin. On veut qu'il écrive une lettre satisfactoire, oùil recounoisse qu'il s'étoit témérairement engagé dans une entreprise contre l'Etat; mais il ne veut point écrire cette lettre, et acheter son rappel au prix d'une soumission qui le rendroit coupidjle d'un crime qu'il soutient n'avoir point commis, disant qu'il n'a rien fait contre le Koi.

Law. — La femme de Law et sa fille sont ;\ Paris dans leur maison. Klles vendent leurs meubles inutiles. Les ouvriers, comme les selliers et autres, ont repris leurs carrosses en nature. C'est une petite consolation pour Paris que de voir tout ce remue-ménage, pendant que cette di-sgràce devroit produire des punitions ex(;mplaires.

CosKiLs. — Mil tient des conseils fréquents, et nous allons voir éclore quehpie arrangement nouveau sur toutes les affaires, qui sont en si mauvais état que les meilleures familles mancjuent de tout, et qu'on ne trouveroil pas un ecu à emprunter. Personne ne veut donner le peu d'ar^'ent qu'il a, à 2 pour cent de rente, et dans la crainte de qu»'lque nouveau papier, (jui sera le remiKMirsemerit. (hi tninblepour les actions, <]ui se vendent seulement 200 liv., argent comptant, <]uoi(pie estimées 13,500 liv. Actions, 200 liv. argent, V,000 billets.

26, 27, 28. — Pendant ces fôles de NoOl, on a chanté

plusieurs A'oè7s sur l'état présent des affaires et sur plusieurs personnes de la cour. Il y en a de bons et d'autres médiocres. Autrefois M"*" de la Force (t) en fit d'excellents, qu'on a gardés dans les Recueils ou Sottisiers. Ces pièces sont toujours bonnes ;\ avoir, parce qu'elles décrivent, en peu de paroles, les personnes et les choses. On a fait aussi une satire, sous le titre de : La Qualité des vins, comme on faisoit dcsLoyemenls. J'ajouterai ces deux pièces à la fin du Journal de cette année, qui sera bien close par cet épiloizue digne du temps. (Je ne les ai pas mises dans le temps, elles sont perdues) .

Comptes en Banque révoqués. — Le 26, il y a eu un célèbre arrêt, rendu au sujet des comptes en Banque, que Lawiivoit voulu soutenir, et dont M. le Duc avoitfait une grande provision depuis peu. Ces comptes en Banque, ou virements de parties, interrompaient le commerce intérieur et extérieur du royaume. Ils sont tout à fait supprimés, du jour delà publication de l'arrêt, sauf à ceux qui en sont porteurs à les convertir, à leur choix, en rentes viagères, ou en rentes sur les tailles ou actions et dixièmes d'actions, jusqu'au 1"^^' mars. Après quoi, elles deviendront actions rentières, et toute la grâce qu'on a faite, c'est qu'au lieu que, par l'arrêt du 15 septembre, on en avoit diminué les trois quarts, les porteurs pourront faire les emplois du tout sans diminution. Les consuls feront droit sur ceux qui auront été valablement consignés ou offerts avant l'arrêt. Le Koi permet toutes stipulations en or et argent, même entre marchands et négociants, et on ne payera plus les entrées et sorties en écritures. Ainsi Noilà une sorte de liberté rendue au commerce, et les miirchands sont débarrassés, pour les lettres de change, d'un payement (jui empèchoit les traités du de-

(1) Cliarlotto-Ros«'-('auinunl dr la Foi ce, moite «'ii I7'.'.i, a I à^e de .soixante qiialui/e an>, apir-, une existence ^alante et aventureuse, aiiteui <i'iin eeitain nombre d'ouvrages qui dénotent de l'imagination il de reisprit.

S« M!-MOIf\F.S l)K MATHIKll MARAIS.

tians et ilii ».lt'Uoi*s. C'est la preiniôn» o[)ération du nouveau ministre, elle est bonne, et l'ait attendre eneore de uïeilleures suites.

Cet aiTtU thr-iti a été publié le 28 au matin par tout Pans. i|ui en a été bien aise.

Fl\TRAiTi»Ki.\ (iazette de Hollande mi 27, de Brlxklles LK 23 DKCKMiJKK. — Law. — Hier, i\ 9 heures du matin^ .M. Uiw etiM. son tils arrivèrent en cette ville, etallèrent losrer à l'hiMellerie du Grand-Miroii\ et après avoir entendu la messe aux Jacobins, ils reçurent la visite du marcpiis de Ponealier, qui les conduisit chez le marquis de Prie ^1). S. K. les reçut fort gracieusement, et leur lit jK»rter. le soir, des rafrauhissementsà la Comédie, où ils étoient allés avec M. de Poncalier. Ils dinent aujourd'liui chez le maïquis de Prie, et ce soir, on joue la comédie extraordinaire à cette occasion. On dit qu'ils feront qurhjue séjour en cette ville, et que madame son épouse et mademoiselle sa fille doivent le venir trouver incessanunent.

Cette même Gazette parle de l'ouverture du l^arlement d'An^'^leterre, et de l'état où est ce royaume par les actions. Il y a plusieurs écrits sur le crédit public. Ce pays est eneore plus ruiné (pie le nôtre, mais il y a des ressources.

I>es actions A 2 sceaux sont à 2,750, et à 3 sceaux, elles sont à 3,700 en billets. Actions rentières perdent 00, billets de 100 action 11 liv. 5.

\Ai due de lx)rffe, a acheté le carrosse de la iille de Law, jMiur la duchesse de Lorge, sa femme.

La peste est un peu cessée d Marseille, mais elle a gagné Sjiint-Hemy, où étoit le Parlement de Provence, d'où le premier président s'étant enfui avec sa femuïc;, ' mar|einf>is«dle de la Briffe, fille d'un procureur général du Parlement (h; Paris), elle est accouchée, dans le

Ij AmliMMdMr de Iranrr

DKCK.MBRE 1720. 37

carrosse, d'un fils, qui se porte bien et la mère aussi.

Incendie a Rennes (1). — On a appris, pendant les fêtes, que le feu avoit pris dans la ville de Rennes, la veille de Noël, par la faute d'un menuisier ivre ; que la ville est presque toute brûlée, à cause des grands vents , et que, sans le secours des domestiques et officiers de guerre, il n'en auroit été rien sauvé, tous les ouvriers bretons s'enivrant pendant les fêtes. La jeune manjuise des Coetmadec, fille de M. le comte de Blansac de Roye, qui étoit partie avec son mari pour aller voir, pour la première fois, M. de Coetmadec, son beau-père, est arrivée justement le jour de l'incendie, et lorsque sa maison , qui est une des principales de Rennes, venoit d'être brûlée.

Lundi 30. — Banque assemblée. — Il y a eu une assemblée générale à la Banque, où se sont trouvés le Régent, les princes, le contrôleur général, les directeurs et beaucoup d actionnaires. Le contrôleurgénéral a ditque son nouveau ministère ayant voulu rechercher les revenus du Roi, il avoit trouvé qu'ils étoient entre les mains de la Compagnie, et que, pour s'en faire payer, il étoit obligé de requérir la contrainte par corps, tant contre les directeurs que les actionnaires, si mieux on n'aimoit faire la désunion des Fermes et Recettes générales et du profit des monnoyes. Celte alternative a étonné l'assemblée. Le Régent a dit : a Pour moi, je n'aimerais pas être directeur à ce prix-là. Mais il faut recueillir les voix.» Et il a dit à M. le Blanc de passer dans une autre chambre, et que ceux qui ne seroient pas d'avis de la désunion Tiraient trouver. Il y a été un quart d'heure, personne n'y est venu, et, sur cela, le Régenta dit : « Voilà donc la désunion accordée, et je n'ai plus que faire ici. » 11 s'en est allé au ballet du Roi. M. le Duc est resté quelque temps encore

(I) Voir, sur ce mémorable incendie, Barbier, t. I, p. 9'i et Lemoittey, I,

la MKMOIRKS DK MATHIKU MARAIS

a|)K«6 lui. On a i)roi)osé de mettre des gens de (jualitc^ à la tt^e de la (Annpai^nie, comme directeurs honoraires. Un marclumddo lil, nomnu" Mar, a dit tout haut : a Nous allons doui" l>itMi voir d honmHes i^ens à la ttHe de la ConïpaLrnio. » .M. le Blanc a dit à M. le Duc : « Monseigneur, cet homme-là ne vous Tenvoye pas dire, il le dit bien lui-nu^me. » M. des Bonuelles, maître des requêtes, avoit l)eaacoui) parlé en présence du Hégent, (jui lui dit : « Voire discours est beau, mais il ne conclut rien. » — En tout cela, on a vu (pioUe partie étoit faite pour dépouiller la Compagnie de tout ce qu'on lui a accordé, et pour remettre les choses au courant ordinaire des iinances, cpioique le profit des monnoyes eût été accordé pour î» ans, et le bail des fermes pour six ans. L'assemblée a été remise à jeudi 2 jauvier.l7:21. Les actionnaires ont commencé à désespérer de leurs actions; cependant, on continue à payer les 150 liv. par action^ et on se tue pour la conserver parce paiement, qui se fait en foule, i\ cause de la diminution des espèces au l*'' janvier.

r.ALLKT DU Uoi. — (ardenio. — Le même jour, on a joué le ballet du Uoi, avec la comédie Foliea de Cardenio (1), dans la salle des machines au Louvre. La pièce a paru longue ei ennuyeuse, les paroles mauvaises, la musi(jue médiocre. Toute la cour y étoit,et la salle brilloil ï>lus de pierreries que de bougies. Les lustres ont paru trop petits pour la salle, qui est grande, magnifique, et od on a mtendu peu les acteurs. Le lioi y a dans»- deux fois très-bien, et plusieurs seigneurs avec lui. Baron faisoil le rôle de Cardenio.

(Il richon a\iiit, pour Min coup d'essai, Irailé en IQ'fM ce Rujel, qui .Cfd tiré de rton Quichoffê. Pendant la minorilé du noi, Cli. Coypel donna une autre corn' 'nio, «'n iroift arte«; avi-r. d«'s lnt^rim'd«»<, drtnt la niu«i'|in-

H«il «i !••, h.dl«'lsd«* Sallon. Ill»- lui npn-Mîiittr mir U' tlif.'ilic

de U Mlle de» Tuileries, le 30 dér^iinlire 1720. Le Jtpee lacle en C-tail des plus brau% ddei i < i<i<«. |>e Roi y danu ^eHl plutleurA enlrt-eft, -^t les

)cunr* •einAcii r > iiLiiin-renl.

Noms des seigneurs.

MM. Le duc de Chartres. MM. De Brancas.

Le maréchal de Villeroy. De Alaulevrier.

Dé Coigny. De Goudrin.

De Mirepoix. De St-Florentin.

De Cessé. Rupelmonde

De Bezon. De La Suze.

De Croissy. De Villars.

De Revel. De Lorge.

De Laugeron. Le prince de Turenne.

De Tonnerre. De Chambonas.

Le duc delà Trémouille. Duc de Montmorency.

Duc de Boufflers. Marquis d'Alincourt.

De Crussûl. Francine.

De Ligny.

xMM. de Langeron et le marquis de Villeroy ont dansé mieux que les autres. Les officiers des gardes du corps placèrent, parce que le Ijallet étoit hors de l'appartement, sinon les premiers gentilshommes de la chambre auroient placé, parce que toutes les fêtes appartiennent à leurs charges.

On a imprimé les paroles du Prologue el Entrée chez Ballard, qui ont paru mauvaises, sur le papier comme en chant.

Le Pape se porte bien mieux. Il a tenu chapelle et dit la messe. Il a feint d'être plus malade qu'il n'étoit, pour faire revenir le prince Alexandre, son neveu, qui est à Vienne, et qui y fait bien des sottises. La feinte a réussi. Les cardinaux ne partent plus.

Le cardinal de Polignac est revenu à Paris, et n'a point écrit la lettre qu'on lui demandoit.

Marseille, peste. — On a su de Marseille cpie la peste n'y est plus; que les médecins en sortent et font leur quarantaine, et qu'un grand embarras est venu dans la ville, par 7 ou 800 enfants, (jui sont si jeunes, qu'ils n'ont pu dire leur père ni leur mère. La ville les a adoptés et déclarés enfants dé la commune de Marseille, qui s'est

40 MKMOlin S DK MAlHIKll MAllAlS.

charirêe tio leur iioiirritiutM't édiuation I^e l{oi a con- Hnné ft'ltt'ili'lllu ratioji. et a airordé à la ville, par des letlri's patentes, toutes les désliéreiices (|ui se trouveront |mi* la mort des pestif(5rés. Il est mort 80,000 hommes. La |M»ste est toujours à Arles et il Siilon, patrie de Nos- Iradainus. M. Chicoineau, médeein de Montpellier, (jui a été lonirtem[)s à Marseille, y eommuniait tous les matins, et cela a tellement éditié M. de Verny son confrère, médecin protestant, (pTil a iait ai>juration publique, et a communié de même jusqu'aujourd'hui qu'ils sont sortis.

Ceita. — WeA venu nouvelle que les Es[)at::nols, apr^'s avoir lait le siège de (leuta, (jui duroit de[)uis plus de vin,i:t ans, et avoir pris tout le camp des Maures, nu commencement de ce mois , les ont battus de nouveau, et en ont défait V0,000 dans une batiiille. C'est le marquis de Ix'yde «jui a fait toutes ces merveilles (le même qui a défendu la Sicile jusqu^\ la fin contre l'empereur.)

Le comte de Clermont, troisième frère de M. le Duc, a obtenu la coadjutorerie de l'abbaye de Marmont et du prieuré de Saint-Martin des Champs, dont est tributaire le vieil abbé de Lyonne, On éteir)t [>our;]0,000 livres de rentes de prieurés dans Marmont , pour les réunir «i la manse ab))aliale. Ce prince n'a pas fort le goût de l'éUit ecclésiastique (1) et on lui en donne toujours les revenus, qui seront bons.

I'ahkkmk.nt d'Anglktkrrk kt de Pahis. — Le chevalier NVindham a dit, dans le Parlement d'AFigleterre, cpi'il falloil faire la recherche des auteurs de leurs maux, et qu'ils avoientun b<d exemple dans le Parlenutit de Paris, qui, quoirpi'il n<; fût cpie l'omlire de celui d'Angleterre, n'aviiil vouhi repnmdre son siège à Paris (ju'après .ivnii vi; (|ii«. l'.Hiii.iir i]i"^ maux rie l.i France en avoit

(1^ Il le prirtit4 Mjnitaiii(n«;ot par le nombre de m.'h iiialtrcsM^s.

été chassé. Cela fait beaucoup d'honneur au Parlement, mais on ne peut pourtant pas convenir que le fait soit absolument vrai. Ce qui est sur, c'est que Law étoit parti quand ils sont rentrés, et on m'a dit qu'un commis de M. de La Vrillère (Lesaché) ayant porté à Pontoise la déclaration du rappel , le Premier Président mit le paquet sur une cheminée, et ne l'ouvrit que quand il eut su de ce commis que Law avoit été renvoyé.

Souris, filles de l'Opéra, chassées (1). Les deux Souris, filles de l'Opéra, sont chassées, pour certaine galanterie (2) qu'elles ont donnée au comte de CharoUois , qui les avoit vues sur la persuasion de son frère , et qui a dit qu'il n'avoit pris ce mal que par avis de perdus.

(1) Voir siir ces sœurs Suiiris les Mémoires de Richelieu.

(2) Galanterie est indiqué ici pour un de ses inconvénients. C'est la cause pour l'efM.

FIN i)K l'année 1720

ANNEE n2^.

Dieu nous donne une année plus heureuse que 1 dernière î

Mercredi j V janvier. — Le conseil nous a donnée pour nos étrennes, quatre arrêts, qui ont été publiés aujourd'hui.

Le premier continue le prix des espèces jusqu'à ce qu'il plaise au Roi en ordonner autrement, sur quoi le Roi fera un règlement dans peu. Elles dévoient aujourd'hui diminuer d'un sixième.

Le deuxième continue jusqu'au 31 janvier le payement de 150 livres pour le prêt des actions, et les 100 livres d'argent seront reçues sur l'ancien pied de bk livres le louis et le louis d'argent de 3 livres.

Le troisième proroge, pendant le mois de janvier, l'emploi des billets de 1,000 et de 10,000 livres en actions et dixièmes d'actions, après quoi nuls et de nulle valeur. Exceptés ceux déposés par autorité de justice, suivant Torrèt du 8 novembre.

Le quatrième proroge, pendant le même temps, la conversion des billets de 100, 50 et 10 livres en rentes sur les tailles et autres impositions, suivant l'arrêt du 21 novembre (après quoi deviendront actions rentières).

Jeudi, 2 janvier. — Ce jour on a pul)lié deux arrêts importants pour la religion, du 31 décembre 1720.

L'un qui ordonne la suppression de trois mandements conformes, de l'évêque de Senez du 18 octobre, de l'évèquc de Montpellier du 26, et de l'évêque de Boulogne du 30, et des actes d'appel y joints, comme injurieux à

44 MF.MOIUFS DK MAIIIIKU MAHAIS.

N. S. I*. le l'apo ci aux ôviVjiiosdc France, et comme coiifraiiH»s i\ la paix de THulise et à l'autorité royale. Veut tiue ces aoles et uianil'Mneut soient ret;ar(lés couiine nuls et abusils, défenses dont le Uoi se réserve la connoissance et A son conseil de l'exécution de Tarrèt. Les motifs sont de la main de M. le Chancelier. Ils portent que ces mandements attatpient les Explications, qui sont devenues le lien de la i>aix,et qui ont été approuvées par plus de cent évèqueti de France (nous n'avons pas encore vu cette approbation), même par un des prélats dont le nom parolt à la tête du nouvel acte d'appel (apparemment on veut dire .M. de Mirepoix, qui est mort); qu'il étoit dii des actions de i^rt\ces au Hoi et à M. le Kégent, pour avoir prévenu un schisme funeste; que cette déclaration pacifique conserve les règles et les maximes de l'Etat , et que ces évèques veulent persuader contre l'autorité des exemples, anciens et récents, de ce qui s'est passé dans l'Église en de semblables occasions, que les disputes sur la bulle Unigenilus ne peuvent se terminer que par un concile général, llsemble, dit-on, parcesmandem(ints,que l'Églis»' soit réduite à un état si déplorable qu'il ne resteroil plus (|ue trois évétjues qui (Hissent conservé le dépôt de la saine doctrine dans toute son intégrité ; et comme le premier devoir des souverains, en qualité de protecteurs de l'Église, est de prévenir avec soin tout ce qui en peut troubler la tran(|uillité, etc. C'est donc comme protecteur dr l'Kglise que le Koi donne cet arrêt, et pour prévenir un scbisme, ce qui est dans les règles. Les autres motifs jKjurroient être contredits.

Arles. — L'autre arrêt supprime le mandement de l'archevêque d'Arles, du 22 octobre, comme e(>nlrairo, daiiv plu'^ieurs points de son Exposé, à la Dêrlaralion du Hoi, du V août, et aux usages du royaume, défenses, etc. Le Roi m; rés<;rve la connoissance , etc. Les motifs sont de la même main, et disent, entre autres choses, que ce prélat, uniquement occupé du malheureux étiit où une

JANVIEll 1731 45

partie de la Provence est réduite par le mal contagieux qui Tafflige , n'a pas assez senti la conséquence des expressions dont il s'est servi pour en faire une triste peinture; qu'il a mêlé des objets étrangers, qu'il a parlé, sans nécessité et sans ménagement, des affaires publiques, qu'il s'est expliqué avec encore moins de précaution sur celles de l'Eglise, qu'il ne pouvoit ignorer la déclaration du i août, qui étoit enregistrée au Parlement d'Aix, qu'il parolt avoir oublié les maximes du royaume, en rendant publique, sans l'agrément et la permission du Hoi, partie d'un bref qu'il dit avoir reçu de S. S., dont les expressions bien entendues n'autorisent point les conséquences qu'il en tire; et qu'enfin, il parle, en termes aussi peu mesurés, de la puissance temporelle que des libertés de l'Église gallicane. Et comme il est de la, religion et de la sagesse du Roi de ne rien souffrir dans ses Étais qui puisse ou donner des prétextes pour troubler la paix qui vient d'être rendue à l'Église gallicane, ou affoiblir les maximes du royaume, ou diminuer le respect qui est du à

l'autorité royale, etc — Voilà une critique bien forte

et bien juste de ce mandement qui est ridicule et dont j'ai parlé, sur le mois de novembre 17*20.

Le Parlement s'est formalisé de ces arrêts, prétendant que la connoissance de cette affaire leur a été attribuée par la révocation des lettres du grand Conseil. Mais, l"de ces quatre évéques, il y en a trois qui ne sont pas de son ressort ; il n'y a que Boulogne qui en est, et il n'auroit pu séparer son mandement, qui est avec les autres. 2" On a éprouvé que les évéques ne se soucient pas beaucoup des arrêts du Parlement. Le cardinal de Mailly en a eu un cbapeau à Kome. 3" Que le Roi agit comme protecteur dans la crainte du schisme, ce qui est personnel au Roi. h° Il y a un exemple pareil d'arrêt donné contre un mandement de Tévêque de Metz, du 2 juillet 171V, qui subsiste encore; et ce fut le premier ouvrage de M. le chancelier Voisin.

4f. MKMOlUrS Dt MATHIEU MARAIS.

Dimanchey 5 janvier. — Compaunik dks Indks. — Ce jour a été reiulu le cvlrlirt anvt ijui résilie le traité fait, avec la Compagnie des Indes, pour le profit des inomioies, «jui la tléihari;e du don gratuit de vingt luillioiis, olTert pai* Tarivl du '20 octobre; qui annule les baux de la iernie générale »pii lui avoient été faits; qui lui ùteladministraîion des receltes générales des finances; (jui ordonne que lesdirecteursconjpteront pardevant les commissaires du Conseil, sans pouvoir être tenus de compter ailleurs, et qui les réduit à la ferme du tabac et à leur commerce, suivant leurs privilèges et les autres qui pourront leur èlre accordés. Cet arrêt ne parle d'aucune délibération de la Compagnie , quoiqu'il y ait eu une assemblée ; il commence par ces mots : k Le roi ayant jugé (juil convient à l'ordre de ses finances et à Tutilité de la Compagnie des Indes de résilier les traités... » Ainsi, le Koi résilie, par son autorité, les traités faits avec une Compagnie, ce qui [Kirolt contre les règles, et contre la réciprocité synallai:matique des engagements.

Lundi, a janvier. — Le bruit s'est répandu d'une réforme générale dans les troupes. M. le Blanc, ministre de la guerre, Ta annoncée à tous les ofliciers, partie des dragons à pied, six cavaliers par compagnie, etc. Cela a été promis par le Uégent, A qui on a fait voir que le Koi n'étoit point en état de payer tant de gens de guerre, et d'avoir tint d'hommes sur pied.

Mercredi, H janvier. — Auukt. — On travaille à rcmellre les choses sur l'ancien état. Les receveurs génér.'iuxdes finances, qui avoieutété supprimés, sont rétablis dans l'exercice de leurs fonctions et offices, à commencer du jour de l'an (2 et 20 octobre 1719 et 10 septembre 1720, suppressions) avec les mêmes gages, droits et taxalions. Les receveurs des tailles leur remettent les deniers {Minr l'avenir, et à l'égard du passé, les receveurs des tailles les recevront, et remettront aussi aux receveurs généraux, sauf à en compter avec la Compagnie des

lAINVIER 1721. 47

Indes. L'arrêt de rétablissement, qui est de ce jour, révoque tous les arrêts précédents .

Il y a eu, le 2 janvier, une deuxième assemblée de l.i Compagnie (1) où il n'a été question que des changements de directeurs et du payement du prêt des actions. On vouloit changer les billets, qui étoient au poids et au titre. M. de Landivisiau a voulu soutenir cette forme. M. le maréchal d'Estrées a dit courageusement que Ton n'étoitplus dans le temps de l'illusion et que les François ne connoissoient que les tournois et les livres.

Arrêt du 8, qui ordonne que les billets, pour l'emprunt des actions, ne seront signés que de deux directeurs, au lieu de 3, à cause que leur nombre est diminué.

Jeudi, 9 janvier. — xVrrêt, au sujet de l'emprunt des actions, qui ordonne qu'on ne payera plus que 105 livres, au lieu de 150 livres; mais les 105 seront en argent, la Compagnie n'ayant plus besoin de billets de Banque , mais d'argent, pour soutenir son commerce (cela fait bien voir que le billet de 50 livres n'est guère estimé). Les espèces ne seront reçues sur le pied fort que jusqu'au 15 de ce mois. Les nouveaux billets seront de 36 louis et demi d'argent. Les actions timbrées du troisième sceau seront encore rapportées dans quinzaine, à peine de nullité , et il en sera donné d'autres, sur-le-champ ^ qui seront visées par les commis nommés. C'est qu'on a su qu'il y avoit des gens qui contrefaisoient ce troisième sceau.

Vendredi j 10 janvier. — Dom Japhet. — On a joué devant le Roi la pièce de Dom Japhet (2) de Scarron, cjui est fort plaisante, et qui l'a fait rire. Il y avoit eu sur cela une querelle que le Roi a décidée comme un nouveau Salomon. Le duc d'Aumont , premier gentilhomme de la chambre, qui sort d'année, et qui avoit ordonné le ballet de Cardenio , prétendoit que si on continuoit de le

(1) Barbier, I, 105.

(2) Voir Barbier, t. I,

4ê Mf.MOIRFS DK MATHIKU MAIUIS.

jouer, il ilevoit aussi contiiuior d'en ordonner, nonol)slaiit ranntV linio. Le due de Morleniart, (jui est entré en 17-21 , disoit au eontraire ([u'il étoit du devoir de sa ehari:e d avoir ee soin et (|u\)n ne pou voit usurper sur M»nt»Mnps.ll y a eu sur eelade grosses paroles entre eux. Le Rrui-nt leur a ilit cju'ils s'accoininodassent, et (ju il avoil hien d'autres alïaires à régler que leur ballet. Ils ont été au Koi, qui a dit que pour les mettre d'accord, il ne vouloil plus tpron jouAt (ardenio, (jui l'avoit trop ennuyé, et (pi'il vouloit qu'on jouAt Dom Japhet^ (pii le l'ait rire. Ainsi la dispute, qui n'étoit pas trop sage, a été just»Mnent th'c'idée par un enfant.

Kkformk. — Le KégrnI ayant promis la réforme comme une chose nécessaire, on lui en a rapporté le plan dans le Conseil. Il a dit : « Jai fait mes réflexions, cela sera bon pour l'été prochain. » L(î Chancelier lui a voulu reuïontrer sa promesse et la nécessité. Le contrôleur général en a fait autant , et lui a dit qu'on ne pouvoit rien arranger sans cela. 11 les a trés-mal reçus, et leur a dit qu'il étoit hien malheureux de n'avoir autour de lui que des contrôleurs de ses actions. Ainsi voilà la réforme arrêtée. Il n'y a plus (ju'à savoir avec (juoi on payera les troupes.

M"" uh Pahaukrk. — 11 y a de nouveaux changements dans les maîtresses. La duchesse de Fallari est tout i\ fait renvoyée ; madame de Parabére ne veut pi us avoir affaire au Hégent, dfqmis (ju il voit des iilles d'Opéra, (jur Ton croit gûtées, et il a été prêt à la battre, a[)rés un ?»^)uper, parwi (ju'elle n'a pas voulu faiic sa volonté. Il lui a écrit une lettre menaçante ; elle lui a répondu forto m<*nt. Il rherche A placer son amour ailleurs, et il y a des danws de «pialilé assez indig.ics pour briguer cette plariî, f?| s*' [H»rter j)our héritières des chassées. On les noininera bientôt.

Law. — Liw a passé i\ Cologne h; 28 (lécend)re. Il est p^irti (h* Hruxelles le 20. Ia- 29 , il a passé .\ liorm, où il

JANVIER 1721. 4j

a été reconnu. Il court à deux calèches et à quatre chevaux. Il continue son chemin vers Gênes et de lu à Venise. On dit qu'il a acheté l'hôtel Mancini à Kome. Sa femme et sa fille sont toujours à Paris.

Bourgeois, Durevest et Fromaget sont sortis delà Bastille, dès le 8 de ce mois. On ne leur a trouvé aucun crime. Ils ont été tenus là pour faire une espèce de justice, mais tout cela n'est que figure.

M. LE Dec. — M. le Duc est abandonné de tout le monde, parce qu'il a pris hautement le parti de Law , qu'il lui a donné ses livrées pour sortir du royaume , et un homme à lui qui ne Ta quitté que sur les frontières. C'est le capitaine des chasses de Chantilly, M. de Sarrobert. M. le prince de Conti a profité de ce contre-temps , et a reçu, à l'Ile-Adam, quarante personnes, des plus distinguées de la Cour, qu'il a régalées pendant huit jours.

Samedi 11. — Mort de la duchesse de Luynes. — La jeune duchesse de Luynes, âgée de vingt-quatre ans (1), belle, bien faite, vertueuse, aimée partout pour son esprit et son mérite, est morte, en trente heures de temps, d'une colique d'estomac; elle a été saignée deux fois en quatre heures. On Ta laissée reposer, elle s'est endormie ; en se réveillant, elle a fait un cri horrible ; sa lèteétoit attaquée, elle n'a plus tu de connoissance jusqu'à sa mort. Elle est fille du prince de Neufchàtel , autrement le chevalier de Soissons, héritière de madame la duchesse de Nemours, dont elle avoit de grands biens, et elle laisse un fils et deux filles. On croit que, comme elle aimoit fort à monter à cheval, elle se sera blessée sans le dire.

Lemème jour, on a publié la liste desévèchés, abhayes et pensions sur les bénéfices donnés par le Koi. Il y a longtemps qu'on n'a vu une si grande nomination. C'est

(I) V. Saiiit-Simoii, XI, 37R.

Ml Mf.MOlKF-S DF. MMllIKT* MARAIS

comme un olcrirr renouvrUV 11 y a seize év(>ch(^s et cinijuante-trois ahhayes et plusieurs pensions. Les t^tVli/'s sont : l*' L'archevtVlK' (le Vienne à l'abbé d'Auvergne, (jui éloit nonuné à l'archevùcbé de Tours. Il a mieux aimé Vienne que Tours, parce qu'il y n été grand vicaire, qu'il V est connu et aimé par le chapitre, et que celui de Tours se préparoil à le- fatiguer sur la Constitution, dont le chapitre de Tours est appelant.

2" Tours à l'évéque de Tout, qui est Camilly, grand théologien, mais moliniste, et qui trouvera, i\ Tours, à qui parler.

3" CliAlons-sur-Marne, à l'abbé de Tavannes, grand viaiire de Pou toise, neveu du Chancelier.

4* Grenoble, à l'évéque de Sarlat.

5" Sarlat, à rabl>é de Valbelle.

6* Verdun, à l'évéque d'Aulun (de Dromesnil).

7" Autun , à l'abbé de Moncley, grand vicaire de Besancon. C'est un Franc-Comtois, neveu des Defresnoy.

8* Coutances , i\ l'abbé de Matignon.

9* Périgueux, à l'abbé d'Argouges, frère du lieutenant

10' Lectoure, à l'abbé de Beauforl.

Il" I^ Puy en Velay, à l'abbé de Conflans (c'est Conllans de Picardie, premier gentilhomme du Régent).

12"Saint-Brieucà l'abbé de La Vieuville, grand-vicaire de Nantes. C'est la Vieuville-L'huillicr.

i:r Toul, à l'abbé Begon, grand vicaire de Beauvais, fils de M. Begon, intendant de marine.

li" A lais, l'abbé Doncjoy.

15" ^iland^ve, Tabbé de Oillon.

Sfy" Mirtqxjix, X Tabbé de Maniban.

AuB.WKs. — Au chevalier d'Orléans, (;rand-pfienr de France, rabbaye d Hautvillers. C'est celle qui produit le Ixm vin de Champagne, et le Bégent, cjui le veut boire, ne Fa pas voulu mettre hors .sa famille. Saint-Evroult à FabU de Saint-Abbin; c'est un autre lits du Bégent, qui

JANVIER 17«l'.>îaU) SI

n'est point reconnu, et qu'il a eu de la Florence, comédienne. Savigny à Tévêque de Glernront, qui est le Père Massillon, dont il est parlé sur l'année 1720. Ham au commandeur de Cliàteauthier. Boll)onne au chevalier de Langeron. Maulieu au chevalier de Laval. Ce sont 3 chevaliers de Malte, qui ont secouru Marseille pendant la peste. Saint-Ligoire à l'aljbé de Lafare-Lopis , qui a porté à signer le Corps de doctrine, par les évècliés de France. Saint-Cyran à l'abbé Pérot, qui est lecteur du Roi, etc. Voyez la liste imprimée. . ..n*» ^.,i i ,...,,'

Pensions. — Sur Grenoble, 3,000 liv. au chevalier de Keoiuersan , et 2,000 liv. au chevalier de Marcieu. Sur Verdun V,000 liv. au chevalier de Lorraine, 3.000 liv. au chevalier de Conilans, 1,500 liv. au sieur Postel, censeur de livres, ami des Jésuites, etc. Il y en a pour 15,000 liv. sur ce seul évèché, qui vaut 50,000 liv. de rentes. Sur Lectoure, 600 au l*ère Lardy, de la Mercy, et 1,000 au l^ère Miruinont, feuillant. Sur l'abbaye du mont Saint-Michel, G, 000 liv. au comte de Rottembourg, envoyé du Roi près le Roi de Prusse. Cette abbaye est donnée à l'abbé de Broglie, agent du clergé, qui, en la demandant, dit au Régent : «Ne m'oubliez pas sur votre liste, je suis un bon diable. » Le Régent lui dit qu'il étoit tourmenté par des diables plus méchants que lui. Il lui répondit : « Donnez-moi huitaine et je serai plus méchant queux ». Il envoya, aussitôt sa nomination faite, à l'abbaye Saint-Germain, savoir le revenu de cette abb.iye, qui est de Bén<''di<'tins,

L'abbé d'Anlin, quiespéroil avoir (^hàlons, n'a rien eu , et Tabljé Tencin, convertisseur de Law, a été rayé. Son disciple lui fera venir (pielques indulgences de Rome, s'il y va.

L'évéque de Grasse, capucin, a révoqué la signature du Corp» de doctrine, et dit qu'il l'a signé trop rapidrnient, lorsqu'il lui fut présenté par labbé de La Fare- Lopis, le jeudi saint.

«,3 MrMOIRF.S nPMATHIFJI MARAIS.

Doni Lonvart , roliirienx de Saint-Donis, exilé pour avoir protesté oonln' racrommodement. Le cardinal a révoqué st's pouvoirs. Voil;\ la troisi«''ine fois (pi'il est exilé pour la Constitution

Deux notaires Chèvre et Billeheuj étant allés au Palais- Roval, chez M. Tarciievéque de Caud)rai, pour le sommer de donner son visa au hrévetaire pourvu, par le joyeux avènement. d'un canonicalde Cambray,ce prélat, furieux, leur a dit qu'ils étoient bien hardis de venir chez lui; que s'il faisoit bien, il les feroit mettre \ la Bastille, et qu'ils n'avoient qu à passer sa porte. Les notaires lui ont répondu doucement (ju'ils faisoieni leur charue, que c'éloil lus «ge de sommer les ordinaires refusants, qu'ils ne craignoienl point la Bastille, et que, par leur office, ils alioient jusqu'à la porte du cabinet du Roi. 11 s'est emporté contre eux en jurant : Mordieul deux fois, et les a chassés de son antichambre, en fermant la porte avec une si grande roideur qu'il l'a pensé rompre. Voilà nos' ministres et nos évêques.

Arrêt du i) janvier qui ordonne que les contestations, au sujet de la su[)pression des comptes en Bancjue, seront jugées, en premier ressort, par les conseils, et par appel au Conseil par les commissaires nommés, au nombre de cinq au moins; l'appel sera instruit sommairement, par requête communicpiée, et unesimple sommation de fournir répons<*. On a beau avoir rapj)clé le Parlement, on le dépouille tous les jours de sa juridiction, .\melot. Desfors, Sainl-Contesl, Ferrand, Machault, Boujault, Landi- ^i•»i.lu, Baudry, Beaussan, La (iranville, Angran, Signy. • i ommismires j.

.\cmo\s A :i SCKALX, :L '»()() ; a 2, 2,V00. Actions iiknriEKKs, 00 p. CKM. — Dans l'assemblée, fait(; à la Bancjue le 2 janvier, M. le Duc a été nommé vice-gouverneur de la Compagnie, et pour commissaires honoraires ont été noiiiiné.s MM. de Vend6ine, (iramont, Chauvcl, d'Antin, d'Hîilréeîi, de Méziéres, Lassay, Landivisiau, et chacun un

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