‹ Journal et mémoires de Mathieu Marais, avocat au Parlement de Paris, sur la régence et le règne de Louis XV, 1715-1737 (volume 4)Chapitre 37 sur 55 · I.e monde s'en étonne , ear Klle avoit été ramonée · texte numérisé non relu

I.e monde s'en étonne , ear Klle avoit été ramonée

ou Elle étoit fraîche ramonée.

Jeufli -20. — L'ahhkTkncin. — Vkssikrks. — On a plaidé à l.idrand'Cliamhre une cause pour Tabbé Vessic^res, secrétaire lie .M. le Chancelier, contre l'abbé Tencin, pour le prieuré de .Merlou. M*" Julien de Prunay, avocat, a orné son plaidoyer de plusieurs plaisanteries contre Tabbé Tencin, et on y a fait entrer l'abjuration de M. Law, qu'il a reçue, parce qu'il s'est trouvé un voyage qu'il a fait comme c^rand vicaire de Sens dans son affaire, et c'étoit à deux ou trois jours de l'abjuration. Le système nouveau des bénéfices y a joué son jeu. Quelqu'un a dit chez M. le Chancelier, (pii n'a pas approuvé l'appel de la sentence de l'abbé Tencin, qu'il y avoit des gens qui étoient faits pour ne pas perdre une miette de honte. L'affaire est remise à jeudi prochain. On se prépare à venir entendre plaider cette cause comme à voir jouer une comédie , et la famille des Tencin en est au désespoir. Mais on ne les plaint pas, non plus que le duc de la Force, et le Parlcmi»nl uiM pas fAché d'avoir A les juger.

Vendredi 21. — Amh. Tirc. — L'amba.^^sadeur turc a eu son audience du Koi. Il est venu avec le même cortège qu'A son entrée, et est entré aux Tuileries par le Pont-TcMirnant. Toute la maison du IU>i étoit A cheval aude\nnt rlu pont, et les gardes franco i ses et suisses en haie le long des Tuileries. Il a paru d un air libre , gracieu.v, et comme *i le l/)uvre étoit si\ maison. Les dames étoient dans la galerie , sur d«'s gradins, tn-s parées. Mademoi- M-Wf de .Mam'-re y a emporté le prix de la beauté. Le compliment a é|é long et fort beau. Il répond avec beau-

coup d'esprit à ceux qui lui parlent. Il est enchanté des honneurs qu'on lui fait. Son fils est aussi très-gracieux et très-bien élevé. On Ta recondui t avec les mêmes troupes de l'entrée àTHotel des Ambassadeurs, où il loge. M. le prince de LambescTa mené chez le Roi au lieu du maréchal d'Estrées, qui étoit à l'entrée. Ce prince a été à côté de lui pendant toute la marche. C'est qu'il n'appartient qu'aux princes lorrains de mener les ambassadeurs chez le Roi. Samedi, 22 mars. — Revue du Roi. — Le Roi a fait une revue du Régiment du Roi et de la cornette blanche, dans les allées de Vincennes. On vouloit en même temps faire la revue du régiment de dragons d'Orléans, mais M. le comte d'Évreux, colonel général de la cavalerie de France, ayant prétendu les commander comme cavalerie, M. deCoigny, colonel-général des dragons, s'y est opposé. Cette dispute s'élant passée le matin au Palais-Royal, iM; le Régentn'a voulu rien décider, et la revue des dragons s'est faite séparément àCharenton. M. le comte d'Évreux a dit à M. le Blanc de les faire poster si loin qu'on ne les aperçût pas, car il y commanderoit , et cela a été exécuté. Le Roi, en voyant la cornette blanche, a dit au comte d'Évreux : « Il me semble que cette cavalerie devroit être sur trois rangs. » « Cela est vrai, Sire, a dit le comte d'Évreux, mais c'est qu'il nous manque bien des cavaliers. » Tout le monde a admiré la bonne urùce du Roi dans cette revue, où il y avoit beaucoup de princesses et de dames à cheval.

MM. de Bussy et de Cartigny ont été mis hors de la Bastille.

PrinceCiiaklks. — Ce samedi, au soir, j'ai eu une grande conférence avec M. le lieutenant civil, sur l'affaire de M. le prince Charles. M. Ducornet, mon confrère, y étoit pour M. le duc de Noaillcs, père de madame d'Armagnac. Nous y avons traité l'affaire dignement, et il a été résohi entre nous : 1° Qu'il n'y avoit point de lieu à la séparation de biens parce que la dot est subsistante, substituée et qu'on n'y peut toucher. 2" Qu'il n'y avoit point d'autre

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.xpôtlicnt que île faiir une séparation de corps; ce qui se feni de cette manière : Madame d'Arniae:nac fera sa plainte à M. le lieutenant civil par unerequùte. Le prince sera assiirné ; il ne répondra point ; on U'vix une procédure auCliAtelet dont il appellera. Sur l'appel, transaction, qui contiendra la s/paration de corps et de biens, et (jui sera lîoinoloiruêe an Parlement, et ensuite decette transaction, la dot sera restituée A la i'amille de la princesse. Ces transiictions sont usitées dans les grandes familles et approuvées par le Parlement. Il y en a plusieurs exemples dans Louet et Brodeau , lettre S. N. 16. L'auteur du Traité de la Communauté en parle. Nous n'avons point trouvé de meilleur expédient. Je suis revenu à onze heures du soir chez moi, et j'ai écrit une grande lettre au princeCharles, (pii contient notre résultat.

Lundi 28. — Princk Chaulks. — Le prince Charles m'est venu voir, et m'a dit (pi'il approuvoil notre délibération et ne me dédiroil pas d'un mot. Il a été chez M. le lieutenant civil lui dire qu'il l'acceptoit et lui a montré ma lettre. M. le duc de Noailles y a été le môme jour, et a approuvé notre avis. Ainsi l'affaire va se terminer de la façon (pic nous l'avons projeté. La femme aura un état certain , et le mari n'aura plus les biens ni pouvoir snr le corps de sa femme. C'est une grande extrémité, mais nous n'avons pu faire mieux, et le prince a ce qu'il souhaite. Il a aussi montré ma lettre à M. le maréchal de Villeroy (;t ;\ M. le Blanc, (^est une grande affaire.

Dix DK LA FoRCK. — Il parolt un Mémoire à trois colonnes |>ourl«'duc de la Force. Dansla jinîinière sont lesrecpifttes dndnrdcltichelieu et des pairs m 171(),on ilssontenoient la commission expresse du Boi. Dansla troisième .sont le« exemples tirés du Mémoire du iUic ih' Kichelieu, du même tem|»M. IKnis celle du milieu sont les dernières remontrances du Parlement, avec des notes critijpies. J'y ai remarqué deux exiiuples de gens de (|ualité ({ui n'ont

M AU s 1721

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pas souffert dans leurs maisons des exécutions de justice; l'un de M. de Montrevel^ qui n'étoit pas encore n)aréchalde France, et qui tua deux archers de sa main, voulant saisir ses meubles. Il eut sa grâce dès le soir, et le lieutenant civil lui lit des excuses. L'autre est du duc de SuUy^ qui ne voulut pas souffrir, depuis la Régence, une visite dans sa maison pour les viandes de carême. Il y eut une grande émotion, et le commissaire lui fit satisfaction. On dit contre le Parlement qu'il a eu besoin en J652 d'une abolition de tous ces excès commis pendant la minorité, et qu'il ne rend pas la justice aussi exactement, puisque les familles de Richelieu et de Mazarin ont été obligées d'obtenir une évocation générale de toutes leurs affaires au Grand Conseil (cependant aujourd'hui les ducs de Mazarin et Richelieu tiennent le parti du Parlement). On finit par dire que le Roi ne peut pas donner des commissaires aux Pairs pour les juger, mais qu'ils doivent être jugés au Parlement, néanmoins avec une commission expresse du Roi.

Ducs pour le duc de la Force.

D'Uzès,

La Force,

Ue Tresmes,

De Charost,

d'Antin,

De Chaulnes,

L'évèque de Beauvais ,

L'évéqiie de .Noyoïi ,

De Muutbazou ,

ïallard,

Luyues,

Saint-Simon,

Mailly, Arcliev de Rlieims,

De Rohan,

D'Albret,

De Louvigny,

Morteniart,

Berwick,

Rohan- Kohau.

Ducs pour le ParUmenl.

\j^ Trémoille (qui a onze ans).

L'évèque de Laon , De Sully, De Hrissac, De Richelieu,

Villeroy,

INoailles,

Coislin,

D'Auinont,

De Villars, maréchal

ni MKMOIRKS DK MaTHIKH MARAIS.

/>//.< f)our le Purlemeni.

Suite .^

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