‹ Journal et mémoires de Mathieu Marais, avocat au Parlement de Paris, sur la régence et le règne de Louis XV, 1715-1737 (volume 4)Chapitre 36 sur 55 · CHANSON · texte numérisé non relu

CHANSON

Au grand (londé qui dans la guerre Étoit plus craint que le tonnerre.

Bourbon, que tu ressembles peu î A trente ans tu n'es qu'un novice, Ri tu n'as jamais vu le feu Qu'à la brèche de Saint-Sulpiee.

AUTBE EPIGRAMME (1).

Un manchon laissé sur un lit A la cour tait un très-grand bruit.

Richelieu n'eut point de prudence Et ce n'est qu'un petit garçon :

Sortant du plus chaud lieu de France, Qu'avoit-il besoin de manchon ?

Dimanche 16. — Ce même jour, le inoniloire dans Taffaire du duc de la Force a été publié aux paroisses ; mais il n'a pas été affiché.

L'ambassadeur turc a fait son entrée (2) à cheval avec sa suite, tous montés sur les chevaux du Koi. Il a paru )>eau et de bonne grâce. Il avoit d'un côté le maréchal d'Eslrées et de l'autre Raymond, introducteur des amba.s.sadeurs. Il étoil accompagné, de la part du Roi, du régi ment de dragons d'Orléans, dont M. de Traisnel, gendre de M. Le Blanc, est colonel ; du régiment de cavalerie de la rornette blanche^ en quatre bataillons, à hitj'^te dn(|ucl éloit M. df Rioule, lieutenant-colonel, et des grenadiers à ckieval,quiest la plus belle troupe du monde. Le Roi étoit

(1) (HUtuirr (aoMe. ) Maiame d'Artnagn*c. (Marais ). (1)V. Bwbéer, t I, lîo, lîi.

chez madame la maréchale de Boufflers, à la place Royale, pour voir passer cette entrée, où tout Paris a accouru.

Lundi IT. — Appelants. — Le lieutenant de police continue de faire venir les nouveaux appelants et de les interroger. Ils répondent comme faisoient les premiers chrétiens aux persécutions, et un d'eux, appelé Socquart, a dit que l'on avoit arraché du Roi la déclaration sur l'accommodement, qui est contraire à ses intérêts et à ses instructions, et qui déshonore sa piété et le commencement de son règne, et que, pour lui, il seroit trop heureux de souffrir et même de mourir pour la vérité. Ce sont comme des Actes des martyrs ou plutôt des confesseurs.

Mardi 18. — Arrêt qui proroge jusqu'au 26 mai le délai pour le visa général, qui n'a pu être commencé que le 10 mnrs ; qui dispense de certifier les billets de banque et d'en rapporter le numéro; et qui dispose que la liquidation sera faite suivant l ordre et date des déclarations.

M. le marquis de Bussy et iM. de Cartigny ont été mis à la Bastille Mercure, février; voyez la délibération qui les nomme). Ils étoient du nombre des syndics honoraires de la Compagnie, et avoient parlé très-haut à M. de Machault, Tun des commissaires, pour récuser M. Fagon et M. Trudaine, qu'ils prétendent être contraires aux actions M. le prince de Vendùme a voulu prendre leur parti. Le Régent ne Ta pas bien traité. On veut faire rétracter l'arrêt qui condamne la Compagnie à compter des billets de banque, mais on n'en viendra pas à bout.

Duc DE LA Force. — La déclaration du Roi qui renvoie au Parlement Taflaire du duc de la Force a été imprimée avec les modifications; mais on ne Ta ni criée, ni vendue, et le procureur général a défendu à Timprimeur du l*arlement de la distribuer à d'autres qu'aux conseillers. Le Parlement se ])laint de celte défense, et de ce que le monitoire du duc de la Force n'a pas été afli-

IM MKMOlKK.s l»l MVTIinr MAKAIS.

chê. Il se prépaiv à on faire des reproches jui procurear général, qui a tlit au Uéfrent que le duc se tirera d'affaire, s'il veut tout nier. Le chevalier Landais a été interro'^'é sur l'assiuMié pour être ouï, et a demandé d'ùtrc renvoyé dr l'accusation, parce qu'il n'y a preuves contre lui, ni dans l'interrogatoire ni dans Tinforniation; mais il a été arrêté qu'étant compris dans une accusation pul»li<jue de monopole, la règle étoit de ne pouvoir être absous que par une instruction entière.

J'ai vu la déclaration imprimée et une copie. Elle est très-bien faite ; c'est une suspension du jugement des (juestions entre les ducs, et cependant il est ordonné qurle procès du duc de la Force sera continué en la Cour, sullisamment garnie de pairs, s;ins que t(nit ce (jui a été fait et ce qui se fera puisse préjudicier aux demandes et prétentions des ducs sur la forme qui doit être oV)servée dans l'instruction des procès criminels des pairs, sur lesquelles le Uoi se réserve de statuer. Ainsi les questions demeurent indécises.

Liste d'appelants. — On a publié une Liste de nouveaux appelants, corrigée et augmentée de quatre-vingt-dix-sept [Hîi-sonnes, ce qui marque le parti pris de tout souffrir pour la vérité qu'ils croient avoir pour eux. Il y a {\ la tète un passiàge de saint Jérôme, A'/). :ii> : Vohnnuset nospacenif (l non solum volumuSy srd royamus, sed pacem Chrlsti^pacem veram , pacrm sine inimiriliiSf pavem in (jua non sit hélium involutum, pacem qu.T non advcrsaritfs sidjjiciat sed elamicos junfjaL... Sos nec Ecclesiam scindinms neque apatntm rommunionr dividimur, sed ah ijtsis ni ila dicam inrunahiliscatholiro sumus lacle nutriti. Avec ce passage, on va faire signaler bien des gens, (juoique ces sortes d'applications soient bien [niériles. L'antrr parti pourroit en trouver d au.ssi bons pour lui.

11 parolt nneb-ttn* pastorale d<' Tévècpie (Ui Boulogne, a son peuple d«; Calais, du 10 janvi<!r 17-21 , sur un curé qu'ils ont maltraité. Il leur fait un crim»* < iinnue de co-

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médiens qu'ils ont reçus, et de ce que les violons de ces comédiens ont joué des noëls la nuit de Noël dans une église. Cela paroît poussé trop loin , et une capucinade indigne d'un si grand homme. Il a mis tout saint Paul dans cette lettre.

Les appelants interrogés par iM. Baudry sont, du 10 : M. Pinel, curé de Saint-Séverin, M. Socquartet cinq bénédictins des Blancs-Manteaux. Le ll,M.leGoix, ancien curé de Saint-Josse, le P. Bouvière, dominicain, et trois prêtres delà Doctrine chrétienne. Le 12, lesP. Pollart, de Venex, Marine et Tronchon , prêtres de l'Oratoire , de Saint-Magloire et deux bénédictins de Saint-Denis. Le 13, le P. Fouquet, fils du célèbre M. Fouquet, surintendant des linanceS; les PP. Gaffard, Daguet et Grobois, de l'Oratoire de Sainte-Marie. Le P.Lourdetde Saint-Honoré. MM. Lefèvre et Gordon, docteurs. Ainsi , depuis le G jusqu'au li , il a comparu cinquante personnes, sans qu'aucune^ se soit rétractée du témoignage qu'ils ont cru devoir rendre à la vérité.

Le cardinal uk Bissy. — Bénédictins. — Le cardinal de Bissy a voit dessein de sacrer le Nonce dans l'abbaye de Saint-Germain. Il en parla aux bénédictins, et leur fît entendre qu'ils avoient un grand honneur de sacrer un nonce en France. Ils y consentirent ; mais quelques jours après, il leur dit que le Nonce ne viendroit pas dans un couvent d'appelants, et qu'ils n'avoient qu'à mettre sur un papier le moindre signe d'improbation de leur appel, et qu'il y viendroit. Sur quoi ils lui dirent : « Nous ne voulons pas acheter si cher cet bonneur, nous avons ïixd notre appel avec connoissance de cause et avec maturité. Rien ne sera capalde de nous arracher le moindre signe de repentir. »

108 MF.MOIRKS DV. MATHIKr MARAIS.

tMK\>0.\ SLU MAlJAMt DL SAIN l -SI ll'U.K.

ImT |)au\ro(inn)e Snint-Sulpicc.

SiHiU' »'t .sins iM'iiscr a inalirc.

Se cliaiiffuit et mettoit son fard ; Le feu prit à Sii cluMninée.

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