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dangereux pour Ja poitrine qu'un mois de quinquina ; il faut croire les médecins. Les sonires, les chimères, l'appétit de parler sont terribles dans la fièvre. J'avois dans la tèie un placet pour le prince Charles, qui ne me quittoit point; je l'ai dicté, il en est sorti. La même chose est arrivée à Boileau, qui fit, dans une fièvre, des chansons sur un air du Savoyard; on lésa mises dans ses OEuvres. J'ai relu le poëme du Quinquina de La Fontaine, et il m'a paru excellent. C'est là où il dit :
D'autres temps sont venus, Louis règne, et la Parque Sera lente à tranclier nos jours sous ce monarque ; Son mérite a gagné les arbitres du sort.
Compagnie dks Indes. — On a publié un arrêt du 3 mai qui nomme des commissaires pour juger les affaires contentieuses de la Compagnie des Indes; elle épargnera bien des frais de la juridiction ordinaire. Ce sont MM. Fagon , Fortia, Daussan , Angran, Rouillé, d'Argenson, Fontanié, Moras, Méliand.
Bureaux des finances. — Autre arrêt, du 27 avril, qui aexcepté les officiers des bureaux de finance du prêt pour leurs charges, mais avec beaucoup de peine. Il y a un plaidoyer dans l'arrêt contre eux.
Faux et forêts. — Autie arrêt, du V avril, qui exempte les officiers des eaux et forêts du logement des gens de guerre. Cet arrêt paroitavoir été donné avec colère, contre les commandants de guerre et autres, qui demandent ces logements, en haine de la chasse que ces ofliciers ne leur soufflent pas.
17 mai. — Uentes viagères. Prévarication. — De ce jour il ya un arrêt qui ordonne que ceux qui ont fait des soumissions pour les rentes viagères, les rempliront dans la huitaine, sinon qu'elles seront délivrées à bureau ouvert à ceux qui se présenteront. Cel arrêt prouve le brigandage affreux qui s'est fait sur ces rentes. On a tout à coup dit qu'elles éloicnt remplies, et les porleiu's de bil-
4M MKMOIKKS l)K Mvrilli.r MAHAIS.
lels de liquidation ont foiulu U'urs l)illots à partir des iiiiatre cinquit'rnos. Mais cette opéiatioii s'est troiiv<5e fausse. Des gens apostés lesavoient pris, et les revendirent dans le puMic, en cédant la première îuhu'c d'arréraiics. La i>oui*snite faite sur les commis delà Ban(juc a fait peur à ces fripons. La revente a cessé, les soumissions n'ont point été remplies, et il a fallu donner cet arrêt, qui ne remédie pas à toutes ces pauvres familles qui ont fondu leui*s billets , faute d'avoir pu obtenir de ces rentes viagères. On soupçonne jusqu'au contrùleur-général d'avoir eu part à cette manœuvre et d'en avoir profilé. Ainsi tout [)ille : le ministre, les juges, les commis, et tous par la digne vertu du papier anglais.
•2V mai. — La Jonciikrk ahuktk. — On ne parloit plus de l'affaire des Trésoriers; mais tout d'un coup, elle s'est réveillée. LaJonchère, trésorier de l'extraordinaire delà guerre, a été arrêté en revenant de Versailles, à onze heures du soir. Il a été mis à la Bastille, et scellé chez lui à la requét»' du procureur général de la commission. Il paroissoit tranquille, et cccoupabien étonné safamille. On a dit aussitôt cpie plusieurs personnes avoient part à celte affaire : le chevalier de Rohan, le maréchal de B<-r\\ick, le prince de Tingry, M. de Belle-lsle, le marquis de la Farc. Ln trésorier prenoil leurs billets de banque, et leur donnoit ou proinettoitde l'argent à la place, quand ses fonds renlreroient, ce sur quoi il demandoil V3 millions au Uoi, comme on voit dans le Mémoire des l*Aris. Opendanl, il donnoit ce billet ;^ rofficier, comme sic'ëtoit le fonds de la guerre, cequi n'éloit pourlanl pas. 0« Messieurs, qui dévoient savoir les règles de luguerre, ont bien manqué, et le trésorier aussi. Le public s'exerce snr c<^ noms illustres; leur réputation n'en sera pas meilleure, et la Joruîlière n'en sera pas plus juslilié. On doil le transférer, au premier jour, d.ins son bureau pour v«rilierMîHr.'gi»lr.îs, et c'est une trisb; c )mj)arulion dans sa inaisrm;
31 mai. — La Chapelle mort. — Le S' de la Chapelle, de l'Académie françoise, est mort. Il y avoit été reçu le 1*2 juillet 1688, et y fit une belle harangue. Il étoit secrétaire des commandements du prince deConti, et ne lui donnoit pas de bons conseils. On a de lui les Amours de Tibulle el de Calullcj en prose et en vers françois; mais son principal ouvrage sont les Lettrea de Suiasej qu'il faisoit pendant la dernière guerre par les ordres du marquis de Torcy, où il y a bien des haines contre la maison d'Autriche. Le style en est un peu trop déclamatoire pour des lettres, et la matière bien exécutée. Du reste, cet homme ne valoit pas grand'chose du côté des mœurs. H dogmatisoit l'athéisme et le professoit aux femmes. 11 a été receveurgénéral des finances, et y a mal fait ses affaires. Il devint amoureux d'une veuve de Bourges qui ne vouloit point de lui ; il fit semblant de se pendre ; on le détacha d'une solive, et il épousa la veuve.
Baron revenant sur le théâtre. — Tout Paris retourne à /;jes de Castro. Baron, que l'on croyoit mort, ou qu'on croyoit avoir renoncé à la comédie, est remonté sur le théâtre tout de plus belle. 11 n'a jamais si bien joué. C'est un prodige que cet homme en qui l'action ne finit point. Les uns sont scandalisés de son retour; d'autres charmés. Il dit qu'il n'a d'autre métier pour vivre, et qu'il ne f;iit point de mal en jouant la comédie qui le nourrit. Lamotte est bien content de cette résurrection, qui remet sa pièce en honneur.
23 mai. — Grand et premier éciyers. — Voici l'arrêt qui a été rendu dans l'affaire du grand écuyer et du premier :
« Le Roi étant informé que h's arrêtés rendus en son conseil les 22 octobre 1715, 17 février 1718 et fin mai 1721 , donnent lieu à des contestations entre le grand écuyer de France et le premier écuyer de S. M., aux([uelles le bon ordre de son service demande qu'il soit pourvu, S. M. étant eu son conseil, a ordonné et ordonne qu'en tout ce
^60 MiMiniu'.s m-: MATIIIII' mviwis.
qui sera de son serviotMlans les grandos ol i)(.'titos écuries, le m*and éeuyer de France el le premier écuyer de S. M. suivront el ohserveroiit les mêmes usaiiesdans Itnirs fonelioiiseladminislralions (jifilssuivoient et ohservoient au jour du décès du feu Roi et nvaitl lesdilu arrêts, sans aucun cliani^^ement ni invocation de part et d'autre, jusqu'à ce (|ueS. M., enconnoissance de cause, en ait antrenienl ordonné. Fait au conseil d'Klîil dur»oi,S.M. yétant. Tenu j\ Ver>ailles, le 23 m;û J7*23. — Siiiné : Plu'lipeau.r.
Parcel arrêt, ou iTa point d'épard aux arrêts rendus pendant la Kégence, non pas même à l'arrêt du 2G octol)re 1715, qui a jugé la dépouille de la grande écurie : le Koise réserve à juger le fonds en conuois^ance de cause ; ainsi on est en état de l'instruire et de donner le mêmoire cpii a été fait.
Le cardinal a dit au prince Charles qu il en auroit eu |K)ur six ansc\ faire casser ces arrêts et tpril y avoit donné ordre en un moment. M""" de Berinshem avoit demandé «ju'il lui fût permis de porter la livrée du Koi et les armes du Hoi à son carrosse, comme veuve du premier écuyer, ce qui lui a été refusé. Le prince Charles a dit en riant : « Je lui donnerai, quand elle voudra, la pera mission de la livrée; cela se donne hicn auxcomédiena ues, dr p<'ur (pi'on ne les insulte. »
Camimstuo.n. — Ca;npistron , de l'Académie IVaiicoise, esl morl. Il êtoil attaché à MM. de Vendùme. il a lait plusieurs pièces de théâtre assez honnes. C'est celui cpii a le plus approché de Racine. Voilà deux places vacantes, celle delaCha))elle et la sienne.
28 mai. — I.AVKR, ANGLAIS. — L'avocal Laver, entin, apn'^hliien des répils, a été pendu à Londres, puisécar- Irl»', «icseitlrailtes hrûlées et sa tête mise sur' \o. temple de Bar; le tout pour une cnnjuralion (pie la moiti«' de la nation détwivoue. Il a (ht en mour.int (pi'il n'y auroit jamais de paix en Angleterre, l.iiit «pTils ir.niroient pas leur véritable roi.
On a appris que le 23 octobre, Ispaban s'étoit rendu, avec tous ses habitants et le sophi, au rebelle Nirevex. C'est une étrange révolution.
Clergé. — Le clergé s'est assemblé aux Auguslins pour ses affaires particulières. F^e cardinal de Xoailles a eu la douleur de voir tenir cette assemblée dans Paris et de n'y point présider. L'archevêque d'Aix est deuxième président, le cardinal Dubois est le premier président; il y est venu, et a remercié le clergé de l'avoir associé, comme archevêque de Cambray, au clergé de France : le discours qu'il a fait est du nouveau style. Il a mis en pièces le sacerdoce et l'empire, et on n'a pas trop compris cette harangue, que les beaux esprits du temps louent comme un chef-d'œuvre.
Lkttrk des sept évkques, in-i°, 48 pages (cette lettre a été supprimée par arrêt du Conseil du 19 décembre 17-23). — Oïl a distribué, au commencement de ce mois, une lettre au Hoi, des mêmes sept évêques qui avoient écrit au Pape en 1721 une autre lettre, que le Conseil a fait su[)primer par un arrêt du 10 avril 1722. Ils répondent, dans cette dernière lettre, à tous les motifs de cet arrêt, font voir qu'ils n'ont rien fait contre le Roi et l'autorité royale, (pi'ils ont pu s'adresser au Pape^ sans permission du Uoi, dans une matière spirituelle, et hii exposer les maux de l'Église : que la Constitution nétant point acce[)tée unanimement, et n'étant enregistrée qu'avec restriction, ils ne sont point en faute, en demandant l«i jugement de l'Église universelle et en appelant; quils violeroient les libertés de l'Éulise galHcane en faisant autrement, et (ju'on n'a pu dire (ju'il seroit procédé extraordinairement contre eux, à moins qu'il
46S MF.MOIIU.S l)K MATHIIU ÎMARAIS
n'y ait un corps de drlil. Cette lettre e^l Irès-élociuenle, et ne fera pas plus irelïel que les autres.
I/arehevtVjue de Heinis a éerit une lettre à l'ëvùcjuc de Boulotrne, son sulïrai,'ant, pour lui dire (ju'il ne pouvoit sVnnHH'her de convoijuer un concile provincial contre lui, à cause du mauvais gouvernement de son Église. L'évôcjue de Boulogne, (|ui est un ancien évcVjue, a tait au métropolitain une réponse où il lui a montré son ignorance dans les matières canoni(]ues, et a appris A ce jeune prélat ses vérilaldes devoirs et la distinction des matières contentieuses et des volontaires dans la juridiction épiscopaie. Le nouvel archevècjue doit être bien honteux de cette levée de boucliers que les Jésuites lui ont fait faire.
.Mkmoikis dkM""' di: Mottevillk. — il a paru des Mimoires pour servir à l histoire d'Anne cV Autriche, femme de Louis A7//, par M*"' de Motteville, sa favorite, en 5 volumes in-12; Amsterdam. Il n'y a jamais eu ensemble tant de faits secrets, tant de caractères bien manjués, tant de poitrails ressend)lanls et une connoissance si grande de la Cour et des familles. Il falloit une historienne, pour bien dire loivs les détails de la vie d'une Régente, et il n'y a qu'une femme qui [)uisse bien savoir certains secretii des femmes. Tous les historiens de la minorité de Louis XIV n'approchent pas de ces Mémoires. J'ai lu iescincj tomes, (pii m'ont été prêtés par M. l'ambassadeur de Hollande, homme fort aimable et de beaucoup d'esprit. 11 y a bien des traits singuliers .sur Christine, reine de Suède, et sur ses (hiix voyages en France. Le dernier tome contient la mort du cardinal Mîizaiin et celle de la Keine, avec des circonstances très-particulières. Kniin, hors quelques réflexions un peu trop dévolcM et qu<lqu«fois déplacées, on peut dire cas Mémoires eicellents, et faisant grand honneur à celle (pii les a com- [utsés avec une vérité (pii brille partout et (]ui n'est i)oint ordinaire. Ce qui est rare, c'e«t que M"*^ de Molteville
n'est de rien dans tout ce qu'elle raconte, et qu elle n'a fait qu'écrire ce qu'elle a vu et entendu, au lieu que tous les faiseurs de Mémoires sont toujours de quelque parti.
La Jonchère. — La Jonchère est mal dans ses affaires. Il a été décrété de prise de corps par la commission, à qui on a donné pour nouveau pouvoir de juger criminellement, ce qui fait que les officiers militaires qui en étoient s'en sont départis, ne jugeant criminellement qu'au conseil de guerre. On crie fort contre ceux qui ont tiré l'araent de la caisse : et on renouvelle Fenlèvement du caissier assassiné.
a juin. — xVvENTURE DU For-l'ÉIvéque. — Il est arrivé aujourd'hui, au For-l'Évèque, un cas bien nouveau. On a voulu transférer un prisonnier, par lettre de cachet, d'une chambre dans une autre. Il a résisté : on a fait venir des archers. Il a trouvé moyen de se saisir d'un couteau et d'une fourche et il s'est défendu contre eux. Le lieutenant criminel et le procureur du Roi sont arrivés, et n'ont point trouvé d'autre expédient, pour arrêter la rébellion de cet homme, que de le faire tuer. Ensuite, ils ont fait le procès au cadavre, l'ont condamné à être traîné sur la claie et pendu par les pieds, ont fait, dans l'instant, confirmer le jugement par un arrêt de la Tournelle, et le même jour, ont fait exécuter le jugement à la Grève, au grand étonnement de tout Paris, qui plaint ce pauvre malheureux, qu'on pouvoit désarmer de cent manières différentes sans le tuer. Il s'appelle Chevet. Il étoit arrêté par ordre du Moi, comme ayant connoissance de certains agioteurs qui prêtoient sur les actions, et qui ont fait banqueroute. Dans cette affaire étoit intéressé un maître des requêtes, nommé Saint-Aubin, à (jui on a liloulé une li(iuidation de 180 actions (pi'il avoit données à ces agioteurs en nantissement avec une mention au dos, qu'ils ont couverte d'encre, et ensuite ils ont fait couper la li<jui(lMtion et s'en sont emparés. Chevet, (pii
4C4 Mh"^.MOUU:S 1)K MVTHIKr M AU AlS.
êtoil de rmtriîfnc, ne pont i)lns parlrr : on S(»npO()nnc qifon la luô, pour lui ùlor la parole, et pour lui mieux faire garder le secret. M. de Saint-Aubin erie : le ministre a envoyé liouillé, mailre des reiiuètes, informer dans la prison, pour savoir le fait. Le lieutenant criminel et le procureur du Koi sont très-l)lAmës. On les veut prendre î\ partie aux Kequùles de rilôtel, où ralïaire du prisonnier et des hancjueroutiers se trailoit. On nomme, enlre ces fripons, le chevalier de Novion, propre frère du président à mortier, qui a toujours été un mauvais garnement, enfermé i\ Saint-Lazare, puis au chî\teau de Saumur, et entin, passant sa vie avec les liions, les archers el les gens de mauvais aloi. On dit qu'il avoit bu avec eux, le matin, dans des cabarets proche le For-lEvéque. il a été décrété d'ajournement personnel. 11 y a aussi un M. de .Miromesnil, colonel, qui a été cassé, et qui est en fuite. Le jjigement de Chevet, qui a été crié par les rues, porte : a Dûment atteint et convaincu de la rébellion par lui faite à justice dans sa prison du Kor-rÉvè(]uc, tenant un couteau d'une main et une fourche de l'autre. » On pouvoit lui faire son procès comme rebelle, mais il ne f.dloit pas 1«; tuer, et [lersonne n'a le di'oit de vie et de mort sur les sujets du Uoi. Mais les oliiciers et archers, acenutumés au sang, ont méprisé la vie d'un homme qu'on devroit leur faire payer bien clier. Le premier ministre, qui n'entend pas raillerie et (pii est ferme, veut jju'oii fasse justice sur cette affaire.
M"* Hoi'KL. — Il y avoit lidp longtenq»s (pie le duc d'Orléans étoit sans m/dlresse, au moins pnblicpnnient { car secrèt'Muent on lui donnoit M"" de Se. ur, (jui n'est qu<- sa iillr bâtarde). On bii en a fait venir une (h; Provence, M'" Hoiiel, ni»' ce de .M"" de Sabran, très-jolie, qui n'apoiiit fait la difficile, el rpii est maltresse déclarée : il e innienrc par lui donner 20, 000 écus de nnaibles; il y fait le mieux qu'il peut, el ce mieux-là est très-|ie\i de rlicH.e. mais l.i piicelles'en contente.
En même temps, ce prince a satisfait un autre goût. 11 avoit vu au sacre, à Reims, de beaux tableaux originaux dans l'église cathédrale. Il n'a pas eu de cesse qu'il ne les ait eus et qu'il en ait dépouillé cette église, comme il a fait de celle de Narbonne. Le chapitre lui a accordé un Titien de quatorze pieds de long, un Corrége, ei des tableaux d'autres grands maîtres, dont il leur donnera de belles copies, qui seront encore trop bonnes pour des Champenois, et il donnera au chapitre sa protection pour le surplus. Il a quitté sa nouvelle maltresse à Saint-Cloud pour venir voir ces tableaux à Paris, et on ne sait pas quelle est la plus forte des deux passions. Les connoisseurs sont étonnés de ce qu'avec ce goût pour la peinture, il n'en ait aucun pour l'arrangement, mettant un tableau de dévotion auprès d'une nudité, un tableau de grande architecture auprès d'un paysage, et ainsi du reste. Il ne se plait qu'à en amasser beaucoup. On m'a dit qu'étant en Espagne, il eut la permission de faire copier un original excellent qui étoit à l'Escurial, et qu'il eut dessein de faire mettre la copie à la place de l'original, mais que les religieux s'en étant aperçus, ils firent arrêter le peintre et le mirent à l'Inquisition.
15 juin. — Dictionnaire dk commerce; Paris, 1723, chez Etienne. — M. l'abbé Savary, chanoine de Saint-Maur, m'a fait présent du Dictionnaire de commerce, en 2 volumes in-folio, commencé par M. son frère et fini par lui. C'est un ouvrage merveilleux et sans exemple en France. Il met à la tète une préface historique sur le commerce, où il y a une Ijelle description du commerce des Hollandoiset de celui que le czar fait aujourd'hui, et qui mérite d'être au nombre de ces cinq ou six préfaces qu'on regarde comme des chefs-d'œuvre. On trouve dans ce livre la fabrique des cent vingt-quatre métiers qui sont à Paris, les outils, les statuts, etc. Ainsi, on peut apprendre le métier que l'on veut : il y a une recherche curieuse du commerce dechaque province et villede France, et un^' «mi- T. M. ao
coTv plus curieuse de tout le coninieroe, tHranporqui se fait |vir cliaiiue nation dans les quatre parties du monde. On y a fait entrer les preseriptions de C()ll)erl sur les haras elles ehevaux ; eniin, il y a une abondance de choses nouvelles et presque inconnues. Le style en est pur, facile, ai;réal)le, intelligible et déchargé de mille crédulilés populaires et des faussetés des voyageurs. La France est bien ornée d'un pareil livre, il a été imprimé jKir souscription.
Mirliton. — Il s'est répandu un nouveau vaudeville qu'on appelle le Mirliton. On y fait des couplets de toutes les sortes, et il y en a sur toute la Cour, qui y est fort maltraitée, sans épargner les princesses. L'n poi.Ue en a fait sur le Jugement de Pi\ris. Kn voici (juelques couplets, que faisoit entendre la tin de ce Mirliton , qui est fort impertinent et licencieux :
Lu berger aux trois déesses Fit otcr lus cotillons ;
Il vit trois paires de f
Et trois paires de t....,
Et trois mirlitons, mirlitène,
El trois mirlitons, ton ton.
D'une pareille corvée , Wris ne s'épouvanta, Mais il fut tête levée
Et tour à tour feuilleta
Chaque mirliton, etc.
Juuou promet la richesse Au jeune berger l'iUis, Pallas vante la sagesse.
Mais qu'offrit dame Cypris?
Vu beau mirliton, etc....
— A ct'tte douce parole On vil le combat cesser, Car IMrin éloit un dn*)|p Qui M* fawoit nil fesser Pour un mirliton, etc.
JUIN iTîiS. 467
Vn homme de la Cour, qui a voulu venger outes les clames^ a fait un couplet contre l'auteur inconnu, qu'on soupçonne pourtant être M. de Meuse :
Les sottises que tu craches, Auteur anonyme et plat.
Sentent de loin le bardache Qui voudroit qu'on laissât là Tous les mirlitons, etc.
On fit contre Bussy un pareil couplet :
On ne fait pas sur Monglat
Des chansons de débauche;
Savez-vous pourquoi cela ?
C'est que Bussy l'auteur la chevauche,
Chevauche, chevauche.
Il y a un couplet sur la nouvelle maltresse du duc d'Orléans :
La Sabran, pourquoi produire Houel au défunt Régent ?
Ne devais-tu pas l'instruire Qu'il rate di'[)uis longtemps
Tous les mirlitons ? etc. ^
HoLTX. — On sait qu'il lui a donné 1*2,000 francs de rentes sur la ville, qu'il est content de dormir auprès d'elle, et qu'elle en est aussi très-contente. A peine avoit-elleune chemise, et à présent elle a les plus belles garnitures du monde. Elle est grande, bien faite, possède de belles dents, mais elle est brune et n'est pas belle de visage. Elle n'a que seize ans.
Le cardinal Dubois. — Le cardinal a toujours son môme mal; il jette du pus par les urines. Les uns disent (ju il ne peut pas vivre; d'autres disent qu'il vivra, et cependant, il vit et jouit de toute son autorité. Les cardinaux de Richelieu et Mazarin n'en étoient pas moins ministres, quoi([ue malades. On lui vient de donner l'abbaye
46ft MKMOIUI S m: MATIIIKU ISÎ VRAIS.
(ïe Saint- RtM-tiii tle Saiiit-Dmor, iiiii doit en rt^glo, rt (pii t'sttlo 100,000 tVanrs dcronte.
l arclinafes os iipertuin habent ad omnia bentlkia.
Slà juin. — On a publié une déclaration du Hoi qui permet à ceux (jui ont des quittances de tinance produisiuit intérêts, de prendre des lettres de ratilication au grand sceau, et que les créanciers pourront s'y opposer con)n)e pour les rentes de la ville et augmentations de gages, et qu'il en sera usé comme pour les olTices dans la distribution, suivant Tédit de 1683. Ainsi, voilà un immeuble nouveau en France.
Arrêt du 7 juin, qui met toutes les dettes dues aux communautés; supprimées, sur les rentes des tailles. Kt notez cpi'on ne paye pas ces rentes.
Foi.NS. — Ordonnance du 29 mai, (jui permet de faucher les foins avant la Saint-Jean, sans en demander permission aux seigneurs ni aux capitaines des chasses et aux ofliciers, à cause de la sécheresse de Tannée et l'espérance du regain. Ordonnance remarquable ;\ cause des pontes de perdrix et des chasses.
Cardinal Bissy. — Le Parlement, ayant voulu prendre connoissance de V Inslruction pastorale du cardinal de Bissy, dénoncée par les écrits anonymes de l'abbé Mainguy, le conseil a nommé des commissaires, qui ont examiné l'Instruction et les écrits, et sur cet examen il a été ri'ndu un arrêt du conseil, le 23 mai, (pii condamne les deux écrits comme libelles diffamatoires, calomnieux, remplis de déclamations fausses et scandaleuses, injurieuM's à la personne* du (ardinal de Bissy et même au Saint-Siège et à l'ordre épiseopal, séditieux, tendant à révolteet contraires aux bonnes mœurs : enconsé(pience, Ift!» supprime. L'arrêt ordonne encore qu'il sera procédé extraordinaireineiil, tant contre ceux (pii ont composé que contre ceux qui ont imprimé. Dans le Vu de l'arrêt. If* Hoi déelarc que. bit'ii Injn <|ii)- \'Instruf tion pasloralc
JUIN 17«i3. 469
contienne rien qui puisse donner le moindre fondement aux accusations formées par les deux écrits, elle s'explique, au contraire, en plusieurs endroits^ très-clairement pour les maximes les plus conformes au droit de la couronne et aux libertés de l'Église de France, et S. M. voulant réprimer l'abus de semblables libelles, et rendre en même temps à V Fnslt'uction du cardinal de Bissy le témoignage qu'elle mérite : ouï le rapporteur, etc. » Ainsi, on a vu le conseil juger la matière des libertés gallicanes, et décider sur l'instruction d'un évèque que Ton déclare bonne, pendant que le Parlement la soutenoit absolument contraire aux libertés. Exemple bien nouveau et bien périlleux en France : Rome nous domine plus que jamais. Nos libertés s'en vont, et nous allons toml^erdans l'infaillibilité. Toutes ces qualifications doivent bien fàcber l'abbé Mainguy, qui est le vrai auteur de la dénonciation, et contre lequel il est dit, en général, qu'il sera procédé extraordinairement.
Il a paru, quelque temps après, une dénonciation de Vlnstruclion pastorale de M. le cardinal de Bissy et de plusieurs autres écrits, pernicieux à TÉglise et à l'État, contenant 9V pages in-V". Elle est bien écrite, sans doute de la main d'un jurisconsulte, hors la conclusion, qui recommence l'ouvrage et marque une aigreur qui ne peut finir. Les endroits de rinstruction sont cités au long, et on est bien surpris de l'arrêt qui l'a trouvée bien gallicane, car tout y est romain, italien; le pape y est infaillible et nos plus grands usages et les plus communs au Parlement, sont violemment attaqués. Cette nouvelle dénonciation est enveloppée dans la condamnation qui condamne les ouvrages semblables.
En parlant de la 1'* dénonciation, elle dit : a L'illustre auteur de cet ouvrage », et démasque ainsi Tabbé qui a voulu se cacher.
Les gages des offices municipaux se prenant sur les octrois des villes, arrêt du 7 juin, (]ui ordonne qu'ils y se-
17(1 MIMOIKFS \n. MATHIEU MARAIS.
roni pris, nonobstant tous autres niandouKMitsdos maires etéchevins; on n'en excepte pas une seule des dettes ipii be prélèvent sur ees octrois.
AiTtH du Parlement, du -22 .juin, (jui ;i condamné un Inquais à «Mre mis au carcan avec cet écriteau : Laquais insolent et^éditieuXy pour avoir l'ait rél)ellion, lorsdutransj)ort de deux prisonniers voleurs. — C'est une terrible race que celle des hupiais i\ Paris.
Skgueu. — Le chancelier Séguier avoit eu autrefois l'aliénation des aides de Homorantin ; le Uoi les a réunis, ft on donne aux ducs de Sully eldeCoislin, ses héritiers, 12,000 livres de rentes liquidées par arrêt du 8 sej)tembre 1722, qu'on a rendu pul)lic ces jours-ci. On s'attache fort à remettre le Uoi dans tous ses droits : on n'y souffre pas la moindre contravention, et comme les élus favorisent quelquefois le peuple contre les commis, le conseil évoque tout, sans passer par la cour des aides, et prononce avec rigueur la confiscation et les amendes, suivant l'ordonnance. Il y en a vingt arrêts dans ce mois de juin et celui de mai.
Arrêt du 22 juin, qui renouvelle les défenses d'imprimer dans le royaume aucuns livres ni livrets, sans permission. Défenses inutiles.)
Ordonnance du Koi, du 24 juin, qui augmente le pri.x des postes à 30 sols par cheval, pour un an, à cause de la rareté des foins.
Grâces i»r sacre. — Le Koi a accordé plusieurs grAces au sacre. La règle est de les faire enregistrer dans les trois mois, ce que plusieurs n'ayant pu faire, il y a eu une déclaration du 15 mai , régularisée le 2(), qui donne eiicorelroiv mois du jour de l'enregistrement de cette déclaration, pour présenter les lettres aux cours et juges à qui elU;s&ont adressées. Cela apprend l'usage de ces grâces du sacre que l'on ne savoil point. J'en ai parlé dans le temps.
Droits di' Hoi. — Lettres patentes du 4 mai, régis-
Irées en la cour des Aides, le 12 juin, qui défendent de mettre en liberté les rebelles pour les droits du Roi avant le jugement définitif. Ces lettres sont données sur deux arrêts, dont l'un, du 26 mars 1720, rendu au rapport du S' La\v, contrôleur général des finances. On a donc vu encore le nom de ce misérable, dans les registres delà cour des Aides et dans le public, au lieu qu'il en devroit être effacé pour toujours.
Avignon. — L'Université d'Avignon ayant entrepris de donner des licences en droit, contre les règles, et sans observer les temps, arrêt du 12 juin, qui ordonne qu'elle se conformera à la déclaration de 1679, et que les licences contraires seront punies dans les tribunaux de France. Entreprise du Conseil sur le Parlement. L'arrêt cache les lettres patentes de juillet 1650 et avril 1698, qui conlirment les privilèges de celte Université, et dit que tous ses suppôts jouiront des privilèges de celle de France, pourvu qu'ils soient naturels françois ou natifs de la ville d'Avignon et Conitat Venaissin.
Sainte-Maure. — Le prince Charles, grand-écuyer, étant obligé de faire quelques remèdes à Paris, le jeune comte de Sainte-Maure, reçu en survivance de la charge de premier écuyer de la grande écurie, l'a représenté à la Cour. Un de ces jours derniers, ne s'étant point trouvé dans le moment que le Roi montoit à. cheval, le S' de Goyon, commandant do la grande écurie, a monté le Roi, et dans le îemps qu*il ètoit près de l'asseoir sur son cheval, est arrivé le jeune comte, qui a déplacé Goyon, quoique le service commencé ne s'interronq)e jamais : le Roi en a pensé tomber ; Goyon a dit au comte : « Vous êtes bien vif. » Le Roi, qui ne cherche qu'à s'amuser, dit à M. deRrissac, lieutenant des gardes du corps, de se mettre à côté de lui, et qu'ils joueroient au 30 et VO, tout en allant à la chasse. Le comte, à qui il appartient d'être auprès du Roi pour sa charge, a voulu faire retirer Rrissac, qui a eu une bonne excuse dans l'ordre du Roi : ensuite
473 MIMUIKKS i)K MATllItU MARAIS.
IfiiMiiU- a jKisséaiix ofliciers desiiurdos du corps, à cjui il a dispiili' leurs places : il n'y a pas plus pairuc : à la iiu de la chasse, ila dit ;\ Goyon devenir prendre son ordre ; il s'en est moqué; enlin. cinq ou six jours après, le jeune comte s'est avisé d'a[)peler Goyon en duel, par une lettre bien écrite : il raltendoit dans l'avenue de Versailles à Saint-Gloud. L autre, ayant répondu (pi'il n'acceptoil point de rendez-vous, mais qu'il sortoil tous les jours tout seul et qu'on pou voit lui parler, le comte a envoyé un lacpiais à Goyon, lui dire qu'il l'attendoit : même réponse, hors qu'il dit au laquais (ju'il jouoit à se l'aire envoyer aux cralères, et qu'il Teiït l'ait arrêter s'il n'avoit la livrée du Uoi. Le comte s'étoit vanté le matin, k Versailles, qu'il se battroit dans le jour, l'éeuyer étant venujV Meudon, d'où le Roi envoya un exempt, M. de Menou, arrêter M. de Goyon chez lui. Le lendemain, (ioyon remit entre les mains du prince Charles la lettre d'appel, et le prince la remit entre les mains du comte de Sainte-Maure, oncle, en présence du neveu. Ainsi s'est terminée cette affaire, étourcJerie d'un jeune homme qui a pensé se perdre. Son oncle dit au jirince : <c C'est que mon neveu est brave, » mais on n'a pas trouvé de bravoure dans tout cet éclat. Il étoit même, lui, sixième, dans l'avenue, à ce qu'on a su. Cela a ramené une histoire de l'oncle qui, ayant voulu se battre contre M. deChamarante, ne s'y trouva point. Il envoya un autre homme à sa place, que Chamarante tua.
Après tout , cette affaire n'a pas fait non plus d'honneur à Goyon, qui a montré laleltre. Un des premiers officiers des gardes du corps m'a dit à l'oreille : « Ce sont combal« d'écuyers cavalcadours. »
Lk Bla^ic. Brktkiil. — Le 2 juillet, M. Le Blanc, ministre de la guerre, a été exilé, et l'on a mis à sa place
M. de Bi'eteuil, intendant de Limoges. Tous les ot'liciers sont affligés, mais il y a longtemps qu'on songeoit à ce déplacement, et que le successeur étoit désigné, pour les services secrets qu'il a rendus au premier ministre. On ne doute pas que l'affaire de la Jonchère n'ait grande part à cette disgrîÀce. M. de la Vrillière a porté la lettre de cachet à M. Le Blanc chez l'archevêque de Vienne, chez qui il dlnoit. Son exil est dans la terre de Doux, proche Coulommiers, qui est une terre du marquis de Tresnel, son gendre. Il a trouvé proche Meaux, à six heures du matin, le 3, le comte d'Évreux, qui venoitde Mousseaux à Paris, et qui ne savoit point la nouvelle. Le comte d'Évreux, qui n'étoit pas son ami, n'a pas laissé de lui faire bien des honnêtetés et de lui offrir bonne compagnie qui étoit restée à Mousseaux. L'ex-ministre a cru qu'on se moquoit de lui; mais cela étoit tout naturel, et voilà un des premiers maux de son exil.
HuKTKi'iL. — Tout le monde est surpris du successeur, qui ne sait rien de la guerre, mais il a de l'esprit et de la politesse, et on croit qu'il réussira. Sa femme est Charpentier, fille du boucher des Invalides, que sa mère lui a fait épouser malgré lui : et on a déjà dit en riant que, sous son ministère, les Invalides auroient de bonne viande. Les railleurs ne dévoient pas manquer ce mot.
Belle- IsLE. — Le fameux M. de Belle-Isle, qui gouverneroit tout, tombe aussi dans la disgrâce. Il étoit de part avec M. Le Blanc et la Jonchère. On dit qu'il y avoit un écrit entre eux, portant que la Jonchère auroit une indemnité, au cas que les événements fussent malheureux. Adieu la belle maison qu'il élevoit, comme rivale du Louvre, sur le quai de Saint-Gratien, et qui lui a tant coûté d'argent, adieu tous ces échanges et ces domaines, et apanages de Brie qu'on lui a donnés pour Belle-Isle. On dit que le Koi a dit qu'il falloit le loger à la Bastille, en attendant que sa maison fût achevée, et on fait déjà son décompte sur Belle-Isle. Il a joui de grands revenus
i:i MIM()lKb:S DK MATllltU MARAIS.
lies domaines, il a tin^ plus de deux millions de la caisse de l'extraordinaire des guerres. Le voilà payé, et il tant tjiril rende tous le^ domaines (jui lui ont été aliénés, et IklleNle restera au Uoi. Il y a soixante-dix ans que son grand-père pensa périr pour ce môme IJelle-Isle. Le hruit se répand qu'il est arrêté et assigné pour être jugé par la commission de la Jonchera : cela n'honore pas le mestre de camp général des dragons; personne ne le plaint, et tout le monde plaint M. Le Blanc, qui a rendu service à tous les ofticiers. Ce dernier sort peu riche en apparence; il n'a qu'une lille, mariée au manpiis de Tresnel, homme de condition et fort riche. Celte lille étoit arrogante, et les femmes ne sont pas fAchées de la voir déchue.
On a ùté l'intendance de Bordeaux au président Boucher, de la cour des Aides, beau-frére de M. Le Blanc, qui l'avoit eue contre la régie de n'en donner qu'aux mai- Ires des requêtes. On parle de je ne sais quel abus sur la Monnoie, qui est affaire bien délicate. Les deux autres Iréres de M. Le Blanc sont évoques, l'un d'Avranches, l'autre de Sarlat, mais on n'6te point des évèchés, et ils restant évécjues.
Bissv. — A propos d(; l'arrêt du 23 mai cpii justihe iln,st rue lion du cardinal de Bissy, un père de l'Oratoire, vieux prédicateur et diseur de contes, a dit : « C'est comme si le Koi nous ordonnoit de croire que M. le Duc a deux bons yeux, que le prince de Conti n'est point bossu, et que le duc du Maine a dv. bonnes jambes. »
LxKS t.x MiKMTON. — M""' d'i Dcfland, qui a de l'esprit et du badinage, s'estavisée de mettre la tragédie dlnés en mirlitons (i). L'idée en est plaisante, et tourne doticement eu ridiculrrette pièce tant Nant<'*e, (pii est pbitùt un roman qu'une tr.iL'édic. La Mothe se console, et ditipiOn a bien ii.U V l'iii-'ni,' < Il v«'f^l»iifl.'<.|n«-^. l't il ressemble du moins
{\< C^lle plèfi» «• troiiTf au ftrcuril .%f(iuirpa%, et cM Imprimé* daiH len Ptêces ifittrenanffi ptu connupt. (De U Place.)
à Virgile par cet endroit-là. On continue toujours de pleurer à cette pièce , sans s'apercevoir du faux qui y règne partout, et que c'est Baron qui fait pleureretnon les vers, qui ne sont point des vers, mais une prose cadencée de roman où on a mis des rimes, que Baron fait sonner comme les meilleurs vers du monde.
MIRLITON SLR LE CABDiiNAL.
L'autre jour La Pyronie, En sondant le cardinal, Dit : Monseigneur, la vessie Est atteinte d'un grand mal, Et le mirliton, etc.
Mercredi, 1 juillet. — Talhocet. — Les commissaires de M. de ïalhouet se sont assemblés : Talhouet a été décrété de prise de corps, et en même temps on 'a aussi décrété l'abbé Clément, conseiller honoraire du Grand- Conseil, qui a travaillé aussi au Visa, et il a été arrêté surle-champ et mené à la Bastille. Cet abbé est fils de Clément, fameu.x accoucheur, qui ne le délivrera pas de cette prison : elle n'est pas facilipara : on a découvert qu'il étoit marié etavoit quatre enfants. 11 a donné démission de ses bénéfices, dont l'un a été confié à l'abbé Venido, bénédictin défroqué, et créature du cardinal. L'abbé avoit l'esprit si libre, quand on l'arrêta, qu'il amusa M. d'Argenson, pour lui montrer un poulet qu'il faisait éclore. Il aime la physique, la chimie et .a quelque part un foiu'neau où il a mis les actions en charbon.
S juillet. — iMaItrks des reoiétes. — Les maîtres des requêtes se sont assemblés le 8, pour demander que leur confrère fût jugé parle Parlement, avec qui ils font corps. Le Grand-Conseil en a fait autant pour juger l'abbé, qui est de leur compagnie, mais ils n'obtiendront rien et le Hoi évoquera tout, et renverra aux commissaires qu'il a nommés. Il y a un beau prétexte sur ce cju'on ne jugeroit ])as les deux criminels en deux juridictions diffé-
476 MK.MOIKKS DK MATHIKU MARAIS.
rfiiles; c'est «|Ut' le Parlement n'a pas voulu eonnoUre lies actions.
TAUioiFrr. — TallKUiet n'a ])as voulu répondre aux commissaires, a ilérliné leur juridiction, et demandé d'i^lre renvoyé au Tarlement. Cette procédure lui donnera (juelque temps pour méditer sa défense.
Clément. — L'ahhé Clément a répondu, mais il a dit (|ue cVtoit sans préjudicier à son privilège. Il est convaincu du t'ait et des actions qu'il a prises, et des billets de li(juidation qu'il s'est appli(]ués. J'ai vu dans les Opuscules de Loysel (p. 710), les conclusions de iM. Dumesnil, avocat général, contre un président AUaman, de la Grande Chambre des comptes, qui étoit accusé de crimes à peu prés semblables, concussion, péculat, etc.; elles sont trèssini:uliérement travaillées; il conclut ;\ la mort ; mais l'arrêt n'ordonna que Fincapacité de posséder des charges, avec une amende de 00,000 livres et une réparation publique àM. Dumesnil en l'audience de la Grande-Chambre (en 1 569).
Bklle-Isle. Billet. — On dit que M. de Belle-Isle a donné à la Jonchère un billet en ces termes, qui a été trouvé sous les pelles : « J'ai reçu de M. de la Jonchère la vjmme de 1,800,000 livres en espèces, pour b'ujuelle bomme jelui ai donné des billets de bancjuc dont je lui ferai tenir compte par ses supérieurs. » Voilà un mauvais billet |>our le trésorier et pour la partie prenante. On conte de la fameuse Ninon qu'elle avoit donné un billet au marquis de la (^hAtre, où elle lui promettoit de n'avoir jamais d'amants; elle manqua bientôt de parole, et fc'écrioil au milieu de m's jdaisirs : « Ah ! hî bon billet qu'a la Châtre. »> On en pourroit dire autant du bilhit de Belle-Isle; il ne se montre plus A la cour, et le duc d'Orléans a dit qu'il ne lui en vouloit pas, parce ({u'il n'avoit rien de Ikmi k lui dire.
HoiEL. — La nouvelle maltresse du (bic d'Orléans (st si neuve que, se promenant avec lui, et ayant rencontré
Mitton , l'intendant de Toulon, qu'elle salua , elle dit au prince : a Saluez-le donc, c'est notre intendant. »
Inès. — J'ai vu la tragédie d^InèSj qui fait pleurer tout Paris : je n'y ai point pleuré : les situations sont assez touclianles, mais les vers lâches, plats, allongés. Il n'y a ni force, ni élégance, ni précision, et c'est à l'action de Baron et de la Duclos qu'est dû tout ce succès.
Petite vérole. — 11 y a plusieurs malades de la petite vérole. Beaucoup en meurent. L'abbé de Saint-Gervais, le comte de Bissy en sont morts, et M"'^ de Lunati ; mais on dit qu'elle a péri dans le combat des deux sœurs qui lont emportée en même temps : la grande et la petite.
Le duc de Chartres a dit qu'il ne vouloit point travailler avec le nouveau ministre delaguerre, parce qu'il faudroit un tiers entre eux deux pour les instruire; à la fin, il a cédé.
Indiennes. — Toutes les femmes ayant recommencé c^ porter aux Tuileries et aux spectacles des robes d'indienne, quoique cent fois défendues, il a fallu renouveler les défenses par un arrêt du 5 juillet, dont on se moquera dans trois mois.
Ou. — Il y a un désordre extraordinaire sur les espèces; on ne voit que de l'or et point d'argent blanc, et sur les ports et dans les marchés, on ne veut point d'or. C'est que les billonneurs ont démarqué les anciens louis, les étrangers les ont altérés, et pour cinq sols par livre, ils ont trouvé moyen de faire d'un louis de 30 livres un louis de V5. Voilà où le rehaussement des mon noies nous a mis.
Dijon. — On m'adonne l'arrêt du 27 septembre il'll, qui a jugé le grand procès de l'Université qu'on vouloit établir à Dijon, et que les jésuites ontperdu. Voici cequ'il porte : LeKoi étant en son conseil, de Ta vis M. le ducd Orléans, régent, n'ayant aucunement égard aux représentations des Universités de Paris, Besancon et autres, a or-
478 Mr.MOlRFS DF MATHIKU MARAIS.
donne cl onlonne que rétablissement d'une Université eu la ville de Dijon iraura lieu que pour la Faculté de droit seulement, et seront i\ cet effet toutes les lettres néces- Siùres expédiées.
Maîtres dks reouètes. — Il se répand un bruit sur ce que l'on pourra encore décréter d'autres maîtres des requêtes pour l'affaire du Visa, qui sont ceux dont on a parlé d'abord. Cependant ils font bonne mine dans le public, et je me suis trouvé avec un d'eux à un souper où il ne me parla que de cette affaire et des friponneries de Talhouet et de Clément. Je le nommerai si on le décrète .
Moisson. — Les ouvriers sont si rares pour la moisson, (pi'il a fallu donner un arrêt le 28 juin, pour faire cesser plusieurs manufactures en Normandie, depuis le 1" juillet jusqu'au 13 septembre procbain : il est trés-remarquable qu'on travaille aux habits qui couvrent le corps et on néglige de le nourrir.
Dimanche 11. — J'ai encore fait une petite pierre (jui m'a fait assez mal au passage.
Mercredi, i% juillet. — Iîflle-Isle. — Les commissaires pour l'affaire de la Jonchèrc s'étant assemblés, on a décrété M. de Belle Isle d'ajournement personnel, et son autre frère, appelé le chevalier de Belle-lsle,(]ui se mèloit di* ses affaires. .M. Le Blanc a pensé l'être aussi d\issii;né |>our être ouï : il y avoit huit voix pour le décret contre lui, mais un des huit étant n^venu, a passé aux six, ce qui a fait [mrtage, et il n'y a point eu matière criminelle. On est venu à choisir le plus doux et il ni point été décrété. Mais il n'en est pascpiitle. On dit (pie le cardinal n'est pas content de ce partage, ni de celui (pii l'a causé. On l'attribue <^ M. de Bouille, maître des requêtes, cpii a beaucoup d'esprit et de capacité. C'est celui (pii est dans les postent.
TAMIorrT. — M. ii<; lalhou» l continue a ne point ré- |iondn- et ;\ pijniibler dans son privilège. 11 a été ordonné
que son procès lui sera fait comme à un muet : on lui a fait les trois sommations de l'ordonnance, et Tinstruction se fait en cetétat. M. Fouquet fit de môme, et on ne laissa pas de lui donner un conseil et de juger les récusations. Dans son interrogatoire sur la sellette, il ne voulut pas prêter serment, ni dire son nom; il n'en fut pas moins jugé.
L'abbkFleury. Lavigne, avocat. — M. l'abbé Fleury, ci-devant confesseur du Roi, auteur de V Histoire de VEglise, dont il y adéjà vingt volumes in-i" et dont le vingt et unième est prêt à paraître, et de plusieurs autres excellents ouvrages, est mort. Il étoit de l'Académie françoise. C'est une grande perte. 11 a écrit avec fidélité, sincérité, et dans une sublime simplicité. Les dissertations qu'il a insérées dans son Histoire de r Église sont admirables. Son Inslilution du droit ecclésiastique est un chef-d'œuvre. 11 a parlé dans son testament d'un traité sur les libertés de l'Église gallicane, commencé par M. de Meaux (Bossuet), et qu'il a achevé. Il y a eu une lettre de cachet expédiée pour tirer ce manuscrit des mains de M. de Lavigne, avocat, un de nos plus illustres confrères, exécuteur testamentaire. M. de Lavigne a répondu à iM. d'Argenson qu'il ne l'avoit pas. Ce dernier lui a demandé ce qu'il en avoit fait. M. de Lavigne a dit que la lettrede cachet ne portoit pas qu'il seroit interrogé. On a fouillé chezlui et on n'a rien trouvé. On ne veut plus entendre parler de nos libertés, qui sontsacrifiéesauPape(l).
Auimv, AVOCAT. ( .T Chambre des Enquêtes). — Anbry, avocat, qui plaide très- bien, ayant plaidé une cause contre l'abbé d'Armaillé et dit quelques traits qui n'ont pas plu à 1 abbé, quehiues jours après, ral)bé l'a rencontré dans la salle du Palais et dit, passant près de lui, el parlant à un de ses amis : « M. un tel a bien étrillé un
(I) Voir sur ce fait Barbier, t. 1«', p. 289, 290.
480 MÉMOIRKS DK MATHIEU MARAIS.
« avocat, (j\ii a mal parlé de lui, et lui a donné bien des u coups de bî\ton, on voilà un à qui il en faudrait faire u autant; » ce qu'il lit, en montrant Aubry.
Sur-le-cliamp , Aubry alla se plaindre au Parquet de celle insulte. Messieurs les gens du Koi sont entrés à la Grand-Chambre, et ont demandé qu'il en fût informé, et l'information a été faite dans le mon)ent. M. d'Armaillé, conseiller de la Grande-Chambre, frère de l'abbé, a été faire satisfaction à M. Aubry, chez lui, et l'affaire s'est accommodée par son désistement, moyennant que Tabbé ira aussi chez le bâtonnier lui faire une satisfaction pour tout le corps.
ViLLARS. — M. le maréchal de Villars a été fait grand d'Ks[)ai:ne. U est environné de toutes sortes de dignités et d'honneurs, sans (•omj)ter ses batailles (|ui raccompagnent toujours.
Vendredi 10. — Duc d'Estrkks. — Le duc d'Estrées est mort presque subitement chez un de ses amis. C'étoit un mauvais sujet. Il n'a point d'enfants. Il s'étoit épuisé avec une femme, le jour de sa mort. U se trouva mal : on le saigna, ne sachant point son état , et sa duché-pairie passe au maréchal d'Estrées, qui l'aura en la payant aux sciîurset aux créanciers.
lAindi lîK — Taluoiet. — Tn de Messieurs les cominiss;iires de la chaml)re de TArsenal qui doit juger M. de Talhouel et les commis, m'est venu demander mon avis sur cette affaire. Je l'ai examinée : j'ai trouvé que la fonelion du commissaire étoit cessée au 15 septembre 17*22, qu'il n'y a point eu de renouvellement pour M. de Talhouot, que c'est par une pure confiance du contrôleur général, et sans ordre, ni commission par écrit, (ju'il a travaillé au sup[)lément des actions et billets de licpiidalion ; qu'ainsi i\ n'a point prévariqué dans une fonction publitpic, et (pi il n'y a ni pé«ulat ni coih ussion, mais un vol ou larcin qui a ses peines à part ; i\[ut même le |m'culal n'ein|M>rte point peine de mort naturelle, maisseu-
lement de mort civile, suivant un Mémoire que j'ai fait autrefois, où toutes les autorités du droit et des ordonnances sont rapportées. J'ai voulu allçr plus loin, et voir s'il n'y avoit point de fausseté, car il y a un édit de mars 1680 contre les officiers faussaires, qui porte peine de mort, et une déclaration du 9 mars 1720, qui porte aussi peine de mort contre les faussaires des papiers royaux ou publics. Ce magistrat m'a dit qu'il y avoit fausseté, en ce que M. de Talhouet a retiré toutes les anciennes feuilles de liquidation et en a mis de nouvelles, qu'il a antidatées du temps qu'il étoit commissaire. Ainsi, voilà une fausseté effective qui le rendroit coupable de mort, et il s'est fait commissaire ne l'étant point. Mais l'accusation n'est pas instruite sur ce fondement : c'est un faux principal qu'il faut instruire par vérification d'experts, et il n'y en a point eu. Les pièces ont été représentées à l'accusé qui, persistant dans son privilège, ne les a voulu reconnoitre. Il a été arrêté dans la Chambre que cette représentation , à lui faite comme à un muet, vaudroit reconnaissance, parce que l'ordonnance veut que tout subsiste comme si l'accusé avoit parlé, ce qui est bien extraordinaire, si le corps du délit est le faux, et ce ne peut être là l'esprit de l'ordonnance, parce qu'on pourroit faire passer pour vraie une pièce fausse. Cependant, cela a passé à la pluralité des voix. Ce magistrat m'a montré sa commission, qui est de mai 1723, imprimée au Louvre. On la leur a distribuéechacun àpart. Le Roi ditquil nommedes commissaires, « attendu qu'il n'appartient qu'à nous de con- « noltre de pareil crime, qui est un divertissement dos (( tinances et un crime d'État. » ils peuvent juger en dernier ressort, au nombre de dix, et il est dit : c< Déro- (( géant pour cette fois à ses privilèges généraux et (( particuliers et sans tirer à conséquence. » Quand on a lu celte dérogation à M. de Talhouet, il a dit qu'il falloit une dérogation spéciale pour bii, tout au moins pour le corps des m.dtres des requêtes, et il a toiijoiiis per-
4St MEMOIRES DE MATHIEU MARAIS
sislë. Knsuite de cette comiaission, est imprimé r;uT(>t (.reni-etfistrement, puis l'arrêt t]iii permet au procureur général irinforiner, et qui ordonne (ju«; les six commis déjà prisonniers, Dimdé, eoiiiriMeur des caisses, Fhner, Sunson, Mn^ple , (ialhj vl Marin , seront arrêtés et recommandés A la Bastille. Ltv plainte du i)rocureur général m'a paru mal rédigée. Le cardinal, qui est fort malade, presse le jugement, et voudroit, avantde mourir, voir l'effet de son autorité.
Dimanche, 18. — M. le premier président a été faire les représentations au Roi, sur le privilège des maîtres des re(juètes. Le Roi, qui étoit seul avec M. de Fréjus, a répondu (ju'cn autre chose il conserveroit les privilège^ du l*arl«Mnent, mais que c'étoit une affaire d'État etqu'il falloit que la commission eût lieu. Ce qui va être porté ce matin 19 au Parlement. Il n'y a donc plus qu'c\ juger. Mais hors du jugement, il faudra voir si la procédure est lx)nne, ou la refaire, et s^il y a fausseté bien prouvée, gare à la tète du maître des requêtes qui s'est exposé follement à cette prison qu'il pouvoit éviter, et au crime d'un gueux, lui (jui est riche.
Mardi 20. — Belle-Isle. — M. de Belle-Isle s'est présenté au greffe de la commission, et a pris acte de comparution sur l'ajourneinent personnel : il faudra qu'il se fasse int<.Troger. On dit qu'il est aussi décrété d'ajournement j)ersonnel au parlement de Rouen, sur des violences qu'il a faites dans ses terres. Il faisoit le petit tyran parce qu'il avoit la faveur des ministres ; mais la justice le tient, et il est question d'en échapper. (C'est son frère qui est décrété ù Rouen.)
La Jonciikbk.. — LaJonchère a été mené chez lui pour travailler sur Mis registres et papiers. Sa femme lui avoit fait préparer un pr)tage, mais on ne l'a pas voulu souffrir, de crainte qu'il n'y eût du jioison, et il n'a eu (jue le dîner c|ui a *'Ui apporté de la Bastille. Il ne fait (pio pleurer du matin au soir. Il fuit pitié à ses commissaires.
Clergé. Rentes. Quarante ans perdus. — On a publié la déclaration concernant les anciennes rentes du Clergé. Elle est du 31 mai 1723, enregistrée seulement le 17 juillet. Le Clergé, qui a gagné le ministre, a obtenu tout ce qu'il a voulu. Le procès des quarante années qui étoient en arrière et qui intéressoit tant de familles est enfin jugé. Le Clergé s'en est déchargé tout à fait, et au lieu de rentes au denier 20 qu'il payoit en vingt mois, il payera en douze mois au denier 40, à commencer en 172i. Ceux qui avoient consenti réduction au denier 50 ont crié grâce. Ils retournent au denier 40. Le Parlement a fait des remontrances inutiles. La déclaration est enregistrée (c du très-exprès commandement du Roi, sans tirer à conséquence, sans approbation des choses énoncées qui n'auroient été enregistrées en la Cour, et sera le seigneur Roi très-humblement supplié, en tout temps et en toute occasion, de vouloir bien avoir égard aux droits des rentiers et au préjudice qu'ils peuvent souffrir de l'exécution de ladite déclaration. » Cependant, elle s'exécutera, et le Clergé n'a pas conscience de ruiner ses rentiers. Voilà le fruit de l'association de l'archevêque de Cambray au Clergé. Il l'a bien prouvé dans sa harangue en disant : u Tout ce que peut l'autorité d'un ministre, « elle le doit à vos intérêts. »
'^i juillet. — Arrêt qui réduit le louis d'or de 45 livres à 44, et qui ne diminue rien sur l'argent. Permis de porter à la Monnoie un huitième en certificats de liquidations, et les sept huitièmes en anciennes espèces de louis à 30 livres et d'écus à 6 livres, et l'on payera le tout en argent de la nouvelle réforme. Mais qui portera ces sept huitièmes en argent ancien, pour faire passer un huitième de liquidation? On n'a point d'argent, et voilà la liquidation perdue. Cet arrêt donne ordre aux intendants et subdélégués de clore sur-le-champ tous les registres des payeurs et receveurs des deniers du royaume, et de faire des procès- verbaux de leurs caisses, afin qu'il n'y ait plus
484 MV'lMOIUtS lU: MATHIEU MARAIS,
do friiwnnerie sur l'espùco climinii(5e, et qu'on n'en fasse imsser i\ iu'i*>onne. L'ancien louis, porléà laMonnoiesans liquiilation, sera de 37 livres IG sols, et Téeu de (i livres ti sols. La disette d'argent blanc est toujours très-rare, et ci^l anvl, qui ne le diminue point, lefera encore resserrer. Kkims. HoiLOGXF. — 11 paroit une lettre de l'archevêque deReiuiS i\ l'évt^que de liouloi^ne, où il Udexplicpie ce iiu'il a entendu par les dérèglements de son diocèse ; il i^Tsiste i\ dire qu'il poursuivra avec le clergé pour obtenir du Uoi un clergé provincial, et il a joint à cette lettre une lettre de Tévéque d'Amiens, qui parle d'une mission faite sur les contins du lîoulonnois, où tous les habitants sont venus recevoir de lui la confirjnation et les autres sacrements, parce que leur évùque est schisinatique. Cette lettre est d'un emportement sans exemple et a l'air bien faux.
La Mkillekaye. — Le duc de la Meilleraye, jeuwe «Hourdi, menant une chaise lui-même, a renversé une pauvre femme vendant des fruits au coin d'une rue. H a encore battu la femme. Un prêtre de Saint-Sulpice, en l>onnet et en surplis, a voulu secourir la femme battue et faire cpielques remontrances au duc : il s'est mis à jurer contre le [irètre, lui a donné plusieurs coups de son fouet. Grande plainte. La populace prend le parti du pKître : le duc s'enfuit. Le prince de Uohan, son beaupère, veut accommoder l'affaire, qui est très-importante, et peut avoir des suites. Le curé de Saint-Sulpice veut que le duc fasse réparation au prêtre devant tous les prêtres de sa communauté. On ne sait encore ce que cela deviendra : mais tous ces cochers d'office devroient être interdits. (»n n'<*n voit, tous h's Jours, arriver (jue des mallicurs
L'affairo d«* T homme tué dans le For-rÉvêqu<;, puis |H-ndu, est renvoyé** au Parlement pour en eonnallrr.
Jeudi f 22. — La .Mkii.i.khavi-:. — L»* dii< i\v l,i Mcilh*rayea été arW'lé, |>ar ordre du lî<»i, et mené ù la Bastille
par un exempt et quatre archers, pour laffaire du prêtre battu. C'est tout ce que l'on a pu obtenir; cela le tire des mains de la justice. On dit que le duc d'Orléans a dit à sa famille : « J'aimerois mieux que vous eussiez affaire à toute une armée qu'à tous ces prêtres. » Quand l'affaire est arrivée, le duc sortoit de souper, à midi, d'avec le comte de Charolois, et cela n'étoit point du tout de sang-froid.
Belle-Isle. — M. de Belle-Isle a été interrogé pendant cinq heures et a fort bien répondu. Il a beaucoup d'esprit et sait bien son affaire. Le commissaire qui l'a interrogé, a dit : « Celui-là n'a pas besoin de conseil. »
Talhoukt. — On continue la confirmation à M. de Talhouet, qui ne dit mot, et qui est traité en muet volontaire. Un des témoins a rapporté qu'il est affreux à voir, tout décharné, et qu'il ne fait que lever les yeux au ciel. Il a bien à se reprocher son vilain crime, et la bassesse de son association avec des commis qui l'ont découvert.
Inès. — Critique. — On vend publiquement a les Senlimeyits d'un spectateur français sur la nouvelle tragédie d'Inès de Castro. » L'auteur ne fait presque que rapporter la conduite de la^ragédic, et ce récit seul la rend ridicule. Il attribue le succès à l'action de Baron ; il dit que cette pièce est son triomphe, et qu'il n'a jamais mieux joué en sa vie; que M"° Duclos a joué Inès avec un pathétique tendre et touchant, auquel il est difficile de refuser des pleurs ; qu'on lui reproche de crier un peu, mais que cela est nécessaire pour le parterre ; que M"*-* Lecouvreur a joué le rôle de Constance avec dignité et délicatesse : qu'on lui reproche la monotonie, mais que cela vient de ce qu'elle ne joue parfaitement que les endroits où le sentiment domine. «Dans ces morceaux, dit l'auteur, elle (îst au-dessus de tout ce que j'ai jamais entendu ». Il dit de Dufresne qu'il prévient par son air noble et aimable, mais qu'il pousse la vivacité trop loin ; que la pièce est pleine de défauts, mais que ces défauts n'ennuient pas, parce que l'intérêt règne c|«'ins toute la nièce. Il conseille
486 'Slh'MOlRb.S HF MATMIKU MARAIS.
à \ji Nothe d«» ne [kis faire imprimer sa trai^édie. Il dit qu'il a de rinvention, et qu'il écrit eu prose avec précision et justesse (chose dont je ne conviens pas), mais qu'il n'a jamais connu cette harmonie touchante, ce choix heureux de mots, cette élégance, en un mot, la Ik'auté poétiipie, et qu'il a travaillé dans un art avec un instrument qui ne lui étoit pas propre. Il dit que Ui Mothe a cherché à écrire beaucoup, plutùt qu'i\ bien écrire. Voilà les raisons du mauvais succès de tant d'ouvrages qu'il a donnés au public. Son style déshonore son esprit, et je suis fâché de voir le même honnne penser quehjuefois si bien, et écrire presque toujours si mal. Je conclus donc que les vers d'Inès sont durs et mal construits ; que les expressions sont vicieuses et louches, que la conduite est pleine de défauts essentiels ; que cependant la pièce est intéressante et qu'elle ne doit pas absolunu^nt son succès à l'action des comédiens qui la représentent. La Mothe, académicien françois, ne doit pas être content de ce spectateur qui lui dit si bien ses vérités. Lk duc de Savoie. Code. — Le duc de Siivoie a fait publier un Gîde nouveau, tant civil que criminel : c'est un volume de (jï\ feuilles, en deux colonnes, italien et françois, qui renferme une collection de toutes les lois, édits et constitutions des prédécesseurs, touchant le civil et le criminel, avec divers changements et additions qui tendent à la promptitude et à l'abréviation de la justice. 11 doit commencer au 16 novembre. Il est divisé en cincj parties. 11 y en aura une sixième pour les douaires, fiefs, etc., dont on réserve la publication.
DiSCOUlS DU CABDIRAL DlinOIS Ali ClKBG^. ASSIMnLR ATX AtT.T-STINS.
• Manieurs, j'ai alUndti avec impaluncc le jour om je pourr"'" Tr - r: " *fc au^'uste asscmblw, la vive rcconnoissance
- , . ,.- .us m'avez faite. Vous m'avez bien voulu associer aa clercs'' de France, et je salx h combien de mérites et à
quelle gloire vous m'associez. Mais j'ose dire que ce qui est glorieux pour moi, Test aussi pour vous-même. Vous auriez pu craindre un ministre qui, quoique honoré du sacerdoce, eût pu être disposé, en quelques occasions, aie sacrifier a l'Kmpire. Ce penchant n'est que trop grand, à croire les intérêts de l'un plus pressants que ceux de l'autre. Mais votre zèle pour l'État ne vous a pas permis une crainte qui pouvoit paroitre légitime , et en m'admettantdans l'intérieur de vos délibérations, vous prouvez, de la manière la plus authentique, la droiture et la sincérité de vos intentions pour le service du Roi. Je sais, de mon côté, à quoi m'engage cette confiance. Il faut qu'un ministre à qui le clergé fait l'honneur de ne le redouter pas, s'en rendre digne en redoublant ses soins pour les avantages du Clergé. Tout ce que peut l'autorité d'un ministre, je le dois à vos intérêts. Ainsi, loin que les devoirs dont j'étois chargé, et ceux que vous m'imposez de nouveau, viennent jamais à se combattre, la place que j'occupe dans l'État me fournira des moyens de satisfaire à celle que vous me donnez dans l'Église. Je suis sûr, Messieurs (et je vous outragerois par le moindre doute), que vous ne me donnerez à porter au Roi, dans le cours de l'assemblée, que d'anciennes ou plutôt d'éternelles preuves de l'attachement des églises du royaume pour leur protecteur; que des gages nouveaux et certains du dévouement du Clergé à la couronne, etdesa tendresse respectueuse pour la personne de S. M. Tandis que je ne vous porterai que de précieuses assurances de l'attachement du Roi à la religion, que des maximes dont il est instruit et pénétré sur le respect dû au sanctuaire, que ses sentiments en faveur des prérogatives et des privilèges (1) de la plus illustre portion de l'Église universelle, que des témoignages de la préférence qu'elle lui donne au-dessus de tous les autres objets de son affection. . « Je n'aurai rien de part ni d'autre à dissimuler, ni à affoiblir ni à exagérer : je ne dois m'étudier qu'à être précis et à transmettre si fidèlement les sentiments du Roi et de son Clergé, qu'il ne reste aucun doute de ce que le Souverain doit attendre du zèle et de la fidélité de ses sujets, et sur ce que le Clrrgé peut espérer de la religion, de la prudence et de l'affection du Roi. »
(1) On a depuis Até ces mots, {fs'ote de Vauteur.)
4S8 mf.moirf:s dk mathiett marais.
En juin 1723, K* journal Av rassruihléc du Clcrgë se li-ouvc ilans /«• Mercure avec toutes les harangues. Celle ci-dessus s'y trouve.
Lettrb DKMsr L'ARr.iiBviQrK drTouhs a M'"«^ DR Chet.lks(I).
Madame,
J'ai différé à répondre à celle que Votre Altesse Royale m*n fait l'honneur de m'écrira au sujet du chapitre général des Renedictins de la Con«:réi:ation de Saint-Maur. Le R. P. de S^iinte-Marlhe, ((ui a été continué général , vous en rendra un fidi'ie compte. Je me suis renfermé, pour tout ce qui a regardé ma commission, dans les termes que S. M. et S. A. R. Mfi"" le duc d'Orléans m'ont prescrit, et j'ai eu une grande attention à ce que V. A. R. avoit eu la honte de me marquer. Je lui avouerai ctpendnnt, naturellement, que j'aurois fort souhaité que le chapitre général eut donné a Notre Saint-Père le Pape, aux évéques de France et à S. M. même, la satisfaction qu'ils en atlendoient, en se soumettant à la Constitution, étant bien persuadé que le bien spirituel et temporel de la Congrégation en dépend. Je les y oi exhortes de mon mieux par le tendre attachement (jne j'ai pour un corps aussi savant, et aussi exact dans la discipline. Ot ou\rage est réservé à V, A. R. qui leur rendra par la un signalé service, ainsi qu'à l'Église même. J'ai l'honneur d'être avec un très-profond respect, Madame,
de Votre Altesse Royale,
Le très-hurahie et tres-obéissant serviteur,
François, archevêque de Tours.
Rbponsb DR M""" l'Adbbsse db Cublles.
J'nl reçu votre lettre, Monsieur, qui m'a doublement surprise. Vous avez été si longtemps à me faire réponse que je n'en ntlendoi% plu». Mal» fv l'nl été bien davantage de la manière dont vous mecrivfz. Croyr/.-vnus me tromper? J'ai su les intentions du
«I) Voir ooirc litre Ui Confiisiom de l'abbesse de Chclles , fille du Hé^nf. l'arw, l>ml", 1801.
Roi et celles de M. le duc d'Orléans, et c'est parce que je les ai sues, que j'ai été surprise que vous les ayez si peu suivies. Mais ce que je ne puis souffrir, c'est que vous vous vantiez d'avoir fait attention à la lettre que je vous ai écrite. Vous l'auriez dû faire, puisque je vous y mandais les propres termes de M. le duc d'Orléans et même ceux de >L de Fréjus. Vous avez agi si différemment, que j'en serois surprise, si je ne savois vos vues et votre ambition. Il n'a pas tenu à vous que notre congrégation n'ait été perdue. Le sacrifice auroit peut-être plu à quelques personnes et vous auroit avancé. Vous en auriez rougi avec plaisir. Mais Dieu, qui garde les siens, les a soutenus contre les brigues. C'est lui, sans doute, qui les a engagés souvent à refuser constamment l'acceptation de la Constitution. Je suis leurs sentiments, n'ayant, comme eux, rien à désirer que le ciel. Nous tournons le dos à la porte qui mène aux grandeurs ecclésiastiques, et si, des évéques de France acceptant la bulle, on retranchoit ceux qui ont eu des vues comme les vôtres et bumaines, tant ceux qui ont été récompensés, que ceux qui ont espéré de l'être, le nombre en seroit bien petit. Mais nous ne voyons que ce qui s'est toujours vu dans tous les siècles de l'Eglise. N'attendez donc pas, Monsieur, que je presse nos pères d'accepter la bulle. Je ne les reconnoitrois plus pour mes frères s'ils la recevoient. Si je pensois en moliniste, je vous injurierois; au moins, vous rendrois-je de mauvais services. Mais tout ce que je désire pour prouver la pureté de ma foi, c'est de trouver l'occasion de vous rendre service et de vous faire plaisir. Je la rechercherai même pour vous marquer ce que je dois à votre caractère, et les sentiments que le christianisme m'inspire pour vous. Monsieur.
( Cet archevêque est mort en octobre 1723, et son archevêché donné à Tévêque de Tulle. )
2'.i juillet. — La Meillerayk. — Le duc de la Meilleraye a été transféré de la Bastille ù Vincennes, afin qu'il soit plus élolLiné des seigneurs,, qui seroient venus boire avec lui dans la'prison. Personne ne le plaint, et il est à s'ennuyer et à pleurer tout le long du jour à Vincennes.
27 juillet. — Mort de ïexance et de Dui ay. — J'ai perdu deux amis en même temps, M. le baron de Tenance, gendre de iM""^ Kolland mon amie, qui est mort
490 MKMOIKKS PK MATIUKI) MARAIS.
irapopliwio ;\ (juaraiite ans, dans son salon de Sévigny, en BouriroLrne, proche Tonnerre', le 23 de ce mois. Il laisjic une jeune veuve (rt*s-ai niable et trois enfants, l/nutin? est M. du Fay, ancien eapilaim* aux cardes, qui est mort à Saverne, le 23 juillet, chez M. le cardinal deKohan, où il étoit allé en sortant des eau\ de Bourhonne, après une apoplexie de cet hiver. 11 avoit un grand goiU pour les livres, et laisse une bibliothèque des plus curieuses, (pii vaut bien 100,000 livres. Son esprit étoit un peu caustique, et on l'appeloit le Diable boiteux , parce (ju'il avoit une jambe de moins (ju'il avoit perdue au bombardement de Bruxelles. Il avoit été à Bome, il y a deux ans, et en avoit rapporté de bons livres. V Histoire naturelle i\c Pline lui servoit d'évangile.
Taliiotet. — Un de MM. les commissaires de la commission de M. de Talhouet est revenu une seconde fois me consulter. J'ai vu tout le secret du procès, c'est-àdire loules sortes de friponneries, de faussetés, de suppositions de personnes et de noms, et tous les partages fails entre .M. de Talhouet, l'abbé Clément, Février, (.ally et Daudé, chefs des caisses. M. de Talhouet a eu 267 actions pour son partage; l'abbé Clément 103, et ainsi des autres. Il y en a eu au nombre de 908, ainsi faussement fabrirpièes, et Cally a volé à lui seul 17G,86() livres, en une feuille de lifpiidation, qui étoit acquittée et qu'il a renouvelée. On fait deux mémoires, l'un sur le péculat et la qualification du crime, et l'autre sur le fau.r. Si l'affaire est instruite sur le faux, ils méritent tous la mort sans rémission. Mais la procédure n'est pas tournée de ce cAlé-lt\. Les commissaires ont jugé que les pièces représentées à M. de Talhouet, qui ne parle pas, d<îmeureroKîut pour reconnues, ce qui ne vaut rien, puiscpi'il s'agit de faux, et il falloit en ordonner la v«'rili<ali()n. be prfKuireur général a voulu être opposant à cet arièt ei la rcfjuùle n'a pru» pa.ssé; il en veut donner une autre pour Mînir de fdaintc du faux, et employer la procédure (pii
JUITLET 1725. 491
a été faite. Autre requête mauvaise. Tous ces Messieurs ne sont pas bons criminalistes, et ce n'est pas tant pis pour les accusés.
M™'' de Talhouet a débité un Mémoire sous son nom , où elle dit qu'après avoir bien pleuré, son devoir est de parler pour son mari qui ne se défend point; elle prétend qu'il n'y a ni concussion ni péculat dans ce que son mari a fait, et que la Compagnie des Indes n'est pas une compagnie publique. H y a plusieurs citations de lois, mais tout cet ouvrage ne sert de rien, ni pour le mari ni pour la femme. Il est imprimé, signé de Regnard, avocat au Conseil, et fait par Boucherat, notre confrère, qui a fort mal employé son temps à un mémoire mauvais et inutile.